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Etrenne 2026. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le »
Croyants, libres pour servir
Commentaire de l’Étrenne 2026
Introduction
a. Le premier signe de Jésus est un « portail d’entrée »
b. L’irruption définitive de Dieu dans l’Histoire
c. Jésus inaugure une relation d’amour, une alliance de bonté et d’abondance
1. REGARDER – Accueillir les signes des temps
a. Marie n’était pas une invitée « neutre »
b. Les défis et les difficultés doivent être reconnus et affrontés, et non mis de côté
c. L’histoire est l’écrin qui révèle l’action de Dieu
d. Invitation à la réflexion
2. ÉCOUTER – Enracinés dans la foi en Christ
a. Les événements doivent être lus et vécus à la lumière du Christ
b. La volonté de Dieu émerge des événements que nous vivons
c. Un processus nourri et éclairé par la Parole
d. Invitation à la réflexion
3. CHOISIR – Vivre l’appel avec liberté
a. Une écoute libre en toute confiance
b. Chaque action n’a de sens – logos – que dans et à partir de la Parole – Logos
c. Le danger d’une foi qui s’adapte à la culture dominante
d. Invitation à la réflexion
4. AGIR – Servir avec une générosité totale
a. Servir librement parce que nous sommes enracinés en Christ
b. Coopérateurs dans le projet de Dieu pour les jeunes
c. L’audace de la foi
d. Invitation à la réflexion
5. 150 ans – Salésiens Coopérateurs : le rêve prophétique de Don Bosco continue
6. Quelques propositions pastorales
1. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » : vers une pédagogie de l’écoute personnelle
2. Marie à Cana : éducatrice de la liberté authentique
3. L’art de lire les signes des temps avec les jeunes
4. Choisir : la liberté chrétienne comme réponse vocationnelle
5. Le 150ème anniversaire des Salésiens Coopérateurs : un modèle pour aujourd’hui
Conclusion
Bien chers Confrères,
Filles de Marie Auxiliatrice,
Tous les Membres de la Famille Salésienne,
Jeunes,
Chaque année, le rendez-vous avec l’ÉTRENNE offre l’occasion à tous les Groupes de la Famille Salésienne de se réunir autour d’un thème particulier, de partager et de vivre des moments forts de prière et de réflexion, d’écoute et de fraternité. C’est un souhait et une espérance que chaque Groupe – et chaque personne qui en fait partie – puisse trouver une nourriture pour le chemin, un soutien pour sa propre expérience éducative, pastorale et personnelle.
Introduction
L’ÉTRENNE qui nous a accompagnés l’année dernière, construite autour du thème jubilaire de l’espérance, nous a offert à tous l’occasion de considérer le mystère du Christ comme source de lumière qui nous aide à contempler les merveilles de Dieu dans le moment présent. Nous avons vécu des moments qui nous ont fortifiés dans la foi en ce que le Seigneur doit encore nous révéler, et nous avons perçu l’espérance comme force du « déjà » et comme courage du « pas encore ». Nous avons également contemplé comment, pour Don Bosco, la force de l’espérance l’a aidé et soutenu dans son cheminement de découverte et de mise en pratique du projet de Dieu.
Il y a 150 ans, l’espérance était le moteur du cœur pastoral de Don Bosco, un cœur capable de lire les signes des temps et de regarder le monde, soutenu par la foi en Dieu. La commémoration du cent cinquantième anniversaire de la première Expédition Missionnaire Salésienne n’a pas vocation à être une célébration limitée à un moment chronologique. En nous souvenant de ce moment historique, nous avons contemplé comment l’Esprit de Dieu a trouvé en Don Bosco un cœur ouvert et disponible. La réponse de Don Bosco a été une réponse qui a su dépasser une vision étroite et autoréférentielle de la vie.
Don Bosco vivait à Turin, mais son cœur et son esprit habitaient le monde entier. Son espérance était fondée sur la certitude qu’une fois le projet de Dieu découvert, il n’y a pas d’autre chemin que de suivre sa volonté jusqu’au bout. En contemplant la vertu théologale de l’espérance qui animait sa vie, nous pouvons entrevoir ce que ses premiers disciples ressentaient déjà et commentèrent plus tard : Don Bosco un homme de foi, Don Bosco un croyant, « Don Bosco avec Dieu ».
Cette année, je voudrais proposer comme Étrenne le thème de la foi. Ce thème est apparu progressivement mais clairement lorsque, au début du mois de juin 2025, les différents Groupes de la Famille Salésienne se sont réunis pour la Consulte Mondiale. Les réflexions partagées ont indiqué le thème de la foi : non seulement comme une continuation naturelle de l’espérance mais comme son « fondement ». Si la force de l’espérance se fonde sur la foi, une vie vraiment pleine d’espérance ramène à une relation de foi plus profonde et plus authentique avec Jésus, le Fils du Père, fait homme pour nous et qui continue d’être présent au milieu de nous avec la force de l’Esprit. Ce sera donc comme un pèlerinage dans la foi de toute la Famille Salésienne : ensemble pour nous renouveler, ensemble pour vivre dans le monde comme chrétiens (et « salésiens »).
Dans sa première Encyclique Lumen fidei[1], le Pape François avance des idées très pertinentes à cet égard. Tout d’abord, comme introduction générale au thème de la foi, il nous invite à corriger notre regard : ne pas considérer la foi comme quelque chose de théologiquement éloigné, mais comme « une lumière à découvrir ». Croire, vivre de la foi signifie vouloir marcher dans la lumière. La foi est donc le fondement que nous avons et le chemin que nous entreprenons parce que nous voulons vraiment vivre la vie d’une manière belle et saine. Embrasser la foi exprime ce désir profond de vivre dans la lumière, en refusant de vivre dans l’obscurité, le vide, l’insignifiance. Le Pape François écrit que nous voulons suivre cet appel à « récupérer le caractère particulier de lumière de la foi, parce que, lorsque sa flamme s’éteint, toutes les autres lumières finissent par perdre leur vigueur. La lumière de la foi possède, en effet, un caractère singulier, étant capable d’éclairer toute l’existence de l’homme. » (n. 4)
Cette première invitation nous interpelle directement lorsque nous reconnaissons que notre mission est d’éduquer à la foi et dans la foi. Le défi qui surgit immédiatement est très clair : comment pouvons-nous le faire si cette source de lumière en moi s’éteint ? Comment rester serein quand on réalise qu’éteindre la lumière de notre cœur revient finalement à laisser les jeunes et tous ceux que nous accompagnons dans les ténèbres les plus épaisses ?
De plus, cette lumière possède certaines caractéristiques qui méritent d’être soulignées. Ces caractéristiques se présentent comme un soutien nécessaire dans les moments difficiles et éprouvants du chemin de la foi.
Tout d’abord, en raison de sa puissance, la lumière de la foi « ne peut provenir de nous-mêmes, elle doit venir d’une source plus originaire ; elle doit venir, en définitive, de Dieu. » (n. 4) Il ne s’agit pas vraiment d’offrir des choses humaines, intelligentes et professionnelles, mais bien plus encore. Dès lors, cette lumière n’est pas la nôtre, elle nous est accordée.
Il y a un deuxième aspect, fruit de cette extraordinaire gratuité divine ; et le Pape François le décrit en des termes à la fois profonds et tendres : « La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. » La foi n’est pas un produit. Elle naît non pas tant « de la rencontre avec Dieu », mais plutôt « dans la rencontre avec Dieu ». Une rencontre qui doit être vécue comme une expression de liberté totale et comme source inépuisable qui nous nourrit de sa lumière.
Cette brève introduction jette déjà les bases nécessaires pour inscrire le thème de la foi dans une dynamique relationnelle. Une dynamique qui est typique de notre charisme salésien. L’expérience de la foi dans la rencontre avec Jésus, Fils de Dieu, apparaît comme l’épine dorsale de nos actions par la puissance de son Esprit. À travers cette énergie trinitaire, nous sommes les premiers bénéficiaires de ce don qui donne forme et sens à tout ce que nous sommes, et par conséquent à tout ce que nous faisons et proposons pour le salut des jeunes.
« Tout ce qu’il vous dira, faites-le »
Croyants, libres pour servir
Laissons-nous guider, cette année, par une phrase de l’Évangile de Jean prononcée par Marie au tout début de cet Évangile même. Dans ce qui devait être une belle fête de mariage, une difficulté survient : il n’y a plus de vin. Face à un possible échec de la fête, Marie réagit du fond du cœur : il faut intervenir. Et ce que Marie fait, c’est simplement présenter la situation réelle à Jésus. Mais son heure, celle de Jésus, n’est pas encore venue. Marie, la mère attentive, avec une grande sérénité, invite les serviteurs à écouter simplement ce que Jésus leur dira quand « son heure » sera venue.
Cette année, je vous propose de répondre à l’invitation de Marie, avec la même disponibilité et la même liberté que celle que nous voyons chez les serviteurs. Nous aussi, membres des différents Groupes de la Famille Salésienne, nous devons nous rappeler la vérité de notre choix et de notre identité : nous sommes des serviteurs, seulement des serviteurs. Et Marie nous dit aussi aujourd’hui : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Quoi que Jésus nous dise, il nous suffit de l’accueillir, de l’assumer et de le vivre, sans si et sans mais.
Je vous invite tous, chers frères et sœurs, après avoir fait l’expérience de la force de l’espérance, de cette « espérance qui ne déçoit pas », à laisser les paroles de Marie toucher nos cœurs, et à prêter notre regard et notre écoute à Jésus, à ce qu’il nous dira, dans la conscience et la joie d’être des serviteurs.
Laissons-nous soutenir par la même foi en remplissant les jarres à ras bord, et en apportant l’eau transformée en vin aux réalités quotidiennes que nous vivons et partageons avec tous. Puisque beaucoup d’entre nous se trouvent en première ligne dans des situations difficiles et des situations critiques, nous reconnaissons le risque d’une foi faible, parfois même absente, avec les conséquences dramatiques que nous constatons alors, d’un manque de partage du « vin » de la bonté, de l’empathie et de l’amour.
Évangile selon saint Jean 2,1-11
Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres). Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. » Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Entrons dans le vif du passage qui a inspiré le titre de l’ÉTRENNE, avec la méditation sur le premier « signe » que Jésus accomplit à Cana de Galilée, tel que le raconte Jean (2,1-11).
Trois brèves réflexions introductives nous offrent la clé « herméneutique » qui rend le passage significatif pour notre expérience personnelle et communautaire.
a. Le premier signe de Jésus est un « portail d’entrée »
Lors d’une de ses audiences, le Pape François commente ce passage à l’aide d’une image très concrète. Il dit que le premier signe de Jésus est « une sorte de « portail d’entrée », dans lequel sont inscrits des mots et expressions qui éclairent le mystère tout entier du Christ et ouvrent le cœur des disciples à la foi.»[2] Le premier signe de Jésus n’est pas un spectacle à admirer, mais plutôt une invitation adressée au cœur de chaque croyant. Elle appelle à des attitudes qui assurent l’accueil de la proposition de foi en Lui, comme évoqué à la fin du passage : « et ses disciples crurent en lui » (v. 11). Ce premier signe à Cana va d’emblée au cœur du message de Jésus : l’invitation à miser notre vie sur sa parole. « Cana » est – aujourd’hui – la maison où nous vivons, le travail où nous vivons notre mission, le groupe de jeunes, les enseignants, les parents que nous accompagnons. Nous sommes les serviteurs et les disciples des diverses expériences concrètes et quotidiennes.
Et comme à Cana, Marie continue aujourd’hui encore à avoir une mission fondamentale et fondatrice dans ce processus. C’est elle qui, en marchant avec nous, nous invite à faire le pas de la foi, une foi librement assumée pour être d’authentiques serviteurs. Et ce même processus, fait de foi, de liberté et de service, est le même que celui que Don Bosco a vécu tout au long de sa vie. Même Don Bosco, dès le rêve des 9 ans, reconnaît Marie comme Mère et Maîtresse de vie qui l’a soutenu dans sa foi, qui lui a donné le courage d’être un serviteur gratuit pour les jeunes dans le domaine qu’elle lui a indiqué.
b. L’irruption définitive de Dieu dans l’Histoire
Le Pape Benoît XVI propose un deuxième point de réflexion, à partir des paroles qui introduisent ce premier signe : « Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. » (v.1)
Dans son livre Jésus de Nazareth, le Pape Benoît XVI dit que nous sommes ici au cœur du mystère de Dieu qui se manifeste. L’indication de l’heure est un symbole de toute l’action de Dieu dans l’histoire. Le « troisième jour » communique l’anticipation de l’accomplissement de l’histoire du salut qui advient dans la résurrection du Christ, le troisième jour. Nous assistons en ce moment précis, dit le Pape, « à l’irruption définitive de Dieu sur la terre »[3]. Cana est un lieu qui contient de manière humble et cachée l’accomplissement du projet de l’amour de Dieu pour l’humanité. Cana est tout lieu où nous sommes envoyés, en tant qu’espace où Dieu continue de se rendre présent à travers ceux qui écoutent sa parole, la croient et la vivent.
Cette réflexion a une portée vraiment significative pour nous. Si « Cana » est chaque lieu où nous vivons, alors nous sommes ceux que le Seigneur appelle à être signes et porteurs de son amour pour les jeunes, pour l’humanité. Certes, « l’irruption de Dieu sur la terre » ne dépend pas de nous, mais il nous est donné la possibilité de la faciliter comme un don librement reçu et librement accueilli. Chaque action que nous vivons de manière généreuse participe à ce projet de Dieu… mais même notre résistance ou notre rejet risque de priver les autres de ce « bon vin ».
c. Jésus inaugure une relation d’amour, une alliance de bonté et d’abondance
Un troisième point introductif, également tiré du Pape Benoît XVI : l’ambiance de la fête des noces est la dimension la plus appropriée qui caractérise la relation de Dieu avec toute l’humanité, l’alliance nuptiale par excellence.[4]
Nous nous rendons vraiment, compte que Jésus ne vient pas simplement nous délivrer un message. À travers ce premier signe, ce que Jésus s’apprête à inaugurer, c’est une relation d’amour, une alliance de bonté et d’abondance. Jésus nous invite à entrer dans une relation vivante et vivifiante. Avec lui, nous habitons un espace sacré où, tout d’abord, nous découvrons que nous sommes aimés. Dans cette relation d’amour, nous sommes positivement mis au défi et encouragés à le suivre.
Reconnaissant que nous sommes toujours à la recherche de ce « bon vin » qui ne manque jamais, il n’y a qu’un seul chemin à suivre, celui indiqué par Marie : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Les noces, d’une part, inaugurent une réalité nouvelle et, d’autre part, scellent l’alliance nouvelle et éternelle.
Nous pouvons dire que l’expérience de Cana est un véritable « sein maternel » dans lequel la fidélité de Dieu vient à notre rencontre, complétant et portant à son achèvement la recherche d’amour par l’homme. Cela signifie que lorsque le moment est venu, on répond à la proposition de Jésus en obéissant (ob-audire), à l’écoute de la foi vécue fidèlement.
Le banquet devient ainsi l’autel qui distribue abondamment le vin nouveau de la Parole. Une distribution généreuse, fruit d’une foi vécue dans la liberté. À l’invitation de Marie, cette vie éclairée par la Parole de Jésus est vécue sous forme de service pour le bien de tous, avec une pleine disponibilité du cœur.
À la lumière du texte des noces de Cana, l’ÉTRENNE 2026 nous soumet divers défis. Je suis convaincu que l’appel lancé à chaque Groupe de la Famille Salésienne pour vivre son propre charisme trouve dans ce passage de l’Évangile d’autres stimuli à vivre en faveur des jeunes et de tous ceux qui partagent la mission salésienne. Non seulement cela, mais aussi pour servir de nombreuses personnes dans différentes parties du monde à qui le Seigneur demande d’apporter le vin de l’espérance, la joie de la communion.
1. REGARDER – Accueillir les signes des temps
Un premier appel que je vous invite à accueillir et à méditer concerne l’attitude de Marie : la femme attentive à ce qui se passait autour d’elle. L’Évangile nous dit simplement que « Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. » (v.1) L’Évangile ne donne pas d’autres informations. Mais lorsque nous écoutons ces quelques paroles et que nous les relions à sa réaction, nous commençons à entrevoir certains éléments significatifs du cœur de Marie.
a. Marie n’était pas une invitée « neutre »
La présence de Marie était une présence attentive et s’intéressant à tout ce qui se passait autour d’elle. Au sens figuré mais significatif, on peut dire que Marie a accueilli avec enthousiasme le temps et l’histoire de ceux qui l’avaient voulue comme invitée à leur mariage. Marie pouvait tranquillement se sentir comme une personne qui n’avait pas à intervenir, même si elle pressentait la triste conséquence du manque de vin. Pourtant, elle a choisi de ne pas rester indifférente.
Voici un premier aspect sur lequel nous sommes appelés, en tant que disciples de Jésus, à nous poser la question suivante : dans quelle mesure nous sentons-nous interpellés par rapport aux événements de l’histoire que nous vivons et dans les lieux que nous habitons ? Quelle position adoptons-nous alors que nous pouvons aussi choisir de rester à distance parce que pour certaines choses, « ce n’est pas à moi de », « ce n’est pas de ma responsabilité » ? À la lumière de ce que Marie a fait, face aux défis qui nous entourent, nous nous sentons profondément et personnellement interpellés. Dans une culture de l’anonymat et de l’indifférence, nous reconnaissons que nous risquons nous aussi de vivre des choix sous la bannière du « politiquement correct » !
Accueillir le temps et l’histoire comme attitude existentielle implique certaines exigences que nous ne pouvons saisir et assumer qu’à la lumière de la foi au Christ.
Dans le domaine éducatif et pastoral, ce choix de Marie nous rappelle avec force et douceur de ne pas tomber dans l’indifférence qui non seulement justifie les choses, mais les encourage aussi passivement et indirectement. Combien de fois ne voyons-nous pas même des personnes dites « d’Église » se replier sur leur propre bien-être, face au sort des réfugiés, des pauvres et des personnes vulnérables, les considérant comme une nuisance et un déchet ?
b. Les défis et les difficultés doivent être reconnus et affrontés, et non mis de côté
C’est ce que Marie a fait à Cana. Combien de fois ne nous arrive-t-il pas que, face à des situations difficiles imprévues, au lieu de les affronter avec la force de la sérénité et de la passion apostolique, nous nous en éloignions en nous justifiant trop facilement ! Le danger est que, peu à peu, cette inertie pastorale devienne une « culture » parmi nous aussi. Nous attendons – et nous exigeons – que les autres fassent leur part ; peut-être les blâmons-nous, et croyons-nous ainsi que nous anesthésions notre conscience, en feignant de croire que nous, nous n’avons rien à offrir, ou que nous n’avons pas à nous remettre en question.
Quand les pauvres frappent à la porte, nous n’avons pas le droit de faire comme si de rien n’était. Pour notre père et maître Don Bosco, sa réponse ne partait pas d’un calcul de moyens, mais de la disponibilité de son cœur qui était en phase avec les jeunes de son temps. Dès le début, il a été animé par le désir d’entrer en contact avec eux, pauvres et nécessiteux qu’ils étaient. Gardons-nous de nous laisser entraîner dans la perspective d’une vie consacrée et pastorale fortement influencée par une mentalité bourgeoise et sélective. Ce n’est pas nous qui choisissons les pauvres ; les pauvres nous sont envoyés par la Providence. Accueillir les jeunes pauvres et faire tout ce que nous pouvons pour eux est un appel que nous devons prendre au sérieux.
c. L’histoire est l’écrin qui révèle l’action de Dieu
Une troisième leçon que nous tirons de l’action de Marie est la conscience que dans les petits et humbles moments, vécus avec générosité, l’histoire devient un écrin qui révèle l’action de Dieu. Une simple attention maternelle – une invitation pleine de sollicitude aux serviteurs – prépare le terrain pour l’heure de Jésus, pour son premier signe. Comme le Seigneur nous surprend lorsque nous sommes attentifs aux détails de l’existence humaine, surtout auprès des pauvres et des nécessiteux ! Combien de vies n’ont-elles expérimenté le baume de la miséricorde de Dieu à travers des gestes attentionnés d’éducateurs et éducatrices qui, avec une bonté maternelle, ont offert un sourire, un mot d’encouragement, plutôt que des regards de condamnation ou des paroles humiliantes !
Toute l’expérience de Don Bosco nous enseigne que « la cour de récréation », à la fois physique et métaphorique, est le lieu où se révèle la bonté de Dieu. Nous communiquons la bonté affectueuse (« amorevolezza ») en la vivant sereinement lorsque nous sommes présents parmi et pour les jeunes qui se sentent alors reconnus, appréciés et aimés. Le partage se construit dans la relation avec nos collaborateurs et collaboratrices lorsqu’ils nous sollicitent pour « cinq minutes » d’écoute. La sagesse pastorale et éducative se manifeste dans des gestes quotidiens, vécus avec un cœur ouvert, disponible, attentif et affectueux.
Il convient de rappeler ici une réflexion plus actuelle que jamais offerte par le Salésien Dominic Veliath sur le contexte de l’Asie du Sud.[5] Il écrit :
« Le charisme salésien est toujours en pèlerinage. Tout pèlerinage comporte un certain niveau de risque. Parfois l’on est confronté au défi de s’aventurer sur un chemin qui peut sembler encore inexploré. C’est dans ce contexte que chaque Salésien, y compris celui de l’Asie du Sud, confiant en la présence constante de l’Esprit de Dieu, enraciné dans le charisme salésien et en communion fraternelle avec toute la Congrégation Salésienne, est appelé à poursuivre son chemin avec un peu de cette confiance qui a été décrite avec une grande acuité par le poète Antonio Machado dans son poème Caminante no hay Camino : » Toi qui marches, il n’existe pas de chemin, le chemin se fait en marchant. » »[6]
Marie, la femme attentive à ce qui se passait autour d’elle, nous invite à ne pas rester distants, indifférents aux besoins de ceux que le Seigneur nous demande d’accompagner.
d. Invitation à la réflexion
– En tant que Communautés et Groupes, demandons-nous s’il existe des espaces et des moments où nous réfléchissons ensemble à la pauvreté qui nous entoure.
– Demandons-nous si notre style de vie est vraiment un témoignage authentique pour ceux qui nous connaissent, pour ceux que nous servons, parfois vraiment pauvres de corps et d’esprit.
– Demandons-nous si les pauvres sont des numéros et un objet d’idéologie et de stratégie pastorale, ou si nous sommes leurs serviteurs avec les moyens dont nous disposons. À quel point sommes-nous généreux avec nos « cinq poissons et deux pains » ?
2. ÉCOUTER – Enracinés dans la foi en Christ
Marie, attentive à ce qui se passait autour d’elle, dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » (v.5) L’invitation est claire et simple. Mais nous savons que c’est aussi très difficile. Il ne s’agit pas seulement de reconnaître les événements avec leurs urgences et leurs besoins, mais de les lire à la lumière de la foi en Christ. La plupart du temps, nous faisons bien la lecture des événements, de manière professionnelle et compétente, avec des analyses généralement bien développées et précises, à un niveau – pour ainsi dire – « horizontal ». Mais pour nous qui suivons Jésus, ce niveau – qui ne doit jamais manquer – doit absolument être accompagné du niveau « vertical ». Comme il est facile pour nous, pour répondre à diverses urgences, de nous lancer dans une activité frénétique en faveur des pauvres et des nécessiteux et, à la longue, de finir souvent par être aspirés dans un tourbillon d’activisme qui ne nous laisse pas le temps de regarder les visages de ceux que nous souhaitons servir, ou même le visage de Celui qui nous a appelés à les servir en Son nom !
a. Les événements doivent être lus et vécus à la lumière du Christ
Marie invite à une réponse qui corresponde sûrement à la difficulté inattendue, mais avec une indication très claire : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » L’accent principal n’est pas mis sur ce qui doit être fait, mais sur Celui qui dit ce qui doit être fait ! Les événements doivent être lus et affrontés à la lumière du Christ. C’est une indication indispensable comme une source d’énergie réelle pour ceux qui croient. Il existe différentes façons de répondre à la pauvreté. Le croyant opte pour ceci : agir sur la base de la Parole de Jésus. Pour le croyant en Christ, ce que tant de saints de la charité ont transmis par leur vie et leur témoignage est valable. Notre père Don Bosco lui-même l’a transmis de manière claire : agir au nom de Jésus.
Il est très important pour nous de voir combien les premiers Salésiens ont conservé dans leur mémoire la figure de Don Bosco, en particulier dans ses traits spirituels et mystiques les plus profonds. Dans un article des Constitutions Salésiennes, l’article 10, qui ouvre la section sur l’esprit salésien, nous trouvons la synthèse de cet appel que Don Bosco a vécu authentiquement :
Article 10 :
« Don Bosco a vécu et nous a transmis, sous l’inspiration de Dieu, un style original de vie et d’action : l’esprit salésien.
La charité pastorale en est le centre et la synthèse ; elle est marquée par le dynamisme juvénile qui se manifestait avec tant de force en notre Fondateur et aux origines de notre Société. C’est un élan apostolique qui nous fait chercher les âmes et ne servir que Dieu seul. »
b. La volonté de Dieu émerge des événements que nous vivons
Dans cette dynamique, enracinée dans le Christ, se déclenche une expérience qui nous fait progressivement révéler le dessein de Dieu. La volonté de Dieu émerge de l’intérieur de notre collaboration aux événements que nous vivons en Lui et à cause de Lui. Et lorsque nous sommes sincères et que nous agissons à partir de son regard, le Seigneur de la vie nous surprend toujours de la manière la plus inattendue. Croire n’est donc pas un choix qui garantit les succès et les triomphes ; croire, c’est se confier entre ses mains, c’est grandir dans la certitude absolue qui vient d’un cœur guidé par la Divine Providence. Si la logique du calcul prend la place de ce choix radical, alors tout prend une autre direction, dont nous ne connaissons pas le but. Marie demeure le guide absolument fiable. Telle elle a été et telle elle continue d’être.
Dans l’épisode de l’Évangile sur lequel nous méditons, en effet, nous ne trouvons pas un mot de doute ou de méfiance, ni même simplement de résignation de la part des serviteurs : seulement des gestes de confiance, une confiance pleine et totale :
« Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres). Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. » (vv.5-8)
Ce sont des versets qui communiquent – dans le silence total des protagonistes – une disponibilité, une promptitude et une générosité qui peuvent aussi nous laisser un peu perplexes. Au contraire ! C’est la réaction de ceux qui choisissent de miser sur la Parole entendue. C’est la position de ceux qui croient vraiment. C’est le choix de ceux qui ne sont pas là pour poser des questions ou, pire encore, des conditions. Voilà, le serviteur fidèle !
c. Un processus nourri et éclairé par la Parole
Finalement, nous saisissons un fait que nous, croyants, ne pouvons pas ignorer : c’est un processus qui tient parce qu’il est continuellement nourri et éclairé par la Parole. Tout interpréter à la lumière de Dieu et contempler sa volonté dans les événements qui se déroulent devant nous n’est pas un fait automatique. Interpréter toute chose à la lumière de Dieu et contempler sa volonté dans les événements qui se déroulent devant nous n’est pas une évidence. Cela exige un cœur à l’écoute de la puissance de la Parole. C’est un besoin que, dans une culture comme la nôtre, où l’efficience prime sur l’efficacité et où le résultat est considéré plus important que le processus, nous risquons constamment de sous-estimer, passant directement à l’action, même avec les meilleures intentions. Il en résulte que le point de référence – la Parole méditée et contemplée – s’affaiblit de plus en plus et, à la longue, finit même par être considéré comme une perte de temps.
Combien de fois entendons-nous, même dans nos communautés religieuses, que nous n’avons pas le temps de méditer parce que nous sommes très occupés par des engagements pastoraux ? Et plus les engagements sont grands, plus nous abandonnons l’amitié avec la Parole. Il en résulte, malheureusement, une autoréférentialité pastorale qui se renforce au nom de l’action et des engagements pastoraux. En correspondance avec ce que le Pape François a défini un jour comme la « mondanité spirituelle », nous courons un risque très similaire, l’impasse de la « mondanité pastorale ». C’est-à-dire que nous faisons l’œuvre de Dieu avec de grands efforts, mais à long terme, nous oublions ce Dieu qui nous a initialement appelés à le servir. Quelle tragédie quand, croyant servir Dieu à travers les pauvres, nous finissons par justifier son inutilité même. Nous finissons par ériger nos propres projets pastoraux en idoles !
Je voudrais offrir ici une réflexion sur la force et la centralité de la Parole d’une sainte de la charité que beaucoup d’entre nous ont rencontrée : Mère Teresa de Calcutta. Elle a écrit à ses sœurs – et à tous les Missionnaires de la Charité – des paroles qui sont aussi valables pour nous aujourd’hui :
« Je m’inquiète de ce que certains d’entre vous n’aient pas encore vraiment rencontré Jésus – seul à seul – vous et Jésus seulement. Nous pouvons certes passer du temps à la chapelle, mais avez-vous perçu – avec les yeux de l’âme – avec quel amour il vous regarde ? Avez-vous vraiment fait connaissance avec Jésus vivant, non pas à partir de livres mais pour l’avoir hébergé dans votre cœur ? Avez-vous entendu ses mots d’amour ? (…) N’abandonnez jamais ce contact intime et quotidien avec Jésus comme une personne réelle vivante, et non pas comme une pure idée. Comment pourrions-nous passer un seul jour sans écouter Jésus dire « Je t’aime » (…) C’est impossible ! Notre âme en a besoin autant que notre corps a besoin de respirer. Sinon, la prière meurt et la méditation dégénère en simple réflexion. Jésus veut que chacun de nous l’écoute, lui qui vous parle dans le silence du cœur. Soyez attentifs à tout ce qui pourrait empêcher ce contact personnel avec Jésus vivant. »[7]
L’invitation chaleureuse de sainte Teresa de Calcutta s’adresse à tous ceux qui veulent faire de la foi la source de leur identité et de leurs actes. Être croyants nous place au cœur de l’histoire afin que, en tant que protagonistes, nous accueillions et vivions l’histoire et dans l’histoire à la lumière du Christ. Ce n’est qu’ainsi – alimentés et nourris par la Parole – que nous pourrons voir avec étonnement comment la volonté de Dieu apparaît plus claire à nos yeux.
d. Invitation à la réflexion
– Reconnaissons-nous combien il est facile de répondre aux besoins des pauvres et d’offrir des processus éducatifs et pastoraux sans une lecture humaine et spirituelle préalable de la situation ?
– En tant que Communautés et Groupes, reconnaissons-nous l’urgence du courage de « perdre » du temps à réfléchir et à prier avant d’agir ? La valeur des propositions réside dans les racines qui nourrissent l’arbre afin qu’il donne des fruits bons et durables.
– Avons-nous intériorisé que le service des pauvres est une conséquence de notre rencontre avec le Christ, parce qu’ils sont eux-mêmes ceux qui nous ramènent à Lui pour les servir encore plus ?
– Réalisons-nous constamment que le danger de la « mondanité pastorale » finit par nourrir notre ego avec, pour conséquence, qu’au lieu de servir les pauvres, nous finissons par nous servir des pauvres ?
3. CHOISIR – Vivre l’appel avec liberté
L’histoire du « signe » de Cana offre des perspectives supplémentaires qui éclairent davantage notre expérience de foi vécue, servant de guide et de rappel pour nos cheminements éducatifs et pastoraux. Les serviteurs écoutent, accueillent et obéissent, comme Marie le leur avait demandé. Leur attitude et leurs choix sont comme la réalisation d’une autre déclaration de Jésus lorsque, dans le fameux épisode de l’Évangile de Luc, « une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire : « Béni soit le sein qui t’a porté et le sein qui t’a allaité ! ». Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! ». » (Lc 11,27-28)
Voilà la clé. Il est important et crucial de se sentir partie prenante de l’histoire humaine, en accueillant et en « lisant » les signes des temps ; il est absolument nécessaire d’être enraciné dans la foi en Christ. Mais la vérité de ces deux attitudes est beaucoup plus évidente lorsque nous accueillons et vivons la Parole. Alors se dessine le chemin d’une foi authentique, marqué par une croissance saine et solide.
a. Une écoute libre en toute confiance
Le tournant est mis en évidence par cette écoute libre marquée par une confiance totale. Les phrases de l’Évangile ont une charge très forte et un sens toujours actuel.
« Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. » (Jn 2, 7-8)
Quand on fait confiance à Jésus, il n’y a pas de place pour autre chose. Au contraire, la disponibilité humaine devient encore plus pleine et plus joyeuse, plus prête et plus généreuse. L’auteur de l’Évangile offre un détail que, en tant qu’éducateurs et pasteurs, nous ne pouvons manquer de remarquer : « Et ils remplirent [les jarres] jusqu’au bord. » (v.7) À ras bord, au-delà de la quantité déjà abondante du contenu des jarres. Il vaut la peine d’être généreux, toujours, d’une générosité « débordante ». Quand Jésus appelle, on avance ainsi, en obéissant – ob-audire – librement et sans retenue, encore et encore, comme le suggère la suite de l’Évangile : « Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. » (v.8)
Je crois que beaucoup d’entre nous, dans notre vie, comme enfants et comme jeunes, mais je crois aussi comme adultes, avons eu la joie de rencontrer des personnes qui nous rappellent la générosité de ces serviteurs. Des gens que nous portons encore dans nos cœurs et nos esprits, non pas tant pour les choses qu’ils ont faites, mais pour l’attitude libre et généreuse qu’ils nous ont transmise. Ils nous ont certainement marqués, parce que leur cœur était habité par la présence de Jésus ; ils avaient un cœur éclairé et guidé par la Parole et nourri de l’Eucharistie.
b. Chaque action n’a de sens – logos – que dans et à partir de la Parole – Logos
Dans les serviteurs, nous saisissons ce qui nous est demandé aujourd’hui, si nous voulons vraiment offrir une expérience de croissance intégrale à ceux que nous sommes appelés à servir. Nous ne serons d’authentiques éducateurs et pasteurs que lorsque toutes nos actions puiseront un sens (raison, motif, logos) dans et à partir de la Parole (Logos). Ce n’est que dans une pratique de vie tissée de paroles et d’actions qui se laissent imprégner par la Parole que nous pouvons dépasser le mur de l’indifférence et de l’apathie si répandues aujourd’hui. Quand nous voyons que manque le vin de l’espérance et de la vraie joie, quand nous nous sentons impuissants face à tant de défis réels que nous rencontrons chaque jour, la tentation est de nous défendre en prenant nos distances et en faisant le minimum.
Mais il y a une autre option qui est évangélique et salésienne : « s’abandonner » et « faire confiance » à sa Parole… Comme nous en témoignent les serviteurs, comme nous en témoignent Don Bosco et de nombreux Salésiens connus, avec leurs choix concrets, toujours précédés d’une attention précise et systématique aux sources de leur vie. C’est de cet espace sacré et profond que tout a émané. Ils ont été des disciples et des serviteurs qui ont fait de leur vie pour et avec les autres une expérience qui prolongeait leur relation avec Jésus, vécue avec la force de sa Parole. Il ne s’agissait pas d’un dévotionnisme abstrait ou d’un piétisme émotionnel, mais d’une expression et d’une synthèse de la maturité humaine et spirituelle, de clairvoyance intelligente et sage, d’empathie humaine et d’élan mystique. Dans leur ob-audire vécu avec une personnalité forte et déterminée, on ne voit aucun signe de faiblesse ou de résignation passive. On peut dire qu’ils ont vécu leur rôle de protagonistes dans un cadre relationnel marqué par la grâce d’unité, un cadre existentiel profondément humain et profondément divin. En obéissant, ils n’ont pas du tout renoncé à leur personnalité, mais ils l’ont plutôt façonnée à travers cette grâce. Leur confiance en la parole de Jésus, comme celle des serviteurs, continue à nous offrir un vin nouveau qui inaugure une vie nouvelle, pour nous comme pour nos jeunes.
c. Le danger d’une foi qui s’adapte à la culture dominante
Et nous reconnaissons ici l’invitation à ne pas succomber au danger d’une foi qui s’adapte à la culture dominante. La dimension prophétique de notre mission doit affronter un contexte comme celui d’aujourd’hui, qui « tire vers le bas », l’immédiat, l’utile et l’avantageux, celui qui est gratifiant ici et maintenant, voire le plus confortable. La parole de Jésus aux serviteurs pouvait être « gérée » et « traitée » d’une manière purement humaine, avec une méfiance très plausible et « raisonnable ». Le résultat aurait été très différent, on peut facilement l’imaginer.
Combien de fois ne nous arrive-t-il pas aujourd’hui que, face à des défis pastoraux urgents, la raison humaine prenne le dessus. Une lecture purement horizontale, savamment construite en elle-même, finit par s’affaiblir, au point d’exclure une lecture fondée sur la foi des défis que nous sommes appelés à affronter. D’une part, nous sommes conscients que les études et les recherches sur les jeunes nous invitent à écouter leur quête de sens, mais d’autre part – à cette prise de conscience qui demande une réponse prophétique – nous nous limitons à donner soit une réponse purement horizontale, répondant peut-être seulement à un besoin plutôt qu’à la question implicite du sens.
On a l’impression que nous projetons parfois nos peurs sur les jeunes, parce que cela nous met mal à l’aise pour les affronter et les surmonter, cela nous fait sortir de nos zones de confort. En restant du côté purement humain et rationnel, ou de la culture dominante, nous nous sentons superficiellement justifiés, tandis que nos jeunes continuent de crier dans le désert.
En lisant l’histoire des débuts au Valdocco, dans la maison Pinardi à partir de 1847, nous voyons que Don Bosco offre aux jeunes des expériences fortes et solides. Il cherchait des jeunes pauvres et sans abri pour leur donner le strict nécessaire : nourriture, logement, éducation. Mais dès le début, Don Bosco était conscient qu’il était nécessaire de faire des propositions que nous appelons aujourd’hui « intégrales ». Pietro Braido écrit :
« Humble dès les origines, la première institution de Don Bosco s’est développée lentement, mais avec une vigueur et une notoriété croissantes, comme la graine de moutarde de l’Évangile. Mais c’est grâce à un opérateur d’une telle force intérieure, d’une foi humaine et chrétienne aussi solide, d’une capacité d’implication et de rayonnement si marquée, qu’il a fini par donner des images de lui-même beaucoup plus dilatées que la réalité. La même chose se produirait à l’avenir. » [8]
« Cependant, il ne s’efforçait pas uniquement de faire de la publicité. Dans ses efforts pour revitaliser et renforcer la vie religieuse, morale et, par conséquent, civique des jeunes, en particulier ceux de la classe ouvrière – les « jeunes artisans pauvres » –, il savait aussi recourir à des moyens puissants, tels que les exercices spirituels. Déjà en 1847, il avait fait une première expérience pour les « oratoriens » (…) Plus sûrement, Don Bosco lui-même atteste la répétition d’une expérience similaire en 1848. Il s’était agi, pour un bon pourcentage de la cinquantaine de participants, du séjour jour et nuit dans les locaux de l’Oratoire, rendu possible par la mise à disposition de toute la maison Pinardi. »[9]
Pour que notre réponse soit pleine de foi en la parole de Jésus, nous devons, sans tarder, accueillir cette invitation avec une grande disponibilité, à la fois envers Celui qui nous appelle et en réponse à ceux qui attendent. Nos tergiversations, nos hésitations ne doivent pas avoir le dernier mot.
d. Invitation à la réflexion
– Efforçons-nous de faire en sorte que notre vie de foi prenne la forme d’une relation empreinte de liberté et d’abandon confiant.
– Examinons nos consciences pour voir si nos motivations sont enracinées dans la Parole (Logos) et se nourrissent d’elle, libres de motivations autoréférentielles.
– Développons toujours nos capacités intellectuelles à la lumière de la sagesse de Dieu. Que notre intelligence n’obscurcisse ni n’affaiblisse la voix prophétique de la Bonne Nouvelle.
4. AGIR – Servir avec une générosité totale
Les noces de Cana ont été une « fête » enrichie par la réponse confiante et généreuse des serviteurs à l’invitation de Marie à faire ce que Jésus leur avait dit de faire. Lorsque le service est marqué par un don généreux de soi, une générosité enracinée dans la foi, le résultat est un don pour tous. Nous pouvons le voir dans les différents processus éducatifs et pastoraux menés par des personnes dévouées à la mission, par des collaborateurs qui se sentent partie intégrante du charisme et du projet pastoral salésiens. Don de soi et appartenance constituent une véritable et réelle acceptation de la vocation, sa réalisation, et non un simple appendice. En fin de compte, ce sont ces choix fondamentaux qui donnent vie à tout parcours de croissance intégrale des jeunes. Ce sont des options qui en conditionnent positivement le résultat.
a. Servir librement parce que nous sommes enracinés en Christ
Il n’y a pas de liberté plus authentique et plus vraie que celle qui émane de cette relation avec Lui. La joie du serviteur libre découle d’un cœur qui a déjà trouvé le centre de sa propre identité. Le serviteur qui se nourrit de la source qui est le Christ n’a pas d’autres intentions ou motivations. Il vit bien son service sans avoir besoin de rechercher des gratifications personnelles venant de l’extérieur. Son cœur est déjà plein de Celui qui l’a appelé et envoyé, et cela suffit pour le faire avancer.
Son don de soi est donc limpide, et c’est pourquoi il communique à l’extérieur ce sentiment de liberté intérieure. C’est de là que vient la joie véritable que chaque authentique serviteur des jeunes porte en lui. Nous sommes les porteurs du bon vin, nous sommes « signes et porteurs de l’amour de Dieu pour les jeunes, spécialement les plus pauvres » (C 2), non pas parce que nous aurions produit ce vin nous-mêmes, mais parce que nous croyons qu’il nous a été donné gratuitement. Il nous est seulement demandé de ne pas le garder comme propriété personnelle, mais de le distribuer généreusement. La joie que nous communiquons lorsque nous sommes enracinés en Christ est une joie qui nous est donnée en abondance, mais avec la promesse que cette joie devient pleine lorsque nous la partageons. La promesse de Jésus lors de la dernière Cène continue de nous soutenir dans ce service :
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 9-11)
Au cours de ces derniers mois du Jubilé de l’Année Sainte 2025, beaucoup d’entre nous ont vécu ou suivi de près l’expérience du Jubilé des Jeunes, entre fin juillet et début août. Il est frappant de rappeler ici les paroles que saint Jean-Paul II a écrites dans sa Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte, à la fin de l’Année Sainte 2000, où l’on trouve un commentaire sur le Jubilé des Jeunes de cette année-là, l’an 2000. Ce sont des paroles qui respirent la joie. Elles semblent avoir été écrites pour nous aujourd’hui, nous qui avons affaire à des jeunes nés au tournant du millénaire :
« Le Christ n’est-il pas le secret de la vraie liberté et de la joie profonde du cœur ? Le Christ n’est-il pas l’ami suprême et en même temps l’éducateur de toute amitié authentique ? Si le Christ est présenté aux jeunes avec son vrai visage, ils le voient comme une réponse convaincante et ils sont capables de recevoir son message, même s’il est exigeant et marqué par la Croix. C’est pourquoi, me laissant prendre par leur enthousiasme, je n’ai pas hésité à leur demander un choix radical de foi et de vie, leur indiquant une tâche merveilleuse : se faire les « veilleurs du matin » (cf. Is 21,11-12) en cette aurore du nouveau millénaire. » (NMI n. 9)[10]
Oui, les jeunes sont encore à la recherche de ceux qui ont le courage et la conviction de la foi dans le Christ. Les recherches ne manquent pas de la part des jeunes. Nous avons besoin de personnes, d’adultes dans la foi, prêts à présenter le visage de Jésus, comme serviteurs et pèlerins. Nous avons besoin d’éducateurs et de pasteurs qui soient prêts à écouter et à vivre la Bonne Nouvelle.
b. Coopérateurs dans le projet de Dieu pour les jeunes
Par ce service convaincu et joyeux, nous, éducateurs et pasteurs, nous devenons des coopérateurs dans le projet de Dieu pour les jeunes. Comme Marie, nous aussi, nous avons fait le choix de ne pas nous tenir à l’écart de ce qui se passe autour de nous. Nous avons choisi de faire partie de l’histoire des jeunes, parce que nous sommes convaincus que ces jeunes, aujourd’hui plus que jamais, portent dans leur cœur la question : « Seigneur, où demeures-tu ? » (Jn 1,38). Ils le cherchent, peut-être même sans le savoir. Ils n’ont pas le vocabulaire pour le dire, mais ils ont cette soif profonde qui ne laisse pas leur cœur en paix. Si le bon langage manque, le cœur inquiet ne manque certainement pas.
Combien grande est notre responsabilité, nous qui avons rencontré Jésus, qui nous arrêtons souvent avec Jésus, chaque jour ! Mais ce n’est que lorsque nous vivons cette rencontre avec fidélité et cohérence que nous sommes capables de comprendre et de saisir la demande silencieuse des jeunes. Dans cette logique d’un « silence qui interpelle de manière assourdissante », les éducateurs et pasteurs véritables communiquent par leur témoignage et leur fidélité cette étincelle qui, seule, sait enflammer les cœurs. Le « talent » de la Bonne Nouvelle nous a été confié. Malheur à nous si nous le négligeons, ou, pire encore, si nous l’enterrons.
Au cours de sa vie, courte mais intense, Simone Weil (1909-1943) – philosophe, militante politique et mystique française, femme désespérément en recherche – a profondément marqué la pensée philosophique française du XXème siècle. À un certain moment de sa vie, elle entre en contact avec le Père Joseph-Marie Perrin, Dominicain. De cette expérience, elle écrit dans son journal :
« Ce n’est pas par la manière dont un homme parle de Dieu, mais par la manière dont il parle des choses terrestres que l’on peut le mieux discerner si son âme a séjourné dans le feu de l’amour de Dieu. »[11]
C’est une phrase lapidaire qui s’inscrit très bien dans nos contextes éducatifs et pastoraux. La plupart du temps, nos rencontres avec les jeunes et avec tous ceux que le Seigneur nous fait rencontrer sont faites de simples contacts humains, de disponibilité généreuse sur les besoins et les thèmes immédiats. Et pourtant, cet espace d’humanité limpide devient un lieu de révélation de l’amour de Dieu : dans ces moments-là, nous occupons une « terre sainte » qu’il ne faut pas piétiner. Dans les cours de récréation du monde, notre présence n’est pas seulement physique, mais porte tout ce que notre cœur contient. Même en parlant de « choses terrestres », sans le savoir nous communiquons « qui » ou « ce que » dans nos cœurs nous avons accueilli et hébergé. Dans ces moments tout simples, notre présence, porteuse d’un cœur bien disposé, facilite étonnamment le dévoilement du plan de Dieu pour chaque jeune que nous rencontrons. Heureux sommes-nous si nous en sommes continuellement conscients. Heureux les jeunes qui rencontrent ces serviteurs fidèles, généreux et pleins d’une joie véritable et authentique.
c. L’audace de la foi
Enfin, nous ne devons avoir ni peur ni honte : encourageons à titre personnel et communautaire, l’audace de la foi. Il ne s’agit pas d’une attitude qui défie le monde, encore moins d’un fondamentalisme absurde. C’est plutôt un choix qui nous enracine dans le Christ et qui nous ouvre ainsi au monde. Il ne s’agit pas de s’opposer, mais de favoriser des espaces de fraternité, de promouvoir une culture du dialogue et de vivre des relations empreintes de compassion et d’empathie.
Dans un passage de l’Encyclique Lumen Fidei [La Lumière de la Foi – 29 juin 2013], le Pape François insiste sur le potentiel d’une foi qui ne vise pas à conquérir mais à collaborer pour le bien commun. En tant que porteurs d’un charisme qui éduque et évangélise, la réflexion du Pape nous éclaire et nous pousse à aller de l’avant.
« La foi n’éloigne pas du monde et ne reste pas étrangère à l’engagement concret de nos contemporains. Sans un amour digne de confiance, rien ne pourrait tenir les hommes vraiment unis entre eux. Leur unité ne serait concevable que fondée uniquement sur l’utilité, sur la composition des intérêts, sur la peur, mais non pas sur le bien de vivre ensemble, ni sur la joie que la simple présence de l’autre peut susciter. » (n. 51)
Le Pape rappelle ensuite que cette position devient un don inestimable pour ses conséquences sociales. Ce rappel pour nous, Groupes de la Famille Salésienne, est crucial parce qu’il nous met en garde contre le danger de considérer la « foi » comme une « propriété privée », que nous posséderions en opposition aux autres. Ce n’est pas cela, le sens de l’appel. Le contexte de la fête de Cana nous rappelle que le vin est pour tous, même pour ceux qui ont mal calculé, même pour ceux qui se sont faufilés dans la fête, et même pour les mendiants de passage. La foi au Christ, comme le vin nouveau, inaugure la fête de l’alliance. Voici les paroles du Pape François :
« La foi fait comprendre la structuration des relations humaines, parce qu’elle en perçoit le fondement ultime et le destin définitif en Dieu, dans son amour, et elle éclaire ainsi l’art de l’édification, en devenant un service du bien commun. Oui, la foi est un bien pour tous, elle est un bien commun, sa lumière n’éclaire pas seulement l’intérieur de l’Église et ne sert pas seulement à construire une cité éternelle dans l’au-delà ; elle nous aide aussi à édifier nos sociétés, afin que nous marchions vers un avenir plein d’espérance. » (n.51)
L’audace de la foi est une confirmation que nous devons prendre au sérieux l’appel à être coopérateurs du projet de Dieu pour les jeunes. Don Bosco a vécu cet appel avec une conscience extraordinaire et en a fait un système, un projet, une expérience familiale. Et cette audace lui faisait dire (et vivre) : « Chaque fois qu’il s’agit du bien de la jeunesse en péril ou de gagner des âmes à Dieu, je cours en avant jusqu’à la témérité. »[12]
Nous vivons l’audace de la foi pour favoriser un avenir marqué par l’espérance ; l’audace de la foi qui trouve ses racines dans le cœur de l’éducateur, du pasteur qui ne cesse d’aimer, d’espérer, d’aimer son troupeau.
d. Invitation à la réflexion
– Nous n’avons pas peur de nous demander, personnellement et en toute sincérité, si nous servons vraiment les jeunes ou si nous les utilisons à des fins personnelles.
– Appelés en communauté à éduquer avec le cœur du Bon Pasteur, nous nous efforçons de trouver des moments qui renforcent en nous la conscience que notre présence et notre contribution sont destinées à favoriser la découverte du projet de Dieu pour chaque jeune.
– En me rappelant la phrase de Simone Weil, mon âme séjourne-t-elle « dans le feu de l’amour de Dieu » ? Si je ne séjourne pas dans cette fournaise de l’amour de Dieu, peu importe où se trouve l’alternative, où je décide d’habiter !
5. 150 ans – Salésiens Coopérateurs : le rêve prophétique de Don Bosco continue
Je vous invite à considérer le 150ème anniversaire de la fondation des Salésiens Coopérateurs comme une expérience qui prolonge les paroles de Marie aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
Les réflexions menées jusqu’à présent, on peut les voir actualisées dans le projet que Don Bosco a mûri dès le début de sa mission au Valdocco.
1. Le cœur de Don Bosco était un cœur ouvert à l’accueil des signes des temps, avec ses défis et ses opportunités.
2. Dès le début, ce fut un chemin enraciné dans la foi en Christ, et cette expérience personnelle n’a eu son point de départ que dans le Christ.
3. La proposition qu’il mûrissait visait à offrir aux jeunes et à ses premiers collaborateurs un appel à découvrir et vivre leur propre projet de vie en toute liberté.
4. Dans un environnement non pollué et saint, où la raison (caractère raisonnable) et la foi (religion) se nourrissaient mutuellement dans un contexte de bonté affectueuse (« amorevolezza »), ce chemin avait pour seul but de servir les jeunes avec une totale générosité et de les aimer inconditionnellement.
Au cours des dernières décennies, nous avons eu diverses occasions et moments de réflexion qui nous aident à contempler l’expérience des Salésiens Coopérateurs à la lumière du charisme salésien. Je veux parler de trois sources qui, au cours de cette année, pourraient nourrir autant de moments d’étude et de réflexion que de recherche de propositions pastorales nouvelles et créatives.
Le P. Pietro Braido consacre plusieurs pages aux Salésiens Coopérateurs[13]. Je veux juste mentionner ici quelques pistes pour une vision d’ensemble qui nous offre une mémoire projetée au-delà du contexte historique et temporel immédiat. Si nous nous souvenons bien des choix de Don Bosco, nous nous rendons compte que le thème de l’ÉTRENNE 2026 est en parfaite harmonie avec son action, car il a toujours été attentif et obéissant à la direction du souffle de l’Esprit de Dieu.
L’idée de Don Bosco était de créer une véritable force missionnaire organisée, une « armée potentiellement illimitée de personnes, hommes et femmes ». La caractéristique révolutionnaire était que ces membres partageraient la mission salésienne tout en restant dans le monde, sans l’obligation des vœux religieux (pauvreté, chasteté, obéissance) ou de la vie communautaire typique des religieux. Ils ont été appelés à vivre une foi « évangélisatrice et civilisatrice » dans leur contexte quotidien.
Depuis les débuts de l’Oratoire, Don Bosco a toujours pu compter sur la collaboration de prêtres et de laïcs. La vraie nouveauté a été de donner à cette collaboration une forme officielle et structurée : une Association ou une Union ecclésiale. Cette entité serait formellement « agrégée » à la Société Salésienne, créant ainsi un lien spirituel et juridique reconnu.
L’idée n’est pas tombée du ciel. Déjà dans les ébauches des Constitutions Salésiennes des années 60, Don Bosco avait prévu un chapitre sur les « Membres Extérieurs ». Bien que cette proposition ait d’abord été rejetée par les Autorités Vaticanes, Don Bosco n’a pas baissé les bras. Il voulait transformer un réseau d’aide spontanée et informelle en une Famille spirituelle reconnue, avec une identité précise et un rôle actif dans la mission salésienne.
« Dans l’’Introduction’ de 1854 au ‘Plan de Règlement de l’Oratoire masculin de Saint-François de Sales’, Don Bosco exprime l’espoir que le Règlement puisse « servir de norme (…) pour administrer cette partie du ministère sacré, et de guide pour les personnes ecclésiastiques et séculières qui y consacrent en grand nombre leurs efforts avec une sollicitude charitable. » Effectivement, il y avait eu une foule de collaborateurs ecclésiastiques et laïcs, dont il aimait se souvenir. » (Braido, 174)
La vision originale de Don Bosco nous interpelle à nouveau, parce qu’elle nous invite à renouveler aujourd’hui ce même esprit apostolique qu’il a rêvé comme base et fondement. Pour Don Bosco, la figure du Salésien Coopérateur était comme une figure aux multiples facettes avec une identité et une mission bien précises.
Son identité était celle d’un Salésien dans le monde : un chrétien (laïc, prêtre, homme ou femme) qui vit l’esprit salésien dans sa propre condition de vie, en famille et dans la société. Il n’est pas religieux, mais il partage avec les religieux salésiens le même cœur et la même passion pour le salut des jeunes.
Sa mission avait un double but : la sanctification personnelle (« se faire du bien à soi-même » : c’est-à-dire être appelé à vivre une vie chrétienne exemplaire, avec un style de vie simple et vertueux, presque comme s’il était « en Congrégation »). Puis le salut des autres, l’action apostolique, dans le but d’un engagement actif envers le prochain, avec un accent particulier sur les « jeunes en difficulté ».
Don Bosco, avec un grand esprit pratique, a établi que ceux qui ne pouvaient pas réaliser ces œuvres directement (« par eux-mêmes ») pouvaient néanmoins contribuer en soutenant ceux qui les accomplissaient (« par l’intermédiaire d’autres »). Ce principe rendait l’expérience accessible à tous, indépendamment de leur âge, de leur état de santé ou de leurs ressources économiques.
Le P. Egidio Viganò, dans sa lettre L’Association des Salésiens Coopérateurs[14], à l’occasion de la promulgation solennelle du nouveau Règlement de Vie Apostolique de l’Association des Salésiens Coopérateurs, 1986, a écrit que ce nouveau Règlement n’était pas une simple mise à jour normative, mais un événement de portée historique qui a achevé le renouveau postconciliaire de toute la Famille Salésienne. Le P. Viganò écrit que si « Don Bosco n’a pas estimé que sa mission de Fondateur fût achevée, quelque longue et tourmentée qu’elle ait été, avant d’avoir donné une structure solide et son identité à cette Association », ce processus de renouveau s’inscrit dans la continuité de l’expérience vécue jusqu’alors qui « était déjà présente, comme en germe, dès le début de l’œuvre des Oratoires. »
Il ajoute également que le charisme salésien a en lui-même une « vitalité ductile » qui lui permet de s’adapter à son temps sans perdre sa propre essence. Don Bosco était parti de l’intuition fondamentale de la mission des jeunes et de l’urgence d’avoir des collaborateurs permanents. Ce n’est qu’après plus de trente ans de discernement, de 1841 à 1876, qu’il a pu donner une forme définitive à son projet, passant d’une dimension diocésaine à une vocation universelle.
Enfin, le P. Pascual Chávez, dans un article sur Le Coopérateur dans l’esprit de Don Bosco[15], commente « Le Projet de Vie Apostolique : chemin de fidélité au charisme de Don Bosco », en insistant sur l’intuition originelle de Don Bosco et en rappelant la fameuse phrase : « J’ai toujours eu besoin de tout le monde ! ». Dans cette expression, nous trouvons une synthèse complète de sa vision, qui ne se réduit pas à voir les Coopérateurs comme de simples aides, mais comme des protagonistes essentiels d’un vaste réseau de collaboration qui a, en fait, rendu possible la diffusion mondiale de l’Œuvre salésienne.
Le P. Chávez écrit que l’identité du Coopérateur, selon Don Bosco, s’articule en trois dimensions fondamentales : premièrement, c’est un chrétien catholique ; deuxièmement, il a une vocation laïque ; troisièmement, il est Salésien dans le monde, rappelant ainsi la conférence de Don Bosco en 1885. Au cours de cette conférence, Don Bosco disait :
« Que signifie être Coopérateur Salésien ? Être Coopérateur Salésien veut dire participer avec d’autres au soutien d’une Œuvre fondée sous les auspices de saint François de Sales, dont le but est d’aider la Sainte Église dans ses besoins les plus urgents. Cela veut dire participer à la promotion d’une œuvre très recommandée par le Saint-Père parce qu’elle éduque les jeunes gens à la vertu, à retrouver le chemin de l’église-sanctuaire, parce que son but principal est d’instruire la jeunesse devenue aujourd’hui la cible des méchants, et parce qu’elle promeut dans le monde, dans les collèges, les pensionnats, les oratoires festifs, les familles, parce qu’elle promeut – dis-je – l’amour de la religion, les bonnes mœurs, la prière, la fréquentation des Sacrements et ainsi de suite. »[16]
À la lumière de cette vision de Don Bosco, le Projet de Vie Apostolique (PVA) trace le chemin pour devenir un témoignage authentique du projet de Dieu pour la croissance intégrale des jeunes. Ce chemin devient réel lorsque les Salésiens Coopérateurs s’engagent à :
a. Assurer l’identité de l’Association à travers une fidélité dynamique qui fait toujours référence à l’intuition et à la motivation originale du Fondateur.
L’étude et la réflexion sur le charisme seront une source nourrissant continuellement la compréhension et le vécu de l’appel.
b. Renforcer l’unité des membres dans leur diversité.
Que la richesse de la provenance et la variété des dons de chaque membre, et la situation personnelle de chacun soient l’occasion de créer des espaces de convergence, de partage et d’habiter de nouveaux espaces d’action.
c. Enfin, promouvoir la vitalité missionnaire de chaque Coopérateur.
L’appel à nous sentir « comme Don Bosco » signifie être guidé par un cœur prêt à « sortir », un cœur qui se sent envoyé, un cœur missionnaire. Cette conviction permet de surmonter le danger d’une fermeture qui finit par faire perdre le feu de l’appel.
Avec ces propositions du P. Pascual Chávez, il convient de réitérer son invitation afin que nous ne perdions pas cette fraîcheur que Don Bosco nous a communiquée et qu’aujourd’hui il nous appartient de ne pas perdre, de ne pas affaiblir. Son projet conserve toute sa valeur aujourd’hui encore dans la mesure où chaque Salésien Coopérateur s’efforce d’être, avant tout, une personne dévouée au bien commun dans les domaines politique, social et humanitaire. Dans cette perspective, l’attention particulière portée aux pauvres et aux exclus devient le moteur de l’action pastorale. Troisièmement, l’engagement envers une communauté de croyants est réaffirmé, en soutenant la vitalité de l’Église à travers un esprit de service authentique, véritable et désintéressé. Enfin, l’invitation à se former continuellement afin que le témoignage, dans son ensemble et partout, soit nourri par cette spiritualité laïque qui façonne la vie évangélique, une vie porteuse de la Bonne Nouvelle, levain dans la société.
6. Quelques propositions pastorales
Dans cette dernière partie, je voudrais présenter quelques propositions pastorales qui peuvent être étudiées et discutées au sein des différents Groupes de la Famille Salésienne. Ce sont des propositions qui découlent des différentes considérations exposées jusqu’à présent et qui sont intimement liées à la Parole de Dieu qui nous a accompagnés dans cette ÉTRENNE 2026. Le souhait, pour moi et pour chaque membre de la Famille Salésienne, est de toujours mettre devant nous la force et la lumière de la Parole. Nous appuyant sur cette énergie, nous demandons à l’Esprit de Dieu de nous donner le courage et la détermination de vivre le message de Jésus avec foi et, en le vivant, d’apporter le « vin de l’espérance » aux jeunes.
1. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » : vers une pédagogie de l’écoute personnelle
Les paroles de Marie aux serviteurs de Cana se présentent comme une véritable méthode éducative. Marie nous invite à une écoute personnelle qui conduit de l’individualisme indifférent à l’autonomie responsable et solidaire, du conformisme extérieur stérile à la conversion du cœur.
– Éduquons les jeunes à l’écoute personnelle de la Parole de Dieu vers une foi adulte et consciente.
– Favorisons le discernement au niveau personnel et communautaire, de groupes et d’assemblées.
2. Marie à Cana : éducatrice de la liberté authentique
Marie ne force pas les serviteurs, mais les oriente vers Celui qui peut transformer leur vie. Elle est le modèle de tout éducateur authentique dans la foi : ne pas imposer, mais proposer ; ne pas contraindre, mais accompagner ; ne pas prendre la place d’un autre, mais le rendre capable de tenir sa place.
– Grandissons comme éducateurs qui aident les jeunes à se poser les bonnes questions, en évitant le danger de donner des réponses toutes faites.
– Prenons conscience que faire autorité vient d’un témoignage cohérent et authentique, et non d’un autoritarisme étouffant.
– Acceptons qu’éduquer à la liberté, c’est aussi anticiper le risque du « non », d’une réponse négative, d’un rejet, et que, dans tous les cas, il est toujours nécessaire de respecter les choix des jeunes dans un cheminement progressif de croissance.
3. L’art de lire les signes des temps avec les jeunes
Une pastorale incarnée sait lire la réalité des jeunes sans préjugés ni nostalgie du passé. Les jeunes vivent dans un monde complexe, traversé par des défis sans précédent : la révolution numérique, l’incertitude de l’avenir, la crise des institutions traditionnelles, les nouvelles formes de pauvreté existentielle.
– Écoutons avec empathie : avant de juger, essayons de comprendre le monde des jeunes de l’intérieur.
– Faisons une lecture de sagesse : voyons dans les changements culturels non seulement des menaces, mais aussi des opportunités pour l’annonce.
– Favorisons la conversation dans l’Esprit : nous vivons la « synodalité » de manière claire lorsque nous impliquons les jeunes eux-mêmes dans l’écoute mutuelle, dans l’analyse de leur réalité et dans la formulation de nouvelles propositions.
– Avec un regard de foi, reconnaissons l’action de Dieu même dans les situations apparemment les plus éloignées de l’Évangile.
4. Choisir : la liberté chrétienne comme réponse vocationnelle
L’un des points les plus délicats de la Pastorale Salésienne des Jeunes aujourd’hui réside dans la relation entre la foi et la liberté. Seule l’« écoute libre » nous permet de faire l’expérience de la force libératrice de l’Évangile.
– Offrons aux jeunes des espaces et des expériences basés sur un christianisme courageux et sans peur, une proposition de vie chrétienne simple et crédible.
– Orientons vers l’action : chaque action et chaque proposition concrètes doivent être vécues et guidées par la Parole afin de devenir signes d’une spiritualité intégrale. Le service apparaît alors comme l’expression naturelle d’une foi mûre et d’une liberté authentique.
5. Le 150ème anniversaire des Salésiens Coopérateurs : un modèle pour aujourd’hui
La commémoration du 150ème anniversaire des Salésiens Coopérateurs offre à la mission salésienne une occasion unique : le rêve de Don Bosco d’un « grand Mouvement de personnes » engagé pour le bien des jeunes.
– Protagonisme des jeunes : les jeunes ne sont pas seulement des destinataires de l’action pastorale, mais des sujets actifs. Comme les premiers Coopérateurs depuis le début, les jeunes ont partagé le rêve de Don Bosco. Il doit en être de même pour les jeunes d’aujourd’hui : ils sont appelés à être protagonistes de l’évangélisation, de manière plus explicite que ceux de leur âge.
– Alliances éducatives : la mission salésienne ne peut pas être l’œuvre d’individus, mais nécessite des réseaux de collaboration entre familles, communautés chrétiennes, écoles, associations, monde du travail. Les Salésiens Coopérateurs d’hier et d’aujourd’hui représentent cet esprit d’alliance pastorale.
– Dimension missionnaire : le charisme salésien est intrinsèquement missionnaire. Tout choix pastoral ne peut se limiter à la préservation de l’existant, mais doit s’ouvrir aux périphéries, aux nouvelles formes de pauvreté, aux jeunes les plus éloignés.
– Un sécularisme fécond : les Salésiens Coopérateurs témoignent de la beauté de la vocation laïque dans l’Église. Cela signifie valoriser et prendre au sérieux le rôle spécifique des laïcs dans l’éducation à la foi, en respectant et en promouvant leur compétence et leur autonomie.
Conclusion
L’ÉTRENNE 2026 offre à la Famille Salésienne un programme à la fois exigeant et fascinant. À une époque où les jeunes sont souvent décrits uniquement en fonction de leurs problèmes ou de leurs fragilités, la proposition salésienne les regarde avec les yeux de la foi : lorsqu’ils rencontrent des propositions crédibles et des témoins faisant autorité, les jeunes se montrent porteurs sincères de dons spécifiques, vraiment capables d’une écoute authentique, prêts à faire des choix généreux.
Comme Marie à Cana, nous, éducateurs et éducatrices dans la foi, sommes appelés à témoigner du Christ aux jeunes, non pas comme « objet » mais comme relation libératrice, à proposer la vie chrétienne non pas comme des règles à suivre, mais comme plénitude de vie offerte gratuitement. « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » n’est pas une invitation à l’obéissance aveugle, mais à la liberté responsable communiquée par ceux qui ont déjà rencontré et expérimenté l’Amour, et qui veulent le partager parce que la vraie vie est en eux.
Je termine par une réflexion de Romano Guardini[17]. Il affirme que « notre foi est une « foi contestée », qui doit continuellement vérifier ses fondements, et peut-être se débarrasser de la diversité et de la beauté pour ne s’attacher qu’à l’essentiel ». Cela signifie que lorsque surgissent le doute ou le découragement, qui nous assaillent souvent dans notre mission, nous réalisons que la vraie foi est celle « qui se lève à nouveau contre le doute. […] Cette forme caractéristique de la foi que (saint John Henry) Newman a bien décrit lorsqu’il a affirmé que « croire » signifie « être capable de supporter le doute ». »
Le vin nouveau des noces de Cana, qui symbolise la nouveauté promue par ceux qui croient, nous l’apportons avec joie et espérance aussi et surtout au milieu des défis et des difficultés, des doutes et des incertitudes. Tant dans l’Église que dans la société, les jeunes que nous accompagnons sont porteurs d’une soif de vie authentique. Ils cherchent à rencontrer des croyants qui communiquent une proposition chrétienne crédible, et c’est pour cette raison qu’ils sont crus par eux. C’est le défi que l’ÉTRENNE 2026 confie à nous tous, dans la Famille Salésienne, qui avons à cœur les nouvelles générations.
Le rêve de Don Bosco se poursuit chaque fois qu’un jeune découvre chez les éducateurs et les pasteurs qu’il rencontre non pas une limite à sa liberté, mais le chemin pour devenir pleinement lui-même, un croyant qui vit sa foi au service de ses frères. C’est la « bonne nouvelle » que la mission salésienne est appelée à annoncer : l’audace de la foi et la joie du partage.
C’est l’ÉTRENNE que je vous offre avec joie et émotion, et que je m’engage à vivre en premier.
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L’affiche de STRENNA 2026, dont le thème est « FAITES TOUT CE QU’IL VOUS DIT », Believers, free to serve (Faites tout ce qu’il vous dit, croyants, libres de servir), retrace visuellement le passage de l’Évangile sur les noces de Cana.
Suivant la structure en quatre parties proposée par le Recteur Majeur, l’illustration met en évidence: Marie (à gauche) regarde et perçoit le besoin ; elle tourne cette prise de conscience vers Don Bosco (au centre), représentant le discernement rempli de foi et l’action compatissante de la mission salésienne, et ensemble, ils regardent vers Jésus (avec l’auréole), qui montre le chemin ; au premier plan, on voit les serviteurs – qui écoutent, choisissent et finalement partagent le vin transformé des jarres – afin que la communauté reçoive l’abondance de Dieu. Les couleurs et le regroupement soulignent la communion, le service et l’attention : le regard de Marie éveille la conscience (REGARDER), la présence du Christ donne de la profondeur et une direction (ÉCOUTER), les gestes libres et confiants des serviteurs révèlent leur assentiment intérieur (CHOISIR), et leur geste de porter le vin manifeste un service joyeux (AGIR). Près du sommet de la composition, le petit cube flottant sert de provocation subtile — un rappel de la façon dont nous pouvons parfois nous laisser confiner par nos peurs intérieures, nos attitudes rigides, ou même par de nouvelles idéologies et des systèmes modernes qui promettent le progrès mais limitent discrètement notre ouverture à l’Esprit et à la véritable liberté humaine. L’image dans son ensemble nous rappelle que lorsque l’amour écoute la parole du Christ, le cœur trouve la liberté de choisir, de servir et de partager la joie transformatrice de Dieu.
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- PAPE FRANÇOIS, Lettre Encyclique Lumen fidei [La Lumière de la Foi] (2013). ↑
- PAPE FRANÇOIS, Audience générale, 8 juin 2016 : https://www.vatican.va/content/francesco/it/audiences/2016/documents/papa-francesco_20160608_udienza-generale.html ↑
- JOSEPH RATZINGER-BENOÎT XVI, Jésus de Nazareth, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 2007, p. 292. ↑
- Ibidem. ↑
- DOMINIC VELIATH, Encounter of the Salesian Charism. South Asian Context in Journal of Salesian Studies, July–December 2015, Vol.16, n.2, pp.189-207; cf. https://www.salesian.online/wp-content/uploads/2020/03/JSS_16_N_2_Encounter_of_the_Salesian_Charism_with_the_Southern_Asian_Context-Dominic_Veliath1.pdf ↑
- Idem, p.207. L’original est en anglais : The Salesian charism is still on a pilgrimage. Every pilgrimage involves a certain amount of risk; at times one is challenged to venture along what may seem as yet an uncharted course. It is in this setting that every Salesian, including the Salesian in the South Asian context, confident in the abiding presence of the Spirit of God, rooted in the Salesian charism and in fraternal communion with the Salesian congregation at large, is called to continue his journey with a little of that trust which has so insightfully been described by the poet Antonio Machado in his poem Antonio Machado in his poem Caminante no hay Camino: “Wayfarer! There is no way. The way is made by walking”. ↑
- Extrait de la lettre que Mère Teresa a écrite à toute la Famille des Missionnaires de la Charité, pendant la Semaine Sainte de 1993 – 25 mars, voir : R. Cantalamessa, La Troisième prédication de l’Avent, le 19 décembre 2003 : « Connaissez-vous Jésus vivant ? » ↑
- PIETRO BRAIDO, Don Bosco, prete dei giovani, nel secolo delle libertà, (LAS – Roma 2009), Vol. I, Cap. VII: La rivelazione di Don Bosco educatore (1846-1850), p.216. ↑
- Idem., p. 223. ↑
- SAINT JEAN-PAUL II, Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte [Au début du nouveau millénaire], 6 janvier 2001. ↑
- SIMONE WEIL, Carnet de notes IV, pp. 182-183. ↑
- Lettre à M. CARLO VESPIGNANI, 11 avril 1877, in FRANCESCO MOTTO (éd.), GIOVANNI BOSCO, Epistolario, Vol. V (1876-1877), LAS-Rome 2012, p.344. Cf. aussi Constitutions Salésiennes, art. 19. ↑
- PIETRO BRAIDO, Don Bosco prêtre des jeunes au siècle de la liberté. Vol. 2, LAS 2009. Je suggère de lire le chapitre vingt-deux, Un projet de solidarité catholique dans la mission parmi les jeunes ( 1873-1877), pp. 173-205. ↑
- EGIDIO VIGANÒ, L’Association des Salésiens Coopérateurs, Lettre publiée dans ACG 318, 1986. ↑
- https://www.donboscoland.it/it/page/il-cooperatore-nella-mente-di-don-bosco ↑
- Bulletin Salésien, Juillet 1885, An IX. n. 7 voir : https://sdl.sdb.org:9343/greenstone3/library/collection/bolletin/document/HASHf4b23f9c8aeedeefebb44e;jsessionid=5747EC043839057DDD329A721E7B8FAA ↑
- ROMANO GUARDINI, Sorge um dem Menschen Bd. I, Werkbund, Würzburg 1962, tr. it. par Albino Babolin, Ansia per l’uomo, Vol. I, Morcelliana, Brescia 1970, p. 130. (En français : De la mélancolie, Éditions du Seuil ). ↑

