13 Mai 2026, mer

La sainteté est-elle possible à l’âge de la jeunesse ? Dominique Savio et Carlo Acutis

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Deux jeunes, deux époques lointaines, une seule passion : vivre à fond l’amitié avec Dieu. L’histoire de l’Église est parsemée de jeunes qui, malgré la simplicité de la vie quotidienne, ont su atteindre une maturité spirituelle extraordinaire. Parmi eux se distinguent Dominique Savio et Carlo Acutis, deux adolescents séparés par plus d’un siècle mais étonnamment proches dans le cœur et dans les choix. Tous deux ont découvert très tôt que la sainteté n’est pas un idéal inaccessible, mais un chemin possible même pour ceux qui vivent l’école, l’amitié et la famille comme n’importe quel autre garçon. Mettre leurs vies en parallèle, c’est découvrir comment l’Évangile peut être vécu avec la même intensité au XIXe siècle de Don Bosco et à l’ère numérique d’Internet.

 

 

La sainteté n’a pas d’âge : une comparaison entre deux jeunes témoins

Cent cinquante ans d’écart, des mondes apparemment opposés, et pourtant une seule flamme dans le cœur. Saint Dominique Savio, élève de Don Bosco à l’Oratoire de Valdocco dans le Piémont du XIXe siècle, et saint Carlo Acutis, un « millennial » milanais ayant grandi à l’ère d’Internet : deux jeunes que l’Église a élevés sur les autels comme modèles de sainteté pour les nouvelles générations. Le premier a été canonisé en 1954 par Pie XII, le second proclamé saint en 2025 par le pape Léon XIV. Tous deux sont morts à quinze ans, sans avoir accompli quoi que ce soit d’extraordinaire aux yeux du monde, et pourtant tous deux capables de brûler d’amour pour Dieu avec une intensité rare même chez les adultes.

Rapprocher ces deux figures n’est pas un exercice de rhétorique. C’est une occasion précieuse de comprendre comment la sainteté est possible à chaque époque, dans chaque condition sociale, dans chaque contexte culturel. Don Bosco, lisant dans le cœur de Dominique, lançait aux jeunes de l’Oratoire le défi de saint Augustin : Si ille, cur non ego? Si lui a pu le faire, pourquoi pas moi ? Le même défi nous parvient à travers Carlo Acutis. Le message est le même depuis des siècles : la sainteté n’est pas pour quelques élus, elle est pour tous.

 

Deux vies brèves, deux histoires extraordinaires

 

Dominique Savio (1842–1857)

Né le 2 avril 1842 à Riva di Chieri, fils d’un forgeron et d’une couturière, Dominique grandit dans une famille pauvre mais profondément chrétienne. C’est un enfant comme tant d’autres, et pourtant dès l’âge de quatre ans – raconte Don Bosco dans sa Vie du jeune Dominique Savio (1859) – « il n’était plus nécessaire de lui rappeler de réciter les prières du matin et du soir… Au contraire, c’était lui qui invitait les autres membres de la maison à les réciter s’ils avaient oublié de le faire. » Quand il trouvait l’église fermée, il s’agenouillait sur le seuil de la porte et priait sous la pluie ou la neige, sans bouger. Le chapelain de Murialdo, qui l’observait avec étonnement, a noté : « Voilà un jeune garçon plein de promesses. Dieu veuille qu’un chemin s’ouvre à lui pour mener à maturité des fruits si précieux. »

À sept ans – alors qu’on attendait normalement onze ou douze ans – il réussit à faire sa Première Communion en raison de son extraordinaire maturité spirituelle. Ce jour-là, il écrivit dans son livret de prières quatre résolutions qui deviendront le programme de toute sa vie : « 1° Je me confesserai très souvent et je communierai toutes les fois que le confesseur me le permettra. 2° Je veux sanctifier les jours de fête. 3° Mes amis seront Jésus et Marie. 4° La mort mais pas de péchés. » Don Bosco commente : « Ces résolutions, qu’il répétait souvent, furent comme le guide de ses actions jusqu’à la fin de sa vie. »

À douze ans, il entre à l’Oratoire de Valdocco, où sa première rencontre avec Don Bosco devient légendaire. Le saint éducateur le regarde et dit : « Eh ! il me semble qu’il y a là de la bonne étoffe. » Dominique répond promptement : « Alors moi, je suis l’étoffe ; vous, soyez le tailleur ; prenez-moi donc avec vous et vous ferez un bel habit pour le Seigneur. » En à peine deux ans et demi de vie à l’oratoire, Dominique fait preuve d’une sainteté quotidienne, joyeuse et contagieuse. Don Bosco lui-même a écrit que Maman Marguerite lui avait confié ceci : « Tu as beaucoup de bons jeunes, mais aucun ne surpasse le beau cœur et la belle âme de Savio Dominique. Je le vois toujours prier, restant à l’église même après les autres ; chaque jour, il quitte la récréation pour rendre visite au Saint-Sacrement… Il est à l’église comme un ange qui demeure au Paradis. » Il meurt le 9 mars 1857, à quatorze ans et onze mois.

 

Carlo Acutis (1991–2006)

Né à Londres le 3 mai 1991 d’une famille italienne, Carlo grandit à Milan dans un milieu aisé, au milieu des ordinateurs, des jeux vidéo et les opportunités de la modernité. Lui aussi, comme Dominique, reçoit sa Première Communion en avance – à sept ans – et à partir de ce moment, l’Eucharistie devient le centre absolu de son existence. Il participe à la messe tous les jours, récite le chapelet quotidiennement, s’engage comme catéchiste dans sa paroisse de Santa Maria Segreta.

Il utilise ses talents informatiques pour créer une exposition multimédia sur les miracles eucharistiques, qui voyagera dans plus de dix mille lieux dans le monde. Il est généreux avec les plus pauvres, défend ses camarades faibles à l’école, aime ses animaux de compagnie. En octobre 2006, à quinze ans, il est frappé par une leucémie foudroyante. Avant de mourir, le 12 octobre 2006, il offre ses souffrances pour le Pape et pour l’Église en prononçant les mots que Dominique aurait pu faire siens : « J’offre au Seigneur toutes les souffrances que je devrai endurer pour le Pape et pour l’Église, pour ne pas faire le Purgatoire et pour aller tout droit au Paradis. »

 

Les maximes : la sagesse de celui qui sait regarder vers le haut

L’un des moyens les plus directs de connaître l’âme d’un saint est d’écouter ses paroles. Celles de Dominique et de Carlo résonnent aujourd’hui avec une fraîcheur surprenante, presque contemporaine.

Dominique porte gravée dans son cœur la devise : « La mort, mais pas de péchés », une déclaration radicale, loin de tout sentimentalisme, qui exprime la compréhension lucide que le péché est le véritable ennemi de l’homme. Quand Don Bosco lui demanda ce qu’il voulait pour sa fête, Dominique prit un papier et un crayon et écrivit : « Aidez-moi à me faire saint. » Il ne demandait ni des jeux ni des privilèges. Il demandait la chose la plus importante. Une autre phrase de feu est celle qu’il adressa devant l’autel de Marie le 8 décembre 1854, le soir de la définition du dogme de l’Immaculée Conception : « Marie, je vous donne mon cœur ; faites qu’il soit toujours vôtre. Jésus et Marie, soyez toujours mes amis ; mais par pitié, faites-moi mourir plutôt que d’avoir le malheur de commettre un seul péché. »

Non moins stupéfiante est la réponse que Dominique, encore enfant, donna à un passant qui lui demandait s’il n’était pas fatigué en marchant seul sous un soleil de plomb vers l’école distante de six kilomètres : « Rien n’est pénible, rien n’est fatigant quand on travaille pour un maître qui paie très bien. » – « Qui est ce maître ? » – « C’est Dieu créateur, qui paie un verre d’eau donné par amour pour lui. » Une théologie de la joie toute salésienne, vécue dans le quotidien d’un enfant de dix ans.

Son courage apostolique est également inoubliable. Don Bosco raconte comment Dominique, ayant découvert une bagarre imminente entre deux camarades plus âgés et plus forts que lui, les conduisit sur le lieu du défi, sortit le crucifix qu’il portait à son cou, et dit : « Je veux que chacun de vous fixe son regard sur ce crucifix, puis, en jetant une pierre contre moi, prononce à voix haute ces paroles : Jésus-Christ innocent est mort en pardonnant à ses bourreaux, et moi, pécheur, je veux l’offenser et me venger solennellement. » La querelle se termina par des larmes.

 

Carlo Acutis parle dans le langage de son temps, mais la profondeur est la même. Sa phrase la plus célèbre est un cri contre le conformisme : « Tous naissent comme des originaux, mais beaucoup meurent comme des photocopies. » C’est une invitation à ne pas perdre notre caractère unique d’enfants de Dieu. L’autre grande maxime, « L’Eucharistie est mon autoroute pour le Ciel », traduit en langage moderne la même intuition de Dominique sur la centralité absolue de ce Sacrement. Et peu avant de mourir, il répétait : « Non pas moi, mais Dieu ». Même humilité radicale de celui qui sait que la sainteté n’est pas une conquête personnelle, mais un don accueilli. C’était une maxime dérivée de la conclusion que « la conversion est un processus de soustraction : moins de moi pour laisser de la place à Dieu ».

 

Les dernières paroles des deux saints se reflètent comme dans un miroir. Dominique, mourant dans les bras de ses parents à Mondonio, dit à sa mère : « Maman, ne pleure pas, je vais au Paradis », puis à son père : « Adieu, cher papa. » Et enfin, le visage illuminé d’une lumière intérieure, il s’exclama : « Oh ! quelle belle chose je vois ! » Carlo, avant son dernier souffle, offrit tout pour l’Église. Tous deux sont partis en souriant.

 

Similitudes et différences

Entre Dominique et Carlo, il existe des similitudes extraordinaires. Tous deux reçoivent leur Première Communion en avance – à sept ans – signe d’une maturité spirituelle très précoce. Tous deux font de l’Eucharistie le cœur battant de leur journée : Dominique fréquentait les sacrements avec une constance qui étonnait tout le monde ; Carlo participait à la messe tous les jours. Tous deux se distinguent par un apostolat actif auprès de leurs pairs : Dominique fonde la Compagnie de l’Immaculée à l’Oratoire, pour faire le bien ensemble ; Carlo crée l’exposition et le site internet pour porter le message eucharistique dans le monde numérique. Chez les deux, la dévotion mariale est un pilier : chapelet quotidien, consécration à Marie, lien profond avec la Mère de Dieu.

Les différences sont également révélatrices. Dominique vit dans une pauvreté matérielle réelle, parcourant à pied six kilomètres par jour pour aller à l’école sous la pluie et la neige, dans une Italie pré-unitaire marquée par le conflit entre foi et laïcisme. Carlo vit dans une famille aisée de Milan, avec smartphone et ordinateur, au cœur de la modernité liquide. Pourtant, la substance est identique : utiliser tout ce que l’on a au service de Dieu. Dominique utilisait la parole, l’exemple direct, la présence physique aux côtés de ses camarades. Carlo utilisait la technologie comme un instrument d’évangélisation, en créant l’exposition sur les miracles eucharistiques qui parcourt encore le monde aujourd’hui.

Une autre différence significative concerne la direction spirituelle. Dominique a eu la chance inestimable de rencontrer Don Bosco – le plus grand éducateur de la jeunesse des temps modernes – qui lui a indiqué la voie avec simplicité : joie, prière, étude, faire du bien aux autres. Carlo a trouvé son chemin principalement en famille, dans sa paroisse, dans son intelligence spirituelle. Pourtant, tous deux arrivent au même endroit : un cœur amoureux de Dieu, une vie offerte sans regrets.

 

La recette de la sainteté des jeunes

Lorsque Dominique lui demanda comment devenir saint, Don Bosco lui indiqua trois ingrédients simples : joie, fidélité à la prière et à l’étude, faire du bien aux autres. Pas d’ascèse héroïque, pas de mortifications spectaculaires. Une sainteté normale, vécue dans la vie réelle, joyeuse. C’était le sermon du directeur de l’Oratoire qui avait enflammé le cœur de Dominique avec ces mots : « La volonté de Dieu est que nous devenions tous saints ; il est très facile d’y parvenir ; une grande récompense est préparée au ciel pour celui qui se fait saint. » Carlo Acutis aurait signé ces paroles : il aimait jouer aux jeux vidéo, il avait un chien qu’il aimait bien, il allait à l’école comme tout le monde – mais rien de tout cela ne le distrayait de l’essentiel.

En lisant les pages de Don Bosco sur l’Oratoire de Valdocco, on reconnaît en Dominique un profil commun aux jeunes saints de toutes les époques. Tout d’abord, l’Eucharistie comme centre de la vie : pour Dominique, c’était le sommet de chaque journée ; pour Carlo, c’était littéralement « l’autoroute pour le Ciel ». Ensuite, l’apostolat auprès des pairs : non pas prêcher aux adultes, mais contaminer ses semblables avec la joie de la foi. Dominique jouait avec ceux qui étaient seuls, assistait les malades, fonda la Compagnie de l’Immaculée ; Carlo défendait les camarades plus faibles, faisait le catéchisme, apportait l’amitié du Christ dans le quotidien de son école milanaise. Puis encore, la fidélité dans les petits devoirs : le maître de Dominique à Castelnuovo d’Asti témoigna qu’il était « Savio (sage) de nom et il se montra toujours tel en actes, c’est-à-dire dans l’étude, dans la piété, dans ses conversations avec ses camarades et dans chacune de ses actions. » Enfin, la dévotion mariale comme une respiration quotidienne : pour tous les deux, le chapelet était un rendez-vous incontournable.

Il y a cependant un élément supplémentaire, peut-être le plus important : être au clair sur le sens de la vie. Dominique demandait à Don Bosco de l’aider à devenir saint – il avait compris que chaque jour est précieux. Carlo répétait : « Tous naissent originaux, beaucoup meurent photocopies » : il avait compris que le conformisme est le plus grand danger spirituel de toute époque. Dans un monde qui offre mille modèles alternatifs, savoir qui l’on est devant Dieu est déjà la moitié de la sainteté.

 

La sainteté comme chemin

Dominique Savio et Carlo Acutis ne sont pas des modèles à copier servilement. Ce sont des lumières à suivre, chacun à sa manière, dans sa propre unicité. C’est le message le plus profond qu’ils nous laissent : la sainteté n’est pas uniformité, elle est fidélité. Fidélité à soi-même, fidélité à Dieu, fidélité à la mission que chacun reçoit.

Tous deux nous enseignent que les jeunes ne doivent pas attendre de grandir pour devenir saints. La jeunesse n’est pas une antichambre où l’on remet à plus tard l’engagement spirituel sérieux : elle est elle-même un temps de grâce, où la sainteté peut s’épanouir avec une fraîcheur unique. Comme l’écrivit Don Bosco à la fin de la biographie de Dominique, en s’adressant aux jeunes de l’Oratoire : la vraie religion « ne consiste pas seulement dans les paroles ; il faut en venir aux actes ; donc, en trouvant quelque chose digne d’admiration, ne vous contentez pas de dire : c’est beau, cela me plaît ; dites plutôt : je veux m’efforcer de faire ce que je lis à propos des autres et qui suscite mon émerveillement. »

À nous, éducateurs, parents, animateurs salésiens, il reste la plus belle des tâches : aider les jeunes d’aujourd’hui à découvrir qu’ils peuvent être saints. Non pas en leur prêchant la perfection, mais en leur en montrant la joie qu’elle procure. Non pas en leur demandant d’être des héros, mais d’être authentiques. Non pas en leur imposant un modèle, mais en leur indiquant le but.

 

« Sois joyeux, va de l’avant ! » disait Don Bosco. Dominique Savio et Carlo Acutis nous répètent la même chose, depuis des lieux qui ne connaîtront jamais le crépuscule.

 

Des informations sur la vie de saint Dominique Savio se trouvent dans la publication “Vita del giovanetto Savio Domenico allievo dell’Oratorio di san Francesco di Sales”, écrite par Don Bosco lui-même ; on peut la trouver en ligne ICI

https://donboscosanto.eu/oe/vita_del_giovanetto_savio_domenico.php

 

Des informations sur saint Carlo Acutis se trouvent aussi ICI

https://www.carloacutis.com

 

Il faut également noter quelques expositions réalisées, initiées ou inspirées par Carlo.

– “Exposition Internationale sur les Miracles Eucharistiques”, à voir ICI

https://www.miracolieucaristici.org

– “Appels de la Vierge, apparitions et sanctuaires mariaux dans le monde”, à voir ICI

http://www.apparizionimadonna.org

– Exposition “Anges et démons”, à voir ICI

http://www.carloacutis.net/AngeliDemoni

– Exposition “Enfer, purgatoire et paradis”, à voir ICI

http://www.carloacutis.net/InfernoPurgatorioParadiso40

Éditeur BSOL

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