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Dans la vie d’un missionnaire salésien, la mission naît rarement d’un projet élaboré de toutes pièces. Souvent, elle prend forme à travers un appel, une obéissance acceptée, un départ inattendu. Il en va ainsi dans le parcours du père Anthony Fernandes : né au Kenya d’une famille originaire de Goa, formé en Inde, puis envoyé en Afrique et en Europe. De la Tanzanie à Nairobi, de Glasgow à Bollington, chaque étape a été un service rendu à l’Église, aux jeunes, à la formation salésienne et aux communautés confiées. Non pas une histoire centrée sur ses propres réalisations, mais sur le fruit né de la disponibilité à se laisser envoyer. Car, lorsque l’obéissance est vécue avec foi, elle devient une semence d’avenir pour beaucoup.
Quand je regarde le chemin de ma vie salésienne, il ne me semble pas pouvoir le raconter comme une série de choix personnels bien programmés. Je le reconnais plutôt comme une histoire guidée par la Providence, à travers des rencontres, des obéissances, des destinations inattendues et des responsabilités acceptées petit à petit. À plusieurs reprises, on m’a demandé de quitter ce que je connaissais, de commencer quelque chose de nouveau, de servir là où il y avait un besoin. À chaque fois, j’ai simplement essayé de dire mon oui.
Je suis né à Nairobi, au Kenya, en 1946. Mes parents, Ambrose et Maria, étaient originaires de Goa, en Inde, et dans les années quarante, ils s’étaient installés au Kenya, où sont nés leurs trois enfants. Ma vie porte donc dès le début la marque de plusieurs terres et de plusieurs cultures : l’Afrique de l’Est, où je suis né et où j’ai grandi, et Goa, terre de mes racines familiales. Ce n’est que plus tard que j’ai compris combien cette expérience m’aiderait à accueillir la mission salésienne dans des lieux différents, sans me sentir lié à un seul environnement ou à une seule culture.
En 1964, j’ai terminé mes études secondaires à la Dr Ribeiro Goan School de Nairobi. Peu après, mon père a emmené la famille à Goa, notamment pour vénérer à Old Goa les reliques de saint François-Xavier, exposées à la vénération publique. En janvier 1965, lors d’un voyage en Inde, nous avons également visité le Sanctuaire de la Madone de Don Bosco à Mumbai. C’est là que mon chemin a pris une direction différente de celle que j’avais imaginée jusqu’alors.
Après la messe du matin, nous avons été reçus par le père Aurelio Maschio, alors directeur du Sanctuaire. Mon père lui a offert un don pour l’entretien d’un séminariste. Le père Maschio l’a délicatement déplacé sur la table et, en nous regardant, nous les enfants, a demandé à mes parents s’ils n’avaient pas pensé à offrir l’un de nous au sacerdoce. Cette question simple et directe est restée dans mon cœur. C’est à ce moment-là que la semence de ma vocation salésienne a été jetée.
Ce n’était pas le projet que mon père avait imaginé pour moi. Probablement, à notre retour à Nairobi, s’attendait-il à ce que je trouve un travail. Au lieu de cela, un autre chemin s’est ouvert. On m’a permis d’entrer à l’École Apostolique Don Bosco à Lonavala, à condition qu’un oncle résidant à Mumbai accepte d’être mon tuteur. C’est ainsi que j’ai commencé ma formation salésienne : en 1968, j’ai émis ma première profession et en décembre 1977, j’ai été ordonné prêtre précisément dans le Sanctuaire de la Madone de Don Bosco à Mumbai, là où ma vocation avait reçu sa première impulsion.
Ma première obédience, juste après l’ordination, m’a conduit au nouveau Noviciat de la Province de Mumbai, à Nashik. C’était en 1978 et on m’a demandé de servir le premier groupe de novices. Ce fut un début très significatif : ma vie sacerdotale ne commençait pas par une charge choisie par moi, mais par un service à la formation d’autres jeunes salésiens. Je me suis retrouvé à accompagner les premiers pas de ceux qui désiraient suivre Don Bosco. Cela aussi m’a aidé à comprendre que toute vocation grandit lorsqu’elle est soutenue par une communauté et des éducateurs disponibles.
Peu après est arrivé un deuxième appel. En 1979, le Recteur Majeur, le père Egidio Viganò, a demandé des volontaires pour le « Projet Afrique ». J’ai répondu à cette invitation et j’ai été envoyé en Tanzanie. Je n’ai pas été affecté au Kenya, bien que j’y sois né, car la mission demandait d’aller non pas vers ce qui était le plus familier, mais vers ce qui était confié par l’obéissance.
La paroisse de Mafinga, dans les hauts plateaux du sud de la Tanzanie, est devenue ma nouvelle maison. La mission y avait le visage simple des gens, des villages, des célébrations, des voyages du week-end pour rencontrer les communautés chrétiennes. Pendant la semaine, on m’a également demandé d’enseigner au Séminaire diocésain d’Iringa. Ainsi, le service se déroulait sur deux fronts : d’une part la vie pastorale avec le peuple, d’autre part la formation des futurs prêtres. C’étaient des activités différentes, mais unies par le même désir : servir la croissance de l’Église locale.
Lorsque les Salésiens ont été invités à prendre en charge le Centre de Jeunes Catholique à Dar-es-Salaam, j’ai reçu une nouvelle mission en tant qu’aumônier de l’Archidiocèse, alors dirigé par le cardinal Laurean Rugambwa. À cette époque, j’ai travaillé avec les Jeunes Étudiants Chrétiens dans les lycées et les universités. Ce fut une expérience importante, car elle m’a mis en contact avec des jeunes appelés à vivre leur foi dans le monde des études, de la culture et des responsabilités futures. Là aussi, la tâche n’était pas de construire quelque chose autour de moi, mais d’aider les jeunes à découvrir leur présence chrétienne dans la société.
Par la suite, lorsque l’Afrique de l’Est est devenue une Délégation de la Province de Mumbai, on m’a demandé d’assumer la responsabilité d’économe et de m’installer dans la Maison provinciale à Nairobi. Au début, cela pouvait sembler une charge moins directement pastorale. Avec le temps, cependant, j’ai compris que l’administration, si elle est vécue comme un service, peut aussi devenir profondément missionnaire.
Au cours de ces années, grâce à l’aide de la Province de Mumbai, du Recteur Majeur, des bienfaiteurs, des laïcs proches de nos communautés et de nombreux amis de la mission, il a été possible de donner de la consistance à certaines structures fondamentales pour la formation salésienne en Tanzanie et au Kenya : le prénoviciat, le noviciat, les maisons de philosophie et de théologie. À Nairobi on a élevé également le Sanctuaire Marie-Auxiliatrice. Je ne considère pas ces œuvres comme un résultat personnel, mais comme le fruit de nombreuses obéissances, de beaucoup de collaboration et d’une grande confiance en la Providence. Aujourd’hui, ces structures continuent de servir à la formation des jeunes salésiens locaux et participent à la croissance du charisme de Don Bosco en Afrique de l’Est.
Dans les premières années de la mission, nous n’avions pas toujours tous les outils, les qualifications ou les sécurités qui sembleraient nécessaires aujourd’hui. Nous avions cependant une forte formation salésienne, l’esprit de famille, la disponibilité au travail et la confiance que le Seigneur ouvrirait la voie. Nous servions dans les maisons de formation, les centres de jeunes, les écoles techniques, les paroisses et les nouvelles présences où les évêques locaux demandaient la collaboration des Salésiens. Nous avancions pas à pas, souvent avec peu de moyens, mais avec le désir de prendre racine.
De 1996 à 2005, j’ai été directeur du Sanctuaire Marie-Auxiliatrice à Upper Hill, Nairobi. Cette charge m’a également permis de collaborer de plus près avec l’Église locale. J’ai été nommé président du Sénat de l’Archidiocèse de Nairobi et membre du Conseil Pastoral Archidiocésain. Pour moi, ce fut surtout un signe de la confiance que l’Église locale accordait à la présence salésienne et au service accompli durant ces années.
Après près de trente ans dans la Province d’Afrique de l’Est, j’ai senti qu’une nouvelle étape pouvait s’ouvrir. Lorsque le « Projet Europe » a été lancé, j’ai donné ma disponibilité. En 2009, j’ai été envoyé dans la Province de Grande-Bretagne, pour collaborer dans une paroisse de l’est de Glasgow, en Écosse. C’était un environnement très différent de ceux dans lesquels j’avais vécu auparavant : une zone pauvre, marquée par des difficultés sociales et par un contexte religieux très différent du contexte africain.
Là aussi, j’ai dû apprendre. La mission ne consistait pas à répéter ce que j’avais fait ailleurs, mais à écouter, comprendre, m’adapter, aimer ces gens tels qu’ils étaient. Les personnes se sont révélées très gentilles et affectueuses. J’ai dû m’habituer à l’accent de Glasgow, mais j’ai surtout appris une fois de plus que l’amour de Dieu n’a pas de frontières et que chaque peuple évangélise aussi le missionnaire qui est envoyé pour le servir.
En 2011, j’ai été affecté à la Savio House, à Bollington, dans le nord-ouest de l’Angleterre. J’y suis resté neuf ans, travaillant avec les volontaires dans l’animation des retraites pour les jeunes. Ce fut une expérience très salésienne. Les jeunes qui arrivaient pour les retraites apportaient des questions, des fragilités, des désirs, parfois même une distance par rapport à la foi ; mais ils apportaient surtout une grande possibilité de bien. Dans un contexte sécularisé, le charisme de Don Bosco m’est apparu une fois de plus actuel : créer un environnement accueillant, offrir une écoute, proposer des expériences de foi, accompagner sans forcer.
En 2020, j’ai été appelé à assumer la tâche d’économe provincial. Cette obéissance fut aussi un service à la mission, car les œuvres éducatives et pastorales ont besoin d’être soutenues avec responsabilité, ordre et attention. Une fois ce mandat terminé, on m’a confié la charge de Délégué Provincial pour l’Animation Missionnaire.
Dans ce service, je cherche aujourd’hui à rassembler ce que j’ai reçu aux différentes étapes de ma vie : la formation en Inde, la mission en Afrique, le service en Europe, le travail avec les jeunes, les responsabilités communautaires et provinciales. À travers le Rua Link, qui joue un rôle de communication au sein de la Province, j’essaie de faire connaître à la Famille Salésienne les nouvelles, les ressources et les propositions offertes par le Secteur des Missions de Rome. De plus, j’accompagne l’animation des Conseils Pastoraux de nos paroisses, en harmonie avec le thème de la Journée Missionnaire Salésienne 2026 : « Cœurs ouverts, Mission vivante ».
En repensant au chemin parcouru, je vois trois grands appels : la vocation salésienne née au Sanctuaire de la Madone de Don Bosco à Mumbai ; le Projet Afrique, qui m’a conduit en Tanzanie et au Kenya ; le Projet Europe, qui m’a mené en Écosse et en Angleterre. À chacune de ces étapes, l’obéissance m’a demandé de partir, de changer, d’assumer de nouvelles responsabilités. Il n’était pas toujours clair dès le début quel fruit en naîtrait. Mais le Seigneur a fait grandir le bien à travers de nombreuses personnes, de nombreuses communautés et de nombreux collaborateurs.
C’est pourquoi, si je dois résumer ma vie missionnaire, je ne la raconterais pas comme l’histoire de ce que j’ai fait, mais comme l’histoire de ce que j’ai reçu et cherché à servir. J’ai été appelé, envoyé et engagé. J’ai appris que la mission ne consiste pas à choisir la place qui nous convient le mieux, mais à accueillir le lieu et la tâche qui nous sont confiés. Et j’ai vu que, lorsqu’une obéissance est acceptée avec foi, elle peut devenir une semence d’avenir pour beaucoup.
père Anthony Fernandes, sdb

