7 Août 2026, ven

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La figure du vénérable Attilio Giordani (1913–1972) témoigne de la manière dont le charisme de Don Bosco peut être pleinement vécu dans la vie laïque, au sein de la famille, au travail et dans l’engagement éducatif auprès des jeunes. Mari, père de famille, catéchiste et Salésien Coopérateur, il fit de la joie chrétienne le trait distinctif de sa présence parmi les gens. Formé à l’oratoire salésien de Milan, il consacra une grande partie de sa vie à l’animation des enfants, transposant avec créativité le Système Préventif dans le service catéchétique et l’apostolat quotidien. Son existence fut marquée par une foi simple et profonde, nourrie par l’Eucharistie et la prière, jusqu’au choix missionnaire partagé avec sa famille au Brésil. En lui, la sainteté salésienne apparaît comme une vie ordinaire vécue avec un enthousiasme évangélique et un amour pour les jeunes.

 

 

« Soyez toujours joyeux dans le Seigneur, je le répète : soyez joyeux. Que votre amabilité soit connue de tous. Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-5).

Ce texte de saint Paul, qui est également proclamé dans la Messe en l’honneur de Don Bosco, interprète au mieux la Parole de Dieu qu’Attilio a incarnée dans sa vie d’époux, de père, d’employé, d’éducateur, de catéchiste, de coopérateur salésien, de missionnaire : annoncer l’Évangile de la joie et témoigner de la joie de l’Évangile. Son visage, son sourire, sa bonté, son humour, ses paroles, exprimaient la joie de celui qui a rencontré le Seigneur Jésus, contaminant tout le monde et communiquant le sens positif de la vie et la beauté de la foi.

 

  1. Profil biographique

Laïc, époux et père de famille, constamment dédié à la pastorale des jeunes, coopérateur salésien et missionnaire dans le Mato Grosso (Brésil), animateur efficace des vocations à la vie consacrée, évangéliquement détaché des biens de la terre, Attilio Giordani constitue un modèle inspirateur pour l’Église et pour le monde.

Il est né à Milan le 3 février 1913, dans une famille aux conditions économiques modestes et aux convictions religieuses profondes. Après l’école primaire, il s’inscrit à l’école technique. Enfant, il fréquente assidûment l’oratoire paroissial Saint-Augustin à Milan, dirigé par les Salésiens, qui lui ont fait connaître et aimer Don Bosco. C’est à l’oratoire qu’il reçoit sa première formation et qu’il commence à s’engager avec persévérance dans l’animation joyeuse des groupes. Pendant des décennies, il sera un catéchiste assidu et un animateur brillant, simple et serein à la lumière de la méthode préventive de Don Bosco. Attilio fait preuve d’une extraordinaire vivacité dans son activité éducative, au centre de laquelle il place toujours l’annonce de l’Évangile dont il fut un témoin créatif et crédible.

Au fil des années, il adhère à l’Association des Salésiens Coopérateurs et à l’Action Catholique. En 1934, il est appelé au service militaire. Même sous les armes, il fait preuve d’une généreuse disponibilité pour l’apostolat. Son service sous l’uniforme se poursuivit, par intermittence et en différents lieux, de la France à la Grèce, jusqu’à l’armistice du 8 septembre 1943, quand il se réfugia à Vendrogno (Lecco) et y poursuivit son engagement dans l’apostolat auprès des jeunes.

Entre-temps, Attilio s’était fiancé avec la jeune Noémie Davanzo, qu’il avait rencontrée à l’oratoire et qui, comme lui, était engagée dans le service éducatif auprès des enfants. Le 6 mai 1944, ils se marièrent. Trois enfants naquirent de leur union : Piergiorgio, Maria Grazia et Paola. Dans la famille, Attilio fut un époux et un père très présent, plein d’une grande foi et de sérénité ; il choisit de vivre dans l’austérité et la pauvreté évangéliques au profit des plus nécessiteux.

Après la guerre, il trouva un emploi dans une industrie, où il travailla avec un grand sens du devoir et de la justice, en répandant la joie et l’esprit de solidarité. Il reprit à plein régime son travail de catéchiste et d’animateur de l’oratoire, en s’efforçant de plus en plus d’engager les garçons dans les services caritatifs.

Entre-temps, sa santé était mise à rude épreuve. En 1962, un premier infarctus l’obligea à une longue convalescence, mais cela n’arrêta pas son élan missionnaire, au point que, au seuil de la soixantaine, lorsque ses trois fils partirent pour le Brésil pour une période de volontariat missionnaire, Attilio décida de les rejoindre avec Noémie. Il voulait ainsi vivre pleinement sa paternité et partager avec ses enfants le projet de s’engager pour les autres dans de nouveaux horizons. Même au Brésil, il continua à être catéchiste et animateur de jeunes.

Il vivait une profonde communion avec Dieu. Sa journée commençait par la Sainte Messe et un temps de méditation, suivi du travail et enfin de la fréquentation de l’oratoire salésien. Attilio aimait le Seigneur de tout son cœur et trouvait les ressources nécessaires pour une vie de grâce dans l’adoration eucharistique quotidienne, la participation aux sacrements, la prière, la dévotion à la Vierge Marie et l’accompagnement spirituel. Tel était le secret de sa générosité. Atilio avait dit à plusieurs reprises : « La mort doit nous trouver vivants ».

Le 18 décembre 1972, à Campo Grande (Brésil), au cours d’une réunion, il parlait avec enthousiasme du devoir de donner sa vie pour les autres, quand soudain il se sentit défaillir. Il eut juste le temps de dire à son fils : « Pier Giorgio, tu continues… » et meurt d’une crise cardiaque. Son corps, transporté en Italie, repose aujourd’hui dans la basilique milanaise Saint-Augustin, qui lui était si chère.

 

  1. Un modèle pour la vie de famille

Le mariage avec Noémie, en mai 1944, n’est pas pour Attilio une simple parole donnée, mais surtout un « sacrement » du Christ dont il s’efforce d’exprimer la sainteté et l’indissolubilité à travers sa vie quotidienne et l’éducation des enfants. La famille reste unie parce qu’Attilio et Noémie se soutiennent mutuellement par la prière et la charité. Une famille non repliée sur elle-même, mais ouverte à la vie paroissiale et oratorienne, à la pratique de la charité et au témoignage missionnaire.

L’œuvre de rédemption commence par la famille ; c’est là que se construisent les relations fondamentales, où on apprend le sens de l’appartenance et de la solidarité, où l’on est engendré à la foi. Aujourd’hui, « la famille traverse une crise culturelle profonde, comme toutes les communautés et tous les liens sociaux. Dans le cas de la famille, la fragilité des liens devient particulièrement grave parce qu’elle est la cellule fondamentale de la société, le lieu où l’on apprend à vivre ensemble dans la différence et à appartenir aux autres, et où les parents transmettent la foi à leurs enfants. Le mariage tend à être considéré comme une simple forme de satisfaction affective qui peut être constituée de n’importe quelle manière et modifiée selon la sensibilité de chacun » (Evangelii Gaudium 66). La crise de la foi a également entraîné une crise de la famille et de la compréhension de la véritable nature de l’homme et de la femme.

Quand il était fiancé, Attilio écrivait à Noémie, sa future épouse : « Je rêve d’une petite famille, où toute la paix chrétienne et le sourire innocent des enfants (si le Seigneur accorde cette grande grâce) ne soient troublés par aucun nuage » (9 octobre 1942). Et voici comment les enfants parlaient de leur père. « Quand papa entrait dans la maison, il était tout à nous ; il n’apportait pas à la maison les tensions de l’extérieur. Il était serein, serviable, pas fermé ; il était à nous. La conversation à la maison sur des sujets essentiels ne consistait pas à s’asseoir à table et à dire : « Ce soir, parlons de nos problèmes ». Il s’agissait plutôt d’une écoute mutuelle vécue ensemble. Nous nous levions souvent tard de table parce que nous chantions et conversions. Plus que sa capacité à nous pousser à parler de nos affaires, c’était une atmosphère créée à la maison où parents et enfants se comprenaient au-delà des mots. » Dans sa tâche de père et d’éducateur de ses enfants, Attilio enseigne comment aimer et adorer Dieu : « Nous te prions, Seigneur, pour notre famille et nos enfants : sois toujours avec nous avec ta bénédiction et ton amour. Sans toi, nous ne pouvons pas nous aimer d’un amour sincère. »

 

  1. Un modèle dans la pratique du Système Préventif vécu à l’Oratoire

À l’âge de neuf ans, il commença à fréquenter l’Oratoire Saint-Augustin des Salésiens de Milan. Là, en tant que jeune pour les jeunes, il se consacre avec constance à l’animation joyeuse des groupes. Pendant des décennies, il est un catéchiste assidu et un animateur salésien brillant, simple et serein. Il connaît et utilise tous les instruments éducatifs du Système Préventif pour animer ses jeunes : soin de la liturgie, formation, présence et jeu dans la cour de récréation, valorisation du temps libre, théâtre. Il organise des promenades avec les jeunes de l’oratoire, compose des chansons, des sketches, invente des loteries de charité, des chasses au trésor paroissiales et des olympiades pour les jeunes, sans jamais oublier le centre de la joie chrétienne : l’amour de Dieu et du prochain. Il révèle son art d’éducateur en mettant au centre de sa mission éducative l’annonce de l’Évangile et le service catéchétique, vécus avec créativité et crédibilité. Un mérite particulier d’Attilio Giordani est d’avoir traduit de façon simple et convaincante la spécificité de l’évangélisation voulue par Don Bosco qui évangélisait en éduquant.

Attilio a engagé les différentes saisons de sa vie dans l’œuvre éducative, se distinguant dans l’histoire de la sainteté de la Famille salésienne pour avoir incarné de façon originale le charisme oratorien de Don Bosco. Il s’est particulièrement distingué par son travail de catéchiste, entendu non seulement comme transmission de la doctrine, mais aussi comme communication vitale et expérimentale de la rencontre avec Jésus et d’une vie chrétienne en cohérence avec l’Évangile.

Il y a un sigle qui contient toute une biographie : c’est ADSC, qui signifie « Ange de seconde catégorie« . Il vaut la peine d’écouter son histoire. Cela ressemble à une parabole évangélique, qui révèle l’identité d’Attilio Giordani : « Vous devez savoir qu’il y a très longtemps, alors que le Père Éternel modelait des anges – pensez donc, ils étaient aussi nombreux que les étoiles du firmament – il en créa un qui était un peu maigre et avait un long nez. Il l’observa et, ayant constaté qu’il n’était pas conforme aux canons stricts de l’esthétique angélique, il le mit de côté. S’il l’avait mis en circulation dans le monde angélique, il est clair que ses collègues l’auraient défini et traité comme un ange de deuxième catégorie, un ADSC, Ange De Seconde Catégorie. Le pauvre en aurait souffert et Dieu a donc pensé à l’orienter vers un autre monde. Quand il vit que dans la vallée de l’OSA (Oratoire Saint-Ambroise) Don Acerbi avait passé avec succès la période de rodage, et quand, dans tous les coins des cours qui bordaient le canal, il entendit les cris de fête des moineaux et les voix joyeuses de centaines de garçons s’élevant vers le ciel, il décida d’engager à l’OSA l’ange de seconde catégorie, qu’il avait fini par prendre en affection. L’OSA n’était pas un lieu à éviter, loin de là. Comme on l’a dit, il y avait là des centaines de garçons et on pouvait y faire du bon travail. L’ADSC commença donc à fréquenter l’OSA et, bien qu’il se présentât comme un garçon semblable aux autres, il avait conservé sa maigreur primitive inimitable, son long nez et ce qui comptait surtout, son instinct d’ange gardien. Cet instinct invincible qui veille, rassure et purifie, qui invite à la prière et à la joie des petits sacrifices, qui pousse au courage, à la cohérence et à la patience avec les camarades. Cet instinct invincible qui pousse à l’amour de Dieu. Ceux qui ont passé les quarante dernières années à l’OSA ne peuvent pas ne pas avoir vu et apprécié le travail de l’ADSC. Il a été, et il est encore, le protagoniste et l’animateur des fêtes et en même temps le planificateur et le conspirateur des lundis, c’est-à-dire ce type de chrétien fait pour agacer le Don Abbondio qui est en nous. Ce Don Abbondio, en d’autres termes, qui veut être laissé en paix pour s’assoupir, se prélasser ou pour siroter, s’il est un ascète, les pieux souvenirs d’un jour de fête. »

 

  1. Attilio Giordani modèle de sainteté salésienne laïque, vécue dans la joie

Devenu Salésien coopérateur, il vit sa foi dans sa réalité laïque, en s’inspirant du projet de vie apostolique de Don Bosco. Il construit sa personnalité d’homme et de chrétien dans la joie. Son humour est l’expression directe d’une conscience dominée par la foi en Christ. Il témoigne aussi avec courage et une joyeuse bonté de sa foi chrétienne même dans des milieux ou des situations difficiles, comme pendant son service militaire et durant la guerre, ou dans sa profession d’employé de bureau, vivant dans le monde sans être du monde, allant à contre-courant. Il a terminé sa vie terrestre en partageant avec sa famille son choix missionnaire, laissant comme testament l’enthousiasme d’une vie donnée pour les autres : « Notre foi doit être vie et la mesure de sa vitalité se manifeste dans notre manière d’être. »

Le Vénérable Attilio Giordani est une incarnation claire de la spiritualité salésienne sous sa forme laïque. Cet aspect a toujours suscité une admiration particulière, surtout chez les Salésiens consacrés qui ont senti la présence providentielle d’un tel modèle et n’ont pas manqué de lui demander conseil.

Attilio est vraiment l’incarnation de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François, qui affirme dès le premier numéro : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par Lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus-Christ, la joie naît et renaît toujours. »

Attilio est un vrai laïc chrétien, un authentique Salésien Coopérateur, qui nous renvoie au grand défi d’un laïcat adulte et responsable à travers une grande fidélité à l’engagement dans la charité, la catéchèse, le témoignage et la célébration de la foi, fruits du Baptême et de la Confirmation.

Un jeune de l’oratoire a donné ce témoignage : « Nous, les jeunes, nous avions compris depuis longtemps qu’Attilio avait une admiration sincère et particulière pour Don Bosco. Au fond, les choses qui nous inspiraient de la sympathie pour Don Bosco étaient à peu près les mêmes que celles qui nous faisaient aimer Attilio. Il devait y avoir une sorte d’affinité si tous deux avaient réussi à entrer avec autant de sympathie et de profondeur dans la vie des garçons qu’ils avaient approchés. Il est certain que, par rapport à Don Bosco, Attilio avait une sphère d’influence plus limitée et plus modeste, mais il est tout aussi certain que sa passion éducative était très généreuse et n’a jamais cessé de s’étendre et de porter des fruits dans le sillage de la tradition salésienne primitive. »

Il est peut-être difficile d’en dire plus sur un Coopérateur salésien : « Les choses qui nous inspiraient de la sympathie pour Don Bosco étaient à peu près les mêmes que celles qui nous faisaient aimer Attilio ! » Et un autre : « Nous sommes nombreux à avoir souri et même ri à gorge déployée en de nombreuses occasions grâce à lui. Le rire qu’il provoquait n’était jamais pollué par la vulgarité ou le double sens. Lorsqu’il faisait du théâtre, son visage sérieux et sa démarche, sa tenue négligée et son italien “macaronique” suffisaient à déclencher le rire dans le public. Mais quelle mesure et quelle discrétion dans les moments où il abordait des sujets graves ou douloureux ! »

 

P. Pierluigi CAMERONI

Salésien de Don Bosco, expert en hagiographie, auteur de plusieurs livres salésiens. Il est le postulateur général de la Société salésienne de St Jean Bosco.