14 Sep 2026, lun

Le système préventif (7/7). Le regard rétrospectif. L’exposé des Mémoires Biographiques

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Nous continuons avec le septième et dernier épisode sur les textes principaux du système préventif de don Bosco.

Article précédent: Le système préventif (6/7). À un formateur de prêtres. La réponse au recteur du Séminaire de Montpellier, Dupuy

 

 

Le regard rétrospectif : l’exposé des Mémoires Biographiques

 

La dernière étape est de nature différente des précédentes, et la série doit le dire ouvertement au lecteur. Le chapitre XLVII du quatrième volume des Mémoires Biographiques n’est pas un texte publié du vivant de don Bosco : c’est la reconstruction systématique que don Giovanni Battista Lemoyne compose en recueillant les pratiques, les témoignages et les souvenirs de la première génération, et qu’il place dans sa narration des années autour de 1851-1853. Il est suivi, au chapitre XLVIII, du mot sur les châtiments. Sa valeur n’est donc pas de source directe, mais de réception : elle nous dit comment les premiers salésiens avaient compris et réorganisé ce qu’ils avaient vu faire. Lu à la fin de la série, il fonctionne comme un miroir : il permet de mesurer à quel point la pratique du fondateur était déjà passée dans la doctrine commune.

 

(MB IV,544-558, l’entier chapitre XLVII)

 

« CHAPITRE XLVII. Le Système Préventif – Son application – Ses avantages

D’après l’ensemble de ce que nous avons exposé dans les volumes précédents, nos lecteurs se seront formé un jugement exact sur le système adopté par D. Bosco dans l’éducation de la jeunesse. Ce n’était pas le système dit répressif, mais bien le préventif, système plus conforme à la raison et à la Religion. En effet, la Religion enseigne la charité qui combat l’orgueil, l’égoïsme, rend les enfants sociables, reconnaissants et respectueux les uns envers les autres, obéissants spontanément à ceux qui ont le droit et le devoir de commander, et orne même d’une certaine gentillesse ingénue les plus difficiles car elle exclut la crainte.

La raison démontre ensuite par l’expérience que sans véritable affection, le ministère de l’éducateur est inutile. Le premier bonheur d’un enfant est de se savoir aimé. Alors il correspond à cet amour, se persuade de la vérité de ce que le maître affirme, aime tout ce que le maître enseigne, ce qui plaît au maître lui plaît, il s’attache pour toute la vie à la vérité et à la doctrine qu’il a apprises de lui, et se sent même attiré par la profession, y compris sacerdotale ou religieuse, de son éducateur, et l’aime comme le père de son âme.

De plus, dans ces années-là, le système préventif était devenu une nécessité. Les aspirations populaires à un gouvernement plus doux, secondées par les Princes respectifs, faisaient que les jeunes exigeaient encore de leurs supérieurs une direction plus affectueuse et plus paternelle. C’est pourquoi, un système d’éducation rude et répressif, tel qu’il avait été pratiqué à d’autres époques, aurait répugné à la nature des temps, et aurait produit, entre autres, deux maux très graves. Il aurait éloigné les jeunes de l’Oratoire, où ils se rendaient spontanément, et d’où ils pouvaient également partir de leur plein gré sans qu’aucune loi ou autorité ne les retienne ; et de surcroît, il aurait confirmé chez eux les mauvaises rumeurs que des journalistes soudoyés, des saltimbanques et des comédiens répandaient largement, à savoir que les prêtres étaient autant de tyrans, ennemis de la liberté et du peuple. Mais au moyen de son système, D. Bosco empêcha qu’un tel malheur ne s’infiltre parmi ses jeunes. C’est pourquoi l’Oratoire fut toujours très fréquenté, au point de rendre nécessaire l’ouverture de nouveaux Oratoires dans divers quartiers de la ville ; et d’un autre côté, si quelque mauvaise langue venait à médire des prêtres en présence des jeunes qui le fréquentaient, il suffisait qu’ils se rappellent les traits de bonté exquise que pratiquait D. Bosco, pour donner aux médisants un démenti solennel. En effet, dans les ateliers, il leur arriva plusieurs fois d’avancer cet argument contre ceux qui cassaient du sucre sur le dos des prêtres, et beaucoup se souviennent qu’alors, ne sachant plus que répondre, les murmureurs répondaient : Si les prêtres étaient tous comme votre D. Bosco, vous auriez raison ; mais ce n’est pas le cas. Eux, par contre, en voyant un Théol. Borel, un Théol. Chiaves, un Théol. Carpano, un Théol. Murialdo, un Théol. Vola, un Théologien Marengo et bien d’autres prêtres exemplaires faire une splendide couronne à D. Bosco, et s’efforcer de l’imiter en voulant du bien aux jeunes et en traitant les jeunes et même les garnements en amis et en pères, persistaient fermement dans leurs convictions. Ils jugeaient ces médisances comme des calomnies, ce qu’elles étaient, et allaient de l’avant. C’est ainsi que, avec l’amour et l’attachement à la Religion Catholique, ils nourrissaient toujours envers ses ministres une haute estime et une profonde vénération, et il ne faut pas hésiter à dire que ces fruits étaient dus à l’éducation que leur dispensaient D. Bosco et ses patients collaborateurs.

Ce système, D. Bosco l’avait expérimenté avec un tel succès pour le bien-être moral des jeunes, qu’après en avoir instillé la pratique à tous ses assistants et après divers entretiens avec le Théol. Eugenio Galletti, Chanoine du Corpus Domini, il finit par l’exposer brièvement par écrit en démontrant en quoi consistent les deux systèmes préventif et répressif, en apportant les raisons pour lesquelles le premier est préférable, en enseignant son application pratique et en dévoilant ses grands avantages. Cet écrit très utile vit ensuite le jour dans le Règlement pour les Maisons Salésiennes, et nous croyons qu’il est dans l’intérêt des lecteurs de le reproduire ici pour leur norme et leur gouverne.

“Il y a deux Systèmes, dit D. Bosco, utilisés de tout temps dans l’éducation de la jeunesse : Préventif et Répressif. Le Système Répressif consiste à faire connaître la loi aux sujets, et ensuite à surveiller pour en connaître les transgresseurs et infliger, si besoin est, le châtiment mérité. Dans ce Système, les paroles et l’aspect du Supérieur doivent toujours être sévères et plutôt menaçants, et lui-même doit éviter toute familiarité avec les subordonnés. Outre cela, le Directeur, pour accroître son autorité, devra se trouver rarement parmi ses sujets, et le plus souvent seulement lorsqu’il s’agit de punir et de menacer. Ce Système est facile, moins fatigant, et sert spécialement dans l’armée, et en général parmi les personnes adultes et sensées, qui doivent d’elles-mêmes être en mesure de savoir et de se rappeler ce qui est conforme aux lois et aux autres prescriptions.

Différent et, dirais-je, opposé est le Système Préventif. Il consiste à faire connaître les prescriptions et les règlements d’un Institut, et ensuite à surveiller leurs élèves en ayant toujours sur eux l’œil du Directeur ou des assistants, qui comme des pères aimants parlent, servent de guide à tout événement, donnent des conseils et corrigent affectueusement, ce qui revient à dire : Mettre les élèves dans l’impossibilité de commettre des fautes. Ce Système s’appuie tout entier sur la raison, la religion et l’affection ; c’est pourquoi il exclut tout châtiment violent, et cherche à éloigner même les châtiments légers. Il semble que ce Système soit préférable pour les raisons suivantes :

I. L’élève prévenu à l’avance n’est pas avili par les fautes commises, comme cela arrive lorsqu’elles sont déférées au Supérieur. Le jeune ne se met pas en colère pour la correction faite ou pour le châtiment annoncé ou infligé, car il y a toujours une parole amicale qui le raisonne, et qui le plus souvent réussit à le persuader et à gagner son cœur, de sorte que le coupable connaît la nécessité du châtiment et le désire presque.

II. La raison la plus essentielle est la mobilité du jeune, qui en un instant oublie les règles disciplinaires et les punitions prévues. C’est pourquoi souvent un enfant transgresse une règle et mérite une peine, auxquelles au moment de l’action il ne faisait pas du tout attention, et il aurait certainement agi différemment si une voix amie l’avait averti.

III. Le Système Répressif pourra empêcher des désordres, mais difficilement il rendra les âmes meilleures. On a observé que les jeunes n’oublient pas les châtiments subis, et le plus souvent conservent de l’amertume avec le désir de secouer le joug et même de s’en venger. Il semble parfois qu’ils n’y fassent pas attention, mais celui qui suit leurs façons de faire sait que les réminiscences de la jeunesse sont terribles. Ils oublient facilement les punitions des parents, mais très difficilement celles des éducateurs. Il y en a certains qui, dans leur vieillesse, ont vengé vilainement certains châtiments, reçus justement au temps de leur éducation. Au contraire, le Système Préventif fait de l’élève un ami, qui reconnaît dans l’assistant un bienfaiteur qui l’avertit, veut le rendre meilleur, le libérer des chagrins, des châtiments, du déshonneur.

IV. Le Système Préventif traite l’élève de telle manière que l’éducateur pourra toujours lui parler le langage du cœur, au temps de l’éducation et après ce temps. Avec un tel Système, l’éducateur, en gagnant le cœur de son protégé, pourra exercer sur lui une grande influence, l’avertir, le conseiller et même le corriger lorsqu’il sera au travail, dans les bureaux ou dans le commerce.

 

Pour ces raisons et bien d’autres, il semble que le Système Préventif doive être préféré au Répressif”.

Après cela, D. Bosco se met à parler de son application en continuant ainsi :

La pratique de ce système est tout entière appuyée sur les paroles de St Paul qui dit : Charitas patiens est, benigna est, omnia suffert, omnia sperat, omnia sustinet ; et aussi sur les paroles adressées aux parents : “Pères, ne provoquez pas à la colère vos enfants, afin qu’ils ne perdent pas courage”. C’est pourquoi seul le chrétien peut appliquer avec succès le Système Préventif. Raison et Religion sont les moyens dont l’éducateur doit constamment faire usage, s’il veut parvenir au but. Voici donc les principales règles d’application dudit Système.

I. Le Directeur doit être tout entier consacré à ses élèves, et ne jamais prendre des engagements qui l’éloignent de sa responsabilité ; au contraire, il doit se trouver toujours avec ses élèves toutes les fois qu’ils ne sont pas pris par des devoirs, à moins qu’ils ne soient dûment assistés par d’autres.

II. Les maîtres et les assistants doivent être d’une moralité connue. Qu’ils s’efforcent d’éviter comme la peste toute sorte d’affection ou d’amitiés particulières avec les élèves, et qu’ils se souviennent que l’égarement d’un seul peut compromettre un Institut éducatif. Qu’on fasse en sorte que les élèves ne soient jamais seuls. Autant que possible, que les assistants les précèdent sur les lieux où ils doivent se rassembler ; qu’ils restent avec eux jusqu’à ce qu’ils soient surveillés par d’autres, qu’ils ne les laissent jamais inoccupés même au temps de la récréation.

III. Qu’on leur donne une grande liberté de sauter, courir, faire du tapage à volonté. La gymnastique, la musique, la déclamation, le petit théâtre, les promenades sont des moyens très efficaces pour obtenir la discipline, servir à la moralité et à la santé. Qu’on veille seulement à ce que la matière du divertissement soit bien choisie, que les personnes qui y interviennent soient honnêtes et non dangereuses, et que les discours qui s’y font ne soient pas blâmables. Faites tout ce que vous voulez, disait le grand ami de la jeunesse St Philippe Néri, il me suffit que vous ne fassiez pas de péchés.

IV. La Confession fréquente et la Communion fréquente sont les colonnes qui doivent soutenir un édifice éducatif, dont on veut éloigner la menace et la trique. Ne jamais contraindre les jeunes à la fréquentation des saints Sacrements, mais seulement les encourager et leur offrir la commodité d’en profiter. À l’occasion d’Exercices spirituels, de triduums, de neuvaines, de prédications et de catéchismes, qu’on fasse ressortir la beauté, la grandeur, la sainteté de cette Religion, qui présente des moyens si faciles, si utiles à la société civile, à la tranquillité du cœur, au salut de l’âme, que sont précisément les saints Sacrements. De cette manière, les enfants restent spontanément désireux de ces pratiques de piété, ils s’en approcheront avec conviction et avec fruit.

V. Qu’on use de la plus grande surveillance pour empêcher que ne s’introduisent dans l’Institut de mauvais compagnons et de mauvais livres, ou des personnes qui tiennent de mauvais discours. Le choix d’un bon concierge est un trésor pour une maison d’éducation.

VI. Chaque soir après les prières communes, et avant que les élèves n’aillent se reposer, le Directeur, ou celui qui le remplace, adresse quelques paroles affectueuses en public, en donnant un avis ou un conseil sur des choses à faire ou à éviter ; qu’il s’efforce de tirer une leçon des faits survenus dans la journée dans l’Institut ou au-dehors ; mais que son discours ne dépasse pas les cinq minutes. Ce petit sermon bien conduit est comme la clé de la moralité et du bon succès de l’éducation.

VII. Qu’on évite l’opinion pestifère de ceux qui voudraient différer la première Communion à un âge trop avancé, quand le plus souvent le démon a déjà pris possession du cœur d’un jeune en causant un dommage incalculable à son innocence. Selon la discipline de l’Église primitive, on avait coutume de donner aux enfants les hosties consacrées qui restaient de la Communion des adultes. Cela sert à nous faire connaître combien l’Église aime que les enfants soient admis de bonne heure à la sainte Communion. Quand un jeune sait distinguer entre pain et pain, et manifeste une instruction suffisante, qu’on ne fasse plus attention à l’âge, et que le Souverain céleste vienne régner dans cette âme bénie.

VIII. En ce qui concerne la Communion, les catéchismes en recommandent la fréquence. Saint Philippe Néri la conseillait tous les huit jours et même plus souvent. Le Concile de Trente dit clairement qu’il désire ardemment que chaque fidèle chrétien qui participe à la sainte Messe fasse également la Communion, non seulement spirituelle, mais aussi sacramentelle, afin qu’il tire un plus grand fruit de cet auguste et divin Sacrifice”.

 

L’utilité de ce Système d’éducation ne peut échapper à la considération d’une personne sensée ; toutefois, afin de mieux en persuader, D. Bosco poursuit :

“Certains diront que ce Système est difficile à pratiquer. J’observe que de la part des élèves, il s’avère beaucoup plus facile, plus satisfaisant, plus avantageux. De la part ensuite des éducateurs, il renferme quelques difficultés, qui cependant sont diminuées, si l’éducateur se met avec tout son zèle à son œuvre. L’éducateur est un individu consacré au bien de ses élèves ; c’est pourquoi il doit être prêt à affronter tout dérangement, toute fatigue, pour atteindre son but, qui est l’éducation civile, morale et scientifique de ses élèves. Outre les avantages exposés ci-dessus, j’ajoute encore les suivants :

I. L’élève sera toujours plein de respect envers l’éducateur et se rappellera toujours avec plaisir la direction reçue, considérant comme des pères et des frères ses maîtres et les autres supérieurs.

II. Quel que soit le caractère, le naturel ou l’état moral d’un jeune à l’époque de son acceptation, les parents peuvent être sûrs que leur fils ne pourra pas empirer, et on peut tenir pour certain qu’on obtiendra toujours quelque amélioration. Certains enfants qui étaient la désolation de leurs parents, et même refusés par les maisons de correction, si on les éduque selon les principes de ce Système, ont changé de comportement et de caractère, se sont adonnés à une vie rangée, et occupent présentement une place honorable dans la société, et sont le soutien de leur famille et l’honneur de leur pays.

III. Les élèves qui par aventure entreraient dans un Institut avec de tristes habitudes ne peuvent pas nuire à leurs compagnons. Et les bons jeunes ne pourront pas recevoir de dommage de ceux-ci, car il n’y a ni temps, ni lieu, ni opportunité où ils ne puissent être toujours affectueusement assistés et protégés”.

D. Bosco conclut son petit traité par un mot sur les châtiments : Quelle règle doit-on suivre, demande-t-il, dans l’usage des punitions ? Et il répond : Si c’est possible, qu’on ne fasse jamais usage des châtiments ; si la nécessité demande répression, qu’on retienne ce qui suit :

“I. L’éducateur cherchera à se faire aimer de ses élèves, s’il veut se faire craindre. Dans ce cas, leur retirer la bienveillance est un châtiment, mais un châtiment qui excite l’émulation, donne du courage et n’avilit jamais.

II. Auprès des jeunes, est châtiment ce qu’on fait servir comme tel. On a observé qu’un regard sans affection produit chez certains un plus grand effet que ne le ferait une gifle. La louange pour une belle action, le blâme pour une négligence coupable, peuvent servir au mieux de récompense ou de châtiment.

III. Excepté de très rares cas, les corrections et les châtiments ne se donnent jamais en public, mais en privé et loin de la vue des camarades. On emploiera le maximum de prudence et de patience pour faire que l’élève comprenne son tort en faisant appel à la raison et à la religion.

IV. Donner de vilains surnoms, frapper de quelque manière que ce soit, mettre à genoux dans une position douloureuse, tirer les oreilles et autres actes similaires, tous ces comportements doivent être absolument évités car ils sont interdits par les lois civiles, ils irritent grandement les jeunes, et ils avilissent l’éducateur lui-même.

V. Que le Directeur fasse bien connaître les règles, les récompenses et les châtiments prévus par les Règlements de discipline, afin que l’élève ne puisse pas s’excuser en disant : Je ne savais pas que cela était commandé ou interdit.

VI. Avant d’infliger une quelconque punition, qu’on observe le degré de culpabilité chez l’élève, et là où l’admonition suffit, qu’on n’emploie pas les reproches, et là où ceux-ci sont suffisants, qu’on n’aille pas plus loin.

VII. « Ni en paroles ni en actes, que l’on ne punisse jamais lorsque l’esprit est agité ; jamais pour des fautes de simple inattention ; jamais trop souvent ». Ainsi parlait D. Bosco. Le système décrit ci-dessus, suivi par lui et recommandé dès les débuts de l’Oratoire et de l’Hospice, est celui qu’on étudie et qu’on pratique encore aujourd’hui dans toutes les Maisons Salésiennes ; et les Supérieurs savent que plus ledit système est connu et exactement appliqué, plus celles-ci fleurissent et donnent de bons fruits.

 

Les principes de ce système d’éducation fournissaient à Don Bosco le sujet des conférences qu’il tenait pour ses coadjuteurs. Il rappelait souvent les paroles de saint François de Sales : « On attrape plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec un tonneau de vinaigre ». Et il souffrait si quelqu’un se montrait dur avec les jeunes et les employés, voulant que tous soient gagnés par la charité. – N’oubliez jamais, disait-il continuellement à quiconque avait autorité sur les élèves, que les enfants fautent plus par vivacité que par malice, plus pour n’être pas bien assistés que par méchanceté. Il faut avoir soin d’eux avec empressement, les assister attentivement sans en avoir l’air, et prendre même part à leurs jeux, tolérer leurs cris et les ennuis qu’ils causent, puisque le Divin Sauveur lui-même a dit en de telles circonstances : Sinite parvulos venire ad me. – Et il veillait attentivement sur eux où qu’ils fussent. Fréquemment, il venait à l’étude et allait dans les ateliers. Jamais il n’arrivait la plus petite infraction aux règles sans qu’il s’en aperçût aussitôt et y remédiât avec promptitude. Il conférait souvent avec les autres supérieurs, s’informant de la conduite des jeunes et donnant toujours des règles pour la bonne marche de la discipline. Il prescrivit que chaque semaine on donnât à chaque élève une note de conduite, d’étude et de travail, et il lisait lui-même publiquement les notes le dimanche soir, en encourageant les diligents et en admonestant les négligents.

Don Bosco avait la certitude qu’ordinairement, par la réflexion, on amène tous les jeunes à reconnaître leurs propres manquements et à s’en corriger. Aussi ne se lassait-il jamais d’avertir et de conseiller ; et sa patience fut vraiment héroïque. Quand un supérieur était incertain sur la bonne réussite d’un jeune pour l’accepter ou le renvoyer, il suggérait de mettre en pratique, même dans ce cas, la maxime de saint Paul : Omnia probate, quod bonum est tenete. C’est à cela que devaient servir la vigilance et l’avertissement opportun. Au début de l’année, s’il venait à soupçonner que l’un des nouveaux admis pût porter préjudice à ses camarades, il l’appelait à lui, l’avertissait avec les plus vives expressions de douleur, le faisait surveiller d’une manière spéciale. Avec une telle sollicitude, il réussit à en corriger beaucoup qui, venant du monde, portaient avec eux la mauvaise habitude, malheureusement trop commune, du langage ordurier.

Il est difficile de dire avec des mots le secret qu’avait D. Bosco pour gagner les jeunes à lui et les attirer au service du Seigneur. Il possédait dans l’ordre de la nature et de la grâce des dons et des prérogatives exceptionnels. Quand il prenait un jeune à part et lui parlait en confidence à l’oreille, même s’il était très dissipé ou rebelle à la grâce, il arrivait difficilement qu’il ne se rendît pas à ses conseils et avertissements paternels. Et ces avertissements ne pouvaient s’avérer inefficaces, car D. Bosco aurait donné cent fois sa vie pour les âmes s’il en était besoin.

Ses paroles ouvraient les cœurs, et il insistait souvent sur la sincérité à avoir spécialement avec les supérieurs dans les choses de l’âme, en décrivait ses avantages ; il l’appelait la clé de la paix intérieure, l’arme la plus efficace pour chasser la mélancolie, le secret le plus sûr pour trouver le contentement dans la vie et dans la mort et pour parvenir à une grande perfection. En faisant cette recommandation, il ne visait à rien d’autre qu’à empêcher le péché, ou à le détruire avec ses conséquences.

Il avait coutume de dire à ses collaborateurs : – Il faut que nous tenions le péché éloigné de la maison et que nos jeunes se mettent tous en grâce de Dieu ; sans cela, les choses ne peuvent pas bien aller. – Et il ajoutait souvent : – Rappelez-vous que la première méthode pour bien éduquer, c’est de faire faire de bonnes confessions et de bonnes communions. – Il plaçait dans la fréquentation de ce sacrement toute la force de sa mission au milieu de la jeunesse. Il veillait à ce que ses élèves s’en approchent régulièrement, voire très fréquemment, mais sans pression d’aucune sorte. Il les exhortait et voulait qu’on les y exhorte, mais il ne les obligeait pas. Bien qu’il se trouvât tous les matins à confesser, et que le désir de se confesser à lui fût général, au point qu’il n’avait pas le temps de satisfaire au désir de tous, il voulait cependant qu’il y eût d’autres confesseurs externes, spécialement les jours de fête et leurs veilles. Il laissait à tous la plus grande liberté ; il ne faisait pas de remarques et ne voulait pas qu’on en fît sur qui se confessait à lui ou à d’autres prêtres. Et des années plus tard, il donna pour règle à l’un de ses prêtres : – Fais en sorte de ne jamais donner aucun signe de partialité envers celui qui se confesse de préférence à l’un plutôt qu’à l’autre. – De même, il ne consentit jamais à ce que les jours de communion générale, on fît sortir les jeunes de leur banc de manière ordonnée par rangées pour aller à l’autel, afin que celui qui n’était pas préparé ne se laissât pas vaincre, à son grand dam, par le respect humain, ou ne fût montré du doigt par les autres. Mieux valait la liberté et un peu de confusion. À la messe quotidienne de la communauté, les communions étaient si nombreuses que plusieurs étrangers demandèrent plus d’une fois quelle fête on célébrait, car il leur semblait avoir assisté à une communion générale.

Du reste, le bien qu’opéra D. Bosco au moyen de la confession est tel que nous oserions l’appeler l’apôtre de la confession. Il inspirait une telle tranquillité et confiance en Dieu et en ses miséricordes que beaucoup, ayant quitté l’Oratoire, peinaient presque à s’habituer à d’autres confesseurs. Il inculquait aux pénitents la maxime de saint Philippe Néri : – Péchés et mélancolie, hors de ma maison – et par là, il voulait qu’ils aient pleinement confiance en leur salut éternel.

Et la fréquentation des sacrements était le puissant ressort qui poussait tout le monde sur la voie de l’obéissance dans la paix et l’allégresse. Ainsi, la note caractéristique de l’Oratoire était un tapage bon enfant dans les manières, une vivante variété de jeux, en même temps qu’une religiosité et une moralité suprêmes et une grande diligence dans l’accomplissement du devoir. Tout cela était vécu par un grand nombre d’excellents jeunes, véritables modèles et exemples pour leurs autres camarades. Des centaines d’anciens élèves, prêtres et laïcs, attestent ne pas se souvenir qu’il se soit produit de leur temps le moindre désordre grave.

Le chanoine Ballesio a écrit : « Le frein au mal, l’incitation au bien, notre joie et notre satisfaction, l’ordre dans la maison, notre réussite dans les études et dans le travail, tout naissait de la piété raisonnée, intime et fervente que le serviteur de Dieu savait nous insuffler par son exemple, par ses prédications, par la fréquentation des sacrements presque nouvelle à cette époque parmi les jeunes, par ses discours et par ses récits vivants et édifiants. En même temps, par certaines de ses paroles, par des signes, par des regards, il dissipait les ténèbres, les anxiétés de l’esprit, inondait notre âme de joie et nous remplissait de ferveur pour l’amour de la vertu, du sacrifice et de l’obéissance ».

Oh ! comme résonnaient doucement sur ses lèvres ces expressions qui lui étaient si familières, tandis que transparaissait sur son visage la foi qu’il avait dans le cœur : – Comme le Seigneur est bon avec nous, lui qui ne nous laisse jamais manquer de rien ! Servons-le volontiers ! – Aimons Dieu ; aimons-le parce qu’il est notre père.

Tout passe : ce qui n’est pas éternel n’est rien !

De tout cela il ressort, et nous en reparlerons dans bien d’autres pages, que la méthode d’éducation choisie par D. Bosco était la bonté adaptée sagement et doucement à l’âge de la jeunesse. Mais combien il serait souhaitable qu’un tel système fût introduit dans toutes les familles chrétiennes, dans tous les instituts d’éducation publics et privés, de garçons et de filles ! Combien l’exercice du bien envers la jeunesse s’en trouverait facilité, comme le remède serait prompt à la première apparition du mal, quelle sécurité pour les enfants honnêtes et innocents contre les mauvais exemples des pervertis ! Alors on ne tarderait pas à avoir une jeunesse plus sage et plus pieuse ; une jeunesse qui serait la consolation des familles et un soutien valable pour la société civile. Et c’est ainsi que l’ont compris un grand nombre d’éducateurs de diverses nations et spécialement d’Angleterre. Là, beaucoup de collèges, destinés à la jeunesse pauvre et catholique, prirent pour modèle, après la mort de D. Bosco, l’Oratoire de Turin et son règlement. Les fondateurs étudièrent la vie de D. Bosco et son système pratique d’éducation, suivirent ses exemples avec un grand fruit pour les vocations ecclésiastiques, et le portrait de l’homme de Dieu occupe dans ces instituts la place d’honneur, ainsi que dans les séminaires.

Même parmi les protestants, D. Bosco a eu des imitateurs. Don Giovenale Bonavia nous écrivait le 12 juin 1903 depuis notre Maison de Londres : « Je vous envoie deux périodiques qui contiennent quelques observations sur D. Bosco ; ils ne sont pas catholiques, mais appartiennent, semble-t-il, à la section anglicane dite Haute Église, c’est-à-dire ritualiste ou puséiste. L’auteur, un certain Norman Potter, est, je crois, la même personne dont l’un de nos prêtres a fait personnellement la connaissance il y a quelques mois. Il se trouve être le Directeur d’un Hospice de jeunes non loin de chez nous, et celui qui lui a rendu visite a vu dans la salle de réception le portrait de D. Bosco avec la devise : Da mihi animas, caetera tolle. Ce monsieur a voyagé en Italie, visité certaines de nos maisons et l’Oratoire de Turin. Il imite D. Bosco autant qu’il le peut.

Il a un aumônier (protestant) dans son Institut. Je crois qu’il lit aussi le Bulletin Salésien.

« Il donne donc dans les deux articles susmentionnés un aperçu historique de D. Bosco.

« Le premier, Goodurtl (Bonne volonté), imprimé en 1900, est le plus court, avec un portrait. Le second, Common wealth (Bien public), a été imprimé cette année, est plus détaillé et donne aussi une esquisse du système préventif tirée du règlement de nos maisons. Là où l’on parle de la confession et de la communion fréquentes et de la messe quotidienne, il traduit le mot Messa par Eucharist pour éviter peut-être le mot Mass qui est offensant pour beaucoup, même pour des Anglicans. Il conclut les deux articles en formant des vœux pour que le Seigneur suscite ici en Angleterre des hommes ayant l’esprit de D. Bosco, dont on a tant besoin ».

 

Éditeur BSOL

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