24 Avr 2026, ven

Le mois de mai consacré à Marie Immaculée à l’usage du peuple

⏱️ Temps de lecture : 155 min.

En 1858, saint Jean Bosco publia « Le mois de mai consacré à Marie Immaculée à l’usage du peuple », un ouvrage simple et accessible destiné à favoriser la dévotion mariale parmi les fidèles, en particulier parmi les jeunes et les familles. Le mois de mai, traditionnellement dédié à Marie dans la piété populaire, est ici rythmé par des méditations quotidiennes, des exemples édifiants et des pratiques de piété qui aident le lecteur à vivre chaque jour avec une intensité spirituelle. Dans un langage clair et affectueux, Don Bosco propose un chemin qui allie doctrine et vie, affection filiale pour la Vierge Marie et engagement concret à la conversion. Le texte reflète sa pédagogie pastorale, centrée sur la confiance en Marie Immaculée comme guide sûr vers Jésus. Cet ouvrage s’inscrit dans le projet éducatif et spirituel plus large du saint turinois, qui voyait dans la dévotion mariale une clé pour la formation chrétienne du peuple.

 

 

Index

 

De la dévotion à Marie

L’Église approuve cette dévotion et accorde des indulgences à ceux qui la pratiquent.

Instructions sur la manière de pratiquer le mois marial

Trois choses à pratiquer tout au long du mois

Bouquets spirituels à tirer au sort et à pratiquer chaque jour du mois

Dernier jour d’avril

Premier jour de mai. Dieu notre Créateur

Deuxième jour. L’âme

Troisième jour. La Rédemption

Quatrième jour. L’Église de Jésus-Christ

Cinquième jour. Le chef de l’Église

Sixième jour. Les pasteurs de l’Église

Septième jour. Foi

Huitième jour. Les sacrements

Neuvième jour. Dignité du chrétien

Dixième jour. Valeur du temps

Onzième jour. Présence de Dieu

Douzième jour. Fin de l’homme

Treizième jour. Le salut de l’âme

Quatorzième jour. Le péché

Quinzième jour. La mort

Seizième jour. Jugement particulier

Dix-septième jour. Le jugement dernier

Dix-huitième jour. Les peines de l’enfer

Jour dix-neuvième. Éternité des peines de l’enfer

Vingtième jour. La miséricorde de Dieu

Vingt et unième jour. La confession

Vingt-deuxième jour. Le confesseur

Vingt-troisième jour. La Sainte Messe

Vingt-quatrième jour. La Sainte Communion

Vingt-cinquième jour. Le péché d’impureté

Vingt-sixième jour. La vertu de la pureté

Vingt-septième jour. Le respect humain

Vingt-huitième jour. Du Paradis

Vingt-neuvième jour. Un moyen de s’assurer le Paradis

Trentième jour. Marie, notre protectrice dans la vie présente

Trente et unième jour. Marie, notre protectrice à l’heure de la mort

Premier jour de juin Comment s’assurer la protection de Marie

Offrande du cœur à Marie

Formule de l’offrande du cœur à Marie

Prière de saint Bernard

Indulgences accordées par le pape Pie IX

Louange à Marie

 

 

De la dévotion à Marie

 

Le mois de mai, qui est le plus délicieux de l’année, devait à juste titre être consacré à Marie. En ce mois, la nature couvre les prairies d’herbes, les plantes de fleurs, les vignes de bourgeons. L’homme s’adonne alors avec une ardeur particulière à la culture de la terre, qui commence à lui donner l’espoir d’une récolte abondante, mais qui est pour lui source d’une crainte légitime en raison des dangers auxquels sont exposés les fruits de son travail. En effet, une grêle, une tempête, une invasion, une sécheresse ou tout autre malheur peuvent en un instant anéantir tous ses espoirs et causer la famine et la disette dans un pays, une ville et parfois tout un royaume. C’est pourquoi, outre les besoins spirituels qui doivent à tout moment nous pousser à recourir à cette mère de miséricorde, il y a une raison temporelle, à savoir qu’elle bénisse et protège nos maisons, notre bétail, les fruits des champs et nous défende contre les accidents.

Il est vrai que la dévotion envers cette grande Reine du ciel a été de tous temps le réconfort du genre humain. Depuis l’époque des Apôtres jusqu’à nous, il n’y a pas de siècle, pas d’année, pas de mois, pas de semaine, pas de jour, pas d’heure, et nous pouvons dire qu’il n’y a pas de moment qui ne soit marqué par quelque faveur obtenue par cette mère miséricordieuse à ses fidèles. Il est également vrai qu’il n’y a pas de royaume, pas de ville, pas de village ou de maison où, s’il n’y a pas d’autel, il n’y ait au moins une image ou une statue en l’honneur de Marie en signe de grâces et de faveurs reçues. Cependant, le mois de mai semblait devoir être consacré de manière particulière à Marie.

Depuis 1700, dans plusieurs villages du Piémont on accomplissait chaque jour du mois de mai des exercices particuliers de piété chrétienne en l’honneur de Marie. On constata que cette série de supplications quotidiennes adressées à cette Mère de miséricorde était un moyen très puissant pour obtenir sa protection dans nos divers besoins. Cette dévotion s’accrut chaque jour davantage. Des familles, des communautés religieuses, des villages et des villes accueillirent cette dévotion comme une source de grandes bénédictions. Les curés et les évêques la promouvaient avec zèle dans leurs diocèses respectifs. Et en 1747, Mgr Saporiti, archevêque de Gênes, ordonna l’impression d’un livre intitulé : Le mois de Marie, ou le mois de mai consacré à Marie par l’exercice de diverses fleurs de vertu à pratiquer dans les foyers chrétiens.

 

 

L’Église approuve cette dévotion et accorde des indulgences à ceux qui la pratiquent.

 

Au début de ce siècle, les besoins spirituels et temporels se faisant davantage sentir, les fidèles de Marie se montrèrent encore plus soucieux de propager la dévotion envers Elle au mois de mai. Les évêques l’approuvèrent et s’empressèrent de la rendre stable dans leurs diocèses. Mais les pratiques religieuses ne satisfont pas entièrement le catholique si elles ne sont pas approuvées par le Vicaire de Jésus-Christ, Pasteur suprême établi par Dieu pour diriger et gouverner le troupeau universel de toute la chrétienté. Et voici que les Pontifes eux-mêmes approuvent, promeuvent et enrichissent des trésors célestes les pratiques qui se font en ce mois en l’honneur de Marie. Sa Sainteté Pie VII, de sainte mémoire, par son décret du 21 mars 1815, a accordé les indulgences suivantes :

1° 300 jours d’indulgence pour chaque jour à tous ceux qui accomplissent une pratique de piété au mois de mai en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie.

2° Indulgence plénière le jour de la clôture ou n’importe quel jour de ce mois où l’on se confesse et communie.

3° Le même Souverain Pontife, par un autre décret du 18 juin 1822, a confirmé les indulgences susmentionnées en les rendant applicables aux âmes du Purgatoire.

Voici, ô lecteur chrétien, un aperçu de l’origine du mois marial. Cette dévotion repose sur la grande vénération que les fidèles chrétiens ont toujours professée envers la grande Reine du ciel ; elle repose sur les grands besoins spirituels et temporels qui nous entourent et dont Marie peut nous soulager ; elle repose sur le consentement des fidèles, sur l’approbation des évêques et du Vicaire de Jésus-Christ lui-même.

Animé donc par l’esprit d’un enfant qui se tourne vers une mère si tendre, efforce-toi de lire et de mettre en pratique ce qui a été exposé ici pour le bien commun.

 

 

Instructions sur la manière de pratiquer le mois marial

 

Tout chrétien est chaleureusement invité à participer aux fonctions sacrées qui se déroulent dans la paroisse ou dans une autre église publique. Ceux qui ne peuvent pas se rendre à l’église ou qui souhaitent, en plus de ce qui se fait en public, ajouter quelque chose dans leur famille, peuvent se conformer à ce qui suit[1]. Le dernier jour d’avril, dans sa maison et dans la pièce où la famille a l’habitude de se réunir pour réciter les prières devant l’image de Marie, on préparera un petit autel et on décorera cette image ou cette statue de la meilleure manière possible ; on placera des chandeliers, des tapis, quelques vases de fleurs, surtout si elles sont fraîches, selon la saison. Si possible, faites cela dans la même pièce où vous travaillez, étudiez, jouez, vous récréez, afin de sanctifier ainsi ce lieu et de régler vos actions comme si elles étaient faites sous les yeux très purs de la Très Sainte Vierge.

Le soir avant le premier jour de mai, rassemblez la famille et d’autres fidèles devant le petit autel illuminé susmentionné, récitez la troisième partie du Rosaire, ou au moins les Litanies de la Bienheureuse Vierge. Une fois ces prières terminées, lisez la méditation assignée à chaque jour, avec l’exemple joint et l’oraison jaculatoire Ensuite, tirez au sort l’un des petits actes de vertu que nous ajoutons ci-dessous. Ils seront copiés et pliés en forme de petits billets avec les actes de vertu qui doivent être l’exercice quotidien de chaque jour du mois.

Pour faciliter les pratiques de piété de ce mois, il est bon de ne pas trop augmenter les exercices chrétiens, car ils seraient alors faits trop rapidement ou à contrecœur, surtout s’il y a des enfants ou des personnes très occupées par des affaires temporelles.

Lisez attentivement la réflexion prévue pour chaque jour, accomplissez ponctuellement la pratique qui sera indiquée par le petit bouquet spirituel. Le soir, avant de vous coucher, vous ferez bien de vous rappeler la lecture de la journée.

Au cours du mois, approchez-vous au moins deux fois des saints sacrements de la confession et de la communion.

Comme les indulgences que l’on peut gagner au cours de ce mois peuvent être appliquées aux âmes du Purgatoire, il est vivement recommandé de les appliquer, car, comme l’enseigne saint Augustin, en soulageant les âmes du Purgatoire, nous nous procurons aussi un plus grand bien à nous-mêmes.

Il est bon de préciser que pour bénéficier des saintes indulgences, il n’est pas nécessaire d’utiliser ce livre ou un autre, il suffit de participer aux offices religieux ou de faire quelques exercices de dévotion en famille. Les Souverains Pontifes exigent seulement que l’on fasse quelques actes de piété en l’honneur de Marie, en priant pour les besoins actuels de la Sainte Église.

À la fin du mois, vous ferez l’offrande de votre cœur à Marie, comme indiqué à la fin des réflexions quotidiennes.

 

 

Trois choses à pratiquer tout au long du mois

 

1° Faire tout notre possible pour ne commettre aucun péché au cours de ce mois : qu’il soit entièrement consacré à Marie.

2° Se soucier avec une grande sollicitude de l’accomplissement des devoirs spirituels et temporels de notre état. Par exemple, réciter avec une dévotion particulière les prières du matin et du soir ; la prière avec le signe de la Sainte Croix qui se fait habituellement avant et après les repas. Participer de manière exemplaire aux fonctions sacrées de l’église les jours fériés.

3° Inviter nos parents, nos amis et tous ceux qui dépendent de nous à prendre part aux pratiques de piété qui sont faites en l’honneur de Marie au cours du mois.

 

 

Bouquets spirituels à tirer au sort et à pratiquer chaque jour du mois

 

  1. À l’heure du lever, je me lèverai rapidement du lit et m’habillerai avec la plus grande modestie.
  2. J’écouterai avec dévotion la sainte messe en suffrage des âmes du Purgatoire et, si je ne le peux pas, je réciterai cinq Pater, Ave et Requiem.
  3. Je pardonnerai de bon cœur à tous ceux qui m’ont offensé, et je dirai : Seigneur, pardonnez mes péchés, comme je pardonne à ceux qui m’ont offensé.
  4. Je mortifierai ma langue par le silence, en l’occupant à chanter quelques louanges à Marie.
  5. Je mortifierai ma bouche en m’abstenant d’une partie de nourriture ou de boisson.
  6. Je mortifierai mes yeux en les fixant quelques instants sur un crucifix ou sur une image de Marie.
  7. Je dirai avec une dévotion particulière l’Angélus matin, soir et midi, en embrassant la médaille de Marie.
  8. Le soir avant de me coucher, je réciterai un Salve Regina pour ceux que Dieu appellera cette nuit à l’éternité.
  9. Je m’arrêterai quelques instants pour réfléchir au fruit tiré des confessions passées, puis je ferai un acte de contrition.
  10. Je m’arrêterai quelques instants pour penser à la passion de Jésus-Christ, puis je dirai : Sainte Mère, faites que les plaies du Seigneur soient imprimées dans mon cœur. Chaque fois que l’on récite cette invocation, on gagne l’indulgence de trois cents jours.
  11. Tout ce que je ferai demain, je le ferai pour l’âme du Purgatoire qui, de son vivant, avait une dévotion particulière à Marie.
  12. Avant de me coucher, j’embrasserai le Crucifix en disant : Marie, si je meurs cette nuit, fais que je meure en grâce de Dieu.
  13. Je me préparerai à me confesser comme si c’était la dernière fois de ma vie.
  14. Je ferai ma communion en l’honneur de Marie ; et si je ne le peux pas, je réciterai les actes de foi, d’espérance et de charité.
  15. Je donnerai un bon conseil à quelqu’un de ma connaissance, afin de réparer le scandale causé par les propos de ma vie passée.
  16. Je ferai l’aumône selon mes moyens ; si je ne peux pas, je réciterai trois Ave Maria pour la conversion des pécheurs.
  17. J’embrasserai trois fois la terre en disant : « Je suis terre, et bientôt je retournerai à la terre ».
  18. Je m’arrêterai un moment pour réfléchir aux confessions de ma vie passée, et si quelque chose me les fait juger nulles ou douteuses, je me préparerai à y remédier dès que possible par une confession générale.
  19. Je réciterai trente-trois Gloria Patri en l’honneur des trente-trois années vécues par Jésus avec Marie, sa mère.
  20. Je ne mangerai ni ne boirai pendant la journée sans nécessité.
  21. Je ferai célébrer ou j’irai au moins écouter une messe pour le repos de l’âme de mes défunts.
  22. Je passerai la journée dans la plus grande retraite, en hommage au temps que Marie a passé dans le Temple.
  23. Je jeûnerai de manière compatible avec mon état en l’honneur des douleurs souffertes par Marie lors de la passion de Jésus, son fils.
  24. Je ferai une aumône en suffrage de l’âme qui souffre depuis le plus longtemps au Purgatoire.
  25. Je fuirai la vanité dans ma façon de m’habiller et de parler, et je dirai trois Angelus Dei pour obtenir l’esprit d’humilité et de pénitence. Chaque fois que l’on dit l’Angelus Dei, on gagne une indulgence de 100 jours.
  26. Je réciterai les litanies de la Bienheureuse Vierge afin qu’elle obtienne de Jésus que tous ceux qui mourront en ce mois-ci meurent en état de grâce.
  27. Je me préparerai à faire une confession générale, ou au moins à passer en revue mes confessions depuis ma dernière confession générale, selon les conseils de mon confesseur.
  28. Je réciterai les sept allégresses, et si je ne peux pas, je réciterai sept Je vous salue, en disant : Jésus, Marie, Joseph, faites que je meure en votre sainte compagnie.
  29. En l’honneur de Marie, je veux me dépouiller de quelque chose qui m’est cher, afin que je ne ressente pas trop vivement le fait de devoir abandonner le monde au moment de la mort.
  30. Je penserai à l’occasion qui m’a fait retomber dans le péché et je m’efforcerai de la fuir à l’avenir.
  31. Je fuirai l’oisiveté et demanderai pardon à Marie pour les négligences commises au cours de ce mois, et les bras en croix, je dirai : Salut, ô Reine, etc.

 

 

Dernier jour d’avril

 

Avant de faire la lecture chaque jour, on dira : Deus, in adjutorium meum intende. Domine ad adjuvandum me festina. – Gloria Patri, etc. – Mon Jésus, miséricorde[2] .

 

Raisons d’être un fidèle de Marie

 

Viens avec moi, ami chrétien, et considère les innombrables raisons que nous avons tous d’être des fidèles de Marie. Je commencerai par mentionner les trois principales, qui sont les suivantes : Marie est la plus sainte de toutes les créatures, Marie est la mère de Dieu, Marie est notre mère.

1° Dans tout l’Ancien Testament, Marie est appelée toute belle et sans tache. Elle est comparée au soleil resplendissant, à la lune dans la plénitude de sa lumière, aux étoiles les plus brillantes, à un jardin rempli des fleurs les plus délicieuses, à une source scellée d’où jaillit l’eau la plus limpide, à une humble colombe, à un lys très pur. Dans l’Évangile, l’ange Gabriel la nomme pleine de grâce, « Ave, gratia plena ». Pleine de grâce, c’est-à-dire créée et formée dans la grâce, ce qui signifie que Marie, dès le premier instant de son existence, était sans tache originelle et actuelle, et qu’elle est restée sans tache jusqu’à son dernier souffle. Pleine de grâce, il n’y avait donc pas le moindre défaut qui ait pénétré son cœur très pur ; il n’y avait pas non plus de vertu qui n’ait été pratiquée par Marie au plus haut degré. L’Église catholique exprime cette sainteté de Marie en affirmant qu’elle a toujours été exempte de toute faute, et nous invite à l’invoquer avec ces précieuses paroles : Regina sine labe originali concepta, ora pro nobis. Reine conçue sans péché originel, priez pour nous qui avons recours à vous[3] .

2° Le fait que Marie soit exempte de toute tache de péché originel et actuel, qu’elle soit parée de toutes les vertus que nous pouvons imaginer, qu’elle ait été comblée par Dieu de grâce plus que toute autre créature, toutes ces prérogatives l’ont fait choisir parmi toutes les femmes pour être élevée à la dignité de mère de Dieu. Telle est l’annonce que lui fit l’Ange ; telle est la répétition de sainte Élisabeth lorsqu’elle reçut la visite de la Sainte Vierge ; tel est le salut que lui adressent chaque jour les fidèles chrétiens en disant : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous. Au nom glorieux de Mère de Dieu, l’intelligence humaine échoue, c’est pourquoi, inclinant notre front en signe de la plus profonde vénération, nous nous limitons à dire qu’aucune créature ne peut être élevée à une dignité plus sublime, aucune créature ne peut atteindre un plus grand degré de gloire ; et par conséquent, aucune créature ne peut être plus puissante auprès de Dieu que Marie.

3º Mais si le titre de Mère de Dieu est glorieux pour Marie, il est aussi très consolant et utile pour nous qui sommes ses enfants. Car en devenant mère de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, elle est également devenue notre mère. Jésus-Christ, dans sa grande miséricorde, a voulu nous appeler ses frères, et par ce nom, il nous constitue tous fils adoptifs de Marie. L’Évangile confirme ce que nous disons ici. Le Divin Sauveur était sur la croix et souffrait les douleurs de l’agonie la plus pénible. Sa très sainte Mère et l’Apôtre Saint Jean se tenaient à ses pieds, plongés dans la douleur la plus profonde ; lorsque Jésus ouvrit les yeux, et ce fut peut-être la dernière fois qu’il les ouvrit durant sa vie mortelle, il vit son disciple bien-aimé et sa Mère bien-aimée. Il ouvrit alors ses lèvres mourantes et dit à Marie : « Femme, voici ton fils, Jean ; puis il dit à Jean : « Voici ta mère, Marie ; mulier, ecce filius tuus ; ecce mater tua. Dans ce fait, les saints Pères reconnaissent unanimement la volonté du Divin Sauveur qui, avant de quitter le monde, voulait nous donner Marie pour mère aimante et faire de nous tous ses enfants. Marie est également notre mère parce qu’elle nous a régénérés par Jésus-Christ dans la grâce. Car, de même qu’Ève est appelée mère des vivants, Marie est mère de tous les fidèles par la grâce (Richard de Saint-Laurent). À ce propos, saint Guillaume Abbé s’exprime ainsi : Marie est Mère du Chef, elle est donc aussi Mère des membres, que nous sommes : Nos sumus membra Christi. En donnant naissance à Jésus, Marie nous a également régénérés spirituellement. C’est pourquoi Marie est appelée à juste titre Mère par tous et mérite d’être honorée comme telle (Gugl. Ab. cant. 4).

Voici, ô chrétiens, la personne que je viens proposer à votre vénération au cours de ce mois. Elle est la plus sainte de toutes les créatures ; la mère de Dieu, notre mère, mère puissante et miséricordieuse qui désire ardemment nous combler de faveurs célestes. Moi, nous dit-elle, j’habite dans les plus hauts cieux pour combler de grâces et de bénédictions mes enfants : ut ditem diligentes me, et thesauros eorum repleam.

Courage donc, fidèles de Marie ; il s’agit de faire une grande fête à notre Mère, à la Mère de Jésus. Lorsque vient le jour de la fête de notre mère temporelle, nous nous réjouissons de pouvoir réunir nos parents et nos amis pour nous mettre en leur compagnie et lui offrir un bouquet de fleurs accompagné de quelques mots affectueux. Le mois de mai est la fête de notre vraie Mère, de notre Protectrice céleste. Célébrons-la donc avec joie. Le plus beau bouquet que nous puissions lui offrir est celui qui sera composé des vertus dont elle nous a donné de lumineux exemples.

Décidons en ce jour de diriger matin et soir nos prières et toute l’affection de notre cœur vers Celle que nous avons la joie d’appeler notre Mère. Prions dès maintenant pour qu’elle intercède pour nous auprès de son fils Jésus afin qu’il nous accorde une grâce particulière. Demandons-lui la grâce dont nous avons le plus besoin.

 

Exemple

Pour vous inciter à célébrer avec ferveur le mois de mai en l’honneur de Marie, prenez l’exemple de l’armée d’Orient lorsqu’elle se trouvait à Constantinople. Loin de leur patrie, privés d’églises et presque dépourvus de ministres sacrés, ces soldats chrétiens emportèrent avec eux la dévotion et la confiance en Marie. Voici le récit qu’en fait un journal publié le 7 juin 1855 : « Le mois de mai a été célébré dans certains hôpitaux avec une solennité pieuse et régulière, qui honore grandement l’armée d’Orient. Il ne fait aucun doute que les bénédictions du ciel qui se sont répandues sur de nombreuses âmes touchées par la grâce se répandront sur toute l’armée et seront couronnées par une issue heureuse de la guerre elle-même.

Avant que ces salles ne soient en notre pouvoir, elles étaient des mosquées, c’est-à-dire des églises consacrées à Mahomet. Cette année-là, les louanges de la Reine du Ciel ont commencé à y résonner. Un autel dédié à Marie y a été érigé et décoré avec un goût qui montre que chaque régiment a ses propres artistes. On y voit des colonnes sculptées comme par enchantement. On y trouve des marbres artificiels qui ressemblent à s’y méprendre aux marbres les plus fins. On y trouve des décorations en papier et en couleurs, œuvres de quelques convalescents qui consacrent leur temps à des choses qui servent à accroître la décoration du culte envers la Sainte Vierge. Chaque maison a organisé son chœur de chants, tous les musiciens et tous les plus talentueux de la société de musique s’empressent d’y prendre part. Certains ont composé des chants spirituels qu’ils chantent tous ensemble avec joie en l’honneur de Marie. Le soir, lorsque le chant des louanges sacrées et les litanies de la Sainte Vierge sont terminés, le chapelain ou une autre personne invitée donne une instruction adaptée à ce jour, qui est écoutée avec avidité par les nombreux auditeurs rassemblés dans la ferveur. Souvent, la salle ne peut contenir la foule des auditeurs. Les blessés eux-mêmes s’y font conduire une demi-heure à l’avance, afin d’être sûrs d’y trouver une place. C’est pour eux le plus beau moment de la journée. » Voilà, ô chrétien, comment nous pouvons nous aussi célébrer ce mois et donner à Marie un signe de tendre dévotion. Dans les villes, dans les campagnes, dans les maisons, dans la solitude, dans les cloîtres et dans les régiments des soldats, on peut offrir des hommages de dévotion à la Reine de tous les Saints.

 

Oraison jaculatoire

Vierge miséricordieuse, voici mon cœur ; enflammez-le d’un saint amour.

 

Prière

Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie,  qu’on n’a jamais entendu dire que vous ayez rejeté ou abandonné quelqu’un qui implorait vos faveurs. Animé de cette confiance, je me refugie vers vous, ô Vierge des vierges, ô Marie, Mère de Jésus-Christ, je viens à vous. Ne méprisez pas, ô Mère du Verbe éternel, les prières de votre humble enfant, écoutez-les favorablement, ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie[4].

 

 

Premier jour de mai. Dieu notre Créateur

 

Deus in adiutorium etc.

Jésus, ma miséricorde.

  1. En l’honneur de Marie, arrête-toi quelques instants pour contempler la majesté de Dieu Créateur. Si nous, chrétiens, ouvrons les yeux et laissons libre cours à notre pensée, nous ne pouvons que reconnaître l’existence, la puissance et la sagesse de Dieu, par qui tout a été créé, de qui tout dépend et par qui tout se conserve. Quiconque admire une maison de construction excellente n’ose pas dire que c’est le hasard qui l’a construite et mise en ordre. Si quelqu’un disait qu’une montre s’est fabriquée toute seule, nous le traiterions de fou. Ainsi, à la vue de l’ordre et de la merveilleuse harmonie qui règnent dans tout l’univers, on ne peut hésiter un instant à croire en un Dieu qui a créé, donné le mouvement à toutes choses et qui les préserve. C’est Dieu qui a dit : « Que la lumière soit », et la lumière fut. La lumière fut séparée des ténèbres, et aussitôt elle se répandit dans les vastes espaces du ciel et de la terre. À la parole du Dieu tout-puissant, la mer fut enfermée dans certaines limites, la terre se couvrit d’herbes, d’arbres et de plantes fruitières. À sa voix, les oiseaux, les poissons et les autres animaux peuplèrent le ciel, la terre et les eaux. En disant fiat, il illumina le soleil, la lune et les étoiles. Il a donné l’existence à tout par sa toute-puissance, il pourvoit à tout par sa bonté. C’est lui qui soutient et fait bouger le poids formidable de l’immensité. C’est lui qui donne le mouvement et la vie à tous les êtres vivants. Il donne l’existence à tout en tant que créateur, il pourvoit à tout en tant que conservateur, et tout se réfère à lui comme à une fin ultime. À toutes choses, il dit : « C’est moi qui t’ai fait : ego sum ». Et dans cette parole, que tout homme peut et doit comprendre, s’expriment sa puissance et sa divinité.
  2. Mais il y a ici une vérité qui augmentera certainement notre émerveillement. Toutes les choses que nous voyons dans l’univers, il les a créées pour nous. Le soleil qui brille pendant le jour, la lune qui dissipe les ténèbres de la nuit, les étoiles qui embellissent le firmament, l’air qui nous permet de respirer, l’eau qui sert à l’usage de l’homme, le feu qui nous réchauffe, la terre qui nous donne ses fruits, tout a été fait par Dieu pour nous. Omnia subiecisti sub pedibus eius. Quels sentiments de gratitude, de respect, d’amour ne devons-nous pas éprouver envers un Dieu si grand et en même temps si bon ! Que devons-nous faire pour répondre à cette grande bonté de notre Dieu ? Accomplir exactement les préceptes de sa sainte loi. Vois, chrétien, si nous obéissons aux commandements de notre Dieu, en plus de ce qu’il a déjà fait pour nous, il ajoutera des faveurs aux faveurs. Notre vie sera remplie de bénédictions célestes dans la vie présente et dans la vie future. Mais ce Dieu, étant infiniment juste et miséricordieux, nous donnera une récompense éternelle pour le service que nous lui rendrons. Une récompense de gloire si nous le servons par de bonnes œuvres, mais un châtiment terrible si nous sommes rebelles à sa sainte loi.

 

Exemple

Tout objet qui se présente à nos yeux dans ce monde est un témoignage de la majesté, de la puissance et de la bonté de Dieu créateur. On pourrait citer de nombreux exemples de courageux héros de la foi qui ont fait de grands sacrifices pour servir Dieu, mais nous nous contenterons de citer l’offrande de Marie au temple. Lorsque Marie atteignit l’âge où les jeunes filles commencent à courir des dangers dans le monde, ses parents, saint Joachim et sainte Anne, la conduisirent au temple. Elle dut certainement faire un grand sacrifice en abandonnant ses parents, ses amis et tout le confort de la maison paternelle dans le seul but d’apprendre à servir Dieu. Mais Marie fit ce sacrifice avec joie, car il s’agissait de promouvoir la gloire de Dieu. Elle y resta plusieurs années, faisant resplendir les vertus les plus lumineuses, imitant une multitude d’autres vierges qui, dans le même lieu, étaient formées à la religion et à la manière de conserver l’innocence des mœurs. L’Église célèbre cette offrande de Marie au temple le 21 novembre. C’est à l’imitation de Marie que beaucoup ont abandonné les commodités de la terre pour aller servir Dieu dans les cloîtres ou dans les déserts, ou en sacrifiant leur vie au milieu des tourments les plus atroces. Nous, au moins, consacrons au Seigneur le temps de la vie qu’il veut bien nous accorder dans sa bonté.

 

Oraison jaculatoire

Ô combien de grâces

Dois-je rendre

Au grand Dieu

Qui m’a créé !

 

Qui, lors du baptême

A fait de moi son fils,

Et de l’exil éternel

M’a libéré !

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Deuxième jour. L’âme

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Dieu n’est pas seulement le Créateur de toutes les choses qui se trouvent dans le ciel et sur la terre, mais il est aussi le Créateur de nous-mêmes. Il a créé le corps avec toutes les belles qualités que nous y admirons ; à ce corps, il a uni une âme qui est infiniment plus précieuse que le corps et que toutes les autres choses que nous voyons dans le monde. Dieu nous a donné une âme, c’est-à-dire cet être invisible que nous sentons en nous et qui tend continuellement à s’élever vers Dieu ; cet être intelligent qui pense et raisonne, et qui ne peut trouver son bonheur sur terre, et qui, par conséquent, au milieu des richesses et des plaisirs de la terre, est toujours inquiet jusqu’à ce qu’il repose en Dieu, car Dieu seul peut le rendre heureux.
  2. Cette âme est immortelle. Dieu est infiniment juste et infiniment miséricordieux ; en tant que juste, il doit récompenser la vertu souvent opprimée dans la vie présente, et il doit également punir le vice souvent triomphant parmi les hommes ; comme cela ne peut se faire dans ce monde, il doit y avoir une autre vie, dans laquelle la justice Divine donnera aux bons la récompense méritée et aux mauvais le châtiment. De plus, l’âme est faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette image et cette ressemblance seraient imparfaites si elle ne possédait pas la principale prérogative du Créateur, qui est l’immortalité. Nous sentons cela en nous-mêmes dans cette voix intérieure qui parle à tous dans le cœur et dit : ton âme ne pourra être anéantie, elle vivra éternellement. Lorsque Dieu créa l’âme, il souffla sur l’homme et lui donna l’esprit de vie ; ce souffle est simple, spirituel, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, qui est éternel et immortel ; c’est pourquoi notre âme doit être immortelle. Grâce à l’âme, nous avons la faculté de créer des idées, de les combiner, de produire certains chefs-d’œuvre qui élèvent l’homme au-dessus de toutes les autres créatures et qui prouvent, comme c’est le cas, que l’âme est le symbole ou la marque de l’intelligence de Dieu.
  3. Dieu a donné à notre âme la liberté, c’est-à-dire la faculté de choisir le bien ou le mal, lui assurant une récompense si elle fait le bien, et la menaçant d’un châtiment si elle choisit le mal. Comme cela ne se fait pas dans la vie présente, Dieu a réservé pour cela l’éternité, où ceux qui ont bien agi seront récompensés d’une récompense qui ne finira jamais, et ceux qui ont transgressé la loi Divine seront punis d’un châtiment éternel. C’est précisément ce qu’a enseigné notre Divin Sauveur lorsqu’il a dit : les impies iront dans un supplice éternel préparé pour les démons et leurs disciples ; les bons entreront en possession d’un royaume de gloire où ils jouiront de tous les biens.

Ô chrétien, toi qui as une âme immortelle, pense que si tu la sauves, tout est sauvé, mais si tu la perds, tout est perdu. Tu n’as qu’une seule âme, que tu peux perdre par un seul péché. Qu’adviendrait-il de nous et de notre âme si, en cet instant, Dieu nous appelait devant son tribunal ? Toi qui lis, pense à ton âme, et moi qui écris, je penserai sérieusement à la mienne.

 

Exemple

Un fait arrivé à un ministre du roi de France Louis XVI nous enseigne l’amour que Marie porte à la santé de notre âme. Ce ministre eut le malheur, dans sa jeunesse, de fréquenter de mauvaises compagnies qui lui firent perdre l’amour de la vertu, de la religion et de la foi. Il était alors âgé de quatre-vingts ans. Depuis l’âge de 15 ans, il n’avait plus pratiqué aucun acte religieux. Après avoir été philosophe, franc-maçon et matérialiste, il finit par devenir athée, ne croyant plus en rien. Dieu, qui avait créé cette âme pour lui, l’attendait ; Marie était la Mère de miséricorde qui devait la conduire à Jésus, son fils. Il était devenu aveugle, malade, et son âme était aux portes de l’éternité. Le curé, qui avait vraiment à cœur le salut de cette âme, ne ménagea pas ses efforts pour la gagner. Il s’était présenté dix fois à la porte, et dix fois les domestiques lui avaient interdit l’entrée, conformément aux ordres de leur maître. Ce pasteur zélé, profondément affligé à l’idée que cette âme rachetée par le sang de Jésus-Christ puisse aller à sa perte, ne sachant plus quoi faire, recourut à Celle qui est appelée le salut du monde ou le refuge des pécheurs. Il place sa confiance en Marie, prie et fait prier pour qu’elle soit mère de miséricorde aussi pour cette âme qui semblait devoir bientôt comparaître devant le tribunal de Dieu. Il se rend donc à la porte de ce monsieur, les domestiques tentent de le renvoyer comme les autres fois. Il insiste et finit par être introduit. Après quelques compliments, le malade dit sans préambule au curé : « Monsieur le curé, me feriez-vous la grâce de me donner votre bénédiction ? » Le curé, étonné de ces paroles, répondit : de tout cœur. Après l’avoir reçue, il ajouta : « Oh, combien votre visite me console ! Je suis aveugle et je ne peux vous voir, mais je sens bien votre présence. Depuis que vous êtes près de moi, je ressens une paix dans mon cœur que je ne me souviens pas avoir jamais connue de ma vie. Le curé, bénissant dans son cœur la Mère de miséricorde, commence à lui parler du réconfort que donne la religion catholique dans la vie, et encore plus à l’heure de la mort. Le malade accueille avec joie les paroles du ministre sacré, se dispose à se confesser, commence sa confession et la termine les jours suivants avec une grande satisfaction. La vie de ce monsieur est prolongée d’environ six mois, mais toujours pleine de foi en Dieu et de confiance en la Vierge Marie. Il donna des signes évidents de repentir pour ses péchés, s’efforça de réparer le scandale qu’il avait causé et, fort des saints sacrements et des autres consolations que la religion catholique administre aux chrétiens malades, il rendit son âme au Seigneur le 10 avril 1837. (Extrait du Manuel de l’Archiconfraternité)

 

Oraison jaculatoire

Je recours à vous

Vierge Marie,

Montrez-moi

Le chemin du ciel.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Troisième jour. La Rédemption

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Un mystère incompréhensible à l’esprit humain, qui démontre l’importance de notre âme et la grande bonté de Dieu à notre égard, est la rédemption du genre humain. Nos parents Adam et Ève ont péché et, par leur péché, ils ont fermé le Paradis à eux-mêmes et à toute leur postérité. Dieu, dans un élan d’infinie bonté, promet de réparer la perdition éternelle des hommes par le Messie qu’il enverra en temps voulu. Afin que la foi dans le Messie, c’est-à-dire dans le Sauveur, reste vivante parmi les hommes, Dieu l’a fait annoncer à toutes les époques par les saints patriarches et les prophètes. Une révélation claire fut faite à Abraham, à Jacob, à Moïse, à David et, plus tard, à de nombreux autres prophètes. Isaïe dit : « Un homme d’une douceur admirable, saint par nature, conçu par l’œuvre du Saint-Esprit, naîtra d’une Vierge. D’autres l’appellent Dieu fort, auteur de la paix, prédisant qu’il naîtra à Bethléem.

Cinq siècles avant la naissance du Sauveur, le prophète Daniel fixe l’époque à soixante-dix semaines d’années, ce qui correspond à quatre cent quatre-vingt-dix ans. À la fin de ces semaines, Jésus est né à Bethléem de Marie, toujours vierge, et sous les apparences les plus humbles, Dieu, créateur du ciel et de la terre, s’est fait homme : et Verbum caro factum est. Ainsi, Dieu, par des prophéties répétées, avertissait les hommes de garder vivante l’espérance dans le Sauveur. Plus le temps de sa venue approchait, plus les promesses divines devenaient claires.

  1. Le Sauveur, pour prouver sa venue et faire savoir au monde entier qu’il était le Messie promis, commence sa prédication par une doctrine sainte et divine, confirmée par une série de miracles retentissants, qui tendent tous à démontrer sa bonté et sa puissance divine. À sa parole, les aveugles recouvrent la vue, les sourds l’ouïe, les muets la parole et les morts sortent vivants de leurs tombes. Jésus prêche, mais il ne prêche pas seulement des récompenses temporelles ; il enseigne qu’il faut adorer un seul Dieu en esprit et en vérité, aimer et adorer Lui seul ; il enseigne qu’il faut étendre notre bienveillance à tous les hommes, même à nos ennemis, car le but de sa religion et de sa venue est la charité. Il prêche la patience, la soumission et l’humilité jusqu’à se réjouir des tribulations qu’il nous envoie. Il annonce une vie heureuse et éternelle, c’est-à-dire le ciel ; mais ce bonheur doit être gagné par nos efforts, par la pratique de la vertu, par la fuite du vice.
  2. Arrêtons-nous ici, ô chrétien, et tandis que, remplis de gratitude, nous contemplons l’immense bonté de Dieu, je te prie de retenir dans ton esprit deux pensées : considérer le trésor précieux que tu portes en toi, qui est ton âme, pour laquelle Dieu s’est fait homme, et considérer également quel grand mal est le péché, puisque pour réparer ses conséquences, le Fils de Dieu a dû quitter les délices du ciel, se soumettre à toutes les misères de notre vie et finir par mourir sur la croix. Mais tandis que nous admirons la bonté de notre Divin Sauveur, promettons-lui d’éviter tout ce qui peut renouveler les souffrances qu’il a endurées pour notre âme. Admirons sa grande humilité et fuyons en particulier la vanité et l’orgueil. Il est vrai que ce corps est un beau don que Dieu nous a fait pour couvrir notre âme ; mais l’humilité est le plus bel ornement de l’âme, et la vanité et l’orgueil sont des péchés qu’il faut éviter en tout temps, et surtout pendant ce mois dédié à la plus pure et la plus humble des vierges, la Très Sainte Vierge Marie.

 

Exemple

Saint François de Jérôme a toujours nourri dans son cœur et s’est efforcé d’allumer chez les autres une tendre dévotion envers la très sainte humanité de Jésus-Christ et envers ses mystères. Il était particulièrement sensible au mystère de l’Incarnation. Il avait coutume de dire que nous étions extrêmement tenus de sanctifier le mois de mars, car c’est à cette époque que le Verbe divin, dans une humilité ineffable, s’était abaissé pour revêtir la chair humaine par amour pour nous dans le sein très pur de Marie. Quand il considérait l’Enfant Jésus, il fondait en larmes amères par compassion pour ses souffrances.

À cette dévotion envers le mystère de la rédemption, il joignait une tendresse filiale envers sa Sainte Mère. Dès son plus jeune âge, il ne savait parler d’elle qu’avec une très grande vénération. En signe d’obéissance à Marie, il jeûnait tous les samedis de l’année et les veilles de ses fêtes, ne se nourrissant que de pain et d’eau, et s’infligeait en outre une flagellation sanglante. Il ne manquait jamais une occasion, dans ses sermons ou ses discours, d’exalter ses mérites, sa grandeur et sa bonté à notre égard, auprès de son Divin Fils. Bien qu’occupé du matin au soir, il ne manquait jamais de réciter chaque jour son chapelet, coutume qu’il observait inviolablement même en voyage. Se trouvant en mer entre Naples et Massa, il invita les bateliers à réciter le chapelet avec lui et, pour les enflammer d’une si louable dévotion, il se mit à leur expliquer les mystères qui y sont rappelés.

Pour accroître ce culte, il prêcha pendant vingt-deux ans tous les mardis, exposant à une foule nombreuse les gloires et les grandeurs de cette Reine, racontant les grâces qu’elle accordait à ses dévots. Il introduisit la pieuse coutume de renouveler chaque mois publiquement son offrande à Marie. Il fit imprimer en vers italiens le Salve Regina, qu’il faisait chanter dans les rues, en distribua plusieurs milliers d’exemplaires aux fidèles et, par ce moyen, réussit à empêcher le chant de nombreuses chansons profanes et même scandaleuses. Efforçons-nous d’imiter ce saint dans la mesure de nos moyens.

 

Oraison jaculatoire

Le fruit aimable

De votre sein

Montrez-le-nous,

Ô Mère de Dieu.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Quatrième jour. L’Église de Jésus-Christ

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Notre Divin Sauveur, descendu du ciel pour nous sauver, a voulu établir un moyen d’assurer le dépôt de la foi en fondant un royaume spirituel sur la terre. Ce royaume est son Église, c’est-à-dire la congrégation des fidèles chrétiens du monde entier, qui professent la doctrine de Jésus-Christ sous la conduite des pasteurs légitimes, et en particulier du Pontife Romain, qui en est le chef établi par Dieu. Cette Église, telle une mère aimante, devait à tout moment et en tout lieu accueillir tous ceux qui voulaient se réfugier dans son sein maternel ; elle devait donc être visible et accessible à tous à tout moment. C’est pourquoi, dans l’Évangile, cette Église est comparée à une colonne contre laquelle les assauts des ennemis des âmes sont sans effet. Elle est comparée à une pierre sur laquelle repose un grand édifice qui doit durer jusqu’à la fin des temps. Tu es Pierre, dit Jésus-Christ au Prince des Apôtres en le constituant chef de l’Église, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne pourront la vaincre.

Jésus-Christ recommanda à ses disciples que, si des questions surgissaient entre eux, ils en défèrent la résolution à l’Église : dic ecclesiæ ; que si quelqu’un refusait d’écouter l’Église, ils le considèrent comme un païen et un publicain : quod si ecclesiam non audierit, sit tibi tamquam ethnicus et publicanus. Cette Église est le pilier et le fondement de toute vérité, de sorte que toute doctrine qui ne repose pas sur le fondement de cette Église repose sur l’erreur : ecclesia est columna et fundamentum veritatis, dit saint Paul.

  1. Cette Église est ensuite dite catholique, ce qui signifie universelle, car, comme on l’a dit, telle une mère aimante, elle accueille en tout temps et en tout lieu ceux qui veulent venir à son sein maternel. Universelle parce qu’elle embrasse toute la doctrine enseignée par Jésus-Christ et prêchée par les Apôtres.

Elle est également dite sainte, car son fondateur, Jésus-Christ, est la source de toute sainteté ; nul ne peut être saint en dehors de cette Église, car c’est seulement en elle qu’on enseigne la vraie doctrine de Jésus-Christ, c’est seulement en elle qu’on pratique sa foi et sa loi, et que sont administrés les sacrements qu’il a institués.

On l’appelle également apostolique parce que ses pasteurs sont les successeurs des apôtres et enseignent la même doctrine prêchée par les apôtres telle qu’ils l’ont apprise de Jésus-Christ.

On ajoute ensuite le titre de romaine, parce que son chef, qui est le pape, est évêque de Rome, et pour cette raison, cette ville, autrefois capitale de l’Empire romain, est aujourd’hui le centre de la religion, la capitale du monde catholique.

  1. Et comme il n’y a qu’un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême, il n’y a qu’une seule Église véritable, hors de laquelle nul ne peut être sauvé.

Considère, ô chrétien, et tremble en pensant au grand nombre de ceux qui ne sont pas dans le sein de l’Église catholique et qui sont tous par conséquent hors du chemin qui mène au ciel. Considère et réjouis-toi dans ton cœur, car Dieu t’a créé dans son Église, où se trouvent tant de moyens de salut. Sois reconnaissant à Dieu et, pour le remercier, efforce-toi d’observer les préceptes que l’Église, au nom de Dieu, propose à ses enfants. Sois constant dans la participation à la Messe, tous les dimanches et les autres fêtes de précepte, observe les jeûnes et les veilles, et ne mange pas de viande le vendredi et le samedi. En somme, efforçons-nous d’être catholiques non seulement de nom, mais aussi en actes, en observant exactement ce que l’Église commande et en nous abstenant de ce qu’elle interdit.

S’il nous arrive d’entendre parler de l’Église ou d’en parler nous-mêmes, comportons-nous comme des enfants respectueux envers leur mère aimante. Ne disons jamais rien contre ce que l’Église commande ou interdit ; et dans la mesure de nos moyens, parlons-en toujours en bien et opposons-nous courageusement à quiconque chercherait à en dire du mal.

 

Exemple

Les fastes de l’Église regorgent d’exemples qui démontrent que Marie a toujours été non seulement le soutien de l’Église, mais aussi une bonne mère qui, avec une sollicitude des plus aimantes, va à la recherche de ses enfants, accomplissant parfois des miracles lumineux pour augmenter leur nombre. Nous choisissons l’exemple d’Alphonse Ratisbonne, jeune juif issu d’une des familles les plus riches d’Allemagne. Très attaché à sa religion, il était un ennemi implacable des chrétiens, surtout depuis qu’un de ses frères avait embrassé la foi. Il vint à Rome en 1842 pour se divertir. Là, sa haine contre la religion chrétienne et son ardeur pour le judaïsme grandirent. Il était déjà sur le point de quitter cette ville lorsqu’il alla prendre congé du baron Bussière, un protestant converti au catholicisme. Ce dernier engagea la conversation avec Alphonse sur la religion et, le trouvant très attaché au judaïsme, le pria au moins, par courtoisie, de bien vouloir porter autour du cou la médaille de Marie. Riant follement de cette idée, il y consentit. C’était le 20 janvier 1842. Alphonse était laissé seul pour un court instant dans une église où il était entré par curiosité, quand tout à coup l’édifice disparut de ses yeux, et une lumière éclatante se répandit sur lui et remplit l’endroit où il se trouvait. Au milieu de cette splendeur rayonnante, il vit debout sur l’autel, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle apparaît sur la médaille miraculeuse. Elle lui fait signe de s’agenouiller et, avec une force irrésistible, il est attiré vers Marie. C’est à cet heureux moment qu’Alphonse ouvre les yeux à la vérité et, illuminé par la foi, il éclate en sanglots. Son cœur ne trouvait plus de réconfort que dans des remerciements chaleureux et dans la demande insistante du baptême. Il s’y prépara pendant onze jours et, le 31 janvier de la même année, il était régénéré dans le Christ, et Marie avait un fils de plus. Une conversion aussi spectaculaire et soudaine fut déclarée miraculeuse par le Saint-Siège après des examens minutieux. Chaque année, le 20 janvier, une fête est célébrée à Rome en mémoire de ce prodige dans l’église de S. Andrea delle Fratte, lieu où le miracle a eu lieu.

 

Oraison jaculatoire

À mon dernier souffle,

Ô Vierge Marie,

Faites que je meure

En bon catholique.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Cinquième jour. Le chef de l’Église

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Jésus-Christ, dans l’Évangile, a comparé son Église à un royaume, à un empire, à une république, à une ville, à une forteresse, à une famille. Toutes ces choses sont visibles par nature et ne peuvent exister sans un chef qui commande et sans sujets qui obéissent. Le chef invisible de l’Église est Jésus-Christ qui assiste les saints pasteurs depuis le ciel jusqu’à la fin du monde : ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem sæculi. Le chef visible était saint Pierre, puis ses successeurs, les pontifes.

Le Divin Sauveur a dit à saint Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne pourront jamais la vaincre. Je te donnerai les clés du royaume des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. Par ces paroles, le Sauveur constitue saint Pierre chef de son Église et lui confère cette plénitude de pouvoir, en vertu de laquelle il peut établir tout ce qui contribue au bien spirituel et éternel.

Après sa résurrection, Jésus-Christ confirma ce qu’il avait dit à saint Pierre. Apparaissant à ses apôtres sur les rives du lac de Tibériade, il dit à saint Pierre : « Pais mes brebis, pais mes agneaux ; pasce oves meas, pasce agnos meos. Il ressort clairement de l’Écriture Sainte que les agneaux désignent ici tous les fidèles chrétiens, et que les brebis sont les saints pasteurs, qui doivent dépendre du Pasteur Suprême qu’est Pierre, et après lui, de ses successeurs.

  1. Afin que nous soyons assurés que ce Pasteur suprême conservera toujours le dépôt de la foi sans jamais tomber dans l’erreur, Jésus-Christ dit à saint Pierre : J’ai prié pour toi, ô Pierre, afin que ta foi ne défaille pas : rogavi pro te, Petre, ut non deficiat fides tua, et tu aliquando conversus confirma fratres tuos. C’est pourquoi les autres apôtres, après l’ascension du Sauveur, ont considéré saint Pierre comme leur chef. Dès que le Sauveur est monté au ciel, il entreprend aussitôt le gouvernement de l’Église ; il propose l’élection d’un apôtre à la place de Judas le traître ; il est le premier à prêcher au peuple ; il est le premier à faire des miracles en se rendant au temple ; il est le premier à être instruit par Dieu que non seulement les Juifs, mais aussi les païens sont appelés à la foi. Des difficultés surgissent dans l’Église ? Un concile se réunit dans la ville de Jérusalem ; Pierre pose la question, l’explique, la définit, et tous obéissent à Pierre comme à Jésus-Christ lui-même. C’est ce qu’ont fait les vrais catholiques de tous les temps, en tous lieux, dans toutes les questions religieuses : on a toujours fait appel au Souverain Pontife, et tous les chrétiens se sont soumis à lui comme à saint Pierre, comme à Jésus-Christ lui-même.
  2. Voici, ô chrétien, ce que je propose à ta réflexion. Un Dieu fait homme pour nous sauver ; avant de quitter le monde, il fonde une Église et désigne un Chef pour le remplacer sur la terre jusqu’à la fin des temps : usque ad consummationem sæculi. Reconnaissons dans le Pontife romain le Père universel de tous les chrétiens, le successeur de saint Pierre, le Vicaire de Jésus-Christ, celui qui remplace Dieu sur la terre, celui à qui Jésus-Christ a dit : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel ; tout ce que tu délieras sur la terre sera également délié dans le ciel. Mais rappelons-nous bien que nul ne peut professer la religion de Jésus-Christ s’il n’est pas catholique ; nul n’est catholique s’il n’est pas uni au Pape.

 

Exemple

Pour éloigner les catholiques de l’Église et du Souverain Pontife, les hérétiques ont toujours commencé par mépriser la dévotion à la Bienheureuse Vierge, car Marie est la mère miséricordieuse de tous ceux qui l’invoquent. Nous avons même de très nombreux hérétiques convertis qui attribuent leur conversion à leur dévotion à Marie. Prenons l’exemple du protestant Frédéric Hurter, aujourd’hui fervent catholique. Il était président du Consistoire protestant à Schaffhouse, en Suisse, et était considéré comme l’un des meilleurs prédicateurs et professeurs du calvinisme. Bien qu’il fût très attaché aux erreurs de sa secte, il regrettait beaucoup, comme il le confesse lui-même, que le protestantisme, auquel il appartenait, refusât tout culte à la Très Sainte Vierge. Ce fut le grain de sénevé qui produisit l’arbre de la conversion de Hurter. Dès sa jeunesse, sans aucune connaissance particulière de la doctrine catholique concernant la Mère de Dieu, il se sentait pénétré d’une vénération inexprimable pour Elle. Il trouvait en Elle l’avocate des chrétiens. Il se tournait vers elle du fond du cœur dans sa vie privée. Parfois, depuis sa chaire, il tentait d’éveiller chez ses élèves des pensées de vénération envers la Sainte Vierge, et s’efforçait même de faire connaître les grandeurs de Celle qui est Mère de Dieu.

Au fur et à mesure que l’affection pour Marie grandissait dans son cœur, Frédéric commença à avoir des doutes sur sa croyance. Le doute l’incita à examiner de plus près la religion catholique, qui se révélait chaque jour à son cœur plus vraie, plus divine, voire la seule vraie religion. Mû uniquement par le désir de connaître la vérité, il démissionna de ses fonctions de président du consistoire et se consacra avec le plus grand zèle à l’étude des dogmes catholiques. Il consacra quatre ans à cette étude et, pendant tout ce temps, il pria avec ferveur la Sainte Vierge de lui faire connaître la vérité, intimement persuadé d’être éloigné de la vérité tant qu’il vivait dans le protestantisme. Le 29 février 1844, il partit pour Rome avec la ferme intention de se déclarer fils fidèle, comme il l’exprime lui-même, de cette tendre mère qu’est l’Église catholique. Arrivé dans la ville qui est le centre de l’unité, la capitale du monde chrétien, il ne voulut plus retarder l’exécution de son grand acte. Il renonça aux honneurs, aux charges et aux salaires qu’il avait parmi les protestants, fit fi des protestations de ses parents et amis, et, surmontant tout respect humain, il abjura ses erreurs, reçut la sainte communion et la confirmation au mois de juin de cette année 1844. Cet illustre homme de lettres attribue la grâce extraordinaire de sa conversion à l’intercession de la Bienheureuse Vierge.

Que ce fait soit une source de réconfort pour tous les bons catholiques afin qu’ils restent étroitement unis et obéissants au chef de notre sainte religion, qui est si particulièrement protégée par la Mère de Dieu, la très sainte Vierge.

 

Oraison jaculatoire

Ne me sépare jamais

Par un triste accident

Du grand Vicaire

De Jésus-Christ.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Sixième jour. Les pasteurs de l’Église

 

Deus in adiutorium etc.

  1. L’Église est une congrégation de fidèles chrétiens répandus dans le monde entier, qui, à l’instar d’un grand troupeau, sont gouvernés par un pasteur suprême qui est le Pontife Romain. Mais si chaque chrétien devait avoir une relation directe avec le Vicaire de Jésus-Christ, il lui serait difficile de lui faire parvenir ses paroles et de lui communiquer ses pensées. Mais Dieu a pensé et pourvu à tous les besoins de notre âme. Écoutez, c’est l’un des plus beaux traits du catholicisme. Dieu a établi saint Pierre chef de l’Église, et après sa mort, les papes de Rome lui ont succédé dans le gouvernement de celle-ci, et ils se sont succédé de telle manière que, depuis le pape Pie IX, nous avons une série ininterrompue jusqu’à saint Pierre, et depuis saint Pierre, nous avons une série de papes qui se sont succédé les uns aux autres et qui ont conservé intacte jusqu’à nous la Sainte Religion de Jésus-Christ.

Les apôtres ont ensuite exercé leur apostolat en accord et en dépendance avec saint Pierre. Aux apôtres ont succédé d’autres évêques qui, toujours en accord et toujours dépendants du successeur de saint Pierre, ont gouverné les différents diocèses de la chrétienté. Les évêques recueillent les supplications, entendent les besoins des peuples et les font parvenir jusqu’à la personne du Souverain Hiérarque de l’Église. Le Pape, selon les besoins, communique ses ordres aux évêques du monde entier, qui les transmettent ensuite aux simples fidèles chrétiens.

Outre les apôtres, Jésus-Christ a établi soixante-douze disciples, qu’il a envoyés dans divers pays pour prêcher l’Évangile. Les apôtres ont également ordonné sept diacres et d’autres ministres pour les aider dans la prédication de l’Évangile et dans l’administration des sacrements. Ainsi, parmi nous, outre le Pape et les évêques, il y a d’autres ministres sacrés, en particulier les curés, qui, étroitement unis et en accord avec les évêques, les aident dans la prédication et l’administration des sacrements, les aident à maintenir l’unité de la foi et surtout à conserver une relation étroite avec le chef de la religion, ce qui est indispensable pour toujours éloigner l’erreur des vérités de la foi.

  1. Nous pouvons donc dire que nos curés nous unissent aux évêques, les évêques au pape, et le pape nous unit à Dieu. De plus, les pasteurs qui gouvernent les Églises particulières succèdent régulièrement les uns aux autres, toujours en dépendance du Pape, enseignant toujours la même doctrine, administrant les mêmes sacrements. Il s’ensuit avec certitude que les ministres de l’Église catholique, en tout temps et en tout lieu, ont toujours pratiqué la même foi, la même loi, les mêmes sacrements, tels qu’ils ont été prêchés par les Apôtres et institués par notre Seigneur Jésus-Christ.
  2. Soyons donc dociles à la voix des ministres sacrés, comme les brebis doivent l’être à la voix de leur berger. Dieu nous les a donnés pour maîtres dans la science de la religion ; allons donc vers eux pour l’apprendre, et non vers les maîtres du monde. Dieu nous les a donnés pour nous guider sur le chemin du ciel, suivons-les dans leurs enseignements. Dieu a dit à ses ministres : qui vous écoute, m’écoute ; qui vous méprise, me méprise. Allons donc volontiers les écouter dans leurs sermons, leurs instructions, leurs catéchismes, leurs explications de l’Évangile. Suivons-les dans les conseils qu’ils nous donnent lorsque nous nous approchons des sacrements, ou lorsqu’ils nous instruisent pour les recevoir dignement ; écoutons leurs voix comme si elles venaient de Jésus-Christ lui-même.

 

Exemple

Ce qui est arrivé à saint Romain lorsqu’il était conduit au martyre peut nous donner la réponse lorsque nous sommes interrogés sur les raisons de notre croyance. Ce saint, cruellement tourmenté par un préfet nommé Asclépiade, voyant la dureté du tyran, voulut l’attendrir par un miracle. Se tournant vers lui, il lui dit : « Si tu ne me crois pas, interroge cet enfant que tu vois dans les bras de sa mère, et tu entendras de sa bouche innocente la confirmation de ce que je t’ai dit et te dis au sujet de ma religion. Le préfet regarda l’enfant et, persuadé que son âge l’empêchait d’articuler un mot, lui dit en plaisantant : « Peux-tu me dire qui est le Christ que les chrétiens adorent ? » Alors l’enfant éleva franchement la voix et cria fort : Jésus-Christ, adoré par les chrétiens, est le vrai Dieu. Qui t’a dit cela ? reprit Asclépiade. L’autre répondit : Ma mère me l’a dit, c’est-à-dire l’Église. Et qui l’a dit à ta mère ? demanda le préfet, étonné. Dieu l’a dit à ma mère : mihi mater, matri Deus. C’est ainsi que les chrétiens devraient répondre s’ils étaient interrogés sur la vérité de la foi. Qui a dit que Jésus-Christ est le fils de Dieu, qu’il est mort pour nous sauver, qu’il nous jugera tous ensemble à la fin du monde ? Qui l’a dit ? Les ministres sacrés l’ont dit, qui l’ont appris de notre mère qui est l’Église ; l’Église l’a appris de Dieu lui-même. Mihi mater matri Deus. (Boll. in s. Romano).

 

Oraison jaculatoire

Faites que j’écoute,

Ô mon Seigneur,

Les voix providentielles

De mon pasteur.

 

Que je lui confie

Mon âme toute,

Afin qu’en sécurité,

Il me guide au ciel.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Septième jour. Foi

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Notre religion est surnaturelle et divine, c’est pourquoi on y trouve certaines vérités si sublimes que l’homme, dans la vie présente, après de nombreux efforts, peut à peine en comprendre une infime partie. Cela ne doit pas nous étonner, car dans les objets temporels qui s’offrent à nos yeux, comme les herbes, les plantes, l’eau, le feu, la structure du corps humain, nous voyons beaucoup de choses dont nous connaissons l’existence, mais dont nous ne comprenons que très imparfaitement les qualités. Si donc nous sommes obligés d’admettre des secrets dans les choses temporelles, nous devons à plus forte raison les admettre dans les choses spirituelles. Ces vérités dans les choses de la religion sont appelées mystères. L’acte par lequel nous plions notre volonté à croire s’appelle la foi. Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu, dit saint Paul. La foi est la substance des choses que nous devons espérer de Dieu. La foi est la base et le fondement de toute notre justification, dit l’Église au nom de Dieu.
  2. Cette foi ne repose pas sur l’autorité des hommes qui peuvent se tromper, mais elle repose entièrement sur la parole de Dieu, qui est éternelle, immuable et qui ne peut jamais changer en quoi que ce soit. C’est pourquoi, par la foi, nous croyons que Dieu a créé le ciel et la terre et toutes les choses qui sont dans le ciel et sur la terre ; nous croyons que par le péché originel, toute l’humanité s’est rendue indigne du paradis et méritait l’enfer ; que Dieu a promis un Sauveur, qui est venu, et qui est Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme ; qu’il s’est fait homme pour sauver notre âme, et qu’il est mort pour nous sur la croix. Il est également vrai que nous croyons qu’il n’y a qu’un seul Dieu en trois personnes réellement distinctes, qu’il n’y a qu’un seul baptême, une seule Église véritable, qui est l’Église catholique ; que nul ne peut se sauver en dehors de cette Église ; que le chef de cette Église est le Pontife romain, auquel nous devons obéir comme à Jésus-Christ, dont il tient la place ; que les sacrements institués par notre Seigneur Jésus-Christ sont sept, ni plus ni moins. C’est une vérité de foi qu’il y a un Dieu qui récompense les bons par le Paradis et punit les méchants par l’enfer ; que nous avons une âme simple et immortelle ; qu’un seul péché mortel peut nous perdre pour l’éternité. Telles sont les principales vérités que notre religion nous propose de croire. Mais ne nous affligeons pas si nous ne comprenons pas ces vérités ; nous devons au contraire nous réjouir, car c’est le signe que Dieu nous réserve de grandes choses dans l’autre vie, des choses que, comme le dit saint Paul, l’oreille n’a jamais entendues, l’œil n’a jamais vues, la langue ne peut exprimer, et le cœur de l’homme ne peut imaginer. Nous ne comprenons pas ces choses dans la vie présente. Mais Dieu nous assure qu’elles nous sont préparées dans l’autre vie. Prenons donc courage, nous comprendrons tout dans la béatitude éternelle si, par la miséricorde de Dieu, nous sommes sauvés. Alors nous comprendrons ce qui nous semble ici-bas un mystère, alors nous verrons Dieu tel qu’il est en lui-même : tunc videbimus sicuti est, dit saint Paul.
  3. Je dois cependant t’avertir, ô chrétien, que notre foi doit posséder certaines qualités, sans lesquelles elle ne sert à rien pour nous sauver. Notre foi doit être entière, c’est-à-dire qu’elle doit embrasser tous les articles de notre religion. Toutes les vérités de la foi sont révélées par Dieu ; par conséquent, celui qui refuse de croire un seul article de la foi, refuse de croire en Dieu lui-même. Ainsi, celui qui dit aimer son prochain tout en prononçant le nom de Dieu en vain, celui qui honore ses parents tout en prenant le bien d’autrui ou en se livrant à la malhonnêteté, au mépris des sacrements et du Vicaire de Jésus-Christ, celui-là, je le dis, transgresse un article de la foi qui le rend coupable de tous les autres. Les articles de la foi sont tous liés entre eux et forment une chaîne qui relie la raison à la révélation, et constituent un escalier par lequel l’homme monte jusqu’à Dieu. Mais si un maillon de la chaîne est brisé, ou si une marche de cette échelle mystique est cassée, toute notre relation avec Dieu est rompue. À quoi te sert-il de croire à l’Église, au Vicaire de Jésus-Christ, si ensuite tu méprises ses enseignements, si tu parles mal du Souverain Pontife ? Soyons clairs : ou tous les articles de notre foi ou aucun, car en nier un seul, c’est les nier tous.

Pour que la foi soit vraiment entière, elle doit être active, c’est-à-dire qu’elle doit être accompagnée de bonnes œuvres. Jésus-Christ le dit clairement dans l’Évangile : ce ne sont pas tous, dit-il, ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père céleste (Mt 7). À quoi cela servira-t-il, dit saint Jacques, à quoi cela servira-t-il, mes frères, si l’un de vous dit avoir la foi sans les œuvres ? De même qu’un corps sans âme est mort, de même la foi sans les œuvres est une foi morte. Ô chrétien, veux-tu savoir si ta foi est vivante ou morte ? Lis attentivement, et tu le sauras. Celui qui croit qu’un seul péché mortel suffit pour nous envoyer en enfer, et qui le commet avec indifférence, a une foi morte. Celui qui croit que nous devons aimer Dieu par-dessus tout, et qui aime les créatures, aime les plaisirs du monde, et s’occupe uniquement d’agrandir et d’enrichir sa famille, a une foi morte. Celui qui sait que les avares n’hériteront pas du royaume des cieux, mais qui voit le pauvre dévoré par la faim, tremblant de froid, et qui ne s’émeut pas et ne lui porte aucun secours, a une foi morte. Fides sine operibus mortua est.

Prions la Sainte Vierge de nous garder fermes dans la foi et d’obtenir de son Divin Fils la grâce et la force d’être constants dans la pratique de notre sainte religion jusqu’à notre dernier souffle.

 

Exemple

Il n’y a pas de foi plus vivante et plus active que celle des martyrs. L’histoire de l’Église compte plus de seize millions de ces héros glorieux qui peuvent nous servir d’exemple. Nous choisissons de préférence un fait récent, le martyre du missionnaire Marchand de Besançon. En 1835, il prêchait l’Évangile en Chine, pays très éloigné de nous, lorsqu’il fut emprisonné pour être chrétien. Après cinq ans de captivité, on l’en sortit et on le mit dans une cage de fer. Conduit devant le roi, celui-ci lui demanda : « Es-tu, toi aussi, partisan des rebelles ? » « Non, répondit-il, je n’ai participé à aucune rébellion. » Cependant, le roi, se fondant sur les accusations portées par les mandarins, le soumit à la douloureuse torture des tenailles. Aussitôt, les bourreaux firent chauffer des tenailles en fer et, avec celles-ci, lui arrachèrent la chair des cuisses, morceau par morceau. Le courageux missionnaire offrit son corps au Dieu qui le lui avait donné, lui recommanda son âme et, les yeux tournés vers le ciel, sentit son cœur se remplir de joie, car il était digne de souffrir pour Jésus-Christ. Le roi, indigné par l’héroïque patience du confesseur de la foi, le condamne à une mort impitoyable. Les mandarins, c’est-à-dire les bourreaux, éloignent quelque peu Marchand du palais du roi ; puis, le tirant hors de la cage, ils le dépouillent presque nu et commencent à le tourmenter. Avec cinq tenailles enflammées, ils lui serrent d’un coup la chair des cuisses et des jambes. Une fumée et une odeur nauséabonde s’élèvent ; les spectateurs tremblent et le saint martyr, ferme dans sa foi en Jésus-Christ, lève les yeux vers le ciel et dit seulement : « Ah, mon Père, ô mon Dieu… ». Pendant qu’on recommence ces atroces tourments, un mandarin lui pose la question suivante : « Pourquoi, dans la religion chrétienne, arrache-t-on les yeux des mourants ? ». Il faisait allusion à l’administration de l’huile sainte. Le missionnaire rassemble ses forces et répond : « Ce n’est pas vrai : rien de tel que je sache n’a jamais été fait par les chrétiens. » Ses paroles sont interrompues par de nouveaux tourments, puis le mandarin l’interroge à nouveau ainsi : « Pourquoi les époux se présentent-ils devant le prêtre près de l’autel ? » « Les époux, répond le missionnaire, viennent faire connaître leur union au prêtre et implorer les bénédictions célestes. » Les tourments des tenailles se renouvellent, puis le mandarin reprend : « Quel pain enchanté donne-t-on à ceux qui se confessent, pour qu’ils deviennent ensuite si attachés à la religion ? » Le missionnaire à demi mort répond : « Ce n’est pas du pain qu’on leur donne, c’est le corps de notre Seigneur Jésus-Christ devenu la nourriture de l’âme. Alors, en guise de punition pour les paroles qu’il avait prononcées, on lui mit un bâillon dans la bouche et, accompagné d’une centaine de soldats et d’une foule immense, il fut conduit à un mille de là. Là, le missionnaire fut déposé au pied d’un gibet en forme de croix. Aussitôt, les bourreaux saisirent le patient, le mirent debout et lui lièrent les bras en forme de croix. Deux bourreaux se tiennent à ses côtés, un couteau à la main. On entend un son funèbre de tambour, et quand il cesse, ils saisissent les seins du condamné, les coupent d’un seul coup et jettent ces morceaux à terre. Tandis que ces tourments se renouvellent, la victime tourne son regard vers le ciel pour la dernière fois, puis, remettant son âme entre les mains de Jésus crucifié, presque en lambeaux, il baisse la tête, rend son dernier souffle et son âme s’envole vers Dieu. Alors son corps est mis en pièces.

Va au ciel, heureux ministre de Jésus-Christ, et tandis que nous admirons ton triomphe, implore-nous du ciel la grâce et la force de suivre ton exemple ; et que, si nous n’avons pas la glorieuse destinée de donner notre vie pour la foi, nous vivions au moins comme de fervents chrétiens jusqu’à la mort. (Annales de la propagation de la foi. n° 53).

 

Oraison jaculatoire

Que Dieu glorieux

Qui voit tout

Me rende ferme

Dans ma foi.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Huitième jour. Les sacrements

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Plus nous considérons notre sainte religion catholique, plus nous apprenons sa beauté, sa grandeur, et plus se manifestent la bonté, la sagesse et la miséricorde de Dieu, qui en est le fondateur. Cela apparaît de manière lumineuse dans les saints sacrements. C’est une vérité de foi que ces sacrements sont au nombre de sept, ni plus, ni moins ; ils ont tous été institués par notre Seigneur Jésus-Christ pendant qu’il était dans ce monde. Ces sacrements sont : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage. Ces sacrements sont autant de signes sensibles établis par Dieu pour donner à nos âmes les grâces nécessaires à notre salut, ce qui revient à dire que les sept sacrements sont comme sept canaux par lesquels les faveurs célestes sont communiquées par la divinité à l’humanité.
  2. Par le baptême, nous sommes accueillis dans le sein de la Sainte Mère Église, nous cessons d’être esclaves du démon, nous devenons enfants de Dieu et donc héritiers du Paradis.

Dans la confirmation, nous recevons la plénitude des dons du Saint-Esprit et devenons des chrétiens parfaits.

Dans l’Eucharistie, Jésus-Christ nous donne son corps, son sang, son âme et sa divinité sous les espèces du pain et du vin consacrés.

C’est là le plus grand prodige de la puissance divine. Par un acte d’amour infini envers nous, Dieu a trouvé le moyen de donner à nos âmes une nourriture proportionnée et spirituelle, c’est-à-dire en nous donnant sa propre divinité.

Dans la pénitence, nous sommes remis des péchés commis après le baptême.

Dans l’extrême-onction, ou huile sainte, Dieu vient au secours des malades et, par l’onction sacrée, nous communique les grâces nécessaires pour effacer de notre âme les péchés avec leurs restes, pour nous donner la force de supporter patiemment le mal, de bien mourir si Dieu a décrété de nous appeler à l’éternité, et aussi pour nous rendre la santé corporelle si cela est utile à la santé de l’âme.

Dans le sacrement de l’Ordre, c’est-à-dire dans la sainte ordination, Dieu communique aux ministres sacrés les grâces nécessaires pour acquérir le haut degré de sainteté qui leur est nécessaire, et aussi pour pouvoir guider et instruire les fidèles chrétiens dans les vérités de la foi, dans la fuite du vice et dans la pratique de la vertu.

Enfin, le mariage est le sacrement qui donne aux époux la grâce de vivre entre eux dans la paix et la charité et d’élever chrétiennement leurs enfants que Dieu, dans son infinie sagesse, juge bon de leur accorder.

  1. Voilà en bref, ô chrétien, les grands moyens que Jésus-Christ a institués pour notre salut. Il nous a procuré de grands bienfaits par son incarnation, mais tous ces bienfaits sont communiqués par ses saints sacrements. Si tu ne te soucies pas de profiter de ces moyens de salut selon l’état où tu te trouves, tu ne peux pas participer au grand mystère de la Rédemption, et tu ne pourras donc pas sauver ton âme. Arrête-toi quelques instants pour considérer comment tu as répondu à ces grands signes de l’amour divin ; et si tu trouves que ta conscience te reproche quelque péché, efforce-toi d’y remédier le plus vite possible, en particulier en te préparant à faire une bonne confession et une bonne communion.

 

Exemple

Dans la vie des saints Pères, nous lisons un fait qui montre combien la piété est utile à nos intérêts spirituels et temporels. Il y avait dans la ville d’Alexandrie d’Égypte deux cordonniers ; l’un avait une famille nombreuse, mais tout en s’occupant de la faire vivre, il était très soucieux des choses de l’âme, suivant le conseil du Christ qui a dit : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et Dieu pourvoira au reste ». Il fréquentait beaucoup l’église, c’est-à-dire qu’il venait volontiers écouter la parole de Dieu, se confessait et communiait fréquemment et pratiquait les autres exercices de piété chrétienne ; cependant, Dieu semblait vouloir multiplier ses biens temporels. L’autre faisait le contraire, c’est-à-dire qu’il se souciait des gains temporels sans se soucier d’aller à l’église et de penser à son âme. C’est pourquoi ses affaires allaient de mal en pis, et bien qu’il fût seul, sans famille, et qu’il travaillât plus que son compagnon, il avait néanmoins du mal à gagner sa vie. Voyant son voisin qui, avec moins de peine, subvenait à ses besoins et à ceux de sa famille, il commença à s’étonner et à lui porter envie. Un jour, il ne put s’empêcher de lui dire : « Comment vont les affaires ? Je travaille plus dur que toi et je ne gagne pas de quoi me nourrir, tandis que toi, qui travailles moins, tu subviens à tes besoins et à ceux de ta famille ? » À cette question, voulant tromper saintement son compagnon et l’amener à fréquenter l’Église, il répondit ainsi : « Sache, mon frère, que je vais dans un certain endroit où je trouve de l’argent, grâce auquel je suis devenu riche ; si tu veux venir avec moi, je t’appellerai tous les jours, et ce que nous trouverons sera pour moitié à moi et pour moitié à toi. » Volontiers, répondit l’autre ; et il se mit à l’accompagner, et chaque jour, il l’emmenait avec lui à l’église. Comme Dieu le voulut, en peu de temps, il devint riche et aisé. Alors son compagnon lui dit : « Tu vois, mon frère, combien il t’a été profitable de fréquenter l’Église ! Sache que c’est là que se trouve la grâce de Dieu, qui est le plus grand trésor du monde ; et comme tu l’as toi-même expérimenté, Dieu prend soin de ceux qui prennent soin de lui. Continue donc comme tu as commencé, fréquente l’Église, et Dieu ne te décevra pas. »

Chrétiens, nombreux sont ceux qui veulent faire fortune par le péché, alors qu’ils vivent ennemis de Dieu, ne fréquentent pas les églises, ne prient pas, ne s’approchent pas des sacrements, ne sanctifient pas les fêtes, et pourtant ils voudraient que Dieu leur accorde la prospérité et le bonheur. Insensés ! Ne savent-ils pas que c’est le péché qui rend les peuples misérables et malheureux ? Miseros facit populos peccatum (Prov, chap. 14).

 

Oraison jaculatoire

Seigneur Jésus,

Qui nous as rachetés,

Que les sacrements

Me conduisent au ciel.

 

Et toi, Vierge Marie,

Mère d’amour,

Allume dans mon cœur

L’ardeur de la foi.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Neuvième jour. Dignité du chrétien

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Par dignité chrétienne, je n’entends pas les biens corporels, ni même les précieuses qualités de l’âme créée à l’image et à la ressemblance du Créateur lui-même ; je veux seulement parler de ta dignité, ô homme, en tant que tu as été fait chrétien par le saint baptême et reçu dans le sein de la Sainte Mère Église. Avant d’être régénéré dans les eaux du baptême, tu étais esclave du démon, ennemi de Dieu et exclu à jamais du Paradis. Mais au moment même où cet auguste sacrement t’a ouvert la porte de la véritable Église, les chaînes qui te liaient à l’ennemi de ton âme ont été brisées ; l’enfer s’est fermé devant toi et le Paradis s’est ouvert. En même temps, tu es devenu l’objet d’un amour préférentiel de la part de Dieu ; les vertus de foi, d’espérance et de charité ont été infusées en toi. Devenu ainsi chrétien, tu as pu lever les yeux vers le ciel et dire : Dieu, créateur du ciel et de la terre, est aussi mon Dieu. Il est mon père, il m’aime et il m’ordonne de l’appeler ainsi.

Notre Père qui es aux cieux. Jésus Sauveur m’appelle son frère, et comme frère, j’appartiens à Lui, à ses mérites, à sa passion, à sa mort, à sa gloire, à sa dignité.

Les sacrements institués par ce Sauveur aimant ont été institués pour moi. Le paradis que mon Jésus a ouvert par sa mort, il l’a ouvert pour moi et le prépare pour moi. Afin que j’aie quelqu’un qui pense pour moi, Dieu a voulu me donner Dieu pour père, l’Église pour mère, la parole de Dieu pour guide.

Connais donc, ô chrétien, ta grande dignité. Agnosce, christiane, dignitatem tuam. Mais tandis que je t’invite à te réjouir dans ton cœur du grand bienfait qui t’a été accordé en devenant chrétien, je te prie de penser à tous ces hommes qui ont également été rachetés par le sang précieux de Jésus-Christ, mais qui vivent plongés dans l’idolâtrie ou l’hérésie, et donc hors du chemin du salut. Beaucoup d’entre eux béniront à chaque instant le Créateur s’ils pouvaient avoir les grâces, les faveurs et les bénédictions dont tu jouis. Mais à la grande bonté dont Dieu a fait preuve à ton égard, dis-moi, comment as-tu répondu ?

  1. Ô mon frère, si nous jetons un regard sur notre vie passée, nous voyons non seulement que nous avons déshonoré la dignité chrétienne, mais que nous nous sommes comportés envers notre Père céleste d’une manière telle que les infidèles eux-mêmes n’auraient pas fait pire. Chaque fois que nous avons transgressé un commandement de Dieu ou de son Église, nous avons déshonoré la dignité chrétienne.

Malheur à moi ! Si je considère les transgressions commises contre la sainte loi de Dieu, si je considère la facilité et les nombreux moyens dont je disposais pour le servir, je dois me couvrir le visage de honte et répéter le reproche que Dieu a fait par la bouche d’un de ses prophètes : l’homme, dit-il, ayant été élevé à la plus haute dignité, ne l’a pas reconnue ; il s’est dégradé jusqu’à agir comme une bête insensée et s’est conduit comme les animaux immondes : homo cum in honore esset, non intellexit : jumentis insipientibus comparatus est et similis factus illis. Viens maintenant, ô chrétien, et décide fermement de mieux correspondre à ta dignité à l’avenir. Prosternons-nous devant Dieu et disons-lui de tout cœur : Mon Dieu, Père des miséricordes, je me repens de tout cœur de vous avoir offensé, je me propose de m’amender à l’avenir et de faire tout mon possible pour correspondre à la dignité de chrétien à laquelle vous m’avez élevé.

Mais comme le plus bel ornement du christianisme est la Mère du Sauveur, la Très Sainte Vierge, je m’adresse donc à vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, sûr d’obtenir la grâce de Dieu le droit au Paradis et de retrouver enfin ma dignité perdue, si vous priez pour moi. Auxilium christianorum, ora pro nobis.

 

Exemple

De nombreux exemples montrent que Marie a toujours été l’aide des chrétiens. Les titres glorieux qui lui sont adressés chaque jour dans les litanies dites de la Vierge Marie en sont la preuve ; en voici quelques-uns. Le mot litanies signifie supplications, car les litanies ne sont rien d’autre qu’une série de supplications par lesquelles nous prions la Sainte Trinité de nous accorder sa miséricorde et nous prions la Bienheureuse Vierge Marie d’intercéder pour nous auprès de Dieu. On les appelle aussi litanies de Lorette, car elles sont chantées avec plus de solennité dans l’église de Lorette. Ces litanies sont très anciennes dans l’Église. Le pape Saint Serge, voulant rendre grâce à la Vierge d’une faveur remarquable qu’il avait reçue d’elle, décréta qu’elles seraient récitées lors des principales fêtes de la Vierge. D’autres pontifes les enrichirent de nombreuses indulgences. Pie VII a étendu cette indulgence à 300 jours chaque fois qu’elles sont récitées, applicable aux âmes du Purgatoire. Dans les litanies, nous lisons les mots : Marie, secours des chrétiens, Auxilium christianorum. Saint Pie V, après une victoire remportée par les chrétiens contre les Turcs par l’intercession de Marie, fut le premier à ajouter cette invocation dans les litanies en 1771. Le glorieux Pie VII, reconnaissant à Marie d’avoir procuré son rétablissement sur le siège pontifical et d’avoir rendu la paix à l’Église après une série d’événements malheureux, en signe de gratitude envers la grande Reine du ciel, institua en 1815 en son honneur la fête appelée Marie, secours des chrétiens. Cette fête est célébrée le 24 mai. Invoquons l’aide de Marie en récitant fréquemment ses litanies.

 

Oraison jaculatoire.

Au milieu des périls

De la mer de la vie,

Marie, aide-moi,

Guide-moi au ciel.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Dixième jour. Valeur du temps

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Les biens accordés par Dieu aux chrétiens sont grands, mais Dieu a fixé un temps à l’homme pour qu’il puisse en user. Ce nombre d’années, de mois, de semaines, de jours, d’heures, de minutes qui s’écoulent entre la naissance et la mort, c’est le temps que Dieu a mis en notre pouvoir pour que nous profitions de ses bienfaits et sauvions notre âme.

Ce temps est un trésor précieux. Un philosophe païen, nommé Sénèque, disait qu’il n’y a rien de plus précieux que le temps : nullum temporis pretium. Ce philosophe disait cela parce que l’homme, en employant bien son temps, peut acquérir la science, les honneurs, les richesses. Mais nous, chrétiens, nous estimons le temps pour des raisons très importantes. Nous disons que le temps est précieux, car selon saint Bernardin de Sienne, en un moment bien employé, l’homme peut gagner le bonheur éternel. C’est pourquoi un moment vaut autant que Dieu : tantum valet tempus, quantum Deus. Tempore enim bene consumpto comparatur Deus.

Mais nous devons bien garder à l’esprit que ce n’est que dans cette vie que nous pouvons profiter du temps. En enfer, il n’y a que l’éternité. Les damnés pleurent amèrement le temps passé en disant : « Oh si daretur hora ! Si seulement on nous donnait un seul instant pour remettre de l’ordre dans notre âme ! » Mais cet instant ne leur sera jamais accordé. Au ciel, on ne pleure pas, mais si les bienheureux pouvaient pleurer, ils pleureraient seulement le temps perdu dans cette vie, où ils auraient pu acquérir plus de mérites pour le Paradis. Les saints connaissaient cette grande vérité et c’est pourquoi ils s’efforçaient de l’utiliser au mieux. Saint Alphonse de Liguori, étant en quelque sorte contraint d’occuper saintement son temps, fit le vœu de ne jamais perdre un instant de sa vie, et il jouit maintenant de la récompense d’un temps bien employé par une éternité de gloire.

  1. Mais quoi ? s’écrie saint Bernard, il n’y a rien de plus précieux que le temps, et il n’y a rien de plus méprisé. Nihil pretiosius tempore, sed nihil vilius æstimatur. Tu verras ce joueur perdre son temps dans des jeux et y passer ses jours et ses nuits ; si tu lui demandes : que fais-tu ? il répond : nous passons le temps. Ô fou que tu es, ne vois-tu pas qu’en perdant ton temps, ce n’est pas toi qui joues, mais le démon qui joue ton salut éternel ? Tu verras cet autre vagabond passer des heures entières au milieu d’une rue à regarder passer les gens, à parler de choses inutiles et parfois obscènes ; si tu lui demandes : « Que fais-tu ? », il répondra : « Je passe le temps ». Pauvres aveugles ! Ils perdent tant de jours, et des jours qui ne reviennent plus. Ô temps méprisé, tu seras la chose la plus désirée par les mondains à l’heure de leur mort. Ils désireront avoir le temps de mettre de l’ordre dans leur âme, mais Dieu leur répondra : tempus non erit amplius. C’est pourquoi Dieu nous exhorte à nous souvenir de lui et à obtenir sa grâce avant que la lumière de nos jours ne s’éteigne. Memento creatoris tui, antequam tenebrescat sol et lumen (Eccl 12, 2). Quelle peine pour le pèlerin qui se rend compte qu’il s’est égaré quand la nuit est déjà tombée et qu’il n’y a plus de temps pour y remédier ! Telle sera la peine de celui qui se trouve à l’agonie et qui n’aura pas passé son temps à servir Dieu. Ô frère, suivons le conseil que nous donne le Sauveur et commençons à marcher sur le chemin du Ciel tant que nous avons la lumière, car cette lumière se perd dans la mort. Ambulate, dum lucem habetis.
  2. Si l’un d’entre nous apprenait que sa vie et ses biens allaient bientôt être jugés, il se hâterait certainement de trouver un bon avocat pour défendre sa cause, en utilisant tous les moyens pour obtenir un jugement favorable ! Et nous, que faisons-nous ? Nous savons certainement que bientôt, et cela peut être à tout moment, il faudra traiter l’affaire de notre salut éternel, et nous perdons notre temps. Certains diront : mais je suis jeune, je me donnerai à Dieu plus tard. Sache, réponds-je, que l’enfer est plein de ceux qui désiraient se donner plus tard au Seigneur. Jésus-Christ a maudit le figuier qu’il a trouvé sans fruit, même si ce n’était pas la saison des fruits. Non enim erat tempus ficorum (Mc 11, 13). Par quoi, Jésus-Christ a voulu nous signifier que l’homme doit, à tout moment, même dans sa jeunesse, porter des fruits de bonnes œuvres, sinon il sera maudit et ne portera plus de fruits à l’avenir. Iam non amplius in æternum ex te fructum quisquam manducet. C’est ce que le Rédempteur a dit à cet arbre, et c’est ainsi qu’il maudit ceux qui, appelés par lui, ne répondent pas.

Un autre dira : mais moi, qu’est-ce que je fais de mal ? Mon Dieu, n’est-ce pas mal de perdre son temps en jeux, en conversations inutiles qui ne profitent en rien à l’âme ? Dieu nous donne-t-il ce temps pour que nous le perdions ainsi ? Quel mal faisaient ces ouvriers qui se tenaient sur la place sans rien faire parce que personne ne leur donnait du travail ? Pourtant, ils ont été réprimandés par le maître de la vigne avec ces mots : « Pourquoi restez-vous ici toute la journée à ne rien faire ? » (Mt, chap. 20). Le Sauveur ne dit-il pas qu’à la fin de notre vie, il nous demandera compte de chaque parole oiseuse, de omni verbo otioso ; qu’il nous demandera compte de chaque instant de notre vie usque ad ultimum quadrantem ? Écoute donc ce que Dieu nous dit : si nous avons mal occupé le temps passé, redimamus tempus et horas, efforçons-nous de réparer le temps et les heures perdues. Et nous réparerons le temps et les heures perdues si nous faisons à l’avenir ce que nous avons négligé dans le passé. Tempus redimes, dit saint Anselme, si quæ facere neglexisti facis.

Faites, ô mon Dieu, que je me repente du temps perdu, et que j’emploie le temps que vous m’accorderez de vivre à faire de bonnes œuvres et à pleurer mes péchés.

 

Exemples

Les saints comprenaient la valeur du temps, et c’est pourquoi ils travaillaient jour et nuit pour l’occuper à la plus grande gloire de Dieu. Saint Bernard disait : tout le temps que tu passes sans penser au Seigneur, pense que tu l’as perdu. Saint Laurent Justinien disait qu’un mondain donnerait à l’heure de sa mort ses richesses, ses honneurs et tous ses plaisirs pour un instant de vie. Saint François Borgia, entendant d’autres personnes passer leur temps à parler des choses du monde, se tournait vers Dieu avec une sainte affection. Mais lorsqu’on lui demandait son avis sur ce qui avait été dit, il ne savait plus quoi répondre. Après avoir été réprimandé, il répondit : « Je préfère être considéré comme un esprit grossier que de perdre mon temps, malo rudis vocari, quam temporis facturam pati. » Une religieuse, décédée en odeur de sainteté, apparut à une de ses compagnes et lui dit : « Je serais heureuse de souffrir la douloureuse infirmité dont j’ai souffert à l’heure de ma mort jusqu’au jour du jugement dernier pour acquérir la gloire qui correspond au mérite d’un seul Ave Maria.

 

Oraison jaculatoire

Marie, donnez-moi

Une âme pure

Montrez-moi du ciel

Le chemin sûr.

 

Faites que toute action

De ma vie

Soit toujours agréable

Aux yeux de Dieu.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Onzième jour. Présence de Dieu

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Dieu est au ciel, sur la terre, en tout lieu. Dieu sait tout, voit tout, est présent à tout. Dieu est à ta droite, Dieu est à ta gauche, Dieu est au-dessus de toi, Dieu est en toi. En Dieu nous vivons, dit l’Apôtre, en Dieu nous bougeons, et en Dieu nous avons notre existence. Va où tu veux, tu seras toujours en présence de Dieu. Le prophète David disait : si je monte au ciel, tu y es, ô mon Dieu ; si je descends aux enfers, je t’y trouve ; si je prends des ailes comme un oiseau et que je vole au-delà des mers les plus lointaines, là aussi ta main me soutient et me retient. Après quoi, le prophète David, inspiré par Dieu, parle ainsi : les ténèbres me cacheront-elles de ta face ? L’obscurité de la nuit me cachera-t-elle de ta présence, afin que je puisse me livrer aux plaisirs ? Mais non, car les ténèbres n’ont pas d’obscurité devant toi, et la nuit brille comme le midi. Tenebræ non obscurabuntur a te ; et nox sicut dies illuminabitur.
  2. Dieu nous voit ; il voit toutes nos actions passées, il voit ce que nous faisons dans le présent, il voit ce que nous faisons en actes, en paroles et en pensées, même dans les lieux les plus obscurs et les plus secrets. Rien ne peut lui être caché. Humilia respicit in cælo et in terra. Prenons courage pour faire le bien, car la plus petite action de notre vie est manifeste aux yeux de Dieu. Les hommes oublient souvent ce que nous faisons pour eux ; Dieu n’agit pas ainsi. Il voit un verre d’eau fraîche donné en son honneur et pour sa gloire, et il en prépare la récompense. Prenons donc courage, car Dieu voit et prépare la récompense de ce que nous faisons pour Lui.
  3. Mais si Dieu veille sur nos bonnes actions pour les récompenser, il veille également sur nos mauvaises actions pour les punir. C’est pourquoi, chaque fois que nous sommes tentés par des objets dangereux qui nous poussent à commettre des actions indignes, à dire des paroles mauvaises, à nourrir des pensées perverses, disons immédiatement avec le patriarche Joseph : comment puis-je faire un tel mal en présence de mon Dieu ? Garde-toi bien de ceux qui disent : Dieu ne voit pas, Dieu n’entend pas, Dieu ne connaît pas telle ou telle action. Non est Deus in conspectu eius (Ps 9). Ceux qui parlent ainsi te trompent. Dieu voit tout et prépare une récompense et un châtiment pour nos actions ; il voit tout, et chaque action, même la plus infime de notre vie sera portée devant son tribunal divin. Arrête-toi un instant et réfléchis… Tu ne peux pas dire un mot, tu ne peux pas faire un pas, bouger une main, ouvrir un œil sans que Dieu te voie, et plus encore, sans que Dieu te donne la force d’agir. Voyez donc, ô chrétiens, ce que vous faites quand vous péchez ! Vous offensez un Dieu qui vous voit, un Dieu qui vous conserve la vie, un Dieu qui peut vous faire mourir à l’instant même ; un Dieu qui vous jugera et qui peut vous faire tomber à l’instant même, âme et corps, en enfer. Ô bonté de mon Dieu ! Vous êtes toujours à mes côtés pour me favoriser, et moi, ingrat, j’ai vécu en vous oubliant complètement. Faites qu’à l’avenir, je ne pense plus qu’à vous, à vous servir, à vous aimer, mon Bien Suprême, dans la vie présente, pour venir un jour jouir éternellement de vous au Paradis.

 

Exemple

Lorsque Dieu appela le patriarche Abraham au milieu de l’idolâtrie et l’envoya vers la terre de Canaan, il lui donna pour seul souvenir la présence de Dieu : « Marche en ma présence et tu seras parfait ; ambula coram me, et esto perfectus », signifiant par là que la pensée de la présence de Dieu suffit à nous libérer du péché, où que nous soyons et quel que soit le danger dans lequel nous nous trouvons.

Le grand Tobie, parmi les enseignements qu’il donnait à son fils, en donnait un qui était celui-ci : mon fils, tous les jours de ta vie, garde toujours ton Dieu dans ton cœur. Omnibus diebus vitae tuae in mente habeto Deum. Sainte Thaïs marchait sur le chemin de l’iniquité. Elle rencontra S. Paphnuce qui lui dit : « Dieu te voit, oserais-tu pécher en sa présence ? » Cette pensée suffit à l’arrêter dans son mauvais chemin, elle se donna à Dieu et, toujours accompagnée de la pensée de la présence de Dieu, elle devint une grande sainte. Sainte Thérèse disait que tout le mal vient de ne pas réfléchir que Dieu est présent.

 

Oraison jaculatoire

À la pensée de Dieu présent

Fais que les lèvres, le cœur, l’esprit

Suivent le chemin de la vertu,

Ô grande Vierge Marie.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Douzième jour. Fin de l’homme

 

Deus in adiutorium etc.

  1. Toutes les choses qui existent dans le ciel et sur la terre ont été faites pour servir l’homme. Omnia subiecisti sub pedibus eius. Mais toi, ô homme, dans quel but Dieu t’a-t-il créé ? Tu me réponds : j’ai été créé par Dieu afin de le connaître, de l’aimer, de le servir dans cette vie, et par ce moyen, d’aller un jour jouir de sa présence au Paradis. Belle réponse ! Tu es donc né pour connaître Dieu ; c’est pourquoi tu dois employer toutes les forces de ton âme, toutes les sollicitudes de ton corps pour connaître ce Créateur bienfaisant. Toute la science des hommes n’est rien sans la science de Dieu. Vani sunt omnes homines quibus non subest scientia Dei. Si tu possèdes la science de tous les philosophes anciens et modernes ; si tu connais tous les secrets de la nature ; si tu avais même la science des chérubins, des séraphins et de tous les anges du ciel, mais qu’avec toutes ces connaissances, tu n’avais pas la science de Dieu, cela ne te servirait à rien, dit saint Paul : nihil prodest. Mais hélas, combien de temps ai-je perdu à apprendre des choses inutiles, à écouter, à lire, à étudier des choses dangereuses, parfois peccamineuses, contraires à la loi du même Dieu ! Si, dans le passé, tu as négligé la science des choses de Dieu, si tu ne veux pas trahir ton but, sois plus diligent à l’avenir, cherche à faire de bonnes lectures, à fréquenter de bonnes compagnies, à être plus assidu aux sermons, aux explications de l’Évangile, aux catéchismes. Si quelqu’un t’invite à prendre part à des choses inutiles ou nuisibles au bien de l’âme, réponds aussitôt : Dieu m’a créé pour le connaître, et je dois faire tous les efforts pour acquérir cette connaissance de Lui. Tout est folie dans le monde sans la science des choses de Dieu : Sapientia huius mundi, stultitia est apud Deum.
  2. Tu as été créé pour connaître Dieu, tu as été créé pour aimer Dieu. Aime tous les objets de la terre, mais tu trouveras toujours un vide dans ton cœur si tu n’aimes pas Dieu. Lui seul peut nous satisfaire dans la vie présente et dans la vie future. Bien que le précepte de l’amour de Dieu soit naturel à l’homme, Dieu a néanmoins voulu qu’il soit inscrit dans l’Évangile : tu aimeras le Seigneur ton Dieu, diliges Dominum Deum tuum. Si tu avais deux cœurs, ou si tu pouvais diviser en deux ce que tu as, tu pourrais en employer une partie pour aimer Dieu, et l’autre pour aimer le monde. Mais non, dit Dieu, tu aimeras ton Seigneur Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, ex tota anima tua, ex tota mente tua.

Ô chrétien ! Qu’as-tu aimé dans le passé ? Ne seras-tu pas contraint de dire, comme le fils prodigue, que tu as dilapidé tes biens spirituels et temporels en menant une vie luxurieuse ? N’as-tu pas consacré ton cœur et ton âme à l’amour des créatures, des richesses, des honneurs et de certains plaisirs illicites ? Si, par malheur, nous avons été parmi ces malheureux, ne le soyons plus à l’avenir. Aimons ce Dieu, aimons-le parce qu’il a été le premier à nous aimer. Il nous a créés, il nous a préservés, il nous a fait tant de bienfaits, aimons-le parce qu’il nous conserve la vie et nous donne tout ce dont nous avons besoin. Aimons-le pour les grands biens qu’il nous a préparés par sa passion et par sa mort dans la vie présente et bien plus encore dans la vie future. Aimons-le parce que lui seul, au ciel et sur la terre, est digne d’être aimé par-dessus tout et servi fidèlement.

  1. Dieu nous a créés pour le servir. Grande vérité ! Tu aimeras ton Dieu et tu le serviras lui seul : diliges Dominum Deum tuum, et illi soli servies. Ce mot « servir » signifie faire ce qui lui plaît et fuir tout ce qui peut lui déplaire. Le service de Dieu consiste donc dans l’observation stricte des commandements de Dieu et de l’Église. Ce culte, ce service suprême et absolu, Dieu veut qu’il lui soit rendu à lui seul : illi soli servies. C’est pourquoi beaucoup de chrétiens se trompent dans l’application de ces vérités. Si nous leur demandons : à quoi servent vos grandes préoccupations ? la plupart répondent : je travaille pour avoir un bon emploi. D’autres disent : nous essayons d’acheter un champ, une vigne, un pré, une ferme. D’autres disent : « J’étudie pour tirer profit de cet argent, pour gagner ce procès, pour faire un bon gain, pour obtenir cet honneur, ces plaisirs. » Oh, insensés que vous êtes ! Vous vous trompez. Si vous aviez été créés pour ces choses, je vous dirais : aimez-les, recherchez-les, faites-en l’objet de vos soucis. Mais nous, ô chrétiens, nous avons été créés pour servir Dieu et nul autre. Si nous avons suivi une autre voie dans le passé, nous avons fait erreur. Ouvrons donc les yeux tant qu’il en est encore temps, demandons au Seigneur d’avoir pitié du triste service que nous lui avons rendu dans notre vie passée, et promettons-lui de mieux le servir à l’avenir. Faisons comme le voyageur qui, s’apercevant qu’il s’est égaré, revient sur ses pas et reprend le chemin qui le mènera sûrement au lieu où il avait prévu d’aller. Mais rappelons-nous que servir Dieu dans cette vie est le seul moyen de jouir un jour de sa présence dans la patrie céleste. Que la Vierge Marie, qui a consacré chaque instant de sa vie au service du Seigneur, nous obtienne de pouvoir au moins consacrer à Dieu le temps que, dans son infinie bonté, il daignera nous laisser en vie. Qu’il nous obtienne de Jésus, son divin Fils, la grâce de pouvoir connaître, aimer et servir Dieu dans cette vie, et d’aller ensuite jouir éternellement de sa présence au ciel.

 

Exemples

Un ministre de François Ier, roi de France, s’était consacré à servir fidèlement son roi tout au long de sa vie. Mais, comme beaucoup d’hommes dans le monde, il pensait peu à la chose la plus importante, son âme. Arrivé à l’heure de sa mort, il exprimait ses remords en ces termes : « Malheureux que je suis ! J’ai consommé tant de papier pour écrire des lettres pour mon souverain, et je n’ai pas dépensé une seule feuille pour écrire mes péchés et faire une bonne confession. » N’attendons pas l’heure de notre mort pour mettre de l’ordre dans notre conscience.

Saint Dosithée appartenait à une famille riche et noble ; ses parents s’étaient beaucoup occupés de lui donner une éducation mondaine, l’élevant dans le luxe et les douceurs, mais ils se souciaient peu des vérités de la religion chrétienne. La divine providence fit en sorte que le jeune noble parte en voyage en Palestine pour se divertir ; et parmi d’autres lieux, il alla visiter le jardin de Gethsémani où le divin Sauveur avait sué du sang. Là, il vit un tableau représentant les peines de l’enfer. À cette vue, Dosithée fut horrifié et, réfléchissant que le mode de vie qu’il avait mené jusqu’alors l’aurait sans doute conduit à la perdition éternelle, il résolut d’abandonner ses parents, ses amis, ses richesses, ses honneurs et ses plaisirs mondains pour se donner tout entier à Dieu et assurer le salut de son âme. À cette fin, il se rendit dans un monastère et demanda instamment à y être reçu. À la vue d’un jeune homme délicat et noblement vêtu, l’abbé hésita à l’accueillir, craignant qu’il ne s’agisse d’un élan passager. Il lui soumit de nombreuses difficultés sur l’austérité de la vie qu’il devrait mener, mais le jeune homme, qui voulait à tout prix sauver son âme, ne répondait que : « Je veux sauver mon âme ». À cette réponse franche et répétée, l’abbé l’accueillit dans le monastère. Là, dans l’oubli du monde, Dosithée passa sa vie dans la pénitence et la vertu, et mourut en saint.

 

Oraison jaculatoire

Dans quel but ai-je été créé ?

Fais-le-moi savoir, mon Seigneur,

Fais-moi éviter le chemin

Qui mène à l’horreur éternelle.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Treizième jour. Le salut de l’âme

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Suspens un instant, ô chrétien, tes occupations, et viens avec moi écouter ce que Jésus-Christ nous dit. Il nous parle ainsi : pourquoi vous occupez-vous de tant de choses dans le monde ? Une seule chose est nécessaire, et c’est le salut de l’âme. Unum est necessarium. Si vous sauvez cette âme, tout est sauvé pour vous ; mais si vous la perdez, tout est perdu. Vous pouvez acquérir des richesses, des emplois, des honneurs, la gloire ; vous pouvez paraître très savants aux yeux du monde ; être considérés comme les plus vaillants, les plus instruits de vos voisins, de votre pays, du monde entier ; mais votre âme est le trésor le plus précieux du monde : anima humana est toto mundo pretiosior (s. Jean Chrys.). Rien ne peut se comparer à la valeur de l’âme. Que pourras-tu donner, dit Jésus-Christ, qui puisse compenser ton âme ? Quam dabit homo commutationem pro anima sua ? (Mt 16). À quoi cela te sert-il, ô homme, de gagner le monde entier, si ce gain nuit à ton âme ? Quid prodest homini, si mundum universum lucretur, animæ vero suæ detrimentum patiatur ?
  2. Ô chrétien ! Crois-tu cette grande vérité ? Si tu y crois, pourquoi n’y penses-tu pas ? Si tu y penses, pourquoi n’abandonnes-tu pas le péché ? Pourquoi ne mets-tu pas rapidement ton âme en grâce auprès de Dieu par une bonne confession ? Si nous avions deux âmes, certains pourraient dire : je veux jouir des plaisirs de la terre, et ainsi en perdre une ; et je sauverai ensuite celle qui me reste. Mais nous n’avons qu’une seule âme. C’est pourquoi Jésus-Christ nous dit que le salut de l’âme est la chose la plus nécessaire dans ce monde. Unum est necessarium. Ô Seigneur, disait le prophète David, je ne te demande qu’une seule chose : de sauver mon âme : unam petii, hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini (Ps. 26,4). C’est pourquoi l’apôtre saint Paul avertissait les chrétiens de la ville de Philippes d’assurer avec crainte et tremblement le salut de leur âme : cum metu et tremore salutem vestram operamini (Phil. chap. 2). Saint François-Xavier disait qu’il n’y a qu’un seul bien et un seul mal dans le monde : le seul bien est de se sauver, le seul mal est d’être damné. Sainte Thérèse répétait souvent à ses compagnes : « Mes sœurs, une âme, une éternité. » Elle voulait dire : une âme, si elle est perdue, tout est perdu, et pour l’éternité.
  3. Le salut de l’âme est une affaire importante, elle est unique ; mais elle est irréparable, c’est-à-dire que si l’on se trompe une fois, c’est pour toujours. Si l’on perd un procès, on peut faire appel devant un autre tribunal, ou essayer d’en gagner un autre ; si l’on perd la santé, on espère la retrouver grâce aux soins des médecins ; si l’on rompt un contrat, on essaie d’en conclure un autre ; si la grêle détruit la récolte de cette année, on espère une meilleure récolte l’année suivante ; mais si, par malheur, on se trompe sur le salut de l’âme, tout est perdu pour toujours : periisse semel æternum est. Réfléchis, ô chrétien, si la mort te frappait en cet instant, qu’adviendrait-il de ton âme ? Si tu as la conscience tranquille, remercie Dieu et fais tous les efforts pour te maintenir dans cet état. Mais si tu as des scandales à réparer, des biens à restituer, des habitudes à abandonner, des confessions douteuses ou sacrilèges, ah ! pour l’amour de Dieu, ne tarde pas ! Car si la mort te surprend dans cet état, tu manqueras l’affaire la plus importante, tu manqueras l’affaire unique, tu manqueras l’affaire irréparable, car une fois perdue, l’âme est perdue pour toujours.

 

Exemples

Saint François-Xavier était à Paris, absorbé dans ses pensées, quand il entendit saint Ignace lui dire : « À quoi sert à l’homme de gagner le monde entier s’il perd son âme ? » Saint François-Xavier écoutait en silence, et saint Ignace ajouta : « Réfléchis, François, le monde est un traître. Il promet et ne tient pas ses promesses. Mais même s’il tenait ses promesses, il ne pourrait jamais satisfaire ton cœur. Et même s’il te satisfaisait, combien de temps durerait ton bonheur ? Pourrait-il durer plus longtemps que ta vie ? Et enfin, que porterais-tu dans l’éternité ? Y a-t-il un riche qui ait emporté avec lui une pièce de monnaie ou un serviteur pour son confort dans l’autre vie ? À ces mots, saint François quitta le monde, profondément pénétré de la pensée de sauver son âme, et se mit à suivre Jésus-Christ, devenant un grand saint.

Benoît XII fut sollicité par un prince pour une faveur qu’il ne pouvait lui accorder sans pécher. Le pape répondit à l’ambassadeur : dites à votre souverain que si j’avais deux âmes, je pourrais en perdre une pour lui et garder l’autre pour moi ; mais comme je n’en ai qu’une, je ne peux ni ne veux la perdre. Si, à l’avenir, nous sommes également tentés de commettre un péché, répondons à ceux qui nous incitent au mal : si j’avais deux âmes, je voudrais en perdre une et commettre ce péché ; mais je n’ai qu’une seule âme et je veux la sauver à tout prix.

 

Oraison jaculatoire

Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur, mon âme, mon esprit et ma vie.

Jésus, Marie, Joseph, assistez-moi dans ma dernière agonie.

Jésus, Marie, Joseph, faites que je meure en votre sainte compagnie[5].

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Quatorzième jour. Le péché

 

Deus, in adiutoriam etc.

  1. Avant de considérer ce qu’est le péché, porte ton regard sur un crucifix, puis réfléchis ainsi dans ton cœur : le péché est un fait, un désir, une parole contre la sainte loi de Dieu. Quand je commets un péché, je tourne le dos à Dieu créateur, à ce Dieu de bonté qui m’a comblé de tant de bienfaits, et je méprise sa grâce et son amitié. Celui qui pèche dit par ses actes au Seigneur : « Allez loin de moi, ô Dieu, je ne veux plus vous obéir, je ne veux plus vous servir, je ne veux plus vous reconnaître comme mon Dieu, non serviam. » Le Seigneur dit sur la croix : « Pas de vengeance » ; et l’homme répond : « Et moi, je veux me venger. » Dieu dit : « Ne prends pas le bien d’autrui » ; et l’homme répond : « Et moi, je veux le prendre. » Dieu dit : « Prive-toi de ce plaisir malhonnête » ; l’homme répond : « Je ne veux pas m’en priver ». Dieu dit : « Sanctifie les jours fériés » ; l’homme répond : « Et moi, je veux les profaner » ; et en disant cela, il abandonne Dieu, la bonté suprême, pour se livrer aux créatures et satisfaire ce corps misérable.
  2. Mais qui est Dieu, contre qui tu veux te révolter ? C’est lui qui t’a donné la vie, qui te la conserve et qui peut te l’ôter à tout moment. Dieu est ce grand bienfaiteur qui t’a donné tout ce que tu as dans la vie présente. La santé, les biens temporels, la mémoire, la langue, les yeux, les oreilles, les pieds, les mains, tout t’a été donné par lui, et tu as utilisé ces dons pour l’offenser. De plus, ce même Dieu que tu méprises est ton Sauveur, qui, pour sauver ton âme, a souffert une mort des plus douloureuses, a versé tout son sang sur la croix et, après tout cela, t’a préparé le bonheur éternel. Et qui es-tu, ô chrétien, pour te rebeller contre ton Créateur ? Tu es une créature misérable, qui ne peut rien, un aveugle qui ne voit rien, un pauvre qui ne possède rien. Miser et pauper et cæcus et nudus (Apoc. 3). Et toi, créature misérable, tu oses irriter ton Dieu, devant lequel tremblent le ciel, l’enfer et la terre ? Vilis pulvisculus tam terribilem maiestatem audet irritare ? (Saint Bernard).
  3. Tandis que tu considères la majesté de ton Dieu, que tu offenses, et ta propre vilenie, je te prie de réfléchir sérieusement avec moi. Ce Dieu étant ton maître, il peut en un instant te priver de tous les biens qu’il t’a donnés, il peut te priver de la santé, de la vie, et te précipiter dans les peines éternelles de l’enfer. Il est vrai que Dieu est infiniment bon, mais étant juste, il ne peut s’empêcher d’être indigné lorsque tu l’offenses. C’est pourquoi, lorsque tu pèches, tu as des raisons de craindre que tes péchés atteignent un nombre tel qu’ils mettent fin au nombre que Dieu a établi. In plenitudine peccatorum puniet. Ce n’est pas que la miséricorde de Dieu fasse défaut, mais que tu manques de temps pour demander pardon, que tu manques de volonté, que tu manques de cette grâce spéciale que ne mérite plus celui qui abuse de la miséricorde divine pour l’offenser. C’est pourquoi tu dois craindre à juste titre qu’un autre péché mortel ne te frappe de la colère divine et ne te condamne éternellement.

Mon Dieu, j’ai assez offensé, je veux passer le reste de ma vie à vous aimer et à pleurer mes péchés. Je me repens de tout mon cœur, mon Jésus ; je veux vous aimer, donnez-moi la force. Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, aidez-moi. Ainsi soit-il.

 

Exemples

Si Dieu punissait immédiatement ceux qui commettent un péché, il ne serait certainement pas aussi déshonoré que nous le voyons malheureusement chaque jour. Mais bien qu’il diffère dans l’application de la plénitude des châtiments, il nous a néanmoins laissé des exemples terribles pour nous faire savoir comment, même dans la vie présente, il punit ceux qui outragent sa sainte loi. Lucifer était le plus bel ange du paradis. Il commet un péché d’orgueil en voulant être semblable à Dieu ; et pour ce péché, il est chassé du paradis avec une nombreuse troupe de compagnons, et ils sont condamnés aux peines éternelles de l’enfer.

Adam et Ève commettent un péché de désobéissance dans le paradis terrestre et sont aussitôt chassés de ce lieu de délices, condamnés avec leur postérité aux peines très graves dans l’âme et dans le corps, auxquelles nous sommes malheureusement encore soumis.

Le genre humain s’étant multiplié, les vices se multiplient. Dieu envoie un déluge qui recouvre toute la surface de la terre et fait périr tous les hommes et tous les animaux, à l’exception de ceux qu’il a fait entrer dans l’arche.

Les habitants de Sodome, de Gomorrhe et d’autres villes voisines se livrent au péché de débauche. Dieu envoie une pluie de feu qui incendie les maisons, réduit les habitants en cendres et ouvre des gouffres qui engloutissent tout, laissant apparaître un lieu que nous appelons Lac de l’Asphalte ou Mer Morte.

Les Juifs pèchent, et en punition de leur iniquité, plusieurs millions périssent dans le désert. Toute la nation juive retombe dans le péché, elle est maintenant réduite en esclavage, opprimée par d’autres fléaux, et finit par être entièrement dispersée, sans roi, sans prince, sans sacerdoce, sans ville où se rassembler et former un corps national.

Judas Iscariote trahit le divin Maître et va se pendre. Ananie et Saphire mentent à saint Pierre et tombent tous deux morts sur le coup. Si Dieu a tant de fois puni les péchés dans la vie présente, combien sera grand, effrayant et terrible le châtiment réservé dans l’éternité !

 

Oraison jaculatoire

Du péché qui enchaîne l’homme

Aux plaisirs fallacieux ici-bas

Libère l’âme, ô Marie, et que toujours

Elle cherche ton fils Jésus.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Quinzième jour. La mort

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Avant de réfléchir à ce qu’est la mort, venez avec moi en pensée autour du lit d’un mourant, et en sa présence, lisons le décret que Dieu fait entendre à tous les hommes par la bouche de l’apôtre saint Paul : statutum est omnibus hominibus semel mori. Il est établi que tous les hommes doivent mourir une fois. Tous ceux qui ont vécu depuis le commencement du monde jusqu’à présent ont dû se soumettre à ce décret. Il n’y a ni science, ni puissance, ni santé, ni robustesse qui puissent résister à la mort. On résiste au fer, au feu, à l’eau, mais qui peut résister à la mort ? Resistitur ignibus, undis, ferro, regibus, morti autem quis resistit ? Allons chercher parmi les nombreux rois, monarques et empereurs qui ont vécu dans le passé, ceux qui existent encore ; tous ont changé de pays et sont partis pour l’éternité. Il ne reste d’eux que quelques inscriptions sur leur tombe, et si nous ouvrons leurs sépultures, nous ne voyons plus qu’une poignée de cendres, qui sera bientôt dispersée avec la poussière de la terre. Dic mihi, ubi sunt amatores mundi ? dit saint Bernard. Dis-moi où sont les amoureux du monde ? Le même saint répond : nihil ex eis remansit, nisi cineres et vermes. Il ne reste d’eux que de la cendre et des vers. Si seulement nous connaissions le lieu et l’heure de notre mort ! Mais non, dit le Sauveur, elle viendra quand nous nous y attendrons le moins. La mort peut me surprendre dans mon lit, au travail, sur la route ou ailleurs. Une maladie, une fièvre, un accident, quelque chose qui me tombe dessus, le coup d’un assassin, un coup de foudre, sont autant de choses qui peuvent m’ôter la vie. Cela peut arriver d’ici un an, d’ici un mois, d’ici une semaine, d’ici un jour, d’ici une heure, et peut-être même dès que nous aurons fini de lire cette réflexion. Chrétien, si la mort nous frappait en ce moment, qu’adviendrait-il de ton âme ? Qu’adviendrait-il de mon âme ? Malheur à nous si nous ne nous y préparons pas ; celui qui n’est pas prêt aujourd’hui à bien mourir court un grave danger de mal mourir.
  2. Pouvons-nous nous bercer d’illusions en pensant que la mort ne viendra pas pour nous ? Personne n’a jamais été assez fou pour se croire exempt de la mort. Le décret de la mort est pour tous. L’heure de notre mort viendra, elle est certaine. Ce jour viendra, ce soir viendra où nous nous retrouverons nous aussi allongés sur un lit. Si Dieu nous accorde une telle faveur, nous aurons un prêtre qui tiendra d’une main le Crucifix et de l’autre une bougie allumée, recommandant notre âme au Seigneur. Nos parents et nos amis les plus fidèles nous entoureront en pleurant. Oh, si tu pouvais réfléchir maintenant aux pensées qui te traverseront l’esprit à ce dernier instant de ta vie ! À présent, le démon, pour te pousser au péché, couvre et excuse tes fautes, mais à ta mort, il t’en révélera la gravité et te les mettra sous les yeux. Mais que faire à ce moment terrible où tu devras prendre le chemin vers l’éternité ?
  3. Moment terrible, dont dépend ton salut éternel ou ta damnation éternelle. Près de ta bouche qui se fermera pour la dernière fois, une bougie sera allumée, comme pour éclairer ton âme afin qu’elle entreprenne le chemin vers l’éternité. Deux fois, on tient une bougie allumée devant nous : lorsque nous sommes baptisés et au moment de la mort. La première fois, nous voyons les préceptes de la loi de Dieu ; la deuxième fois, nous saurons si nous les avons observés. C’est pourquoi, ô chrétien, à la lumière de cette bougie, tu verras si tu as aimé ton Dieu ou si tu l’as méprisé ; si tu as honoré son saint nom ou si tu l’as blasphémé ; tu verras le scandale que tu as causé, les biens que tu n’as pas rendus, l’honneur de ton prochain que tu n’as pas réparé, tu verras les confessions faites sans repentir et sans résolution…

Mais ô Dieu ! tu verras tout en un instant, lorsque la voie de l’éternité s’ouvrira à tes yeux. Un point, un moment, dont dépend une éternité de gloire ou de peine. Comprends-tu, ô chrétien, ce que je te dis ? Je veux dire que de cet instant dépend ton sort : aller pour toujours au Paradis ou pour toujours en enfer ; être toujours heureux ou toujours affligé ; être toujours enfant de Dieu ou toujours esclave du démon ; jouir pour toujours de la compagnie des anges et des saints au ciel ou gémir et brûler pour toujours avec les damnés en enfer. Ô mon Dieu, dès cet instant, je me convertis à vous ; je vous aime, je veux vous aimer et vous servir jusqu’à la mort. Très Sainte Vierge, ma mère miséricordieuse, aidez-moi en ce moment. Jésus, Marie, Joseph, faites que je meure en votre sainte compagnie.

 

Exemples

Saint Bernardin de Sienne raconte l’histoire d’un prince qui, se trouvant à l’agonie, dit, terrifié : « Voici, j’ai tant de terres et tant de palais dans ce monde, mais si je meurs cette nuit, je ne sais quelle chambre me sera réservée dans l’éternité. Saint Alphonse raconte qu’un roi de France, arrivé à la fin de sa vie, dit à ses amis : « Avec toute ma puissance, je ne peux obtenir que la mort retarde un instant sa venue. Le frère du grand serviteur de Dieu Thomas a Kempis avait invité un ami à visiter une maison qu’il avait fait construire avec beaucoup de luxe. Mais l’ami lui dit qu’il y avait un grand défaut. Lequel ? demanda-t-il. Le défaut, répondit-il, c’est la porte que vous avez fait construire. Comment, répliqua l’autre, un défaut dans la porte ? Oui, conclut l’ami, car par cette porte, vous devrez sortir un jour mort, et ainsi abandonner la maison et tous vos biens. À la mort, on abandonne tout ce qui est dans le monde, seules les bonnes œuvres nous accompagneront dans l’éternité.

 

Oraison jaculatoire.

Ô mère de Dieu

Ô rose mystique,

Accours, par pitié,

Au secours de mon esprit.

 

Ô sainte Marie,

À l’heure de la mort

Donne à mon âme

Ton puissant secours.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Seizième jour. Jugement particulier

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Nous devrons nous présenter deux fois devant le tribunal de Jésus-Christ : lors du jugement dernier, qui aura lieu à la fin du monde, et lors du jugement particulier après la mort. Tu dois tenir compte de trois choses lors du jugement particulier : la comparution, l’examen et le verdict. Les plus grands saints tremblaient tous à l’idée de devoir comparaître devant Dieu pour être jugés. Dès son dernier souffle, l’âme devra immédiatement comparaître devant le juge divin. La première chose qui rend terrible cette comparution est de se trouver seule devant Dieu qui va la juger. Que pourra emporter l’âme avec elle ? L’Apôtre nous le dit : elle emportera tout le bien et tout le mal qu’elle aura fait dans sa vie. Referet unusquisque prout gessit sive bonum sive malum. On ne peut trouver ni excuse, ni prétexte. Saint Augustin dit que nous aurons au-dessus de nous un juge courroucé, d’un côté les péchés qui nous accusent, de l’autre les démons prêts à exécuter la condamnation, à l’intérieur de notre conscience qui nous agite et nous tourmente, et en dessous un enfer qui est sur le point de nous engloutir. À ce moment-là, l’âme voudrait s’enfuir, mais la puissance de Dieu la retient : manifestari oportet. Heureux les chrétiens qui comparaîtront devant Dieu avec un bagage de bonnes œuvres !
  2. Avant de prononcer son jugement, le Sauveur examinera tout ce que nous avons fait dans notre vie. Il ouvrira les livres de notre conscience. Iudicium sedit, et libri aperti sunt. Dans ces livres, dans cette conscience, combien de choses seront révélées. « Aïe ! Qui es-tu ? » commencera-t-il à demander, « qui es-tu ? » « Chrétien », répondras-tu. Si tu es chrétien, je verrai si tu as observé ma loi. Puis il commencera à te rappeler les promesses faites lors du Saint Baptême, par lesquelles tu as renoncé au démon, au monde, à la chair ; il te rappellera les grâces accordées, les sacrements reçus, les sermons, les instructions, les corrections de tes parents ; tout sera exposé devant toi. Mais toi, dira le juge, malgré tant de dons, tant de grâces, combien tu as mal répondu à ta profession de chrétien. Dès que tu as commencé à me connaître, tu as aussitôt commencé à m’offenser. En grandissant, tu as accru ton mépris pour ma loi. Messes manquées, profanation des jours de fêtes d’obligation, blasphèmes, confessions mal faites, communions sans fruit et parfois sacrilèges, voilà ce que tu as fait au lieu de me servir. Le Divin Juge se tournera alors, plein de colère, vers le scandaleux et lui dira : vois-tu cette âme qui marche sur le chemin du péché ? C’est toi qui, par tes paroles, lui as insufflé la malice. Vois-tu cet autre qui est là-bas, en enfer ? C’est toi qui, par tes conseils perfides, me l’as enlevé, l’as livré au démon et as été la cause de sa perdition. Maintenant, que ton âme aille pour l’âme que tu as ruinée : repetam animam tuam pro anima illius. Tremble, ô chrétien, devant cet examen et commence dès maintenant à apaiser la colère du Juge suprême par une prompte réparation de tes péchés.
  3. Au moment du jugement sévère que le Juge divin demandera au pécheur, celui-ci cherchera peut-être un prétexte pour s’excuser et dira qu’il ne pensait pas devoir passer un examen aussi strict. Mais on lui répondra aussitôt : n’as-tu pas entendu ce sermon, n’as-tu pas lu dans ce livre que je te demanderai compte usque ad ictum oculi, jusqu’au dernier coup d’œil, usque ad ultimum quadrantem, jusqu’à la dernière minute de ta vie ? L’âme se recommandera à la miséricorde divine, mais il n’y a plus de miséricorde pour elle, car avec la mort, le temps de la miséricorde prend fin. Elle se recommandera aux anges, aux saints, à la Sainte Vierge ; et Elle répondra au nom de tous : « Tu demandes maintenant mon aide ? Tu ne m’as pas voulue pour mère dans la vie, moi non plus je ne veux pas de toi pour fils après la mort, je ne te connais plus. Nescio vos. Le pécheur, ne trouvant aucun échappatoire, effrayé par l’aspect menaçant du Juge, par l’enfer qu’il voit s’ouvrir sous ses pieds, s’écriera, plein de terreur : horrendum est incidere in manus Dei viventis, il est horrible de tomber entre les mains d’un Dieu qui juge. Au même instant, le Juge prononcera la sentence terrible en disant : « Tu es jugé par ta propre bouche, serviteur infidèle, ex ore tuo te iudico, serve nequam. Va loin de moi, mon Père céleste t’a maudit, et moi aussi je te maudis : va dans le feu éternel. Une fois ces mots prononcés, l’âme est abandonnée aux mains des démons, qui l’entraînent avec eux pour subir les tourments de l’enfer. Sentence terrible et effrayante !

Pour l’amour de Jésus et de Marie, préparez-vous par de bonnes œuvres à entendre un jugement favorable. Courage, le jugement prononcé contre le pécheur est effrayant, mais l’invitation que Jésus-Christ adressera au chrétien fidèle est une immense consolation. Viens, lui dira-t-il, viens prendre possession de la gloire que je t’ai préparée. Tu m’as servi, maintenant réjouis-toi éternellement : intra in gaudium Domini tui. Mon Jésus, accorde-moi la grâce de pouvoir me préparer par une vie sainte à ce moment terrible où je devrai me présenter devant votre tribunal divin. Très Sainte Vierge, aidez-moi, protégez-moi dans la vie et dans la mort, et surtout lorsque je me présenterai devant votre divin Fils pour être jugé.

 

Exemples

Le vénérable Ancina, évêque de Saluzzo, chaque fois qu’il entendait parler du jugement de Dieu, était saisi d’une grande frayeur. Un jour, en entendant chanter le Dies irae, il fut terrifié à l’idée du moment où son âme se présentera devant le tribunal de Dieu. Il décida alors d’abandonner le monde, ce qu’il fit effectivement, et il mena une vie telle qu’il mourut en odeur de sainteté.

Philippe Ier, roi d’Espagne, réprimandant un jour un domestique qui lui avait menti, lui dit simplement : « Tu me trompes ? ». Ce serviteur fut si sensible à cette réprimande qu’il rentra chez lui et mourut de chagrin. Que sera le chrétien lorsque Jésus-Christ lui dira : « C’est ainsi que tu as outragé ma loi » ?

 

Oraison jaculatoire.

Fais-moi passer, Sainte Vierge,

Dans la vie, par un tourment cruel,

Les épines, le fiel, la croix,

Tout ce qu’il me faut éprouver.

 

Mais au jour dernier

Quand Jésus, courroucé,

Viendra, je t’en prie,

Rends-le-moi propice.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Dix-septième jour. Le jugement dernier

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Comme un père de famille, à certaines époques de l’année, rassemble ses enfants pour voir qui mérite une récompense ou un châtiment, ainsi Dieu, Père de toute l’humanité, rassemblera un jour tous les hommes pour rendre publiquement un jugement de gloire éternelle aux justes et de supplice éternel aux méchants. Je rassemblerai, dit Dieu, toutes les nations dans la vallée de Josaphat, et je viendrai pour les juger publiquement. Congregabo omnes gentes in vallem Iosaphat et disceptabo cum eis. Avant que le Juge ne vienne, un feu descendra du ciel et brûlera la terre et tout ce qui s’y trouve. Terra et quæ in ipsa sunt opera exurentur (2 Pierre, chap. 3). Ainsi, les palais, les églises, les villas, les villes, les royaumes, tout deviendra un tas de cendres. Quand tous les hommes seront morts, on entendra un son de trompette qui retentira dans tous les coins de la terre, et tous les cadavres sortiront de leurs tombes en reprenant la forme qu’ils avaient auparavant. Canet enim tuba ; et mortui resurgent (1 Cor, chap. 15). Au son de cette trompette, les âmes bénies du ciel descendront pour s’unir à leurs corps, avec lesquels elles ont servi Dieu dans cette vie ; et les âmes malheureuses des damnés sortiront de l’enfer pour s’unir à ces corps, avec lesquels elles ont offensé Dieu. Quelle grande consolation ce sera pour l’âme du juste qui s’unit à son corps pour aller avec lui jouir de la gloire éternelle du ciel ! Quelle peine éprouvera l’âme du damné en se réunissant au corps avec lequel elle devra aller souffrir pour toujours les peines de l’enfer ! Cette pensée faisait trembler saint Jérôme. Chaque fois, dit-il, que je pense au jour du jugement, je tremble de tous mes membres, et il me semble entendre sans cesse cette trompette qui résonne à mes oreilles : surgite, mortui ; venite ad iudicium.
  2. Après que tous les hommes seront ressuscités et que les âmes seront réunies à leur corps, les anges envoyés par Dieu crieront de toutes parts : Peuples, peuples, écoutez la voix de Dieu, et rassemblez-vous dans la vallée du jugement, dans la vallée de Josaphat. Une fois ce grand rassemblement effectué, les anges sépareront les réprouvés des justes (Matthieu 13). Les justes resteront à droite et les damnés à gauche. Imaginons quel moment terrible ce sera pour les réprouvés de se voir séparés de tant d’amis, de tant de parents, qu’ils doivent abandonner et qu’ils ne reverront plus jamais. Puis, lorsque l’apparition du Juge sera imminente, tous les élus seront élevés dans les airs et iront à la rencontre du Seigneur (1 Thess 4). Entre-temps, les cieux s’ouvriront et tous les anges du ciel viendront assister au jugement, portant devant eux les signes de la passion (s. Thomas, op. 2°). Apparaîtra la Croix, puis les Apôtres et tous les saints qui les ont imités ; viendra la Reine de tous les saints et des anges, la Très Sainte Vierge Marie. Enfin viendra le Juge éternel, assis sur les nuées du ciel dans la splendeur de sa majesté (Mt, chap. 24). Quelle terreur surprendra les pécheurs en voyant apparaître le Fils de Dieu, qu’ils ont tant outragé et qui sera leur juge !
  3. Mais entre-temps, le Divin Juge est apparu, et tous ceux qui ont vécu depuis le premier jour du monde jusqu’à ce dernier jour attendent le grand jugement du Divin Juge. Alors, afin que chacun connaisse publiquement la raison de son salut ou de sa damnation, il rendra publics à tous les hommes les péchés les plus secrets et les plus honteux. Revelabo pudenda tua (Nahum. chap. 3). Les théologiens les plus réputés disent que les péchés des élus seront certes manifestes, mais à la manière de cicatrices glorieuses rapportées à la guerre en combattant l’ennemi ; selon les paroles du prophète David, qui a dit : Heureux ceux dont les iniquités ont été pardonnées et dont les péchés sont couverts. Au contraire, dit saint Basile, tous les péchés des réprouvés seront visibles par tous d’un seul coup d’œil. Mais se rassembler dans la vallée de Josaphat ce n’est encore rien, ce n’est rien la manifestation des péchés, ce n’est même pas grand-chose que l’apparition du Juge en comparaison du terrible jugement qu’Il prononcera. Il se tournera d’abord vers les élus et leur dira ces paroles consolantes : Venez, les bénis de mon Père céleste, venez, prenez possession du royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Il bénira aussi la très Sainte Vierge et l’invitera à venir avec lui au ciel. Alors, en chantant des hymnes de gloire au Christ Sauveur, les élus entreront triomphalement au Paradis pour posséder, aimer et louer Dieu éternellement. Les damnés, se voyant seuls, s’écrieront : « Et nous, que deviendrons-nous ? ». Et Jésus-Christ leur dira : « Allez loin de moi, mon Père vous a maudits et je vous maudis, allez dans le feu éternel. In ignem æternum. À ce moment-là, la terre s’ouvrira, et tous ces malheureux, mêlés aux démons, tomberont dans les abîmes qui ne s’ouvriront plus jamais.

Prie la Très Sainte Vierge Marie, ô mon âme, qu’elle intercède pour toi auprès du Juge éternel et obtienne le pardon de tes fautes avant ce jour terrible. Elle est désormais ta mère et défendra ta cause. Ô Marie, soyez ma libératrice et, au jour du jugement, apaisez la colère de votre Fils, obtenez-moi sa miséricorde et son pardon.

 

Exemple

Afin que chacun ait une règle concernant les choses à faire ou à éviter pour obtenir un jugement favorable au dernier jour du monde, il est bon de rapporter le fait que nous lisons dans le saint Évangile, où est décrite la venue du Sauveur au jugement dernier. L’Évangile dit : « Quand le Sauveur viendra dans sa majesté et avec lui tous les anges, il s’assiéra sur le trône de sa majesté, et toutes les nations de la terre seront rassemblées devant lui. Il séparera les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs ; il mettra les brebis à sa droite et les boucs, c’est-à-dire les réprouvés, à sa gauche. Alors le Roi, c’est-à-dire le Juge éternel, dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, venez en possession du royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde ; (écoutez attentivement, chrétiens) car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez accueilli dans votre maison ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus me voir. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et t’avons-nous donné à manger ? Quand t’avons-nous vu avoir soif et t’avons-nous donné à boire ? Quand t’avons-nous vu étranger et t’avons-nous accueilli ? Nu, et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade et en prison, et sommes-nous venus te visiter ? Le roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Puis il dira à ceux qui seront à sa gauche : « Éloignez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’avais soif et vous ne m’avez pas donné à boire. J’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade, et vous ne m’avez pas visité ; en prison, et vous n’êtes pas venus me voir. » Alors ils répondront : « Seigneur, quand avons-nous vu en toi un affamé, un assoiffé, un étranger, un nu, un malade, un prisonnier, et ne t’avons-nous pas secouru ? » Alors il leur répondra : « En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle.

 

Oraison jaculatoire

Au dernier jour,

Jour de pleurs,

Marie, couvrez-moi

De votre manteau.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Dix-huitième jour. Les peines de l’enfer

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. La miséricorde de Dieu et sa justice sont les deux attributs qui resplendissent le plus dans la puissance divine. Tant que l’homme vit avec son âme unie à son corps, c’est le temps de la miséricorde. Mais une fois l’âme séparée du corps, le temps de la justice commence pour l’homme ; et ceux qui n’ont pas voulu profiter de la miséricorde divine dans la vie présente devront subir les rigueurs de la justice divine en enfer. Par enfer, on entend un lieu destiné par la justice divine à punir par des tourments éternels ceux qui meurent en péché mortel. L’existence de ce lieu de tourments éternels est une question de foi. Que nous l’appelions enfer, abîme, gouffre, prison, lieu de tourments, lieu de ténèbres, d’obscurité, de désordre, de grincement de dents, de colère, de vengeance, de ténèbres, de fumée, de feu, ou sous tout autre nom que l’on veuille lui donner selon ce qui est révélé dans les Saintes Écritures, on désigne toujours un lieu où chacun est puni des péchés commis dans la vie. Per quæ peccat quis, per hæc et torquetur (Sap. 11). Le saint prophète David dit que l’homme est jeté en enfer comme un morceau de bois précipité dans une fournaise ardente. En un instant, ce morceau de bois est tout entouré de flammes et devient un charbon ardent. Pone eos ut clibanum ignis. Et plus un sens du corps a péché, plus il sera tourmenté. Quantum in deliciis fuit, tantum date illi tormenti (Apoc. chap. 18). La vue sera tourmentée par les ténèbres, l’odorat par les odeurs les plus désagréables, l’ouïe par des cris continus et les pleurs des damnés. La bouche souffrira d’une faim furieuse.
  2. Mais l’un des plus grands tourments est la peine du feu. Selon l’Évangile, il existe un feu terrible qui ne s’éteint ni le jour ni la nuit. Ce feu allumé par la justice de Dieu tourmente les damnés de toutes parts. Ces malheureux, tourmentés de cette manière, souffriront de la soif, de la faim et de la chaleur des flammes ; ils pleurent, hurlent et se désespèrent. Ô enfer, ô enfer, combien sont malheureux ceux qui y tombent ! Que dis-tu, ô chrétien ? Si tu ne peux maintenant tenir un doigt au-dessus d’une bougie, si tu ne peux supporter une étincelle de feu sur ta main sans crier, comment pourras-tu vivre parmi ces flammes ? Pense qu’un seul péché suffit pour t’envoyer en enfer et te faire souffrir ces atroces tourments pour l’éternité.
  3. Les tourments des damnés s’accroissent considérablement lorsqu’ils pensent à la raison pour laquelle ils sont damnés. Ils souffrent ces terribles tourments pour le plaisir d’un instant, pour un accès de passion, pour une chose sans importance. Propter pugillum hordei et fragmen panis. Ils penseront au temps qui leur a été donné pour remédier à leur perdition éternelle, ils penseront aux bons exemples de leurs compagnons, aux avertissements de leurs confesseurs, aux résolutions prises en confession et non exécutées, et ils penseront à cela à un moment où il n’y a plus de remède à leur ruine. La volonté n’aura plus jamais rien de ce qu’elle veut et, au contraire, elle souffrira tous les maux. L’intelligence connaîtra le grand bien qu’elle a perdu, c’est-à-dire le Paradis. Ô enfer, ô enfer, quels maux horribles tu prépares pour les outrages à la loi de Dieu ! Allons, donc, pénitence ! N’attendez pas qu’il n’y ait plus de temps ; qui sait si ce n’est pas le dernier appel que Dieu vous adresse, et que si vous ne répondez pas, Il laissera libre cours à sa justice et vous précipitera dans ces supplices éternels ? Chrétien, va, et écris partout qu’un seul péché mortel peut t’envoyer en enfer, et donc garde-toi bien de le commettre.

 

Exemple

Nous trouvons un exemple terrible dans l’Évangile concernant les peines de l’enfer. Le divin Sauveur l’expose lui-même de la manière suivante (Luc 16). Il y avait un homme riche qui s’habillait de pourpre et d’autres vêtements somptueux. Son grand plaisir était de préparer chaque jour des repas somptueux pour lui et ses amis. Il y avait aussi un mendiant nommé Lazare qui, couvert de plaies, se traînait à la porte de ce riche et gisait là, attendant l’aumône. Ne pouvant obtenir autre chose, il demandait qu’on lui donne au moins les miettes de pain qui tombaient de la table du riche. Mais ni le riche ni ses serviteurs ne voulaient lui donner quoi que ce soit. Seuls les chiens venaient lécher ses plaies. Peu de temps après, le mendiant mourut, peut-être de nécessité et de faim. Mais ô mort heureuse ! Les anges emportèrent son âme dans le sein d’Abraham, c’est-à-dire dans les limbes, où reposaient les âmes des justes morts avant la venue du Sauveur. Peu après la mort de Lazare, le riche mourut aussi, mais quel triste sort le suivit ! Le riche mourut, dit l’Évangile, et son âme fut ensevelie en enfer. Dieu permit à ce riche de lever les yeux au milieu de ses tourments et de voir de loin Abraham et Lazare qui était auprès de lui dans la gloire. Le riche n’osa pas se recommander à Lazare, car il l’avait trop méprisé de son vivant ; il se tourna vers Abraham et s’écria : Père Abraham, aie pitié de moi. Que veux-tu, répondit Abraham ? Père Abraham, continua l’autre, je ne te demande pas d’être libéré de ces flammes, ni même qu’elles soient atténuées, je ne demande pas de jouir des délices dont j’ai joui dans la vie ; je ne te demande qu’une seule faveur, accorde-la-moi par pitié. Quelle est cette faveur ? Que tu envoies Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau et venir ici pour en laisser tomber une goutte sur ma langue afin de la rafraîchir, car je suis horriblement tourmenté dans ces flammes. Abraham lui répondit : Mon fils, souviens-toi que tu as joui des plaisirs et des richesses dans ta vie ; Lazare, au contraire, n’a connu que des souffrances. N’est-il donc pas juste qu’il soit maintenant consolé et que tu sois tourmenté ? De plus, il y a un grand abîme, c’est-à-dire une grande séparation entre nous et vous, de sorte que nul d’ici ne peut aller vers vous, ni nul de là-bas venir ici. Voyant qu’il ne pouvait obtenir aucun réconfort pour lui, le riche pensa qu’il pouvait au moins avertir ses parents afin qu’ils fassent meilleur usage de leurs richesses et n’aillent pas un jour augmenter ses tourments par leur présence en enfer. Il dit donc à Abraham : Père, puisque tu ne peux pas m’aider, je te prie d’envoyer Lazare chez mon père, car j’ai cinq frères et je désire qu’il les avertisse des malheurs qui les attendent, afin qu’ils ne viennent pas eux aussi dans ce lieu. Remarque bien, ô chrétien, que ceux qui ne croient pas à la sainte parole de Dieu ne croient pas non plus aux morts, même s’ils ressuscitaient. C’est pourquoi Abraham répondit : Tes frères et tes autres parents ont la loi de Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent. Non, dit-il, non, père Abraham, mais si un mort allait vers eux pour leur faire part de l’horreur de ces peines, ils se repentiraient certainement. Abraham conclut : s’ils n’écoutent pas la loi de Moïse et ce que les prophètes ont prêché, ils ne croiront pas non plus quelqu’un qui ressusciterait d’entre les morts.

 

Oraison jaculatoire

Des maux horribles

De l’exil éternel,

Marie, sauvez-moi,

Je suis votre fils.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Jour dix-neuvième. Éternité des peines de l’enfer

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Les peines des damnés ne causeraient pas tant d’effroi si elles devaient prendre fin un jour. Mais il n’en est rien. Écartez cette illusion, dit Dieu ; les damnés en enfer seront tourmentés jour et nuit pour l’éternité. Cruciabuntur die ac nocte in sæcula sæculorum (Apoc. chap. 20). C’est une vérité de foi, et Dieu a voulu qu’elle soit répétée en plusieurs endroits de l’Écriture Sainte : « Éloignez-vous de moi, dit le Sauveur aux réprouvés, ou maudits, allez dans le feu éternel » (Matthieu 25). Les impies iront aux tourments éternels, et les peines des damnés seront comme une mort qui ne tue jamais éternellement (2 Thess. 1). Ô chrétien, si par malheur tu tombes en enfer, tu n’en sortiras jamais, et tu souffriras ces maux pour toute l’éternité. Qui ne tremblera pas à cette pensée ?
  2. Le damné, au milieu des flammes, est tourmenté dans son âme et dans son corps. Mais les remords de la conscience sont les pires de tous les maux. Le Sauveur dit que le feu de l’enfer est accompagné de remords qui, comme un ver, rongeront éternellement la conscience des réprouvés : vermis eorum non moritur et ignis non extinguitur. Le premier remords sera de penser à la cause de la damnation. Quelle douleur de penser qu’à cause d’une satisfaction momentanée, on a perdu un royaume éternel de bonheur ! Jonathan, lorsqu’il se vit condamné à mort par Saül, son père, pensant qu’il était condamné uniquement pour avoir goûté un peu de miel, s’écriait : « Je ne regrette pas de mourir, mais ce qui m’attriste, c’est de mourir uniquement pour avoir goûté un peu de miel. Paululum gustavi melis, et ecce morior. Ô Dieu, quelle peine causera aux damnés la pensée de la cause de leur damnation ! Oh, si nous pouvions interroger les damnés et leur demander : que vous reste-t-il encore, ô malheureux, de ces goûts, de ces satisfactions, de ces plaisirs dont vous avez joui dans la vie ? Que vous reste-t-il encore de ce dernier péché pour lequel vous êtes damnés ? Ah, malheureux que nous sommes ! répondront-ils, pour un plaisir brutal, qui a disparu comme le vent, nous devrons brûler dans ce feu, désespérés et tourmentés pour l’éternité ! Les damnés penseront aussi à la facilité avec laquelle ils auraient pu se sauver. Un damné apparut à saint Humbert et lui dit que la plus grande affliction qu’il souffrait en enfer était de penser qu’il s’était damné pour si peu et du peu qu’il aurait dû faire pour se sauver.
  3. Au moins, le damné pourrait se tromper lui-même et dire : ces tourments finiront un jour ; mais non. Vingt ans passeront depuis que tu seras en enfer, mille passeront, et l’enfer commencera alors ; cent mille, cent millions, mille millions d’années et de siècles passeront, et l’enfer recommencera. Si un ange apportait la nouvelle à un damné que Dieu veut le libérer de l’enfer après que des millions de siècles se seront écoulés, autant qu’il y a de gouttes d’eau, de feuilles d’arbres, de grains de sable dans la mer et sur la terre, cette nouvelle apporterait la plus grande consolation à un damné. Il dirait : il est vrai que tant de siècles doivent s’écouler, mais ils devront bien finir un jour. Mais tous ces siècles passeront, ainsi que tous les temps imaginables, et l’enfer sera toujours comme au commencement. Chaque damné ferait ce pacte avec Dieu : Seigneur, augmentez autant que vous voulez mes souffrances, laissez-moi dans ces tourments aussi longtemps que vous le voudrez, pourvu que vous me donniez l’espoir qu’ils auront une fin. Mais non, cette fin ne viendra jamais, et Dieu répondra toujours : in inferno nulla est redemptio. Tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend, tout ce qu’il goûte, tout ce qu’il souffre, tout lui rappelle l’éternité. Toujours, jamais, éternité : ce sont les mots qu’il verra écrits sur les flammes qui le tourmentent ; toujours, jamais, éternité sur la pointe des épées qui le transpercent ; toujours, jamais, éternité sur les démons qui le tourmentent jour et nuit ; toujours, jamais, éternité sur les portes qui ne s’ouvriront plus jamais. En pensant à l’éternité, combien ont abandonné le monde, leur patrie, leurs parents pour se confiner dans des grottes, dans des déserts, pour vivre uniquement de pain et d’eau et parfois de racines d’herbe, et tout cela pour éviter les peines éternelles de l’enfer ! Et toi, chrétien, que fais-tu ? Après avoir mérité tant de fois ces peines par le péché, que fais-tu ? Prosternons-nous aux pieds de notre Dieu, repentons-nous de nos péchés et disons-lui : Seigneur, je te promets de ne plus jamais pécher à l’avenir, donne-moi tous les maux de la vie présente, pourvu que tu ne m’envoies pas en enfer. Chère Mère Vierge Marie, délivre mon âme de l’enfer.

 

Exemples

Quand Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, était conduit au martyre, il dit au proconsul de faire venir les bêtes sauvages contre lui. Le proconsul répondit : « Puisque les bêtes sauvages ne t’effraient pas, tu craindras certainement le feu dans lequel je te ferai brûler vif si tu ne renonces pas à ta religion. » Saint Polycarpe répondit : « Tu me fais vraiment une terrible menace ; tu penses qu’il faut craindre un feu qui s’éteint au bout d’une heure ou un peu plus, Je vais te dire quel feu il faut craindre et que tu ne connais pas. Il existe un feu de souffrances atroces qui est réservé dans l’autre vie aux impies ; c’est ce feu que je crains. (D’après Cesari).

Il y avait dans le royaume de France un seigneur qui avait passé sa vie dans les plaisirs et les délices du monde. Il était cependant très savant, et un jour, il se mit à réfléchir si les damnés de l’enfer seraient libérés après mille ans ; et il répondit à cette pensée par la négative. Puis il se dit : peut-être seront-ils libérés après cent mille ans ? Mais aussitôt, il répondit également par la négative. Puis il se dit : « Peut-être seront-ils libérés après mille millions d’années ? » Non, répondit-il. « Ou bien les damnés sortiront-ils de l’enfer après autant de milliers d’années qu’il y a de gouttes d’eau dans la mer ? » Et il répondit à lui-même que jamais. Ému par cette pensée, il ressentit une grande douleur pour ses péchés et se mit à pleurer sur la vie dissolue qu’il avait menée jusqu’alors ; puis il abandonna le péché, le monde et ses vanités. Alors qu’il commençait à goûter la douceur du service de Dieu, il disait : « Oh, comme les hommes du monde sont stupides et misérables ; pour le plaisir d’un instant ils vont vers des peines éternelles qui n’auront jamais de fin. (D’après Passavanti).

 

Oraison jaculatoire

Je sens au fond de mon cœur

Une voix qui me dit sans cesse :

Bonne ou malheureuse,

Tu auras ton éternité.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingtième jour. La miséricorde de Dieu

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. La justice avec laquelle Dieu punit le péché dans l’autre vie effraie les cœurs les plus obstinés dans le péché. Malheureux ceux qui se trouvent déjà dans ces lieux de tourments éternels. Heureux sommes-nous qui pouvons encore bénéficier de la miséricorde de Dieu. Réjouis-toi, ô chrétien, et ouvre ton cœur à de grandes espérances. Tant que l’âme est unie au corps, c’est le temps de la miséricorde et du pardon. Dieu, qui éprouve un grand dégoût pour nos offenses, nous supporte avec une bonté infinie, dissimulant nos péchés, attendant notre pénitence. Dissimulans peccata hominum propter pænitentiam (Sap. XI). Non, dit Dieu ailleurs, je ne veux pas la mort du pécheur, mais je veux qu’il se convertisse et qu’il vive. Que le pécheur abandonne la voie de l’iniquité et se convertisse à son Seigneur, et j’aurai compassion de lui. De plus, dit Dieu, si ton âme était toute souillée de péchés, reviens à moi, et je te rendrai blanche comme la neige. Dealbabuntur ut nix. Courage donc, pécheur. Dieu aurait pu te faire mourir dès que tu as commis ton premier péché. Mais il t’a gardé en vie pour te témoigner sa miséricorde, et maintenant il t’offre sa grâce.
  2. Cependant, le temps où Dieu use de sa miséricorde est la vie présente. Il a voulu nous faire connaître cette vérité très importante par une longue série de faits rapportés dans la Bible. Adam désobéit à Dieu et, par cette désobéissance, condamne lui-même et toute sa descendance à la mort éternelle ; mais Dieu vient aussitôt à son secours par sa miséricorde et, changeant la mort éternelle de l’âme par la mort temporelle du corps, il offre un moyen de salut par la promesse du Sauveur.

Les hommes se multiplient et remplissent la terre d’iniquité, à tel point que Dieu décide d’envoyer un déluge universel. Mais avant d’exécuter ce châtiment, il envoie Noé prêcher l’imminence du fléau divin pendant cent vingt ans. Il punit plusieurs fois le peuple juif, mais dès qu’il montre des signes de repentir, Dieu le prend aussitôt sous sa protection et le libère de l’oppression de ses ennemis. La ville très peuplée de Ninive est en proie aux plus grands troubles, et Dieu décide de la punir par la destruction totale de la ville et de ses habitants. Mais Dieu veut encore faire un effort en envoyant le prophète Jonas prêcher la pénitence. Ninive écoute la voix du ministre de Dieu, abandonne le péché, la colère divine s’apaise, suivie de la miséricorde infinie, Ninive est sauvée.

Que dirons-nous ensuite des signes de miséricorde que nous a donnés notre Divin Sauveur ? Combien de miracles, combien de paraboles, combien de faits, combien d’expressions démontrent cette vérité dans l’Évangile. Il suffit de dire que, comme nous l’assure le Sauveur, il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui marchent dans la voie du salut. Que dire de plus ? Le Sauveur est allé jusqu’à dire qu’il n’était pas venu appeler les justes, mais les pécheurs : non veni vocare iustos, sed peccatores. Si tu désires un fait qui démontre jusqu’où est allée la miséricorde de Dieu, lève les yeux vers un crucifix et tu verras le Fils de Dieu mort pour nous, c’est-à-dire pour sauver nos âmes condamnées à l’enfer à cause du péché.

Cette miséricorde est grande, et Dieu veut nous l’accorder dans la vie présente ; mais malheur à ceux qui en abusent. C’est pourquoi, dit saint Augustin, si par malheur tu es maintenant dans le péché, espère dans la miséricorde, mais si tu es dans la grâce, crains sa justice. Post peccatum spera misericordiam, ante peccatum pertimesce iustitiam. Souvenons-nous que Dieu est miséricordieux et juste. Il est miséricordieux envers ceux qui veulent profiter de sa miséricorde, mais il use ensuite de la rigueur de sa justice envers ceux qui ne veulent pas profiter de sa miséricorde.

Courage, ô chrétien, Dieu nous appelle, il nous offre un pardon généreux de nos péchés, il veut nous fermer l’enfer, il veut nous ouvrir le Paradis. Jésus nous appelle depuis la croix, Marie et tous les saints nous invitent depuis le ciel. Faisons une grande fête au Paradis en retournant rapidement vers le Seigneur.

 

Exemple

Un jeune de Modène issu d’une famille honorable, après avoir terminé ses études, se laissa séduire par de mauvais compagnons. Un abîme en entraîna un autre, si bien qu’il se livra aux jeux, à la débauche et aux plaisirs, et finit même par devenir le chef de ses compagnons, qu’il entraîna avec lui sur la voie du péché. Toute la ville de Modène parlait de la vie scandaleuse de ce jeune homme, lorsque la main de Dieu le frappa d’une grave maladie. Le mal s’aggravant, le médecin déclara son état désespéré et recommanda que le malade reçoive les sacrements au plus vite. Invité par sa mère à se confesser, le malheureux fils la repoussait avec des mots de mépris et d’insulte. Peu après, elle fit de nouvelles tentatives et lui exposa les motifs les plus passionnants de la religion, mais le fils éclata en blasphèmes. La bonne mère, profondément affligée, ne savait plus quoi faire. Une voisine, prévenue du triste événement, appelle la mère à part et lui suggère de mettre la médaille de l’Immaculée Conception sous l’oreiller de son fils à son insu. Cela fait, elles se mettent toutes deux à réciter les litanies de la Sainte Vierge. Ô Marie, que tu es miséricordieuse ! Les litanies n’étaient pas encore terminées que le malade appela à haute voix : « Maman, maman ». Elle accourut, toute essoufflée, et son fils lui dit aussitôt : « Vite, vite, allez chercher l’archiprêtre pour qu’il vienne me confesser ». Le cœur rempli de joie, la mère courut chercher le confesseur, qui, jubilant, se rendit aussitôt auprès du malade. Il écoute la confession, puis lui apporte le Saint-Sacrement, accompagné de nombreuses personnes. Jésus étant entré dans la chambre du malade, le jeune homme, plein de repentir pour ses péchés, entre larmes et soupirs, demande pardon pour les scandales qu’il a causés, promettant de les réparer si Dieu, dans sa miséricorde, le gardait encore en vie. Contre toute attente, le malade guérit rapidement de sa maladie mortelle et, tenant sa promesse avec toute la sincérité de son cœur, il s’efforce dès lors, par une conduite édifiante, de réparer les graves dommages causés à ses compagnons par sa vie scandaleuse. Voulant que la grâce et sa conversion, qu’il reconnaît comme venant de la Mère de miséricorde, soient rendues publiques, il fit rédiger tout le récit par un notaire public, et celui-ci fut publié comme récit authentique dans de nombreux journaux, notamment dans L’Amico della gioventù.

 

Oraison jaculatoire

Ô Mère d’amour,

Implore pour mon cœur

Qui a péché par ingratitude.

L’amour de mon Dieu,

Qui m’a tant aimé.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt et unième jour. La confession

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Nous trouvons une grande preuve de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs dans le sacrement de la confession. Si Dieu avait dit qu’il nous pardonnerait nos péchés uniquement par le baptême, et non ceux qui, par malheur, seraient commis après avoir reçu ce sacrement, combien de chrétiens seraient certainement perdus ! Mais Dieu, connaissant notre grande misère, a établi un autre sacrement, par lequel nous sont remis nos péchés commis après le baptême. C’est le sacrement de la confession. Voici ce que dit l’Évangile : huit jours après sa résurrection, Jésus apparut à ses disciples et leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père céleste m’a envoyé, moi aussi je vous envoie, c’est-à-dire que je vous donne le pouvoir que le Père céleste m’a donné de faire tout ce qui est bon pour le salut des âmes. » Puis le Sauveur, soufflant sur eux, dit : « Recevez l’Esprit Saint, ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Chacun comprend que les mots « retenir » ou « ne pas retenir » signifient « donner » ou « ne pas donner » l’absolution. C’est là le grand pouvoir donné par Dieu à ses Apôtres et à leurs successeurs dans l’administration des Saints Sacrements. De ces paroles du Sauveur découle l’obligation pour les ministres sacrés d’écouter les confessions, et découle également l’obligation pour le chrétien de confesser ses fautes, afin que l’on sache quand il faut donner ou ne pas donner l’absolution, quels conseils suggérer pour réparer le mal fait, donner en somme tous les avis paternels qu’il juge nécessaires pour réparer les maux de la vie passée et ne plus les commettre à l’avenir.
  2. La confession n’était pas une pratique limitée à une époque ou à un lieu particuliers. Dès que les apôtres ont commencé à prêcher l’Évangile, le sacrement de pénitence a rapidement été pratiqué. Nous lisons que lorsque saint Paul prêchait à Éphèse, de nombreux fidèles qui avaient déjà embrassé la foi venaient aux pieds des apôtres et confessaient leurs péchés. Confitentes et annunciantes actus suos. Depuis l’époque des Apôtres jusqu’à nous, la pratique de ce grand sacrement a toujours été observée. L’Église catholique a condamné à toutes les époques comme hérétiques ceux qui ont eu l’audace de nier cette vérité. Personne n’a pu en être dispensé. Riches et pauvres, serviteurs et maîtres, rois, monarques, empereurs, prêtres, évêques, les Souverains Pontifes eux-mêmes, tous doivent s’agenouiller aux pieds d’un ministre sacré pour obtenir le pardon des fautes qu’ils ont pu commettre après leur baptême. Mais hélas ! combien de chrétiens profitent rarement ou mal de ce sacrement ! Certains s’approchent sans faire l’examen de conscience, d’autres se confessent avec indifférence, sans douleur ni résolution, d’autres encore taisent des choses importantes dans leur confession ou ne remplissent pas les obligations imposées par le confesseur. Ceux-là prennent la chose la plus sainte et la plus utile pour s’en servir à leur propre perte. Sainte Thérèse eut à ce sujet une vision effrayante. Elle vit des âmes tomber en enfer comme la neige tombe en hiver sur le dos des montagnes. Effrayée par cette révélation, elle demanda une explication à Jésus-Christ, qui lui répondit que ces âmes allaient à leur perte à cause des confessions mal faites au cours de leur vie.
  3. Courage, chrétiens, profitons de ce sacrement de miséricorde, mais profitons-en avec les dispositions requises. Examinons d’abord avec soin nos fautes, confessons-les toutes, celles dont nous sommes certains, celles dont nous ne sommes pas certains, telles que nous les connaissons, mais avec un grand regret de les avoir commises ; promettons de ne plus les commettre à l’avenir. Mais surtout, montrons le fruit de nos confessions par une amélioration de notre vie. Dieu dit dans l’Évangile que c’est à leurs fruits que l’on reconnaît les arbres, ainsi c’est à l’amélioration de notre vie que paraîtra la bonté ou la nullité de nos confessions : ex fructibus eorum cognoscetis eos.

 

Exemple

Un jeune homme de la ville de Montmirail, en France, avait mené une vie chrétienne jusqu’à l’âge de quinze ans, lorsqu’il eut le malheur de fréquenter de mauvaises compagnies. Les mauvaises paroles et la lecture de livres immoraux le plongèrent dans l’abîme de l’incrédulité et du libertinage. Ses parents s’efforcèrent de le ramener dans le droit chemin, mais n’y parvenant pas, ils se rendirent à l’église le soir de l’Immaculée Conception (8 décembre 1839) et le recommandèrent aux prières des membres de la Confrérie du Saint Cœur de Marie. Le soir même où il avait été recommandé, le jeune homme rentra chez lui et, contrairement à son habitude, se coucha sans dire un mot. Il ne pensait pas à Marie, mais elle pensait à lui. Le 10 décembre, presque hors de lui, il appela son père et lui dit : « Mon père, je suis malheureux et je souffre beaucoup, cela fait trente-six heures que je ne peux ni manger ni dormir. Je suis comme un lion enragé, je ne sais plus quoi dire ni quoi faire ; je dois aller voir le curé. Il part, se rend chez le curé et, tout agité par les remords de sa conscience, le supplie de lui donner l’absolution. « Je vous en prie, dit-il au curé, confessez-moi immédiatement. Je ne peux plus vivre dans cet état. Le curé l’encouragea, le réconforta, et peu après, il écouta sa douloureuse confession. Après avoir reçu l’absolution, il sentit aussitôt son cœur se remplir d’une telle consolation qu’il ne pouvait la contenir. De retour chez lui, il manifesta à son père la grâce qu’il avait reçue et la tranquillité paradisiaque dont il jouissait. Ce qui lui tenait encore à cœur, c’était le repentir de ceux qu’il avait entraînés dans le mal par ses scandales. Plein de courage chrétien, sans se soucier de ce que diraient ses anciens compagnons, il leur raconta ce qui lui était arrivé, la consolation qu’il éprouvait après sa confession, et les exhorta de toutes ses forces à faire eux aussi l’expérience. En somme, cette nouvelle proie de la miséricorde de Marie fit comme le pénitent David lorsqu’il s’efforçait, pour réparer le scandale qu’il avait causé, de gagner des âmes à Dieu. Docebo iniquos vias tuas.

 

Oraison jaculatoire

Obtiens-moi de Dieu,

Mère d’amour,

Pour mes fautes

Une vive douleur.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-deuxième jour. Le confesseur

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Quand tu vas à l’église, ô chrétien, et que tu vois un prêtre dans le tribunal de pénitence, souviens-toi que celui-ci est le ministre de Jésus-Christ, qui, au nom de Dieu, pardonne les péchés des hommes. S’il y avait un criminel condamné à mort pour un crime grave, et qu’au moment où on le conduisait à l’échafaud, un ministre du roi se présentait à lui en disant : « Ta faute est pardonnée ; le roi te fait grâce de la mort et t’accueille parmi ses amis ; et pour que tu ne doutes pas de mes paroles, voici le décret qui m’autorise à révoquer ta sentence de mort », quels sentiments de gratitude et d’amour ce coupable n’exprimerait-il pas envers le roi et son ministre ! Il en va de même pour nous. Nous sommes véritablement coupables, car en péchant, nous avons mérité le châtiment éternel de l’enfer. Le ministre du Roi des rois, au nom de Dieu, dans le tribunal de la pénitence, nous dit : « Dieu m’envoie vers vous pour vous absoudre de vos fautes, pour vous fermer l’enfer, vous ouvrir le Paradis, vous rendre l’amitié de Dieu. Afin que vous ne doutiez pas du pouvoir qui m’est donné, voici un décret signé par Jésus-Christ lui-même, qui m’autorise à révoquer la sentence de mort prononcée contre vous. Le décret est ainsi libellé : ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Quorum remiseritis peccata, remittuntur eis ; quorum retinueritis, retenta sunt. » Avec quelle estime et quelle vénération devons-nous nous approcher d’un ministre qui, au nom de Dieu, peut nous faire tant de bien et nous empêcher tant de mal !
  2. Chaque fois que tu t’approcheras de ce sacrement auguste, imagine-toi que tu t’approches de Jésus-Christ lui-même. Il dit lui-même : celui qui vous écoute, c’est-à-dire ses ministres, m’écoute ; celui qui vous méprise, me méprise. Qui vos audit, me audit ; qui vos spernit, me spernit. Nous sommes persuadés que lorsque nous allons nous confesser, nous entendons la voix de Dieu qui prononce le jugement d’absolution ou de condamnation. Mais comme tout ce que fait et dit le confesseur, il le fait avec l’autorité divine et comme un père, ainsi, dans ce tribunal de pénitence, il est un ami qui ne désire rien d’autre que le bien de notre âme, il est un médecin capable de guérir toutes les plaies de l’âme ; il est un juge, mais non pour nous condamner, mais pour nous absoudre et nous libérer de la mort éternelle ; il est un ministre de Dieu qui, par le sang de Jésus-Christ, lave les taches de l’âme. Avec quelle confiance ne devrions-nous pas lui parler et lui ouvrir sincèrement tous les secrets de notre conscience !
  3. La crainte qu’il révèle à d’autres les choses entendues en confession ne doit pas non plus nous faire obstacle. Non, cela n’a jamais été le cas dans le passé, et ne le sera jamais à l’avenir. Un bon père garde sans aucun doute le secret des confidences de ses enfants. Le confesseur est un véritable père spirituel ; c’est pourquoi, même humainement parlant, il garde le secret le plus strict sur ce que nous lui révélons. Mais il y a plus : un précepte absolu, naturel, ecclésiastique et divin oblige le confesseur à taire tout ce qu’il a entendu en confession. Même s’il s’agissait d’empêcher un mal grave, de se libérer lui-même et le monde entier de la mort, il ne peut utiliser une information obtenue en confession, à moins que le pénitent ne lui donne expressément la faculté d’en parler. Va donc, chrétien, va souvent vers cet ami, plus tu iras vers lui, plus tu seras assuré de marcher sur le chemin du ciel ; plus tu iras vers lui, plus tu seras assuré du pardon de tes péchés, et te sera assuré le bonheur éternel promis par Jésus-Christ lui-même, qui a donné un si grand pouvoir à ses ministres. Ne te laisse pas retenir par la foule ni par le poids de tes fautes. Le prêtre est ministre de la miséricorde de Dieu, qui est infinie. C’est pourquoi il peut absoudre n’importe quel nombre de péchés, aussi graves soient-ils. Apporte seulement un cœur humble et contrit, et le pardon sera certain. Cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies.

 

Exemple

Parmi les nombreux exemples que l’on peut citer pour illustrer la fermeté dans le respect du secret de la confession, celui de saint Jean Népomucène, chanoine de Bohême, est célèbre. Ce saint prêtre s’était entièrement consacré à l’écoute des confessions des fidèles. Tout le monde accourait vers lui ; la reine elle-même l’avait choisi comme confesseur. Or, il arriva que le roi, qui s’appelait Wenceslas, par caprice, voulut savoir ce que la reine avait dit en confession. Il pressa plusieurs fois saint Jean de le lui dire, mais celui-ci répondit toujours que ce qu’il avait entendu, il ne le savait que comme Dieu, qu’un grand secret l’en empêchait et que pour rien au monde il ne dirait la moindre chose entendue en confession. Si tu ne me dis pas ce que je te demande, dit le roi, je te punirai sévèrement ; je te ferai mettre en prison, où tu n’auras que du pain et de l’eau, je te ferai battre à coups de verges, et qui sait… si ta tête ne paiera pas le prix de ton obstination. Prince, répondit le saint confesseur, je vous répète que je suis lié par un grand devoir devant Dieu, auquel je dois obéir rigoureusement. Vous pouvez disposer de ma vie à votre guise et me condamner à n’importe quelle peine, même à la mort, mais je ne pourrai jamais, au grand jamais, révéler quoi que ce soit de ce que j’ai entendu en confession. Dieu seul peut pénétrer ce secret. Le roi, pris de fureur, condamna le saint à d’atroces tourments et à une mort cruelle. Le vaillant confesseur, ferme dans son devoir, supporta toutes les souffrances avec un héroïsme chrétien et confirma par son sang ce dogme si glorieux pour le christianisme qui dit : le secret de la confession est inviolable ; seul Dieu peut le pénétrer.

 

Oraison jaculatoire

Marie, délivrez-moi

De mes liens coupables,

Et devenez vous-même

La lumière de mes yeux.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-troisième jour. La Sainte Messe

 

Deus, in adiutorium etc.

  1. Si tu veux, ô chrétien, avoir une juste idée de la Sainte Messe, transporte-toi en pensée dans le Cénacle, lorsque le Sauveur la célébrait pour la première fois avec ses Apôtres. La veille de sa passion, le Sauveur rassembla ses disciples pour célébrer avec eux la dernière Pâque. À la fin du repas, il se leva de table, prit du pain, le bénit, puis le donna à ses disciples en disant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps, ce corps qui sera sacrifié pour votre salut. » Il prit ensuite un calice, y versa du vin, leva les yeux au ciel, le bénit, puis le donna à ses apôtres en disant : « Prenez, buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, versé pour la rémission des péchés du monde. Chaque fois que vous ferez cela, faites-le en mémoire de moi. »

Par ces paroles, Jésus-Christ institua le sacrement de l’Eucharistie, et institua la Sainte Messe, sans laquelle ce sacrement n’est pas accompli. Il ordonna en outre de faire ce qu’il avait fait lui-même. C’est pourquoi la Sainte Messe est appelée le sacrement et le sacrifice du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est offert et distribué sous les espèces du pain et du vin. Ce sacrifice a été accompli par Jésus-Christ sur le mont Calvaire, et on dit qu’il est sanglant, c’est-à-dire avec effusion de tout son sang. Ce qui se fait dans la Sainte Messe est identique, à la seule différence que celui-ci est sans effusion de sang. C’est pourquoi, lorsque nous voyons le prêtre sortir de la sacristie et se rendre à l’autel pour célébrer la Sainte Messe, c’est comme si nous voyions Jésus-Christ sortir de la ville de Jérusalem et porter la croix sur le mont Calvaire pour y être crucifié et verser jusqu’à la dernière goutte son précieux sang. Comme on ne peut imaginer rien de plus précieux, de plus saint, de plus grand que le corps et le sang de Jésus-Christ, de même, lorsque nous allons écouter la Sainte Messe, nous ne pouvons rien faire qui puisse être plus glorieux pour Dieu et plus utile pour nos âmes.

  1. Mais je veux que tu gardes à l’esprit, ô chrétien, que le sang de Jésus-Christ a été versé sur la croix aussi pour les âmes du Purgatoire. C’est pourquoi la Sainte Messe est le moyen le plus efficace pour soulager les âmes des fidèles défunts, si par hasard elles se trouvaient dans ces souffrances. Tâche donc de faire célébrer quelques messes, et si tu ne le peux, tâche au moins de les écouter en suffrage de tes parents ou de quelque ami défunt. Écoute ce que disent les saints Pères à ce sujet. Saint Grégoire le Grand dit : « La peine des vivants et des morts sera atténuée pour ceux pour qui on célèbre la Sainte Messe ; cette peine sera atténuée de manière particulière pour ceux pour qui elle est célébrée intentionnellement. » Le même saint dit ailleurs : « Écouter pieusement une messe, c’est soulager les âmes des fidèles défunts et obtenir la rémission de leurs péchés. » Saint Jérôme, grand docteur de la Sainte Église, s’exprime ainsi : « Pour chaque messe célébrée avec dévotion, de nombreuses âmes sortent du purgatoire. » Ailleurs, il ajoute : « Les âmes qui sont tourmentées au Purgatoire ne souffrent aucun tourment pendant la célébration de la Sainte Messe, si le prêtre prie pour elles en offrant ce sacrifice. » C’est pourquoi je te recommande, autant que je le peux, de ne jamais oublier tes parents et amis défunts chaque fois que tu fais célébrer ou que tu vas écouter la Sainte Messe.
  2. Je dois cependant te recommander, ô lecteur, de ne pas faire comme font malheureusement beaucoup de chrétiens, lorsqu’ils vont écouter la Sainte Messe. Oh ! comme il est triste de voir tant de chrétiens ne faire que peu ou pas de cas de cet auguste sacrifice de l’autel ! Certains y vont rarement, ou y restent à contrecœur ; d’autres l’écoutent distraitement, sans modestie, sans vénération, sans respect, restant assis ou debout, parfois en riant, parfois en parlant ou en regardant ici et là. Lorsque nous irons écouter la Sainte Messe, essayons d’y assister avec le plus grand recueillement. Que notre esprit, notre cœur, nos sentiments ne soient attentifs qu’à honorer Dieu. Oh ! une messe bien écoutée, que de grâces et de bénédictions elle peut nous apporter ? Écoutons ce que nous dit le Bienheureux Léonard : « Je crois, dit-il, que s’il n’y avait pas la Messe, le monde serait déjà englouti, incapable de supporter le poids de tant d’iniquités. La Messe est le puissant appui qui le maintient debout. » Pour encourager tous les chrétiens à être attentifs à l’écoute de la Sainte Messe, le même saint avait coutume de prêcher ainsi : « Laissez-moi monter au sommet des plus hautes montagnes, et là, d’une voix forte, je crierai : Peuples trompés, peuples trompés, que faites-vous ? Pourquoi ne courez-vous pas à l’église pour écouter saintement autant de messes que vous le pouvez ? »

 

Exemple

Allons avec empressement écouter la sainte Messe. S’il nous arrive de subir quelques désagréments ou de perdre un peu de temps, ne nous inquiétons pas ; Dieu saura tout récompenser. Saint Isidore était un pauvre paysan. Chaque jour de l’année, il se levait tôt le matin, allait écouter la sainte messe, puis partait faire ce que son maître lui commandait. C’est ainsi qu’il attirait les bénédictions du Seigneur sur son travail et sur les champs de ses maîtres, de sorte que tout lui réussissait. Si la Messe est source de bénédictions dans les choses temporelles, quelles grâces ne nous procurera-t-elle pas auprès du Seigneur pour notre âme, dans la vie présente et dans la vie future ?

 

Oraison jaculatoire

Salut, très saint Corps,

Corps divin,

Issu de la Vierge pure

Né enfant.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-quatrième jour. La Sainte Communion

 

Deus, in adiutorium, etc.

  1. Comprends, ô chrétien, ce que signifie faire la sainte Communion. Cela signifie s’approcher de la table des anges pour recevoir le corps, le sang, l’âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est donné en nourriture à notre âme sous l’apparence du pain et du vin consacrés. À la Messe, au moment où le prêtre prononce les paroles de la consécration sur le pain et le vin, le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ. Les paroles utilisées par notre divin Sauveur pour instituer ce sacrement sont : ceci est mon corps, ceci est mon sang : hoc est corpus meum, hic est calix sanguinis mei. Ces mêmes paroles sont utilisées par les prêtres au nom de Jésus-Christ dans le sacrifice de la sainte Messe. Ainsi, lorsque nous allons communier, nous recevons le même Jésus-Christ dans son corps, son sang, son âme et sa divinité, c’est-à-dire le vrai Dieu et le vrai homme vivant comme il est au ciel. Ce n’est pas son image, ni même sa figure, comme une statue ou un crucifix, mais c’est Jésus-Christ lui-même, tel qu’il est né de la Vierge Marie immaculée et mort pour nous sur la croix. Jésus-Christ lui-même nous a assuré de sa présence réelle dans la sainte Eucharistie lorsqu’il a dit : « Ceci est mon corps qui sera livré pour le salut des hommes : corpus, quod pro vobis tradetur. C’est ce pain vivant qui est descendu du ciel : hic est panis vivus, qui de caelo descendit. Le pain que je donnerai, c’est ma chair. La boisson que je donnerai, c’est mon vrai sang. Qui ne mange pas de ce corps et ne boit pas de ce sang, n’a pas la vie en lui. »
  2. Jésus, ayant institué ce sacrement pour le bien de nos âmes, désire que nous y accédions souvent. Voici les paroles avec lesquelles il nous invite : venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et opprimés, et je vous soulagerai : venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. Ailleurs, il disait aux Juifs : « Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts ; mais celui qui mange la nourriture figurée dans la manne, cette nourriture que je donne, cette nourriture qui est mon corps et mon sang, ne mourra plus jamais. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ; car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. » Qui pourrait résister à ces invitations aimantes du divin Sauveur ? Pour répondre à ces invitations, les premiers chrétiens allaient chaque jour écouter la parole de Dieu et chaque jour ils s’approchaient de la sainte Communion. C’est dans ce sacrement que les martyrs trouvaient leur force, les vierges leur ferveur, les saints leur courage.

Et nous, avec quelle fréquence nous approchons-nous de cette nourriture céleste ? Si nous examinons les désirs de Jésus-Christ et notre besoin, nous devons communier très souvent. De même que la manne a servi de nourriture corporelle aux Juifs chaque jour pendant tout le temps où ils ont vécu dans le désert, jusqu’à ce qu’ils soient introduits dans la terre promise, de même la sainte communion devrait être notre réconfort, notre nourriture quotidienne dans les dangers de ce monde, pour nous conduire à la véritable terre promise du paradis. Saint Augustin parlait ainsi : Si nous demandons chaque jour à Dieu le pain corporel, pourquoi ne nous procurons-nous pas aussi chaque jour le pain spirituel par la sainte communion ? Saint Philippe Néri encourageait les chrétiens à se confesser tous les huit jours et à communier encore plus souvent suivant les conseils du confesseur. Enfin, la sainte Église manifeste son vif désir de la communion fréquente au Concile de Trente, où elle dit : « Il serait hautement souhaitable que chaque fidèle chrétien se maintienne dans un état de conscience tel qu’il puisse recevoir la sainte communion chaque fois qu’il assiste à la sainte messe. » Le pape Clément XIII, pour encourager les chrétiens à s’approcher très fréquemment de la sainte confession et de la sainte communion, accorda la faveur suivante : « Les fidèles chrétiens qui ont la louable habitude de se confesser chaque semaine peuvent obtenir une indulgence plénière chaque fois qu’ils font la sainte communion.

  1. Certains diront : « Je suis trop pécheur. » Si tu es pécheur, efforce-toi de te mettre en état de grâce par le sacrement de la confession, puis approche-toi de la sainte communion, et tu en tireras un grand secours. D’autres diront : « Je communie rarement pour avoir plus de ferveur. » C’est une erreur. Les choses que l’on fait rarement sont généralement mal faites. D’ailleurs, tes besoins étant fréquents, le secours pour ton âme doit être fréquent. Certains ajoutent : « Je suis plein de maladies spirituelles et je n’ose pas communier souvent. » Jésus-Christ répond : ceux qui sont en bonne santé n’ont pas besoin de médecin ; c’est pourquoi ceux qui sont le plus sujets aux maux doivent être souvent visités par le médecin. Courage donc, ô chrétien, si tu veux accomplir l’action la plus glorieuse pour Dieu, la plus agréable à tous les saints du ciel, la plus efficace pour vaincre les tentations, la plus sûre pour te faire persévérer dans le bien, c’est certainement la sainte Communion.

 

Exemple

Un jeune garçon nommé Dominique Savio, animé d’un vif désir de plaire à Marie, lui offrait chaque jour quelques prières, mais chaque samedi, il faisait la sainte communion en l’honneur de Celle qu’il appelait sa très chère Mère. En 1856, il fit le mois de Marie avec une telle ferveur que tous ses compagnons en furent édifiés. Chaque jour, il demandait à Marie de le retirer du monde plutôt que de perdre la vertu de la pureté. Le jour de la clôture, il ne demanda qu’une seule grâce : pouvoir faire une bonne communion avant de mourir. La Sainte Vierge l’exauça. Neuf mois plus tard (le 9 mars 1857), il mourut à l’âge de quinze ans après avoir reçu le Saint-Sacrement avec la plus grande tendresse et la plus grande dévotion. Dans les instants qui s’écoulèrent entre la réception du Saint-Sacrement et sa mort, il répétait sans cesse : « Ô Marie, vous m’avez exaucé, je suis bien riche. Je ne vous demande rien d’autre que de m’assister dans ces derniers instants de ma vie et de m’accompagner de cette vie à l’éternité. Presque au moment où il prononçait ces mots, son âme s’envolait vers le ciel, accompagnée de Marie, à qui il avait voué un amour fervent durant sa vie.

 

Oraison jaculatoire

Je t’adore à chaque instant

Ô pain vivant du ciel,

Grand Sacrement.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-cinquième jour. Le péché d’impureté

 

Deus, in adiutorium, etc.

  1. Saint Paul ordonne que ce péché ne soit même pas mentionné parmi les chrétiens : impudicitia nequidem nominetur in vobis. Je m’abstiendrais d’en parler, ô grand apôtre de Jésus-Christ, si ce péché n’était pas le grand maître qui envoie tant d’âmes à la perdition éternelle. Nous pouvons vraiment dire que ce péché a ouvert l’enfer, et que beaucoup s’y précipitent malheureusement. Afin d’en avoir une juste horreur, voyons comment Dieu déteste ce vice abominable. Celui qui se livre à ce péché est comparé aux animaux immondes. L’homme, qui a été élevé à la plus grande dignité, a perdu son intelligence et est devenu semblable aux animaux immondes qui se traînent dans la boue. Jumentis insipientibus comparatus est, et similis factus est illis. Ô chrétien, reconnais ta dignité et comprends en même temps le grand mal que tu fais lorsque tu t’abandonnes à des paroles, à des pensées et à des actes impurs. De plus, pourquoi Dieu a-t-il envoyé un déluge sur toute la terre ? Parce que le genre humain s’était abandonné à la débauche. Omnis caro corruperat viam suam. Pourquoi a-t-il envoyé un incendie sur Sodome, Gomorrhe et les villes voisines ? Parce que leurs habitants s’étaient abandonnés à ce vice. Pourquoi Onan a-t-il été frappé de mort subite après un seul péché ? Parce que c’était un péché d’impureté. Quel précepte spécial Dieu a-t-il publié au mont Sinaï parmi les tonnerres et les éclairs ? C’est celui qui dit : ne commettez pas l’adultère, c’est-à-dire ne faites pas de choses malhonnêtes. Quel est le mal que le divin Sauveur a interdit de fixer du regard ou de retenir dans ses pensées ? C’est la malhonnêteté. Quel est ce grand mal que saint Paul considère tellement grand qu’il ne doit pas être nommé parmi les chrétiens ? C’est l’impudicité. Impudicitia nequidem nominetur in vobis.
  2. À partir de cette doctrine révélée par Dieu, tu connaîtras le grand mal qu’est l’impureté, mais tu le connaîtras encore mieux si tu considères ses funestes conséquences. Si vous entrez dans les familles et demandez la cause de tant de discordes, de tant de misères, de tant de patrimoines ruinés, beaucoup sont contraints de répondre que c’est ce vice abominable qui en est la cause. Demandons aux médecins qui fréquentent les maisons privées et les hôpitaux publics, et ils sauront nous dire combien sont envoyés à la tombe dans la fleur de l’âge. Oh ! si les cendres de ces personnes pouvaient parler depuis leurs tombes, elles nous donneraient des conseils très utiles. Les uns diraient que ce vice a été la cause de querelles, de jeux, d’ivrognerie, de mort. D’autres que ce vice a affaibli leur santé et les a conduits prématurément dans la tombe, confirmant ainsi cette vérité que les péchés abrègent la vie : dies impiorum breviabuntur.
  3. Mais tirons un voile sur ces malheurs qui s’abattent sur le corps, et évoquons quelques-uns des maux qu’ils produisent dans l’esprit. Dieu dit que se livrer à l’impureté équivaut à perdre la foi : luxuriari idem est ac apostatare a Deo. En effet, nous voyons des chrétiens joyeux, pleins de ferveur dans leurs pratiques religieuses, assidus aux sacrements ; mais dès que la débauche s’introduit dans leur cœur, ils commencent à se refroidir, ils diminuent leur fréquentation des sacrements, ils s’ennuient de la parole de Dieu, ils commencent à douter des vérités de la foi, et tombant d’abîme en abîme, ils finissent par devenir incrédules et parfois de véritables apostats. Luxuriari idem est ac apostatare a Deo. Que dire alors des supplices éternels réservés dans l’autre vie aux impudiques ? Je ne veux pas continuer dans cette horrible considération ; je suggère plutôt quelques moyens pour éloigner de ce vice ceux qui sont innocents et préserver ceux qui ont eu le malheur d’en être infectés. La confession fréquente et la communion fréquente sont les deux remèdes les plus efficaces. Fuyez les discours obscènes, les mauvaises lectures, les personnes abandonnées au jeu, à l’ivrognerie et à d’autres désordres similaires. Fréquentez la parole de Dieu et lisez de bons livres, récitez matin et soir trois Je vous salue à Marie Immaculée et embrassez sa médaille. Si toi, chrétien, tu mets ces moyens en pratique, tu te préserveras sans aucun doute de ce vice terrible qui a déjà envoyé tant d’âmes en enfer.

 

Exemple

Une jeune fille de la ville de Turin eut le malheur de s’abandonner au vice dont nous parlons. Et comme cela arrive à beaucoup d’autres malheureuses, elle perdit aussi sa dévotion, quitta la maison paternelle pour mener une vie dissolue. Ainsi ruinée dans les choses de l’âme, elle le fut bientôt dans les choses du corps ; et tombée dans une grave maladie, elle était presque à l’article de la mort. Personne n’osait lui parler de religion. Ceux qui avaient osé lui dire quelques mots furent renvoyés avec exécration. Un pieux prêtre, informé de ce triste cas, eut assez de courage pour tenter lui aussi. Il se présenta à la malade, mais celle-ci, comme une furie infernale, proféra mille malédictions et voulut le contraindre à fuir. Le fidèle ministre de Dieu souffrit tout cela, et après de nombreux incidents, il réussit à lui faire accepter une médaille de l’Immaculée Conception. Plein d’espoir de gagner une fille à Marie, le prêtre part et rejoint d’autres fidèles qui se rassemblent dans l’église pour invoquer la protection de Celle qui est le refuge des pécheurs. À la fin de la journée, il retourna auprès de la malade, qui l’accueillit mieux. Il obtint qu’elle dise trois Ave Maria. Puis il partit. Il n’était pas encore arrivé chez lui lorsqu’une personne de service l’appela avec beaucoup d’empressement pour qu’il retourne auprès de la malade qui voulait se confesser. Il s’y rendit aussitôt et la trouva en larmes, pleurant ses péchés et désirant se confesser avant de mourir. Elle fit sa confession et montra des signes de repentir sincère. Elle demanda elle-même à recevoir le Saint-Sacrement, l’extrême-onction et la bénédiction papale, qui lui furent administrés sans délai. Elle semblait sur le point de rendre son dernier souffle quand, rassemblant toutes ses forces, elle adressa ces dernières paroles aux nombreuses personnes qui se tenaient en pleurs autour de son lit : « Réjouissez-vous tous dans vos cœurs ; j’ai été malheureuse, le monde m’a trompée. J’ai abandonné Dieu et sa mère très sainte, mais elle ne m’a pas abandonnée. Elle m’a obtenu de ne pas mourir d’une mauvaise mort, elle m’a obtenu de son Fils la grâce de pouvoir me confesser, et ainsi fermer les portes de l’enfer et m’ouvrir celles du paradis. Après ma mort, racontez à tous la grande faveur que Marie m’a obtenue. Je meurs, et en mourant j’espère la retrouver au ciel. » Cela dit, elle laissa tomber sa tête sur le lit et, après quelques instants, elle rendit son dernier souffle.

 

Oraison jaculatoire

Marie, tu es une tendre mère

Pour les innocents, et en même temps

Pour le pécheur qui gémit,

Qui espère en ta pitié.

 

Prends mon cœur, ô Vierge,

Tu peux le transformer ;

Donne-lui tes sentiments

Donne-lui ton amour divin.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-sixième jour. La vertu de la pureté

 

Deus, in adiutorium, etc.

  1. Autant il est horrible de parler du péché d’impureté, autant il est réconfortant de parler de la vertu de la pureté. Cette seule vertu suffit à rendre saint celui qui la possède. Ceux qui l’aiment sont comparés par Jésus dans l’Évangile aux anges : erunt sicut angeli Dei in caelo. (Matthieu 22.) Ô combien tu es digne de l’estime des hommes, ô sainte vertu de la pureté ! Tu fais de l’homme, qui n’est que poussière et cendre, un esprit céleste, un ange. Mieux encore, tu le rends supérieur aux anges eux-mêmes, car les anges sont des esprits purs, tandis que nous, pour conserver cette vertu, nous devons dompter les inclinations de notre corps. Cette vertu est si précieuse aux yeux de Dieu que le Saint-Esprit lui-même nous assure qu’il n’y a rien de plus précieux au monde : non est ponderatio digna continentis animae (Eccl. 26). Saint Jean l’Évangéliste était le disciple bien-aimé de Jésus-Christ parce qu’il avait conservé cette vertu à un degré sublime. Et Dieu a voulu le récompenser dans la vie présente en lui faisant connaître la grande récompense qui est réservée aux chastes et aux vierges dans le ciel. Alors qu’il était en exil sur l’île de Patmos, Dieu lui révéla de nombreux mystères en l’élevant pour contempler les beautés du Paradis. Entre autres choses, il vit une multitude de bienheureux vêtus d’une robe blanche, tenant une palme à la main ; et chantant un hymne que nul autre ne pouvait chanter, ils entouraient constamment la personne du Sauveur partout où il allait. Émerveillé, le saint apôtre dit à l’ange qui l’accompagnait au paradis : « Qui sont ceux qui jouissent d’une telle gloire ? » L’ange répondit : « Ce sont les vierges, ceux qui n’ont pas souillé la robe de l’innocence, et c’est pourquoi ils suivent l’Agneau divin partout où il va. Virgines enim sunt, hi sequuntur agnum quocumque ierit. »
  2. Cette vertu est précieuse non seulement aux yeux de Dieu, mais elle est aussi source de bénédiction dans la vie présente. Dieu a démontré la grande estime qu’il lui porte par de nombreux faits. Il a voulu avoir saint Joseph pour père putatif, qui était vierge ; il a voulu naître d’une mère vierge ; mieux encore, qu’elle soit vierge avant l’enfantement, pendant et après l’enfantement. Le Saint-Esprit nous dit que tous les biens viennent avec la vertu de la pureté : venerunt omnia bona pariter cum illa. En effet, ceux qui ont la chance de pouvoir parler avec les âmes qui conservent ce trésor précieux découvrent une tranquillité, une paix du cœur, une satisfaction telles qu’elles surpassent tous les biens de la terre. On les voit patients dans la misère, charitables envers leur prochain, pacifiques face aux injures, résignés dans la maladie, attentifs à leurs devoirs, fervents dans leurs prières, avides de la parole de Dieu. On voit dans leur cœur une foi vivante, une espérance ferme et une charité ardente.
  3. Courage donc, ô chrétien, fais tous les efforts pour conserver le trésor inestimable de cette vertu. Si tu le fais, tu t’élèveras au-dessus de tous les hommes et tu seras rendu semblable aux anges du paradis, même dans la vie présente. Mais si tu veux parfaire cette vertu, il faut que tu imites la Reine des Vierges. Imite-la dans la diligence dans les pratiques religieuses et dans l’exercice de l’humilité, car seuls les humbles sont rendus forts par Dieu pour combattre les tentations des sens. Imite-la dans la discrétion, de sorte que tes conversations ne soient pas avec d’autres personnes mais avec les anges, c’est-à-dire avec des personnes qui parlent des choses du Seigneur, et non des choses désordonnées du monde. Imite-la en fréquentant des personnes qui aiment cette vertu, et surtout en fuyant les personnes du sexe opposé. Imite-la dans la modestie du regard, dans la sobriété de la table, dans la fuite des théâtres, des bals et autres spectacles dangereux. Si tu imites ainsi la sainte Vierge, tu seras sûr de conserver intacte la vertu de la pureté ici-bas, pour en recevoir ensuite la glorieuse récompense au ciel.

 

Exemple

Saint Louis de Gonzague peut servir de modèle à tous ceux qui désirent conserver la vertu dont nous parlons. Dès son plus jeune âge, il était si réservé que lorsque les domestiques venaient l’aider à s’habiller, il n’osait même pas montrer ses pieds nus ; il était si modeste dans son regard qu’il n’avait jamais regardé sa mère en face. Un jour, il se trouvait en compagnie d’une personne âgée qui se mit à tenir des propos indécents. « Allons, dit Louis, cette façon de parler ne convient pas à vos cheveux blancs, et elle est d’autant plus déplacée en présence de ces jeunes chrétiens qui vous écoutent. Le vieillard rougit et se tut. Mais saint Louis, pour s’assurer de conserver cette vertu, commença dès son plus jeune âge à pratiquer une dévotion filiale envers Celle qui est appelée Mater purissima et la puissante protectrice de ceux qui veulent offrir leur cœur à Dieu. Dès l’âge de dix ans il fit vœu de chasteté perpétuelle, se plaçant entièrement sous la puissante protection de Marie, la priant de l’aider à conserver cette vertu jusqu’à sa mort. La Sainte Vierge l’exauça, et Louis fait partie de ces âmes privilégiées qui ont emporté dans l’autre vie la robe de l’innocence baptismale, qui lui vaut certainement au ciel une couronne spéciale de gloire éternelle.

 

Oraison jaculatoire

Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous[6].

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-septième jour. Le respect humain

 

Deus, in adiutorium, etc.

  1. Si quelqu’un te demandait, ô chrétien, ce qu’est le respect humain, tu répondrais peut-être que tu ne le sais pas. Et je te répondrais presque la même chose. Pourtant, pour une chose dont nous ne savons même pas ce qu’elle est, beaucoup se condamnent à la perdition éternelle. Pour donner une définition à cet ennemi des âmes, je pense que l’on peut dire : une crainte vaine qui nous empêche de faire le bien ou qui nous pousse à faire le mal pour ne pas déplaire aux hommes. Crois-moi, ô chrétien, beaucoup marcheraient dans la voie de la vertu si cette vaine crainte ne les trompait pas et ne leur faisait pas abandonner le bien qu’ils doivent faire, les poussant à commettre le mal qu’ils voudraient éviter dans leur cœur. Un jeune homme veut se donner à Dieu, sanctifier les jours fériés, aller écouter la parole de Dieu. Mais il craint ses compagnons, qui se moquent de lui. Un père de famille voudrait rester loin de ce jeu, de cette taverne, il ne voudrait plus rester sur la place pendant les heures de prière, il voudrait mieux s’occuper de sa famille, mais il craint d’être raillé par certains de ses compagnons de jeu, c’est pourquoi il continue dans le mal. D’autres disent : si je ne vais plus dans cette maison, ils diront que le confesseur me l’a interdit. Si j’abandonne ces compagnons, on dira que je veux aller dans un désert. Si je ne participe pas à ces conversations obscènes, ils diront que je n’ai pas d’esprit. Si je m’approche plus souvent des sacrements, ils diront que je veux devenir moine. Et à cause de ces vaines craintes, on continue à faire le mal, on omet les pratiques les plus importantes pour l’âme. Malheureux ! Ne savez-vous pas que la sagesse du monde est folie auprès de Dieu ? Sapientia huius mundi stultitia est apud Deum ?
  2. Mais sois persuadé que, dans la plupart des cas, on ne dit pas ces choses, c’est une crainte vaine qui te les fait penser. Crois-moi, si on te voit fidèle dans l’accomplissement de tes devoirs, on aura pour toi une grande vénération. Et même si ces choses se disaient, cela causerait-il un préjudice à tes biens, à ta réputation ? Et même si tu subissais un préjudice, devrais-tu pour autant faire ce que dit le monde, et non ce que dit Dieu ? Le monde parle, Jésus-Christ parle ; qui est le plus digne d’être écouté ? Vaut-il mieux écouter Jésus-Christ et aller à la vie éternelle, ou écouter le monde et aller en enfer ? « Oh, insensés ! » disait un bon chrétien à certains qui voulaient le pousser au mal, « insensés que vous êtes ; si, pour vous écouter, je vais en enfer, viendrez-vous peut-être me sortir de là ? »
  3. Si ce que nous avons dit en général ne suffit pas à nous faire mépriser le respect humain, pensons au moins à ce que dit Jésus-Christ dans le saint Évangile. Écoutons ses paroles : « Quiconque me confessera, je le confesserai devant mon Père céleste ; mais quiconque aura honte de me confesser devant les hommes, j’aurai moi aussi honte de le confesser devant mon Père céleste. » Courage, ô chrétien, et ne laisse jamais les paroles du monde te faire omettre un bien et te pousser à faire un mal.

 

Exemple

Un soldat nommé Belsoggiorno récitait chaque jour sept Pater et sept Ave en mémoire des sept allégresses et des sept douleurs de la Sainte Vierge. S’il n’avait pas le temps pendant la journée, il le faisait le soir avant de se coucher. De plus, s’il se souvenait qu’il n’avait pas accompli ce devoir alors qu’il était déjà au lit, il se levait aussitôt et récitait cette prière à genoux. Imaginez les moqueries et les signes de mépris de ses compagnons ! Il n’y prêta aucune attention et persévéra dans sa prière. Un jour, au combat, Belsoggiorno se trouva en première ligne face à l’ennemi, attendant le signal de l’attaque. Il se rendit alors compte qu’il n’avait pas dit sa prière habituelle et, faisant rapidement le signe de la croix, il se mit à la réciter. Dès que ses compagnons s’en aperçurent, ils se mirent à le railler, et les railleries passant de bouche en bouche, il fut presque ridiculisé par tous. Belsoggiorno avait appris à vaincre le respect humain, et voyant que les paroles de ses compagnons ne lui faisaient aucun mal, il poursuivit sa prière. Entre-temps, la bataille fit rage et fut sanglante des deux côtés. Mais quelle ne fut pas la stupéfaction de Belsoggiorno lorsqu’il vit étendus sur le sol autour de lui tous ceux qui, un instant auparavant, se moquaient de lui, sans qu’il ait subi la moindre blessure. Il ne put s’empêcher d’être saisi de crainte et de gratitude envers Marie, la puissante protectrice qui l’avait sauvé. Pendant le reste de cette guerre qui fut très longue, il ne subit jamais aucune blessure. Ô dévot de Marie, n’aie jamais honte de saluer cette Mère miséricordieuse chaque fois que tu passes devant une de ses églises, statues ou images. Et quand tu entendras dans la rue le signal de l’Ave Maria, découvre ta tête sans respect humain et récite la prière avec dévotion, car Marie saura nous récompenser grandement pour cette obéissance (d’après plusieurs auteurs).

 

Oraison jaculatoire

Ô douce et tendre Mère,

Source du saint amour,

Qu’une partie de ta ferveur

Descende dans mon cœur.

 

Fais que je méprise avec dédain

Les pensées profanes,

Et m’habitue à rechercher

La gloire du Seigneur.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-huitième jour. Du Paradis

 

Deus in adiutorium, etc.

  1. Je te propose aujourd’hui, ô chrétien, un sujet réconfortant. Il s’agit du paradis. Pour t’en faire une idée, considérons les choses visibles sur terre, puis comparons-les à celles du ciel. Imagine une nuit claire : comme il est beau de voir le firmament céleste avec cette multitude et cette variété d’étoiles ! Imagine aussi une belle journée où la clarté du soleil n’empêche pas de voir les étoiles et la lune. Rassemble ensuite tout ce qu’il y a de grand, de précieux, de savoureux, d’exquis au goût dans la mer, dans les campagnes, dans les villes et dans les cours des rois et des monarques du monde entier. Tout cela n’est rien comparé à la gloire du paradis, car ce n’est qu’une idée des biens de la terre ; mais qu’est-ce que ce sera lorsque nous serons admis par Dieu à contempler et à jouir des biens immenses qui se trouvent dans le royaume de cette gloire ? Aimons-nous la liberté ? Eh bien, au paradis, nous pourrons, à notre guise, nous promener en tous lieux dans l’air, dans la lune, dans les étoiles, dans le soleil. Nous pourrons en un instant nous transporter du ciel à la terre, et de la terre au ciel, nous pourrons pénétrer dans les lieux les plus fermés, dans les coins les plus secrets, sans obstacle et sans crainte. Nous aimons la musique ? Mais quelle douce musique sera celle des anges et des saints au paradis ! Un seul instrument céleste, touché pendant quelques instants par un séraphin, a ravi saint François d’Assise, qui est tombé en extase. Nous aimons être lettrés ? Allons au paradis, et en un instant nous deviendrons plus savants que Salomon, plus éclairés que tous les philosophes ; là, en un instant, sans ennui et sans fatigue, nous apprendrons les sciences les plus sublimes. Nous aimons contempler la beauté des créatures ? Mais combien plus beau doit être le Créateur ?
  2. Considérez ensuite la joie que ressentira l’âme en retrouvant ses parents et ses amis, en contemplant la noblesse, la beauté, la multitude des chérubins, des séraphins et de tous les anges, de tous les saints, qui par millions et par millions louent et bénissent le Créateur. Là, nous verrons Adam, Abraham, les patriarches, les prophètes, le chœur des apôtres, le nombre immense des martyrs, des confesseurs, des vierges. Oh, combien ils jouissent dans ce royaume heureux ! Ils sont toujours joyeux, sans infirmité, sans chagrin, sans souci qui trouble leur allégresse, leur contentement : neque luctus, neque clamor erit ultra.
  3. Mais remarque, ô chrétien, que tout ce que nous avons considéré jusqu’à présent est bien peu de chose en comparaison de la grande consolation que l’on éprouve à la vue de Dieu. Il console les bienheureux de son regard aimant et répand dans leur cœur un océan de délices. Nous ne le verrons plus avec les yeux de la foi, mais nous le verrons face à face, nous contemplerons de près son visage, sa divine majesté. Videbimus eum sicuti est. Le bienheureux sera tellement plongé dans les délices qu’il s’écriera : « Je suis rassasié, ô Seigneur, de ta gloire. Satiabor cum apparuerit gloria tua. » De même que le soleil illumine et embellit le monde entier, de même Dieu, par sa présence, illumine tout le paradis et remplit ces heureux habitants d’une joie incompréhensible. C’est pourquoi toutes les armées des anges, des saints et des bienheureux, au comble de leur joie, chanteront en signe de gratitude envers Dieu : Saint, saint, saint est le Dieu des armées, à qui soient l’honneur et la gloire pour tous les siècles. Courage donc, ô chrétien, il te faudra souffrir quelque chose en ce monde, mais la récompense que tu recevras dans le ciel compensera infiniment tout ce que tu souffriras sur terre. Quelle consolation ce sera pour toi lorsque tu te trouveras au ciel, en possession de la bienheureuse éternité, en compagnie de tes parents, de tes amis, des saints et des bienheureux, et que tu diras : « Je serai toujours avec le Seigneur, mon bonheur ne manquera plus jamais : semper cum domino erimus. Alors, tu béniras le moment où tu t’es donné au Seigneur, tu béniras le moment où tu as fait cette bonne confession et où tu as commencé à t’approcher fréquemment des saints sacrements ; tu béniras le jour où, abandonnant les mauvaises compagnies, tu t’es donné à la vertu ; et, plein de gratitude, tu te tourneras vers ton Dieu, lui chantant louange et gloire pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Exemple

Quelques apparitions de Marie dans la vie présente suffirent à remplir d’une joie extraordinaire ses dévots. Que sera donc la joie de jouir pour toujours de sa compagnie au ciel ? Saint Grégoire le Grand raconte qu’une jeune fille nommée Musa était très dévote à Marie, mais qu’elle avait le défaut de s’attarder volontiers avec ses compagnes dans la frivolité. Afin qu’elle ne perde pas sa dévotion et son innocence en grandissant, Marie voulut la prendre avec elle. Mais d’abord, en tendre mère, elle la prépara peu à peu. Une nuit, cette dame lui apparut avec plusieurs jeunes vierges qui semblaient du même âge, et lui dit : « Veux-tu accompagner ces jeunes filles et être ma servante ? » « Si Dieu le veut, répondit Musa, je serai volontiers leur compagne. » « Eh bien, dit la Vierge, si tu veux obtenir cette faveur, tu dois changer tes habitudes et ne plus faire tant de farces et de frivolités. Si tu fais cela, je reviendrai avec elles dans un mois, et tu deviendras comme l’une de ces belles jeunes filles. À ces mots, Musa resta stupéfaite et devint si sérieuse qu’elle semblait avoir atteint l’âge mûr ; elle se retirait, parlait peu, riait rarement et ne faisait plus aucun caprice de petite fille. Ses parents, voyant ce changement, lui demandèrent ce qu’elle avait, et elle leur raconta tout ce qu’elle avait vu. Ils pensèrent que c’était un rêve, mais comme le délai fixé était court, ils attendirent le résultat. Le trentième jour approchait, et la jeune fille tomba si malade qu’elle fut bientôt à l’article de la mort. Alors qu’elle avait les yeux fermés, elle les ouvrit soudain et vit la Bienheureuse Vierge Marie avec la même compagnie que précédemment qui l’appelait. Elle répondit : « Me voici, Madame, je vous suis ; me voici, Madame, je viens ». En disant cela, elle mourut pour rejoindre le chœur des saintes Vierges au ciel et chanter à jamais les louanges de Jésus et de sa Sainte Mère.

 

Oraison jaculatoire

Ô quelle récompense et couronne

Pour notre fidélité

Le Seigneur promet et donne

Dans l’immense éternité.

 

Dieu d’amour, bonté infinie

Je veux vous être fidèle ;

Je vous offre mon cœur et ma vie.

Donnez-moi un jour le paradis.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Vingt-neuvième jour. Un moyen de s’assurer le Paradis

 

Deus, in adiutorium, etc.

  1. Un moyen très efficace, mais très négligé par les hommes pour gagner le paradis, est l’aumône. Par aumône, j’entends toute œuvre de miséricorde exercée envers le prochain par amour de Dieu. Dieu dit dans les Saintes Écritures que l’aumône obtient le pardon des péchés, même s’ils sont nombreux. Eleemosyna operit multitudinem peccatorum. Le divin Sauveur parle ainsi dans l’Évangile : « Donnez aux pauvres ce qui excède vos besoins. Que celui qui a deux vêtements en donne un à celui qui en a besoin, et celui qui a plus que nécessaire partage avec celui qui a faim » (Luc 3). Dieu nous assure que tout ce que nous faisons pour les pauvres, il le considère comme fait pour lui-même : « Tout ce que vous avez fait à l’un de mes frères les plus malheureux, dit Jésus, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25). Vous désirez que Dieu vous pardonne vos péchés et vous libère de la mort éternelle ? Faites l’aumône. Eleemosyna ab omni peccato et a morte liberat. Vous voulez empêcher votre âme d’aller dans les ténèbres de l’enfer ? Faites l’aumône. Eleemosyna non patietur animam ire ad tenebras. (Tob. 4) En somme, Dieu nous assure que l’aumône est un moyen très efficace pour obtenir le pardon de nos péchés, trouver miséricorde aux yeux de Dieu et accéder à la vie éternelle. Eleemosyna est quae purgat a peccato, facit invenire misericordiam et vitam aeternam.
  2. Si donc tu désires que Dieu te fasse miséricorde, commence par la faire aux pauvres. Tu diras : je fais ce que je peux. Si tu fais ce que tu peux, sois tranquille. Mais attention, le Seigneur te dit de donner aux pauvres tout ce qui est superflu : quod superest, date pauperibus. C’est pourquoi je te dis que ces achats et ces augmentations de richesse que tu fais d’année en année sont superflus. Superflu, ce raffinement que tu as dans les objets de table, les repas, les tapis, les vêtements, qui pourraient servir à ceux qui ont faim, à ceux qui ont soif, et à couvrir ceux qui sont nus. Superflu, ce luxe dans les voyages, les théâtres, les bals et autres divertissements, où l’on peut dire que va finir le patrimoine des pauvres.

Tu diras : je n’ai pas de richesses ; si tu n’as pas de richesses, donne ce que tu peux. Mais tu ne manques pas de moyens et de façons de faire l’aumône. N’y a-t-il pas de malades à visiter, à assister, à veiller ? N’y a-t-il pas de jeunes abandonnés à accueillir, à instruire, à héberger dans ta maison, si tu le peux, ou au moins à conduire là où ils peuvent apprendre la science du salut ? N’y a-t-il pas des pécheurs à avertir, des indécis à conseiller, des affligés à consoler, des querelles à apaiser, des injures à pardonner ? Vois combien de moyens tu as pour faire l’aumône et mériter la vie éternelle ! De plus, ne peux-tu pas faire quelques prières, une confession, la communion, réciter un chapelet, assister à une messe en suffrage des âmes du purgatoire, pour la conversion des pécheurs, ou pour que les infidèles soient éclairés et viennent à la foi ? N’est-ce pas aussi une grande aumône que de brûler les livres pervers, de diffuser les bons livres et de parler autant que tu peux en l’honneur de notre sainte religion catholique ?

  1. Une autre raison doit nous inciter à faire l’aumône, et c’est celle que le Sauveur mentionne dans le saint Évangile. Il dit : vous ne donnerez pas aux pauvres un verre d’eau fraîche sans que votre Père céleste vous en donne la récompense. Tout ce que vous donnerez aux pauvres, vous le recevrez cent fois dans la vie présente et une récompense dans la vie éternelle. Ainsi, donner quelque chose aux pauvres dans la vie présente, c’est le multiplier, c’est avoir cent pour un, même dans la vie présente, Dieu nous réservant la pleine récompense dans l’autre vie.

Voilà pourquoi on voit tant de familles donner partout de généreuses aumônes, et augmenter toujours en richesses et en prospérité. La raison en est donnée par Dieu : donnez aux pauvres, et il vous sera donné : date, et dabitur vobis. Il vous sera donné cent pour un dans la vie présente, et la vie éternelle dans l’autre : centuplum accipiet in hac vita et vitam aeternam possidebit.

 

Exemple

L’histoire de Tobie est un modèle de la manière dont il faut faire l’aumône. Il disait à son fils ces paroles mémorables : « Fais l’aumône selon tes moyens, et ne détourne jamais ton visage d’un pauvre, car ainsi il n’arrivera pas que le visage du Seigneur se détourne de toi. Sois miséricordieux autant que tu le peux. Si tu as beaucoup, donne en abondance, si tu as peu, donne le peu que tu peux, mais volontiers, car l’aumône sera pour toi une récompense que tu gagneras maintenant et qui sera pour toi un trésor devant Dieu au jour du besoin. Souviens-toi, mon fils, que Dieu aime celui qui donne volontiers » (Tobie 4).

Imitons aussi Marie dans sa charité. Guidée par un véritable esprit de charité, elle alla rendre visite à sainte Élisabeth et resta trois mois chez elle, la servant comme une humble servante. Elle fut invitée à un mariage dans la ville de Cana, en Galilée. Au milieu du repas, il manqua de vin. Ne pouvant y pourvoir elle-même, elle invita son fils Jésus qui, à sa demande, changea l’eau en vin. Imaginons combien de grâces et de bénédictions Marie obtiendra dans le ciel de son bien-aimé Jésus en faveur de ceux qui, par leurs conseils, leurs œuvres, leurs prières, leurs aumônes ou de toute autre manière, exercent des actes de miséricorde envers leur prochain ?

 

Oraison jaculatoire

Heureux qui, dans le monde

Sait faire de ses richesses

Une joie éternelle

Dans la gloire du Seigneur.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Trentième jour. Marie, notre protectrice dans la vie présente

 

Deus, in adiutorium, etc.

  1. Nous sommes dans ce monde comme dans une mer agitée, comme en exil, dans une vallée de larmes. Marie est l’étoile de la mer, le réconfort dans notre exil, la lumière qui nous montre le chemin du ciel en séchant nos larmes. Et c’est ce que fait cette tendre mère en nous obtenant une aide spirituelle et temporelle constante. Nous ne pouvons entrer dans certaines villes, dans certains pays sans y trouver un monument commémorant les grâces obtenues par Marie à ses dévots. Laissant de côté les très nombreux sanctuaires célèbres de la chrétienté, où des milliers de témoignages de grâces reçues sont accrochés aux murs, je mentionnerai seulement celui de la Consolata, que nous avons heureusement à Turin. Va, ô lecteur, et avec la foi d’un bon chrétien, entre dans ces murs sacrés et contemple les signes de gratitude envers Marie pour les bienfaits reçus. Ici, tu vois un malade renvoyé par les médecins, qui retrouve la santé. Là, une grâce reçue, et voici un homme qui a été libéré de la fièvre ; là, un autre guéri de la gangrène. Ici, grâce reçue, et voici un homme qui a été libéré par l’intercession de Marie des mains des assassins ; là, un autre qui n’a pas été écrasé sous un énorme rocher qui tombait ; là, pour la grâce de la pluie ou du beau temps. Si vous jetez ensuite un coup d’œil sur la petite place du sanctuaire, vous verrez un monument que la ville de Turin a érigé à Marie en 1835, lorsqu’elle a été libérée d’un choléra mortel qui infestait horriblement les quartiers voisins.
  2. Les faveurs mentionnées ne concernent que les besoins temporels, que dire des grâces spirituelles que Marie a obtenues et obtient pour ses dévots ? Il faudrait écrire de gros volumes pour énumérer les grâces spirituelles que ses fidèles ont reçues et reçoivent chaque jour de la main de cette grande bienfaitrice du genre humain. Combien de vierges doivent la préservation de leur état à sa protection ! Combien de consolations aux affligés ! Combien de passions combattues ! Combien de martyrs fortifiés ! Combien d’embûches du démon surmontées ! Saint Bernard, après avoir énuméré une longue série de faveurs que Marie obtient chaque jour pour ses fidèles, termine en disant que tout le bien qui nous vient de Dieu nous vient par Marie : Totum nos Deus habere voluit per Mariam.
  3. Elle n’est pas seulement le secours des chrétiens, mais aussi le soutien de l’Église universelle. Tous les titres que nous lui donnons rappellent une faveur ; toutes les solennités qui sont célébrées dans l’Église ont leur origine dans un grand miracle, dans une grâce extraordinaire que Marie a obtenue en faveur de l’Église.

Combien d’hérétiques ont été confondus, combien d’hérésies ont été éradiquées, au point que l’Église exprime sa gratitude en disant à Marie : « Toi seule, ô grande Vierge, tu as été celle qui a déraciné toutes les hérésies : cunctas haereses sola interemisti in universo mundo. »

 

Exemples

Nous rapporterons quelques exemples qui confirment les grandes faveurs que Marie a obtenues à ses fidèles. Commençons par l’Ave Maria. La salutation angélique, c’est-à-dire l’Ave Maria, est composée des paroles prononcées par l’ange à la Sainte Vierge et de celles que Sainte Élisabeth a ajoutées lorsqu’elle lui a rendu visite. La mention « sainte Marie » a été ajoutée par l’Église au Ve siècle. À cette époque, vivait à Constantinople un hérétique nommé Nestorius, homme plein d’orgueil. Il en arriva à l’impiété de nier publiquement le nom auguste de Mère de Dieu à la Sainte Vierge. C’était là une hérésie qui visait à renverser tous les principes de notre sainte religion. Le peuple de Constantinople frémissait d’indignation devant un tel blasphème ; et pour éclaircir la vérité, des supplications furent envoyées au souverain pontife, qui s’appelait alors Célestin, demandant instamment réparation pour ce scandale. En 431, le pontife convoqua un concile général à Éphèse, ville d’Asie Mineure située sur les rives de l’archipel. Les évêques de toutes les parties du monde catholique participèrent à ce concile. Saint Cyrille, patriarche d’Alexandrie, y présidait au nom du pape. Tout le peuple resta du matin au soir aux portes de l’église où les évêques étaient réunis ; lorsqu’il vit s’ouvrir la porte et apparaître saint Cyrille à la tête de plus de 200 évêques, et qu’il entendit prononcer la condamnation de l’impie Nestorius, des cris de joie retentirent dans tous les coins de la ville. Tout le monde répétait ces mots : « L’ennemi de Marie est vaincu ! Vive Marie ! Vive la grande, l’exaltée, la glorieuse mère de Dieu. C’est à cette occasion que l’Église ajouta à l’Ave Maria ces autres mots : « Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous, pécheurs. Ainsi soit-il. » Les autres mots « maintenant et à l’heure de notre mort » furent introduits par l’Église plus tard. La déclaration solennelle du Concile d’Éphèse sur le titre auguste de mère de Dieu donné à Marie fut également confirmée dans d’autres conciles, jusqu’à ce que l’Église instaure la fête de la Maternité de la Bienheureuse Vierge, qui est célébrée chaque année le deuxième dimanche d’octobre. Nestorius, qui osa se rebeller contre l’Église et blasphémer contre la Mère de Dieu, fut sévèrement puni dans cette vie.

Autre exemple. À l’époque de saint Grégoire le Grand, une grande peste sévissait dans de nombreuses régions d’Europe, et en particulier à Rome. Pour mettre fin à ce fléau, saint Grégoire invoqua la protection de la Mère de Dieu. Parmi les œuvres publiques de pénitence, il ordonna une procession solennelle devant l’image miraculeuse de Marie vénérée dans la basilique du pape Libère, aujourd’hui Sainte-Marie-Majeure. Au fur et à mesure que la procession avançait, la maladie contagieuse s’éloignait de ces quartiers, jusqu’à ce qu’elle arrive à l’endroit où se trouvait le monument de l’empereur Hadrien (qui fut pour cette raison appelé Castel Sant’Angelo), où apparut un ange sous forme humaine. Il rangea son épée ensanglantée dans son fourreau pour signifier que la colère divine était apaisée et que, par l’intercession de Marie, le terrible fléau allait cesser. Au même moment, on entendit un chœur d’anges chanter l’hymne : Regina coeli laetare alleluia. Le saint pontife ajouta à cet hymne deux autres versets avec une prière, et depuis lors, les fidèles commencèrent à l’utiliser pour honorer la Vierge durant la période pascale, temps de joie à cause de la résurrection du Sauveur. Benoît XIV accorda les mêmes indulgences que pour l’Angélus aux fidèles qui le récitent pendant la période pascale.

La récitation de l’Angélus est une très ancienne coutume dans l’Église. Ne connaissant pas l’heure exacte à laquelle la Vierge a reçu l’annonce, si c’était le matin ou vers le soir, les premiers fidèles la saluaient à ces deux moments de la journée par l’Ave Maria. De là est venue plus tard la coutume de sonner les cloches le matin et le soir pour rappeler aux chrétiens cette pieuse coutume. On pense que cette coutume a été introduite par le pape Urbain II en 1088. Il avait ordonné cela pour inciter les chrétiens à recourir à Marie afin d’implorer son protection le matin dans la guerre qui faisait alors rage entre les chrétiens et les Turcs, et le soir pour implorer le bonheur et la concorde entre les princes chrétiens. Grégoire IX y ajouta en 1221 le son des cloches à midi. Les papes enrichirent cette pratique de dévotion de nombreuses indulgences. Benoît XIII, en 1724, accorda une indulgence de 100 jours pour chaque récitation, et une indulgence plénière à ceux qui la réciteraient pendant un mois entier, à condition d’avoir fait leur confession sacramentelle et leur communion un jour du mois.

 

Oraison jaculatoire

Ô Marie, notre avocate,

Dispensatrice de toutes grâces,

Messagère de salut

Pour le juste et le pécheur.

 

Mère de miséricorde, du ciel

Regarde tes fidèles,

Exauce nos vœux,

Ô Mère du Seigneur.

 

Prière. Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie…

 

 

Trente et unième jour. Marie, notre protectrice à l’heure de la mort

 

Deus, in adiutorium, etc.

  1. Marie protège ses fidèles dans tous les besoins de la vie, mais elle les protège encore davantage à l’heure de la mort. Comme un capitaine court défendre la forteresse lorsqu’elle est en danger, ainsi Marie vient combattre les ennemis de notre âme qui feront tous leurs efforts pour conquérir notre âme dans ces derniers instants de la vie. Marie sera un capitaine redoutable qui, à la manière d’une armée bien ordonnée, réprimera les assauts de l’ennemi infernal ; terribilis ut castrorum acies ordinata.

Saint Louis de Gonzague, dans les derniers instants de sa vie, réconforté par Marie, non seulement ne craignait pas la mort, mais était plein de joie à mesure que l’heure de sa mort approchait. Notons que Marie est si redoutable pour les esprits maléfiques que, comme le dit saint Bonaventure, lorsque son nom est invoqué, tout l’enfer tremble : ab invocatione nominis tui trepidat spiritus malignus. Alors le malade, libéré des tentations, se dispose à mourir saintement. Ainsi, le fils de sainte Brigitte, nommé Charles, fut libéré des embûches du démon, et la Mère de miséricorde ne permit pas aux ennemis de l’âme d’entrer dans la chambre du malade. C’est ce que Dieu révéla à sainte Brigitte elle-même.

  1. En effet, nous considérons Marie comme notre mère, et nous avons donc une idée des grâces qu’elle nous obtiendra à l’heure de notre mort. Les mères terrestres n’abandonnent jamais leurs enfants. Plus leurs misères et leurs maux grandissent, plus elles s’efforcent avec une sollicitude maternelle de les soulager au milieu de tous les dangers. Ainsi Marie, qui aime tant ses enfants dans la vie, avec quelle tendresse, avec quelle bonté courra-t-elle pour les protéger dans leurs derniers instants, quand le besoin est le plus grand ? Elle-même a révélé à sainte Brigitte ces paroles précises : « Moi, mère fidèle, je veux être présente à la mort de tous ceux qui m’ont servie, je veux être présente, je veux les protéger, je veux les consoler. »
  2. Marie aide tous ses dévots à l’heure de la mort en se montrant parfois visiblement. Tel est le sentiment de saint Bonaventure, de saint Charles Borromée, de saint Philippe Néri, de saint Alphonse et de beaucoup d’autres. Tel est également le sentiment de l’Église, qui appelle Marie auxilium christianorum, secours des chrétiens. Cette aide doit certainement être plus grande lorsque les dangers sont plus grands, comme à l’heure de la mort. C’est précisément ce que nous demandons chaque jour lorsque nous disons : Sainte Marie, priez pour nous à l’heure de notre mort. Mais plus tendres et consolantes encore sont les paroles que prononcent les ministres sacrés et ceux qui récitent l’office de la Bienheureuse Vierge, lorsqu’ils font cette invocation : Marie, mère de la grâce et de la miséricorde, défends-nous contre les embûches de l’ennemi infernal, et à l’heure de la mort, accueille notre âme. Tu nos ab hoste protege, et mortis hora suscipe.

 

Exemple

Je pourrais citer ici de très nombreux exemples où Marie s’est manifestement montrée favorable à ses dévots à l’heure de leur mort. Je n’en retiendrai qu’un seul, renvoyant le lecteur en particulier à l’ouvrage remarquable de Pallavicino qui en rapporte une centaine, tous signalés et racontés avec cette réserve critique qui est la principale qualité de cet illustre auteur. Le docteur de l’Église Vincenzo Belloacese rapporte ce qui suit. Un prêtre fut invité à donner les derniers sacrements à une mourante. Il se rendit à l’église, prit le Saint-Sacrement et se mit en route vers le lieu où se trouvait la malade. Entré dans une misérable petite chambre, dépourvue de tout confort, il vit la pauvre agonisante gisant sur un peu de paille, plongée dans la plus grande misère ; il ressentit alors dans son âme une douleur pleine de compassion, mais cette douleur se changea en surprise lorsqu’il vit un chœur de vierges venir du ciel à point nommé pour apporter aide et réconfort à la pauvre mourante. Et qui plus est, la Mère de Dieu elle-même, de sa main sainte, servait sa fille dévote. Devant un tel spectacle, le prêtre n’osait s’avancer, quand la glorieuse Vierge lui jeta un regard bienveillant et s’agenouilla, inclinant son front jusqu’à terre pour adorer son Fils au Saint-Sacrement. Après quoi, Elle et les autres Vierges, également profondément inclinées, se redressèrent et se retirèrent à part pour laisser le passage libre au vicaire. Comme la veuve demandait en outre à se confesser avant de recevoir la sainte hostie, la sainte Vierge se leva aussitôt de terre et, ne trouvant rien d’autre, prit un siège rustique et le porta de ses propres mains à l’endroit où le confesseur pouvait mieux entendre la confession sacramentelle. L’humble prêtre n’osait s’asseoir en présence de Jésus et de Marie ; mais il fut contraint de s’asseoir pour obéir aux gestes de Marie. Après avoir écouté la Confession, il administra le Viatique à cette âme heureuse qui, transportée par l’amour de Dieu, par la compagnie de Marie et des autres Vierges glorieuses, se sépara de son corps pour s’envoler vers le ciel afin de remercier pour tous les siècles sa grande bienfaitrice.

 

Oraison jaculatoire

Ô Mère incomparable,

Dans la vie et à l’heure extrême

Tu es notre véritable espérance,

Réconforte notre cœur.

 

Fais qu’au dernier soupir,

À l’heure de notre mort,

Que notre âme et notre cœur prononcent :

Marie, espérance, amour.

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Premier jour de juin Comment s’assurer la protection de Marie

 

Deus in adiutorium, etc.

  1. Maintenant que nous avons terminé le mois de Marie, je juge bon, pour conclure, de vous donner quelques souvenirs utiles pour vous assurer la protection de notre Mère dans la vie et dans la mort. Marie, étant notre mère, doit certainement détester les outrages qui sont faits à Jésus, son fils. C’est pourquoi ceux qui désirent jouir de sa protection dans la vie et dans la mort doivent s’abstenir du péché. Notre espérance serait vaine si nous croyions jouir de la protection de Marie tout en offensant son fils Jésus, qu’elle aime par-dessus tout. Mais nous devons non seulement nous garder d’offenser Jésus, mais aussi méditer de toutes les forces de notre cœur les mystères divins de sa passion et le suivre dans la pénitence. Marie elle-même a dit un jour à sainte Brigitte : « Ma fille, si tu veux me faire plaisir, aime de tout ton cœur mon fils Jésus. »

Marie est le refuge des pécheurs, c’est pourquoi nous devons nous aussi nous efforcer, par de bons conseils, par nos sollicitudes, nos prières, de bons livres et d’autres moyens, de conduire les âmes à Jésus et de multiplier les enfants de Marie. Rien n’est plus cher à Jésus que le salut des âmes ; c’est pourquoi Marie, qui aime tendrement son Fils, ne peut recevoir d’hommage plus agréable que celui qui lui est rendu en gagnant une âme.

Nous devons également nous efforcer de lui offrir en hommage la victoire sur une de nos passions. Ainsi, si quelqu’un, de nature colérique, se laisse souvent aller à des actes d’impatience, à des imprécations et à des blasphèmes, ou s’il a pris l’habitude de parler de manière obscène et avec peu de respect pour les choses de la religion, il convient qu’il retienne sa langue pour rendre un hommage agréable à la Vierge. En somme, chacun doit s’efforcer de fuir le mal et de faire le bien par amour de Marie.

  1. Parmi les nombreux hommages que nous pouvons rendre à Marie, il y a celui de nous préparer à célébrer avec dévotion ses solennités par des triduums, des neuvaines, des octaves, selon l’usage, soit dans les églises publiques, soit dans les maisons privées. Sainte Élisabeth, reine du Portugal, jeûnait tous les samedis et toutes les veilles précédant les solennités de la Vierge, en ne prenant que du pain et de l’eau. D’autres ont coutume de se confesser et de communier tous les jours de fête, comme le faisaient saint Louis de Gonzague, saint Stanislas Kostka et d’autres. D’autres font l’aumône aux pauvres, et la donnent en suffrage pour les âmes qui ont été les plus dévouées à Marie pendant leur vie. Il y a aussi certains dévots de Marie qui, en son honneur, assistent souvent à la sainte messe avec l’intention de remercier la Très Sainte Trinité qui a élevé Marie sur le plus beau trône du ciel. D’autres vénèrent avec un culte particulier les saints qui lui sont les plus proches, comme saint Joseph, son très saint époux, saint Joachim et sainte Anne, ses très heureux parents.
  2. Il existe ensuite des pratiques de dévotion particulières, qui sont comme des flammes de feu qui font brûler d’amour pour nous cette Mère miséricordieuse. Par exemple, l’Angélus le matin, à midi et le soir ; le Rosaire tous les jours ou au moins tous les jours de fête ; assister aux vêpres, participer aux exercices de piété qui ont lieu le samedi en l’honneur de son cœur immaculé. Mais je vous recommande de réciter chaque soir avant de vous coucher trois fois la petite prière suivante : « Chère Mère Vierge Marie, faites que je sauve mon âme. » Rappelons-nous toujours que la dévotion à Marie est l’un des moyens les plus sûrs d’obtenir la vie éternelle. Elle-même nous l’assure en disant : « Ceux qui sont mes dévots auront la vie éternelle : qui elucidant me, vitam aeternam habebunt. »

 

Exemple

Je vous recommande de ne jamais laisser passer un samedi sans faire quelque chose en l’honneur de Marie. Depuis les premiers temps de l’Église, les chrétiens avaient coutume de pratiquer une dévotion à la Sainte Vierge le samedi. Le samedi signifie repos, et il a été choisi pour faire allusion au repos, c’est-à-dire à la demeure que le Verbe divin a daigné prendre dans le sein très pur de Marie. L’un des plus fervents propagateurs du culte de Marie le jour du samedi fut saint Hildefonse, archevêque de Tolède. Il avait composé quelques cantiques à la louange de cette mère de miséricorde, et le samedi suivant, il entendit les anges les chanter dans l’église, au milieu desquels se trouvait Marie elle-même. Après cet événement, le culte du samedi se répandit rapidement dans toute l’Europe. Dès le Xe siècle, l’abstinence de viande était en usage ce jour-là en l’honneur de Marie. Peu après, on composa la Messe et l’office propre à ce jour. La Messe et l’office furent approuvés par le pape Urbain II lors du concile de Chiaramonti en l’an 1095. Ne laissons jamais passer un samedi sans accomplir un acte de vertu en l’honneur de Marie, et si nous le pouvons, communions ou allons au moins écouter une messe en suffrage des âmes du purgatoire.

 

Oraison jaculatoire.

Oh, si je pouvais voir un jour

Tous les cœurs languir d’amour

Pour une si belle reine et entendre

Louer son nom de toutes parts !

 

Que résonne sur toute la terre

En unanime harmonie :

Vive, vive à jamais Marie !

Vive Dieu qui l’a tant aimée !

 

Prière. Souvenez-vous, etc.

 

 

Offrande du cœur à Marie

Pour offrir son cœur à Marie, on choisit le premier juin, consacré à son saint cœur, ou bien un autre jour avant ou après, surtout s’il s’agit d’une fête solennelle, comme la Pentecôte, la Fête-Dieu ou autre. Pour vous offrir vous-même et tout le mois que vous consacrerez à Marie, la veille de la sainte confession, vous vous disposerez à recevoir la très sainte communion avec une ferveur particulière et en vous préparant par des pensées pieuses et des sentiments fervents. Après avoir rendu grâce comme vous en avez l’habitude, vous devrez avec ferveur :

  1. Offrir à Marie toutes les dévotions que vous avez pratiquées pendant tout le mois, et les lui présenter en hommage à son adorable cœur.
  2. Adorer maintenant et tout au long de la journée le cœur de Marie qui, comme l’a révélé le Seigneur, est le but de son amour et de celui de tous les cœurs après celui de Jésus, est plein de toute grâce, est le cœur d’où et par lequel toute grâce descend sur nous.
  3. Unir votre cœur à celui de tous les saints, surtout de ceux qui, dans cette vie, ont été les plus épris de Marie, afin de suppléer ainsi à l’imperfection de votre amour.
  4. Prier la Vierge d’accepter pour toujours l’offrande que nous lui faisons de notre cœur, en nous accordant de pouvoir un jour lui rendre parfaitement hommage au ciel, comme nous le lui rendons faiblement ici-bas.
  5. Réciter en ce jour vos prières avec plus de ferveur et de dévotion, visiter une église ou une image de Marie, faire une aumône, bref, passer cette journée de la manière la plus sainte possible.

Que Jésus et Marie vivent toujours dans votre cœur.

 

Formule de l’offrande du cœur à Marie

Très Sainte Vierge, Mère de Dieu Marie, moi N. N., bien que pécheur indigne, prosterné à vos pieds, en présence de Dieu tout-puissant et de toute la Cour céleste, je vous présente et vous offre mon cœur avec tous ses sentiments : je vous le consacre et je veux qu’il soit toujours vôtre et celui de votre cher Jésus. Acceptez, ma très douce Mère, cette offrande fervente de votre pauvre serviteur, unie au cœur de tous les saints, et faites qu’à partir de ce moment, je commence et continue à vivre uniquement pour vous, pour votre très saint Fils et mon Dieu. Avec son aide divine et votre aide aimante, j’espère y parvenir, et pour ma part, je le promets. Entre vos deux cœurs, Jésus et Marie, mettez mon pauvre cœur, afin qu’il s’enflamme tout entier de votre amour très pur, afin qu’en vivant de votre beau feu sur terre, il brûle ensuite d’un amour éternel pour vous là-haut dans le ciel, en compagnie des anges et des saints.

 

Prière de saint Bernard

Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie,  qu’on n’a jamais entendu dire que vous ayez rejeté ou abandonné quelqu’un qui implorait vos faveurs. Animé de cette confiance, je me refugie vers vous, ô Vierge des vierges, ô Marie, Mère de Jésus-Christ, je viens à vous. Ne méprisez pas, ô Mère du Verbe éternel, les prières de votre humble enfant, écoutez-les favorablement, ô clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie.

Amen.

 

Indulgences accordées par le pape Pie IX

C’est avec une grande consolation que nous annonçons à nos lecteurs que le Saint-Père, le pontife régnant Pie IX, a daigné accorder sa bénédiction apostolique à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, s’efforcent de diffuser les Lectures catholiques.

 

Le prêtre Giovanni Bosco, dans le vif désir de promouvoir les louanges et les chants spirituels en l’honneur de Dieu, de la Bienheureuse Vierge Marie et des saints, a supplié le Souverain Pontife régnant d’accorder les indulgences suivantes, auxquelles le Saint-Père a bien voulu consentir en signant de sa propre main le vénéré rescrit.

 

  1. Indulgence d’un an à ceux qui enseigneront gratuitement le chant des louanges sacrées, en les pratiquant en public ou en privé au moins quelques fois ; une autre indulgence de cent jours à ceux qui les pratiqueront dans un oratoire public ou privé chaque fois qu’ils auront lieu.
  2. Indulgence plénière à gagner à la fin du mois de Marie par ceux qui, au cours de ce mois, se sont particulièrement occupés de chanter des louanges sacrées dans l’église et ont participé à la dévotion du mois de Marie.
  3. Indulgence plénière une fois par mois pour ceux qui, pendant au moins quatre jours fériés ou même ouvrables, prendront part au chant ou à l’enseignement des louanges sacrées ; cette indulgence sera obtenue le jour après une Confession et la communion préalables. Afin de pouvoir bénéficier des indulgences susmentionnées, il est requis que les louanges soient approuvées par l’autorité ecclésiastique.
  4. Ces indulgences peuvent être appliquées aux âmes des fidèles défunts.

 

Romae apud S. Petrum, die 7 aprilis 1858.

 

Benigne annuimus iuxta petita

PIUS P. P. IX.

 

 

Louange à Marie

 

Louez Marie,

Ô langues fidèles.

Que résonne dans les cieux

Votre harmonie.

Louez, louez, louez Marie.

 

Marie, tu es un lys

De pureté immaculée

Qui enflamme le cœur

De ton Fils, le Verbe.

Louez, etc.

 

De lumière divine

Tu es la noble aurore,

Le soleil t’adore.

La lune s’incline.

Louez, etc.

 

D’un pied puissant

Tu écrases la tête

De l’ancien ennemi,

Le serpent maléfique.

Louez, etc.

 

Ton sein pur

A donné nourriture et refuge

Au grand petit enfant

Jésus Nazaréen.

Louez, etc.

 

Tu règnes déjà bienheureuse

Parmi les chœurs angéliques,

Avec des chants sonores,

Exaltée par tous.

Louez, etc.

 

Le ciel te donne

Les plus belles grâces,

Et une poussière d’étoiles

Te forme une couronne.

Louez, etc.

 

Ô Mère de Dieu,

Et rose mystique,

Secours par pitié

Mon pauvre esprit.

Louez, louez, louez Marie.

 

 

Avec l’approbation de la Révision ecclésiastique.

 

 

Turin, imprimé par G. B. Paravia e Compagnia, 1858

[1] V. Le mois de mai ; Gênes, 1747.

[2] Le pape Pie IX accorde une indulgence de cent jours chaque fois que cette invocation est récitée.

[3] Le pape Pie IX accorde une indulgence de cent jours chaque fois que l’on récite la prière ci-dessus.

[4] Le pape Pie IX a accordé une indulgence de trois cents jours chaque fois que l’on récitait cette prière de saint Bernard avec un cœur contrit, et l’indulgence plénière à ceux qui la récitaient pendant un mois entier, à gagner en un jour de ce mois choisi à leur gré.

[5] Le pape Pie IX accorde 300 jours d’indulgence chaque fois que cette invocation est récitée ; et ceux qui la récitent chaque jour pendant un mois gagneront l’indulgence plénière le jour où ils feront leur confession et leur communion.

[6] Le pape Pie IX accorde une indulgence de 100 jours chaque fois que cette invocation est récitée, et l’indulgence plénière à ceux qui la récitent pendant un mois, le jour où ils se confessent et communient.

Éditeur BSOL

Éditeur du site Web.