29 Août 2026, sam

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Un nom de famille peut raconter une histoire, évoquer un lieu et même être source de bonne humeur. Celui de don Bosco, attesté dans la région de Chieri depuis le XVIIe siècle, accompagna Jean tout au long de sa vie, prêtant le flanc à des jeux de mots, des surnoms et des plaisanteries en piémontais. Depuis ses jours au séminaire jusqu’à ses vieux jours, il sut plaisanter sur son propre nom, se comparant tantôt à un bois vermoulu, tantôt au bois capable d’alimenter le feu. Mais derrière l’humour affleure un sens plus profond : don Bosco fut véritablement un « bois de Sales », un bois consumé par la fatigue et embrasé par l’amour de Dieu.

 

 

Au Piémont, les premiers registres paroissiaux de naissances, de baptêmes, de mariages et de décès, encore disponibles, remontent apparemment au début des années 1600, et les registres municipaux à 1800.

Grâce aux recherches de Don Michele Molineris, nous savons que la lignée des Bosco n’était pas originaire de Castelnuovo d’Asti, mais de Chieri. Pour sa part, le commandeur Secondo Caselle a réussi à retracer leur généalogie jusqu’à Bosco Giovanni de Chieri, qui a épousé Ronco Giovanna de Chieri dans la cathédrale de Chieri le 5 février 1627.

Certains ont voulu remonter plus loin, en rattachant la famille Bosco di Chieri à une souche ligure et, de là, jusqu’aux Étrusques (« Il Tempio di Don Bosco » 1987, n° 7, p. 9). Mais à ce rythme, on peut prouver tout et son contraire, car il y avait des Bosco, des Boschi et des Boschetti partout, non seulement dans diverses régions d’Italie, mais avec le terme correspondant à la langue respective, dans beaucoup d’autres pays d’Europe et du monde, voire même en Chine (Lam, Lin) et au Japon (Mori).

Ces noms de famille ont proliféré, au moins jusqu’au Moyen Âge, à des époques et dans des lieux différents selon les milieux de vie et de travail, les affinités personnelles et de caractère. Malgré la stabilisation des noms de famille à l’approche de l’époque moderne, leur transmigration d’une région à l’autre reste probable.

D’autre part, l’absence de documentation locale ne prouve pas en soi l’absence d’un nom dans une région donnée ni sa provenance d’autres régions. Le fait qu’un registre génois de 1186 porte le nom de famille Bosco ne prouve pas que ce nom est arrivé à Chieri depuis Gênes, même si les terres du Montferrat (mais Chieri n’a jamais fait partie du Montferrat) ont eu plus de relations avec les Génois qu’avec les territoires savoyards au cours des siècles passés.

Laissons donc les choses là où elles sont et pensons plutôt à la façon dont le nom de famille Bosco, avec sa signification locale (bòsch en piémontais signifie bois), a joué un rôle dans la vie de notre saint.

 

Le nom de famille dans la vie de Don Bosco

Pendant ses années de séminaire à Chieri, le nom de famille de l’abbé Bosco fut exploité de différentes manières par ses compagnons.

Lorsque le portier appelait à haute voix Bòsch èd Castelneuv, on entendait un chœur qui répétait en français Bois de Châteauneuf. Puis, lorsque l’abbé Bosco, nommé sacristain, se rendait chez l’économe pour chercher de l’huile pour la lampe du Saint-Sacrement, le chœur habituel intervenait pour l’apostropher : « Bòsch dl’euli për la lampia » (Bois de l’huile pour la lampe). Au séminaire on ne manquait pas de bonne humeur !

Pour éviter les malentendus, un séminariste portant le même nom de famille, Giacomo Bosco, proposa à Giovanni de choisir chacun un surnom spécifique. « Je serai Bòsch ëd pocio » (je serai bois de néflier), « et moi, je serai Bòsch ëd sales » (je serai bois de saule). Leur entente a dû fonctionner car Giacomo Bosco, alors directeur spirituel des Sœurs de Saint-Joseph pendant plus de trente ans, répondit un jour à qui lui demandait un conseil : « Va voir Don Bosco, le saint ; moi, je ne suis qu’un bòsch èd pocio » (bois de néflier) (MB VII, 18).

Don Bosco lui-même plaisantait volontiers à l’occasion sur son nom de famille. Au barbier qui ne voulait pas laisser un apprenti inexpérimenté lui faire la barbe, il dit : « Oh, il peut très bien raser un homme qui est de bois » (G.B. FRANCESIA, Don Bosco amico delle anime…, p. 33).

Parfois, faisant allusion à sa santé précaire, il se déclarait bòsch camolà (bois vermoulu) (E 1504).

À Don Nicolao Cibrario, directeur de la maison de Vallecrosia, qui lui demandait de l’argent pour la nouvelle église, il répondit : « Dites à Mgr Viale d’allumer le feu, j’y apporterai un peu de bois » (bois de chauffage, c’est-à-dire de l’argent)… Mgr Viale, vicaire général à Vintimille, avait promis son aide (E 1525).

Vieillard sur le déclin, visité par le docteur Albertotti avec son fils, Don Bosco dit à ce dernier qui ne réussissait pas à déboucher une bouteille : « Dala unpòch si a mi ch ‘i son ëd bòsch » (donne-moi ça à moi qui suis de bois), et il la déboucha instantanément (C. ALBERTOTTI, Chi era don Bosco … p. 16-17).

Don Bosco n’a jamais perdu sa bonne humeur habituelle, même dans les moments les plus difficiles de la vie. Saint François de Sales disait que le feu de l’amour de Dieu brûle mieux avec le bois de la croix. Et saint Jean Bosco était un bòsch ëd sales (BOSCO DI SALES).

 

P. Natale CERRATO

Salésien de Don Bosco, missionnaire en Chine de 1948 à 1975, érudit de Don Bosco et de de la salésianité, il a écrit des ouvrages et des articles, réalisant un travail précieux de diffusion de la vie et des œuvres du Saint des Jeunes. Il est entré dans l'éternité en 2019.