19 Juil 2026, dim

Les Catacombes de Saint-Calixte et la présence salésienne, un lieu de rencontre entre l’histoire et la foi

⏱️ Temps de lecture : 9 min.

Le long de la Via Appia Antica, au cœur de la Rome des origines chrétiennes, les Catacombes de Saint-Calixte conservent une mémoire qui traverse les siècles : celle des martyrs, des premiers papes et d’une communauté qui a vécu la foi jusqu’au don de la vie. Mais ce lieu, parmi les plus vénérés de la chrétienté, n’appartient pas seulement au passé. Depuis 1930, grâce à la présence des Salésiens de Don Bosco, il continue d’être un espace vivant d’accueil, d’évangélisation et de prière. Au fond des galeries souterraines et grâce aux témoignages antiques, prend forme une rencontre féconde entre l’histoire et la foi, où chaque visite devient un itinéraire spirituel capable de parler à l’homme d’aujourd’hui.

 

 

Le premier cimetière officiel de l’Église de Rome

Le long de la Via Appia Antica, la Regina Viarum de l’Antiquité romaine, entre le deuxième et le troisième mille au-delà des anciens murs de Servius Tullius, apparaît   l’un des lieux les plus solennels et chargés de sens de toute la chrétienté : les Catacombes de Saint-Calixte. Giovanni Battista de Rossi, le grand fondateur de l’archéologie chrétienne moderne, les a définies sans hésitation comme « les Catacombes par excellence, le premier Cimetière officiel de la Communauté de Rome, la glorieuse sépulture des Papes du IIIe siècle ». Le pape Jean XXIII les a appelées « les plus augustes et les plus célèbres de Rome ». Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi.

Apparues vers le milieu du IIe siècle, les Catacombes de Saint-Calixte font partie d’un immense complexe funéraire – le complexe dit callixtien – qui s’étend entre la Via Appia Antica, la Via Ardeatina et le Vicolo delle Sette Chiese, occupant environ trente hectares de terrain, dont une quinzaine de catacombes à proprement parler. Les galeries se développent sur quatre étages souterrains et sur près de vingt kilomètres, atteignant une profondeur supérieure à vingt mètres. On estime qu’environ un demi-million de chrétiens y ont été enterrés, dont des dizaines de martyrs et seize pontifes.

 

Le nom et les origines : Calixte, diacre et pape

Parmi toutes les catacombes de Rome, celles de Saint-Calixte constituent une exception singulière dans la tradition de dénomination de ces lieux sacrés. Alors que la plupart des cimetières souterrains chrétiens prenaient le nom du propriétaire du terrain, du martyr le plus illustre qui y était enterré ou de la situation géographique, ces catacombes portent le nom de celui qui en fut l’administrateur avant même de devenir pape : le diacre Calixte.

Calixte est né dans une famille chrétienne de condition servile et a connu dès l’enfance les duretés de l’esclavage. Après des événements turbulents – il fut condamné aux mines de Sardaigne et libéré grâce à l’intercession de Marcia, favorite de l’empereur Commode – il fut accueilli dans la communauté de Rome et ordonné diacre par le pape Zéphyrin. Ce dernier lui confia l’administration de l’« Area prima », le noyau originel des futures catacombes, qui au début du IIIe siècle était déjà passée de la propriété privée à la dépendance directe de l’Église de Rome. En tant que diacre, Calixte avait sous ses ordres la corporation des fossoyeurs, les terrassiers, et la tâche d’assurer une sépulture à tous les chrétiens, en particulier aux pauvres et aux esclaves. À la mort de Zéphyrin, il fut élu son successeur et dirigea l’Église en tant que pape de 217 à 222, année où il mourut martyr lors d’un soulèvement populaire au Transtévère. Ironie curieuse et significative de l’histoire : Calixte, qui avait gardé pendant vingt ans le grand cimetière de la via Appia, ne put y être enterré en raison de la violence de l’époque, et trouva le repos dans les Catacombes de Calepodio sur l’Aurelia Antica.

 

La Crypte des Papes et les autres trésors souterrains

Le cœur battant des Catacombes de Saint-Calixte est sans aucun doute la Crypte des Papes, que de Rossi a définie comme « la glorieuse sépulture et la plus insigne de toutes les nécropoles chrétiennes ». Dans ce court tronçon de galerie, rebaptisé non sans raison « le petit Vatican », furent enterrés neuf pontifes du IIIe siècle : Pontien, Antère, Fabien, Lucius, Sixte II, Denys, Félix, Eutychien et, probablement d’autres, ainsi que des dignitaires ecclésiastiques et les six diacres martyrisés avec le pape Sixte II en août 258, lorsque l’empereur Valérien, lors de la confiscation des biens de l’Église, les surprit alors qu’ils célébraient la liturgie dans ces souterrains.

Le pape Damase (366–384), grand amateur des martyrs, transforma la crypte en une véritable église, l’ornant d’un célèbre poème en hexamètres latins placé devant la tombe de Sixte II : « Sache qu’ici repose réunie une troupe de saints / les sépulcres vénérables conservent leurs corps / tandis que le Royaume des Cieux accueille les âmes élues… » À la Crypte des Papes s’ajoute celle de Sainte Cécile, martyre d’une noble famille romaine, enterrée et vénérée ici pendant au moins cinq siècles avant que ses reliques ne soient transférées au Transtévère en 821. On y trouve également les Cubicules des Sacrements, avec les plus anciennes fresques symboliques du Baptême et de l’Eucharistie datant du début du IIIe siècle ; la région de Sainte Sotère, avec l’une des plus anciennes images de la Vierge ; les deux petites basiliques supérieures à trois absides appelées « Trichores », où reposèrent le pape Zéphyrin et le jeune martyr Tarcisius, l’enfant qui préféra donner sa vie plutôt que de livrer à ses assaillants l’Eucharistie qu’il portait sur lui.

 

La redécouverte : de Rossi et le rêve de Pie IX

Après des siècles d’abandon – les transferts des reliques vers la ville aux VIIIe et IXe siècles avaient vidé les catacombes de leur cœur dévotionnel, les laissant en proie aux éboulements, à la végétation et aux pillages – ce fut le jeune Giovanni Battista de Rossi qui restitua au monde cet immense patrimoine. En 1849, à l’âge de vingt-sept ans, explorant une vigne entre l’Appia et l’Ardeatina, il remarqua une plaque de marbre brisée utilisée comme marche d’escalier, sur laquelle on lisait le fragment : « …ELIVS – MARTYR ». Il devina immédiatement qu’il avait devant lui une partie de l’inscription sépulcrale du pape Corneille, martyr en 253. Il se rendit chez Pie IX, lui expliqua la découverte et sa conviction d’avoir identifié le site des Catacombes de Saint-Calixte. Le pape acheta le terrain, les fouilles commencèrent. Jean-Baptiste de Rossi ne s’était pas trompé.

En l’espace de quelques années, il mit au jour six cryptes : celle de Corneille, des martyrs Calocerus et Parthénius, la Crypte des Papes, la Crypte de Sainte Cécile, et celles du pape Caïus et du pape Eusèbe. La visite de Pie IX dans les galeries souterraines fut mémorable. De Rossi en laissa un compte rendu touchant : le pape, devant les pierres tombales de ses prédécesseurs, pâlit, s’approcha, les prit dans ses mains, lut ces noms anciens, rougit d’émotion, ses yeux se remplirent de larmes, puis il s’agenouilla en silence. C’était la première fois, après près de mille ans, qu’un Successeur de Pierre remettait les pieds dans ces lieux sanctifiés par le sang des martyrs.

 

1930 : les catacombes confiées aux Salésiens

Avec la redécouverte au XIXe siècle et l’organisation scientifique progressive menée par la Commission d’Archéologie Sacrée (fondée par Pie IX en 1852), une question pratique mais fondamentale se posa avec de plus en plus d’urgence : qui garderait et animerait spirituellement ces lieux sacrés ? Qui accueillerait les pèlerins qui s’y rendaient de toutes les parties du monde ?

Ce fut Pie XI qui trouva la bonne réponse. Le pape avait connu personnellement Don Bosco et avait pu apprécier de près l’esprit de la Congrégation Salésienne : une vocation apostolique orientée vers la rencontre avec les jeunes et avec le peuple, vers la mission éducative, vers la présence dans les lieux frontières entre foi et culture. Il devina que cette même vocation pourrait s’exprimer de manière extraordinaire également dans la garde d’un lieu si crucial pour la mémoire de l’Église des origines. En 1930, Pie XI confia officiellement les Catacombes de Saint-Calixte aux Salésiens de Don Bosco, après le départ des trappistes, gardiens et cultivateurs du terrain.

Le choix n’était pas évident. Jusqu’alors, la gestion des sites d’archéologie chrétienne était restée principalement entre les mains d’institutions académiques ou religieuses de nature contemplative et scientifique. Confier les catacombes à une congrégation apostolique comme la congrégation salésienne signifiait opérer un tournant : privilégier non seulement la conservation et l’étude, mais aussi l’accueil, l’évangélisation, la rencontre vivante avec les visiteurs et les pèlerins. Le choix, au fond, était cohérent avec l’histoire même du lieu : ces galeries n’avaient jamais été seulement un musée, mais un cimetière, un sanctuaire, un lieu de prière et de communauté.

 

La mission salésienne : un itinéraire spirituel, pas seulement touristique

De 1930 à aujourd’hui, des générations de salésiens ont soigné et animé les Catacombes de Saint-Calixte, et certains d’entre eux reposent dans un petit cimetière à l’entrée du domaine, dans une continuité symbolique puissante : comme les premiers gardiens chrétiens des siècles passés, les fils de Don Bosco ont également choisi de rester, dans la vie et dans la mort, aux côtés des martyrs qui les ont précédés.

Aujourd’hui, ce sont seize salésiens venant littéralement du monde entier – Europe, Afrique, Asie, Amériques – qui font connaître les catacombes aux visiteurs, dans toutes les langues, incarnant cette dimension d’universalité propre à la fois au charisme salésien et à la mémoire chrétienne qu’ils gardent. Ce qu’ils offrent n’est pas simplement une visite touristique et archéologique : c’est un véritable itinéraire spirituel, vécu à travers les symboles, les tombes, les témoignages et l’histoire sédimentée dans ce sous-sol.

Dans un parcours qui dure en moyenne quarante-cinq minutes, les visiteurs sont guidés à travers les lieux les plus significatifs : la Crypte des Papes avec ses dalles sépulcrales, la Crypte de Sainte Cécile, les Cubicules des Sacrements avec leurs fresques très anciennes, la région de Sainte Sotère avec l’image de la Vierge. Chaque groupe a la possibilité de s’arrêter dans une crypte ou dans une chapelle de surface pour un bref moment de prière ou pour la célébration de l’Eucharistie. Le simple fait de réciter les litanies des saints et des martyrs de Saint-Calixte – avec les noms anciens de Sixte, Corneille, Fabien, Cécile, Tarcisius – évoque un monde d’émotions et de foi capable de traverser les siècles et les différences culturelles.

Il y a une continuité assez émouvante entre cette manière salésienne d’habiter les catacombes et une histoire racontée par le document d’accompagnement du site lui-même. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, à l’époque des fouilles de Jean-Baptiste de Rossi, un groupe de jeunes élèves de l’archéologue avait pris l’habitude de se réunir pour prier ensemble, comme le faisaient les premiers chrétiens, précisément dans quatre cubicules reliés entre eux dans la région de Sainte Sotère. Ces cubicules, par leur conformation architecturale, se prêtaient au chant alterné des psaumes, les voix se propageant d’une chambre à l’autre à travers la lucarne. Dans les premiers jours de 1878, ils voulurent célébrer la fête de l’Épiphanie à l’arcosolium de la Vierge, et de cette expérience naquit, l’année suivante, le Collegium Cultorum Martyrum, avec la pleine approbation de Pie IX. C’était une graine de cette même sensibilité qui, un demi-siècle plus tard, amènera Pie XI à confier les catacombes aux Salésiens.

 

Un lieu vivant pour l’Église d’aujourd’hui

Les Catacombes de Saint-Calixte ne sont pas un vestige du passé : elles sont un lieu vivant. Après Pie IX, Jean XXIII y descendit le 19 septembre 1961, dans un geste qui se voulait un exemple pour les fidèles de Rome, puis Paul VI le 12 septembre 1965, à la veille de la session finale du Concile Vatican II. La présence salésienne a contribué de manière déterminante à maintenir vivant ce caractère : non pas un simple musée de la chrétienté antique, mais un espace de rencontre, de prière, de redécouverte des racines.

Pour faciliter l’accueil, les catacombes disposent aujourd’hui d’un grand parking, d’un point de restauration et de grands espaces ouverts pour le jeu, le repas et la convivialité, dans le plus pur style salésien. Celui qui arrive en pèlerin ou en simple visiteur se sent accueilli non seulement par l’histoire, mais par une communauté qui continue d’incarner cette histoire.

Au fond, garder les Catacombes de Saint-Calixte signifie garder quelque chose d’essentiel pour la foi chrétienne : la mémoire de ceux qui ont cru avant nous, de ceux qui ont payé de leur vie cette fidélité, de ceux qui ont choisi d’enterrer leurs morts non pas en pratiquant la crémation païenne mais l’inhumation, dans l’attente de la résurrection. Comme l’écrivaient les anciens, le cimetière n’était pas la « ville des morts » – la nécropole grecque – mais le « lieu du sommeil », le coemeterium, où l’on attend le réveil. Et c’est précisément cette espérance que les Salésiens, chaque jour, dans toutes les langues du monde, continuent de raconter à ceux qui descendent dans les galeries de tuf sous la Via Appia.

 

Éditeur BSOL

Éditeur du site Web.