{"id":55436,"date":"2026-10-31T19:51:17","date_gmt":"2026-10-31T19:51:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=55436"},"modified":"2026-10-31T19:51:34","modified_gmt":"2026-10-31T19:51:34","slug":"voyage-a-la-cite-du-feu-1868","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/sans-categorie\/voyage-a-la-cite-du-feu-1868\/","title":{"rendered":"Voyage \u00e0 la cit\u00e9 du feu (1868)"},"content":{"rendered":"<p><em>Le Voyage \u00e0 la cit\u00e9 du feu est l&rsquo;un des \u00ab\u00a0r\u00eaves\u00a0\u00bb les plus c\u00e9l\u00e8bres de saint Jean Bosco, racont\u00e9 \u00e0 ses gar\u00e7ons le 3 mai 1868. Dans cette vision dramatique, l&rsquo;\u00e9ducateur, escort\u00e9 par un \u00e9nigmatique \u00ab\u00a0homme au bonnet\u00a0\u00bb, traverse un paysage d\u00e9sol\u00e9 jusqu&rsquo;aux remparts de l&rsquo;enfer, o\u00f9 il voit des jeunes qu&rsquo;il conna\u00eet tomber dans des pi\u00e8ges invisibles et des flammes \u00e9ternelles. Chaque \u00e9pisode est un symbole moral : les filets repr\u00e9sentent le respect humain, les couteaux la pri\u00e8re, les portes de bronze les cons\u00e9quences du p\u00e9ch\u00e9. Don Bosco a transform\u00e9 l&rsquo;angoisse du r\u00eave en cat\u00e9ch\u00e8se, mettant ses \u00e9l\u00e8ves en garde contre la d\u00e9sob\u00e9issance, l&rsquo;impuret\u00e9, l&rsquo;avarice et l&rsquo;oisivet\u00e9, et indiquant les sacrements, la d\u00e9votion mariale et l&rsquo;ob\u00e9issance comme voies de salut. Le r\u00e9cit reste un document incomparable de son z\u00e8le pastoral et de son ardente charit\u00e9 \u00e9ducative.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le dimanche soir 3 mai, f\u00eate patronale de Saint Joseph, Don Bosco reprit le r\u00e9cit de ce qu&rsquo;il avait vu dans ses r\u00eaves.<\/p>\n<p>&#8211; Je dois, commen\u00e7a-t-il, vous en raconter un autre, qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la cons\u00e9quence de ceux que je vous ai narr\u00e9s vendredi et jeudi soir et qui m&rsquo;ont laiss\u00e9 si accabl\u00e9 que je ne pouvais plus tenir. Appelez-les des r\u00eaves ou donnez-leur un autre nom&#8230; Enfin, appelez-les comme vous voulez.<\/p>\n<p>&#8211; Je vous ai parl\u00e9 d&rsquo;un crapaud effrayant qui, dans la nuit du 17 avril, mena\u00e7ait de m&rsquo;avaler et comment, \u00e0 sa disparition, une voix m\u2019a dit : &#8211; Pourquoi ne parles-tu pas ? \u2013 En me tournant du c\u00f4t\u00e9 d\u2019o\u00f9 venait cette voix, je vis pr\u00e8s de mon lit un personnage distingu\u00e9. Ayant compris la raison de ce reproche, je lui demandai :<\/p>\n<p>&#8211; Et que devrai-je dire \u00e0 nos jeunes ?<\/p>\n<p>&#8211; Ce que tu as vu et ce qui t&rsquo;a \u00e9t\u00e9 dit dans les derniers r\u00eaves et ce que tu souhaitais conna\u00eetre et qui te sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la nuit prochaine ! Et il disparut.<\/p>\n<p>Je passai donc toute la journ\u00e9e suivante \u00e0 penser \u00e0 la mauvaise nuit que j&rsquo;allais devoir passer et, quand arriva le soir, je ne pouvais me r\u00e9soudre \u00e0 aller dormir. Je restai \u00e0 la table \u00e0 lire jusqu&rsquo;\u00e0 minuit. L&rsquo;id\u00e9e de devoir encore voir d&rsquo;autres spectacles terrifiants me remplissait de terreur. Finalement, je me fis violence et me couchai.<\/p>\n<p>Puis il continua le r\u00e9cit en disant :<\/p>\n<p>Pour ne pas m&rsquo;endormir si t\u00f4t, et par crainte que l&rsquo;imagination ne me m\u00e8ne aux r\u00eaves habituels, je mis le coussin contre le mur, de sorte que j&rsquo;\u00e9tais presque assis sur le lit. Mais bient\u00f4t, fatigu\u00e9 comme j&rsquo;\u00e9tais, je tombai dans le sommeil sans m&rsquo;en apercevoir. Et voil\u00e0 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;improviste, je vis dans la chambre, pr\u00e8s du lit, l&rsquo;homme de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente (qu&rsquo;il appelait plusieurs fois l&rsquo;homme du <em>bonnet<\/em>, ou du chapeau), qui me dit :<\/p>\n<p>&#8211; L\u00e8ve-toi et viens avec moi !<\/p>\n<p>Je r\u00e9pondis :<\/p>\n<p>&#8211; Au nom de la charit\u00e9, laissez-moi tranquille, je suis trop fatigu\u00e9 ! Regardez ! Je suis ici depuis plusieurs jours en proie \u00e0 un mal de dents. Laissez-moi me reposer. J&rsquo;ai fait des r\u00eaves terrifiants, je suis \u00e9puis\u00e9. &#8211; Je disais cela aussi, parce que l&rsquo;apparition de cet homme est toujours le signal de grandes agitations, de fatigues et de frayeurs.<\/p>\n<p>Il me r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>&#8211; L\u00e8ve-toi, il n&rsquo;y a pas de temps \u00e0 perdre.<\/p>\n<p>Alors je me levai et le suivis. En marchant, je l&rsquo;interrogeai : O\u00f9 veux-tu me conduire maintenant ?<\/p>\n<p>&#8211; Viens et tu verras.<\/p>\n<p>Je regardais autour de moi, mais dans cette r\u00e9gion, je ne voyais nulle part de fronti\u00e8re, tant elle \u00e9tait d\u00e9mesur\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable d\u00e9sert. On ne rencontrait pas \u00e2me qui vive. On ne voyait pas une seule plante, pas de rivi\u00e8re, l&rsquo;herbe jaune et s\u00e8che pr\u00e9sentait un triste spectacle. Je ne savais ni o\u00f9 je me trouvais, ni ce que j&rsquo;allais faire. Pendant un instant, je ne vis plus mon guide. Je craignis de m&rsquo;\u00eatre \u00e9gar\u00e9. Il n&rsquo;y avait plus ni Don Rua, ni Don Francesia, ni d&rsquo;autres. Quand tout \u00e0 coup, je d\u00e9couvre l\u2019ami qui venait \u00e0 ma rencontre. Soulag\u00e9, je lui demandai :<\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 suis-je ?<\/p>\n<p>&#8211; Viens avec moi et tu verras !<\/p>\n<p>&#8211; D\u2019accord, je viens avec toi !<\/p>\n<p>Il prit les devants et je le suivis sans parler. Apr\u00e8s un long et triste voyage, Don Bosco, pensant qu&rsquo;il devait traverser une telle \u00e9tendue de plaine, se disait en lui-m\u00eame :<\/p>\n<p>&#8211; Mes pauvres dents ! Pauvre de moi avec mes jambes enfl\u00e9es&#8230;<\/p>\n<p>Mais tout \u00e0 coup, une route s&rsquo;ouvrit devant moi. Alors je rompis le silence et demandai au guide :<\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 devons-nous aller maintenant ?<\/p>\n<p>&#8211; Par ici, r\u00e9pondit-il.<\/p>\n<p>Et nous nous engage\u00e2mes sur cette route. Elle \u00e9tait belle, large, spacieuse et bien pav\u00e9e (La voie des p\u00e9cheurs est bien pav\u00e9e, mais \u00e0 sa fin se trouve l&rsquo;ab\u00eeme infernal. Sir 21,10). De chaque c\u00f4t\u00e9, sur les bords du foss\u00e9, deux magnifiques haies vertes et couvertes de fleurs d\u00e9licates l&rsquo;encadraient. Les roses, en particulier, pointaient de toutes parts entre les feuilles. Le chemin, \u00e0 premi\u00e8re vue, semblait plat et confortable et je m\u2019y engageai, ne soup\u00e7onnant rien. Mais en poursuivant le chemin, je remarquai qu&rsquo;il tendait insensiblement vers le bas. M\u00eame si la pente ne me semblait pas trop raide, je courais avec une telle facilit\u00e9 que j&rsquo;avais l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre port\u00e9 dans les airs. En fait, je me rendis compte que j&rsquo;avan\u00e7ais sans presque bouger les pieds. Notre course \u00e9tait rapide. En me disant que revenir en arri\u00e8re par un chemin aussi long co\u00fbterait beaucoup d&rsquo;efforts et de peine, je dis \u00e0 mon ami :<\/p>\n<p>&#8211; Et comment ferons-nous pour retourner \u00e0 l&rsquo;Oratoire ?<\/p>\n<p>&#8211; Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas, me r\u00e9pondit-il, le Seigneur est tout-puissant et veut que tu ailles. Celui qui te conduit et t&rsquo;apprend \u00e0 avancer saura aussi te ramener en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>La route descendait toujours plus. Nous poursuivions notre chemin parmi les fleurs et les roses, quand je vis venir derri\u00e8re moi, sur le m\u00eame sentier, tous les jeunes de l&rsquo;Oratoire avec de nombreux compagnons que je n&rsquo;avais jamais vus, et je me trouvai au milieu d&rsquo;eux. Pendant que je les observais, tout \u00e0 coup je vis que tant\u00f4t l&rsquo;un, tant\u00f4t l&rsquo;autre tombait et \u00e9tait aussit\u00f4t entra\u00een\u00e9 par une force invisible vers une horrible descente, entrevue un peu plus loin, et cette descente d\u00e9bouchait ensuite dans une fournaise. Je demandai \u00e0 mon compagnon\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Qu&rsquo;est-ce qui fait tomber ces jeunes ? (Ils ont tendu des filets et des cordes, ils ont plac\u00e9 un pi\u00e8ge sur mon chemin, Ps. 140,6).<\/p>\n<p>&#8211; Approche un peu plus, me r\u00e9pondit-il.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;approchai et vis que les jeunes passaient au milieu de nombreux filets\u00a0; certains \u00e9taient au ras du sol, d&rsquo;autres \u00e0 la hauteur de la t\u00eate ; ceux-ci n&rsquo;\u00e9taient pas visibles. C\u2019est ainsi que beaucoup de jeunes restaient pris dans ces pi\u00e8ges en chemin, sans se rendre compte du danger. Au moment de rester enlac\u00e9s, ils faisaient un saut, puis restaient au sol les jambes en l&rsquo;air, puis se relevaient et se mettaient \u00e0 courir pr\u00e9cipitamment vers l&rsquo;ab\u00eeme. Certains restaient pris dans ces lacets par la t\u00eate, d&rsquo;autres par le cou, d&rsquo;autres par les mains, d&rsquo;autres par un bras, d&rsquo;autres par une jambe, d&rsquo;autres par les hanches, et \u00e9taient imm\u00e9diatement tir\u00e9s vers le bas. Les filets pos\u00e9s sur le sol semblaient en fil d\u2019\u00e9toupe, \u00e0 peine visibles, ressemblant \u00e0 des fils d&rsquo;araign\u00e9e et ne semblaient pas capables de faire beaucoup de mal. Et pourtant je vis que m\u00eame les jeunes pris dans ces pi\u00e8ges tombaient presque tous par terre.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais \u00e9tonn\u00e9 et le guide me dit :<\/p>\n<p>&#8211; Sais-tu ce que c&rsquo;est ?<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est juste un peu d\u2019\u00e9toupe, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n<p>&#8211; En fait, ce n&rsquo;est rien, me dit-il, rien d\u2019autre que le respect humain.<\/p>\n<p>Mais en voyant que beaucoup continuaient \u00e0 tomber dans ces pi\u00e8ges, je demandai :<\/p>\n<p>&#8211; Comment se fait-il que tant de jeunes restent encha\u00een\u00e9s par ces fils ? Qui les tra\u00eene ainsi ?<\/p>\n<p>Et lui :<\/p>\n<p>&#8211; Approche encore, regarde et tu verras !<\/p>\n<p>Je regardai un peu et puis dis :<\/p>\n<p>&#8211; Mais je ne vois rien.<\/p>\n<p>&#8211; Regarde un peu mieux, me r\u00e9p\u00e9ta-t-il.<\/p>\n<p>Je pris effectivement l&rsquo;un de ces filets, je le tirai vers moi et je trouvai que l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 ne venait pas. Je tirai encore un peu, mais je ne pouvais pas voir o\u00f9 ce fil allait finir, je sentais m\u00eame que moi-m\u00eame j&rsquo;\u00e9tais tir\u00e9. Alors en suivant ce fil, je parvins \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une caverne \u00e9pouvantable. Je me suis arr\u00eat\u00e9, car je ne voulais pas entrer dans ce gouffre. En tirant le fil vers moi, j\u2019ai remarqu\u00e9 qu&rsquo;il venait un peu, mais il fallait faire un grand effort. Et voil\u00e0 qu\u2019apr\u00e8s avoir beaucoup tir\u00e9, sortit petit \u00e0 petit un horrible et \u00e9norme monstre qui faisait horreur. Il serrait dans ses griffes l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 d&rsquo;une corde \u00e0 laquelle \u00e9taient li\u00e9s ensemble tous ces fils. C&rsquo;\u00e9tait lui qui, d\u00e8s qu&rsquo;un quelqu&rsquo;un tombait dans ces mailles, le tra\u00eenait imm\u00e9diatement vers lui. Je dis en moi-m\u00eame : &#8211; Il est inutile de jouer de force avec ce vilain personnage, car je ne pourrai pas le vaincre ; il vaut mieux le combattre avec le signe de la sainte croix et avec des oraisons jaculatoires.<\/p>\n<p>Je retournai donc pr\u00e8s de mon guide, qui me dit :<\/p>\n<p>&#8211; Maintenant sais-tu qui c&rsquo;est ?<\/p>\n<p>&#8211; Oh oui, je le sais ! C&rsquo;est le d\u00e9mon qui tend ces pi\u00e8ges pour faire tomber mes jeunes dans l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p>J&rsquo;observai attentivement les nombreux pi\u00e8ges et vis que chacun portait son titre\u00a0: le pi\u00e8ge de l&rsquo;<em>orgueil<\/em>, de la <em>d\u00e9sob\u00e9issance<\/em>, de l&rsquo;<em>envie, <\/em>du<em> sixi\u00e8me commandement, <\/em>du<em> vol, <\/em>de la<em> gourmandise, <\/em>de la<em> paresse, <\/em>de la<em> col\u00e8re<\/em>, etc. Apr\u00e8s quoi, je me mis un peu en arri\u00e8re pour observer quels \u00e9taient les pi\u00e8ges qui prenaient le plus grand nombre de jeunes et je vis que c&rsquo;\u00e9taient ceux de l\u2019impuret\u00e9, de la d\u00e9sob\u00e9issance et de l&rsquo;orgueil. \u00c0 ce dernier \u00e9taient li\u00e9s les deux autres. Apr\u00e8s ceux-ci, je vis beaucoup d&rsquo;autres pi\u00e8ges qui faisaient de grands ravages mais pas autant que les deux premiers. Ne cessant d&rsquo;observer, je vis de nombreux jeunes qui couraient avec plus de pr\u00e9cipitation que les autres et je demandai :<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi cette vitesse ?<\/p>\n<p>&#8211; Parce que, me fut-il dit, ils sont tir\u00e9s par les pi\u00e8ges du respect humain.<\/p>\n<p>En regardant encore plus attentivement, je vis qu\u2019au milieu des filets, il y avait de nombreux couteaux, \u00e9parpill\u00e9s ici et l\u00e0 par une main providentielle, qui servaient \u00e0 les couper ou \u00e0 les briser. Le couteau le plus gros \u00e9tait contre le pi\u00e8ge de l&rsquo;orgueil et symbolisait la m\u00e9ditation. Un autre couteau assez gros, mais plus petit que le premier, signifiait la lecture spirituelle bien faite. Il y avait aussi deux \u00e9p\u00e9es. L&rsquo;une d&rsquo;elles indiquait la d\u00e9votion au Saint-Sacrement, sp\u00e9cialement par la communion fr\u00e9quente ; l&rsquo;autre la d\u00e9votion \u00e0 la Vierge Marie. Il y avait aussi un marteau : la confession. Il y avait aussi d&rsquo;autres couteaux, symboles des diverses d\u00e9votions\u00a0: \u00e0 Saint Joseph, \u00e0 Saint Louis, etc., etc. Avec ces armes, pas mal de jeunes brisaient leur filet lorsqu&rsquo;ils \u00e9taient pris ou se d\u00e9fendaient pour ne pas \u00eatre li\u00e9s.<\/p>\n<p>En fait, je vis des jeunes qui passaient entre ces pi\u00e8ges de mani\u00e8re \u00e0 ne jamais \u00eatre pris. Ils passaient avant que le pi\u00e8ge ne tombe, et s&rsquo;ils passaient quand le pi\u00e8ge tombait, ils savaient s&rsquo;en d\u00e9fendre. Le filet les surprenait sur les \u00e9paules, ou sur le dos, ou ici ou l\u00e0, mais sans les attraper.<\/p>\n<p>Quand le guide sut que j&rsquo;avais observ\u00e9 chaque d\u00e9tail, il me fit continuer le chemin bord\u00e9 de roses. Au fur et \u00e0 mesure que j\u2019avan\u00e7ais, les roses de la haie devenaient plus rares et commen\u00e7aient \u00e0 montrer de longues \u00e9pines. Ensuite, en regardant partout, je ne d\u00e9couvrais plus une seule rose. Finalement la haie \u00e9tait devenue toute \u00e9pineuse, br\u00fbl\u00e9e par le soleil et sans feuilles. Des buissons partaient des branches \u00e9parpill\u00e9es, s\u00e8ches, qui jonchaient le sol en l&rsquo;encombrant et en le semant tellement d&rsquo;\u00e9pines qu&rsquo;on pouvait \u00e0 peine marcher. Nous \u00e9tions arriv\u00e9s dans une d\u00e9pression, dont les bords cachaient toutes les r\u00e9gions environnantes. Le chemin, qui continuait \u00e0 descendre, devenait horrible, d\u00e9fonc\u00e9, parsem\u00e9 de foss\u00e9s, de d\u00e9bris, de cailloux et de gros rochers arrondis. J&rsquo;avais perdu de vue tous mes jeunes, dont beaucoup \u00e9taient sortis de ce chemin tra\u00eetre en prenant d&rsquo;autres sentiers.<\/p>\n<p>Je poursuivis mon chemin. Plus j\u2019avan\u00e7ais, plus cette descente \u00e9tait rude, rapide, si bien que quelques fois je glissais, tombant \u00e0 terre, o\u00f9 je restais assis pour reprendre un peu mon souffle. De temps en temps, le guide me soutenait et me relevait. \u00c0 chaque pas, mes articulations pliaient et j\u2019avais l\u2019impression que mes tibias se d\u00e9tachaient. Je disais \u00e0 mon guide en haletant:<\/p>\n<p>&#8211; Mais, mon cher ! Mes jambes ne peuvent plus me soutenir. Accabl\u00e9 comme je suis, il est impossible que je puisse continuer le voyage.<\/p>\n<p>Le guide ne me r\u00e9pondit pas, mais continuait son chemin en m&rsquo;encourageant. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, me voyant tout en sueur et \u00e0 moiti\u00e9 mort, il me conduisit sur un petit terre-plein form\u00e9 par la route. Je m&rsquo;assis, repris mon souffle, pendant que lui semblait se reposer un peu. Je regardais alors, vers le haut, le chemin que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait : il semblait \u00e0 pic, parsem\u00e9 de pointes et de cailloux d\u00e9tach\u00e9s. Je regardai vers le bas le chemin que je devais encore parcourir. Effray\u00e9, je fermai les yeux et finis par m\u2019\u00e9crier :<\/p>\n<p>&#8211; Revenons en arri\u00e8re, s\u2019il te pla\u00eet. Si nous avan\u00e7ons encore, comment ferons-nous pour retourner \u00e0 l&rsquo;Oratoire ? Il est impossible que je puisse ensuite gravir cette mont\u00e9e !<\/p>\n<p>Et le guide me r\u00e9pondit r\u00e9solument :<\/p>\n<p>&#8211; Maintenant que nous sommes arriv\u00e9s jusqu\u2019ici, veux-tu rester seul ?<\/p>\n<p>\u00c0 cette menace, je dis d&rsquo;une voix plaintive :<\/p>\n<p>&#8211; Sans toi, comment pourrais-je revenir en arri\u00e8re ou continuer le voyage ?<\/p>\n<p>&#8211; Eh bien, suis-moi, ajouta le guide.<\/p>\n<p>Je me levai et nous continu\u00e2mes \u00e0 descendre. Le chemin devenait de plus en plus terriblement escarp\u00e9 au point que je ne pouvais presque plus me tenir sus mes jambes.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 qu\u2019au fond de ce pr\u00e9cipice, qui d\u00e9bouchait dans une vall\u00e9e sombre, apparut un \u00e9difice immense qui, en face de nous, avait une porte tr\u00e8s haute, ferm\u00e9e. Nous touchions le fond du pr\u00e9cipice. Une chaleur \u00e9touffante m&rsquo;oppressait et une fum\u00e9e grasse, presque verte, s&rsquo;\u00e9levait au-dessus de ces murs stri\u00e9s de flammes couleur de sang. Je levai les yeux vers ces murailles ; elles \u00e9taient plus hautes qu&rsquo;une montagne. Don Bosco demanda au guide :<\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 sommes-nous ? Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ?<\/p>\n<p>&#8211; Lis l\u2019inscription sur cette porte, me r\u00e9pondit-il, et tu sauras o\u00f9 nous sommes ! &#8211; Je regardai et au-dessus de la porte \u00e9tait \u00e9crit : <em>Ubi non est redemptio<\/em> (ici o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de salut). Je me rendis compte que nous \u00e9tions aux portes de l&rsquo;enfer. Le guide me fit faire le tour des murs de cette horrible cit\u00e9. De temps en temps, \u00e0 distance r\u00e9guli\u00e8re, on voyait une porte en bronze comme la premi\u00e8re, au pied d&rsquo;une descente ruineuse, et toutes avaient une inscription diff\u00e9rente des autres. <em>Discedite, maledicti, in ignem aeternum qui paratus est diabolo et angelis eius<\/em>&#8230; (Allez, loin de moi, maudits, dans le feu \u00e9ternel, pr\u00e9par\u00e9 pour le diable et pour ses anges, Mt 25,41<em>), Omnis arbor quae non facit fructum bonum excidetur et in ignem mittetur<\/em> (Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit est coup\u00e9 et jet\u00e9 dans le feu, Mt 7,19). Je pris le carnet pour copier ces inscriptions, mais le guide me dit :<\/p>\n<p>&#8211; Arr\u00eate ! Que fais-tu ?<\/p>\n<p>&#8211; Je prends note de ces inscriptions.<\/p>\n<p>&#8211; Pas besoin, tu les as toutes dans l&rsquo;\u00c9criture, et tu en as affich\u00e9 certaines sous les portiques.<\/p>\n<p>Devant un tel spectacle, j&rsquo;aurais souhait\u00e9 revenir en arri\u00e8re et me rendre \u00e0 l&rsquo;Oratoire. Apr\u00e8s avoir fait quelques pas, le guide ne se retourna pas. Nous avons parcouru un immense et profond ravin et nous nous sommes retrouv\u00e9s \u00e0 nouveau au pied de ce chemin escarp\u00e9 que nous avions descendu, devant cette premi\u00e8re porte. Tout \u00e0 coup, le guide se retourna et, tout sombre et le visage contract\u00e9, il me fit signe de me retirer en disant :<\/p>\n<p>&#8211; Observe !<\/p>\n<p>J\u2019ai lev\u00e9 les yeux en tremblant et j\u2019ai vu \u00e0 une grande distance, sur ce chemin rapide, quelqu&rsquo;un qui descendait pr\u00e9cipitamment. Au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;approchait, j&rsquo;essayais de fixer son visage et finalement je le reconnus comme l&rsquo;un de mes jeunes. Ses cheveux \u00e9bouriff\u00e9s \u00e9taient en partie dress\u00e9s sur sa t\u00eate, d\u2019autres volaient en arri\u00e8re sous l\u2019effet de l&rsquo;air ; il avait les bras tendus en avant, comme quelqu&rsquo;un qui nage pour \u00e9chapper \u00e0 un naufrage. Il voulait s&rsquo;arr\u00eater et ne pouvait pas. Il frappait avec ses pieds les pierres saillantes, et ces pierres servaient \u00e0 lui donner encore plus de vitesse. Je me mis \u00e0 crier :<\/p>\n<p>&#8211; Courons, arr\u00eatons-le, aidons-le\u00a0! Et je tendis les mains vers lui.<\/p>\n<p>Et le guide :<\/p>\n<p>&#8211; Non, laisse.<\/p>\n<p>&#8211; Et pourquoi ne puis-je pas l&rsquo;arr\u00eater ?<\/p>\n<p>&#8211; Ne sais-tu pas combien la vengeance de Dieu est terrible ? Crois-tu pouvoir arr\u00eater celui qui fuit l\u2019ardente col\u00e8re du Seigneur ?<\/p>\n<p>Entre-temps, ce jeune tourna la t\u00eate en arri\u00e8re et regarda avec des yeux embras\u00e9s pour voir si la col\u00e8re de Dieu le poursuivait toujours. Il se pr\u00e9cipitait tout au fond et allait s&rsquo;\u00e9craser contre la porte de bronze comme s&rsquo;il n&rsquo;avait trouv\u00e9 d&rsquo;autre \u00e9chappatoire dans sa fuite.<\/p>\n<p>&#8211; Et pourquoi, demandai-je, ce jeune homme regarde-t-il en arri\u00e8re si effray\u00e9 ?<\/p>\n<p>&#8211; Parce que la col\u00e8re de Dieu d\u00e9passe toutes les portes de l&rsquo;enfer et va le tourmenter m\u00eame au milieu du feu.<\/p>\n<p>En effet, sous l\u2019impact, dans le bruit provoqu\u00e9 par l&rsquo;ouverture de ses verrous, la porte s&rsquo;ouvrit. Et derri\u00e8re elle s&rsquo;ouvrirent simultan\u00e9ment deux, dix, cent, mille autres portes, dans un long bruit assourdissant, pouss\u00e9es par l&rsquo;impact du jeune qui fut transport\u00e9 comme par un tourbillon invisible, irr\u00e9sistible, tr\u00e8s rapide. Toutes ces portes de bronze, l&rsquo;une en face de l&rsquo;autre mais \u00e0 une grande distance, rest\u00e8rent ouvertes un instant. Dans le fond, tr\u00e8s loin, je vis comme la gueule d\u2019une fournaise, et de ce gouffre s&rsquo;\u00e9levaient des globes de feu o\u00f9 le jeune s\u2019enfon\u00e7ait. Puis les portes se referm\u00e8rent avec la m\u00eame rapidit\u00e9 avec laquelle elles s&rsquo;\u00e9taient ouvertes. Alors je pris mon carnet de notes pour \u00e9crire le nom et le pr\u00e9nom de ce malheureux, mais le guide me saisit le bras et me commanda :<\/p>\n<p>&#8211; Arr\u00eate, et observe \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>J&rsquo;observais et voici un nouveau spectacle. Je vis se pr\u00e9cipiter de cette descente trois autres jeunes de nos maisons. Ils roulaient comme trois rochers, tr\u00e8s rapidement l&rsquo;un derri\u00e8re l&rsquo;autre. Ils avaient les bras ouverts et criaient de peur. Ils arriv\u00e8rent en bas et all\u00e8rent s&rsquo;\u00e9craser contre la premi\u00e8re porte. Don Bosco, \u00e0 cet instant, les reconnut tous les trois. Et la porte s&rsquo;ouvrit, et derri\u00e8re elle les mille autres portes. Les jeunes furent pouss\u00e9s dans ce long couloir, on entendit un bruit infernal prolong\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9loignait de plus en plus\u00a0; ils disparurent et les portes se ferm\u00e8rent. Beaucoup d&rsquo;autres tomb\u00e8rent de temps \u00e0 autre apr\u00e8s eux. Je vis un pauvre gar\u00e7on qui s\u2019y pr\u00e9cipitait, pouss\u00e9 avec des coups par un compagnon perfide. D&rsquo;autres tombaient seuls, d&rsquo;autres en compagnie ; certains pris par le bras, d&rsquo;autres d\u00e9tach\u00e9s, mais proches du compagnon. Tous avaient leur p\u00e9ch\u00e9 \u00e9crit sur le front. Je les appelais anxieusement quand ils y tombaient. Mais les jeunes ne m&rsquo;entendaient pas, les portes infernales r\u00e9sonnaient, s&rsquo;ouvraient, puis se fermaient et un silence mortel s\u2019installait.<\/p>\n<p>&#8211; Voici une des causes principales de tant de damnations ! &#8211; s&rsquo;exclama mon guide : les compagnons et les mauvais livres et les habitudes perverses.<\/p>\n<p>Les filets vus pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9taient ceux qui entra\u00eenaient les jeunes au pr\u00e9cipice. En voyant tant de chutes, je dis avec un accent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211; Mais alors, il est inutile que nous travaillions dans nos coll\u00e8ges, si tant de jeunes finissent ainsi ! N\u2019y aura-t-il pas de rem\u00e8de pour emp\u00eacher toutes ces ruines d&rsquo;\u00e2mes ?<\/p>\n<p>Et le guide r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est leur \u00e9tat actuel et s&rsquo;ils mouraient, ils viendraient sans aucun doute ici.<\/p>\n<p>&#8211; Oh, laisse-moi noter leurs noms pour que je puisse les avertir et les mettre sur le chemin du paradis.<\/p>\n<p>&#8211; Crois-tu qu\u2019il suffit d\u2019avertir certains pour qu\u2019ils se corrigent ? Sur le moment, ils seront frapp\u00e9s par l&rsquo;avertissement, puis ils passeront par-dessus en disant : c&rsquo;est un r\u00eave ! et ils deviendront pires qu&rsquo;avant. D&rsquo;autres, voyant qu&rsquo;ils sont d\u00e9couverts, fr\u00e9quenteront les sacrements, mais ce ne sera plus une action spontan\u00e9e et m\u00e9ritoire, car mal faite. D&rsquo;autres se confesseront par simple peur momentan\u00e9e de l&rsquo;enfer, mais sans enlever de leur c\u0153ur l&rsquo;attachement au p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Mais alors, pour ces malheureux, il n&rsquo;y aura plus de r\u00e9mission ? Donne-moi un conseil sp\u00e9cial pour les sauver.<\/p>\n<p>&#8211; Le voici : ils ont des sup\u00e9rieurs, qu&rsquo;ils leur ob\u00e9issent ; ils ont des r\u00e8gles, qu&rsquo;ils les observent ; ils ont les Sacrements, qu&rsquo;ils les fr\u00e9quentent.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment-l\u00e0 fut pr\u00e9cipit\u00e9 un nouveau groupe de jeunes, les portes rest\u00e8rent ouvertes un instant, et le guide me dit\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Viens toi aussi \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur !<\/p>\n<p>J&rsquo;ai recul\u00e9, horrifi\u00e9. J&rsquo;\u00e9tais impatient de retourner \u00e0 l&rsquo;Oratoire pour avertir les jeunes et les arr\u00eater, pour \u00e9viter \u00e0 d\u2019autres de se perdre. Mais le guide insista.<\/p>\n<p>&#8211; Viens, tu apprendras encore plusieurs choses. Mais d&rsquo;abord dis-moi : veux-tu y aller seul ou accompagn\u00e9 ? &#8211; Il dit cela pour que je reconnaisse l&rsquo;insuffisance de mes forces et en m\u00eame temps la n\u00e9cessit\u00e9 de son assistance bienveillante. Je lui r\u00e9pondis :<\/p>\n<p>&#8211; L\u00e0, seul, dans ce lieu d&rsquo;horreur, sans le r\u00e9confort de ta bont\u00e9 ? Qui pourra m&rsquo;enseigner le chemin du retour ?<\/p>\n<p>Et tout \u00e0 coup, je me sentis plein de courage, pensant en moi-m\u00eame qu\u2019avant d&rsquo;aller en enfer, il faut se pr\u00e9senter au jugement, et je ne suis pas encore all\u00e9 au jugement ! &#8211; Aussi je m&rsquo;\u00e9criai r\u00e9solument :<\/p>\n<p>&#8211; Allons-y !<\/p>\n<p>Nous entr\u00e2mes dans ce couloir \u00e9troit et horrible ! On y courait avec la rapidit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9clair. Au-dessus de chacune des portes int\u00e9rieures brillait d\u2019une lumi\u00e8re sombre une inscription mena\u00e7ante. \u00c0 peine avions-nous fini de le parcourir, nous d\u00e9bouchions dans une vaste et sombre cour, au fond de laquelle se trouvait un portillon laid, gros, tel que je n\u2019en ai jamais vu de pire, sur lequel \u00e9taient \u00e9crits ces mots : <em>Ibunt impii in ignem aeternum<\/em> (Les impies iront au feu \u00e9ternel). Tout autour, les murs \u00e9taient couverts d&rsquo;inscriptions. Je demandai \u00e0 mon guide la permission de les lire et il me r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 ta guise.<\/p>\n<p>Alors j&rsquo;observai partout. \u00c0 un endroit, je vis cet \u00e9crit : &#8211; <em>Dabo ignem in carnes eorum ut comburantur in sempiternum<\/em> (Je mettrai le feu et des vers dans leurs chairs, et ils pleureront dans le tourment pour toujours, Jdt 16,17) &#8211; <em>Cruciabantur die ac nocte in saecula saeculorum<\/em> (Ils seront tourment\u00e9s jour et nuit pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles, Ap 20,10). &#8211; Et ailleurs : <em>Hic universitas malorum per omnia saecula saeculorum<\/em> (Voici l&rsquo;univers du mal pour tous les si\u00e8cles des si\u00e8cles) &#8211; \u00c0 d&rsquo;autres endroits : <em>Nullus est hic ordo, sed orror sempiternus inhabitat<\/em> (Ici il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ordre, mais demeure la terreur \u00e9ternelle) &#8211; <em>Fumus tormentorum suorum in aeternum ascendit<\/em> (La fum\u00e9e de leurs tourments s&rsquo;\u00e9l\u00e8vera pour toujours) &#8211; <em>Non est pax impiis<\/em> (il n&rsquo;y a pas de paix pour les m\u00e9chants, Is 48,22) &#8211; <em>Clamor et stridor dentium<\/em> (Pleure et grincement de dents, Mt 8,12 et passim).<\/p>\n<p>Tandis que je tournais autour en lisant ces inscriptions, le guide, rest\u00e9 au milieu de la cour, s&rsquo;approcha et me dit :<\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 partir d\u2019ici, personne ne pourra plus avoir un compagnon qui le soutienne, un ami qui le r\u00e9conforte, un c\u0153ur qui l&rsquo;aime, un regard compatissant, une parole bienveillante ; nous avons pass\u00e9 la ligne. Veux-tu voir ou essayer ?<\/p>\n<p>&#8211; Je veux seulement voir ! r\u00e9pondis-je.<\/p>\n<p>&#8211; Alors viens avec moi, ajouta l&rsquo;ami. Il me prit par la main, me conduisit devant ce portillon et l&rsquo;ouvrit. Il donnait sur un couloir au fond duquel se trouvait une grande lucarne ferm\u00e9e par une large fen\u00eatre d&rsquo;un immense cristal, depuis le sol jusqu&rsquo;au plafond, \u00e0 travers laquelle on pouvait voir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Je fis un pas au-del\u00e0 du seuil et m&rsquo;arr\u00eatai imm\u00e9diatement, pris d&rsquo;une terreur indescriptible. \u00c0 ma vue se pr\u00e9senta une sorte d&rsquo;immense caverne qui s&rsquo;enfon\u00e7ait dans des anfractuosit\u00e9s creus\u00e9es comme dans les entrailles des montagnes, toutes pleines de feu, non pas comme nous le voyons sur terre avec des flammes dansantes, mais tel que tout l\u00e0-dedans \u00e9tait incandescent et blanc \u00e0 cause de la grande chaleur. Murs, vo\u00fbtes, sol, fer, pierres, bois, charbon, tout \u00e9tait blanc et incandescent. Il est certain que ce feu d\u00e9passait mille et mille degr\u00e9s de chaleur ; et il n&rsquo;incin\u00e9rait rien, il ne consumait rien. Je ne peux pas vous d\u00e9crire cette caverne dans toute sa r\u00e9alit\u00e9 effrayante. <em>Praeparata est enim ab heri Thopheth, a rege praeparata, profunda, et dilatata. Nutrimenta eius, ignis et ligna multa: flatus Domini sicuttorrens sulphuris succendens eam<\/em> (Le Toph\u00e8t, en effet, est pr\u00e9par\u00e9 depuis longtemps : il est pr\u00eat aussi pour le roi. Profond et large est le b\u00fbcher, le feu et le bois abondent. Le souffle du Seigneur l&rsquo;allumera, comme un torrent de soufre. Is 30,33).<\/p>\n<p>Tandis que j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 \u00e0 regarder avec effroi, voici qu&rsquo;un jeune vint \u00e0 toute vitesse par une ouverture, comme s&rsquo;il ne se rendait compte de rien, poussant un cri aigu, comme quelqu&rsquo;un qui s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 tomber dans un lac de bronze fondu. Il tombe au milieu, devient blanc comme toute la caverne, et reste immobile, l&rsquo;\u00e9cho de sa voix mourante r\u00e9sonnant encore un instant.<\/p>\n<p>Plein d&rsquo;horreur, je regardai un peu ce jeune et il me paraissait \u00eatre un de l&rsquo;Oratoire, un de mes fils.<\/p>\n<p>&#8211; Mais n&rsquo;est-ce pas un de mes jeunes ? demandai-je au guide, n&rsquo;est-ce pas un tel ?<\/p>\n<p>&#8211; Eh oui\u00a0! me r\u00e9pondit-il.<\/p>\n<p>&#8211; Mais pourquoi, dis-je, ne change-t-il pas de position ? Pourquoi est-il si incandescent et ne se consume-t-il pas ?<\/p>\n<p>Et lui :<\/p>\n<p>&#8211; Tu as voulu voir, alors maintenant ne parle pas, regarde et tu verras. D&rsquo;ailleurs <em>omnis enim igne salietur et omnis victima sale salietur<\/em> (l\u00e0 o\u00f9 leur ver ne meurt pas et le feu ne s&rsquo;\u00e9teint pas, Mt 9,48).<\/p>\n<p>De nouveau j&rsquo;avais \u00e0 peine d\u00e9tourn\u00e9 le regard et voici un autre jeune qui court et tombe dans la m\u00eame caverne avec une fureur d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et \u00e0 une tr\u00e8s grande vitesse. C&rsquo;\u00e9tait aussi un de l&rsquo;Oratoire. \u00c0 peine tomb\u00e9, il ne bougea plus. Lui aussi avait pouss\u00e9 un seul cri d\u00e9chirant et sa voix s&rsquo;\u00e9tait m\u00eal\u00e9e au dernier murmure du cri de celui qui \u00e9tait tomb\u00e9 auparavant. Apr\u00e8s cela, d&rsquo;autres arriv\u00e8rent avec le m\u00eame tumulte et leur nombre augmentait de plus en plus. Tous poussaient le m\u00eame cri et devenaient immobiles, incandescents, comme ceux qui les avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. J&rsquo;observai que le premier \u00e9tait rest\u00e9 avec une main en l&rsquo;air et un pied \u00e9galement suspendu en haut. Le second \u00e9tait rest\u00e9 comme courb\u00e9 \u00e0 terre. Certains avaient les pieds en l&rsquo;air, d&rsquo;autres le visage au sol. Les uns \u00e9taient comme suspendus et se soutenaient sur un seul pied et une seule main, d\u2019autres \u00e9taient assis ou allong\u00e9s, certains appuy\u00e9s sur un flanc, d&rsquo;autres debout ou \u00e0 genoux, les mains dans les cheveux. Enfin, c&rsquo;\u00e9tait une grande troupe de jeunes, comme des statues, dans des positions plus douloureuses les unes que les autres. D&rsquo;autres encore vinrent dans cette fournaise, et c&rsquo;\u00e9taient des jeunes que je connaissais en partie, d\u2019autres m&rsquo;\u00e9taient inconnus. Je me rappelai alors ce qui est \u00e9crit dans la Bible, \u00e0 savoir que comme on tombe la premi\u00e8re fois en enfer, c\u2019est ainsi qu\u2019on y restera \u00e9ternellement : <em>Lignum, in quocumque loco ceciderit, ibi erit<\/em> (Si un arbre tombe vers le sud ou vers le nord, il reste l\u00e0 o\u00f9 il tombe, Eccl 11,3).<\/p>\n<p>La peur grandissait en moi et je demandai au guide :<\/p>\n<p>&#8211; Mais ceux qui courent \u00e0 toute vitesse, ne savent-ils pas qu&rsquo;ils viennent ici ?<\/p>\n<p>&#8211; Oh oui, ils savent qu&rsquo;ils vont au feu, ils ont \u00e9t\u00e9 avertis mille fois mais ils courent, et volontairement, vers le p\u00e9ch\u00e9 qu&rsquo;ils ne d\u00e9testent pas et qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas voulu abandonner, parce qu&rsquo;ils ont m\u00e9pris\u00e9 et repouss\u00e9 la mis\u00e9ricorde de Dieu qui les appelait sans cesse \u00e0 la p\u00e9nitence. Et donc la justice divine, provoqu\u00e9e, les pousse, les harc\u00e8le, les poursuit et ils ne peuvent s&rsquo;arr\u00eater que lorsqu&rsquo;ils arrivent dans ce lieu.<\/p>\n<p>&#8211; Oh quel doit \u00eatre le d\u00e9sespoir de ces malheureux qui n&rsquo;ont plus d&rsquo;espoir d&rsquo;en sortir ! &#8211; m&rsquo;exclamai-je.<\/p>\n<p>&#8211; Veux-tu conna\u00eetre les angoisses intimes et les fureurs de leurs \u00e2mes ? Approche-toi un peu plus, me r\u00e9pondit le guide.<\/p>\n<p>Je fis quelques pas en avant vers la fen\u00eatre et je vis que beaucoup de ces mis\u00e9rables s&rsquo;infligeaient mutuellement des coups et de terribles blessures, et se mordaient comme des chiens enrag\u00e9s. D&rsquo;autres se griffaient le visage, se d\u00e9chiraient les mains, se d\u00e9chiraient les chairs et les jetaient en l&rsquo;air avec d\u00e9pit. \u00c0 ce moment-l\u00e0, tout le couvercle de cette caverne \u00e9tait devenu comme du cristal \u00e0 travers lequel on entrevoyait un coin de ciel et les figures lumineuses des compagnons sauv\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Les damn\u00e9s, quant \u00e0 eux, fr\u00e9missaient d&rsquo;une envie f\u00e9roce, respirant avec difficult\u00e9, car les justes \u00e9taient autrefois regard\u00e9s par eux comme des objets de d\u00e9rision (<em>Peccator videbit et irascetur ; dentibus suis fremet et tabescet<\/em> (Le m\u00e9chant voit et se met en col\u00e8re, grince des dents et se consume, Ps 112,10).<\/p>\n<p>J&rsquo;interrogeai le guide :<\/p>\n<p>&#8211; Dis-moi encore : pourquoi est-ce que je n&rsquo;entends aucune voix ?<\/p>\n<p>&#8211; Approche-toi plus pr\u00e8s ! me cria-t-il.<\/p>\n<p>Je me rendis pr\u00e8s du cristal de la fen\u00eatre et j&rsquo;entendis que certains criaient et pleuraient en se tordant ; d&rsquo;autres blasph\u00e9maient et maudissaient les saints. C&rsquo;\u00e9tait un tumulte de voix et de cris, hauts et confus. Aussi demandai-je \u00e0 mon ami :<\/p>\n<p>&#8211; Que disent-ils ? que crient-ils ?<\/p>\n<p>Et lui :<\/p>\n<p>&#8211; En se souvenant du sort de leurs bons compagnons, ils sont contraints de confesser : \u00ab\u00a0Nous, les insens\u00e9s ! Nous estimions leur vie comme une folie et leur fin sans honneur. Voici qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 compt\u00e9s parmi les fils de Dieu et leur sort est parmi les saints. Donc, nous avons err\u00e9 loin du chemin de la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. (C&rsquo;est celui que nous avons autrefois raill\u00e9 et, stupides, avons pris pour cible de notre moquerie ; nous avons consid\u00e9r\u00e9 sa vie comme une folie et sa mort comme d\u00e9shonorante. Comment se fait-il qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 compt\u00e9 parmi les fils de Dieu et que son h\u00e9ritage est maintenant parmi les saints ? Nous avons donc abandonn\u00e9 le chemin de la v\u00e9rit\u00e9, Sg 5,4-5). C&rsquo;est pourquoi ils crient <em>: Lassati sumus in via iniquitatis et perditionis. Erravimus per vias difficiles, viam autem Domini ignoravimus<\/em>. &#8211; <em>Quid<\/em> <em>nobis profuit superbia<\/em> ? &#8211; <em>Transierunt omnia illa tamquam umbra<\/em> (Nous avons emprunt\u00e9 des sentiers iniques et ruineux, nous avons parcouru des d\u00e9serts sans routes, mais nous n&rsquo;avons pas connu le chemin du Seigneur. Quel profit nous a donn\u00e9 l&rsquo;orgueil ? Quel avantage nous a apport\u00e9 la richesse avec la bravade ? Tout cela est pass\u00e9 comme une ombre, Sg 5,7-9). Ce sont ces chants lugubres qui r\u00e9sonneront ici pour toute l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0: cris inutiles, efforts inutiles, pleurs inutiles. <em>Omnis dolor irruet super eos ! <\/em>(Toute sorte de malheur s&rsquo;abattra sur lui, Jb 20,22). Ici, il n&rsquo;y a plus de temps ; ici, il n&rsquo;existe que l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Tandis que, plein d&rsquo;horreur, je contemplais l&rsquo;\u00e9tat de nombreux jeunes, tout \u00e0 coup une pens\u00e9e s&rsquo;est fray\u00e9 un chemin dans mon esprit\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Mais comment est-il possible que ceux qui se trouvent ici soient tous damn\u00e9s ? Ces jeunes, hier soir encore, \u00e9taient en vie \u00e0 l&rsquo;Oratoire !<\/p>\n<p>Et l&rsquo;ami me dit :<\/p>\n<p>&#8211; Ceux que tu vois ici sont tous morts \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu et s&rsquo;ils mouraient maintenant et continuaient \u00e0 agir comme ils le font actuellement, ils seraient damn\u00e9s. Mais ne perdons pas de temps, avan\u00e7ons.<\/p>\n<p>Et il m&rsquo;\u00e9loigna de cet endroit et, par un couloir qui descendait comme dans un profond souterrain, il me conduisit dans un autre, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e duquel on pouvait lire : &#8211; <em>Vermis eorum non moritur, et ignis non extinguitur<\/em>&#8230; (O\u00f9 leur ver ne meurt pas et la flamme ne s&rsquo;\u00e9teint pas, Mc 9,43). <em>Dabit Dominus omnipotens ignem et vermes in carnes eorum, ut urantur et sentiant usque in sempiternum<\/em> (Le Seigneur tout-puissant donnera leur chair au feu et aux vers, et ils g\u00e9miront de douleur pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, Jdt XVI, 21). Ici le spectacle \u00e9tait celui des remords, et combien atroces, de ceux qui furent \u00e9duqu\u00e9s dans nos maisons !<\/p>\n<p>Le souvenir de tous les p\u00e9ch\u00e9s individuels non remis et de la juste condamnation ; celui d&rsquo;avoir eu mille moyens m\u00eame extraordinaires pour se convertir au Seigneur, pour pers\u00e9v\u00e9rer dans le bien, pour gagner le paradis ! Le souvenir de tant de gr\u00e2ces promises, offertes et donn\u00e9es par la Vierge Marie et rest\u00e9es sans correspondance ! Pouvoir se sauver avec peu et \u00eatre irr\u00e9m\u00e9diablement perdu ! Se rappeler tant de bonnes r\u00e9solutions prises et non tenues ! Ah ! comme dit le proverbe, l\u2019enfer est vraiment pav\u00e9 d\u2019intentions inefficaces.<\/p>\n<p>Et l\u00e0, je revis tous les jeunes de l&rsquo;Oratoire vus peu auparavant dans cette fournaise. Certains d\u2019entre eux m&rsquo;\u00e9coutent en ce moment, d&rsquo;autres ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 ici avec nous, et beaucoup que je ne connaissais pas. Je m&rsquo;avan\u00e7ai et observai qu&rsquo;ils \u00e9taient tous charg\u00e9s de vers et d&rsquo;animaux r\u00e9pugnants qui leur rongeaient et consumaient le c\u0153ur, les yeux, les mains, les jambes, les bras, partout et si mis\u00e9rablement que je ne sais l&rsquo;expliquer avec des mots. Ils restaient immobiles, expos\u00e9s \u00e0 toutes sortes de tourments et ne pouvaient se d\u00e9fendre d\u2019aucune mani\u00e8re. Je m&rsquo;approchai encore plus pour qu&rsquo;ils me voient, esp\u00e9rant pouvoir leur parler et qu&rsquo;ils me diraient quelque chose, mais personne ne parlait, aucun ne me regardait. Je demandai alors au guide la raison de cela et il me r\u00e9pondit que dans l&rsquo;autre monde, pour les damn\u00e9s, il n&rsquo;y a plus de libert\u00e9 : l\u00e0, chacun souffre tout le ch\u00e2timent que Dieu lui impose et il ne peut en \u00eatre autrement, sans changement d\u2019aucune sorte. Et il ajouta :<\/p>\n<p>&#8211; Maintenant, il faut que tu ailles aussi au milieu de cette r\u00e9gion de feu que tu as vue.<\/p>\n<p>&#8211; Non, non, r\u00e9pondis-je, abasourdi. Pour aller en enfer, il faut d&rsquo;abord aller au jugement, et je n&rsquo;y suis pas encore all\u00e9. Donc, je ne veux pas aller en enfer !<\/p>\n<p>&#8211; Dis-moi, observa l&rsquo;ami, pr\u00e9f\u00e8res-tu aller en enfer et lib\u00e9rer tes jeunes, ou rester en dehors et les laisser au milieu de tous ces tourments ?<\/p>\n<p>Stup\u00e9fait par cette proposition, je r\u00e9pondis :<\/p>\n<p>&#8211; Oh ! j&rsquo;aime beaucoup mes jeunes et je veux qu&rsquo;ils soient tous sauv\u00e9s ! Mais ne pourrions-nous pas faire en sorte de ne pas y aller, ni moi ni les autres ?<\/p>\n<p>&#8211; Eh bien, me r\u00e9pondit l&rsquo;ami, tu as encore le temps, et ils l\u2019ont aussi, pourvu que tu fasses tout ce que tu peux.<\/p>\n<p>Mon c\u0153ur se dilata et je me dis imm\u00e9diatement \u00e0 moi-m\u00eame : &#8211; Peu m&rsquo;importe de travailler, pourvu que je puisse lib\u00e9rer mes chers fils de tous ces tourments.<\/p>\n<p>&#8211; Alors, viens \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, poursuivit l&rsquo;ami, et vois la bont\u00e9 et l&rsquo;omniscience de Dieu, qui emploie avec amour mille moyens pour conduire tes jeunes \u00e0 la p\u00e9nitence et les sauver de la mort \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Et il me prit par la main pour m&rsquo;introduire dans la caverne. D\u00e8s que j&rsquo;y mis le pied, je me trouvai soudain transport\u00e9 dans une magnifique salle avec des portes en cristal. Sur celles-ci, \u00e0 intervalles r\u00e9guliers, pendaient de larges voiles qui couvraient toutes les pi\u00e8ces qui communiquaient avec la caverne.<\/p>\n<p>La guide me d\u00e9signa l&rsquo;un de ces voiles sur lequel \u00e9tait \u00e9crit : <em>Sixi\u00e8me Commandement<\/em>, et s&rsquo;exclama :<\/p>\n<p>&#8211; La transgression de celui-ci, voici la cause de la ruine \u00e9ternelle de tant de jeunes.<\/p>\n<p>&#8211; Mais ne se sont-ils pas confess\u00e9s ?<\/p>\n<p>&#8211; Ils se sont confess\u00e9s, mais les fautes contre la belle vertu, ils les ont mal confess\u00e9es ou compl\u00e8tement tues. Par exemple, l&rsquo;un d&rsquo;eux qui avait commis quatre ou cinq de ces p\u00e9ch\u00e9s, n&rsquo;en a mentionn\u00e9 que deux ou trois. Il y en a qui en ont commis un dans leur enfance et ont toujours eu honte de le confesser, ou l&rsquo;ont mal confess\u00e9 et n&rsquo;ont pas tout dit. D&rsquo;autres n&rsquo;ont pas eu le regret et la r\u00e9solution. En fait, certains, au lieu de faire l&rsquo;examen de conscience, cherchaient comment tromper le confesseur. Et celui qui meurt avec une telle intention finit par \u00eatre dans le nombre des r\u00e9prouv\u00e9s, et il le sera pour toute l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Seuls ceux qui se repentent de tout c\u0153ur et meurent avec l&rsquo;espoir du salut \u00e9ternel, seront \u00e9ternellement heureux. Et maintenant, veux-tu voir pourquoi la mis\u00e9ricorde de Dieu t&rsquo;a conduit ici ? &#8211; Il leva le voile et je vis un groupe de jeunes de l&rsquo;Oratoire, que je connaissais tous, condamn\u00e9s pour cette faute. Parmi eux, il y avait ceux qui ont actuellement une bonne conduite en apparence.<\/p>\n<p>&#8211; Au moins maintenant, demandai-je, me laisseras-tu \u00e9crire les noms de ces jeunes pour pouvoir les avertir en particulier ?<\/p>\n<p>&#8211; Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire, me r\u00e9pondit-il.<\/p>\n<p>&#8211; Que dois-je donc leur dire ?<\/p>\n<p>&#8211; Pr\u00eache partout contre l&rsquo;impuret\u00e9. Il suffit de les avertir en g\u00e9n\u00e9ral, et n&rsquo;oublie pas que m\u00eame si tu les avertissais, ils promettront, mais pas toujours fermement. Pour obtenir cela, il faut la gr\u00e2ce de Dieu, qui ne manquera jamais \u00e0 tes jeunes qui la demandent. Le Dieu de bont\u00e9 manifeste surtout sa puissance dans la compassion et le pardon. Donc, pri\u00e8re et sacrifice de ta part. Et les jeunes \u00e9couteront tes enseignements, interrogeront leur conscience et elle leur sugg\u00e9rera ce qu&rsquo;ils doivent faire.<\/p>\n<p>Et ici, nous parl\u00e2mes pendant environ une demi-heure des conditions n\u00e9cessaires pour faire une bonne confession. La guide r\u00e9p\u00e9ta alors plusieurs fois d&rsquo;une voix forte :<\/p>\n<p>&#8211; <em>Avertir ! &#8230; Avertir ! &#8230;<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Et que signifie cette exclamation ?<\/p>\n<p>&#8211; Changer de vie, changer de vie !<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais tout confus par cette r\u00e9v\u00e9lation, je baissai la t\u00eate et m&rsquo;appr\u00eatais \u00e0 me retirer, mais il me rappela pour me dire :<\/p>\n<p>&#8211; Tu n&rsquo;as pas encore tout vu, &#8211; Et il se tourna de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 et leva un autre grand voile sur lequel \u00e9tait \u00e9crit : &#8211; <em>Qui volunt divites fieri, incidunt in tentationem et laqueum diaboli<\/em> (Ceux qui veulent s&rsquo;enrichir tombent dans la tentation et dans le pi\u00e8ge du d\u00e9mon, 1 Tm 6,9). Je lus et dis : &#8211; Cela ne concerne pas mes jeunes, car ils sont pauvres, comme je le suis ; nous ne sommes pas riches, et nous ne cherchons pas \u00e0 le devenir. Eux n&rsquo;y pensent m\u00eame pas !<\/p>\n<p>Quand le voile fut lev\u00e9, dans le fond apparurent un certain nombre de jeunes, tous connus de moi, souffrants comme ceux d\u00e9j\u00e0 vus auparavant. En me les montrant il me dit :<\/p>\n<p>&#8211; Oh ! oui, cette inscription concerne tes jeunes : &#8211; me r\u00e9pondit-il.<\/p>\n<p>&#8211; Donne-moi donc l&rsquo;explication de ce <em>divites<\/em> (riche).<\/p>\n<p>Et il dit :<\/p>\n<p>&#8211; Par exemple, certains de tes jeunes ont le c\u0153ur attach\u00e9 \u00e0 un objet mat\u00e9riel si bien que l&rsquo;attachement \u00e0 celui-ci les d\u00e9tourne de l&rsquo;amour de Dieu et ainsi ils manquent \u00e0 la charit\u00e9, \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la douceur. Non seulement on peut pervertir son c\u0153ur dans l&rsquo;usage des richesses, mais aussi en les d\u00e9sirant, d&rsquo;autant plus si le d\u00e9sir offense la justice. Tes jeunes sont pauvres, mais sache que la gourmandise et l&rsquo;oisivet\u00e9 sont de mauvais conseillers. Il y en a un qui s&rsquo;est rendu coupable de vols m\u00eame notables dans son pays, et ne pense pas \u00e0 la restitution alors qu\u2019il peut le faire.<\/p>\n<p>Il y en a qui cherchent le moyen d\u2019ouvrir les armoires avec des crochets et tentent de p\u00e9n\u00e9trer dans le bureau du Pr\u00e9fet ou de l&rsquo;\u00c9conome, qui vont fouiller dans les malles de leurs camarades pour voler des aliments ou de l&rsquo;argent ou d&rsquo;autres objets, qui font collecte de cahiers et de livres pour leur usage personnel&#8230;<\/p>\n<p>Il me dit les noms des uns et des autres, et continua :<\/p>\n<p>&#8211; Certains se trouvent ici pour s&rsquo;\u00eatre appropri\u00e9 des v\u00eatements, du linge, des couvertures et des manteaux qui appartenaient \u00e0 la garde-robe de l&rsquo;Oratoire, pour les envoyer chez eux. D\u2019autres sont ici \u00e0 cause d\u2019un autre grave dommage caus\u00e9 volontairement et non r\u00e9par\u00e9. D&rsquo;autres encore pour ne pas avoir restitu\u00e9 des objets et des choses qu&rsquo;ils avaient emprunt\u00e9s, et quelques-uns pour avoir retenu des sommes d&rsquo;argent qui leur avaient \u00e9t\u00e9 confi\u00e9es pour les remettre au Sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Et il conclut :<\/p>\n<p>&#8211; Et maintenant que ceux-l\u00e0 t\u2019ont \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9s, avertis-les, dis-leur de repousser les d\u00e9sirs inutiles et nuisibles, qu&rsquo;ils soient ob\u00e9issants \u00e0 la loi de Dieu et jaloux de leur honneur, sinon la cupidit\u00e9 les poussera aux pires exc\u00e8s, qui les submergeront dans les douleurs, la mort et la perdition.<\/p>\n<p>Je ne pouvais m\u2019expliquer pourquoi des choses si peu prises en compte par nos jeunes pouvaient entra\u00eener des peines si terribles. Mais l&rsquo;ami interrompit mes r\u00e9flexions, en me disant :<\/p>\n<p>&#8211; Souviens-toi de ce qui t&rsquo;a \u00e9t\u00e9 dit \u00e0 la vue des grappes g\u00e2t\u00e9es sur la vigne &#8211; et il leva un autre voile qui cachait beaucoup d&rsquo;autres jeunes de chez nous que je reconnus imm\u00e9diatement et qui sont actuellement \u00e0 l&rsquo;Oratoire. Sur le voile \u00e9tait \u00e9crit : &#8211; <em>Radix omnium malorum<\/em> (La racine de tous les maux). &#8211; Et tout de suite il m&rsquo;interrogea :<\/p>\n<p>&#8211; Sais-tu ce que cela signifie ? Quel est le p\u00e9ch\u00e9 que cette \u00e9pigraphe indique ?<\/p>\n<p>&#8211; Il me semble que ce n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;orgueil ?<\/p>\n<p>&#8211; Non ! r\u00e9pondit-il.<\/p>\n<p>&#8211; Pourtant, j&rsquo;ai toujours entendu dire que la racine de tout p\u00e9ch\u00e9 est l&rsquo;orgueil.<\/p>\n<p>&#8211; Oui, en g\u00e9n\u00e9ral, on dit que c&rsquo;est l&rsquo;orgueil, mais en particulier, sais-tu ce qui a fait tomber Adam et \u00c8ve dans le premier p\u00e9ch\u00e9, pourquoi ils furent chass\u00e9s du paradis terrestre ?<\/p>\n<p>&#8211; La d\u00e9sob\u00e9issance.<\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est exact, la d\u00e9sob\u00e9issance est la racine de tout mal.<\/p>\n<p>&#8211; Et que dois-je dire \u00e0 mes jeunes \u00e0 ce sujet ?<\/p>\n<p>&#8211; Fais attention\u00a0! Les jeunes que tu vois ici sont des d\u00e9sob\u00e9issants qui se pr\u00e9parent une fin lamentable. Un tel et un tel, que tu crois partis se reposer, descendent la nuit se promener dans la cour et, sans tenir compte des interdictions, vont dans des lieux dangereux et sur les ponts de construction des nouveaux b\u00e2timents, mettant m\u00eame leur vie en danger. Certains, malgr\u00e9 les prescriptions des r\u00e8gles, vont \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et n&rsquo;y restent pas comme il se doit\u00a0; au lieu de prier, ils pensent \u00e0 tout autre chose et construisent dans leur esprit des ch\u00e2teaux en Espagne\u00a0; d&rsquo;autres d\u00e9rangent. Il y en a qui cherchent \u00e0 s&rsquo;appuyer ou \u00e0 trouver un bel endroit pour s&rsquo;allonger et dormir pendant les fonctions sacr\u00e9es ; et d&rsquo;autres, tu crois qu&rsquo;ils vont \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et ils n&rsquo;y vont pas. Malheur \u00e0 celui qui n\u00e9glige la pri\u00e8re ! Qui ne prie pas se damne ! Il y en a ici certains qui, au lieu de chanter les louanges sacr\u00e9es ou l&rsquo;office de la Sainte Vierge, lisent des livres qui sont tout sauf d&rsquo;\u00e9glise et certains n\u2019ont pas honte de lire m\u00eame des livres interdits. &#8211; Et il continua \u00e0 \u00e9num\u00e9rer diverses autres transgressions qui sont la cause de graves d\u00e9sordres.<\/p>\n<p>Quand il eut fini, tout \u00e9mu, je le fixai au visage ; il me regarda et je lui dis encore :<\/p>\n<p>&#8211; Et toutes ces choses, pourrai-je les rapporter \u00e0 mes jeunes ?<\/p>\n<p>&#8211; Oui, tu peux dire \u00e0 tous ce dont tu te souviendras.<\/p>\n<p>&#8211; Et quel conseil pourrai-je leur donner pour \u00e9viter de grands malheurs ?<\/p>\n<p>&#8211; Tu insisteras en montrant comment l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 Dieu, \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise, aux parents, aux sup\u00e9rieurs, m\u00eame dans les petites choses, les sauvera.<\/p>\n<p>&#8211; Rien d\u2019autre ?<\/p>\n<p>&#8211; Tu diras \u00e0 tes jeunes de se m\u00e9fier beaucoup de l&rsquo;oisivet\u00e9, car c\u2019est elle qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 la cause du p\u00e9ch\u00e9 de David. Dis-leur de rester toujours occup\u00e9s, car ainsi le d\u00e9mon n&rsquo;aura pas le temps de les assaillir.<\/p>\n<p>Je baissai la t\u00eate et promis. Plein de d\u00e9sarroi, je dis \u00e0 mon ami :<\/p>\n<p>&#8211; Je te remercie de la charit\u00e9 que tu m&rsquo;as t\u00e9moign\u00e9e et je te prie de me faire sortir.<\/p>\n<p>Il me dit alors :<\/p>\n<p>&#8211; Viens avec moi ! Il me redonna courage, me prit par la main pour me soutenir, car j&rsquo;\u00e9tais \u00e9puis\u00e9. Au sortir de cette salle, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 en un instant l&rsquo;horrible cour et le long couloir d&rsquo;entr\u00e9e, il se tourna de nouveau vers moi avant de quitter le seuil de la derni\u00e8re porte en bronze et s&rsquo;exclama :<\/p>\n<p>&#8211; Maintenant que tu as vu les tourments des autres, il faut que toi aussi, tu souffres un peu l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p>&#8211; Non ! non ! criai-je horrifi\u00e9.<\/p>\n<p>Il insista, et je refusais toujours !<\/p>\n<p>&#8211; N&rsquo;aie pas peur, me disait-il, viens juste essayer, touche cette muraille.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;en avais pas le courage et voulus m&rsquo;\u00e9loigner, mais il me retint en me disant :<\/p>\n<p>&#8211; Il faut pourtant que tu souffres cela ! Il m&rsquo;attrapa r\u00e9solument par un bras et me tira pr\u00e8s du mur, continuant \u00e0 dire :<\/p>\n<p>&#8211; Touche-la au moins une seule fois pour pouvoir dire que tu as visit\u00e9 les murailles des supplices \u00e9ternels et que tu les as touch\u00e9es. Et pour comprendre ce qu&rsquo;il en sera de la derni\u00e8re muraille si la premi\u00e8re est si terrible. Vois-tu ce mur ?<\/p>\n<p>J&rsquo;observai avec plus d&rsquo;attention ce mur qui \u00e9tait d&rsquo;une \u00e9paisseur colossale. Le guide poursuivit :<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est le milli\u00e8me avant d&rsquo;arriver l\u00e0 o\u00f9 se trouve le vrai feu de l&rsquo;enfer. Il y a mille murs qui l&rsquo;entourent. Chaque mur a mille mesures d&rsquo;\u00e9paisseur et de distance les uns des autres, et chaque mesure fait mille milles. Celui-ci est distant d&rsquo;un million de milles du vrai feu de l&rsquo;enfer et c&rsquo;est donc un minimum de commencement de l&rsquo;enfer lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Cela dit, comme je me retirai pour ne pas toucher, il saisit ma main, l&rsquo;ouvrit de force et me fit frapper sur la pierre de ce dernier milli\u00e8me mur. \u00c0 cet instant, je ressentis une br\u00fblure si intense et si douloureuse que je sautai en arri\u00e8re et poussant un cri tr\u00e8s fort, je me suis r\u00e9veill\u00e9 et me suis retrouv\u00e9 assis sur mon lit. Sentant que ma main br\u00fblait, je la frottais avec l&rsquo;autre pour faire passer cette sensation. Le jour venu, je remarquai que ma main \u00e9tait r\u00e9ellement enfl\u00e9e. L\u2019impression imaginaire de ce feu avait eu une telle force que par la suite la peau de la partie interne de ma main se d\u00e9tacha et se transforma.<\/p>\n<p>Notez que je ne vous ai pas dit ces choses dans toute leur horreur, telles que je les ai vues et comme elles m&rsquo;ont impressionn\u00e9, pour ne pas vous effrayer trop. Nous savons que le Seigneur n&rsquo;a jamais nomm\u00e9 l&rsquo;enfer que par des figures, car m\u00eame s&rsquo;il nous l&rsquo;avait d\u00e9crit tel qu&rsquo;il est, nous n&rsquo;aurions pas compris. Aucun mortel ne peut comprendre ces choses. Le Seigneur les sait et peut les dire \u00e0 qui il veut.<\/p>\n<p>Pendant les nuits qui ont suivi, toujours troubl\u00e9, je ne pouvais plus m&rsquo;endormir \u00e0 cause de cette frayeur. Je vous ai racont\u00e9 seulement bri\u00e8vement ce que j&rsquo;ai vu au cours de tr\u00e8s longs r\u00eaves, et je ne vous en ai donn\u00e9 qu&rsquo;un bref r\u00e9sum\u00e9. Je ferai ensuite des instructions sur le respect humain, et sur ce qui concerne le sixi\u00e8me et le septi\u00e8me commandement et sur l&rsquo;orgueil. Je ne ferai qu\u2019expliquer ces r\u00eaves, car ils sont en tout conformes \u00e0 la Sainte \u00c9criture. En fait, ils ne sont rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un commentaire de ce qu\u2019on y lit \u00e0 ce sujet. Dans ces soir\u00e9es, je vous ai d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9 quelque chose, mais chaque fois que je pourrai venir vous parler, je vous raconterai le reste et vous en donnerai l&rsquo;explication.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que Don Bosco a fait, comme promis. Dans la suite, il exposa ce r\u00eave aussi aux jeunes de Mirabello et de Lanzo, mais en abr\u00e9geant son r\u00e9cit. Quand il r\u00e9p\u00e9tait ce qu&rsquo;il avait vu, il ne faisait jamais de changements substantiels mais ne manquait pas d\u2019y apporter des variantes. En le racontant en priv\u00e9 \u00e0 ses confidents pr\u00eatres et clercs, il ajoutait quelques nouvelles particularit\u00e9s. Beaucoup de choses \u00e9taient omises une fois et r\u00e9v\u00e9l\u00e9es une autre. Dans la description des pi\u00e8ges, il donnait une nouvelle id\u00e9e de l&#8217;embuscade du d\u00e9mon et de sa mani\u00e8re d&rsquo;attirer les victimes en enfer en parlant des mauvaises habitudes. Sur beaucoup de sc\u00e8nes il ne donnait aucune explication, comme par exemple sur les personnages importants qui se trouvaient dans la salle magnifique et que nous sommes enclins \u00e0 appeler : &#8211; <em>Le tr\u00e9sor de la mis\u00e9ricorde de Dieu, pour sauver les jeunes qui auraient p\u00e9ri<\/em>. \u2013 Il s\u2019agissait peut-\u00eatre des principaux ministres d\u2019innombrables gr\u00e2ces.<\/p>\n<p>Certaines variantes provenaient de la multiplicit\u00e9 des choses vues simultan\u00e9ment, car en se pr\u00e9sentant \u00e0 son esprit, il choisissait, parmi ce qui \u00e9tait rest\u00e9 vivant dans sa m\u00e9moire, ce qu&rsquo;il jugeait le plus utile pour ceux qui l&rsquo;\u00e9coutaient.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, la m\u00e9ditation des fins derni\u00e8res \u00e9tait famili\u00e8re \u00e0 Don Bosco et de l\u00e0 naissait dans son c\u0153ur une vive compassion pour tous les pauvres p\u00e9cheurs sur lesquels pesait le danger d&rsquo;une \u00e9ternit\u00e9 si horrible. C&rsquo;\u00e9tait cette charit\u00e9 qui l&#8217;emportait en lui sur tout respect humain quand il invitait \u00e0 la p\u00e9nitence, avec une franchise prudente, m\u00eame des personnages distingu\u00e9s, et qui donnait \u00e0 ses paroles une telle efficacit\u00e9 qu&rsquo;elle op\u00e9rait de nombreuses conversions.<\/p>\n<p>Nous avons not\u00e9 ici fid\u00e8lement ce que nous avons entendu en d\u00e9tail du V\u00e9n\u00e9rable et ce que nous ont rapport\u00e9 de vive voix ou par \u00e9crit de nombreux t\u00e9moins pr\u00eatres, en ordonnant le tout en un seul r\u00e9cit. Ce fut un travail ardu, car nous voulions reproduire avec une pr\u00e9cision math\u00e9matique chaque mot, chaque conjonction ou lien entre une sc\u00e8ne et l&rsquo;autre, et l&rsquo;ordre des divers faits, avis, reproches et de toutes les id\u00e9es expos\u00e9es et non expliqu\u00e9es, parmi lesquelles certaines peut-\u00eatre mal comprises. Y sommes-nous parvenus ?<\/p>\n<p>Nous pouvons assurer les lecteurs que notre unique souci a \u00e9t\u00e9 de chercher avec le plus grand soin \u00e0 reproduire le plus fid\u00e8lement possible les longs discours de Don Bosco.<\/p>\n<p><em>(MB IX, 166-181)<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Voyage \u00e0 la cit\u00e9 du feu est l&rsquo;un des \u00ab\u00a0r\u00eaves\u00a0\u00bb les plus c\u00e9l\u00e8bres de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":55424,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":4,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[2667,2684,1764,2669,2670,2685],"class_list":["post-55436","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sans-categorie","tag-carisma-salesiana","tag-dios","tag-don-bosco","tag-salesiani","tag-santi","tag-suenos"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55436","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55436"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55436\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":55438,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55436\/revisions\/55438"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/55424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}