26 Mar 2026, jeu

Les racines du mal et les remèdes de la vie chrétienne

Au cœur de tout mal qui blesse le monde, il n’y a pas seulement des injustices externes ou des fragilités sociales, mais une racine plus profonde : le péché qui habite le cœur de l’homme. À partir de la Genèse, l’Écriture nous aide à reconnaître trois grandes déviations intérieures – la recherche désordonnée du plaisir, de l’avoir et du pouvoir – qui éloignent de Dieu et désagrègent la relation avec soi-même, avec les autres et avec le Créateur. Mais l’Évangile ne s’arrête pas au diagnostic du mal : dans le Christ, vainqueur des tentations dans le désert, s’ouvre aussi la voie de la guérison. Le jeûne, la prière, l’aumône, l’examen de conscience et la confession deviennent ainsi des instruments concrets de conversion et de renaissance chrétienne.

 

À la racine de tous les maux qui affligent le monde se trouvent les péchés des hommes. Dieu a créé le monde bon ; mais avec le péché des premiers hommes, le mal est entré dans l’histoire humaine. Le premier péché – qui est essentiellement une désobéissance à Dieu – manifeste déjà une triple déformation du cœur humain. On peut le reconnaître en méditant la Parole de Dieu, avant tout dans le livre de la Genèse.

« La femme vit que l’arbre était bon à manger, agréable à la vue et désirable pour acquérir la sagesse ; elle prit de son fruit et en mangea, puis en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea aussi. » (Gn 3, 6)

Dans cet épisode émergent trois grandes déviations intérieures, qui continuent d’éloigner l’homme de Dieu : la recherche désordonnée du plaisir, la recherche désordonnée de l’avoir et la recherche désordonnée du pouvoir ou de l’autosuffisance.

Ces trois racines déforment l’homme en profondeur :
– La concupiscence de la chair (le désir des biens corporels) déforme le rapport au plaisir et nous blesse avant tout nous-mêmes ;
– La concupiscence des yeux (la fascination pour ce que le monde offre) déforme le rapport aux biens, à la possession et à ce qui attire et séduit, nuisant également au rapport avec les autres ;
– L’orgueil de la vie (la fierté, l’autosuffisance) déforme avant tout le rapport à Dieu, car il pousse l’homme au refus de la dépendance filiale envers le Créateur.

La Sainte Écriture met en lumière ces racines du mal de nombreuses manières. Les reconnaître est important, car ce n’est qu’en connaissant la maladie que l’on peut chercher le remède. Quelques autres passages bibliques aident à le comprendre.

1. « Lorsque tu auras mangé et que tu seras rassasié, lorsque tu auras bâti de belles maisons et que tu y habiteras, lorsque tu auras vu ton gros et ton petit bétail se multiplier, ton argent et ton or s’accroître et toutes tes possessions abonder, que ton cœur ne s’enfle pas d’orgueil au point d’oublier le Seigneur, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. » (Dt 8, 12-14)
2. « Akane répondit à Josué : « C’est vrai, j’ai péché contre le Seigneur, Dieu d’Israël, et voici ce que j’ai fait : j’avais vu dans le butin un beau manteau de Shinéar, deux cents sicles d’argent et un lingot d’or du poids de cinquante sicles. Je les ai convoités et je les ai pris ; les voici cachés en terre au milieu de ma tente, et l’argent est dessous ». » (Jos 7, 20-21)
3. « Seigneur, père et Dieu de ma vie, ne me donne pas l’arrogance des yeux et éloigne de moi tout désir immodéré. Que la sensualité et la luxure ne s’emparent pas de moi, ne m’abandonne pas à des désirs honteux. » (Si 23, 4-6)
4. « Du reste, les œuvres de la chair sont bien connues : fornication, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, inimitiés, discorde, jalousie, dissensions, divisions, factions, envies, ivrogneries, orgies et choses semblables. À ce sujet, je vous préviens, comme je l’ai déjà dit : ceux qui commettent de telles choses n’hériteront pas du royaume de Dieu. » (Ga 5, 19-21)
5. « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde ! Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui ; car tout ce qui est dans le monde — la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie — ne vient pas du Père, mais vient du monde. » (1 Jn 2, 15-16)

 

Jésus a vaincu là où Adam avait cédé
Le péché de désobéissance des premiers hommes a été réparé par l’obéissance de Jésus-Christ. Il a voulu affronter les mêmes tentations dans le désert aussi pour nous enseigner comment les vaincre. Et il a vaincu, en obéissant à la Parole de Dieu transmise par l’Écriture, en s’appuyant sur la vérité de Dieu, en ne répondant au tentateur qu’avec la Parole de Dieu, montrant qu’aucune tentation ne peut être surmontée sans la foi, sans l’obéissance et sans s’appuyer sur la vérité de Dieu.

Ce mystère est si important qu’il est raconté par les trois Évangiles synoptiques (Mt 4, 1-11 ; Mc 1, 12-13 ; Lc 4, 1-13) et il s’accomplit après quarante jours de jeûne solitaire dans le désert — un détail loin d’être négligeable.

Contre la concupiscence de la chair (Mt 4, 4)
Tentation : « Dis que ces pierres deviennent des pains. »
Réponse de Jésus : « Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
(Dt 8, 3)

Contre l’orgueil de la vie (Mt 4, 7)
Tentation : « Jette-toi en bas. »
Réponse de Jésus : « Il est aussi écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
(Dt 6, 16)

Contre la concupiscence des yeux (Mt 4, 10)
Tentation : « Je te donnerai tous les royaumes du monde et leur gloire. »
Réponse de Jésus : « Il est écrit : C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras, et à lui seul tu rendras un culte. »
(Dt 6, 13)

 

Les remèdes indiqués par la Tradition chrétienne
Pour guérir ces trois racines de désordre, la Tradition chrétienne a toujours indiqué trois pratiques fondamentales de pénitence : le jeûne (contre la concupiscence de la chair), la prière (contre l’orgueil de la vie) et l’aumône (contre la concupiscence des yeux). Le Catéchisme de l’Église Catholique le rappelle également :

« La pénitence intérieure du chrétien peut avoir des expressions très variées. L’Écriture et les Pères insistent surtout sur trois formes : le jeûne, la prière, l’aumône, qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres. » (CEC 1434)

Pour ceux qui sont appelés à une voie spéciale de perfection évangélique, la Tradition de l’Église indique également les trois conseils évangéliques, vécus dans les vœux religieux, comme remèdes spécifiques contre ces racines du mal :
la pauvreté, contre la concupiscence des yeux (le désir d’avoir) ;
la chasteté, contre la concupiscence de la chair (le désir du plaisir) ;
l’obéissance, contre l’orgueil de la vie (le désir du pouvoir).

En ce sens, la vie religieuse apparaît comme une imitation particulièrement intense du Christ, orientée vers la guérison de la racine même du péché.

Des trois concupiscences aux sept péchés capitaux
De ces trois racines proviennent les sept péchés capitaux, et à partir de ces sept se développent ensuite tous les autres désordres moraux. L’orgueil, l’avarice, la luxure, la colère, la gourmandise, l’envie et la paresse ne sont pas des maux autonomes et déconnectés : ils sont le fruit d’un terrain déjà corrompu par les trois concupiscences originelles, un développement des trois matrices du désordre intérieur.

1. La concupiscence de la chair
La concupiscence de la chair est le désordre de celui qui cherche le bien surtout dans le plaisir sensible, dans la jouissance immédiate et dans la satisfaction corporelle. En découlent notamment :
la gourmandise : la recherche désordonnée du manger, du boire et de la satisfaction matérielle ;
la luxure : la recherche désordonnée du plaisir sexuel ;
la paresse (acédie) : pas simplement la fainéantise, mais une tristesse ou une torpeur face au bien spirituel ; elle se développe souvent dans une âme alourdie par le confort, le bien-être et la fuite de l’effort intérieur.

2. La concupiscence des yeux
La concupiscence des yeux ne concerne pas seulement le fait de voir, mais le désir de ce qui apparaît, le fait de se laisser séduire par les choses, par la possession et par l’accumulation. En découlent notamment :
l’avarice : le désir désordonné de posséder, de retenir, d’accumuler des richesses ;
l’envie : du moins en partie : l’homme ne désire pas seulement ce qu’il voit, mais il souffre du bien qu’il voit chez l’autre ; l’envie est, en un certain sens, une concupiscence des yeux devenue comparaison : non seulement « je veux ce que je vois », mais « je ne supporte pas le bien que je vois chez l’autre ».

3. L’orgueil de la vie
L’orgueil de la vie est la racine la plus profonde : il ne concerne pas avant tout les choses, mais son propre moi, qui veut s’affirmer contre Dieu et contre les autres, se suffire à lui-même, primer et s’imposer. En découlent notamment :
l’orgueil : la forme explicite et directe de l’auto-exaltation ;
la colère : elle naît souvent d’un moi blessé, contredit, humilié ou entravé ;
l’envie : encore une fois, du moins en partie : non seulement comme désir de possession, mais aussi comme souffrance, car le bien d’autrui humilie l’orgueilleux.

Parmi ces trois racines du mal, la plus dangereuse est l’orgueil de la vie, car c’est un péché purement spirituel et, pour cette raison même, le plus difficile à reconnaître et à guérir. Les Pères de l’Église avertissaient en effet que même de nombreuses bonnes œuvres, si elles sont mues par l’orgueil, peuvent conduire à la ruine ; tandis que même une vie marquée par de nombreuses chutes, si elle est accompagnée d’une humilité et d’un repentir sincères, peut ouvrir la voie au Paradis : « Un chariot de bonnes œuvres, mais tiré par l’orgueil, mène en enfer, tandis qu’un chariot de péchés, mais conduit par l’humilité, arrive au Paradis. »

 

La nécessité de connaître le mal pour pouvoir y résister
Connaître les péchés capitaux et apprendre à les identifier en nous-mêmes est essentiel pour le cheminement spirituel. Seul ce que l’on connaît clairement peut être vraiment combattu. Autrement, on risque de rester dans une vague confusion intérieure, ou de se tourmenter avec des sentiments de culpabilité génériques, sans parvenir à reconnaître et à affronter les vices concrets qui nous dominent.

Cependant, il ne suffit pas de connaître le mal : il faut aussi demander pardon à Dieu et réparer, autant que possible, le mal commis. C’est pourquoi la confession sacramentelle est nécessaire.

D’ailleurs, c’est ce qui se passe aussi dans les relations humaines : si nous avons volé, il ne suffit pas de dire « je suis désolé », mais il faut aussi restituer ce qui a été dérobé, il faut réparer ; si nous avons offensé quelqu’un, il ne suffit pas de reconnaître intérieurement son erreur, mais il faut aussi demander pardon et, si nécessaire, réparer.

 

L’examen de conscience comme début de la conversion
L’un des moyens les plus importants pour commencer sérieusement le chemin de conversion est l’examen de conscience. Il consiste à connaître les manières dont nous pouvons offenser Dieu, notre prochain et nous-mêmes, et à reconnaître avec sincérité celles dont nous sommes réellement coupables.

À cette fin, nous proposons ci-dessous un bref rappel des dispositions nécessaires pour une bonne confession sacramentelle et quelques schémas d’examen de conscience sous différentes perspectives : selon les dix commandements, selon les péchés capitaux, selon les vertus théologales et cardinales, selon les devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers soi-même, et aussi selon d’autres angles utiles.