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Au début du pontificat du pape Léon XIV, la nouvelle de sa nouvelle croix pectorale a suscité un intérêt particulier, dans laquelle ont été insérées les reliques de saint Léon le Grand, saint Augustin, saint Thomas de Villeneuve et du bienheureux Anselme Polanco Fontecha. Un signe éloquent de la profonde vénération du Saint-Père envers les saints et de sa confiance en leur intercession, confirmée d’ailleurs par ses fréquentes visites aux sanctuaires et par ses moments de prière devant leurs reliques.
Il vient spontanément, dans ce contexte, de se demander : quelle valeur avaient les reliques pour Don Bosco ?
Une foi que l’on peut toucher
À une époque comme la nôtre, habituée à mesurer les choses à leur utilité immédiate, la vénération des reliques peut sembler une pratique lointaine, presque incompréhensible : un résidu du passé, dépassé par les chrétiens modernes. Que peuvent dire, aujourd’hui, un fragment d’os, un pan de vêtement, un objet ayant appartenu à un saint ?
Pourtant l’Église, dès les premiers siècles, a conservé les reliques non pas comme des amulettes ou des porte-bonheur, mais comme des signes concrets de la communion des saints : mémoire vivante d’hommes en qui la grâce de Dieu a pris chair, histoire, sacrifice, persévérance. C’est une profession de foi en la résurrection de la chair : le corps de celui qui a vécu dans la grâce de Dieu, destiné à la gloire, mérite honneur et garde, car il a été le temple du Saint-Esprit et l’instrument de la charité.
Saint Jean Bosco a vécu cette conviction avec le sens concret qui lui était propre. Pour lui, les reliques n’étaient pas des pièces de musée, mais une présence vivante : le signe tangible que la sainteté est possible, que l’Église est une seule famille à travers les siècles et que les saints continuent depuis le Ciel d’intercéder et d’accompagner les chrétiens encore en pèlerinage sur la terre.
Dans ses écrits, il insiste volontiers sur le fondement biblique de cette pratique. Il rappelle le manteau d’Élie recueilli par Élisée, les os d’Élisée au contact desquels un mort revient à la vie, le bord du manteau de Jésus touché par la femme malade, les mouchoirs de saint Paul portés aux infirmes, l’ombre de Pierre recherchée par les malades. L’argumentation est simple et populaire : si Dieu a voulu se servir d’objets liés à ses serviteurs pour manifester sa miséricorde, le chrétien peut vénérer ces signes avec foi, sans leur attribuer une puissance autonome. La grâce vient de Dieu ; les saints intercèdent ; la relique rappelle, évoque, encourage.
L’écrivain des martyrs
Le premier chapitre de cette vénération est son inlassable activité d’écrivain et de vulgarisateur de la mémoire des martyrs. Dans les « Lectures Catholiques », la collection populaire qu’il a fondée en 1853, Don Bosco a publié de nombreuses biographies des témoins de la foi des premiers siècles : la Vie de saint Pancrace martyr, les vies des papes martyrs Lucius Ier et Étienne Ier, le récit du pontificat de saint Denys, l’opuscule Une famille de martyrs. Son Histoire ecclésiastique consacre également des pages passionnées aux lieux où les corps des martyrs furent déposés et vénérés par les premiers chrétiens.
L’intérêt n’était pas seulement littéraire. Les catacombes étaient pour lui la démonstration historique que l’Église catholique de son temps était la même que celle des martyrs : un argument apologétique puissant dans des années d’âpres polémiques anticatholiques, mais aussi un motif de profonde dévotion personnelle.
Le pèlerin de Rome
La Rome chrétienne l’a frappé précisément par cette densité de mémoire. Lors de son premier voyage romain en 1858, il voulut visiter des basiliques, des sanctuaires et des églises insignes pour leurs reliques et pour le souvenir des martyrs. Au Panthéon, il contempla le temple païen transformé en église dédiée à Marie et à tous les martyrs, enrichi par les reliques transférées des catacombes. À Sainte-Marie-Majeure, il vénéra la relique du saint Berceau et la mémoire de l’apôtre Matthias. À Sainte-Pudentienne, il célébra la Messe dans un lieu lié au souvenir de saint Pierre et des premiers chrétiens de Rome. À Saint-Clément, il s’arrêta devant les reliques du Pape martyr et de saint Ignace d’Antioche. Il descendit dans les catacombes de Saint-Sébastien sur la voie Appienne et dans celles de Saint-Callixte, explorées précisément dans ces années-là et que la Providence confierait plus tard à ses fils. Les jours suivants, il continua à visiter des églises « insignes soit par dévotion à la Très Sainte Marie, soit pour des reliques de saints, soit pour des souvenirs des triomphes de la foi ».
Dans la Ville Éternelle, où pendant des siècles avaient été conservés les restes des martyrs et, selon la tradition, les reliques des apôtres Pierre et Paul, le prêtre piémontais touchait du doigt cette continuité de la foi qu’il raconterait ensuite à ses jeunes et aux lecteurs de ses publications.
Les martyrs turinois et le sanctuaire de Marie Auxiliatrice
Le lien de Don Bosco avec les reliques atteint son sommet dans l’histoire du sanctuaire de Marie Auxiliatrice à Valdocco. Selon le récit qu’il en fit lui-même, la Vierge lui aurait indiqué en rêve le lieu exact où, à l’époque romaine, avaient subi le martyre les saints Aventor, Soluteur et Octave, soldats de la Légion Thébaine et protomartyrs turinois : c’est précisément sur ce terrain que devait s’élever la grande église. Ce n’est pas un hasard si, sur le tympan de la façade, Don Bosco voulut placer les statues des trois martyrs, et à l’intérieur, il fit aménager une chapelle en leur honneur.
Le moment le plus solennel fut la consécration de l’église, le 9 juin 1868. La veille au soir, selon l’ancien rite, l’archevêque de Turin Alessandro Riccardi di Netro exposa à la vénération des fidèles, dans la petite église de Saint-François de Sales, les reliques des saints martyrs Maurice et Second, eux aussi de la Légion Thébaine. Bien qu’une violente tempête se soit abattue sur Turin cette nuit-là, la veillée de prière devant les saintes reliques se prolongea jusqu’à l’aube, lorsqu’elles furent solennellement transportées et scellées dans l’autel de la nouvelle église, comme la liturgie le prescrit pour tout autel consacré. Les Mémoires Biographiques décrivent ces heures avec une abondance de détails : Don Bosco voulut que ses jeunes participent à la veillée, pour qu’ils comprennent que la nouvelle église naissait littéralement sur les martyrs, selon l’usage très ancien de l’Église qui célèbre l’Eucharistie sur les ossements des témoins du Christ.
Les reliques comme instrument éducatif
En éducateur concret, Don Bosco savait que les jeunes ont besoin de voir, de toucher, de se souvenir. La foi, pour grandir, a besoin de la Parole, des sacrements, de la catéchèse, mais aussi de signes qui parlent à l’imagination, à la mémoire, aux affections. C’est pourquoi dans sa pédagogie trouvaient place les images saintes, les fêtes des saints, les pèlerinages, le récit des vies exemplaires et la vénération des reliques : non pas pour alimenter la curiosité, mais pour allumer le désir d’imiter.
Dans les premières structures éducatives de Valdocco, chaque dortoir avait un saint titulaire. Les jeunes en célébraient la fête avec les sacrements, le chant, les prières, l’ornement de l’image ; parfois on leur donnait à baiser une relique. Les Mémoires Biographiques observent que cela, uni aux autres moyens de piété, allumait toujours plus la ferveur de la dévotion.
Dans le système préventif, la religion est l’un des trois piliers, avec la raison et l’affection, et les saints sont proposés aux jeunes comme des modèles concrets et accessibles. Raconter la vie des martyrs, montrer leurs reliques, conduire les jeunes à prier devant elles signifiait rendre visible la sainteté, la soustraire à l’abstraction et la transformer en un idéal fascinant. Il n’est pas étonnant que ce soit précisément à son école qu’ait fleuri Dominique Savio, l’adolescent de quinze ans canonisé en 1954, dont les reliques sont aujourd’hui vénérées à côté de celles du maître. Don Bosco conservait avec soin les reliques qu’il recevait en don, les faisait placer dans les autels des églises qu’il construisait – de Saint-Jean l’Évangéliste à Turin jusqu’au Sacré-Cœur à Rome – et encourageait chez ses fils spirituels un culte des saints sobre, fondé et confiant.
La dernière image : le Sacré-Cœur à Rome
Un épisode particulièrement significatif se situe à la fin de sa vie, dans l’église du Sacré-Cœur à Rome, construite au prix d’énormes sacrifices. Alors que Don Bosco se trouvait au Vatican, arrivèrent à l’église les reliques destinées au sépulcre du maître-autel : une parcelle du berceau de l’Enfant Jésus et des reliques des apôtres Pierre, Paul et Jacques, du martyr Laurent et de saint François de Sales, patron de la Famille Salésienne. Placées dans une urne dorée, elles furent exposées dans l’ancienne chapelle, tandis que l’on chantait l’hymne des martyrs.
C’est une image émouvante : le vieux Don Bosco, désormais consumé par les fatigues, voit son œuvre romaine s’enraciner dans la mémoire du Christ, des apôtres, des martyrs et du saint de la douceur pastorale dont les Salésiens tirent leur nom.
De vénérant à vénéré
Il y a un paradoxe lumineux dans l’histoire de Don Bosco : l’homme qui toute sa vie avait vénéré les reliques des saints est devenu lui-même l’une des reliques les plus vénérées de la chrétienté. Lorsque Pie XI le proclama bienheureux, le 2 juin 1929, le bref apostolique Mirabilis Deus concéda expressément que son corps et ses reliques soient exposés à la vénération publique des fidèles. Depuis lors, les dépouilles du saint reposent dans l’urne de l’autel qui lui est dédié dans la basilique de Marie Auxiliatrice, tandis qu’une relique insigne – une portion du cerveau – est conservée dans la Basilique de Colle Don Bosco, près de sa maison natale. En préparation au bicentenaire de sa naissance (2015), une urne contenant une relique insigne du bras droit a accompli un pèlerinage sur tous les continents, accueillie partout par des foules de jeunes et de dévots : signe que la logique de Don Bosco – la sainteté qui se fait proche, visible, palpable – continue de parler au monde d’aujourd’hui.
Valdocco, un trésor rare
Dans la Basilique de Marie Auxiliatrice à Turin sont conservés aujourd’hui les restes mortels de saint Jean Bosco, de sainte Marie-Dominique Mazzarello et de saint Dominique Savio. Sous la Basilique se trouve la Chapelle des Reliques, où reposent le bienheureux Michel Rua, premier successeur de Don Bosco, et le bienheureux Philippe Rinaldi, le troisième successeur, avec les corps de tous les Recteurs Majeurs. La Chapelle abrite plus de trois mille reliques de saints et martyrs de l’Église.
Son véritable joyau est la relique du bois de la Sainte Croix, conservée dans un reliquaire sur fond d’albâtre. Dans un autre reliquaire artistique est conservé un fragment de la relique du Très Précieux Sang latéral de Notre Seigneur Jésus-Christ, obtenue par l’entremise du commandeur Michele Bert auprès de l’évêque de Mantoue de l’époque, Mgr Giuseppe Sarto, futur Pape saint Pie X : elle est enfermée dans un petit tube de verre lié avec un fil de soie rouge et muni d’un sceau, et sur une petite carte prévue à cet effet, Mgr Sarto écrivit de sa propre main la provenance et l’authenticité de la relique, prélevée le 2 octobre 1886 de celle vénérée dans la Cathédrale de Mantoue. Une densité de reliques qui se trouve très rarement ailleurs dans le monde, précisément dans la basilique de Don Bosco.
Une dévotion qui continue
La vénération des reliques, si chère à Don Bosco, n’appartient donc pas à un passé révolu : l’actuel Souverain Pontife la vit et en témoigne également. Le pape Léon XIV, élu le 8 mai 2025, porte les reliques des saints jusque sur sa poitrine. Dans la croix pectorale en argent qui lui a été offerte par le Cercle Saint-Pierre le jour de son élection, ont été insérés des fragments ex ossibus de quatre grands évêques : saint Léon le Grand, son prédécesseur homonyme sur la chaire de Pierre ; saint Augustin d’Hippone, père de la famille religieuse dont le Pape est issu ; saint Thomas de Villeneuve, augustin et archevêque de Valence ; et le bienheureux Anselme Polanco, augustin, évêque de Teruel et martyr.
L’initiative est née du gardien du Sacraire Apostolique, le père augustin Bruno Silvestrini, qui a interprété le désir du Souverain Pontife de se confier à la protection de saint Léon le Grand et s’est adressé au reliquiariste Antonino Cottone. Avec les techniques médiévales traditionnelles des paperoles – de minuscules filigranes de papier doré sur un tissu moiré – l’artisan a réalisé la petite croix reliquaire, après avoir déjà confectionné les reliques pour la croix reçue par le futur Pape en 2023, contenant entre autres des fragments de saint Augustin et de sainte Monique.
Le geste de Léon XIV dit, avec le langage de notre temps, exactement ce que Don Bosco enseignait à ses jeunes à Valdocco : les saints ne sont pas des figures lointaines, mais des compagnons de route ; leurs reliques ne sont pas des restes inertes, mais la mémoire vivante d’une grâce qui continue d’opérer.
Ce que l’on vénère
La relique n’est pas simplement un fragment du corps d’un saint ou un objet qui l’a touché, et sa valeur ne réside pas dans le fait d’avoir appartenu à une personne célèbre dont elle nous rappelle les vertus. C’est une matière dans laquelle la sainteté de Dieu s’est rendue présente : dans la vie du saint et même après sa mort, comme témoignage de la vie sans fin. Les miracles que Dieu a voulu accomplir par le moyen des reliques nous disent que le corps du saint est devenu en plénitude le temple du Saint-Esprit et que Dieu veut y demeurer même au-delà de son existence terrestre. Ce que l’on vénère n’est donc pas un morceau de matière, mais Dieu lui-même qui a sanctifié cette matière.
Cela ne devrait pas nous étonner. Dans la tradition chrétienne, même le respect pour les corps des défunts ordinaires, non saints, est indépendant de la valeur de la vie de cette personne : il se fonde sur le respect de Dieu, Créateur de tout homme. Ce n’est pas un hasard si ensevelir les morts est l’une des sept œuvres de miséricorde corporelle.
La vénération des reliques demeure comme un témoignage de l’action de Dieu dans l’histoire de l’humanité : une vénération qui a besoin de la foi pour poursuivre une tradition ininterrompue de l’Église. Car là où il n’y a pas la vraie foi, il n’y a pas non plus la reconnaissance de l’œuvre de Dieu.

