15 Juin 2026, lun

Martyrs salésiens qui ont donné leur vie pour la foi

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La spiritualité salésienne, reçue de saint Jean Bosco, a engendré une extraordinaire floraison de sainteté. Une très vaste cohorte d’hommes et de femmes a incarné avec radicalité le charisme salésien. Certains ont déjà été élevés sur les autels, d’autres sont en chemin vers la canonisation, un très grand nombre d’entre eux sont connus de Dieu seul et ne seront connus qu’au Ciel.

Il s’agit d’une sainteté qui mûrit dans le don total de soi, celle que l’Ancien Testament représentait dans l’holocauste : une offrande entièrement consumée sur le feu pour le Seigneur. Donner sa vie, pour ces saints, n’a pas seulement signifié consacrer à Dieu du temps et de l’énergie, mais lui remettre ce que nous possédons de plus intime et de plus précieux, y compris l’existence terrestre elle-même lorsqu’Il l’a demandée.

Il est impressionnant de découvrir que, parmi les 175 saints et bienheureux salésiens canonisés ou en cours de canonisation, 118 sont des martyrs : plus de 67 %. Plus de deux sur trois. Un fleuve de sang qui traverse surtout le XXe siècle, formant un chœur puissant de témoins qui, par leur vie offerte, ont scellé la fécondité et l’actualité du charisme salésien.

 

 

Dans un discours prononcé sur les missions au début de 1876, don Bosco disait : « Si le Seigneur, dans sa Providence, voulait disposer que l’un de nous subisse le martyre, devrions-nous pour autant nous en effrayer ? »

Don Bosco n’imaginait peut-être pas combien ses fils répondraient littéralement à cette question. Le XXe siècle – saison d’idéologies féroces, de persécutions religieuses et de totalitarismes – a demandé à la Congrégation salésienne un prix très élevé : le sang de plus de cent confrères et de tant de jeunes ayant grandi dans les oratoires et les écoles salésiennes. Ils étaient prêtres, coadjuteurs, anciens élèves, jeunes de l’oratoire. Ils avaient en commun la joie salésienne, l’amour pour les jeunes, la fidélité au Christ. Et lorsqu’il fut nécessaire de choisir entre la vie et la foi, ils choisirent la foi.

Se souvenir de ces témoins n’est pas un exercice de mémoire : c’est reconnaître que la sainteté salésienne n’a pas seulement le visage souriant de l’éducateur présent avec les jeunes dans la cour, mais aussi le visage transfiguré de celui qui a poussé jusqu’au bout la logique du don total. Comme l’écrivait le IXe Recteur Majeur don Juan Vecchi, « le service pastoral auprès des gens et le dévouement éducatif envers les jeunes ne peuvent se réaliser sans la disposition qui constitue intérieurement le martyre, c’est-à-dire l’offrande de sa vie ».

Rappelons succinctement ces glorieux martyrs salésiens.

 

En Chine : Versiglia et Caravario

Le premier chapitre du martyrologe salésien du XXe siècle s’ouvre en Chine, sur les rives du fleuve Han, dans la nuit du 24 au 25 février 1930. Luigi Versiglia (1873–1930), évêque de Shiu Chow, et Callisto Caravario (1903–1930), jeune prêtre de 26 ans seulement, sont capturés par une bande de pirates alors qu’ils accompagnent un groupe de jeunes catéchistes vers leur mission. Lorsque les brigands leur intiment l’ordre de leur céder les jeunes filles, les deux salésiens s’interposent de leur corps. Ils sont traînés sur la rive et fusillés.

Béatifiés par Jean-Paul II le 15 mai 1983 et canonisés le 1er octobre 2000, ils sont les premiers martyrs salésiens élevés aux honneurs des autels. Leur mort est emblématique de l’esprit de Don Bosco : mourir non pour une abstraction théologique, mais pour protéger les jeunes, les plus vulnérables. Versiglia avait passé trente ans en Chine à construire des écoles et des communautés chrétiennes ; Caravario était arrivé depuis peu mais brûlait d’ardeur missionnaire. Ensemble, ils incarnent deux générations du même idéal.

 

En Pologne : Kowalski et les cinq de Poznań

L’occupation nazie de la Pologne a apporté à la Congrégation salésienne l’un des tributs de sang les plus importants : quatre-vingt-huit confrères tués sur le seul territoire polonais. Parmi eux émerge la figure de don Józef Kowalski (1911–1942), prêtre salésien arrêté le 23 mai 1941 – veille de la fête de Marie Auxiliatrice – et déporté au camp d’extermination d’Auschwitz sous le numéro 17.350. Pendant plus d’un an, il résista dans ladite « compagnie de rigueur », poursuivant clandestinement son ministère sacerdotal : il confessait les mourants, distribuait la Communion, organisait des prières à l’aube, réconfortait ses compagnons.

Un épisode le dépeint dans sa grandeur : surpris avec le chapelet à la main par un officier nazi, il refusa de le piétiner malgré les menaces. Ce chapelet devint le symbole de sa résistance spirituelle. Avant de mourir – noyé dans le cloaque du camp dans la nuit du 3 au 4 juillet 1942 – il pria avec un compagnon de captivité : « Agenouille-toi et prie avec moi pour tous ceux-ci qui nous tuent ».

Béatifié en 1999, don Kowalski est accompagné sur les autels par cinq jeunes de l’oratoire de Poznań – Edward Klinik, Franciszek Kęsy, Jarogniew Wojciechowski, Czesław Jóźwiak et Edward Kaźmierski – des garçons âgés de 20 à 23 ans, animateurs de l’oratoire, décapités à Dresde le 24 août 1942, fête mensuelle de Marie Auxiliatrice. Leur dernier message à leurs familles est un document d’une très haute spiritualité : « C’est avec joie que je pars dans l’au-delà, plus que si j’avais la joie d’une éventuelle libération ».

Ces six bienheureux ensemble révèlent une vérité salésienne profonde : la sainteté grandit dans l’oratoire, dans la rencontre entre éducateurs et jeunes, et peut aller – à travers cette même amitié – jusqu’au martyre.

 

En Hongrie : István Sándor

En Hongrie, le régime communiste a dissous la Congrégation salésienne en 1952. István Sándor (1914–1953), coadjuteur salésien, a continué clandestinement à former les jeunes dans la foi. Arrêté, torturé et jugé sous l’accusation d’activité contre-révolutionnaire, il fut pendu le 8 juin 1953. Dans son testament, il écrivit : « Je meurs avec joie pour la jeunesse hongroise ». Béatifié en 2013, il est le premier bienheureux d’Europe de l’Est dans la Famille salésienne. Son martyre parle de dévouement silencieux, de catéchèse faite en secret, d’un salésien qui n’a pas renoncé à sa mission auprès des jeunes même lorsque cela est devenu dangereux.

 

En Slovaquie : Titus Zeman

Une figure d’héroïsme discret est celle de don Titus Zeman (1915–1969), prêtre salésien slovaque. Après la suppression des communautés religieuses en Tchécoslovaquie par le régime communiste en 1950, il risqua plusieurs fois sa liberté pour faire expatrier clandestinement en Occident des’imitationes aspirants salésiens, afin qu’ils puissent accomplir leur noviciat et leur ordination. Arrêté en 1951 et condamné à 25 ans de prison, il subit pendant onze ans des tortures et des dégradations physiques qui ruinèrent sa santé. Libéré en 1964, il ne fut plus jamais le même. Il mourut en 1969 des suites des mauvais traitements subis. Béatifié en 2017 à Bratislava, don Zeman est le martyr du ministère « souterrain » : celui qui a dépensé sa vie pour que la chaîne de la vocation salésienne ne se brise pas sous l’étau du totalitarisme.

 

Au Brésil : Rodolfo Lunkenbein

Le martyre ne porte pas toujours les couleurs du régime totalitaire. Au Brésil, don Rodolfo Lunkenbein (1939–1976), missionnaire salésien allemand parmi les Bororos du Mato Grosso, fut tué le 15 juillet 1976 au milieu d’un affrontement entre indigènes et fazendeiros qui prétendaient s’approprier leurs terres. Don Rodolfo s’était ouvertement rangé pour la défense du territoire et des droits du peuple Bororo. Ce jour-là, il s’interposa entre les agresseurs et la communauté indigène : il fut touché par une balle et mourut peu après. Avec lui mourut également un jeune indigène Bororo, Simão Cristino Kyrireu, qui cherchait à le protéger. Leur martyre prend la forme de l’engagement pour la justice, de la mission incarnée dans le cri des plus pauvres, de l’imitaation du Christ qui prend la défense des derniers.

 

Au Pakistan : Akash Bashir

Parmi les histoires les plus récentes et les plus émouvantes se détache celle d’Akash Bashir (1994–2015), jeune ancien élève salésien pakistanais de foi chrétienne. Le 15 mars 2015, il servait comme volontaire de sécurité à l’extérieur de l’église Saint-Jean à Youhanabad, Lahore, lorsqu’un kamikaze s’est approché avec un gilet explosif. Akash l’a bloqué physiquement, en l’enlaçant pour empêcher l’homme de pouvoir entrer dans l’église où se célébrait la messe dominicale, fréquentée par des centaines de fidèles. L’engin a explosé : Akash est mort sur le coup. Il avait 20 ans. Son geste fut un acte de choix lucide et délibéré : ce matin-là, il avait dit à sa mère : « Si je meurs, je meurs pour Jésus ». Sa cause de béatification est ouverte dans le diocèse de Lahore. Akash incarne la vocation du laïc salésien, ayant grandi à l’oratoire et capable de tout donner – comme il l’avait appris de ses éducateurs.

 

L’Espagne de 1936 : une multitude de martyrs

On ne peut manquer de rappeler les quatre-vingt-quinze martyrs salésiens de la guerre civile espagnole (1936–1939) : prêtres, coadjuteurs, clercs, coopérateurs tués en haine de la foi dans les environs de Madrid, Barcelone, Valence et Séville. Parmi les groupes déjà béatifiés figurent les martyrs de Madrid guidés par don Enrique Sáiz Aparicio, ceux de Valence et Barcelone avec don José Calasanz Marqués, et ceux de Séville. Leur mort collective est le témoignage d’une communauté entière qui n’a pas renié son identité, même devant les pelotons d’exécution.

 

En Pologne : don Jan Świerc et huit compagnons

Le 6 juin 2026, dans le Sanctuaire de Saint Jean-Paul II à Cracovie, la Famille salésienne a vécu une nouvelle et émouvante journée de gloire : don Jan Świerc (1877–1941) et huit de ses confrères – Ignacy Antonowicz, Ignacy Dobiasz, Karol Golda, Franciszek Harazim, Ludwik Mroczek, Włodzimierz Szembek, Kazimierz Wojciechowski et Franciszek Miśka – ont été béatifiés par le Pape Léon XIV. Tous prêtres salésiens polonais, ils avaient été arrêtés par les nazis et tués dans les camps de concentration d’Auschwitz et de Dachau entre 1941 et 1942. Don Jan Świerc avait grandi à Turin à l’école de Don Bosco : jusqu’au bout, il chercha à réconforter ses compagnons de captivité, y compris les Juifs. Don Karol Golda mourut à seulement 28 ans, fidèle au secret de la confession jusqu’à la mort. La béatification s’est déroulée précisément dans le sanctuaire dédié à Jean-Paul II car ces neuf martyrs furent des guides spirituels du jeune Karol Wojtyła, qui en 1938 fréquentait chaque jour leur église dans le quartier de Dębniki à Cracovie. Avec eux, le martyrologe salésien a ajouté neuf nouveaux noms à sa lumineuse cohorte de témoins.

 

Le « martyre non sanglant » quotidien

En regardant ces témoins, nous pourrions nous demander : en quoi cela nous concerne-t-il ? Nous vivons en paix, on ne nous demande pas de choisir entre la vie et la foi. Mais Don Bosco, en parlant du martyre, n’entendait pas alimenter une spiritualité héroïque pour temps de guerre. Il entendait rappeler que chaque éducateur salésien est appelé à une forme de martyre quotidien : l’offrande de sa propre vie, de son temps, de son énergie pour les jeunes, sans calcul et sans compter. « Lorsqu’il arrivera qu’un salésien succombe en travaillant pour les âmes – écrivait-il – la Congrégation aura remporté un grand triomphe ».

Versiglia, Caravario, Kowalski, les cinq de Poznań, Sándor, Zeman, Lunkenbein, Akash Bashir – chacun d’eux a grandi dans un oratoire, une école, une communauté salésienne. Chacun a appris d’un éducateur que la vie se donne, elle ne se retient pas. Puis, lorsque le moment l’a exigé, ils ont fait exactement ce qu’ils avaient appris.

Garder leur mémoire n’est pas du dévotionnalisme : c’est comprendre ce que signifie, vraiment, être salésien. La Famille salésienne compte aujourd’hui cent soixante-quinze candidats aux autels. Parmi eux, cent dix-huit martyrs. Ce ne sont pas des héros d’un autre temps. Ce sont les fruits du système préventif poussé à ses conséquences extrêmes : aimer les jeunes jusqu’à tout donner, même la vie.

 

 

« Nous vivons l’esprit du martyre dans la charité pastorale quotidienne » – Don Juan Vecchi, IXe Recteur Majeur

 

Éditeur BSOL

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