1 Juin 2026, lun

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Nous aussi, nous sommes envoyés. Nos lieux de travail, nos quartiers, nos familles et nos amitiés sont les « villes et lieux » où le Christ a l’intention de venir et il nous y envoie devant lui pour préparer le chemin.

 

 

Dans l’Évangile de Luc, au début du chapitre 10 (versets 1-19), Jésus étend sa mission au-delà des Douze, envoyant soixante-douze disciples devant lui pour préparer la voie. C’est un moment décisif : la mission n’est plus réservée à un petit cercle apostolique, mais s’étend à un groupe plus large de disciples ordinaires. L’implication est claire : chaque disciple est missionnaire, envoyé dans son coin de monde particulier pour rendre le Christ présent.

Pour nous, les chrétiens d’aujourd’hui, qui travaillons dans des bureaux ou des hôpitaux, élevons des enfants à la maison ou servons dans des écoles, gérons des entreprises ou prenons soin des personnes âgées, ce passage parle directement à notre vocation baptismale. Nous aussi, nous sommes envoyés. Nos lieux de travail, nos quartiers, nos familles et nos amitiés sont les « villes et lieux » où le Christ a l’intention de venir et il nous y envoie devant lui pour préparer le chemin.

Les instructions que Jésus donne ne sont pas seulement pour les « professionnels » de la religion, mais pour tous ceux qui portent son nom. Ce sont des instructions qui révèlent comment doit être le témoignage chrétien dans n’importe quel contexte : voyager léger, apporter la paix, guérir ceux qui sont blessés, annoncer la proximité du Royaume à travers la réalité concrète de nos vies.

Dans une culture qui relègue souvent la foi à une conviction privée ou au culte dominical, Luc 10 revendique toute la vie comme territoire missionnaire. Ces trois réflexions explorent comment les paroles de Jésus aux soixante-douze éclairent ce que signifie vivre comme des disciples envoyés dans les circonstances ordinaires de la vie quotidienne.

 

  1. Voyager léger : liberté face au poids de l’autosuffisance

« N’emportez ni bourse, ni sac, ni sandales. » Jésus envoie ses disciples délibérément vulnérables, radicalement dépendants de Dieu et de l’hospitalité des autres. Cette instruction défie les postulats fondamentaux de la vie contemporaine, d’après lesquels la sécurité découle de l’accumulation, la valeur provient de l’autosuffisance, et nous devons toujours avoir tout sous contrôle.

Pour les chrétiens qui affrontent la vie ordinaire – carrière, responsabilités familiales, pressions économiques – cet appel à la pauvreté évangélique ne signifie pas abandonner une planification prudente ou une gestion responsable. Il expose plutôt une question spirituelle plus profonde : sur quoi comptons-nous vraiment ?

Nous vivons dans une culture qui nous apprend à avoir confiance en notre capacité à gérer toute éventualité. Nous accumulons des certifications, des diplômes, des contacts – construisant des « bourses » toujours plus grandes. Et nous nous épuisons à essayer de maintenir l’illusion de l’autosuffisance.

L’instruction de Jésus nous libère de ce poids. Voyager léger signifie reconnaître notre dépendance fondamentale de la providence de Dieu, de la communauté des croyants, de la grâce que nous ne pouvons pas fabriquer. Cela signifie être disposé à reconnaître que nous n’avons pas la réponse, que nous avons besoin d’aide, quand nos plans soigneusement élaborés s’effondrent et que nous devons avoir confiance que Dieu pourvoira d’une autre manière.

En termes pratiques : admettre que nous ne sommes pas parfaits et que maintenir une image parfaite finit par nous rendre esclaves ; être honnêtes avec nos enfants concernant nos difficultés ; choisir la simplicité plutôt que l’accumulation, la présence plutôt que la productivité, la confiance plutôt que l’anxiété.

Nous ne sommes pas appelés à être des chrétiens qui semblent avoir tout résolu. Nous sommes invités à découvrir que le Christ suffit, que sa grâce est vraiment suffisante, que la dépendance par rapport à Dieu est pure liberté.

 

  1. Avant tout, la paix : présence dans un monde fragmenté

« Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. » Avant toute activité ou productivité, qu’il y ait, avant tout, la paix. Nous vivons des vies fragmentées, mille choses en même temps, présents dans les conversations seulement à moitié. Jésus nous envoie apporter la paix. Attention : ce n’est pas la paix superficielle, fruit de l’illusion d’avoir tout sous contrôle, mais la paix vraie et profonde qui vient du fait de se savoir soutenu par Dieu même dans le chaos.

Cette paix est un témoignage contre-culturel : quand les collègues sont stressés et que nous restons sereins, non par refus mais par la confiance ; quand les quartiers sont anxieux et que nous offrons une présence calme, non par naïveté mais avec l’espérance.

Pense aux « maisons » quotidiennes dans lesquelles tu entres : le lieu de travail, la maison, la salle de sport, l’école des enfants, le quartier. Apporter la paix pourrait signifier ne pas participer aux commérages au travail, mais parler avec respect ; créer une atmosphère domestique où les personnes peuvent respirer et où il y a de la place pour le silence ; être le voisin qui écoute sans juger.

Cette paix devient particulièrement puissante et significative avec ceux qui luttent. Combien de personnes portent des fardeaux invisibles : luttes causées par la santé mentale, anxiété financière, crises relationnelles, désespoir existentiel. Ces personnes n’ont pas besoin de solutions, elles ont besoin de quelqu’un qui puisse rester avec eux dans la douleur sans être déstabilisé, qui irradie une paix suggérant un terrain solide sous le chaos.

Notre témoignage chrétien concerne principalement les personnes que nous sommes : des personnes qui ont trouvé une paix que le monde ne peut ni donner ni enlever.

 

  1. Guérison et proclamation : rendre le Royaume visible

« Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : Le royaume de Dieu est tout proche de vous. » Parole et action sont inséparables. Cela signifie reconnaître les blessures autour de nous et répondre par des actes concrets d’empathie : reconnaître le sentiment de vide et de manque de sens que certains portent, la compétition impitoyable, le burnout des autres, en leur offrant le don d’une présence qui sait écouter sans juger ; rester proches de ceux qui se sentent isolés, des personnes âgées, avec des gestes petits et simples mais qui laissent une empreinte sur le cœur souffrant.

Le Royaume se fait proche quand les personnes peuvent dire : « J’ai rencontré quelque chose de différent ici. J’ai été accueilli, valorisé, restauré. »

C’est ainsi qu’a grandi l’Église primitive, non pas principalement par des prédications éloquentes, mais à travers des communautés qui vivaient de manière si différente que les gens étaient poussés à demander : « Qu’avez-vous que nous n’avons pas ? Pourquoi aimez-vous ainsi ? D’où vient cette espérance ? »

Nos vies deviennent la proclamation. Et quand les gens nous interrogent, nous sommes prêts à nommer la source : « Le royaume de Dieu est tout proche de vous. L’amour que vous avez expérimenté ne vient pas seulement de nous ; il vient du Christ, qui a fait toutes choses nouvelles et qui vous invite à entrer dans cette nouvelle réalité. »

 

P. Fabio ATTARD

Recteur Majeur des Salésiens de Don Bosco