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Voici l’histoire de Nino Baglieri, un maçon de Modica dont la vie a basculé après une chute d’un échafaudage à l’âge de dix-sept ans, le rendant tétraplégique. Des années de désespoir se sont transformées, grâce à une rencontre de prière le Vendredi Saint 1978, en un épanouissement spirituel qui l’a conduit à dire un « oui » retentissant à la Croix. Depuis son lit de douleur, Nino, écrivant avec sa bouche, est devenu un ami, un conseiller et une voix d’espoir pour des milliers de personnes, en particulier des jeunes. Salésien coopérateur et maintenant Serviteur de Dieu, il continue de parler de joie et de confiance en la force de l’Esprit Saint.
« Un jour d’été de 1973, un garçon de douze ans court après une balle qui, tout à coup, finit sous un fauteuil roulant. Au-dessus, un homme est assis : il semble jeune et fort, assez aimable dans ses paroles, mais il est immobile. À la demande de pouvoir prendre la balle, il répond : Bien sûr ! elle est à toi, cours après elle tant que tu en as la force. Tout semble s’arrêter là, mais l’histoire ne fait que commencer. Cette balle n’était pas là par hasard… C’était la première des nombreuses rencontres entre nous, les garçons, et Nino. Nous, les garçons, avec cette envie de grandir et de jouer, en face d’un homme encore jeune mais déjà éprouvé par la vie : condamné à rester immobile sur un fauteuil roulant pour toujours. Mais ce fauteuil roulant, au fur et à mesure que passaient les jours de cet été, se transformait en un puissant « aimant » qui nous attirait tous, nous les garçons. Pendant l’automne et l’hiver qui ont suivi, lorsque les conditions climatiques forçaient notre « ami » à rester au lit, c’était nous qui allions lui rendre visite. Ainsi, sa petite chambre est devenue pour nous le lieu pour aller faire nos devoirs, regarder la télévision et jouer : un petit oratoire ! Et pendant ce temps, l’action de l’Esprit Saint se manifestait dans l’ordinaire de façon extraordinaire. Un jour, l’un des nombreux gamins qui devait faire un dessin particulièrement difficile demanda de l’aide à Nino. Mais demander de l’aide justement à lui, qui ne pouvait pas bouger les mains ? Nino, comme poussé par une force supérieure, demanda qu’on lui mette un crayon dans la bouche et, en bougeant ces quelques muscles de l’épaule et du cou (il ne pouvait bouger que ceux-là), réalisa ce dessin. Quelle joie nous avons ressentie, lorsque nous avons vu ce crayon effleurer la feuille du cahier, petits traits de crayon mis les uns à côté des autres et le dessin était apparu : le plan de Dieu continuait à se réaliser ! Après ce premier dessin, Nino essaya de signer ses petits chefs-d’œuvre, d’écrire des poèmes, jusqu’à les réciter chaque matin sur une radio locale. Puis la correspondance ! Des lettres commençaient à arriver de partout et Nino, rapidement, répondait en donnant aussi ses conseils. »
Le récit d’Antonio Aprile, l’un de ces gamins qui avaient grandi à l’ombre du grand arbre qu’a été Nino Baglieri, nous offre un regard émerveillé sur cette vie qui aurait pu se consumer dans un échec total et qui, au contraire, a fleuri en un témoignage fort et convaincant de l’amour de Dieu.
Antonino Baglieri est né à Modica (Syracuse) le 1er mai 1951. Après avoir fréquenté l’école primaire et commencé le métier de maçon, à dix-sept ans, le 6 mai 1968, il tombe d’un échafaudage de 17 mètres de haut. Hospitalisé d’urgence, Nino se rend compte avec amertume qu’il est resté complètement paralysé. Face à une situation dramatique, sa mère Giuseppina, femme forte dans la foi, se rend disponible pour s’occuper de lui personnellement toute sa vie. Ainsi commence le chemin de souffrance de Nino qui passe d’un centre hospitalier à un autre, mais sans aucune amélioration. De retour en 1970 dans son pays natal, après les premiers jours de visites d’amis, commencent pour Nino dix longues années sombres. Il ne sort plus de chez lui et vit dans la solitude, la souffrance et beaucoup de désespoir. Pendant dix ans, Nino Baglieri nage dans le désespoir et les blasphèmes, sans aucune lueur d’espoir. À ses côtés, sa mère prie, tout comme la mère de saint Augustin a prié pour la conversion de son fils.
Le 24 mars 1978, vendredi saint, un groupe de personnes faisant partie du Renouveau dans l’Esprit prie pour lui. Nino ressent en lui une transformation, comme il le racontera lui-même : « C’était le vendredi saint de 1978, je n’oublierai jamais cette date. Il était quatre heures de l’après-midi. Un prêtre est venu avec un petit groupe de personnes, a commencé à prier sur moi, a posé les mains sur ma tête et a invoqué l’Esprit Saint et juste à ce moment précis, alors qu’il invoquait l’Esprit, j’ai ressenti une grande chaleur envahir mon corps, un picotement, comme si une nouvelle force entrait en moi et quelque chose de vieux sortait. À cet instant, j’ai accepté la Croix, j’ai dit mon « oui » au Seigneur, j’ai accepté le Christ dans ma vie et je suis né à une nouvelle vie. À ce moment-là, je désirais la guérison physique, mais le Seigneur a opéré quelque chose de plus grand : la guérison de l’esprit. Je suis né à une nouvelle vie, un homme nouveau avec un cœur nouveau. Tout en restant dans la même souffrance, mon cœur a été rempli d’une nouvelle joie, une joie que je n’avais jamais connue » (Sur les ailes de la croix. Nino Baglieri et … tant d’envie de courir, sous la direction de Giuseppe Ruta, Elle Di Ci 2008, 182-183).
À partir de ce moment, Nino a accepté la Croix et a dit son « oui » au Seigneur. Il a commencé à lire l’Évangile et la Bible, et a redécouvert les merveilles de la foi. C’est justement à cette époque qu’en aidant quelques gamins du voisinage à faire leurs devoirs, il a appris à écrire avec la bouche. Et voici comment il passe ses journées : il rédige ses mémoires, écrit des lettres à des personnes de toutes catégories dans diverses parties du monde, personnalise des images-souvenirs qu’il offre à ceux qui viennent lui rendre visite. Grâce à une petite tige, il compose les numéros de téléphone et entre en contact direct avec de nombreuses personnes malades : sa parole calme et convaincante les réconforte. C’est le début d’un flux continuel de relations, qui non seulement le fait sortir de l’isolement, mais le conduit à témoigner de l’Évangile de la joie et de l’espérance, avec courage et sans aucune peur. À Lorette, en parlant à un grand groupe de jeunes, qui le regardaient avec une certaine commisération, il eut le courage de dire : « Si l’un d’entre vous est dans le péché mortel, il va beaucoup plus mal que moi ! ». À partir du 6 mai 1982, Nino célèbre l’Anniversaire de la croix et, la même année, il devient membre de la Famille Salésienne en tant que Salésien coopérateur. Le 31 août 2004, il prononce ses vœux perpétuels parmi les Volontaires avec Don Bosco (CDB). Le 2 mars 2007, à 8 heures, Nino Baglieri, après une longue période de souffrance et d’épreuve, rend son âme à Dieu. Après sa mort, il est vêtu d’un survêtement et de chaussures de sport, afin que, comme il l’avait dit : « Dans mon dernier voyage vers Dieu, je pourrai courir à sa rencontre ».
Dans cette course vers Dieu, Nino a impliqué beaucoup de personnes qui l’avaient connu personnellement, avaient écouté sa parole et ont retrouvé grâce à lui espoir et force. Le témoignage de Nino, dont le procès de béatification a commencé le 3 mars 2012, nous rappelle que le renouveau de l’Église passe aussi par le témoignage offert par la vie des croyants. À travers leur propre existence dans le monde, les chrétiens sont en effet appelés à faire briller la Parole de vérité que le Seigneur Jésus nous a laissée. Par son message, Nino nous rappelle que les épreuves de la vie, tout en permettant de comprendre le mystère de la Croix et de participer aux souffrances du Christ, sont le prélude à la joie éternelle, à laquelle la foi nous conduit. Le cardinal Angelo Comastri, vicaire général de Sa Sainteté pour la Ville du Vatican, qui a eu l’occasion de rencontrer et de connaître Nino Baglieri, a déclaré : « Quand on le rencontrait, on avait l’impression qu’il était habité par l’Esprit Saint… Il célébrait l’anniversaire de son appel à la croix comme d’autres célèbrent l’anniversaire du mariage ou de l’ordination religieuse… Nino Baglieri est devenu un apôtre infatigable, un aimant de bonté, qui a attiré de nombreux jeunes à l’amour de Dieu. Où trouvait-il la force ? Dans la Sainte Eucharistie ! Dans son journal, écrit avec le stylo dans la bouche, il a laissé une prière touchante qui dit ceci : ‘Seigneur, dans la Sainte Eucharistie, laisse-toi absorber pour nous transformer en toi, pour être comme toi, pour aimer et servir comme toi. Transforme ma vie, ô Seigneur, change-la à ta manière, fais que je puisse aussi être hostie pour mes frères, que je puisse me donner aux autres avec le même amour que le tien. Comme tu te donnes à moi, fais que je me donne aussi à tous’ ».

