Temps de lecture : 7 min.
Le rêve que Don Bosco raconta à ses jeunes le soir du 4 avril 1869, et qui s’est déroulé dans l’église de l’Oratoire, résume l’essence de sa pédagogie spirituelle : conduire les âmes au salut par une confession sincère, le regret des péchés et le propos de s’amender. Les images vives des « gros chats » cornus qui serrent trois lacets autour du cou — silence coupable, manque de contrition, absence de bons propos — deviennent une catéchèse efficace sur les dangers qui menacent les jeunes et sur les armes pour les vaincre : l’eau bénite, symbole de la grâce, et l’assistance vigilante des supérieurs. Ce récit, simple mais dramatique, révèle le réalisme surnaturel de Don Bosco et invite encore aujourd’hui à redécouvrir la Confession comme chemin de liberté spirituelle.
Le 4 avril, Don Bosco raconta le rêve suivant à tous les jeunes rassemblés dans l’étude après les prières du soir.
Je me trouvais près de la porte de ma chambre et, en sortant, tout à coup je regarde autour de moi et je me retrouve dans l’église, au milieu d’une telle multitude de jeunes que l’église était pleine à craquer. C’étaient les jeunes de l’Oratoire de Turin, ceux de Lanzo et de Mirabello et beaucoup d’autres que je ne connaissais pas. Ils ne priaient pas, mais semblaient se préparer à la confession. Une foule immense s’était entassée devant mon confessionnal sous le pupitre, en m’attendant. Après avoir regardé un peu, je me suis mis à penser comment je pourrais les confesser tous. Mais ensuite, craignant d’être endormi et de rêver, et pour m’assurer que je ne dormais pas, je me suis mis à battre des mains et j’entendis le bruit ; et pour m’assurer davantage, j’ai tendu le bras et touché le mur qui se trouve derrière mon petit confessionnal. Certain d’être éveillé, je dis : – Puisque je suis ici, confessons : – et je commençai à confesser. Mais bientôt, en voyant tant de jeunes, je me levai pour voir s’il y avait d’autres confesseurs qui pourraient m’aider. Comme je ne voyais personne, je me dirigeai vers la sacristie pour demander un prêtre qui vienne écouter les confessions. Et voilà que je vis ici et là des jeunes qui avaient une corde autour du cou qui leur serrait la gorge.
– Pourquoi cette corde ? demandai-je ; enlevez-la. – Et ils ne me répondaient pas et me regardaient fixement.
– Allons, dis-je à l’un d’eux, va et enlève cette corde.
Le jeune y alla, mais me répondit :
– Je ne peux pas l’enlever ; il y en a un derrière moi qui la tient. Venez voir.
Je tournai alors les yeux avec plus d’attention sur cette multitude de jeunes et il me sembla voir pointer derrière les épaules de beaucoup deux longues cornes. Je m’approchai un peu plus pour voir mieux, et en tournant derrière celui qui était le plus proche de moi, je vis une horrible bête, avec une face épouvantable. Elle avait l’apparence d’un gros chat, avec de longues cornes, qui tenait ce lacet ; il baissait le museau, le cachait entre ses pattes, se recroquevillant presque pour ne pas se laisser voir. J’interrogeai ce jeune et d’autres en leur demandant leur nom, et ils ne me répondaient pas. J’interrogeai cette horrible créature et elle se cachait encore plus. Alors je dis à un jeune :
– Hé ! va à la sacristie et dis à Don Merlone, le directeur de la sacristie, de te donner le bénitier !
Le jeune revint bien vite avec le bénitier, mais pendant ce temps, je découvrais que chaque jeune avait derrière lui un serviteur aussi peu gracieux que le premier, et qu’il se recroquevillait de plus en plus. Je craignais encore de dormir. Je pris alors l’aspersoir et demandai à l’un de ces gros chats :
– Dis-moi, qui es-tu ?
L’animal, qui me regardait, ouvrit la bouche, tira la langue et se mit à grincer des dents comme s’il voulait se jeter sur moi.
– Dis-moi vite : que fais-tu ici, horrible bête ? Enrage comme tu veux, je ne te crains pas. Tu vois, avec cette eau, je vais bien te laver.
Le monstre me regardait horrifié, puis il se mit à se tordre de telle manière que ses pattes arrière touchaient ses épaules de devant. Et de nouveau, il voulait se jeter sur moi. Je l’observais attentivement et vis qu’il avait en main plusieurs lacets.
– Allons, dis-moi, que fais-tu ici ?
Et je levai le goupillon. Il se débattit alors et voulut fuir.
– Tu ne fuiras pas, continuai-je ; reste, je te l’ordonne !
Il grogna, et :
– Regarde ! – me dit-il : et il me montrait les lacets.
– Dis-moi, ajoutai-je, quels sont ces trois lacets ? Que signifient-ils ?
– Tu ne le sais pas ? En restant ici, me répondit-il, avec ces 3 lacets je serre les jeunes pour qu’ils se confessent mal ; avec ces liens, je mène à la perdition avec moi les neuf dixièmes de l’humanité.
– Et comment, de quelle manière ?
– Oh ! je ne veux pas te le dire car tu vas le révéler aux jeunes.
– Hé ! je veux savoir ce que sont ces trois lacets. Parle, sinon je te jette de l’eau bénite dessus.
– Par pitié, envoie-moi en enfer, mais ne me jette pas cette eau.
– Au nom de Jésus-Christ, parle !
Le monstre se tordit horriblement et répondit :
– Le premier moyen en serrant ce lacet est d’obliger les jeunes à taire leurs péchés en confession.
– Et le second ?
– Le second est de les pousser à se confesser sans contrition.
– Le troisième ?
– Le troisième, je ne veux pas te le dire.
– Comment ? tu ne veux pas me le dire ? Maintenant, je te jette cette eau bénite dessus.
– Non, non, je ne parlerai pas. – Et il se mit à crier fort : – Hé quoi, cela ne te suffit pas ? J’ai déjà dit trop de choses ! – Et il recommença à s’emporter.
– Je veux que tu le dises pour le rapporter aux Directeurs ! – Et répétant la menace, je levai le bras. Alors des flammes sortirent de ses yeux, puis quelques gouttes de sang et il dit :
– Le troisième est de les empêcher de prendre une ferme résolution et de ne pas suivre les avis du confesseur.
– Horrible bête ! – lui criai-je pour la deuxième fois. Je voulais lui demander d’autres choses et lui ordonner de me révéler comment on pouvait remédier à ce grand mal et rendre vaines ses ruses, mais tous les autres horribles gros chats, qui jusqu’alors s’étaient efforcés de rester cachés, commencèrent un sourd murmure, puis éclatèrent en lamentations, et se mirent à crier et à s’en prendre tous à celui qui avait parlé en provoquant une révolte générale.
En voyant ce désordre, je pensai que je ne tirerai plus rien de bénéfique de ces bêtes. Alors je pris le l’aspersoir, et jetai de l’eau bénite sur ce gros chat qui avait parlé.
– Maintenant va ! – lui dis-je ; et il disparut. Ensuite, je jetai de l’eau sainte de tous les côtés. Alors, dans un grand fracas, tous ces monstres se mirent à fuir précipitamment, les uns d’un côté, les autres de l’autre. À ce bruit, je me réveillai et me trouvai dans mon lit.
Oh, mes chers jeunes, jamais je n’aurais cru qu’il y en avait autant qui avaient le lacet au cou et le gros chat par derrière ! Voici donc ce que sont ces trois lacets. Le premier, qui tient les jeunes enlacés, indique celui qui fait qu’on se tait en confession. Le lacet lui ferme la bouche pour l’empêcher, par honte, de se confesser de tout ; ou bien, au lieu de confesser par exemple d’avoir commis certains péchés quatre fois, il dit trois ou quatre, alors qu’il s’agit de quatre fois précisément. Ce dernier manque de sincérité de la même manière que celui qui se tait. Le second lacet est le manque de contrition, et le troisième le manque de ferme résolution. Donc, si nous voulons rompre ces lacets et les enlever des mains du démon, confessons tous les péchés et procurons-nous une véritable contrition et un ferme propos d’obéir au confesseur.
Peu avant de se mettre en colère, le monstre me dit encore :
– Observe quel profit les jeunes tirent des confessions. Leur fruit doit être l’amendement, et si tu veux savoir si je tiens les jeunes enlacés, regarde s’ils se corrigent.
Je dois encore observer que j’ai voulu faire dire au démon pourquoi il se tenait derrière les jeunes, et il m’a répondu :
– Pour qu’ils ne me voient pas et pour pouvoir les traîner plus facilement dans mon royaume. Je vis qu’ils étaient nombreux ceux qui avaient derrière eux ces monstres, plus que je ne le croyais.
Donnez à ce rêve l’importance que vous voulez, mais le fait est que j’ai voulu observer et voir un peu si ce que j’ai rêvé était vrai, et j’ai trouvé que c’était vraiment ainsi. Profitons donc de cette occasion pour acquérir l’indulgence plénière, en faisant une bonne confession avec la communion. Faisons tout notre possible pour nous libérer de ces lacets du démon. Le Saint-Père accorde l’indulgence plénière à tous ceux qui, le jour où on célèbre la fête du cinquantième anniversaire de sa première messe, dimanche prochain 11 avril, feront la confession et la communion et prieront selon l’intention de la Sainte Église. Samedi, au cours d’une audience particulière du Saint-Père, notre délégué lui offrira l’Album avec les signatures de tous les jeunes de l’Oratoire et des autres maisons.
En attendant, voyez si par le passé vous avez mis en pratique toutes les conditions nécessaires pour bien faire la Sainte Confession. Dimanche, je vous recommanderai tous durant la Sainte Messe.
(MB IX 593-596)

