Temps de lecture : 5 min.
Et quels jours de fête ! Don Bosco n’a jamais oublié la fête patronale des autorités religieuses et des bienfaiteurs, mais il ne s’agissait pas d’expressions formelles traditionnelles et génériques.
Don Bosco n’a jamais oublié la fête patronale des autorités religieuses et de ses grands bienfaiteurs, en particulier pour leur envoyer ses meilleurs vœux. Mais il ne s’agissait pas d’expressions formelles traditionnelles et génériques, peut-être écrites sur une carte élégante. Il y avait bien plus dans ces petites lettres ! Voyons-en quelques-unes, celles de dix jours du seul mois d’août 1884.
7 août : Saint Gaétan
Don Bosco est depuis quelques jours l’hôte de l’évêque de Pinerolo. La chaleur de Turin lui est insupportable, fatigué et âgé (69 ans !). Mais le voici qui prend la plume, le papier et l’encrier pour écrire à son archevêque, le cardinal Gaetano Alimonda : « Votre Éminence et tous les salésiens, mes chers, aujourd’hui, Saint Gaétan, le jour du nom de l’E.V., j’aurais voulu non pas partir mais voler vers vous pour vous exprimer l’affection filiale de ce pauvre cœur qui est le mien, mais je dois me contenter de vous envoyer deux messagers pour exécuter mes ordres. Ils ne pourront pas vous apporter de trésors matériels car vous ne les désirez pas et notre état nous en rend incapables. En revanche, ils vous diront que les Salésiens apportent à l’E.V. toute l’affection que des enfants peuvent apporter au plus bienveillant des pères ». Après d’autres vœux et promesses de prières, Don Bosco poursuit avec une confiance qu’il n’avait certainement pas su cultiver avec l’archevêque précédent, Monseigneur Gastaldi : « En particulier donc, nous demandons et supplions unanimement qu’il veuille bien se servir de nous dans n’importe quelle œuvre, dans n’importe quel service spirituel ou temporel pour lequel il nous jugera capables. N’est-ce pas ? » S’étant ainsi acquis la bienveillance du Cardinal, il conclut au nom de toute la famille salésienne dispersée dans le monde : « Que les grâces du Ciel descendent abondamment sur vous et sur toute votre vénérée famille, tandis que nous tous, salésiens, coopérateurs et élèves dispersés dans les divers pays d’Italie, de France, d’Espagne et d’Amérique, nous nous prosternons humblement et invoquons votre sainte bénédiction. Au nom de tous, votre humble serviteur… Sac. Jean Bosco ». Après avoir signé la lettre, il se rendit compte qu’avec sa mauvaise écriture – il avait de sérieux problèmes de vue – il avait peut-être manqué de respect à son illustre correspondant, et il ajouta un post-scriptum émouvant : « Pardonnez ma mauvaise écriture ». Qu’a dû penser Son Éminence ? Il est fort probable qu’il ait été ému.
10 août : Saint Laurent
Quelques jours plus tard, c’est au tour du cardinal Lorenzo Nina, protecteur de la congrégation salésienne, avec qui Don Bosco correspond depuis des années : « Eminence, en tout temps, mais surtout le jour du nom de l’E.V., les salésiens doivent s’unir d’un seul cœur et d’une seule âme pour présenter à son auguste personne les sentiments de leur commune gratitude pour tant de faveurs qu’il a daigné nous accorder cette année. La plus grande faveur a certainement été la communication des privilèges des Rédemptoristes. Cette concession a mis notre humble Congrégation dans un état normal, et a mis mon cœur dans une telle tranquillité que je peux chanter le Nunc dimittis… Je vous prie d’apprécier un Album dans lequel les maisons de la Congrégation sont décrites tant en Europe qu’en Amérique. Un exemplaire identique sera remis au Saint Père le jour de votre fête patronale ». Une fois de plus, Don Bosco associe ses vœux à un remerciement sincère pour tout ce que le Cardinal a fait en faveur des Salésiens et surtout pour les résultats extrêmement positifs de leur action, grâce à sa protection.
12 août : Sainte Claire
C’est le jour de la fête patronale d’une bienfaitrice française, la riche Mlle Claire Louvet, que Don Bosco a rencontrée à Lille et à Turin et qu’il a dirigée spirituellement par des dizaines de lettres. Deux jours plus tôt – manifestement le courrier Italie-France voyageait vite – il lui avait écrit : « Mademoiselle Clara, Je suis ici à Pignerolo pour soigner un peu ma paresse. L’Evêque pour moi est un digne père… Le 12 de ce mois tous les enfants et les prêtres prieront à votre intention. Que Dieu vous bénisse, que la Sainte Vierge protège vous, Mr l’abbé Engrand, vos parents, vos amis. Ainsi soit-il. Veuillez bien prier pour ce pauvre prêtre. ». Peu de mots, mais intenses que ceux de Don Bosco : malade, accueilli avec bienveillance par un évêque généreux pour un temps de repos, uni à ses jeunes, il prie pour la jeune française et tous ses proches, rencontrés l’année précédente à Lille. Les amis, même lointains, il ne les oublie pas.
17 août : Saint Joachim
C’est la fête patronale de Joachim Pecci, le Pape Léon XIII. Don Bosco lui présente ses vœux les plus affectueux : » Très Saint Père, en ce jour très favorable, B.P., consacré aux gloires de ce Saint qui rappelle votre vénérable nom, les salésiens les plus affectueux et les plus obligés, vos fils et vos filles, ressentent le grave devoir d’exprimer leur profonde gratitude et leur inaltérable reconnaissance à Votre Excellence, leur éminent bienfaiteur. Vous savez bien, Très Saint Père, combien notre humble Congrégation manquait d’une faveur remarquable, c’est-à-dire d’un lien fort qui l’unisse inaltérablement au Saint-Siège, et vous avez daigné accomplir cet acte, si glorieux pour nous, le 9 mai dernier. Au devoir de reconnaissance, Don Bosco a encore répondu par une promesse exigeante : » Il ne nous reste plus qu’à nous, vos salésiens, à nous unir dans un seul cœur, dans une seule âme, pour travailler au bien de la Sainte Eglise. Il est vrai que dans les temps difficiles que nous traversons et dans la grande moisson qui se présente à nous, nous pouvons à peine nous appeler pusillus grex, mais nous remettrons volontiers nos ressources, nos forces, nos vies entre les mains de Votre Sainteté afin que, comme si c’était les siennes, elle daigne les utiliser dans tout ce qu’elle jugera utile pour la plus grande gloire de Dieu en Europe, en Amérique et surtout en Patagonie ».
Le pape Léon XIII le prit au mot. A plusieurs reprises, il ne manquera pas de « forcer la main » aux Salésiens, et au nouveau Recteur Majeur, le Père Rua en particulier, pour qu’ils acceptent les œuvres demandées par les gouvernements des « terres de mission ». Même s’ils avaient mille raisons de reporter, ils s’efforçaient d’accepter les invitations papales. D’ailleurs, combien de fois Don Bosco leur avait-il répété : » tout désir du pape est un ordre pour nous » ?
Les lettres de vœux de Don Bosco étaient un acte d’une exquise courtoisie à l’égard du destinataire. Le correspondant était ému à l’idée que Don Bosco avait pensé à lui, avait pris soin de lui exprimer ses sentiments, anticipant le moment où la feuille de papier arriverait entre ses mains et imaginant ses réactions.

