9 Juin 2026, mar

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Au fil du temps, les caricatures et les jugements superficiels sur Don Giovanni Bosco n’ont pas manqué, même de la part de ceux qui ont voulu réduire sa grandeur à une simple donnée administrative ou physique. En particulier, sa taille a été l’objet d’ironie, utilisée par certains pour insinuer des limites morales ou intellectuelles. Pourtant, une analyse historique plus attentive montre que, pour l’époque, Don Bosco était parfaitement dans la moyenne, voire au-dessus. Même si, au final, ce qui compte n’est pas la stature physique, mais la stature humaine et spirituelle.

 

 

Quelle était la taille de Don Bosco ? Arrêtons-nous sur un compromis : 1,66 m.

Il y a quelques années, un journaliste, historien improvisé, décrivait Don Bosco dans un de ses livrets comme « le petit mais rigide prêtre de Valdocco ». Par ces mots, il entendait lui attribuer des limites intellectuelles et caractérielles évidentes, mais, pour ajouter l’insulte à la critique, il tenait à préciser que Don Bosco ne mesurait que 1,63 m.

Or, mis à part le fait que la taille d’un homme n’a pas grand-chose à voir avec sa vertu et son intelligence, que dire de celle de Don Bosco ?

Les Bosco des Becchi étaient connus de leurs concitoyens sous le nom de « Ij Boschèt » ou « Boschetti » (MO 119), et ce surnom a fait croire qu’ils étaient des gens de petite taille. Mais Francesca Bosco, arrière-petite-nièce de Giuseppe « Pin dij Boschèt », frère du Saint, assure, dans une lettre du 28 novembre 1980, qu’il s’agissait plutôt d’une dénomination typiquement locale, qui n’avait rien à voir avec la taille des personnes. Les Bosco des Becchi étaient appelés « Boschèt » comme les Cavallo étaient appelés « Cavalin » et ainsi de suite. Cela servait, peut-être aussi, à les distinguer des Bosco et des Cavallo d’une zone et d’une souche différentes.

Le biographe de Don Bosco, Don G.B. Lemoyne, qui vécut 24 ans avec le Saint, le décrit comme un homme « de stature normale », et tous ceux qui le connurent affirment qu’il était de « stature moyenne ».

Comment expliquer alors ces 1,63 m ? Don M. Molineris, dans la Vita episodica di don Bosco, publiée à titre posthume au Colle en 1974, nous en donne l’explication. Toutes les informations sur la taille de Don Bosco sont principalement basées sur les données de ses deux premiers passeports, celui de 1850 lorsqu’il se rendit à Milan et celui de 1858 lorsqu’il partit pour la première fois pour Rome (ASC 72-E-10-12).

Sur le premier, nous trouvons la taille de Don Bosco fixée à 38 onces. Comme l’once correspondait, selon un calcul de l’époque, à 4,28 cm et, selon un autre, à 4,35 cm, on arrive plus qu’approximativement à l’établir entre 1,62 m et 1,65 m. Dans le second passeport, en revanche, la taille de Don Bosco est donnée directement en décimales : 1,67 m. Laquelle des deux mesures sera la plus exacte ? Arrêtons-nous, en guise de compromis, sur 1,66 m.

Don Bosco était « un grenadier de 1815 » et en 1835 il aurait été conscrit. À l’époque, la taille prescrite pour l’enrôlement ne devait pas être inférieure à 1,54 m, une douzaine de centimètres en dessous de celle de Don Bosco.

Le plus beau, c’est que dans le Royaume de Sardaigne des années 1828-1837, 38 % des appelés sous les drapeaux avaient une taille comprise entre 1,54 m et 1,62 m. À Turin, 25 % des conscrits se situaient, en taille, dans ces limites, mais 18 % de ceux qui se situaient seulement entre 1,41 m et 1,54 m, étaient renvoyés pour taille insuffisante (U. LEVRA, L’altro volto di Torino risorgimentale 1814-1848, Turin, 1988, p. 62).

Dans l’ouvrage cité, Levra note, non sans une cruelle ironie : « Les vaillants conscrits dépeints par l’iconographie du Risorgimento, ceux qui en 1848 partaient en chantant des hymnes au roi Charles-Albert… et en 1859 chantaient La bela Gigogin, on ne peut pas dire qu’ils étaient des modèles de prestance physique ».

Don Bosco pouvait donc être considéré, à cette époque, comme un homme de taille plus que normale avec ses 166 cm, voire plus. Même pour la prestance physique, il était tout sauf un petit homme. Quant à sa force physique, nous la connaissons par ses propres Mémoires : « J’étais craint de tous mes compagnons, même plus âgés et plus grands, pour mon courage et ma force vigoureuse ».

Et il le démontra lorsque des vauriens voulurent malmener son condisciple Luigi Comollo : « À ce moment-là, je m’oubliai et, excitant en moi non la raison, mais ma force brutale, ne trouvant ni chaise ni bâton à portée de main, je saisis de mes mains un condisciple par les épaules, et je m’en servis comme d’un bâton pour frapper les adversaires ». Comollo, horrifié, l’avertit : « Ta force m’effraie, mais crois-moi, Dieu ne te l’a pas donnée pour massacrer tes compagnons ! » (MO 60-61).

On peut donc affirmer que Don Bosco, par rapport à la taille moyenne de l’époque, n’était pas du tout petit, et que sa prestance et sa force physique étaient peu communes. Ainsi, le journaliste qui a voulu se moquer de la taille de Don Bosco, prend la figure de quelqu’un qui plaisante sur ce qu’il ne connaît pas. Une impression bien différente a été donnée par l’illustre érudit dominicain, le Père Ceslao Pera : « Quiconque observe le portrait du bienheureux Giovanni Bosco doit » convenir avec moi que sur ce visage carré et énergique, se reflète l’image du paysan piémontais, massif et lumineux comme les roches de ses montagnes… Mais il n’y a pas que cela… » (PERA O.P., I doni dello Spirito Santo nell’anima del Beato Giovanni Bosco, Turin, SEI, 1930, p. 10-11).

 

P. Natale CERRATO

Salésien de Don Bosco, missionnaire en Chine de 1948 à 1975, érudit de Don Bosco et de de la salésianité, il a écrit des ouvrages et des articles, réalisant un travail précieux de diffusion de la vie et des œuvres du Saint des Jeunes. Il est entré dans l'éternité en 2019.