22 Avr 2026, mer

Le Serviteur de Dieu Carlo Crespi : un cœur pour les plus démunis

⏱️ Temps de lecture : 7 min.

La figure du Serviteur de Dieu Carlo Crespi (1891–1982) se place parmi les expériences missionnaires les plus significatives de la tradition salésienne du XXe siècle. Prêtre, éducateur et homme d’une vaste culture scientifique et artistique, il sut orienter ses talents vers le service des jeunes et des pauvres. Arrivé en Équateur en 1923, il passa la quasi-totalité de sa vie à Cuenca, où il promut des œuvres éducatives, sociales et pastorales qui marquèrent profondément la vie de la ville. Parallèlement à son activité culturelle et à son engagement éducatif, l’attention aux plus nécessiteux est toujours restée au centre de son apostolat : enfants, jeunes des rues et familles pauvres. C’est pourquoi le peuple se souvint surtout de lui comme du « père Crespi », un prêtre proche des gens et animé d’une grande confiance en la Providence.

 

 

Carlo Crespi est né à Legnano (Milan) le 29 mai 1891 de Daniele et Luisa Croci. Il était le troisième d’une famille de treize enfants. Comme Jean Bosco, dès son plus jeune âge, il fut comblé par le Seigneur de grands dons : intelligence, générosité et volonté. Après avoir fréquenté une école locale, il rencontra à l’âge de douze ans les Salésiens au Collège Saint-Ambroise de Milan, où il termina ses études secondaires. « Alors que j’étudiais au collège, raconte-t-il, la Vierge m’a fait un rêve révélateur : je me voyais habillé en prêtre, avec une longue barbe, sur une vieille chaire, en train de prêcher devant un grand public. La chaire, cependant, ne ressemblait pas à une église, mais à une cabane… »

En 1903, il alla terminer ses études au lycée salésien de Valsalice (Turin) et se sentit appelé à la vie salésienne. Il fait son noviciat à Foglizzo. Le 8 septembre 1907, il fait sa première profession religieuse et en 1910 sa profession perpétuelle. Il commence à étudier la philosophie et la théologie à Valsalice, tout en enseignant les sciences naturelles, les mathématiques et la musique. En 1917, il est ordonné prêtre. À l’université de Padoue, il découvre l’existence d’un micro-organisme jusqu’alors inconnu, qui suscite l’intérêt des scientifiques. En 1921, il obtient un doctorat en sciences naturelles, suivi d’un diplôme en musique. En 1923, suivant la voie indiquée par la Vierge, il part en mission en Équateur.

Il débarque à Guayaquil et se rend à Quito. Peu après, il s’installe à Cuenca où il restera jusqu’à la fin de sa vie. Il commence un énorme travail en faveur des pauvres : il fait installer la lumière électrique à Macas, au milieu de la forêt amazonienne, et ouvre une école d’agriculture à Cuenca, en faisant venir d’Italie des machines et du personnel spécialisé. En peu de temps, comme par magie, il met en place ce que l’on appelle la « revolución blanca » : la Normal Orientalista, l’Institut Cornelio Merchán, le Collège Technique, la Quinta Agronomica, le Théâtre Salésien, la Gran Casa de la communauté. Le Père Crespi se multiplie, c’est un homme qui ne se repose jamais ! De jour il dirige et finance ses œuvres, la nuit il continue le travail laissé inachevé. Jour et nuit, des personnes sans ressources affluent vers lui dans des files d’attente interminables, il met la main dans la grande poche de sa soutane et l’argent sort comme par enchantement. Des générations se succèdent, bénéficiant du cœur généreux et tendre de ce prêtre qui sème des écoles, des terrains de sport, des réfectoires pour les enfants pauvres.

Il divulgue de toutes ses forces la dévotion à Marie Auxiliatrice, passant une partie de son temps au sanctuaire qui lui est consacré. Les gens affluent à son confessionnal, surtout dans les dernières années de sa vie et on commence spontanément à l’appeler « saint Charles Crespi ». Il est toujours parmi les pauvres. Le dimanche après-midi, il catéchise les enfants des rues, leur donnant, en plus du divertissement, le pain quotidien. Il organise des ateliers de coupe et de couture pour les jeunes filles pauvres de la ville. Il reçoit de nombreux honneurs, notamment, la médaille d’or du mérite du président de la République de l’Équateur, le canonicat honoraire de la cathédrale de Cuenca, la médaille d’or du mérite éducatif du ministre de l’éducation, la citation de la République italienne, la déclaration le proclamant « l’habitant de Cuenca le plus illustre du XXe siècle », le titre de docteur honoris causa post mortem de l’Université polytechnique salésienne. Il meurt à Cuenca le 30 avril 1982. Tout l’Equateur pleura la mort d’un saint fils de Don Bosco.

 

  1. Le secret du Père Crespi

À la base de son immense travail et de ses multiples activités, il y a le désir d’imiter le Christ dans son amour préférentiel pour les pauvres, dans son approche des petits, dans son souci des pécheurs. Il pratiquait l’oubli de soi et une grande humilité, qui se reflétait dans la simplicité de ses gestes. Au fil des années, ses intérêts scientifiques et académiques diminuèrent tandis que son dévouement pour les pauvres et les enfants abandonnés devint de plus en plus prédominant. Son humilité se manifestait également de différentes manières : soutane usée, chaussures rafistolées, repas frugal, petite chambre sobre meublée seulement d’un lit en bois. Les nombreuses reconnaissances qu’il a reçues pour son travail dans les domaines scientifique, artistique et culturel étaient destinées à ses pauvres : « Excellence, répondit-il lorsqu’on lui décerna le titre de chanoine honoraire, le père Crespi ne cherche pas de médailles, mais du pain, du riz et du sucre pour ses enfants pauvres ». C’était un homme de haute culture dans le domaine scientifique en tant qu’historien et archéologue, dans le domaine culturel en tant que musicien et pianiste. Il s’est distingué comme confesseur par un style sobre, mais plein d’humanité, de bonté et de tendresse, le vrai visage de l’amour miséricordieux de Dieu. Il lui arrivait de confesser 16 heures par jour sans rien manger. Il a laissé comme testament qu’il aimait beaucoup Marie Auxiliatrice et les enfants pauvres.

On se souvient de ses mouvements quotidiens et frénétiques entre le confessionnal et l’autel, entre le sanctuaire et l’école, avec un sourire d’enfant sur les lèvres, ses yeux vifs qui dansaient joyeusement, les doigts de sa main droite qui déroulaient un vieux chapelet. Une vie de louange à Dieu et d’abandon amoureux au prochain, un contemplatif en action, un moine de Dieu au milieu d’un peuple de pécheurs. À quatre-vingt-dix ans, il était un homme et un enfant, un homme aux contrastes typiquement évangéliques : il a révélé la Providence dans la petitesse, la Sagesse dans la naïveté, la Bonté dans la fermeté, la Miséricorde dans la capacité de créer à partir de rien un merveilleux monde de valeurs. Il a su mettre ses dons et ses compétences de musicien professionnel, élevé dans la tradition classique européenne, au service de la simplicité et de la culture des peuples indigènes. Il est passé de l’écoute de la musique profondément sentimentale du peuple et des motifs chers aux gens simples, à l’écoute, pendant des heures, des misères du peuple, des désaccords de la vie, des cris du péché et des passions humaines. Il a transformé la musique en confessionnal, l’échelle des sons en gamme des misères humaines. Une autre conversion mérite d’être rappelée : d’une vocation de jeunesse d’une expérience missionnaire précoce pour les sciences naturelles, à une passion pour le service et le dévouement aux nécessiteux.

 

  1. Citoyen d’honneur de Cuenca

Il aimait les habitants de Cuenca et était aimé et vénéré par eux comme un saint. Il aima les personnages importants pour leur culture, les enfants pour leur innocence et leur bonté, les pauvres pour être les amis du Christ. Pour les enfants, il organisa l’oratoire festif, pour les garçons une école d’environ 1 500 élèves, il fonda le théâtre et un musée de grand prestige et de grande valeur scientifique et culturelle. Au fil du temps, la ville de Cuenca et le Père Crespi sont devenus inséparables ; arrivé dans cette ville équatorienne le 24 avril 1923, il y est resté jusqu’à sa mort, environ 60 ans !

Les nombreuses années qu’il a passées à Cuenca lui ont valu de nombreuses récompenses. Le « miracle » du Père Crespi est le résultat de sa confiance illimitée en la Providence, même à l’heure de l’épreuve, comme lorsqu’en 1962, les flammes dévorèrent rapidement le grand institut qu’il avait construit au prix de grands sacrifices. Il est arrivé au terme de sa longue et laborieuse vie, aimé et vénéré comme un patriarche biblique. Beaucoup croyaient qu’il était d’origine noble, fils de comtes, mais avec un regard de foi et de sainte ruse, il affirmait : « Nous sommes tous enfants de Dieu, c’est le meilleur titre ! »

Il resta auprès des petits jusqu’à la fin de sa vie, privilégiant l’œuvre et l’esprit de l’oratoire salésien, qu’il considérait comme l’œuvre géniale de Don Bosco, la plus belle, celle qui donne le plus de satisfaction. L’oratoire animé par des jeux, des films bibliques, comiques, aventureux, formé par les cours de catéchisme, rappelé et aimé pour ses célébrations joyeuses et fraternelles. Et le Père Crespi au milieu de ses garçons avec sa clochette légendaire, donnant ses ordres, criant, toujours avec un regard paternel et compréhensif. La ville de Cuenca le vénère et l’admire comme une relique de sainteté et de sagesse. Pour les habitants de cette ville équatorienne, il a été un guide, un père, un conseiller, un confesseur, un fils illustre, dont la cause de béatification et de canonisation a été lancée en 2006.

Éditeur BSOL

Éditeur du site Web.