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Le concept de « farniente » n’existait pas dans l’esprit de Don Bosco, même quand il était enfant. Dans sa jeunesse, ses divertissements étaient les jeux avec ses camarades pour les rendre meilleurs, son entraînement de saltimbanque, l’éducation de son chien Bracco, aller à cheval, et bien d’autres choses encore. En tant que prêtre, il transforma les jeux et les fêtes en instruments d’apostolat pour les jeunes de Turin. Le carnaval avec les marmites et les dialogues dans la chapelle, les défis sportifs, les grandes récréations, les promenades d’automne, tout cela permettait de garder toujours vivant l’esprit joyeux qui le caractérisait. Il avait l’habitude de dire que « l’oisiveté est la maîtresse de nombreux vices » et que « le diable doit nous trouver toujours occupés ».
Par « loisir », on entend tout ce qui « distrait », c’est-à-dire ce qui repose du travail, éloigne des préoccupations et donc « divertit ».
On peut se demander si Don Bosco, au cours de sa vie, a pris des moments de loisir, ou une demi-heure de « relax », pour utiliser un terme étranger qui « fait chic », mais qui dérive en fait du latin « relaxatio ».
Le mot « loisir » ne se trouve pas dans les index analytiques de la première histoire salésienne. On trouve plutôt les termes : « divertissement », « jeux », « récréation », qui se réfèrent non pas tant aux loisirs personnels de Don Bosco qu’à ses initiatives en faveur des jeunes.
On sait cependant que Giovanni, enfant et jeune étudiant, a bien profité de moments de « relax », comme lorsqu’il allait à la recherche des nids, ou s’amusait avec ses camarades du hameau.
Son amitié avec le chien de Sussambrino est bien connue, le fameux « Bracco », qu’il avait dressé pour attraper au vol les morceaux de pain sans les manger avant d’en avoir reçu l’ordre, pour monter et descendre l’échelle du fenil et pour faire des sauts et des jeux de cirque.
Ainsi, quand à Castelnuovo le curé Don Dassano lui confia la garde de son écurie, Giovanni apprit à monter à cheval. Il lui sautait sur le dos et s’amusait à le faire galoper.
À Chieri aussi, il jouait avec ses condisciples de l’école publique et au Séminaire, il participa parfois même à des jeux de cartes et de tarots, qu’il abandonna ensuite parce qu’ils le dérangeaient dans ses études et son sommeil.
Ce n’était plus un loisir pour lui !
Les spectacles des prêtres
À Morialdo, lors des célébrations de la fête de la Maternité de Marie, principale solennité du bourg, le clerc Giuseppe Cafasso, invité par Giovannino Bosco à assister à quelques spectacles, lui avait répondu :
— Mon cher ami, les spectacles des prêtres ce sont les fonctions de l’église (MO 42).
Giovanni n’oublia plus jamais ces paroles, comme en témoignent les résolutions qu’il prit le jour de sa prise de soutane (MO 87-88).
Mais il les appliqua ensuite à sa manière, transformant peu à peu les plaisanteries, les jeux, les divertissements variés en autant de moyens d’apostolat. On peut dire qu’à partir du moment où il commença son ministère sacerdotal parmi les jeunes pauvres et abandonnés de Turin, ses loisirs ne furent plus que pour ses garçons.
Il les utilisait comme une soupape de sécurité pour ceux qui avaient besoin de liberté, de joie, voire de chahut, pour apaiser les cœurs, les détourner des pensées tristes et les conduire indirectement à quelque chose de plus important : l’étude, le travail, la prière, la vertu.
Et ici, on pourrait décrire les fêtes, les spectacles, les diverses formes de récréation que Don Bosco sut inventer et réaliser pendant son activité de prêtre-éducateur.
Pour le carnaval de 1847, par exemple, Don Bosco avertit les jeunes que les derniers jours avant le Carême il y aurait des divertissements et des jeux extraordinaires. Il voulait les détourner de l’idée du carnaval de la ville qui était peu convenable pour eux. Avec le théologien Borel, il fit d’abord dans la chapelle une instruction très amusante sous forme de dialogue, qui provoqua l’hilarité de tous.
Après les fonctions à l’église, il organisa une récréation animée, avec le jeu des marmites suspendues à une corde et pleines de fruits et de bonbons à l’intérieur, ou… pleines d’eau. Les jeunes, choisis par leurs camarades, devaient tourner autour, les yeux bandés et un bâton à la main, en cherchant à frapper les marmites… avec les conséquences qui s’ensuivaient (MB III, 180).
Tant que l’âge et les occupations le lui permirent, Don Bosco fut le premier aux jeux, l’âme de la récréation. Il jouait aux billes, aux boules, à la « barrarotta ». Il défiait les jeunes à la course. Il semble que le dernier de ces défis ait eu lieu en 1868. Malgré ses jambes enflées, Don Bosco courut encore avec une telle rapidité qu’il laissa derrière lui tous les jeunes de l’Oratoire. Ceux qui étaient présents n’en croyaient pas leurs yeux (MB III, 127).
Mais la journée de fête familiale la plus caractéristique pour tout l’Oratoire devint celle du 24 juin, spécialement dédiée à la fête en l’honneur de Don Bosco. C’était l’occasion de belles fonctions à l’église, d’un repas amélioré, d’une académie en son honneur, d’un divertissement théâtral et de beaucoup de joie.
Jamais de loisirs personnels ?
Si nous parcourons la vie de Don Bosco, nous trouvons que les occasions ne lui ont pas manqué pour goûter non seulement un soulagement spirituel mais aussi, au moins indirectement, des loisirs au milieu de tant de difficultés financières, de souffrances physiques et morales, de graves problèmes de toutes sortes.
Fin août 1850, il fit un voyage dans le Val Chisone. Interrogé des années plus tard sur la raison de ce voyage, il répondit que, pensant écrire une Histoire d’Italie, il désirait voir les montagnes où en 1747 s’était déroulée la bataille héroïque de l’Assietta, menée par les Piémontais pour empêcher l’invasion des États de Savoie.
Don Bosco se trouvait à un moment de sérieuses préoccupations et l’excursion a pu lui servir de loisir, même si le biographe est convaincu que le récit qu’il en fit cachait le but principal de l’excursion, à savoir un acte de dévotion et de reconnaissance envers l’archevêque Fransoni alors détenu au Fort de Fenestrelle.
Lors de son premier voyage à Rome en 1858, il eut la consolation de visiter les lieux les plus sacrés de la Ville Éternelle. L’histoire, l’art, la foi, les gloires religieuses chrétiennes, les grandes Basiliques, les Catacombes, durent émouvoir profondément l’âme religieuse et « romaine » de Don Bosco. Ce fut un véritable soulagement spirituel, oui, mais aussi d’authentiques loisirs.
Nous pourrions encore rappeler son retour triomphal parmi les jeunes de Valdocco en 1872, après un mois de grave maladie en isolement à Varazze. Cette fête, cette joie qui jaillissait des visages de tous les siens fut certainement un soulagement tout spécial pour Don Bosco.
Ses retours répétés aux Becchi avec les jeunes lors des fameuses promenades d’automne devaient aussi être une source de loisirs.
Rappelons enfin les vendanges faites en décembre 1887 au milieu de ses disciples les plus intimes avec les raisins de la pergola qui ornait les petites chambres de Valdocco. Retardées exprès pour attendre l’arrivée de Mgr Giovanni Cagliero, elles furent pour Don Bosco, gravement malade, un dernier loisir vraiment. Assis dans sa petite loggia, il éprouvait au crépuscule de sa vie la grande joie de voir ses meilleurs fils partager avec lui ces grappes de raisin qui lui rappelaient sa terre natale, sa mère, son enfance, le rêve de ses neuf ans.

