{"id":55108,"date":"2026-10-02T11:50:03","date_gmt":"2026-10-02T11:50:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=55108"},"modified":"2026-10-02T11:50:30","modified_gmt":"2026-10-02T11:50:30","slug":"vie-du-jeune-dominique-savio-eleve-de-loratoire-de-saint-francois-de-sales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/don-bosco\/vie-du-jeune-dominique-savio-eleve-de-loratoire-de-saint-francois-de-sales\/","title":{"rendered":"Vie du jeune Dominique Savio, \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Oratoire de Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Je suis donc l\u2019\u00e9toffe ; qu\u2019elle en soit la couturi\u00e8re. \u00bb C\u2019est en ces termes que, le 2 octobre 1854, aux Becchi, un gar\u00e7on de douze ans se confia \u00e0 don Bosco. Dominique Savio entra \u00e0 Valdocco le 29 octobre et y resta moins de trois ans : il mourut le 9 mars 1857. Un temps bref, et pourtant suffisant pour que le bl\u00e9 parvienne \u00e0 maturit\u00e9 et soit recueilli dans le grenier du Seigneur. Dans les pages de don Bosco, il n\u2019appara\u00eet pas comme un jeune coup\u00e9 de la vie quotidienne, mais comme un compagnon capable de faire de l\u2019\u00e9tude, de la pri\u00e8re, de l\u2019amiti\u00e9 et des loisirs un chemin de saintet\u00e9. Son \u00ab Je veux devenir saint \u00bb interpelle encore chaque gar\u00e7on : \u00ab S\u2019il y est parvenu, pourquoi pas moi ? \u00bb Nous pr\u00e9sentons le texte int\u00e9gral dans sa quatri\u00e8me \u00e9dition (1878), la derni\u00e8re dont l\u2019auteur ait personnellement assur\u00e9 la pr\u00e9paration.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833802\">CHAPITRE I. Patrie &#8211; Caract\u00e8re de ce jeune homme &#8211; Ses premiers actes de vertu<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833803\">CHAPITRE II. Conduite morale tenue \u00e0 Murialdo &#8211; Beaux traits de vertu &#8211; Fr\u00e9quentation de l\u2019\u00e9cole du hameau<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833804\">CHAPITRE III. Il est admis \u00e0 la premi\u00e8re Communion &#8211; Pr\u00e9paration &#8211; Recueillement et r\u00e9solutions de ce jour<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833805\">CHAPITRE IV. \u00c9cole de Castelnuovo d\u2019Asti &#8211; \u00c9pisode \u00e9difiant &#8211; Sage r\u00e9ponse \u00e0 un mauvais conseil<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833806\">CHAPITRE V. Sa conduite \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Castelnuovo d\u2019Asti &#8211; Paroles de son ma\u00eetre<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833807\">CHAPITRE VI. \u00c9cole de Mondonio &#8211; Il supporte une grave calomnie<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833808\">CHAPITRE VII. Premi\u00e8re connaissance que je fis de lui &#8211; Curieux \u00e9pisodes en cette circonstance<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833809\">CHAPITRE VIII. Il vient \u00e0 l\u2019Oratoire de Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales &#8211; Sa premi\u00e8re mani\u00e8re de vivre<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833810\">CHAPITRE IX. \u00c9tude du latin &#8211; Incidents curieux &#8211; Conduite \u00e0 l\u2019\u00e9cole &#8211; Il emp\u00eache une rixe &#8211; Il \u00e9vite un danger<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833811\">CHAPITRE X. Sa r\u00e9solution de devenir saint<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833812\">CHAPITRE XI. Son z\u00e8le pour le salut des \u00e2mes<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833813\">CHAPITRE XII. \u00c9pisodes et mani\u00e8re agr\u00e9able de converser avec ses compagnons<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833814\">CHAPITRE XIII. Son esprit de pri\u00e8re &#8211; D\u00e9votion envers la M\u00e8re de Dieu &#8211; Le mois de Marie<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833815\">CHAPITRE XIV. Sa fr\u00e9quentation des saints Sacrements de la Confession et de la Communion<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833816\">CHAPITRE XV. Ses p\u00e9nitences<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833817\">CHAPITRE XVI. Mortification de tous les sens ext\u00e9rieurs<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833818\">CHAPITRE XVII. La Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833819\">CHAPITRE XVIII. Ses amiti\u00e9s particuli\u00e8res &#8211; Ses relations avec le jeune Camillo Gavio<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833820\">CHAPITRE XIX. Ses relations avec le jeune Giovanni Massaglia<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833821\">CHAPITRE XX. Gr\u00e2ces sp\u00e9ciales et faits particuliers<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833822\">CHAPITRE XXI. Ses pens\u00e9es sur la mort et sa pr\u00e9paration \u00e0 une sainte mort<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833823\">CHAPITRE XXII. Ses soins envers les malades &#8211; Il quitte l\u2019Oratoire &#8211; Ses paroles en cette circonstance<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833824\">CHAPITRE XXIII. Il prend cong\u00e9 de ses compagnons<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833825\">CHAPITRE XXIV. Cours de sa maladie &#8211; Sa derni\u00e8re confession &#8211; Il re\u00e7oit le Viatique &#8211; Faits \u00e9difiants<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833826\">CHAPITRE XXV. Ses derniers moments et sa pr\u00e9cieuse mort<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833827\">CHAPITRE XXVI. Nouvelle de sa mort &#8211; Paroles du professeur don Picco \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc241833828\">CHAPITRE XXVII. \u00c9mulation des vertus de Savio &#8211; Beaucoup se recommandent \u00e0 lui pour obtenir des faveurs c\u00e9lestes et sont exauc\u00e9s &#8211; Un souvenir pour tous<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Tr\u00e8s chers jeunes gens,<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous m\u2019avez demand\u00e9 plusieurs fois, tr\u00e8s chers jeunes gens, de vous \u00e9crire quelque chose sur votre compagnon<\/em> DOMINIQUE <em>SAVIO ; et j\u2019ai fait ce que j\u2019ai pu pour satisfaire ce pieux d\u00e9sir. Voici donc sa vie, racont\u00e9e avec cette bri\u00e8vet\u00e9 et cette simplicit\u00e9 qui, je le sais, vous seront agr\u00e9ables.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Deux difficult\u00e9s s\u2019opposaient \u00e0 la publication de cet ouvrage. La premi\u00e8re \u00e9tait la critique \u00e0 laquelle s\u2019expose ordinairement celui qui \u00e9crit sur des faits dont il existe encore de nombreux t\u00e9moins vivants. Je crois avoir surmont\u00e9 cette difficult\u00e9 en m\u2019appliquant \u00e0 ne raconter que des choses vues par vous ou par moi, et dont je conserve presque toutes le r\u00e9cit \u00e9crit et sign\u00e9 de votre propre main.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un autre obstacle \u00e9tait la n\u00e9cessit\u00e9 de parler souvent de moi-m\u00eame. En effet, ce jeune homme ayant v\u00e9cu pr\u00e8s de trois ans dans cette maison, il m\u2019arrive fr\u00e9quemment de devoir rapporter des faits auxquels j\u2019ai pris part. Je crois avoir \u00e9galement surmont\u00e9 cet obstacle en m\u2019en tenant au devoir de l\u2019historien, qui est d\u2019\u00e9crire la v\u00e9rit\u00e9 des faits sans \u00e9gard aux personnes. Toutefois, si vous trouvez quelque passage o\u00f9 je parle de moi avec une certaine complaisance, attribuez-la \u00e0 la grande affection que je portais \u00e0 notre ami d\u00e9funt et que je porte \u00e0 vous tous ; affection qui me fait vous ouvrir l\u2019intime de mon c\u0153ur, comme le ferait un p\u00e8re parlant \u00e0 ses enfants bien-aim\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quelqu\u2019un d\u2019entre vous demandera pourquoi j\u2019ai \u00e9crit la vie de <\/em>DOMINIQUE SAVIO <em>plut\u00f4t que celle des autres jeunes gens qui v\u00e9curent parmi nous avec une r\u00e9putation de vertu \u00e9clatante. Il est vrai, mes chers amis, que la divine Providence daigna nous envoyer plusieurs mod\u00e8les<\/em> de vertu : tels furent Gabriele Fascio, Luigi Rua, Camillo Gavio, Giovanni<em> Massaglia et d\u2019autres ; mais leurs actions n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 aussi connues ni aussi <\/em>remarquables <em>que celles de SAVIO, dont la mani\u00e8re de vivre fut manifestement extraordinaire. Du reste, si Dieu m\u2019accorde sant\u00e9 et gr\u00e2ce, j\u2019ai l\u2019intention de recueillir les actions de ces vertueux compagnons, afin de pouvoir satisfaire vos d\u00e9sirs et les miens en vous les donnant \u00e0 lire et \u00e0 imiter dans tout ce qui convient \u00e0 votre \u00e9tat.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans cette nouvelle \u00e9dition, j\u2019ai en outre ajout\u00e9 diverses notices qui, je l\u2019esp\u00e8re, la rendront int\u00e9ressante m\u00eame pour ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 lu ce qui a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 dans les \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En attendant, commencez \u00e0 tirer profit de ce que je vais vous raconter, et dites dans votre c\u0153ur ce que disait saint Augustin : \u00ab Si ille, cur non ego ? \u00bb Si<\/em> <em>un de mes compagnons, du m\u00eame \u00e2ge que moi, dans le m\u00eame lieu, expos\u00e9 aux m\u00eames dangers et peut-\u00eatre \u00e0 de plus grands encore, a n\u00e9anmoins trouv\u00e9 le temps et le moyen de demeurer fid\u00e8le disciple de J\u00e9sus-Christ, pourquoi ne pourrais-je pas en faire autant ? Souvenez-vous bien que la vraie religion ne consiste pas seulement en paroles ; il faut passer aux actes. Ainsi, lorsque vous rencontrerez quelque chose digne d\u2019admiration, ne vous contentez pas de dire : Cela est beau, cela me pla\u00eet. Dites plut\u00f4t : je veux m\u2019efforcer d\u2019accomplir ces choses qui, lorsque je les lis chez d\u2019autres, m\u2019excitent \u00e0 l\u2019admiration.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Que Dieu vous accorde, \u00e0 vous et \u00e0 tous les lecteurs de ce petit livre, sant\u00e9 et gr\u00e2ce pour tirer profit de ce qu\u2019ils y liront ; et que la Tr\u00e8s Sainte Vierge, <\/em>dont <em>le jeune SAVIO \u00e9tait un fervent d\u00e9vot, nous obtienne de ne faire qu\u2019un c\u0153ur et qu\u2019une \u00e2me pour aimer notre Cr\u00e9ateur, qui seul m\u00e9rite d\u2019\u00eatre aim\u00e9 par-dessus toute chose et fid\u00e8lement servi tous les jours de notre vie.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>D\u00c9CLARATION<\/strong><\/p>\n<p>Pour ob\u00e9ir au d\u00e9cret du Souverain Pontife Urbain VIII, de sainte m\u00e9moire, je d\u00e9clare que je n\u2019entends attribuer \u00e0 tous les faits surnaturels rapport\u00e9s ici aucune autre valeur que celle d\u2019une autorit\u00e9 humaine, tant que le Saint-Si\u00e8ge ne les aura pas approuv\u00e9s par son autorit\u00e9 infaillible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833802\"><\/a>CHAPITRE I. Patrie &#8211; Caract\u00e8re de ce jeune homme &#8211; Ses premiers actes de vertu<a name=\"_Toc504540951\"><\/a><a name=\"_Toc504541386\"><\/a><a name=\"_Toc504541948\"><\/a><a name=\"_Toc530304045\"><\/a><a name=\"_Toc24283658\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les parents du jeune homme dont nous entreprenons d\u2019\u00e9crire la vie \u00e9taient Carlo Savio et Brigida, son \u00e9pouse, pauvres mais honn\u00eates habitants<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> de Castelnuovo d\u2019Asti<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, localit\u00e9 situ\u00e9e \u00e0 dix milles de Turin. En 1841, se trouvant dans une grande g\u00eane et priv\u00e9s de travail, ces bons \u00e9poux all\u00e8rent demeurer \u00e0 Riva<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, village situ\u00e9 \u00e0 deux milles de Chieri, o\u00f9 le mari se mit \u00e0 exercer le m\u00e9tier de forgeron, auquel il s\u2019\u00e9tait form\u00e9 dans sa jeunesse. Pendant qu\u2019ils habitaient ce lieu, Dieu b\u00e9nit leur mariage en leur accordant un fils qui devait \u00eatre leur consolation. Il naquit le 2 avril 1842. Lorsqu\u2019ils le port\u00e8rent pour \u00eatre r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans les eaux du bapt\u00eame, ils lui donn\u00e8rent le nom de Dominique ; circonstance qui, bien qu\u2019indiff\u00e9rente en elle-m\u00eame, devint plus tard pour notre enfant un sujet de haute r\u00e9flexion, comme nous le verrons.<\/p>\n<p>Dominique achevait sa deuxi\u00e8me ann\u00e9e lorsque, pour certaines convenances de famille, ses parents d\u00e9cid\u00e8rent de retourner dans leur pays et all\u00e8rent fixer leur demeure \u00e0 Murialdo, hameau de Castelnuovo d\u2019Asti.<\/p>\n<p>Tous les soins de ses bons parents tendaient \u00e0 donner une \u00e9ducation chr\u00e9tienne \u00e0 leur enfant, qui d\u00e8s lors faisait l\u2019objet de leur joie. La nature l\u2019avait dou\u00e9 d\u2019un bon caract\u00e8re et d\u2019un c\u0153ur v\u00e9ritablement n\u00e9 pour la pi\u00e9t\u00e9. Il apprit avec une merveilleuse facilit\u00e9 les pri\u00e8res du matin et du soir et, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatre ans seulement, il les r\u00e9citait d\u00e9j\u00e0 de lui-m\u00eame. M\u00eame \u00e0 cet \u00e2ge o\u00f9 la distraction est naturelle, il d\u00e9pendait en tout de sa m\u00e8re ; et s\u2019il s\u2019\u00e9loignait parfois d\u2019elle, c\u2019\u00e9tait uniquement pour se retirer dans quelque coin de la maison et pouvoir prier plus librement au cours de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, affirment ses parents, \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9, par manque de r\u00e9flexion, les enfants sont une source continuelle de d\u00e9rangement et de souci pour les m\u00e8res, et o\u00f9 ils veulent tout voir, tout toucher et le plus souvent tout g\u00e2ter, notre Dominique ne nous causa jamais le moindre d\u00e9plaisir. Non seulement il \u00e9tait ob\u00e9issant et pr\u00eat \u00e0 ex\u00e9cuter chacun de nos ordres, mais il s\u2019effor\u00e7ait de pr\u00e9venir ce qu\u2019il voyait devoir nous \u00eatre agr\u00e9able. \u00bb<\/p>\n<p>Les accueils qu\u2019il faisait \u00e0 son p\u00e8re lorsqu\u2019il le voyait rentrer \u00e0 la maison apr\u00e8s son travail ordinaire \u00e9taient \u00e0 la fois touchants et charmants. Il courait \u00e0 sa rencontre, le prenait par la main et parfois se jetait \u00e0 son cou. \u00ab Cher papa, lui disait-il, comme vous \u00eates fatigu\u00e9 ! N\u2019est-ce pas ? Vous travaillez tant pour moi, et moi je ne suis bon qu\u2019\u00e0 vous donner du souci ; je prierai le bon Dieu de vous donner la sant\u00e9 et de me rendre bon. \u00bb En disant cela, il l\u2019accompagnait dans la maison, lui pr\u00e9sentait une chaise ou un tabouret pour qu\u2019il s\u2019ass\u00eet, lui tenait compagnie et lui prodiguait mille marques d\u2019affection. \u00ab Cela, dit son p\u00e8re, \u00e9tait pour moi une douce consolation dans mes fatigues, et j\u2019\u00e9tais presque impatient d\u2019arriver \u00e0 la maison pour d\u00e9poser un tendre baiser sur mon Dominique, qui poss\u00e9dait toutes les affections de mon c\u0153ur. \u00bb<\/p>\n<p>Sa d\u00e9votion croissait plus vite que son \u00e2ge, et \u00e0 quatre ans seulement il n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus n\u00e9cessaire de lui rappeler les pri\u00e8res du matin et du soir, celles d\u2019avant et d\u2019apr\u00e8s les repas,<em> ni l\u2019Ang\u00e9lus ;<\/em> bien plus, il invitait lui-m\u00eame les autres membres de la famille \u00e0 prier s\u2019ils avaient oubli\u00e9 de le faire.<\/p>\n<p>Il arriva un jour que ses parents, distraits par quelque tumulte, se mirent \u00e0 table sans autre formalit\u00e9. \u00ab Oh ! papa, dit l\u2019attentif Dominique, nous n\u2019avons pas encore demand\u00e9 la b\u00e9n\u00e9diction. \u00bb Une autre fois, un \u00e9tranger re\u00e7u dans leur maison se mit \u00e9galement \u00e0 manger sans faire aucun acte de religion. Dominique, n\u2019osant l\u2019avertir, se retira tristement dans un coin de la maison. Interrog\u00e9 ensuite par ses parents sur cette conduite inhabituelle, il r\u00e9pondit : \u00ab Je n\u2019ai pas os\u00e9 me mettre \u00e0 table avec quelqu\u2019un qui commence \u00e0 manger comme les b\u00eates du Seigneur, sans remercier Dieu de notre nourriture. \u00bb Cela dit, il fit lui-m\u00eame le signe de la sainte Croix et r\u00e9cita la pri\u00e8re habituelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833803\"><\/a>CHAPITRE II. Conduite morale tenue \u00e0 Murialdo &#8211; Beaux traits de vertu &#8211; Fr\u00e9quentation de l\u2019\u00e9cole du hameau<a name=\"_Toc504540952\"><\/a><a name=\"_Toc504541387\"><\/a><a name=\"_Toc504541949\"><\/a><a name=\"_Toc530304046\"><\/a><a name=\"_Toc24283659\"><\/a><a name=\"_Toc504540953\"><\/a><a name=\"_Toc504541388\"><\/a><a name=\"_Toc504541950\"><\/a><a name=\"_Toc530304047\"><\/a><a name=\"_Toc24283660\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a ici des faits qu\u2019on croirait \u00e0 peine si celui qui les affirme ne dissipait tout motif de doute. Je m\u2019en tiens au r\u00e9cit que le chapelain de ce hameau<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> eut la bont\u00e9 de me faire au sujet de son cher \u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<p>\u00ab Dans les premiers jours, dit-il, apr\u00e8s mon arriv\u00e9e au hameau de Murialdo, je voyais souvent un enfant d\u2019environ cinq ans venir \u00e0 l\u2019\u00e9glise en compagnie de sa m\u00e8re. La s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de son visage, la tenue de sa personne, son attitude d\u00e9vote attiraient sur lui mes regards et ceux des autres. S\u2019il arrivait \u00e0 l\u2019\u00e9glise et la trouvait ferm\u00e9e, un charmant spectacle se produisait alors. Bien loin de courir ou de faire du bruit, seul ou avec d\u2019autres, comme le font d\u2019ordinaire les gar\u00e7ons de cet \u00e2ge, il se rendait sur le seuil de la porte, se mettait \u00e0 genoux et, la petite t\u00eate inclin\u00e9e, les innocentes mains jointes devant la poitrine, priait avec ferveur jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019\u00e9glise f\u00fbt ouverte. Il faut noter que parfois le sol \u00e9tait couvert de boue, ou bien qu\u2019il neigeait ou pleuvait ; mais il n\u2019y faisait aucune attention et s\u2019agenouillait tout de m\u00eame pour prier. \u00c9tonn\u00e9 et pouss\u00e9 par une pieuse curiosit\u00e9, je voulus savoir qui \u00e9tait cet enfant devenu l\u2019objet de mon admiration, et j\u2019appris qu\u2019il \u00e9tait le fils du forgeron Carlo Savio.<\/p>\n<p>\u00ab Lorsque ensuite il me rencontrait dans la rue, il commen\u00e7ait de loin \u00e0 manifester sa joie et, avec un air v\u00e9ritablement ang\u00e9lique, il pr\u00e9venait respectueusement mon salut. Il commen\u00e7a lui aussi \u00e0 venir \u00e0 l\u2019\u00e9cole et, comme il \u00e9tait dou\u00e9 d\u2019intelligence et tr\u00e8s diligent dans l\u2019accomplissement de ses devoirs, il fit en peu de temps des progr\u00e8s remarquables dans l\u2019\u00e9tude. Il \u00e9tait oblig\u00e9 de fr\u00e9quenter des jeunes gens turbulents et dissip\u00e9s, mais je ne l\u2019ai jamais vu se quereller. S\u2019il survenait quelque altercation, il supportait patiemment les insultes de ses compagnons et s\u2019\u00e9loignait aussit\u00f4t d\u2019eux. Je ne me souviens pas non plus de l\u2019avoir jamais vu prendre part \u00e0 des divertissements dangereux ni causer le moindre trouble \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Beaucoup de compagnons l\u2019invitaient \u00e0 aller avec eux jouer des tours \u00e0 des personnes \u00e2g\u00e9es, lancer des pierres, voler les fruits d\u2019autrui ou causer des d\u00e9g\u00e2ts dans les campagnes ; mais il savait avec adresse d\u00e9sapprouver leur conduite et refusait d\u2019y prendre part.<\/p>\n<p>\u00ab La pi\u00e9t\u00e9 qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9e en priant sur le seuil de l\u2019\u00e9glise ne diminua pas avec l\u2019\u00e2ge. \u00c0 cinq ans, il avait d\u00e9j\u00e0 appris \u00e0 servir la sainte Messe et la servait avec la plus grande d\u00e9votion. Il y allait chaque jour ; si quelqu\u2019un d\u2019autre voulait la servir, il l\u2019entendait, sinon il s\u2019y pr\u00eatait lui-m\u00eame avec une tenue des plus \u00e9difiantes. Comme il \u00e9tait jeune et de petite taille, il ne pouvait porter le missel ; et il \u00e9tait plaisant de le voir s\u2019approcher de l\u2019autel avec empressement, se hausser sur la pointe des pieds, tendre les bras autant qu\u2019il le pouvait et faire tous ses efforts pour atteindre le pupitre. Si le pr\u00eatre ou quelqu\u2019un d\u2019autre voulait lui faire le plus grand plaisir du monde, il ne devait pas porter le missel \u00e0 sa place, mais rapprocher assez le pupitre pour qu\u2019il p\u00fbt l\u2019atteindre ; alors Dominique le portait avec joie de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autel.<\/p>\n<p>\u00ab Il se confessait fr\u00e9quemment et, d\u00e8s qu\u2019il fut capable de distinguer le pain c\u00e9leste du pain terrestre, il fut admis \u00e0 la sainte Communion, qu\u2019il recevait avec une d\u00e9votion vraiment admirable. \u00c0 la vue de ces belles \u0153uvres que la gr\u00e2ce divine accomplissait dans cette \u00e2me innocente, je me suis souvent dit : Voici un jeune homme de tr\u00e8s grandes esp\u00e9rances. Plaise \u00e0 Dieu qu\u2019une voie s\u2019ouvre devant lui pour porter \u00e0 maturit\u00e9 des fruits si pr\u00e9cieux. \u00bb Jusqu\u2019ici le chapelain de Murialdo.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833804\"><\/a>CHAPITRE III. Il est admis \u00e0 la premi\u00e8re Communion &#8211; Pr\u00e9paration &#8211; Recueillement et r\u00e9solutions de ce jour<a name=\"_Toc504540954\"><\/a><a name=\"_Toc504541389\"><\/a><a name=\"_Toc504541951\"><\/a><a name=\"_Toc530304048\"><\/a><a name=\"_Toc24283661\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Rien ne manquait \u00e0 Dominique pour \u00eatre admis \u00e0 la premi\u00e8re Communion. Il savait par c\u0153ur tout le petit cat\u00e9chisme ; il avait une claire connaissance de cet auguste sacrement et br\u00fblait du d\u00e9sir de s\u2019en approcher. Seul son \u00e2ge faisait obstacle, car dans les villages on n\u2019admettait ordinairement les enfants \u00e0 la premi\u00e8re Communion qu\u2019\u00e0 onze ou douze ans accomplis. Savio n\u2019\u00e9tait que dans sa septi\u00e8me ann\u00e9e. Outre son apparence enfantine, son petit corps le faisait para\u00eetre encore plus jeune ; aussi le chapelain h\u00e9sitait-il \u00e0 le pr\u00e9senter. Il demanda \u00e9galement conseil \u00e0 d\u2019autres pr\u00eatres qui, apr\u00e8s avoir bien pes\u00e9 la pr\u00e9cocit\u00e9 de son intelligence, son instruction et les vifs d\u00e9sirs de Dominique, \u00e9cart\u00e8rent toutes les difficult\u00e9s et l\u2019admirent pour la premi\u00e8re fois \u00e0 participer au pain des Anges.<\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s difficile d\u2019exprimer les sentiments de sainte joie dont une telle annonce remplit son c\u0153ur. Il courut \u00e0 la maison et le dit avec transport \u00e0 sa m\u00e8re ; tant\u00f4t il priait, tant\u00f4t il lisait ; il passait beaucoup de temps \u00e0 l\u2019\u00e9glise avant et apr\u00e8s la Messe, et il semblait que son \u00e2me habit\u00e2t d\u00e9j\u00e0 avec les anges du Ciel. La veille du jour fix\u00e9 pour la Communion, il appela sa m\u00e8re : \u00ab Maman, lui dit-il, demain je vais faire ma Communion ; pardonnez-moi tous les d\u00e9plaisirs que je vous ai caus\u00e9s par le pass\u00e9. \u00c0 l\u2019avenir je vous promets d\u2019\u00eatre beaucoup meilleur ; je serai attentif \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ob\u00e9issant, docile et respectueux en tout ce que vous me commanderez. \u00bb Cela dit, il fut \u00e9mu et se mit \u00e0 pleurer. Sa m\u00e8re, qui n\u2019avait re\u00e7u de lui que des consolations, en fut elle aussi \u00e9mue et, retenant \u00e0 peine ses larmes, le consola en lui disant : \u00ab Va donc en paix, cher Dominique, tout est pardonn\u00e9 ; prie Dieu qu\u2019il te conserve toujours bon ; prie-le aussi pour moi et pour ton p\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Le matin de ce jour m\u00e9morable, il se leva de bonne heure et, rev\u00eatu de ses plus beaux habits, se rendit \u00e0 l\u2019\u00e9glise, qu\u2019il trouva encore ferm\u00e9e. Il s\u2019agenouilla, comme il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait d\u2019autres fois, sur le seuil et pria jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e d\u2019autres enfants, lorsque la porte fut ouverte. Entre les confessions, la pr\u00e9paration et l\u2019action de gr\u00e2ces apr\u00e8s la Communion, la fonction dura cinq heures. Dominique entra le premier dans l\u2019\u00e9glise et en sortit le dernier. Pendant tout ce temps, il ne savait plus s\u2019il \u00e9tait au ciel ou sur la terre.<\/p>\n<p>Ce jour resta toujours m\u00e9morable pour lui et peut \u00eatre appel\u00e9 le v\u00e9ritable commencement, ou plut\u00f4t la continuation, d\u2019une vie qui peut servir de mod\u00e8le \u00e0 tout fid\u00e8le chr\u00e9tien. Plusieurs ann\u00e9es plus tard, lorsqu\u2019on le faisait parler de sa premi\u00e8re Communion, on voyait encore la joie la plus vive rayonner sur son visage. \u00ab Oh ! disait-il, ce fut pour moi le plus beau jour, un grand jour. \u00bb Il \u00e9crivit quelques r\u00e9solutions qu\u2019il conservait soigneusement dans un livre de d\u00e9votion et qu\u2019il relisait souvent. J\u2019ai pu les avoir entre les mains et je les ins\u00e8re ici dans leur simplicit\u00e9 originale. Elles \u00e9taient ainsi con\u00e7ues : \u00ab R\u00e9solutions prises par moi, Dominique Savio, en l\u2019ann\u00e9e 1849, lorsque j\u2019ai fait ma premi\u00e8re Communion \u00e0 l\u2019\u00e2ge de sept ans.<\/p>\n<ol>\n<li>Je me confesserai tr\u00e8s souvent et je communierai chaque fois que mon confesseur m\u2019en donnera la permission.<\/li>\n<li>Je veux sanctifier les dimanches et les jours de f\u00eate.<\/li>\n<li>Mes amis seront J\u00e9sus et Marie.<\/li>\n<li>La mort, mais pas le p\u00e9ch\u00e9. \u00bb<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ces r\u00e9solutions, qu\u2019il r\u00e9p\u00e9tait souvent, furent comme la r\u00e8gle de ses actions jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie.<\/p>\n<p>S\u2019il se trouvait parmi ceux qui liront ce petit livre quelqu\u2019un qui doive encore faire sa premi\u00e8re Communion, je voudrais lui recommander vivement de prendre le jeune Savio pour mod\u00e8le. Mais je recommande surtout, autant que je le sais et le puis, aux p\u00e8res, aux m\u00e8res de famille et \u00e0 tous ceux qui exercent quelque autorit\u00e9 sur la jeunesse, d\u2019accorder la plus grande importance \u00e0 cet acte religieux. Soyez convaincus qu\u2019une premi\u00e8re Communion bien faite pose un solide fondement moral pour toute la vie ; et il serait \u00e9trange de trouver quelqu\u2019un qui ait bien accompli ce devoir solennel sans qu\u2019il en soit r\u00e9sult\u00e9 une vie bonne et vertueuse. Au contraire, on compte par milliers les jeunes gens indisciplin\u00e9s qui sont la d\u00e9solation de leurs parents et de ceux qui s\u2019occupent d\u2019eux ; mais si l\u2019on remonte \u00e0 la racine du mal, on reconna\u00eet que leur conduite a commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9grader \u00e0 cause d\u2019une pr\u00e9paration insuffisante ou inexistante \u00e0 la premi\u00e8re Communion. Il vaut mieux la diff\u00e9rer, et m\u00eame ne pas la faire, que de la faire mal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833805\"><\/a>CHAPITRE IV. \u00c9cole de Castelnuovo d\u2019Asti &#8211; \u00c9pisode \u00e9difiant &#8211; Sage r\u00e9ponse \u00e0 un mauvais conseil<a name=\"_Toc504540955\"><\/a><a name=\"_Toc504541390\"><\/a><a name=\"_Toc504541952\"><\/a><a name=\"_Toc530304049\"><\/a><a name=\"_Toc24283662\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ses premi\u00e8res classes achev\u00e9es, Dominique aurait depuis longtemps d\u00fb \u00eatre envoy\u00e9 ailleurs pour poursuivre ses \u00e9tudes, ce qu\u2019il ne pouvait faire dans une chapellenie de campagne. Dominique le d\u00e9sirait, et ses parents l\u2019avaient \u00e9galement fort \u00e0 c\u0153ur. Mais comment y parvenir alors qu\u2019ils manquaient enti\u00e8rement de ressources ? Dieu, souverain ma\u00eetre de toutes choses, pourvoirait aux moyens n\u00e9cessaires afin que cet enfant p\u00fbt suivre la carri\u00e8re \u00e0 laquelle il l\u2019appelait.<\/p>\n<p><em>\u00ab Si j\u2019\u00e9tais un oiseau, <\/em>disait parfois Dominique, <em>je voudrais voler matin et soir \u00e0 Castelnuovo et ainsi continuer mes \u00e9tudes. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Son vif d\u00e9sir d\u2019\u00e9tudier lui fit surmonter toutes les difficult\u00e9s, et il r\u00e9solut de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9cole municipale du bourg, bien qu\u2019elle f\u00fbt \u00e9loign\u00e9e de pr\u00e8s de deux milles. Voil\u00e0 donc un enfant de dix ans \u00e0 peine qui entreprend chaque jour un trajet de six milles entre l\u2019aller et le retour de l\u2019\u00e9cole. Tant\u00f4t un vent importun, tant\u00f4t un soleil br\u00fblant, la boue ou une pluie accablante rendaient le chemin p\u00e9nible. Peu importait : il supportait tous les d\u00e9sagr\u00e9ments et surmontait toutes les difficult\u00e9s. Il y trouvait l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 ses parents et un moyen d\u2019acqu\u00e9rir la science du salut ; cela lui suffisait pour endurer avec joie toute incommodit\u00e9. Un jour, une personne d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9e en \u00e2ge, voyant Dominique aller seul \u00e0 l\u2019\u00e9cole vers deux heures de l\u2019apr\u00e8s-midi sous un soleil ardent, s\u2019approcha de lui comme pour le soulager et lui tint ce langage :<\/p>\n<p>\u00ab Mon cher, n\u2019as-tu pas peur de marcher tout seul sur ces routes ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas seul ; j\u2019ai mon ange gardien qui m\u2019accompagne \u00e0 chacun de mes pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Au moins la route doit-elle t\u2019\u00eatre p\u00e9nible par cette chaleur, puisque tu dois la parcourir quatre fois par jour ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Rien n\u2019est p\u00e9nible, rien n\u2019est fatigant lorsqu\u2019on travaille pour un ma\u00eetre qui paie tr\u00e8s bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui est ce ma\u00eetre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est Dieu cr\u00e9ateur, qui r\u00e9compense m\u00eame un verre d\u2019eau donn\u00e9 par amour pour lui. \u00bb<\/p>\n<p>Cette m\u00eame personne raconta cet \u00e9pisode \u00e0 quelques amis et terminait toujours son r\u00e9cit en disant : \u00ab Un jeune homme d\u2019un \u00e2ge si tendre, qui nourrit d\u00e9j\u00e0 de telles pens\u00e9es, fera certainement parler de lui dans la carri\u00e8re qu\u2019il embrassera. \u00bb<\/p>\n<p>En allant et en revenant de l\u2019\u00e9cole, il courut un grave danger pour son \u00e2me \u00e0 cause de quelques compagnons.<\/p>\n<p>Pendant les chaleurs de l\u2019\u00e9t\u00e9, beaucoup de jeunes gens ont l\u2019habitude d\u2019aller se baigner tant\u00f4t dans les foss\u00e9s, tant\u00f4t dans les ruisseaux, dans les \u00e9tangs et autres lieux semblables. Se trouver plusieurs enfants ensemble, d\u00e9v\u00eatus et parfois dans des endroits publics pour se baigner, pr\u00e9sente un danger pour le corps, au point que nous devons malheureusement d\u00e9plorer assez souvent des noyades de jeunes gens et d\u2019autres personnes qui terminent leur vie dans l\u2019eau ; mais le danger est bien plus grand encore pour l\u2019\u00e2me. Combien de jeunes gens d\u00e9plorent la perte de leur innocence et en attribuent la cause au fait d\u2019\u00eatre all\u00e9s se baigner avec certains compagnons dans ces lieux funestes !<\/p>\n<p>Plusieurs condisciples de Savio avaient l\u2019habitude d\u2019y aller. Non contents d\u2019y aller eux-m\u00eames, ils voulaient l\u2019y conduire avec eux et avaient r\u00e9ussi une fois \u00e0 le s\u00e9duire. Mais lorsqu\u2019il fut averti que cela \u00e9tait mal, il en \u00e9prouva une profonde douleur ; il ne fut plus jamais possible de l\u2019y entra\u00eener, et plus d\u2019une fois il d\u00e9plora et pleura le danger auquel il s\u2019\u00e9tait expos\u00e9, tant pour l\u2019\u00e2me que pour le corps. Cependant, deux des compagnons les plus hardis et les plus bavards revinrent \u00e0 la charge et lui parl\u00e8rent ainsi :<\/p>\n<p>\u00ab Dominique, veux-tu venir avec nous faire une partie ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle partie ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Une partie de natation. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oh non, je n\u2019y vais pas ; je ne sais pas nager et j\u2019ai peur de mourir dans l\u2019eau. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Viens donc, c\u2019est tr\u00e8s agr\u00e9able. Ceux qui vont nager ne sentent plus la chaleur, ont tr\u00e8s bon app\u00e9tit et gagnent beaucoup en sant\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais moi, j\u2019ai peur de mourir dans l\u2019eau. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bah ! n\u2019aie pas peur, nous t\u2019apprendrons tout ce qu\u2019il faut ; tu commenceras par regarder comment nous faisons, puis tu feras de m\u00eame. Tu nous verras nous mouvoir dans l\u2019eau comme des poissons et faire des bonds de g\u00e9ants. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais n\u2019est-ce pas un p\u00e9ch\u00e9 d\u2019aller dans ces endroits o\u00f9 il y a tant de dangers ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas du tout ; tout le monde y va. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le fait que tout le monde y aille ne prouve pas que ce ne soit pas un p\u00e9ch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si tu ne veux pas te jeter \u00e0 l\u2019eau, commence au moins par regarder les autres. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Assez ; vous m\u2019avez embrouill\u00e9 et je ne sais plus quoi dire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Viens, viens ; crois-nous sur parole : il n\u2019y a aucun mal, et nous te pr\u00e9serverons de tout danger. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avant de faire ce que vous me dites, je veux demander la permission \u00e0 ma m\u00e8re ; si elle me dit oui, j\u2019irai ; sinon, je n\u2019irai pas. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tais-toi donc, imb\u00e9cile, et garde-toi bien de le dire \u00e0 ta m\u00e8re ; elle ne te laissera certainement pas venir, et elle le dira m\u00eame \u00e0 nos parents, qui nous feront passer la chaleur \u00e0 coups de baguette. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oh ! si ma m\u00e8re ne me laisse pas y aller, c\u2019est signe que c\u2019est une mauvaise chose ; je n\u2019irai donc pas. Et si vous voulez que je vous parle franchement, je vous dirai que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 et que j\u2019y suis all\u00e9 une seule fois, mais que je n\u2019y retournerai jamais ; car dans de tels lieux il y a toujours danger de mourir dans l\u2019eau ou d\u2019offenser autrement le Seigneur. Et ne me parlez plus de natation ; si cela d\u00e9pla\u00eet \u00e0 vos parents, vous non plus ne devriez plus le faire, car le Seigneur ch\u00e2tie les enfants qui font des choses contraires \u00e0 la volont\u00e9 de leur p\u00e8re et de leur m\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Ainsi notre Dominique, en donnant une sage r\u00e9ponse \u00e0 ces mauvais conseillers, \u00e9vita un grave danger dans lequel, s\u2019il s\u2019y \u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9, il aurait peut-\u00eatre perdu l\u2019inestimable tr\u00e9sor de l\u2019innocence, suivi de mille tristes cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833806\"><\/a>CHAPITRE V. Sa conduite \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Castelnuovo d\u2019Asti &#8211; Paroles de son ma\u00eetre<a name=\"_Toc504540956\"><\/a><a name=\"_Toc504541391\"><\/a><a name=\"_Toc504541953\"><\/a><a name=\"_Toc530304050\"><\/a><a name=\"_Toc24283663\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En fr\u00e9quentant cette \u00e9cole, il commen\u00e7a \u00e0 apprendre comment se comporter avec ses compagnons. Voyait-il un camarade attentif en classe, docile, respectueux, connaissant bien ses le\u00e7ons, faisant son travail et lou\u00e9 par le ma\u00eetre ? Celui-ci devenait aussit\u00f4t l\u2019ami de Dominique. Y avait-il un turbulent, un insolent qui n\u00e9gligeait ses devoirs, parlait mal ou blasph\u00e9mait ? Dominique le fuyait comme la peste. Quant \u00e0 ceux qui \u00e9taient quelque peu indolents, il les saluait et leur rendait quelque service lorsque l\u2019occasion s\u2019en pr\u00e9sentait, mais il ne contractait avec eux aucune familiarit\u00e9.<\/p>\n<p>La conduite qu\u2019il tint \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Castelnuovo d\u2019Asti peut servir de mod\u00e8le \u00e0 tout jeune \u00e9l\u00e8ve qui d\u00e9sire progresser dans la science et la pi\u00e9t\u00e9. \u00c0 ce sujet, je transcris le judicieux rapport r\u00e9dig\u00e9 par son ma\u00eetre, don Alessandro Allora, aujourd\u2019hui encore ma\u00eetre communal de ce chef-lieu d\u2019arrondissement. En voici la teneur :<\/p>\n<p>\u00ab Je suis tr\u00e8s heureux d\u2019exposer mon jugement sur le jeune Dominique Savio, qui sut en peu de temps gagner toute ma bienveillance, au point que je l\u2019ai aim\u00e9 avec la tendresse d\u2019un p\u00e8re. J\u2019acc\u00e8de volontiers \u00e0 cette invitation, car je conserve encore un souvenir vivant, distinct et complet de son travail, de sa conduite et de ses vertus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je ne puis dire beaucoup de choses de sa conduite religieuse, car, demeurant assez loin du bourg, il \u00e9tait dispens\u00e9 de la congr\u00e9gation ; s\u2019il y avait pris part, il aurait certainement fait resplendir sa pi\u00e9t\u00e9 et sa d\u00e9votion. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s avoir achev\u00e9 la premi\u00e8re classe \u00e9l\u00e9mentaire \u00e0 Murialdo, ce bon enfant demanda et obtint sans difficult\u00e9 son admission dans ma seconde classe \u00e9l\u00e9mentaire, pr\u00e9cis\u00e9ment le 21 juin 1852, jour que les \u00e9l\u00e8ves consacraient \u00e0 saint Louis de Gonzague, protecteur de la jeunesse. Il \u00e9tait d\u2019une complexion quelque peu faible et d\u00e9licate, avec un visage grave m\u00eal\u00e9 de douceur et je ne sais quoi \u00e0 la fois de s\u00e9rieux et d\u2019agr\u00e9able. Il \u00e9tait d\u2019un naturel tr\u00e8s doux et tr\u00e8s aimable, d\u2019une humeur toujours \u00e9gale. Sa tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cole et au-dehors, \u00e0 l\u2019\u00e9glise et partout, \u00e9tait constamment telle que, lorsque le regard, la pens\u00e9e ou la parole du ma\u00eetre se portait sur lui, il en restait la plus belle et la plus joyeuse impression. Pour un ma\u00eetre, on peut appeler cela l\u2019une des douces r\u00e9compenses des durs labeurs qu\u2019il doit souvent soutenir en vain pour cultiver les esprits arides et mal dispos\u00e9s de certains \u00e9l\u00e8ves. Je puis donc dire qu\u2019il fut Savio de nom et qu\u2019il le fut toujours aussi dans les faits. Il le montra dans l\u2019\u00e9tude, la pi\u00e9t\u00e9, les relations avec ses compagnons et dans chacune de ses actions. Depuis le premier jour o\u00f9 il entra dans mon \u00e9cole jusqu\u2019\u00e0 la fin de cette ann\u00e9e scolaire, puis durant les quatre mois de l\u2019ann\u00e9e suivante, il fit des progr\u00e8s extraordinaires dans ses \u00e9tudes. Il m\u00e9rita constamment la premi\u00e8re place de sa classe, les autres distinctions de l\u2019\u00e9cole et presque toujours les meilleures notes dans chaque mati\u00e8re \u00e0 mesure qu\u2019elle \u00e9tait enseign\u00e9e. Un r\u00e9sultat si heureux dans les \u00e9tudes ne doit pas seulement \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019intelligence peu commune dont il \u00e9tait dou\u00e9, mais aussi \u00e0 son tr\u00e8s grand amour du travail et \u00e0 sa vertu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il faut encore admirer sp\u00e9cialement la diligence avec laquelle il cherchait \u00e0 accomplir les plus petits devoirs d\u2019un \u00e9colier chr\u00e9tien, et surtout son assiduit\u00e9 et sa constance remarquables \u00e0 fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9cole. Ainsi, bien qu\u2019il f\u00fbt toujours de sant\u00e9 faible, il parcourait chaque jour plus de quatre kilom\u00e8tres de route, faisant ce trajet quatre fois entre l\u2019aller et le retour. Il le faisait avec une admirable tranquillit\u00e9 d\u2019\u00e2me et une grande s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de visage, m\u00eame sous les intemp\u00e9ries de l\u2019hiver, par grand froid, pluie ou neige ; conduite que son ma\u00eetre ne pouvait manquer de reconna\u00eetre comme une preuve et un exemple d\u2019un rare m\u00e9rite. Cependant ce digne \u00e9l\u00e8ve tomba malade au cours de la m\u00eame ann\u00e9e scolaire 1852-1853, et sa famille changea ensuite de domicile. Il en r\u00e9sulta qu\u2019\u00e0 mon grand regret je ne pus plus continuer l\u2019instruction d\u2019un \u00e9l\u00e8ve si cher ; les grandes et belles esp\u00e9rances que j\u2019avais con\u00e7ues \u00e0 son sujet s\u2019assombrissaient \u00e0 mesure que croissait en moi la crainte qu\u2019il ne p\u00fbt poursuivre ses \u00e9tudes faute de sant\u00e9 ou de moyens. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce fut ensuite pour moi une grande consolation lorsque j\u2019appris qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 accueilli parmi les jeunes de l\u2019Oratoire de Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales, car la voie se trouvait ainsi ouverte au d\u00e9veloppement de sa rare intelligence et de sa lumineuse pi\u00e9t\u00e9.<em> \u00bb (Jusqu\u2019ici son ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole.<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833807\"><\/a>CHAPITRE VI. \u00c9cole de Mondonio<a name=\"_Toc504540957\"><\/a><a name=\"_Toc504541392\"><\/a><a name=\"_Toc504541954\"><\/a><a name=\"_Toc530304051\"><\/a><a name=\"_Toc24283664\"><\/a><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><strong>[5]<\/strong><\/a> &#8211; Il supporte une grave calomnie<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il semble que la divine Providence ait voulu faire voir \u00e0 ce jeune homme que ce monde est un exil o\u00f9 nous allons en p\u00e8lerins de lieu en lieu ; ou plut\u00f4t qu\u2019elle ait voulu le faire conna\u00eetre dans diff\u00e9rents pays et le montrer ainsi en plusieurs endroits comme un \u00e9minent miroir de vertu.<\/p>\n<p>Vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 1852, les parents de Dominique quitt\u00e8rent Murialdo pour fixer leur demeure \u00e0 Mondonio, petit village limitrophe de Castelnuovo. Il y continua la mani\u00e8re de vivre qu\u2019il avait suivie \u00e0 Murialdo et \u00e0 Castelnuovo ; je devrais donc r\u00e9p\u00e9ter ce que ses ma\u00eetres pr\u00e9c\u00e9dents \u00e9crivirent de lui, car don Cugliero<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, qui l\u2019eut pour \u00e9l\u00e8ve, fait un rapport presque semblable. J\u2019en choisis seulement quelques faits particuliers, omettant le reste pour \u00e9viter les r\u00e9p\u00e9titions.<\/p>\n<p>\u00ab Je puis dire, \u00e9crit-il, qu\u2019en vingt ans durant lesquels je me suis consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019instruction des enfants, je n\u2019en ai jamais eu aucun qui ait \u00e9gal\u00e9 Savio en pi\u00e9t\u00e9. Il \u00e9tait jeune d\u2019\u00e2ge, mais aussi raisonnable qu\u2019un homme m\u00fbr. Sa diligence, son assiduit\u00e9 au travail et son affabilit\u00e9 lui gagnaient l\u2019affection du ma\u00eetre et faisaient de lui les d\u00e9lices de ses compagnons. Quand je le regardais \u00e0 l\u2019\u00e9glise, j\u2019\u00e9tais saisi d\u2019un profond \u00e9tonnement en voyant tant de recueillement chez un gar\u00e7on d\u2019un \u00e2ge si tendre. Plus d\u2019une fois je me suis dit : Voici une \u00e2me innocente \u00e0 laquelle s\u2019ouvrent les d\u00e9lices du paradis et dont les affections vont d\u00e9j\u00e0 habiter avec les anges du ciel. <em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Parmi les faits particuliers, le ma\u00eetre rapporte le suivant :<\/p>\n<p>\u00ab Un jour, une faute fut commise parmi mes \u00e9l\u00e8ves, et elle \u00e9tait de telle nature que le coupable m\u00e9ritait l\u2019expulsion de l\u2019\u00e9cole. Les auteurs devanc\u00e8rent le coup et, se rendant aupr\u00e8s du ma\u00eetre, convinrent de rejeter toute la faute sur le bon Dominique. Je ne pouvais le croire capable d\u2019un tel d\u00e9sordre ; mais les accusateurs surent donner \u00e0 leur calomnie une telle apparence de v\u00e9rit\u00e9 que je dus la croire. J\u2019entrai donc dans la classe, justement indign\u00e9 du d\u00e9sordre commis ; je parlai du coupable en g\u00e9n\u00e9ral, puis me tournai vers Savio : \u00ab \u00c9tait-il donc n\u00e9cessaire que ce soit toi qui commettes une telle faute ? Ne m\u00e9riterais-tu pas d\u2019\u00eatre chass\u00e9 sur-le-champ de l\u2019\u00e9cole ? Heureusement pour toi, c\u2019est la premi\u00e8re faute de ce genre ; autrement&#8230; fais en sorte que ce soit aussi la derni\u00e8re. \u00bb Dominique aurait pu dire un seul mot pour se disculper, et son innocence aurait \u00e9t\u00e9 reconnue. Mais il se tut, baissa la t\u00eate et, comme quelqu\u2019un qui est justement r\u00e9primand\u00e9, ne releva plus les yeux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais Dieu prot\u00e8ge les innocents, et le lendemain les v\u00e9ritables coupables furent d\u00e9couverts ; l\u2019innocence de Dominique fut ainsi mise en lumi\u00e8re. Plein de regret pour les reproches adress\u00e9s \u00e0 celui que je croyais coupable, je le pris \u00e0 part et lui dis : \u201cDominique, pourquoi ne m\u2019as-tu pas tout de suite dit que tu \u00e9tais innocent ?\u201d Dominique r\u00e9pondit : \u201cParce que cet autre, d\u00e9j\u00e0 coupable d\u2019autres fautes, aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de l\u2019\u00e9cole ; quant \u00e0 moi, j\u2019esp\u00e9rais \u00eatre pardonn\u00e9, puisque c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re faute dont j\u2019\u00e9tais accus\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole ; d\u2019ailleurs je pensais aussi \u00e0 notre divin Sauveur, qui fut injustement calomni\u00e9.\u201d \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je me tus alors ; mais tous admir\u00e8rent la patience de Savio, qui avait su rendre le bien pour le mal, dispos\u00e9 \u00e0 supporter m\u00eame un grave ch\u00e2timent en faveur de celui-l\u00e0 m\u00eame qui l\u2019avait calomni\u00e9. \u00bb (Ainsi<em> parle don Cugliero.<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833808\"><\/a>CHAPITRE VII. Premi\u00e8re connaissance que je fis de lui &#8211; Curieux \u00e9pisodes en cette circonstance<a name=\"_Toc504540958\"><\/a><a name=\"_Toc504541393\"><\/a><a name=\"_Toc504541955\"><\/a><a name=\"_Toc530304052\"><\/a><a name=\"_Toc24283665\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les choses que je vais raconter, je puis les exposer avec davantage de d\u00e9tails, parce qu\u2019elles se sont presque toutes pass\u00e9es sous mes yeux et, pour la plupart, en pr\u00e9sence d\u2019une multitude de jeunes gens qui s\u2019accordent tous \u00e0 les affirmer. C\u2019\u00e9tait en 1854 lorsque le susdit don Cugliero vint <em>me parler<\/em> d\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves qui, par sa pi\u00e9t\u00e9, m\u00e9ritait une attention particuli\u00e8re. \u00ab Ici, dans votre maison, me disait-il, vous pouvez avoir des jeunes gens qui l\u2019\u00e9galent, mais vous en aurez difficilement un qui le surpasse en talent et en vertu. Faites-en l\u2019\u00e9preuve et vous trouverez un saint Louis de Gonzague. \u00bb Nous conv\u00eenmes qu\u2019il me l\u2019enverrait \u00e0 Murialdo \u00e0 l\u2019occasion o\u00f9 j\u2019avais coutume de m\u2019y rendre avec les jeunes gens de cette maison, afin de leur faire profiter un peu de la campagne, tout en faisant en m\u00eame temps la neuvaine et en c\u00e9l\u00e9brant la solennit\u00e9 du Rosaire de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait de grand matin, le premier lundi d\u2019octobre, lorsque je vis s\u2019approcher pour me parler un enfant accompagn\u00e9 de son p\u00e8re. Son visage joyeux et son air souriant mais respectueux attir\u00e8rent aussit\u00f4t mes regards.<\/p>\n<p>\u00ab Qui es-tu ? lui dis-je ; d\u2019o\u00f9 viens-tu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je suis Dominique Savio, r\u00e9pondit-il, celui dont don Cugliero, mon ma\u00eetre, vous a parl\u00e9 ; et nous venons de Mondonio. \u00bb<\/p>\n<p>Alors je l\u2019appelai \u00e0 part et, nous mettant \u00e0 parler des \u00e9tudes qu\u2019il avait faites et de la conduite qu\u2019il avait tenue jusque-l\u00e0, nous entr\u00e2mes bient\u00f4t dans une enti\u00e8re confiance, lui avec moi et moi avec lui.<\/p>\n<p>Je reconnus dans ce jeune homme une \u00e2me tout enti\u00e8re conforme \u00e0 l\u2019esprit du Seigneur, et je demeurai fort \u00e9tonn\u00e9 en consid\u00e9rant les \u0153uvres que la gr\u00e2ce divine avait d\u00e9j\u00e0 accomplies \u00e0 un \u00e2ge si tendre.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une conversation assez longue, avant que j\u2019appelasse son p\u00e8re, il me dit exactement ces paroles : \u00ab Eh bien, qu\u2019en pensez-vous ? Me conduirez-vous \u00e0 Turin pour \u00e9tudier ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Eh ! il me semble qu\u2019il y a ici de bonne \u00e9toffe. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 quoi peut servir cette \u00e9toffe ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 faire un bel habit pour l\u2019offrir au Seigneur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Alors je suis l\u2019\u00e9toffe ; soyez-en le tailleur. Prenez-moi avec vous et vous ferez un bel habit pour le Seigneur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je crains que ta sant\u00e9 d\u00e9licate ne r\u00e9siste pas aux \u00e9tudes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne craignez pas cela ; le Seigneur qui m\u2019a donn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent sant\u00e9 et gr\u00e2ce m\u2019aidera aussi \u00e0 l\u2019avenir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais lorsque tu auras termin\u00e9 l\u2019\u00e9tude du latin, que voudras-tu faire ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si le Seigneur m\u2019accorde une si grande gr\u00e2ce, je d\u00e9sire ardemment embrasser l\u2019\u00e9tat eccl\u00e9siastique. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien. Maintenant je veux voir si tu as assez de capacit\u00e9 pour les \u00e9tudes. Prends ce petit livret \u2014 c\u2019\u00e9tait un fascicule <em>des Lectures catholiques<\/em> \u2014, \u00e9tudie aujourd\u2019hui cette page et demain tu reviendras me la r\u00e9citer. \u00bb<\/p>\n<p>Cela dit, je le laissai libre d\u2019aller se divertir avec les autres jeunes gens, puis je me mis \u00e0 parler avec son p\u00e8re. Huit minutes \u00e0 peine s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es lorsque Dominique s\u2019avan\u00e7a vers moi en souriant et me dit : \u00ab Si vous voulez, je peux r\u00e9citer ma page maintenant. \u00bb Je pris le livre et, \u00e0 ma grande surprise, je constatai que non seulement il avait appris litt\u00e9ralement la page indiqu\u00e9e, mais qu\u2019il comprenait tr\u00e8s bien le sens de ce qu\u2019elle contenait.<\/p>\n<p>\u00ab Bravo, lui dis-je ; tu as devanc\u00e9 l\u2019\u00e9tude de ta le\u00e7on, et moi je devance ma r\u00e9ponse. Oui, je te conduirai \u00e0 Turin et, d\u00e8s maintenant, tu es compt\u00e9 parmi mes chers enfants. Commence toi aussi, d\u00e8s maintenant, \u00e0 prier Dieu afin qu\u2019il nous aide, toi et moi, \u00e0 accomplir sa sainte volont\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Ne sachant comment mieux exprimer sa joie et sa reconnaissance, il me prit la main, la serra, la baisa plusieurs fois et dit enfin : \u00ab J\u2019esp\u00e8re me conduire de telle mani\u00e8re que vous n\u2019ayez jamais \u00e0 vous plaindre de ma conduite. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833809\"><\/a>CHAPITRE VIII. Il vient \u00e0 l\u2019Oratoire de Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales &#8211; Sa premi\u00e8re mani\u00e8re de vivre<a name=\"_Toc504540959\"><\/a><a name=\"_Toc504541394\"><\/a><a name=\"_Toc504541956\"><\/a><a name=\"_Toc530304053\"><\/a><a name=\"_Toc24283666\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est propre \u00e0 l\u2019\u00e2ge changeant de la jeunesse de modifier souvent ses r\u00e9solutions au sujet de ce que l\u2019on veut ; aussi arrive-t-il fr\u00e9quemment qu\u2019aujourd\u2019hui on d\u00e9cide une chose et demain une autre, qu\u2019aujourd\u2019hui on pratique une vertu \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9minent et demain son contraire ; et, s\u2019il n\u2019y a personne pour veiller avec attention, une \u00e9ducation qui aurait pu avoir les plus heureux r\u00e9sultats finit souvent mal. Il n\u2019en fut pas ainsi de notre Dominique. Toutes les vertus que nous avons vues na\u00eetre et grandir dans les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de sa vie continu\u00e8rent \u00e0 cro\u00eetre admirablement et grandirent ensemble, sans que l\u2019une nuis\u00eet \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 dans la maison de l\u2019Oratoire, il se rendit dans ma chambre pour se remettre, comme il disait, enti\u00e8rement entre les mains de ses sup\u00e9rieurs. Son regard se posa aussit\u00f4t sur une pancarte o\u00f9 \u00e9taient \u00e9crites en gros caract\u00e8res les paroles que saint Fran\u00e7ois de Sales r\u00e9p\u00e9tait souvent : Da mihi <em>animas, coetera tolle. Il se mit <\/em>\u00e0 les lire attentivement, et je d\u00e9sirais qu\u2019il en compr\u00eet le sens. Je l\u2019invitai donc, et m\u00eame je l\u2019aidai, \u00e0 les traduire et \u00e0 en tirer ce sens : \u00ab \u00d4 Seigneur,<em> donnez-moi des \u00e2mes et prenez tout le reste. \u00bb Il r\u00e9fl\u00e9chit<\/em> un moment puis ajouta : \u00ab J\u2019ai compris : ici il ne s\u2019agit pas d\u2019un commerce d\u2019argent, mais d\u2019un commerce d\u2019\u00e2mes ; j\u2019ai compris. J\u2019esp\u00e8re que mon \u00e2me fera aussi partie de ce commerce. \u00bb<\/p>\n<p>Pendant quelque temps, sa mani\u00e8re de vivre fut tout \u00e0 fait ordinaire ; on n\u2019y admirait rien d\u2019autre qu\u2019une exacte observance des r\u00e8gles de la maison. Il s\u2019appliqua avec ardeur \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Il s\u2019acquittait avec z\u00e8le de tous ses devoirs. Il \u00e9coutait avec plaisir les pr\u00e9dications. Il avait profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans son c\u0153ur que la parole de Dieu est le guide de l\u2019homme sur le chemin du ciel ; ainsi, toute maxime entendue dans un sermon devenait pour lui un souvenir invariable qu\u2019il n\u2019oubliait plus.<\/p>\n<p>Tout discours moral, toute le\u00e7on de cat\u00e9chisme, tout sermon, si long f\u00fbt-il, \u00e9tait toujours pour lui un plaisir. Lorsqu\u2019il entendait quelque chose qu\u2019il n\u2019avait pas bien compris, il en demandait aussit\u00f4t l\u2019explication. C\u2019est de l\u00e0 que prit naissance cette mani\u00e8re de vivre exemplaire, cette exactitude dans l\u2019accomplissement de ses devoirs, au-del\u00e0 de laquelle il est difficile d\u2019aller.<\/p>\n<p>Afin d\u2019\u00eatre instruit des r\u00e8gles et de la discipline de la maison, il cherchait avec beaucoup de d\u00e9licatesse \u00e0 s\u2019approcher de l\u2019un de ses sup\u00e9rieurs ; il l\u2019interrogeait, lui demandait des lumi\u00e8res et des conseils, le suppliant de vouloir bien l\u2019avertir chaque fois qu\u2019il le verrait manquer \u00e0 ses devoirs. Sa conduite envers ses compagnons n\u2019\u00e9tait pas moins digne d\u2019\u00e9loges. Voyait-il quelqu\u2019un dissip\u00e9, n\u00e9gligent dans ses devoirs ou peu soigneux de la pi\u00e9t\u00e9 ? Dominique l\u2019\u00e9vitait. Y avait-il un compagnon exemplaire, studieux, diligent, lou\u00e9 par le ma\u00eetre ? Celui-ci devenait aussit\u00f4t l\u2019ami intime de Dominique.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019approche de la f\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e Conception de Marie, le Directeur adressait chaque soir quelques paroles d\u2019encouragement aux jeunes gens de la maison afin que chacun s\u2019appliqu\u00e2t \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brer d\u2019une mani\u00e8re digne de la grande M\u00e8re de Dieu ; mais il insistait surtout pour qu\u2019ils demandassent \u00e0 cette c\u00e9leste protectrice les gr\u00e2ces dont chacun reconnaissait avoir le plus besoin.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait en l\u2019ann\u00e9e 1854, o\u00f9 les chr\u00e9tiens du monde entier se trouvaient dans une sorte d\u2019\u00e9motion spirituelle, parce qu\u2019\u00e0 Rome on s\u2019occupait de la d\u00e9finition dogmatique de l\u2019Immacul\u00e9e Conception de Marie. Chez nous aussi, on faisait tout ce que permettait notre condition afin de c\u00e9l\u00e9brer cette solennit\u00e9 avec dignit\u00e9 et avec fruit spirituel pour nos jeunes gens.<\/p>\n<p>Savio \u00e9tait de ceux qui se sentaient br\u00fbler du d\u00e9sir de la c\u00e9l\u00e9brer saintement. Il \u00e9crivit neuf petits bouquets spirituels, c\u2019est-\u00e0-dire neuf actes de vertu \u00e0 pratiquer, en en tirant au sort un pour chaque jour. Il se pr\u00e9para, fit avec joie une confession g\u00e9n\u00e9rale, et s\u2019approcha des saints Sacrements avec le plus grand recueillement.<\/p>\n<p>Le soir de ce jour, 8 d\u00e9cembre, les fonctions sacr\u00e9es de l\u2019\u00e9glise \u00e9tant achev\u00e9es, Dominique, sur le conseil de son confesseur, se rendit devant l\u2019autel de Marie, renouvela les promesses faites \u00e0 sa premi\u00e8re Communion, puis r\u00e9p\u00e9ta plusieurs fois ces paroles pr\u00e9cises : \u00ab <strong>Marie, je vous donne mon c\u0153ur ; faites qu\u2019il soit toujours v\u00f4tre. J\u00e9sus et Marie, soyez toujours mes amis ! Mais, par piti\u00e9, faites-moi mourir plut\u00f4t que de me laisser tomber dans le malheur de commettre un seul p\u00e9ch\u00e9. <\/strong>\u00bb<\/p>\n<p>Ayant ainsi pris Marie pour soutien de sa d\u00e9votion, sa conduite morale apparut si \u00e9difiante et accompagn\u00e9e de tels actes de vertu que, d\u00e8s lors, je commen\u00e7ai \u00e0 les noter afin de ne pas les oublier.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 ce point dans la description des actions du jeune Savio, je me trouve devant un ensemble de faits et de vertus qui m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re de la part de celui qui \u00e9crit comme de celui qui lit. Pour plus de clart\u00e9, je juge donc bon d\u2019exposer les choses non selon l\u2019ordre des temps, mais selon l\u2019analogie des faits qui ont entre eux une relation particuli\u00e8re ou qui se rapportent \u00e0 la m\u00eame mati\u00e8re. Je les diviserai donc en autant de chapitres, en commen\u00e7ant par l\u2019\u00e9tude du latin, qui fut le principal motif pour lequel il vint et fut accueilli dans cette maison de Valdocco.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833810\"><\/a>CHAPITRE IX. \u00c9tude du latin &#8211; Incidents curieux &#8211; Conduite \u00e0 l\u2019\u00e9cole &#8211; Il emp\u00eache une rixe &#8211; Il \u00e9vite un danger<a name=\"_Toc504540960\"><\/a><a name=\"_Toc504541395\"><\/a><a name=\"_Toc504541957\"><\/a><a name=\"_Toc530304054\"><\/a><a name=\"_Toc24283667\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il avait \u00e9tudi\u00e9 les rudiments du latin \u00e0 Mondonio ; aussi, gr\u00e2ce \u00e0 sa grande assiduit\u00e9 au travail et \u00e0 sa capacit\u00e9 peu commune, il obtint bient\u00f4t d\u2019\u00eatre class\u00e9 en quatri\u00e8me, ou, comme nous dirions aujourd\u2019hui, en deuxi\u00e8me ann\u00e9e de grammaire latine. Il suivit ce cours aupr\u00e8s du pieux et charitable professeur Giuseppe Bonzanino, car les classes du gymnase n\u2019\u00e9taient pas encore \u00e9tablies dans la maison de l\u2019Oratoire comme elles le sont aujourd\u2019hui. Je devrais encore ici d\u00e9crire sa conduite, ses progr\u00e8s et son caract\u00e8re exemplaire dans les m\u00eames termes que ses ma\u00eetres pr\u00e9c\u00e9dents. Je me bornerai donc \u00e0 exposer quelques faits qui, durant cette ann\u00e9e de latin et les deux suivantes, furent remarqu\u00e9s avec une particuli\u00e8re admiration par ceux qui le connurent. Le professeur Bonzanino d\u00e9clara plus d\u2019une fois qu\u2019il ne se souvenait pas d\u2019avoir jamais eu d\u2019\u00e9l\u00e8ve plus attentif, plus docile et plus respectueux que le jeune Savio. Il apparaissait comme un mod\u00e8le en toute chose. Il n\u2019\u00e9tait nullement recherch\u00e9 dans ses v\u00eatements ni dans sa coiffure ; mais, malgr\u00e9 la modestie de ses habits et l\u2019humilit\u00e9 de sa condition, il paraissait propre, bien \u00e9lev\u00e9 et courtois, de sorte que ses compagnons de condition ais\u00e9e et m\u00eame noble \u2014 qui \u00e9taient nombreux \u00e0 fr\u00e9quenter cette \u00e9cole \u2014 se plaisaient beaucoup \u00e0 demeurer avec Dominique, non seulement \u00e0 cause de son savoir et de sa pi\u00e9t\u00e9, mais aussi de ses mani\u00e8res civiles et agr\u00e9ables. Si le professeur remarquait un \u00e9l\u00e8ve un peu bavard, il pla\u00e7ait Dominique \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, et celui-ci s\u2019effor\u00e7ait avec tact de l\u2019amener au silence, \u00e0 l\u2019\u00e9tude et \u00e0 l\u2019accomplissement de ses devoirs.<\/p>\n<p>C\u2019est au cours de cette ann\u00e9e que la vie de Dominique nous fournit un fait qui tient de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme et qui est \u00e0 peine croyable \u00e0 son jeune \u00e2ge. Il concerne deux de ses compagnons d\u2019\u00e9cole qui en vinrent \u00e0 une dangereuse querelle. La dispute commen\u00e7a par quelques paroles qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient dites r\u00e9ciproquement au m\u00e9pris de leur famille. Apr\u00e8s plusieurs insultes, ils s\u2019injuri\u00e8rent et se d\u00e9fi\u00e8rent de faire valoir leurs raisons \u00e0 coups de pierres. Dominique vint \u00e0 d\u00e9couvrir cette discorde ; mais comment l\u2019emp\u00eacher, puisque les deux adversaires \u00e9taient plus \u00e2g\u00e9s et plus forts que lui ? Il tenta de les persuader de renoncer \u00e0 leur projet, faisant observer \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre que la vengeance est contraire \u00e0 la raison et \u00e0 la sainte loi de Dieu ; il \u00e9crivit des lettres \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre ; il les mena\u00e7a de rapporter l\u2019affaire au professeur et m\u00eame \u00e0 leurs parents ; mais tout fut inutile : leurs esprits \u00e9taient tellement aigris que toute parole ne servait \u00e0 rien. Outre le danger de se faire gravement mal, ils commettaient une grande offense envers Dieu. Dominique \u00e9tait extr\u00eamement afflig\u00e9 ; il d\u00e9sirait s\u2019y opposer et ne savait comment. Dieu lui inspira d\u2019agir ainsi. Il les attendit apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole et, lorsqu\u2019il put parler aux deux \u00e0 l\u2019\u00e9cart, il dit : \u00ab Puisque vous persistez dans votre dessein brutal, je vous prie au moins d\u2019accepter une condition. \u00bb \u00ab Nous l\u2019acceptons, r\u00e9pondirent-ils, pourvu qu\u2019elle n\u2019emp\u00eache pas notre d\u00e9fi. \u00bb \u00ab C\u2019est un vaurien \u00bb, r\u00e9pliqua aussit\u00f4t l\u2019un d\u2019eux ; \u00ab et moi, ajouta l\u2019autre, je ne serai pas en paix avec lui tant que lui ou moi n\u2019aura pas la t\u00eate cass\u00e9e. \u00bb Savio tremblait \u00e0 cet \u00e9change brutal ; n\u00e9anmoins, d\u00e9sireux d\u2019emp\u00eacher un plus grand mal, il resta ferme et dit : \u00ab La condition que je vais vous proposer n\u2019emp\u00eache pas le d\u00e9fi. \u00bb<\/p>\n<p><em>Compagnons.<\/em> Quelle est cette condition ?<\/p>\n<p><em>Savio. <\/em>Je veux seulement vous la dire \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 vous avez d\u00e9cid\u00e9 de vous battre \u00e0 coups de pierres.<\/p>\n<p><em>Compagnons.<\/em> Tu te moques de nous, ou tu chercheras \u00e0 mettre quelque obstacle sur notre chemin.<\/p>\n<p><em>Savio.<\/em> Je serai avec vous et je ne vous tromperai pas ; soyez tranquilles.<\/p>\n<p><em>Compagnons.<\/em> Peut-\u00eatre veux-tu aller appeler quelqu\u2019un.<\/p>\n<p><em>Savio.<\/em> Je devrais le faire, mais je ne le ferai pas. Allons, je serai avec vous. Tenez-moi seulement parole. Ils le lui promirent et se rendirent dans <em>les pr\u00e9s dits de la Cittadella,<\/em> hors de Porta Susa<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>La haine entre les deux adversaires \u00e9tait si grande que Savio eut grand-peine \u00e0 emp\u00eacher qu\u2019ils n\u2019en vinssent aux mains pendant le court trajet qu\u2019ils avaient \u00e0 parcourir.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s au lieu fix\u00e9, Savio fit une chose \u00e0 laquelle personne assur\u00e9ment ne se serait attendu. Il les laissa se placer \u00e0 une certaine distance l\u2019un de l\u2019autre. Ils avaient d\u00e9j\u00e0 chacun cinq pierres \u00e0 la main lorsque Dominique parla ainsi : \u00ab Avant de mettre votre d\u00e9fi \u00e0 ex\u00e9cution, je veux que vous remplissiez la condition que vous avez accept\u00e9e. \u00bb En disant cela, il tira le petit Crucifix qu\u2019il portait au cou et, le tenant d\u2019une main, ajouta : \u00ab Je veux que chacun de vous fixe les yeux sur ce Crucifix, puis, en lan\u00e7ant une pierre contre moi, prononce \u00e0 haute voix ces paroles : J\u00e9sus-Christ innocent est mort en pardonnant \u00e0 ceux qui le crucifiaient ; moi, p\u00e9cheur, je veux l\u2019offenser et exercer une vengeance solennelle. \u00bb<\/p>\n<p>Cela dit, il alla s\u2019agenouiller devant celui qui paraissait le plus furieux : \u00ab Porte le premier coup sur moi, lui dit-il ; lance une forte pierre contre ma t\u00eate. \u00bb Celui-ci, qui ne s\u2019attendait pas \u00e0 une telle proposition, se mit \u00e0 trembler. \u00ab Non, dit-il, jamais ! Je n\u2019ai rien contre toi ; au contraire, je te d\u00e9fendrais si quelqu\u2019un voulait t\u2019outrager. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ces mots, Dominique courut vers l\u2019autre en lui disant les m\u00eames paroles. Lui aussi en fut d\u00e9concert\u00e9 et, tout tremblant, r\u00e9pondit que, puisqu\u2019il \u00e9tait son ami, il ne lui ferait jamais aucun mal.<\/p>\n<p>Alors Dominique se releva et, prenant un air s\u00e9rieux et \u00e9mu, leur dit : \u00ab Comment ! Vous \u00eates tous deux dispos\u00e9s \u00e0 affronter m\u00eame un grave danger pour me d\u00e9fendre, moi qui ne suis qu\u2019une mis\u00e9rable cr\u00e9ature, et vous n\u2019\u00eates pas capables de vous pardonner une injure et une moquerie re\u00e7ues \u00e0 l\u2019\u00e9cole, afin de sauver vos \u00e2mes, qui ont co\u00fbt\u00e9 le sang du Sauveur et que vous \u00eates sur le point de perdre par ce p\u00e9ch\u00e9 ? \u00bb Cela dit, il se tut, tenant toujours le Crucifix \u00e9lev\u00e9 dans sa main.<\/p>\n<p>\u00c0 ce spectacle de charit\u00e9 et de courage, les compagnons furent vaincus. \u00ab En cet instant, affirme l\u2019un d\u2019eux, je fus profond\u00e9ment touch\u00e9 ; un frisson me parcourut les membres et je me sentis plein de honte d\u2019avoir contraint un ami aussi bon que Savio \u00e0 recourir \u00e0 des moyens extr\u00eames pour emp\u00eacher notre dessein impie. Voulant au moins lui donner un signe de bonne volont\u00e9, je pardonnai de tout c\u0153ur \u00e0 celui qui m\u2019avait offens\u00e9 et priai Dominique de m\u2019indiquer quelque pr\u00eatre patient et charitable aupr\u00e8s duquel je pourrais aller me confesser. De cette mani\u00e8re, apr\u00e8s \u00eatre redevenu son ami, je fus r\u00e9concili\u00e9 avec le Seigneur, que j\u2019avais certainement gravement offens\u00e9 par ma haine et mon d\u00e9sir de vengeance. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 un exemple bien digne d\u2019\u00eatre imit\u00e9 par tout jeune chr\u00e9tien lorsqu\u2019il lui arrive de voir son prochain sur le point de se venger, ou lorsqu\u2019il est lui-m\u00eame offens\u00e9 ou outrag\u00e9 de quelque mani\u00e8re par d\u2019autres.<\/p>\n<p>Ce qui, dans ce fait, honore singuli\u00e8rement la conduite et la charit\u00e9 de Savio, c\u2019est le silence dans lequel il sut garder ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Tout serait demeur\u00e9 absolument inconnu si ceux-l\u00e0 m\u00eames qui y avaient pris part ne l\u2019avaient racont\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p>L\u2019aller et le retour de l\u2019\u00e9cole, qui sont si dangereux pour les jeunes gens venant des villages dans les grandes villes, furent pour notre Dominique un v\u00e9ritable exercice de vertu. Constant \u00e0 ex\u00e9cuter les ordres de ses sup\u00e9rieurs, il allait \u00e0 l\u2019\u00e9cole et revenait \u00e0 la maison sans m\u00eame jeter un regard ni pr\u00eater l\u2019oreille \u00e0 quelque chose qui ne conv\u00eent pas \u00e0 un jeune chr\u00e9tien. S\u2019il voyait quelqu\u2019un s\u2019arr\u00eater, courir, sautiller, jeter des pierres ou passer par des lieux d\u00e9fendus, il s\u2019\u00e9loignait aussit\u00f4t de lui. Un jour, on l\u2019invita \u00e0 aller se promener sans permission ; une autre fois, on lui conseilla de manquer l\u2019\u00e9cole pour aller se divertir, mais il sut toujours r\u00e9pondre par un refus. \u00ab Mon plus beau divertissement, r\u00e9pondait-il, c\u2019est l\u2019accomplissement de mes devoirs ; et si vous \u00eates de vrais amis, vous devez me conseiller de les accomplir exactement et jamais de les transgresser. \u00bb N\u00e9anmoins, il eut le malheur d\u2019avoir quelques compagnons qui le press\u00e8rent au point que Savio se trouva sur le point de tomber dans leurs pi\u00e8ges. Il avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solu de les suivre et ainsi de manquer l\u2019\u00e9cole ce jour-l\u00e0. Mais apr\u00e8s avoir parcouru une courte distance, il s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il suivait un mauvais conseil ; il en \u00e9prouva un grand remords, rappela les mauvais conseillers et leur dit : \u00ab Mes chers amis, mon devoir m\u2019impose d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole et je veux y aller. Nous faisons une chose qui d\u00e9pla\u00eet \u00e0 Dieu et \u00e0 nos sup\u00e9rieurs. Je me repens de ce que j\u2019ai fait ; si vous me donnez encore de semblables conseils, vous cesserez d\u2019\u00eatre mes amis. \u00bb<\/p>\n<p>Ces jeunes gens accueillirent l\u2019avertissement de leur ami ; ils all\u00e8rent avec lui \u00e0 l\u2019\u00e9cole et, \u00e0 l\u2019avenir, ne cherch\u00e8rent plus \u00e0 le d\u00e9tourner de ses devoirs. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 sa bonne conduite et \u00e0 son application constante \u00e0 l\u2019\u00e9tude, il m\u00e9rita d\u2019\u00eatre promu parmi les meilleurs \u00e0 la classe sup\u00e9rieure. Mais au commencement de la troisi\u00e8me ann\u00e9e de grammaire, la sant\u00e9 de Dominique paraissant quelque peu alt\u00e9r\u00e9e, on jugea bon de lui faire suivre le cours en priv\u00e9, ici dans la maison de l\u2019Oratoire, afin de pouvoir avoir pour lui les \u00e9gards n\u00e9cessaires dans le repos, l\u2019\u00e9tude et la r\u00e9cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e des humanit\u00e9s, ou premi\u00e8re rh\u00e9torique, sa sant\u00e9 paraissant meilleure, il fut envoy\u00e9 chez le digne professeur don Matteo Picco. Celui-ci avait d\u00e9j\u00e0 entendu plusieurs fois parler des belles qualit\u00e9s qui ornaient Savio ; aussi l\u2019accueillit-il volontiers et gratuitement dans son \u00e9cole, qui comptait parmi les meilleures \u00e9coles agr\u00e9\u00e9es de notre ville.<\/p>\n<p>Nombreuses sont les choses \u00e9difiantes dites ou faites par Savio durant l\u2019ann\u00e9e de troisi\u00e8me grammaire et de premi\u00e8re rh\u00e9torique ; nous les exposerons peu \u00e0 peu en racontant les faits auxquels elles se rattachent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833811\"><\/a>CHAPITRE X. Sa r\u00e9solution de devenir saint<a name=\"_Toc504540961\"><\/a><a name=\"_Toc504541396\"><\/a><a name=\"_Toc504541958\"><\/a><a name=\"_Toc530304055\"><\/a><a name=\"_Toc24283668\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir ainsi donn\u00e9 un aper\u00e7u des \u00e9tudes qu\u2019il fit dans les classes de latin, nous parlerons maintenant de sa grande r\u00e9solution de devenir saint.<\/p>\n<p>Savio demeurait \u00e0 l\u2019Oratoire depuis six mois lorsqu\u2019on y pr\u00eacha un sermon sur la mani\u00e8re facile de devenir saint. Le pr\u00e9dicateur s\u2019arr\u00eata particuli\u00e8rement \u00e0 d\u00e9velopper trois pens\u00e9es qui firent une profonde impression sur l\u2019\u00e2me de Dominique, \u00e0 savoir : Dieu veut que nous devenions tous saints ; il est tr\u00e8s facile d\u2019y parvenir ; et une grande r\u00e9compense est pr\u00e9par\u00e9e au ciel pour celui qui devient saint. Ce sermon fut pour Dominique comme une \u00e9tincelle qui embrasa son c\u0153ur d\u2019amour de Dieu. Pendant quelques jours, il ne dit rien, mais il \u00e9tait moins gai que d\u2019ordinaire, si bien que ses compagnons s\u2019en aper\u00e7urent et moi aussi. Pensant que cela provenait de quelque nouvel ennui de sant\u00e9, je lui demandai s\u2019il souffrait de quelque mal. \u00ab Au contraire, r\u00e9pondit-il, je souffre de quelque bien. \u00bb \u00ab Que veux-tu dire ? \u00bb \u00ab Je veux dire que je sens un d\u00e9sir et un besoin de devenir saint. Je ne pensais pas pouvoir devenir saint avec tant de facilit\u00e9 ; mais maintenant que j\u2019ai compris que cela peut se faire m\u00eame en demeurant joyeux, je veux absolument devenir saint et j\u2019en ai absolument besoin. Dites-moi donc comment je dois m\u2019y prendre pour commencer cette entreprise. \u00bb<\/p>\n<p>Je louai sa r\u00e9solution, mais je l\u2019exhortai \u00e0 ne pas s\u2019inqui\u00e9ter, parce que, dans les \u00e9motions de l\u2019\u00e2me, on ne reconna\u00eet pas facilement la voix du Seigneur. Ce que je voulais de lui avant tout, c\u2019\u00e9tait une joie constante et mod\u00e9r\u00e9e ; tout en lui conseillant de pers\u00e9v\u00e9rer dans l\u2019accomplissement de ses devoirs de pi\u00e9t\u00e9 et d\u2019\u00e9tude, je lui recommandai de ne jamais manquer de prendre part \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation avec ses compagnons.<\/p>\n<p>Un jour, je lui dis que je voulais lui faire un cadeau \u00e0 son go\u00fbt, mais que je d\u00e9sirais que le choix v\u00eent de lui. \u00ab Le cadeau que je demande, r\u00e9pondit-il aussit\u00f4t, c\u2019est que vous me fassiez devenir saint. Je veux me donner tout entier au Seigneur, pour toujours au Seigneur, et je sens le besoin de devenir saint ; si je ne deviens pas saint, je ne fais rien. Dieu me veut saint, et je dois le devenir. \u00bb<\/p>\n<p>En une circonstance, le Directeur voulut donner un t\u00e9moignage particulier d\u2019affection aux jeunes gens de la maison et leur permit de lui demander par \u00e9crit tout ce qui \u00e9tait en son pouvoir, en promettant de l\u2019accorder. On peut facilement imaginer les demandes plaisantes et extravagantes faites par les uns et les autres. Savio prit un petit morceau de papier et n\u2019\u00e9crivit que ces mots : \u00ab Je vous demande de sauver mon \u00e2me et de me faire devenir saint. \u00bb<\/p>\n<p>Un jour, on expliquait quelques mots selon leur \u00e9tymologie. \u00ab Et Dominique, lui demanda-t-on, qu\u2019est-ce que cela veut dire ? \u00bb On r\u00e9pondit : \u00ab Dominique<em> signifie :<\/em> du Seigneur.<em> \u00bb \u00ab Vous voyez<\/em> bien, ajouta-t-il aussit\u00f4t, si je n\u2019ai pas raison de vous demander de me faire devenir saint : m\u00eame mon nom dit que j\u2019appartiens au Seigneur. Je dois donc et je veux \u00eatre tout entier au Seigneur ; je veux devenir saint et je serai malheureux tant que je ne le serai pas. \u00bb<\/p>\n<p>Le vif d\u00e9sir qu\u2019il manifestait de devenir saint ne venait pas de ce qu\u2019il ne men\u00e2t d\u00e9j\u00e0 une vie vraiment sainte. Il parlait ainsi parce qu\u2019il aurait voulu pratiquer de s\u00e9v\u00e8res p\u00e9nitences et passer de longues heures en pri\u00e8re ; le Directeur le lui interdisait, parce que ces choses n\u2019\u00e9taient pas compatibles avec son \u00e2ge, sa sant\u00e9 et ses occupations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833812\"><\/a>CHAPITRE XI. Son z\u00e8le pour le salut des \u00e2mes<a name=\"_Toc504540962\"><\/a><a name=\"_Toc504541397\"><\/a><a name=\"_Toc504541959\"><\/a><a name=\"_Toc530304056\"><\/a><a name=\"_Toc24283669\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La premi\u00e8re chose qu\u2019on lui recommanda pour devenir saint fut de travailler \u00e0 gagner des \u00e2mes \u00e0 Dieu, puisqu\u2019il n\u2019y a rien de plus saint au monde que de coop\u00e9rer au bien des \u00e2mes, pour le salut desquelles J\u00e9sus-Christ r\u00e9pandit jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte de son pr\u00e9cieux sang. Dominique comprit l\u2019importance de cette pratique et on l\u2019entendit souvent dire : \u00ab Si seulement je pouvais gagner tous mes compagnons \u00e0 Dieu, combien je serais heureux ! \u00bb En attendant, il ne laissait passer aucune occasion de donner un bon conseil ou d\u2019avertir quelqu\u2019un qui avait dit ou fait quelque chose de contraire \u00e0 la sainte loi de Dieu.<\/p>\n<p>Ce qui lui causait une grande horreur, et nuisait beaucoup \u00e0 sa sant\u00e9, c\u2019\u00e9tait le blasph\u00e8me ou le fait d\u2019entendre prononcer en vain le saint nom de Dieu. Si, dans les rues de la ville ou ailleurs, il lui arrivait d\u2019entendre de telles paroles, il baissait aussit\u00f4t la t\u00eate avec douleur et disait d\u2019un c\u0153ur d\u00e9vot : \u00ab Lou\u00e9 soit J\u00e9sus-Christ. \u00bb<\/p>\n<p>Un jour, tandis qu\u2019il traversait une place de la ville, un compagnon le vit \u00f4ter son bonnet et murmurer quelques mots. \u00ab Que fais-tu ? lui demanda-t-il. Que dis-tu ? \u00bb \u00ab N\u2019as-tu pas entendu ? r\u00e9pondit Dominique. Ce charretier a pris en vain le saint nom de Dieu. Si j\u2019avais pens\u00e9 que ce f\u00fbt utile, j\u2019aurais couru l\u2019avertir de ne plus le faire ; mais, craignant de lui faire dire des choses encore pires, je me borne \u00e0 \u00f4ter mon bonnet et \u00e0 dire : Lou\u00e9 soit J\u00e9sus-Christ. Je le fais dans l\u2019intention de r\u00e9parer en quelque mani\u00e8re l\u2019insulte faite au saint nom du Seigneur. \u00bb<\/p>\n<p>Son compagnon admira la conduite et le courage de Dominique, et il se pla\u00eet encore \u00e0 raconter cet \u00e9pisode en l\u2019honneur de son ami et pour l\u2019\u00e9dification des autres.<\/p>\n<p>Une fois, revenant de l\u2019\u00e9cole, il entendit un homme d\u00e9j\u00e0 assez avanc\u00e9 en \u00e2ge prof\u00e9rer un horrible blasph\u00e8me. Notre Dominique trembla en l\u2019entendant ; il loua Dieu dans son c\u0153ur, puis fit une chose vraiment admirable. Avec le plus grand respect, il courut vers le blasph\u00e9mateur irr\u00e9fl\u00e9chi et lui demanda s\u2019il pouvait lui indiquer o\u00f9 se trouvait l\u2019Oratoire de Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales. Devant ce visage c\u00e9leste, l\u2019homme abandonna sa rudesse et dit : \u00ab Je ne sais pas, cher enfant ; j\u2019en suis d\u00e9sol\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oh ! si vous ne savez pas cela, peut-\u00eatre pourriez-vous me rendre un autre service. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis-moi ; je le ferai volontiers. \u00bb<\/p>\n<p>Dominique s\u2019approcha autant qu\u2019il put de son oreille et, parlant \u00e0 voix basse pour que personne d\u2019autre ne compr\u00eet, ajouta : \u00ab Vous me rendriez un grand service si, lorsque vous \u00eates en col\u00e8re, vous employiez d\u2019autres paroles et ne blasph\u00e9miez pas le saint nom de Dieu. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bravo, dit l\u2019autre, plein d\u2019\u00e9tonnement et d\u2019admiration. Oui, tu as raison. C\u2019est une maudite habitude, et je veux \u00e0 tout prix m\u2019en corriger. \u00bb<\/p>\n<p>Un jour, un gar\u00e7on d\u2019environ neuf ans se mit \u00e0 se quereller avec un compagnon pr\u00e8s de la porte de la maison et, au cours de la dispute, pronon\u00e7a en vain le nom adorable de J\u00e9sus-Christ. \u00c0 ces paroles, Dominique, bien qu\u2019il sent\u00eet dans son c\u0153ur une juste indignation, s\u2019interposa n\u00e9anmoins avec calme entre les deux adversaires et les apaisa. Puis il dit \u00e0 celui qui avait pris le nom de Dieu en vain : \u00ab Viens avec moi et tu seras content de l\u2019avoir fait. \u00bb Sa mani\u00e8re gracieuse d\u00e9termina le gar\u00e7on \u00e0 consentir. Dominique le prit par la main, le conduisit dans l\u2019\u00e9glise devant l\u2019autel, puis le fit s\u2019agenouiller \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et lui dit : \u00ab Demande au Seigneur de te pardonner l\u2019offense que tu as commise en prenant son nom en vain. \u00bb Comme le gar\u00e7on ne savait pas l\u2019acte de contrition, Dominique le r\u00e9cita avec lui. Puis il ajouta :<\/p>\n<p>\u00ab R\u00e9p\u00e8te avec moi ces paroles pour r\u00e9parer l\u2019insulte faite \u00e0 J\u00e9sus-Christ : Lou\u00e9 soit J\u00e9sus-Christ, et que son saint et adorable nom soit lou\u00e9 \u00e0 jamais. \u00bb<\/p>\n<p>Il pr\u00e9f\u00e9rait lire la vie des saints qui avaient travaill\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8re au salut des \u00e2mes. Il parlait volontiers des missionnaires qui peinent tant dans les pays lointains pour le bien des \u00e2mes ; et comme il ne pouvait leur envoyer d\u2019aide mat\u00e9rielle, il offrait chaque jour quelque pri\u00e8re au Seigneur pour eux et, au moins une fois par semaine, recevait la sainte Communion \u00e0 leurs intentions.<\/p>\n<p>Je l\u2019entendis plusieurs fois s\u2019\u00e9crier : \u00ab Combien d\u2019\u00e2mes, en Angleterre, attendent notre secours ! Oh ! si j\u2019avais la force et la vertu, j\u2019irais aussit\u00f4t l\u00e0-bas et, par la pr\u00e9dication et le bon exemple, je chercherais \u00e0 les gagner toutes au Seigneur. \u00bb Il se plaignait souvent \u00e0 lui-m\u00eame, et parlait souvent avec ses compagnons, du peu de z\u00e8le que beaucoup ont pour instruire les enfants dans les v\u00e9rit\u00e9s de la foi. \u00ab D\u00e8s que je serai clerc, disait-il, je veux aller \u00e0 Mondonio, rassembler tous les enfants sous un abri, leur faire le cat\u00e9chisme, leur raconter beaucoup d\u2019exemples et en faire tous des saints. Combien de pauvres enfants se perdent peut-\u00eatre faute de quelqu\u2019un qui les instruise dans la foi ! \u00bb Ce qu\u2019il disait en paroles, il le confirmait par les actes : autant que son \u00e2ge et son instruction le lui permettaient, il enseignait volontiers le cat\u00e9chisme dans l\u2019\u00e9glise de l\u2019Oratoire ; et si quelqu\u2019un en avait besoin, il lui donnait des le\u00e7ons et l\u2019instruisait du cat\u00e9chisme \u00e0 toute heure du jour et tous les jours de la semaine, dans le seul but de pouvoir parler de choses spirituelles et de faire comprendre combien il importe de sauver son \u00e2me.<\/p>\n<p>Un jour, un compagnon indiscret voulut l\u2019interrompre tandis qu\u2019il racontait pendant la r\u00e9cr\u00e9ation un r\u00e9cit \u00e9difiant. \u00ab Qu\u2019est-ce que tout cela peut bien te faire ? \u00bb lui demanda-t-il. \u00ab Ce que cela me fait ? r\u00e9pondit Dominique. Cela m\u2019importe parce que les \u00e2mes de mes compagnons ont \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9es par le sang de J\u00e9sus-Christ ; cela m\u2019importe parce que nous sommes tous fr\u00e8res et qu\u2019\u00e0 ce titre nous devons aimer l\u2019\u00e2me les uns des autres ; cela m\u2019importe parce que Dieu nous commande de nous aider mutuellement \u00e0 nous sauver ; cela m\u2019importe parce que, si je r\u00e9ussis \u00e0 sauver une \u00e2me, j\u2019assurerai aussi mon propre salut. \u00bb<\/p>\n<p>Le souci de Dominique pour le bien des \u00e2mes ne diminuait pas non plus pendant les courtes vacances qu\u2019il passait dans la maison paternelle. Toute image, m\u00e9daille, petit crucifix, livret ou autre objet qu\u2019il avait gagn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole ou au cat\u00e9chisme, il le mettait de c\u00f4t\u00e9 pour l\u2019utiliser durant les vacances. Avant m\u00eame de quitter l\u2019Oratoire, il avait coutume de demander sp\u00e9cialement \u00e0 ses sup\u00e9rieurs de lui donner de tels objets afin, disait-il, de tenir ses camarades de jeu dans la bonne humeur.<\/p>\n<p>D\u00e8s qu\u2019il arrivait \u00e0 la maison, on le voyait aussit\u00f4t entour\u00e9 de gar\u00e7ons de son \u00e2ge, de plus jeunes et m\u00eame de plus \u00e2g\u00e9s, qui \u00e9prouvaient un v\u00e9ritable plaisir \u00e0 demeurer avec lui. En distribuant ses petits cadeaux au moment opportun, il les encourageait \u00e0 pr\u00eater attention aux questions qu\u2019il leur posait, tant\u00f4t sur le cat\u00e9chisme, tant\u00f4t sur leurs devoirs.<\/p>\n<p>Par ces moyens agr\u00e9ables, il r\u00e9ussissait \u00e0 en conduire plusieurs avec lui au cat\u00e9chisme, \u00e0 la pri\u00e8re, \u00e0 la Messe et \u00e0 d\u2019autres exercices de pi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>On m\u2019assure qu\u2019il consacra beaucoup de temps \u00e0 instruire un de ses compagnons. \u00ab Si tu apprends \u00e0 bien faire le signe de la sainte Croix, lui disait-il, je te donnerai une m\u00e9daille, puis je demanderai \u00e0 un pr\u00eatre de te donner un beau livre. Mais je veux que tu le fasses bien : tandis que tu prononces les paroles avec la bouche, ta main droite doit commencer au front, descendre \u00e0 la poitrine, toucher ensuite correctement l\u2019\u00e9paule gauche, puis la droite, et finir en joignant v\u00e9ritablement les<em> mains <\/em>lorsque tu dis : Amen. \u00bb Il d\u00e9sirait ardemment que ce signe de notre r\u00e9demption f\u00fbt bien fait ; lui-m\u00eame le faisait plusieurs fois en leur pr\u00e9sence et invitait les autres \u00e0 en faire autant.<\/p>\n<p>Outre l\u2019exactitude avec laquelle il accomplissait chacun de ses plus petits devoirs, il prenait encore soin de deux fr\u00e8res plus jeunes, leur apprenant \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 r\u00e9citer le cat\u00e9chisme et les assistant dans les pri\u00e8res du matin et du soir. Il les conduisait \u00e0 l\u2019\u00e9glise, leur donnait de l\u2019eau b\u00e9nite et leur montrait la bonne mani\u00e8re de faire le signe de la sainte Croix. Le temps qu\u2019il aurait pu passer \u00e0 courir et se divertir, il l\u2019employait au contraire \u00e0 raconter des histoires \u00e9difiantes \u00e0 sa famille ou \u00e0 d\u2019autres compagnons dispos\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9couter. M\u00eame \u00e0 la maison, il avait coutume de faire chaque jour une visite au Tr\u00e8s Saint Sacrement ; et il regardait comme un v\u00e9ritable gain de pouvoir persuader quelque compagnon de l\u2019accompagner. On peut donc dire que, chaque fois que l\u2019occasion se pr\u00e9sentait d\u2019accomplir une bonne \u0153uvre ou de donner un bon conseil en vue du bien d\u2019une \u00e2me, il ne la laissait jamais passer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833813\"><\/a>CHAPITRE XII. \u00c9pisodes et mani\u00e8re agr\u00e9able de converser avec ses compagnons<a name=\"_Toc504540963\"><\/a><a name=\"_Toc504541398\"><\/a><a name=\"_Toc504541960\"><\/a><a name=\"_Toc530304057\"><\/a><a name=\"_Toc24283670\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La pens\u00e9e de gagner des \u00e2mes \u00e0 Dieu l\u2019accompagnait partout. Pendant les temps libres, il \u00e9tait l\u2019\u00e2me de la r\u00e9cr\u00e9ation ; mais tout ce qu\u2019il disait ou faisait tendait toujours au bien moral, soit de lui-m\u00eame, soit des autres. Il avait constamment pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit ce beau principe d\u2019\u00e9ducation : ne jamais interrompre les autres lorsqu\u2019ils parlent. Si cependant ses compagnons se taisaient, il soulevait aussit\u00f4t quelque question sur l\u2019\u00e9cole, l\u2019histoire ou l\u2019arithm\u00e9tique ; et il avait toujours mille petites histoires toutes pr\u00eates qui rendaient sa compagnie tr\u00e8s agr\u00e9able. Si quelqu\u2019un venait \u00e0 orienter la conversation vers les comm\u00e9rages ou des sujets semblables, il l\u2019interrompait et racontait quelque plaisanterie, fable ou autre r\u00e9cit amusant ; ainsi, tout en faisant rire ses compagnons, il d\u00e9tournait la conversation des m\u00e9disances et emp\u00eachait qu\u2019une offense \u00e0 Dieu ne f\u00fbt commise parmi eux.<\/p>\n<p>Sa mani\u00e8re joyeuse et son caract\u00e8re vif le rendaient cher m\u00eame aux compagnons les moins port\u00e9s \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9, de sorte que tous se plaisaient \u00e0 passer du temps avec lui et accueillaient volontiers les conseils qu\u2019il leur donnait \u00e0 l\u2019occasion.<\/p>\n<p>Un jour, un compagnon voulut se d\u00e9guiser, mais Dominique n\u2019approuva pas. \u00ab Serais-tu content, lui demanda-t-il, de devenir r\u00e9ellement ce que tu veux para\u00eetre, avec deux cornes au front, un nez d\u2019un pied de long et des habits de saltimbanque ? \u00bb \u00ab Certainement pas \u00bb, r\u00e9pondit l\u2019autre. \u00ab Alors, ajouta Dominique, si tu ne voudrais pas avoir une telle apparence, pourquoi veux-tu te montrer ainsi et d\u00e9figurer les beaux traits que Dieu t\u2019a donn\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<p>Une fois, pendant la r\u00e9cr\u00e9ation, un homme s\u2019introduisit parmi les gar\u00e7ons qui jouaient et, s\u2019adressant \u00e0 l\u2019un d\u2019eux, se mit \u00e0 parler si haut que tous ceux qui se trouvaient \u00e0 proximit\u00e9 pouvaient l\u2019entendre. Cet homme rus\u00e9, voulant les attirer autour de lui, commen\u00e7a par raconter des choses \u00e9tranges pour les faire rire. Les gar\u00e7ons, piqu\u00e9s par la curiosit\u00e9, se press\u00e8rent bient\u00f4t autour de lui et \u00e9cout\u00e8rent avec attention ses r\u00e9cits singuliers. D\u00e8s qu\u2019il se vit entour\u00e9, il orienta la conversation vers la religion et, comme le font ordinairement les gens de cette sorte, prof\u00e9ra des affirmations scandaleuses qui faisaient fr\u00e9mir, tournant en d\u00e9rision les choses les plus saintes et discr\u00e9ditant toutes les personnes eccl\u00e9siastiques. Quelques-uns de ceux qui \u00e9taient pr\u00e9sents, ne pouvant supporter une telle impi\u00e9t\u00e9 et n\u2019osant s\u2019y opposer, se retir\u00e8rent simplement. Un nombre assez consid\u00e9rable continua imprudemment d\u2019\u00e9couter. Savio survint alors par hasard. D\u00e8s qu\u2019il comprit de quoi il s\u2019agissait, mettant de c\u00f4t\u00e9 tout respect humain, il se tourna imm\u00e9diatement vers ses compagnons : \u00ab Allons-nous-en, dit-il. Laissez seul ce malheureux ; il veut nous voler nos \u00e2mes. \u00bb Les gar\u00e7ons, ob\u00e9issant \u00e0 la voix d\u2019un compagnon si aimable et vertueux, s\u2019\u00e9loign\u00e8rent tous aussit\u00f4t de cet \u00e9missaire du d\u00e9mon. Se voyant abandonn\u00e9 de tous, l\u2019homme s\u2019en alla et on ne le revit plus.<\/p>\n<p>Une autre fois, quelques gar\u00e7ons voulaient aller se baigner, exercice qui, s\u2019il est dangereux ailleurs, l\u2019est bien davantage autour de Turin o\u00f9, sans parler des dangers pour les m\u0153urs, les eaux sont si profondes et si rapides que les jeunes gens deviennent souvent les malheureuses victimes de la natation. Dominique, ayant appris leur projet, chercha \u00e0 les retenir aupr\u00e8s de lui en leur racontant une nouvelle apr\u00e8s l\u2019autre. Mais lorsqu\u2019il vit qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 partir, il parla avec fermet\u00e9 : \u00ab Non, dit-il, je ne veux pas que vous y alliez. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous ne faisons rien de mal. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Vous d\u00e9sob\u00e9issez \u00e0 vos sup\u00e9rieurs ; vous vous exposez au danger de donner ou de recevoir du scandale et de vous noyer. Cela n\u2019est-il pas mal ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais nous avons tellement chaud que nous n\u2019en pouvons plus. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si vous ne pouvez plus supporter la chaleur de ce monde, comment supporterez-vous la terrible chaleur de l\u2019enfer que vous allez m\u00e9riter ? \u00bb<\/p>\n<p>Touch\u00e9s par ces paroles, ils chang\u00e8rent de r\u00e9solution et rest\u00e8rent avec lui pendant la r\u00e9cr\u00e9ation ; puis, \u00e0 l\u2019heure convenable, ils se rendirent \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour assister aux fonctions sacr\u00e9es.<\/p>\n<p>Quelques autres jeunes de l\u2019Oratoire, soucieux du bien de leurs compagnons, avaient form\u00e9 une sorte d\u2019association destin\u00e9e \u00e0 ramener \u00e0 une vie meilleure les gar\u00e7ons indisciplin\u00e9s. Savio en faisait partie et comptait parmi les plus z\u00e9l\u00e9s. S\u2019il avait une friandise, un fruit, une petite croix, une image ou quelque chose de semblable, il le gardait pour ce but. \u00ab Qui la veut ? Qui la veut ? \u00bb disait-il. \u00ab Moi ! moi ! \u00bb criaient-ils tous en courant vers lui. \u00ab Doucement, r\u00e9pondait-il, je la donnerai \u00e0 celui qui r\u00e9pondra le mieux \u00e0 une question de cat\u00e9chisme. \u00bb Il n\u2019interrogeait alors que les plus turbulents, et d\u00e8s qu\u2019ils donnaient une r\u00e9ponse \u00e0 peu pr\u00e8s satisfaisante, il leur remettait le petit pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>D\u2019autres \u00e9taient gagn\u00e9s d\u2019une autre mani\u00e8re. Il les prenait \u00e0 part, les invitait \u00e0 se promener avec lui, les amenait \u00e0 converser et, si besoin \u00e9tait, jouait avec eux. On le vit parfois avec un grand b\u00e2ton sur les \u00e9paules, ressemblant \u00e0 Hercule avec sa massue, jouer au jeu <em>vulgairement<\/em> appel\u00e9 <em>cirimella et<\/em> para\u00eetre tout absorb\u00e9 par le jeu. Mais tout \u00e0 coup il s\u2019arr\u00eatait et disait \u00e0 son compagnon : \u00ab Veux-tu que nous allions nous confesser samedi ? \u00bb L\u2019autre, parce que le samedi lui semblait encore loin, parce qu\u2019il voulait reprendre le jeu, et aussi pour faire plaisir \u00e0 Dominique, r\u00e9pondait oui. Cela suffisait \u00e0 Dominique, qui reprenait le jeu. Mais il ne perdait jamais la promesse de vue : chaque jour, pour une raison ou une autre, il lui rappelait <em>ce <\/em>oui et lui sugg\u00e9rait peu \u00e0 peu la mani\u00e8re de faire une bonne confession. Lorsque le samedi arrivait, tel un chasseur qui a assur\u00e9 une bonne prise, il l\u2019accompagnait \u00e0 l\u2019\u00e9glise, allait se confesser avant lui, avertissait ordinairement le confesseur \u00e0 l\u2019avance et, ensuite, demeurait avec lui pour faire l\u2019action de gr\u00e2ces. De tels \u00e9pisodes \u00e9taient fr\u00e9quents et procuraient \u00e0 Dominique la plus grande consolation, tout en produisant un grand bien chez ses compagnons ; car il arrivait souvent qu\u2019un gar\u00e7on ne tir\u00e2t aucun fruit d\u2019un sermon entendu \u00e0 l\u2019\u00e9glise, mais c\u00e9d\u00e2t aux pieuses suggestions de Dominique.<\/p>\n<p>Parfois, quelqu\u2019un se pr\u00eatait \u00e0 ses soins toute la semaine, puis le samedi disparaissait au moment de la confession. Lorsque Dominique le revoyait, il lui disait presque en plaisantant : \u00ab Ah ! fripon, tu m\u2019as jou\u00e9. \u00bb \u00ab Mais \u00e9coute, r\u00e9pondait l\u2019autre, je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat ; je ne me sentais pas capable&#8230; \u00bb \u00ab Pauvre gar\u00e7on, ajoutait Dominique, tu as c\u00e9d\u00e9 au d\u00e9mon, qui, lui, \u00e9tait tr\u00e8s pr\u00eat \u00e0 te recevoir ; et maintenant tu es encore moins pr\u00e9par\u00e9 : je vois m\u00eame que tu es de tr\u00e8s mauvaise humeur. Allons, essaie d\u2019aller te confesser ; fais un effort et t\u00e2che de bien te confesser, et tu verras quelle joie remplira ton c\u0153ur. \u00bb Ordinairement, apr\u00e8s \u00eatre all\u00e9 se confesser, le gar\u00e7on revenait aussit\u00f4t aupr\u00e8s de Dominique le c\u0153ur plein de bonheur : \u00ab C\u2019est vrai, disait-il, je suis vraiment heureux. D\u00e9sormais je veux aller me confesser plus souvent. \u00bb<\/p>\n<p>Dans les communaut\u00e9s de jeunes, il y en a d\u2019ordinaire quelques-uns qui, parce qu\u2019ils sont un peu grossiers, ignorants, moins bien \u00e9lev\u00e9s ou afflig\u00e9s de quelque peine, sont g\u00e9n\u00e9ralement laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9 par leurs compagnons. Ils supportent ainsi le poids de l\u2019abandon pr\u00e9cis\u00e9ment lorsqu\u2019ils ont le plus besoin du r\u00e9confort d\u2019un ami.<\/p>\n<p>Ceux-l\u00e0 \u00e9taient les amis de Dominique. Il s\u2019approchait d\u2019eux, les \u00e9gayait par quelque bonne conversation et leur donnait de sages conseils. Il arrivait donc souvent que des gar\u00e7ons d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 s\u2019abandonner au d\u00e9sordre, encourag\u00e9s par les paroles charitables de Savio, revenaient \u00e0 de meilleures dispositions.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi tous ceux qui avaient quelque ennui de sant\u00e9 demandaient Dominique pour infirmier, et ceux qui avaient des peines trouvaient du r\u00e9confort \u00e0 les lui confier. De cette mani\u00e8re, il trouvait continuellement un chemin ouvert pour exercer la charit\u00e9 envers le prochain et augmenter ses m\u00e9rites devant Dieu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833814\"><\/a>CHAPITRE XIII. Son esprit de pri\u00e8re &#8211; D\u00e9votion envers la M\u00e8re de Dieu &#8211; Le mois de Marie<a name=\"_Toc504540964\"><\/a><a name=\"_Toc504541399\"><\/a><a name=\"_Toc504541961\"><\/a><a name=\"_Toc530304058\"><\/a><a name=\"_Toc24283671\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parmi les dons dont Dieu l\u2019avait enrichi, l\u2019un des plus remarquables \u00e9tait sa ferveur dans la pri\u00e8re. Son esprit \u00e9tait tellement habitu\u00e9 \u00e0 converser avec Dieu que, en tout lieu, m\u00eame au milieu du plus grand tumulte, il pouvait recueillir ses pens\u00e9es et, par de pieux sentiments, \u00e9lever son c\u0153ur vers Dieu.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il priait en commun, il ressemblait vraiment \u00e0 un petit ange : immobile, recueilli et d\u00e9vot dans toute sa personne, ne s\u2019appuyant sur rien sinon sur ses genoux, le visage souriant, la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9e et les yeux baiss\u00e9s ; on aurait dit un autre saint Louis de Gonzague.<\/p>\n<p>Il suffisait de le voir pour \u00eatre \u00e9difi\u00e9. En 1854, le comte Cays fut \u00e9lu prieur de la Congr\u00e9gation de Saint-Louis \u00e9tablie dans cet Oratoire. La premi\u00e8re fois qu\u2019il prit part \u00e0 nos fonctions, il aper\u00e7ut un enfant priant avec une attitude si d\u00e9vote qu\u2019il en fut rempli d\u2019\u00e9tonnement. Les fonctions sacr\u00e9es achev\u00e9es, il voulut savoir qui \u00e9tait cet enfant devenu l\u2019objet de son admiration : c\u2019\u00e9tait Dominique Savio.<\/p>\n<p>M\u00eame sa r\u00e9cr\u00e9ation \u00e9tait presque toujours divis\u00e9e en deux : une bonne partie \u00e9tait ordinairement consacr\u00e9e \u00e0 quelque lecture pieuse ou \u00e0 quelque pri\u00e8re qu\u2019il allait faire \u00e0 l\u2019\u00e9glise avec quelques compagnons, pour les \u00e2mes du purgatoire ou en l\u2019honneur de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie.<\/p>\n<p>La d\u00e9votion de Dominique envers la M\u00e8re de Dieu \u00e9tait tr\u00e8s grande. En son honneur, il faisait chaque jour quelque mortification. Il ne regardait jamais directement les personnes de l\u2019autre sexe ; en allant \u00e0 l\u2019\u00e9cole, il ne levait jamais les yeux. Il lui arrivait de passer devant des spectacles publics que ses compagnons regardaient avec tant d\u2019avidit\u00e9 qu\u2019ils ne savaient plus o\u00f9 ils \u00e9taient. Interrog\u00e9 pour savoir s\u2019il avait appr\u00e9ci\u00e9 ces spectacles, Savio r\u00e9pondait qu\u2019il n\u2019avait rien vu. Un compagnon, presque contrari\u00e9, lui reprocha : \u00ab Alors, \u00e0 quoi veux-tu employer tes yeux si tu ne t\u2019en sers pas pour regarder de telles choses ? \u00bb \u00ab Je veux m\u2019en servir, r\u00e9pondit-il, pour contempler le visage de notre M\u00e8re c\u00e9leste Marie lorsque, si avec l\u2019aide de Dieu j\u2019en suis digne, j\u2019irai la rejoindre au paradis. \u00bb<\/p>\n<p>Il avait une d\u00e9votion particuli\u00e8re au C\u0153ur Immacul\u00e9 de Marie. Chaque fois qu\u2019il entrait \u00e0 l\u2019\u00e9glise, il allait devant son autel la prier de lui obtenir la gr\u00e2ce de garder son c\u0153ur toujours \u00e9loign\u00e9 de toute affection impure. \u00ab Marie, disait-il, je veux \u00eatre toujours votre fils : obtenez-moi de mourir plut\u00f4t que de commettre un p\u00e9ch\u00e9 contre la vertu de puret\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Chaque vendredi, il choisissait encore une partie du temps de r\u00e9cr\u00e9ation pour aller \u00e0 l\u2019\u00e9glise avec d\u2019autres compagnons r\u00e9citer le petit chapelet des sept douleurs de Marie, ou au moins les Litanies de Notre-Dame des Douleurs.<\/p>\n<p>Non seulement il \u00e9tait d\u00e9vot envers la Tr\u00e8s Sainte Vierge, mais il \u00e9prouvait une grande joie chaque fois qu\u2019il pouvait conduire quelqu\u2019un d\u2019autre \u00e0 pratiquer la d\u00e9votion envers elle. Un samedi, il avait invit\u00e9 un compagnon \u00e0 venir avec lui \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour r\u00e9citer les V\u00eapres de la Tr\u00e8s Sainte Vierge. L\u2019autre accepta \u00e0 contrec\u0153ur, disant qu\u2019il avait froid aux mains. Dominique \u00f4ta ses gants et les lui donna ; et ainsi tous deux se rendirent \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Une autre fois, il retira de ses propres \u00e9paules son petit manteau pour le pr\u00eater \u00e0 un autre gar\u00e7on afin que celui-ci l\u2019accompagn\u00e2t volontiers \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour prier. Qui ne serait rempli d\u2019admiration devant de tels actes de g\u00e9n\u00e9reuse pi\u00e9t\u00e9 ?<\/p>\n<p>\u00c0 aucune \u00e9poque Dominique ne parut plus ardemment d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 notre c\u00e9leste protectrice Marie qu\u2019au mois de mai. Il s\u2019\u00e9tait entendu avec d\u2019autres pour accomplir chaque jour de ce mois quelque pratique sp\u00e9ciale en plus de ce qui se faisait publiquement \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Il avait pr\u00e9par\u00e9 un recueil d\u2019histoires \u00e9difiantes qu\u2019il racontait avec grand plaisir afin d\u2019encourager les autres \u00e0 la d\u00e9votion envers Marie. Il parlait souvent d\u2019elle pendant la r\u00e9cr\u00e9ation ; il exhortait tous \u00e0 se confesser et \u00e0 communier fr\u00e9quemment, surtout durant ce mois. Lui-m\u00eame donnait l\u2019exemple en s\u2019approchant chaque jour de la table eucharistique avec un recueillement au-del\u00e0 duquel on n\u2019aurait rien pu d\u00e9sirer.<\/p>\n<p>Un fait curieux montre la tendresse de son c\u0153ur dans sa d\u00e9votion envers Marie. Les gar\u00e7ons du dortoir o\u00f9 il couchait d\u00e9cid\u00e8rent, \u00e0 leurs frais, de pr\u00e9parer un petit autel \u00e9l\u00e9gant pour la cl\u00f4ture solennelle du mois de Marie. Dominique s\u2019occupait beaucoup de cette entreprise ; mais lorsqu\u2019on indiqua la somme que chacun aurait \u00e0 verser, il s\u2019\u00e9cria : \u00ab H\u00e9las ! <em>voil\u00e0 qui<\/em> est <em>difficile ! Pour ces choses il faut de l\u2019argent, et je n\u2019ai pas un sou en poche. Pourtant je veux faire quelque chose \u00e0 tout prix. \u00bb Il alla prendre un <\/em>livre qui lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 comme prix et, apr\u00e8s en avoir demand\u00e9 la permission \u00e0 son sup\u00e9rieur, revint tout joyeux en disant : \u00ab Compagnons, maintenant moi aussi je peux contribuer \u00e0 honorer Marie. Prenez ce livre et tirez-en tout le profit que vous pourrez ; voil\u00e0 mon offrande. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la vue de cet acte spontan\u00e9 et g\u00e9n\u00e9reux, ses compagnons furent \u00e9mus et voulurent eux aussi offrir des livres et d\u2019autres objets. On organisa avec ceux-ci une petite loterie dont le produit suffit largement \u00e0 couvrir les d\u00e9penses.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019autel fut achev\u00e9, les gar\u00e7ons voulurent c\u00e9l\u00e9brer leur f\u00eate avec le plus grand \u00e9clat. Tous \u00e9taient tr\u00e8s occup\u00e9s ; mais, comme les d\u00e9corations ne pouvaient \u00eatre enti\u00e8rement termin\u00e9es, il fallut travailler pendant la nuit pr\u00e9c\u00e9dant la f\u00eate. \u00ab Moi, dit Savio, je passerai volontiers la nuit \u00e0 travailler. \u00bb Mais ses compagnons, sachant qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 malade r\u00e9cemment, l\u2019oblig\u00e8rent \u00e0 aller se coucher. Il ne voulait pas c\u00e9der et n\u2019alla au lit que par ob\u00e9issance. \u00ab Au moins, dit-il \u00e0 l\u2019un de ses compagnons, d\u00e8s que tout sera termin\u00e9, viens aussit\u00f4t me r\u00e9veiller afin que je sois parmi les premiers \u00e0 contempler l\u2019autel orn\u00e9 en l\u2019honneur de notre ch\u00e8re M\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833815\"><\/a>CHAPITRE XIV. Sa fr\u00e9quentation des saints Sacrements de la Confession et de la Communion<a name=\"_Toc504540965\"><\/a><a name=\"_Toc504541400\"><\/a><a name=\"_Toc504541962\"><\/a><a name=\"_Toc530304059\"><\/a><a name=\"_Toc24283672\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience montre que les plus solides soutiens de la jeunesse sont les Sacrements de la Confession et de la Communion. Donnez-moi un jeune homme qui fr\u00e9quente ces Sacrements, et vous le verrez grandir dans la jeunesse, parvenir \u00e0 l\u2019\u00e2ge m\u00fbr et, s\u2019il pla\u00eet ainsi \u00e0 Dieu, atteindre l\u2019extr\u00eame vieillesse avec une conduite qui sera un exemple pour tous ceux qui le connaissent. Que les jeunes comprennent cette maxime pour la mettre en pratique ; que tous ceux qui s\u2019occupent de leur \u00e9ducation la comprennent pour la leur inculquer.<\/p>\n<p>Avant que Savio ne v\u00eent habiter \u00e0 l\u2019Oratoire, il recevait ces deux Sacrements une fois par mois, selon l\u2019usage des \u00e9coles. Par la suite, il les fr\u00e9quenta beaucoup plus assid\u00fbment. Un jour, il entendit du haut de la chaire cette maxime : \u00ab Jeunes gens, si vous voulez pers\u00e9v\u00e9rer sur le chemin du ciel, trois choses vous sont recommand\u00e9es : approchez-vous souvent du Sacrement de la Confession, communiez fr\u00e9quemment et choisissez un confesseur auquel vous osiez ouvrir votre c\u0153ur ; mais ne le changez pas sans n\u00e9cessit\u00e9. \u00bb Dominique comprit l\u2019importance de ce conseil.<\/p>\n<p>Il commen\u00e7a par choisir un confesseur, qu\u2019il conserva r\u00e9guli\u00e8rement pendant tout le temps o\u00f9 il v\u00e9cut parmi nous. Afin que son confesseur p\u00fbt se former un jugement exact de sa conscience, il voulut, comme il a \u00e9t\u00e9 dit, faire une confession g\u00e9n\u00e9rale. Il commen\u00e7a par se confesser tous les quinze jours, puis tous les huit jours, communiant avec la m\u00eame fr\u00e9quence. Voyant les grands progr\u00e8s qu\u2019il faisait dans les choses spirituelles, son confesseur lui conseilla de communier trois fois par semaine et, au bout d\u2019une ann\u00e9e, lui permit m\u00eame la Communion quotidienne.<\/p>\n<p>Pendant quelque temps, il fut troubl\u00e9 par des scrupules ; pour cette raison, il voulait aller se confesser tous les quatre jours et m\u00eame plus souvent. Son directeur spirituel ne le permit pas et le maintint dans l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la confession hebdomadaire.<\/p>\n<p>Il avait en lui une confiance sans limites. Avec une enti\u00e8re simplicit\u00e9, il lui parlait m\u00eame hors de la confession de ce qui concernait sa conscience. Quelqu\u2019un lui avait conseill\u00e9 de changer parfois de confesseur, mais il ne voulut jamais le faire. \u00ab Le confesseur, disait-il, est le m\u00e9decin de l\u2019\u00e2me, et l\u2019on ne change ordinairement de m\u00e9decin que lorsqu\u2019on a perdu confiance en lui ou lorsque la maladie est presque d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Je ne me trouve dans aucun de ces deux cas. J\u2019ai pleine confiance en mon confesseur, qui, avec une bont\u00e9 et une sollicitude paternelles, travaille au bien de mon \u00e2me ; et je ne vois en moi aucune maladie qu\u2019il ne puisse gu\u00e9rir. \u00bb N\u00e9anmoins, son directeur habituel lui conseillait parfois de changer de confesseur, surtout \u00e0 l\u2019occasion des exercices spirituels ; et Dominique ob\u00e9issait promptement, sans soulever la moindre difficult\u00e9.<\/p>\n<p>Savio \u00e9tait content de lui-m\u00eame. \u00ab Si j\u2019ai quelque peine dans le c\u0153ur, disait-il, je vais trouver mon confesseur, qui me conseille selon la volont\u00e9 de Dieu, parce que J\u00e9sus-Christ a dit que, pour nous, la voix du confesseur est comme la voix de Dieu. Si ensuite je veux quelque chose de grand, je vais recevoir la sainte Hostie, dans laquelle se trouve corpus<em> quod pro nobis traditum est, c\u2019est-\u00e0-dire<\/em> le m\u00eame corps, le m\u00eame sang, la m\u00eame \u00e2me et la m\u00eame divinit\u00e9 que J\u00e9sus-Christ offrit pour nous \u00e0 son P\u00e8re \u00e9ternel sur la Croix. Que me manque-t-il donc pour \u00eatre heureux ? Rien en ce monde. Il me manque seulement la joie de voir \u00e0 d\u00e9couvert dans le ciel Celui que maintenant, par l\u2019\u0153il de la foi, je contemple et adore sur l\u2019autel. \u00bb<\/p>\n<p>Avec ces pens\u00e9es, Dominique passait des jours v\u00e9ritablement heureux. C\u2019est d\u2019elles que naissaient cette gaiet\u00e9 et cette joie c\u00e9leste qui transparaissaient dans toutes ses actions. Il ne faut pas croire non plus qu\u2019il ignor\u00e2t l\u2019importance de ce qu\u2019il faisait ou qu\u2019il ne men\u00e2t pas la vie chr\u00e9tienne convenant \u00e0 celui qui d\u00e9sire la Communion fr\u00e9quente. Sa conduite \u00e9tait irr\u00e9prochable sous tous rapports. J\u2019invitai ses compagnons \u00e0 me dire si, durant les trois ann\u00e9es qu\u2019il v\u00e9cut parmi nous, ils avaient remarqu\u00e9 chez Savio quelque d\u00e9faut \u00e0 corriger ou quelque vertu \u00e0 lui recommander ; mais ils furent tous d\u2019accord pour affirmer qu\u2019ils n\u2019avaient jamais trouv\u00e9 en lui rien qui m\u00e9rit\u00e2t correction, et qu\u2019ils n\u2019auraient su nommer aucune vertu \u00e0 ajouter \u00e0 celles qu\u2019il poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Sa pr\u00e9paration \u00e0 recevoir la sainte Eucharistie \u00e9tait pieuse et \u00e9difiante. Le soir qui pr\u00e9c\u00e9dait la Communion, avant d\u2019aller se coucher, il faisait une pri\u00e8re \u00e0 cette intention et la terminait toujours par ces paroles : \u00ab Que le tr\u00e8s saint et divin Sacrement soit lou\u00e9 et remerci\u00e9 \u00e0 chaque instant. \u00bb Le matin, il faisait auparavant une pr\u00e9paration suffisante, mais son action de gr\u00e2ces ne connaissait pas de limite. D\u2019ordinaire, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas appel\u00e9, il oubliait le d\u00e9jeuner, la r\u00e9cr\u00e9ation et parfois m\u00eame l\u2019\u00e9cole, demeurant en pri\u00e8re \u2014 ou plut\u00f4t dans la contemplation de la bont\u00e9 divine qui communique aux hommes d\u2019une mani\u00e8re ineffable les tr\u00e9sors de son infinie mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait pour lui un v\u00e9ritable bonheur de passer quelque temps devant J\u00e9sus au Tr\u00e8s Saint Sacrement. Au moins une fois par jour, il allait invariablement lui rendre visite et invitait les autres \u00e0 l\u2019accompagner. Sa pri\u00e8re pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e9tait un petit chapelet<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a> au Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus, en r\u00e9paration des outrages qu\u2019il re\u00e7oit des h\u00e9r\u00e9tiques, des incr\u00e9dules et des mauvais chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Afin que ses Communions fussent plus fructueuses et qu\u2019en m\u00eame temps chaque jour lui donn\u00e2t un nouvel encouragement \u00e0 les faire avec ferveur, il assignait \u00e0 chaque jour une intention sp\u00e9ciale.<\/p>\n<p>Voici comment il r\u00e9partissait ses Communions au cours de la semaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Dimanche. <\/em>En l\u2019honneur de la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9.<\/p>\n<p><em>Lundi. <\/em>Pour mes bienfaiteurs spirituels et temporels.<\/p>\n<p><em>Mardi. En <\/em>l\u2019honneur de saint Dominique et de mon ange gardien.<\/p>\n<p><em>Mercredi. \u00c0 <\/em>Notre-Dame des Douleurs, pour la conversion des p\u00e9cheurs.<\/p>\n<p><em>Jeudi. <\/em>Pour le soulagement des \u00e2mes du purgatoire.<\/p>\n<p><em>Vendredi. En<\/em> l\u2019honneur de la Passion de J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p><em>Samedi. En <\/em>l\u2019honneur de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie, afin d\u2019obtenir sa protection pendant la vie et \u00e0 l\u2019heure de la mort.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il prenait part avec des transports de joie \u00e0 tout exercice concernant le Tr\u00e8s Saint Sacrement. S\u2019il lui arrivait de rencontrer le Viatique port\u00e9 \u00e0 un malade, il s\u2019agenouillait aussit\u00f4t \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 il se trouvait et, si le temps le permettait, l\u2019accompagnait jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de la fonction.<\/p>\n<p>Un jour, le Viatique passa pr\u00e8s de lui tandis qu\u2019il pleuvait et que les rues \u00e9taient boueuses. N\u2019ayant pas de meilleur endroit, il s\u2019agenouilla au milieu de la boue. Un compagnon le reprit ensuite, lui faisant remarquer qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de salir ainsi ses v\u00eatements et que le Seigneur ne commandait pas une telle chose. Il r\u00e9pondit avec simplicit\u00e9 : \u00ab Mes genoux et mon pantalon appartiennent tous au Seigneur ; tout doit donc servir \u00e0 lui rendre honneur et gloire. Quand il passe pr\u00e8s de moi, non seulement je me jetterais dans la boue pour l\u2019honorer, mais je me pr\u00e9cipiterais dans une fournaise, parce qu\u2019ainsi je participerais \u00e0 ce feu d\u2019infinie charit\u00e9 qui le poussa \u00e0 instituer ce grand Sacrement. \u00bb<\/p>\n<p>Dans une circonstance semblable, il vit un jour un soldat demeurer debout au moment m\u00eame o\u00f9 le Tr\u00e8s Saint Sacrement passait tout pr\u00e8s de lui. N\u2019osant l\u2019inviter \u00e0 s\u2019agenouiller, Dominique tira de sa poche son petit mouchoir, l\u2019\u00e9tendit sur le sol sale, puis fit signe au soldat de s\u2019en servir. Celui-ci parut d\u2019abord confus ; ensuite, \u00e9cartant le mouchoir, il s\u2019agenouilla au milieu de la rue elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00c0 la f\u00eate du Corpus Christi, il fut rev\u00eatu d\u2019un habit eccl\u00e9siastique avec plusieurs compagnons et envoy\u00e9 participer \u00e0 la procession paroissiale. Il y alla avec le plus grand plaisir et regarda cela comme un don pr\u00e9cieux, sup\u00e9rieur \u00e0 tout autre qu\u2019on aurait pu lui faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833816\"><\/a>CHAPITRE XV. Ses p\u00e9nitences<a name=\"_Toc504540966\"><\/a><a name=\"_Toc504541401\"><\/a><a name=\"_Toc504541963\"><\/a><a name=\"_Toc530304060\"><\/a><a name=\"_Toc24283673\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Son \u00e2ge, sa sant\u00e9 d\u00e9licate et sa vie innocente l\u2019auraient certainement dispens\u00e9 de toute esp\u00e8ce de p\u00e9nitence ; mais il savait qu\u2019un jeune homme peut difficilement conserver l\u2019innocence sans p\u00e9nitence, et cette pens\u00e9e lui faisait regarder comme couverte de roses une vie de souffrance. Par p\u00e9nitence, je n\u2019entends pas ici le fait de supporter patiemment les injures et les contrari\u00e9t\u00e9s, ni la continuelle mortification et la ma\u00eetrise de tous ses sens dans la pri\u00e8re, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, pendant l\u2019\u00e9tude et la r\u00e9cr\u00e9ation. Ces p\u00e9nitences \u00e9taient constantes chez lui.<\/p>\n<p>Je parle seulement des p\u00e9nitences qui affligeaient le corps. Dans sa ferveur, il avait r\u00e9solu de je\u00fbner chaque samedi au pain et \u00e0 l\u2019eau en l\u2019honneur de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, mais son confesseur le lui interdit. Il voulut je\u00fbner pendant tout le Car\u00eame ; mais apr\u00e8s une semaine, le Directeur de la maison l\u2019apprit et le lui d\u00e9fendit aussit\u00f4t. Il aurait voulu au moins renoncer au d\u00e9jeuner, mais cela lui fut \u00e9galement interdit. La raison pour laquelle ces p\u00e9nitences ne lui \u00e9taient pas permises \u00e9tait la crainte de ruiner enti\u00e8rement une sant\u00e9 d\u00e9j\u00e0 d\u00e9licate. Que devait-il donc faire ? D\u00e9fendu de pratiquer l\u2019abstinence dans la nourriture, il commen\u00e7a \u00e0 mortifier son corps d\u2019autres mani\u00e8res. Il se mit \u00e0 placer des \u00e9clats de bois et des morceaux de brique dans son lit afin de rendre son repos m\u00eame p\u00e9nible ; il voulut porter une sorte de cilice ; toutes ces choses lui furent \u00e9galement interdites. Il recourut alors \u00e0 un autre moyen. Pendant l\u2019automne et l\u2019hiver, il laissa avancer la saison sans ajouter de couvertures \u00e0 son lit, si bien que janvier arriva et qu\u2019il n\u2019avait encore que ce qu\u2019il avait en \u00e9t\u00e9. Un matin, \u00e9tant rest\u00e9 au lit \u00e0 cause d\u2019une indisposition, le Directeur alla le voir. Le voyant tout recroquevill\u00e9, il s\u2019approcha et d\u00e9couvrit qu\u2019il n\u2019avait sur lui qu\u2019une couverture l\u00e9g\u00e8re. \u00ab Pourquoi as-tu fait cela ? lui demanda-t-il. Veux-tu mourir de froid ? \u00bb \u00ab Non, r\u00e9pondit-il, je ne mourrai pas de froid. J\u00e9sus, dans l\u2019\u00e9table de Bethl\u00e9em et lorsqu\u2019il \u00e9tait suspendu \u00e0 la croix, avait moins de couverture que moi. \u00bb<\/p>\n<p>Il lui fut alors absolument d\u00e9fendu d\u2019entreprendre aucune p\u00e9nitence de quelque genre que ce f\u00fbt sans en demander auparavant la permission expresse ; et \u00e0 cet ordre, bien qu\u2019avec difficult\u00e9, il se soumit. Une fois, je le rencontrai tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9 et s\u2019exclamant : \u00ab Pauvre de moi ! Je suis vraiment dans une difficult\u00e9. Le Sauveur dit que si je ne fais pas p\u00e9nitence je n\u2019irai pas au ciel ; pourtant il m\u2019est d\u00e9fendu d\u2019en faire. Que deviendra donc mon ciel ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La p\u00e9nitence que le Seigneur veut de toi, lui dis-je, c\u2019est l\u2019ob\u00e9issance. Ob\u00e9is, et cela te suffit. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ne pourriez-vous pas me permettre quelque autre p\u00e9nitence ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Tu peux pratiquer la p\u00e9nitence de supporter patiemment les injures lorsqu\u2019on t\u2019en adresse ; d\u2019endurer avec r\u00e9signation la chaleur, le froid, le vent, la pluie, la fatigue et toute incommodit\u00e9 de sant\u00e9 qu\u2019il plaira \u00e0 Dieu de t\u2019envoyer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais ces choses, il faut les supporter par n\u00e9cessit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tout ce que tu dois supporter par n\u00e9cessit\u00e9, offre-le \u00e0 Dieu, et cela devient vertu et m\u00e9rite pour ton \u00e2me. \u00bb<\/p>\n<p>Content et r\u00e9sign\u00e9 par ce conseil, il s\u2019en alla en paix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833817\"><\/a>CHAPITRE XVI. Mortification de tous les sens ext\u00e9rieurs<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Celui qui observait la tenue ext\u00e9rieure de Savio la trouvait si naturelle qu\u2019il aurait facilement pu croire que le Seigneur l\u2019avait cr\u00e9\u00e9 ainsi. Mais ceux qui l\u2019ont connu de pr\u00e8s ou qui furent charg\u00e9s de son \u00e9ducation peuvent affirmer qu\u2019il y eut l\u00e0 un grand effort humain, soutenu par la gr\u00e2ce de Dieu.<\/p>\n<p>Ses yeux \u00e9taient tr\u00e8s vifs, et il devait se faire une violence non petite pour les maintenir recueillis. \u00ab Au d\u00e9but, r\u00e9p\u00e9ta-t-il plusieurs fois \u00e0 un ami, lorsque je pris pour r\u00e8gle de gouverner absolument mes yeux, cela me fut tr\u00e8s difficile ; et il m\u2019arrivait m\u00eame d\u2019en avoir de forts maux de t\u00eate. \u00bb La r\u00e9serve de son regard \u00e9tait telle que, parmi tous ceux qui le connurent, personne ne se souvient de l\u2019avoir jamais vu jeter un seul regard au-del\u00e0 des limites de la plus stricte modestie. \u00ab Les yeux, disait-il, sont deux fen\u00eatres. Par les fen\u00eatres passe ce que nous laissons passer. Par ces fen\u00eatres, nous pouvons faire entrer un ange, ou le d\u00e9mon avec ses cornes, et permettre \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre de devenir ma\u00eetre de notre c\u0153ur. \u00bb<\/p>\n<p>Un jour, un jeune homme du dehors apporta inconsid\u00e9r\u00e9ment avec lui un journal contenant des images ind\u00e9centes et irr\u00e9ligieuses. Une foule de gar\u00e7ons se rassembla pour voir les merveilles de ces images, qui auraient inspir\u00e9 du d\u00e9go\u00fbt m\u00eame aux Turcs et aux pa\u00efens. Savio accourut lui aussi, croyant de loin qu\u2019on montrait quelque image de d\u00e9votion.<\/p>\n<p>Mais lorsqu\u2019il s\u2019approcha, il manifesta son \u00e9tonnement ; puis, presque en riant, il prit le journal et le d\u00e9chira en mille morceaux. Ses compagnons, stup\u00e9faits, se regardaient les uns les autres sans parler.<\/p>\n<p>Il prit alors la parole en ces termes : \u00ab Pauvres de nous ! Le Seigneur nous a donn\u00e9 des yeux pour contempler la beaut\u00e9 des choses qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9es, et vous vous en servez pour regarder de telles obsc\u00e9nit\u00e9s invent\u00e9es par la malice humaine afin de nuire \u00e0 nos \u00e2mes ! Auriez-vous oubli\u00e9 ce qu\u2019on nous a si souvent pr\u00each\u00e9 ? Le Sauveur nous dit qu\u2019un seul mauvais regard suffit pour souiller notre \u00e2me d\u2019une faute ; et vous repaissez vos yeux de choses pareilles ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Nous, r\u00e9pondit l\u2019un d\u2019eux, nous regardions ces images pour rire. \u00bb \u00ab Oui, oui, pour rire ; et pendant ce temps vous vous pr\u00e9parez \u00e0 aller en enfer en riant&#8230; mais ririez-vous encore si vous aviez le malheur d\u2019y tomber ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Mais nous, r\u00e9pondit un autre, nous ne voyons pas tant de mal dans ces images. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est encore pire. Ne pas voir beaucoup de mal \u00e0 regarder de telles obsc\u00e9nit\u00e9s est signe que vos yeux sont d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9s \u00e0 les regarder ; et de telles habitudes n\u2019excusent pas le mal, elles vous rendent plus coupables. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab \u00d4 Job, \u00f4 Job ! Tu \u00e9tais vieux, tu \u00e9tais saint, tu \u00e9tais accabl\u00e9 par une maladie qui te laissait \u00e9tendu sur un fumier ; et pourtant tu avais fait alliance avec tes yeux pour ne leur laisser pas la moindre libert\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des choses immodestes ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ces paroles, tous gard\u00e8rent le silence, et personne n\u2019osa plus lui faire de reproche ni m\u00eame ajouter une observation.<\/p>\n<p>\u00c0 la modestie des yeux, il joignait une grande r\u00e9serve dans ses paroles.<\/p>\n<p>Qu\u2019il e\u00fbt raison ou tort, lorsque quelqu\u2019un d\u2019autre parlait, il gardait le silence ; et plus d\u2019une fois il interrompit lui-m\u00eame ce qu\u2019il disait pour laisser \u00e0 un autre la possibilit\u00e9 de parler. Ses ma\u00eetres et ses autres sup\u00e9rieurs s\u2019accordent tous \u00e0 affirmer qu\u2019ils n\u2019eurent jamais m\u00eame l\u2019occasion de l\u2019avertir pour avoir prononc\u00e9 une seule parole inconvenante pendant l\u2019\u00e9tude, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e0 l\u2019\u00e9glise ou durant l\u2019accomplissement de quelque devoir d\u2019\u00e9tude ou de pi\u00e9t\u00e9. Bien plus, m\u00eame lorsqu\u2019il recevait quelque injure, il savait ma\u00eetriser \u00e0 la fois sa langue et sa col\u00e8re.<\/p>\n<p>Un jour, il avait averti un compagnon au sujet d\u2019une mauvaise habitude. Au lieu de recevoir la correction avec reconnaissance, celui-ci se laissa emporter \u00e0 un brutal exc\u00e8s. Il couvrit Dominique d\u2019injures, puis le frappa \u00e0 coups de poing et de pied. Savio aurait pu faire valoir ses droits par la force, car il \u00e9tait plus \u00e2g\u00e9 et plus robuste. Au contraire, il ne se vengea que de la mani\u00e8re des chr\u00e9tiens. Son visage devint certes tout rouge ; mais, ma\u00eetrisant l\u2019\u00e9lan de la col\u00e8re, il se borna \u00e0 ces paroles : \u00ab Je te pardonne. Tu as mal agi ; ne traite pas les autres de cette mani\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p>Que dirons-nous alors de la mortification des autres sens du corps ? Je me bornerai \u00e0 mentionner quelques faits seulement.<\/p>\n<p>En hiver, il souffrait d\u2019engelures aux mains. Si douloureuses qu\u2019elles fussent, on ne l\u2019entendit jamais en parler ni donner aucun signe de plainte. Il semblait plut\u00f4t presque s\u2019en r\u00e9jouir. \u00ab Plus les engelures sont grandes, disait-il, meilleures elles seront pour la sant\u00e9 \u00bb, entendant par l\u00e0 la sant\u00e9 de l\u2019\u00e2me. Plusieurs de ses compagnons affirment que, pendant les grands froids de l\u2019hiver, il avait coutume de marcher lentement vers l\u2019\u00e9cole, par d\u00e9sir de souffrir et de faire p\u00e9nitence lorsque l\u2019occasion s\u2019en pr\u00e9sentait. \u00ab Plus d\u2019une fois, t\u00e9moigne un de ses compagnons, je l\u2019ai vu, au c\u0153ur du plus rude hiver, se gratter la peau et m\u00eame la chair avec des aiguilles et des pointes de plume, afin que les blessures ainsi produites le rendissent davantage semblable \u00e0 son divin Ma\u00eetre. \u00bb<\/p>\n<p>Dans les communaut\u00e9s de jeunes, on rencontre d\u2019ordinaire quelques personnes qui ne sont jamais satisfaites de rien. Tant\u00f4t elles se plaignent des fonctions religieuses, tant\u00f4t de la discipline, tant\u00f4t du repos ou de l\u2019organisation des repas ; en toute chose elles trouvent mati\u00e8re \u00e0 critiquer.<\/p>\n<p>Ces personnes sont une v\u00e9ritable croix pour les sup\u00e9rieurs, parce que le m\u00e9contentement de l\u2019un se communique aux autres, parfois au grand d\u00e9triment de la communaut\u00e9. La conduite de Savio \u00e9tait tout \u00e0 fait oppos\u00e9e \u00e0 la leur.<\/p>\n<p>Jamais une plainte ne sortit de ses l\u00e8vres, ni contre la chaleur de l\u2019\u00e9t\u00e9 ni contre le froid de l\u2019hiver. Beau ou mauvais temps, il \u00e9tait toujours \u00e9galement joyeux. Quel que f\u00fbt ce qui \u00e9tait servi \u00e0 table, il se montrait pleinement satisfait. Bien plus, avec une admirable ing\u00e9niosit\u00e9, il y trouvait un moyen de se mortifier. Lorsqu\u2019un mets \u00e9tait critiqu\u00e9 par les autres comme trop cuit ou trop cru, trop peu ou trop sal\u00e9, lui au contraire s\u2019en montrait content, disant que c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 son go\u00fbt.<\/p>\n<p>Il avait l\u2019habitude de rester au r\u00e9fectoire apr\u00e8s ses compagnons, ramassant les miettes de pain demeur\u00e9es sur la table ou tomb\u00e9es \u00e0 terre et les mangeant comme s\u2019il s\u2019agissait de quelque chose de d\u00e9licieux. \u00c0 ceux qui s\u2019en \u00e9tonnaient, il cachait son esprit de p\u00e9nitence en disant : \u00ab On ne mange pas les pains tout entiers ; et s\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duits en miettes, c\u2019est autant de travail \u00e9pargn\u00e9 aux dents. \u00bb<\/p>\n<p>Chaque reste de soupe, de plat ou de toute autre nourriture \u00e9tait ramass\u00e9 et mang\u00e9 par lui. Il ne le faisait d\u2019ailleurs pas par gourmandise, car il donnait souvent sa propre portion \u00e0 d\u2019autres compagnons.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 sur la raison pour laquelle il prenait tant de soin \u00e0 recueillir ces restes qui auraient d\u00e9go\u00fbt\u00e9 certaines personnes, il r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Tout ce que nous avons dans le monde est un pr\u00e9cieux don que Dieu nous a fait ; mais de tous ses dons, apr\u00e8s sa sainte gr\u00e2ce, le plus grand est la nourriture par laquelle il conserve notre vie. La plus petite partie de ce don m\u00e9rite donc notre reconnaissance et m\u00e9rite v\u00e9ritablement d\u2019\u00eatre gard\u00e9e avec le soin le plus scrupuleux. \u00bb<\/p>\n<p>Nettoyer les chaussures, brosser les v\u00eatements de ses compagnons, rendre les services les plus humbles aux malades, balayer et accomplir des t\u00e2ches semblables \u00e9taient pour lui une agr\u00e9able r\u00e9cr\u00e9ation. \u00ab Que chacun fasse ce qu\u2019il peut, disait-il. Moi, je ne suis pas capable de faire de grandes choses ; mais ce que je puis faire, je veux le faire pour la plus grande gloire de Dieu, et j\u2019esp\u00e8re que Dieu, dans son infinie bont\u00e9, voudra bien agr\u00e9er ces pauvres offrandes. \u00bb<\/p>\n<p>Manger des choses contraires \u00e0 son go\u00fbt, \u00e9viter celles qu\u2019il aurait aim\u00e9es, ma\u00eetriser ses yeux m\u00eame dans des choses indiff\u00e9rentes, rester l\u00e0 o\u00f9 il remarquait une odeur d\u00e9sagr\u00e9able, renoncer \u00e0 sa propre volont\u00e9, supporter avec une parfaite r\u00e9signation tout ce qui faisait souffrir son corps ou son esprit : tels \u00e9taient les actes de vertu que Dominique pratiquait chaque jour, et m\u00eame, pouvons-nous dire, \u00e0 chaque instant de sa vie.<\/p>\n<p>Je passe donc sous silence beaucoup d\u2019autres faits semblables, qui tous contribuent \u00e0 montrer combien grand \u00e9tait chez Dominique l\u2019esprit de p\u00e9nitence, de charit\u00e9 et de mortification de tous les sens, et en m\u00eame temps combien sa vertu \u00e9tait ing\u00e9nieuse pour savoir tirer parti des grandes et petites occasions, et m\u00eame des choses indiff\u00e9rentes, afin de se sanctifier et d\u2019accro\u00eetre ses m\u00e9rites devant le Seigneur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833818\"><\/a>CHAPITRE XVII. La Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception<a name=\"_Toc504540967\"><\/a><a name=\"_Toc504541402\"><\/a><a name=\"_Toc504541964\"><\/a><a name=\"_Toc530304061\"><\/a><a name=\"_Toc24283674\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toute la vie de Dominique peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un exercice de d\u00e9votion envers la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie. Il ne laissait passer aucune occasion sans lui rendre quelque hommage. En 1854, le Chef supr\u00eame de l\u2019\u00c9glise d\u00e9finit comme dogme de foi l\u2019Immacul\u00e9e Conception de Marie. Savio d\u00e9sirait ardemment rendre vivant et durable parmi nous le souvenir de cet auguste titre donn\u00e9 par l\u2019\u00c9glise \u00e0 la Reine du Ciel. \u00ab Je voudrais, disait-il, faire quelque chose en l\u2019honneur de Marie, mais le faire vite, parce que je crains de ne pas avoir beaucoup de temps. \u00bb<\/p>\n<p>Guid\u00e9 donc par son habituelle et ing\u00e9nieuse charit\u00e9, il choisit plusieurs de ses compagnons les plus s\u00fbrs et les invita \u00e0 s\u2019unir \u00e0 lui pour former une compagnie appel\u00e9e Compagnie<em> de l\u2019Immacul\u00e9e Conception.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Son but \u00e9tait d\u2019obtenir la protection de la grande M\u00e8re de Dieu pendant la vie et surtout \u00e0 l\u2019heure de la mort. Savio proposa deux moyens \u00e0 cette fin : pratiquer et promouvoir des actes de pi\u00e9t\u00e9 en l\u2019honneur de Marie Immacul\u00e9e, et la Communion fr\u00e9quente. D\u2019accord avec ses amis, il r\u00e9digea un r\u00e8glement et, apr\u00e8s une longue pr\u00e9paration, le 8 juin 1856, neuf mois avant sa mort, il le lut avec eux devant l\u2019autel de la Tr\u00e8s Sainte Vierge. Je le reproduis volontiers ici, dans la pens\u00e9e qu\u2019il pourra servir \u00e0 d\u2019autres de guide pour faire de m\u00eame. Le voici.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Nous, Dominique Savio, etc. (suivent ici les noms des autres compagnons), afin de nous assurer pendant la vie et \u00e0 l\u2019heure de la mort le patronage de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Immacul\u00e9e et de nous consacrer enti\u00e8rement \u00e0 son saint service, en ce huiti\u00e8me jour de juin, tous fortifi\u00e9s par les saints Sacrements de la Confession et de la Communion, et r\u00e9solus \u00e0 professer envers notre M\u00e8re une d\u00e9votion filiale et constante, d\u00e9clarons devant son autel, et avec le consentement de notre Directeur spirituel, que nous voulons imiter, autant que nos forces le permettront, LUIGI COMOLLO<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi nous nous engageons :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li>\u00c0 observer rigoureusement les r\u00e8gles de la maison.<\/li>\n<li>\u00c0 \u00e9difier nos compagnons, en les avertissant avec charit\u00e9 et en les encourageant \u00e0 faire le bien par nos paroles, mais bien davantage par notre bon exemple.<\/li>\n<li>\u00c0 employer exactement notre temps. Afin de nous assurer la pers\u00e9v\u00e9rance dans la mani\u00e8re de vivre \u00e0 laquelle nous entendons nous engager, nous soumettons le r\u00e8glement suivant \u00e0 notre Directeur.<\/li>\n<\/ol>\n<p>N\u00b0 1. Comme r\u00e8gle premi\u00e8re, nous adopterons une stricte ob\u00e9issance envers nos sup\u00e9rieurs, auxquels nous nous remettrons avec une confiance sans limites.<\/p>\n<p>N\u00b0 2. L\u2019accomplissement de nos propres devoirs sera notre premi\u00e8re et principale occupation.<\/p>\n<p>N\u00b0 3. La charit\u00e9 mutuelle unira nos c\u0153urs et nous fera aimer tous nos fr\u00e8res sans distinction, que nous avertirons avec douceur lorsqu\u2019une correction para\u00eetra utile.<\/p>\n<p>N\u00b0 4. Une demi-heure par semaine sera choisie pour que nous nous r\u00e9unissions ; apr\u00e8s avoir invoqu\u00e9 le Saint-Esprit et fait une courte lecture spirituelle, nous examinerons les progr\u00e8s de la Compagnie dans la d\u00e9votion et la vertu.<\/p>\n<p>N\u00b0 5. En particulier, toutefois, nous nous avertirons r\u00e9ciproquement des d\u00e9fauts dont nous devons nous corriger.<\/p>\n<p>N\u00b0 6. Nous nous efforcerons d\u2019\u00e9viter de nous causer mutuellement le moindre d\u00e9plaisir, supportant patiemment nos compagnons et les autres personnes importunes.<\/p>\n<p>N\u00b0 7. Aucune pri\u00e8re particuli\u00e8re n\u2019est prescrite, puisque le temps restant apr\u00e8s l\u2019accomplissement de notre devoir sera employ\u00e9 \u00e0 ce qui para\u00eetra le plus utile \u00e0 nos \u00e2mes.<\/p>\n<p>N\u00b0 8. Nous adopterons n\u00e9anmoins les quelques pratiques suivantes :<\/p>\n<ul>\n<li>1. Fr\u00e9quentation des saints Sacrements, aussi souvent qu\u2019il nous sera permis.<\/li>\n<li>2. Nous nous approcherons de la Table eucharistique chaque dimanche, aux f\u00eates d\u2019obligation, pendant toutes les neuvaines et aux solennit\u00e9s de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie et des saints patrons de l\u2019Oratoire.<\/li>\n<li>3. Durant la semaine, nous chercherons \u00e0 nous en approcher le jeudi, \u00e0 moins qu\u2019une occupation s\u00e9rieuse ne nous en emp\u00eache.<\/li>\n<\/ul>\n<p>N\u00b0 9. Chaque jour, surtout pendant la r\u00e9citation du Rosaire, nous recommanderons notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 Marie, lui demandant de nous obtenir la gr\u00e2ce de la pers\u00e9v\u00e9rance.<\/p>\n<p>N\u00b0 10. Nous nous efforcerons de consacrer chaque samedi, en l\u2019honneur de Marie, quelque pratique particuli\u00e8re ou acte de pi\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne en l\u2019honneur de son Immacul\u00e9e Conception.<\/p>\n<p>N\u00b0 11. Nous garderons donc une tenue particuli\u00e8rement \u00e9difiante dans la pri\u00e8re, la lecture pieuse, pendant les offices divins, dans l\u2019\u00e9tude et \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>N\u00b0 12. Nous garderons avec le plus grand soin la sainte parole de Dieu et nous nous rappellerons les v\u00e9rit\u00e9s entendues.<\/p>\n<p>N\u00b0 13. Nous \u00e9viterons toute perte de temps afin de pr\u00e9server nos \u00e2mes des tentations qui nous assaillent ordinairement avec force dans l\u2019oisivet\u00e9 ; c\u2019est pourquoi :<\/p>\n<p>N\u00b0 14. Apr\u00e8s avoir accompli les obligations propres \u00e0 chacun de nous, nous consacrerons les heures libres qui resteront \u00e0 des occupations utiles, comme la lecture pieuse et instructive ou la pri\u00e8re.<\/p>\n<p>N\u00b0 15. La r\u00e9cr\u00e9ation est souhait\u00e9e, ou du moins permise, apr\u00e8s les repas, apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole et apr\u00e8s l\u2019\u00e9tude.<\/p>\n<p>N\u00b0 16. Nous nous efforcerons de faire conna\u00eetre \u00e0 nos sup\u00e9rieurs tout ce qui peut \u00eatre utile \u00e0 notre conduite morale.<\/p>\n<p>N\u00b0 17. Nous chercherons aussi \u00e0 faire un usage mod\u00e9r\u00e9 des permissions qui nous sont accord\u00e9es par la bont\u00e9 de nos sup\u00e9rieurs, puisque l\u2019un de nos buts particuliers est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019exacte observance des r\u00e8gles de la maison, trop souvent viol\u00e9es par l\u2019abus de ces permissions.<\/p>\n<p>N\u00b0 18. Nous accepterons de nos sup\u00e9rieurs tout ce qui nous sera donn\u00e9 pour notre nourriture, sans jamais nous plaindre de l\u2019organisation de la table, et nous d\u00e9tournerons aussi les autres de le faire.<\/p>\n<p>N\u00b0 19. Celui qui voudra devenir membre de cette soci\u00e9t\u00e9 devra d\u2019abord purifier sa conscience par le Sacrement de la Confession et se nourrir \u00e0 la Table eucharistique ; il devra ensuite donner une preuve de sa conduite pendant une semaine d\u2019essai, lire attentivement ces r\u00e8gles et en promettre \u00e0 Dieu et \u00e0 Marie Tr\u00e8s Sainte Immacul\u00e9e l\u2019exacte observance.<\/p>\n<p>N\u00b0 20. Le jour de son admission, les confr\u00e8res s\u2019approcheront de la sainte Communion, priant sa divine Majest\u00e9 d\u2019accorder au nouveau compagnon les vertus de pers\u00e9v\u00e9rance, d\u2019ob\u00e9issance et de v\u00e9ritable amour de Dieu.<\/p>\n<p>N\u00b0 21. La soci\u00e9t\u00e9 est plac\u00e9e sous le patronage de l\u2019Immacul\u00e9e Conception, dont nous porterons le titre et dont nous porterons la m\u00e9daille de d\u00e9votion. Une confiance sinc\u00e8re, filiale et sans limites en Marie, une tendresse singuli\u00e8re envers elle et une d\u00e9votion constante nous rendront sup\u00e9rieurs \u00e0 tout obstacle, fermes dans nos r\u00e9solutions, s\u00e9v\u00e8res envers nous-m\u00eames, aimants envers le prochain et exacts en toute chose.<\/p>\n<p>Nous recommandons encore aux confr\u00e8res d\u2019\u00e9crire d\u2019abord les saints noms de J\u00e9sus et de Marie dans leur c\u0153ur et leur esprit, puis sur leurs livres et sur les objets qui peuvent se pr\u00e9senter \u00e0 leurs yeux.<\/p>\n<p>Notre Directeur est pri\u00e9 d\u2019examiner ces r\u00e8gles et de nous donner son jugement \u00e0 leur sujet ; nous l\u2019assurons que nous d\u00e9pendons tous enti\u00e8rement de sa volont\u00e9. Il pourra apporter \u00e0 ce r\u00e8glement tous les changements qu\u2019il jugera opportuns.<\/p>\n<p>Et Marie ? Qu\u2019elle b\u00e9nisse nos efforts, puisque l\u2019inspiration de donner vie \u00e0 cette pieuse soci\u00e9t\u00e9 est venue enti\u00e8rement d\u2019elle. Qu\u2019elle sourie \u00e0 nos esp\u00e9rances et exauce nos pri\u00e8res ; et nous, abrit\u00e9s sous son manteau et fortifi\u00e9s par son patronage, nous braverons les temp\u00eates de cette mer perfide et vaincrons les assauts de l\u2019ennemi infernal. Ainsi r\u00e9confort\u00e9s par elle, nous esp\u00e9rons \u00eatre une \u00e9dification pour nos compagnons, une consolation pour nos sup\u00e9rieurs et ses fils bien-aim\u00e9s ; et si Dieu nous accorde la gr\u00e2ce et la vie de le servir dans le minist\u00e8re sacerdotal, nous nous efforcerons de le faire de toutes nos forces et avec le plus grand z\u00e8le. D\u00e9fiants de nos propres forces, mais nous confiant sans limite dans le secours divin, nous pouvons esp\u00e9rer qu\u2019apr\u00e8s cette vall\u00e9e de larmes, consol\u00e9s par la pr\u00e9sence de Marie, nous parviendrons s\u00fbrement \u00e0 l\u2019heure derni\u00e8re \u00e0 la r\u00e9compense \u00e9ternelle que Dieu r\u00e9serve \u00e0 ceux qui le servent en esprit et en v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Le Directeur de l\u2019Oratoire lut en effet le r\u00e8glement de vie expos\u00e9 ci-dessus et, apr\u00e8s l\u2019avoir examin\u00e9 attentivement, l\u2019approuva aux conditions suivantes :<\/p>\n<ol>\n<li>Les promesses mentionn\u00e9es ci-dessus n\u2019ont pas valeur de v\u0153ux.<\/li>\n<li>Elles n\u2019obligent pas non plus sous peine d\u2019aucun p\u00e9ch\u00e9.<\/li>\n<li>Dans les r\u00e9unions, on fixera quelque \u0153uvre ext\u00e9rieure de charit\u00e9, par exemple nettoyer l\u2019\u00e9glise, assister ou enseigner le cat\u00e9chisme \u00e0 quelque enfant plus ignorant.<\/li>\n<li>Les jours de la semaine seront r\u00e9partis de telle sorte qu\u2019il y ait chaque jour quelques Communions.<\/li>\n<li>Aucune pratique religieuse ne sera ajout\u00e9e sans la permission sp\u00e9ciale des sup\u00e9rieurs.<\/li>\n<li>Le but fondamental sera de promouvoir la d\u00e9votion envers Marie Tr\u00e8s Sainte Immacul\u00e9e et envers le Tr\u00e8s Saint Sacrement.<\/li>\n<li>Avant d\u2019accepter quelqu\u2019un, on lui fera lire la vie de Luigi Comollo<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833819\"><\/a>CHAPITRE XVIII. Ses amiti\u00e9s particuli\u00e8res &#8211; Ses relations avec le jeune Camillo Gavio<a name=\"_Toc504540968\"><\/a><a name=\"_Toc504541403\"><\/a><a name=\"_Toc504541965\"><\/a><a name=\"_Toc530304062\"><\/a><a name=\"_Toc24283675\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tout le monde \u00e9tait l\u2019ami de Dominique ; celui qui ne l\u2019aimait pas le respectait pour ses vertus. Il savait vivre en bonne intelligence avec tous. Il \u00e9tait si solidement affermi dans la vertu qu\u2019on lui conseillait de fr\u00e9quenter quelques gar\u00e7ons assez turbulents afin d\u2019essayer de les gagner au Seigneur. Il se servait de la r\u00e9cr\u00e9ation, des jeux et m\u00eame des conversations indiff\u00e9rentes pour en tirer un profit spirituel. Cependant, ceux qui \u00e9taient inscrits \u00e0 la Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception \u00e9taient ses amis particuliers. Avec eux, comme il a \u00e9t\u00e9 dit, il se r\u00e9unissait tant\u00f4t pour des conf\u00e9rences spirituelles, tant\u00f4t pour accomplir des exercices de pi\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne. Ces r\u00e9unions se tenaient avec la permission des sup\u00e9rieurs, mais \u00e9taient dirig\u00e9es et r\u00e9gl\u00e9es par les jeunes eux-m\u00eames. Ils examinaient comment c\u00e9l\u00e9brer les neuvaines des principales solennit\u00e9s, se r\u00e9partissaient les Communions que chacun aurait soin de faire aux jours fix\u00e9s de la semaine et s\u2019assignaient mutuellement les jeunes gens qui avaient besoin d\u2019une aide morale ; chacun prenait l\u2019un d\u2019eux comme<em> client<\/em> et prot\u00e9g\u00e9 et employait tous les moyens sugg\u00e9r\u00e9s par la charit\u00e9 chr\u00e9tienne pour le conduire \u00e0 la vertu.<\/p>\n<p>Savio \u00e9tait parmi les plus actifs et l\u2019on peut dire que, dans ces r\u00e9unions, il remplissait le r\u00f4le de conseiller \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n<p>On pourrait citer plusieurs compagnons de Savio qui prenaient part \u00e0 ces r\u00e9unions et eurent beaucoup de rapports avec lui ; mais comme ils vivent encore, la prudence conseille de ne rien dire \u00e0 leur sujet. Je n\u2019en mentionnerai que deux qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 la patrie c\u00e9leste : Camillo Gavio de Tortona et Giovanni Massaglia de Marmorito.<\/p>\n<p>Gavio ne v\u00e9cut parmi nous que deux mois, et ce temps suffit pour qu\u2019il laiss\u00e2t parmi ses compagnons un saint souvenir de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Sa brillante pi\u00e9t\u00e9 et son grand talent pour la peinture et la sculpture avaient amen\u00e9 la municipalit\u00e9 de sa ville \u00e0 l\u2019aider \u00e0 venir \u00e0 Turin afin d\u2019y poursuivre ses \u00e9tudes artistiques. Il avait souffert chez lui d\u2019une grave maladie ; et lorsqu\u2019il arriva \u00e0 l\u2019Oratoire, soit parce qu\u2019il \u00e9tait convalescent, soit parce qu\u2019il se trouvait loin de sa maison et de ses parents, soit parce qu\u2019il \u00e9tait au milieu de gar\u00e7ons qui lui \u00e9taient tous inconnus, il demeurait \u00e0 regarder les autres jouer, absorb\u00e9 dans de s\u00e9rieuses pens\u00e9es. Savio le vit et s\u2019approcha aussit\u00f4t pour le consoler, ayant avec lui exactement la conversation suivante.<\/p>\n<p>Savio commen\u00e7a : \u00ab Eh bien, mon cher ami, tu ne connais encore personne, n\u2019est-ce pas ? \u00bb<\/p>\n<p><em>Gavio. \u00ab<\/em> C\u2019est vrai, mais je me distrais en regardant les autres jouer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Comment t\u2019appelles-tu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Camillo Gavio, de Tortona. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel \u00e2ge as-tu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai quinze ans. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab D\u2019o\u00f9 vient cette tristesse que l\u2019on voit sur ton visage ? Aurais-tu \u00e9t\u00e9 malade ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 malade. J\u2019ai souffert d\u2019une maladie avec palpitations qui m\u2019a conduit au bord du tombeau, et je ne suis pas encore enti\u00e8rement r\u00e9tabli. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu veux gu\u00e9rir, n\u2019est-ce pas ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pas particuli\u00e8rement. Je veux faire la volont\u00e9 de Dieu. \u00bb<\/p>\n<p>Ces derni\u00e8res paroles r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent en Gavio un jeune homme d\u2019une pi\u00e9t\u00e9 peu commune et apport\u00e8rent une v\u00e9ritable consolation au c\u0153ur de Savio ; aussi poursuivit-il avec une enti\u00e8re confiance : \u00ab Celui qui veut faire la volont\u00e9 de Dieu veut se sanctifier ; veux-tu donc devenir saint ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je le d\u00e9sire beaucoup. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Bien. Nous augmenterons le nombre de nos amis ; tu seras de ceux qui prennent part \u00e0 ce que nous faisons pour devenir saints. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce que tu dis est beau, mais je ne sais pas ce que je dois faire ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais te le dire en peu de mots. Sache qu\u2019ici nous faisons consister la saintet\u00e9 \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s joyeux. Nous chercherons simplement \u00e0 \u00e9viter le p\u00e9ch\u00e9 comme un grand ennemi qui nous ravit la gr\u00e2ce de Dieu et la paix du c\u0153ur ; nous nous efforcerons d\u2019accomplir exactement nos devoirs et de fr\u00e9quenter les exercices de pi\u00e9t\u00e9. Commence d\u00e8s aujourd\u2019hui \u00e0 \u00e9crire comme souvenir : <em>Servite Domino in laetitia \u2014 <\/em>servez le Seigneur dans une sainte joie. \u00bb<\/p>\n<p>Cette conversation fut comme un baume sur les afflictions de Gavio et lui apporta un v\u00e9ritable r\u00e9confort. D\u00e8s ce jour, il devint un fid\u00e8le ami de Savio et un constant imitateur de ses vertus. Mais la maladie qui l\u2019avait conduit au bord du tombeau et n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement extirp\u00e9e reparut au bout de deux mois ; malgr\u00e9 tous les soins des m\u00e9decins et des amis, on ne put trouver aucun rem\u00e8de. Apr\u00e8s plusieurs jours d\u2019aggravation, et apr\u00e8s avoir re\u00e7u les derniers Sacrements avec une grande \u00e9dification, il rendit son \u00e2me au Cr\u00e9ateur le 30 d\u00e9cembre 1856<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>Dominique alla plusieurs fois le visiter pendant sa maladie et s\u2019offrit \u00e0 passer les nuits \u00e0 veiller aupr\u00e8s de lui, bien que cela ne lui f\u00fbt pas permis. Lorsqu\u2019il apprit que Gavio \u00e9tait mort, il voulut le voir une derni\u00e8re fois et, le regardant sans vie, dit avec une profonde \u00e9motion :<\/p>\n<p>\u00ab Adieu, Gavio. Je suis int\u00e9rieurement convaincu que tu as pris ton vol vers le ciel ; pr\u00e9pare-moi donc une place. Je serai toujours ton ami, mais tant que le Seigneur me laissera en vie, je prierai pour le repos de ton \u00e2me. \u00bb<\/p>\n<p>Il alla ensuite avec les autres compagnons r\u00e9citer l\u2019Office des morts dans la chambre du d\u00e9funt ; d\u2019autres pri\u00e8res furent offertes au cours de la journ\u00e9e. Puis il invita quelques-uns des meilleurs condisciples \u00e0 recevoir la sainte Communion, et lui-m\u00eame la re\u00e7ut plusieurs fois pour le repos de son ami d\u00e9funt.<\/p>\n<p>Entre autres choses, il disait \u00e0 ses amis : \u00ab Mes chers amis, n\u2019oublions pas l\u2019\u00e2me de notre ami. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il jouit d\u00e9j\u00e0 de la gloire du ciel ; n\u00e9anmoins, ne cessons pas de prier pour le repos de son \u00e2me. Tout ce que nous faisons maintenant pour lui, Dieu disposera qu\u2019un jour d\u2019autres le fassent pour nous. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833820\"><\/a>CHAPITRE XIX. Ses relations avec le jeune Giovanni Massaglia<a name=\"_Toc504540969\"><\/a><a name=\"_Toc504541404\"><\/a><a name=\"_Toc504541966\"><\/a><a name=\"_Toc530304063\"><\/a><a name=\"_Toc24283676\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les relations de Savio avec Massaglia, de Marmorito, village peu \u00e9loign\u00e9 de Mondonio, furent plus longues et plus intimes.<\/p>\n<p>Tous deux arriv\u00e8rent en m\u00eame temps dans la maison de l\u2019Oratoire ; ils venaient de localit\u00e9s voisines ; tous deux avaient le m\u00eame d\u00e9sir d\u2019embrasser l\u2019\u00e9tat eccl\u00e9siastique, avec une volont\u00e9 sinc\u00e8re de devenir saints.<\/p>\n<p>\u00ab Il ne suffit pas, dit un jour Dominique \u00e0 son ami, il ne suffit pas de dire que nous voulons devenir clercs ; il faut travailler \u00e0 acqu\u00e9rir les vertus n\u00e9cessaires \u00e0 cet \u00e9tat. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est vrai, r\u00e9pondit son ami, mais si nous faisons de notre c\u00f4t\u00e9 tout ce que nous pouvons, Dieu ne manquera pas de nous donner la gr\u00e2ce et la force de m\u00e9riter une faveur aussi grande que celle de devenir ministres de J\u00e9sus-Christ. \u00bb<\/p>\n<p>Lorsque vint le temps de P\u00e2ques, ils firent les exercices spirituels avec les autres jeunes gens de la mani\u00e8re la plus exemplaire. \u00c0 la fin de la retraite, Dominique dit \u00e0 son compagnon : \u00ab Je veux que nous soyons de vrais amis \u2014 de vrais amis dans les affaires de l\u2019\u00e2me. Je d\u00e9sire donc qu\u2019\u00e0 partir de maintenant chacun soit le conseiller de l\u2019autre dans tout ce qui peut contribuer \u00e0 notre bien spirituel. Ainsi, si tu vois en moi quelque d\u00e9faut, dis-le-moi aussit\u00f4t afin que je puisse m\u2019en corriger ; ou si tu vois quelque bonne chose que je pourrais faire, ne manque pas de me la sugg\u00e9rer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je le ferai volontiers pour toi, bien que tu n\u2019en aies pas besoin ; mais tu dois le faire beaucoup plus pour moi, puisque, comme tu le sais, \u00e0 cause de mon \u00e2ge, de mes \u00e9tudes et de ma classe, je suis expos\u00e9 \u00e0 de plus grands dangers. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laissons les compliments de c\u00f4t\u00e9 et aidons-nous mutuellement \u00e0 faire du bien \u00e0 nos \u00e2mes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 partir de ce moment, Savio et Massaglia devinrent de v\u00e9ritables amis, et leur amiti\u00e9 dura parce qu\u2019elle \u00e9tait fond\u00e9e sur la vertu ; ils rivalisaient m\u00eame entre eux, par l\u2019exemple et le conseil, pour s\u2019aider l\u2019un l\u2019autre \u00e0 \u00e9viter le mal et \u00e0 pratiquer le bien.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e scolaire, apr\u00e8s les examens, chaque jeune de la maison re\u00e7ut la permission de passer les vacances soit aupr\u00e8s de ses parents, soit chez quelque autre membre de sa famille.<\/p>\n<p>Quelques-uns, pouss\u00e9s par le d\u00e9sir de progresser dans l\u2019\u00e9tude et de mieux vaquer aux exercices de pi\u00e9t\u00e9, pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent rester \u00e0 l\u2019Oratoire ; parmi eux se trouvaient Savio et Massaglia. Sachant avec quelle impatience leurs familles les attendaient et combien eux-m\u00eames avaient besoin de refaire leurs forces, je dis \u00e0 tous deux : \u00ab Pourquoi ne partez-vous pas quelques jours en vacances ? \u00bb Au lieu de r\u00e9pondre, ils se mirent \u00e0 rire. \u00ab Que signifie ce rire ? \u00bb<\/p>\n<p>Dominique r\u00e9pondit : \u00ab Nous savons que nos parents nous attendent avec plaisir ; nous les aimons nous aussi et nous irions volontiers les voir. Mais nous savons qu\u2019un oiseau, tant qu\u2019il est dans sa cage, ne jouit pas de la libert\u00e9, il est vrai ; mais il est \u00e0 l\u2019abri de l\u2019\u00e9pervier. Au contraire, s\u2019il est hors de la cage, il vole o\u00f9 il veut, mais d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre il peut tomber dans les serres de l\u2019\u00e9pervier infernal. \u00bb<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, je jugeai pr\u00e9f\u00e9rable, pour leur sant\u00e9, de les envoyer quelque temps chez eux. Ils ne c\u00e9d\u00e8rent \u00e0 mon d\u00e9sir que par ob\u00e9issance et n\u2019y rest\u00e8rent que le nombre de jours strictement fix\u00e9.<\/p>\n<p>Si je voulais \u00e9crire les beaux exemples de vertu donn\u00e9s par le jeune Massaglia, je devrais r\u00e9p\u00e9ter en grande partie ce qui a \u00e9t\u00e9 dit de Savio, dont il fut le fid\u00e8le imitateur tant qu\u2019il v\u00e9cut. Il jouissait d\u2019une bonne sant\u00e9 et donnait d\u2019excellentes esp\u00e9rances dans ses \u00e9tudes. Apr\u00e8s avoir achev\u00e9 la rh\u00e9torique, il passa avec succ\u00e8s l\u2019examen pour recevoir l\u2019habit eccl\u00e9siastique. Mais cet habit, qu\u2019il aimait et respectait tant, il ne put le porter que quelques mois. Atteint d\u2019un refroidissement qui ne paraissait \u00eatre qu\u2019un simple rhume, il ne voulut m\u00eame pas interrompre ses \u00e9tudes. Afin de le soigner s\u00e9rieusement et de l\u2019\u00e9loigner de la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tudier, ses parents le conduisirent \u00e0 la maison. Pendant ce s\u00e9jour, il \u00e9crivit \u00e0 son ami une lettre ainsi con\u00e7ue :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cher ami,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je pensais ne devoir passer que quelques jours \u00e0 la maison et retourner ensuite \u00e0 l\u2019Oratoire ; aussi ai-je laiss\u00e9 l\u00e0-bas toutes mes affaires d\u2019\u00e9tude. Maintenant, cependant, je vois que les choses se prolongent et que l\u2019issue de ma maladie devient de plus en plus incertaine. Le m\u00e9decin me dit que je vais mieux. Il me semble, \u00e0 moi, que je vais plus mal. Nous verrons qui a raison. Cher Dominique, je suis profond\u00e9ment afflig\u00e9 d\u2019\u00eatre loin de toi et de l\u2019Oratoire, parce qu\u2019ici je n\u2019ai pas les m\u00eames facilit\u00e9s pour vaquer aux exercices de d\u00e9votion. Je me console seulement en me rappelant les jours que nous avions fix\u00e9s pour nous pr\u00e9parer et nous approcher ensemble de la sainte Communion.<\/p>\n<p>J\u2019esp\u00e8re n\u00e9anmoins que, bien que s\u00e9par\u00e9s de corps, nous ne le serons pas d\u2019esprit.<\/p>\n<p>En attendant, je te prie d\u2019aller dans la salle d\u2019\u00e9tude et de faire une visite officielle \u00e0 mon pupitre. Tu y trouveras quelques papiers manuscrits ; pr\u00e8s d\u2019eux se trouve le Kempis, <em>c\u2019est-\u00e0-dire De imitatione<\/em> Christi. Mets tout ensemble dans un paquet et envoie-le-moi. Prends garde que le livre soit bien celui en latin ; car, bien que j\u2019aime la traduction, elle reste une traduction, et je n\u2019y trouve pas le plaisir que j\u2019\u00e9prouve dans l\u2019original latin. Je suis fatigu\u00e9 de ne rien faire ; pourtant le m\u00e9decin m\u2019interdit d\u2019\u00e9tudier. Je fais de longues promenades dans ma chambre et je vais souvent r\u00e9p\u00e9tant : Gu\u00e9rirai-je de cette maladie ? Retournerai-je voir mes compagnons ? Sera-ce ma derni\u00e8re maladie ? Dieu seul sait ce qu\u2019il adviendra de toutes ces choses. Il me semble que je suis pr\u00eat, dans les trois cas, \u00e0 accomplir la sainte et aimable volont\u00e9 de Dieu.<\/p>\n<p>Si tu as quelque bon conseil, je te prie de me l\u2019\u00e9crire. Dis-moi comment va ta sant\u00e9 ; souviens-toi de moi dans tes pri\u00e8res et surtout lorsque tu re\u00e7ois la sainte Communion. Courage ; aime-moi de tout ton c\u0153ur dans le Seigneur. Si nous ne pouvons rester longtemps ensemble dans la vie pr\u00e9sente, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019un jour nous pourrons vivre heureux dans une douce compagnie pendant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 bienheureuse.<\/p>\n<p>Salue nos amis, surtout les fr\u00e8res de la Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception. Que le Seigneur soit avec toi, et crois-moi toujours ton tr\u00e8s affectionn\u00e9<\/p>\n<p>GIOVANNI MASSAGLIA.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dominique ex\u00e9cuta la demande de son ami et, en lui envoyant ce qu\u2019il avait demand\u00e9, joignit la lettre suivante :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mon cher Massaglia,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ta lettre m\u2019a fait plaisir, parce qu\u2019elle m\u2019a assur\u00e9 que tu es encore vivant ; depuis ton d\u00e9part, en effet, nous n\u2019avions plus re\u00e7u de tes nouvelles et je ne savais pas si je devais dire pour toi le <em>Gloria Patri ou <\/em>le De<em> profundis. Tu <\/em>recevras les choses que tu m\u2019as demand\u00e9es. Je dois seulement te faire remarquer que Kempis est un bon ami, mais il est mort et ne bouge jamais de sa place. C\u2019est donc \u00e0 toi de le chercher, de le secouer, de le lire et de t\u2019efforcer de mettre en pratique ce que tu y lis.<\/p>\n<p>Tu regrettes les facilit\u00e9s que nous avons ici pour les exercices de pi\u00e9t\u00e9, et tu as raison. Lorsque je suis \u00e0 Mondonio, j\u2019\u00e9prouve la m\u00eame difficult\u00e9. J\u2019y suppl\u00e9ais en visitant chaque jour le Tr\u00e8s Saint Sacrement et en t\u00e2chant d\u2019emmener avec moi autant de compagnons que possible. Outre Kempis, je <em>lisais Le Tr\u00e9sor cach\u00e9 dans la sainte <\/em>Messe du bienheureux L\u00e9onard. Si tu le<em> juges<\/em> bon, fais de m\u00eame. Tu me dis que tu ne sais pas si tu reviendras \u00e0 l\u2019Oratoire nous voir ; ma pauvre personne me para\u00eet elle aussi bien us\u00e9e, et tout me fait pr\u00e9voir que je m\u2019approche rapidement de la fin de mes \u00e9tudes et de ma vie. Quoi qu\u2019il en soit, faisons ceci : prions l\u2019un pour l\u2019autre afin que nous puissions tous deux faire une bonne mort. Celui de nous deux qui ira le premier au Paradis devra pr\u00e9parer une place \u00e0 son ami et, lorsque celui-ci viendra le rejoindre, lui tendre la main pour le conduire dans la demeure du ciel.<\/p>\n<p>Que Dieu nous conserve toujours dans sa gr\u00e2ce et nous aide \u00e0 devenir saints \u2014 mais saints promptement, car je crains que le temps ne nous manque. Tous nos amis d\u00e9sirent ton retour \u00e0 l\u2019Oratoire et t\u2019envoient d\u2019affectueux saluts dans le Seigneur.<\/p>\n<p>Avec un amour et une affection fraternels, je demeure toujours<\/p>\n<p><em>Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9 ami,<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>DOMINIQUE SAVIO.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au commencement, la maladie du jeune Massaglia parut l\u00e9g\u00e8re ; plusieurs fois elle sembla enti\u00e8rement vaincue, plusieurs fois elle reparut, jusqu\u2019\u00e0 ce que, presque \u00e0 l\u2019improviste, il arriv\u00e2t au terme de sa vie.<\/p>\n<p>\u00ab Il eut le temps, \u00e9crivit le th\u00e9ologien Valfr\u00e9, son directeur spirituel pendant les vacances, de recevoir avec la plus grande \u00e9dification toutes les consolations de notre sainte religion catholique ; il mourut de la mort du juste qui quitte le monde pour s\u2019envoler au ciel. \u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/p>\n<p>\u00c0 la perte de cet ami, Savio fut profond\u00e9ment afflig\u00e9 et, bien que r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 divine, il le pleura pendant plusieurs jours. Ce fut la premi\u00e8re fois que je vis ce visage ang\u00e9lique attrist\u00e9 et baign\u00e9 de larmes de douleur. Sa seule consolation \u00e9tait de prier et de faire prier pour son ami d\u00e9funt. On l\u2019entendit parfois s\u2019\u00e9crier : \u00ab Cher Massaglia, tu es mort, et j\u2019esp\u00e8re que tu es d\u00e9j\u00e0 avec Gavio au Paradis ; et quand irai-je vous rejoindre dans l\u2019immense bonheur du ciel ? \u00bb<\/p>\n<p>Pendant tout le temps o\u00f9 Dominique surv\u00e9cut \u00e0 son ami, il le garda toujours pr\u00e9sent dans ses exercices de pi\u00e9t\u00e9 et disait qu\u2019il ne pouvait aller entendre la sainte Messe ni assister \u00e0 aucun exercice de d\u00e9votion sans recommander \u00e0 Dieu l\u2019\u00e2me de celui qui, durant sa vie, avait tant travaill\u00e9 pour son bien. Cette perte fut tr\u00e8s douloureuse pour le c\u0153ur tendre de Dominique, et sa propre sant\u00e9 en fut sensiblement affect\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833821\"><\/a>CHAPITRE XX. Gr\u00e2ces sp\u00e9ciales et faits particuliers<a name=\"_Toc504540970\"><\/a><a name=\"_Toc504541405\"><\/a><a name=\"_Toc504541967\"><\/a><a name=\"_Toc530304064\"><\/a><a name=\"_Toc24283677\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, j\u2019ai racont\u00e9 des choses qui ne contiennent rien d\u2019extraordinaire, \u00e0 moins qu\u2019on ne veuille appeler extraordinaire une conduite constamment bonne, qui allait toujours se perfectionnant par l\u2019innocence de la vie, les \u0153uvres de p\u00e9nitence et l\u2019exercice de la pi\u00e9t\u00e9. On pourrait encore appeler extraordinaires la vivacit\u00e9 de sa foi, la fermet\u00e9 de son esp\u00e9rance, son ardente charit\u00e9 et sa pers\u00e9v\u00e9rance dans le bien jusqu\u2019\u00e0 son dernier soupir. Ici, toutefois, je veux exposer des gr\u00e2ces particuli\u00e8res et certains faits inhabituels qui pourront peut-\u00eatre donner mati\u00e8re \u00e0 critique. C\u2019est pourquoi je crois bon de faire remarquer au lecteur que ce que je rapporte ici ressemble beaucoup \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s dans la Bible et dans la vie des saints ; je raconte des choses que j\u2019ai vues de mes propres yeux et j\u2019assure le lecteur que j\u2019\u00e9cris scrupuleusement la v\u00e9rit\u00e9, laissant tout le reste enti\u00e8rement au jugement du lecteur prudent. Voici le r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Plusieurs fois, lorsqu\u2019il se rendait \u00e0 l\u2019\u00e9glise, surtout les jours o\u00f9 Dominique recevait la sainte Communion ou lorsque le Tr\u00e8s Saint Sacrement \u00e9tait expos\u00e9, il demeurait comme hors de lui-m\u00eame, au point de laisser passer un temps m\u00eame tr\u00e8s long si on ne l\u2019appelait pas pour accomplir ses devoirs ordinaires.<\/p>\n<p>Un jour, il manqua le d\u00e9jeuner, l\u2019\u00e9cole et m\u00eame le d\u00eener, et personne ne savait o\u00f9 il \u00e9tait ; il n\u2019\u00e9tait ni dans la salle d\u2019\u00e9tude ni au lit. Quand on le rapporta au Directeur, celui-ci soup\u00e7onna ce qui \u00e9tait effectivement le cas : que Dominique se trouvait \u00e0 l\u2019\u00e9glise, comme cela \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 d\u2019autres fois. Il entra dans l\u2019\u00e9glise, passa au ch\u0153ur et le vit l\u00e0, debout, immobile comme une pierre. Il avait un pied crois\u00e9 sur l\u2019autre, une main appuy\u00e9e sur le lutrin de l\u2019antiphonaire, l\u2019autre sur la poitrine, le visage fixe tourn\u00e9 vers le tabernacle. Il ne remuait m\u00eame pas une paupi\u00e8re. Le Directeur l\u2019appela, mais il ne r\u00e9pondit pas. Il le secoua ; alors Dominique tourna les yeux vers lui et dit : \u00ab Oh ! la Messe est-elle d\u00e9j\u00e0 finie ? \u00bb \u00ab Regarde, ajouta le Directeur en lui montrant sa montre, il est deux heures. \u00bb Dominique demanda humblement pardon d\u2019avoir enfreint les r\u00e8gles de la maison, et le Directeur l\u2019envoya d\u00eener en lui disant : \u00ab Si quelqu\u2019un te demande : \u201cD\u2019o\u00f9 viens-tu ?\u201d, r\u00e9ponds que tu ex\u00e9cutais un ordre de ma part. \u00bb Cela fut dit pour \u00e9viter les questions embarrassantes que ses compagnons auraient peut-\u00eatre pu lui poser.<\/p>\n<p>Un autre jour, apr\u00e8s l\u2019action de gr\u00e2ces habituelle qui suivait la Messe, j\u2019\u00e9tais sur le point de quitter la sacristie lorsque j\u2019entendis au ch\u0153ur une voix semblable \u00e0 celle de quelqu\u2019un engag\u00e9 dans une discussion. J\u2019allai voir et trouvai Savio qui parlait, puis s\u2019arr\u00eatait, comme s\u2019il laissait le temps \u00e0 une r\u00e9ponse. Entre autres choses, j\u2019entendis clairement ces paroles : \u00ab Oui, mon Dieu, je vous l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit et je vous le r\u00e9p\u00e8te : je vous aime et je veux vous aimer jusqu\u2019\u00e0 la mort. Si vous voyez que je vais vous offenser, envoyez-moi la mort : oui, la mort plut\u00f4t que le p\u00e9ch\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui demandai parfois ce qu\u2019il faisait pendant ces longs retards, et avec une enti\u00e8re simplicit\u00e9 il r\u00e9pondit : \u00ab Pauvre de moi ! Une distraction me prend, et \u00e0 ce moment-l\u00e0 je perds le fil de mes pri\u00e8res ; il me semble voir des choses si belles que les heures passent comme un instant. \u00bb<\/p>\n<p>Un jour, il entra dans ma chambre en disant : \u00ab Vite, venez avec moi ; il y a une bonne \u0153uvre \u00e0 faire. \u00bb \u00ab O\u00f9 veux-tu me conduire ? \u00bb lui demandai-je. \u00ab D\u00e9p\u00eachez-vous, ajouta-t-il, d\u00e9p\u00eachez-vous. \u00bb J\u2019h\u00e9sitais encore ; mais comme il insistait et que, dans d\u2019autres circonstances, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019importance de telles invitations, j\u2019acceptai. Je le suivis. Il sortit de la maison, parcourut une rue, puis une autre, puis une autre encore, sans s\u2019arr\u00eater ni parler ; enfin il tourna dans une autre rue. Je le suivis de porte en porte jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il s\u2019arr\u00eat\u00e2t. Il monta un escalier, arriva au troisi\u00e8me \u00e9tage et sonna fortement. \u00ab C\u2019est ici que vous devez entrer \u00bb, me dit-il, et il partit aussit\u00f4t.<\/p>\n<p>On m\u2019ouvrit la porte. \u00ab Oh ! vite, me dit-on. Vite, sinon il sera trop tard. Mon mari a eu le malheur de devenir protestant ; maintenant il est \u00e0 l\u2019article de la mort et demande \u00e0 pouvoir mourir en bon catholique. \u00bb<\/p>\n<p>Je me rendis aussit\u00f4t au chevet du malade, qui montrait un grand d\u00e9sir de mettre en ordre les affaires de sa conscience. Les choses de cette \u00e2me ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9es avec la plus grande h\u00e2te, le cur\u00e9 de Saint-Augustin arriva ; lui aussi avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 appel\u00e9. Il put \u00e0 peine administrer le Sacrement des Saintes Huiles par une seule onction, car le malade mourut aussit\u00f4t apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Un jour, je voulus demander \u00e0 Savio comment il avait pu savoir qu\u2019il y avait l\u00e0 un malade. Il me regarda d\u2019un air afflig\u00e9, puis se mit \u00e0 pleurer. Je ne lui posai plus aucune question.<\/p>\n<p>L\u2019innocence de sa vie, son amour de Dieu et son d\u00e9sir des choses c\u00e9lestes avaient port\u00e9 l\u2019esprit de Dominique \u00e0 un tel \u00e9tat qu\u2019on pouvait dire qu\u2019il \u00e9tait habituellement absorb\u00e9 en Dieu.<\/p>\n<p>Il lui arrivait parfois de quitter la r\u00e9cr\u00e9ation, de d\u00e9tourner le regard et de se mettre \u00e0 marcher seul. Interrog\u00e9 sur la raison pour laquelle il s\u2019\u00e9loignait ainsi de ses compagnons, il r\u00e9pondait : \u00ab Les distractions habituelles me prennent, et il me semble que le Paradis s\u2019ouvre au-dessus de ma t\u00eate ; je dois m\u2019\u00e9loigner de mes compagnons pour ne pas leur dire des choses dont ils se moqueraient <em>peut-\u00eatre.<\/em> \u00bb Un jour, pendant la r\u00e9cr\u00e9ation, on parlait de la grande r\u00e9compense que Dieu a pr\u00e9par\u00e9e dans le ciel \u00e0 ceux qui conservent la robe de l\u2019innocence. Entre autres choses, on disait : \u00ab Les innocents sont au ciel les plus proches de la personne de notre divin Sauveur, et ils lui chanteront \u00e9ternellement des hymnes particuliers de gloire. \u00bb<\/p>\n<p>Cela suffit pour \u00e9lever son esprit vers le Seigneur ; restant immobile, il tomba comme mort dans les bras de l\u2019un des assistants.<\/p>\n<p>Ces transports d\u2019esprit lui arrivaient pendant l\u2019\u00e9tude, sur le chemin de l\u2019\u00e9cole \u00e0 l\u2019aller comme au retour, et m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9cole elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il aimait beaucoup parler du Pontife romain et exprimait son ardent d\u00e9sir de pouvoir le voir avant de mourir, affirmant \u00e0 plusieurs reprises qu\u2019il avait quelque chose de tr\u00e8s important \u00e0 lui dire.<\/p>\n<p>Comme il r\u00e9p\u00e9tait souvent la m\u00eame chose, je voulus lui demander quelle \u00e9tait cette affaire importante qu\u2019il voulait communiquer au Pape.<\/p>\n<p>\u00ab Si je pouvais parler au Pape, je voudrais lui dire qu\u2019au milieu des tribulations qui l\u2019attendent, il ne doit pas cesser de s\u2019occuper avec une sollicitude particuli\u00e8re de l\u2019Angleterre ; Dieu pr\u00e9pare un grand triomphe au catholicisme dans ce royaume. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Sur quoi fondes-tu ces paroles ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je vais vous le dire, mais je ne voudrais pas que vous en parliez \u00e0 d\u2019autres, de peur d\u2019\u00eatre peut-\u00eatre expos\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rision. Si cependant vous allez \u00e0 Rome, dites-le \u00e0 Pie IX. Voici. Un beau matin, tandis que je faisais mon action de gr\u00e2ces apr\u00e8s la Communion, je fus saisi par une forte distraction et il me sembla voir une vaste plaine remplie de gens envelopp\u00e9s d\u2019un \u00e9pais brouillard. Ils marchaient, mais comme des hommes qui, ayant perdu le chemin, ne voient plus o\u00f9 ils posent les pieds. \u201cCe pays, me dit quelqu\u2019un pr\u00e8s de moi, c\u2019est l\u2019Angleterre.\u201d Comme j\u2019allais poser d\u2019autres questions, je vis le Souverain Pontife Pie IX tel que je l\u2019avais vu peint sur quelques images. Majestueusement v\u00eatu et portant dans ses mains un flambeau d\u2019un \u00e9clat extraordinaire, il s\u2019avan\u00e7ait vers cette immense multitude. \u00c0 mesure qu\u2019il approchait, le brouillard disparaissait \u00e0 la lumi\u00e8re de ce flambeau, et les gens restaient dans la clart\u00e9 comme en plein midi. \u201cCe flambeau, me dit mon compagnon, c\u2019est la religion catholique qui doit \u00e9clairer les Anglais.\u201d \u00bb<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Lorsque je me rendis \u00e0 Rome en 1858, je voulus raconter cette chose au Souverain Pontife, qui l\u2019\u00e9couta avec bont\u00e9 et plaisir. \u00ab Cela, dit le Pape, me confirme dans mon intention de travailler avec vigueur pour l\u2019Angleterre, vers laquelle j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dirig\u00e9 ma plus vive sollicitude. \u00c0 tout le moins, ce r\u00e9cit est pour moi comme le conseil d\u2019une bonne \u00e2me. \u00bb<\/p>\n<p>Je passe sous silence beaucoup d\u2019autres faits semblables, me contentant de les consigner par \u00e9crit et laissant \u00e0 d\u2019autres le soin de les publier lorsqu\u2019on jugera qu\u2019ils peuvent contribuer \u00e0 la plus grande gloire de Dieu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833822\"><\/a>CHAPITRE XXI. Ses pens\u00e9es sur la mort et sa pr\u00e9paration \u00e0 une sainte mort<a name=\"_Toc504540971\"><\/a><a name=\"_Toc504541406\"><\/a><a name=\"_Toc504541968\"><\/a><a name=\"_Toc530304065\"><\/a><a name=\"_Toc24283678\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quiconque a lu ce que nous avons \u00e9crit jusqu\u2019ici sur le jeune Dominique Savio comprendra facilement que toute sa vie fut une pr\u00e9paration continuelle \u00e0 la mort. Mais il regardait la Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception comme un moyen efficace de s\u2019assurer la protection de la Tr\u00e8s Sainte Vierge \u00e0 l\u2019heure de la mort, que tous pr\u00e9voyaient ne pas \u00eatre \u00e9loign\u00e9e pour lui. Je ne sais si Dieu lui avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le jour et les circonstances de sa mort, ou s\u2019il n\u2019en avait qu\u2019un pieux pressentiment. Mais il est certain qu\u2019il en parla longtemps avant qu\u2019elle n\u2019arriv\u00e2t, et avec une telle clart\u00e9 que quelqu\u2019un qui en aurait parl\u00e9 apr\u00e8s sa mort aurait difficilement pu la d\u00e9crire mieux.<\/p>\n<p>Vu l\u2019\u00e9tat de sa sant\u00e9, on prenait tous les soins possibles pour le mod\u00e9rer dans l\u2019\u00e9tude et dans les exercices de pi\u00e9t\u00e9 ; n\u00e9anmoins, tant \u00e0 cause de sa faiblesse naturelle que de certains troubles corporels et aussi de son continuel effort intellectuel, ses forces diminuaient de jour en jour. Il s\u2019en apercevait lui-m\u00eame et allait parfois r\u00e9p\u00e9tant : \u00ab Il faut que je coure, autrement la nuit me surprendra en chemin. \u00bb Il entendait par l\u00e0 qu\u2019il lui restait peu de temps \u00e0 vivre et qu\u2019il devait \u00eatre diligent \u00e0 accomplir de bonnes \u0153uvres avant que la mort n\u2019arriv\u00e2t.<\/p>\n<p>Il est d\u2019usage dans cette maison que nos jeunes gens fassent une fois par mois l\u2019Exercice de la Bonne Mort. Cet exercice consiste \u00e0 nous pr\u00e9parer \u00e0 faire une confession et une Communion comme si elles devaient \u00eatre les derni\u00e8res de notre vie. Le Pape Pie IX, alors r\u00e9gnant, dans sa grande bont\u00e9, enrichit cet exercice de diverses indulgences. Dominique le faisait avec un recueillement au-del\u00e0 duquel on n\u2019aurait pu rien imaginer de plus grand. \u00c0 la fin de la fonction sacr\u00e9e, on a coutume de r\u00e9citer un Notre P\u00e8re et un Je <em>vous salue<\/em> <em>Marie <\/em>pour celui qui, parmi les assistants, sera le premier \u00e0 mourir. Un jour, il dit en plaisantant : \u00ab Au lieu de dire : \u201cpour celui qui sera le premier \u00e0 mourir\u201d, dites ceci : un Notre P\u00e8re et un Je <em>vous <\/em>salue <em>Marie<\/em> pour Dominique Savio, qui sera le premier d\u2019entre nous \u00e0 mourir. \u00bb Il le r\u00e9p\u00e9ta plusieurs fois.<\/p>\n<p>Vers la fin d\u2019avril 1856, il se rendit aupr\u00e8s du Directeur et lui demanda comment il devait c\u00e9l\u00e9brer saintement le mois de Marie.<\/p>\n<p>\u00ab Tu le c\u00e9l\u00e9breras, r\u00e9pondit-il, par l\u2019exact accomplissement de tes devoirs, en racontant chaque jour une histoire \u00e9difiante en l\u2019honneur de Marie et en t\u2019effor\u00e7ant de te conduire de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir communier chaque jour. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u00e2cherai de le faire ponctuellement ; mais quelle gr\u00e2ce dois-je demander ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Demande \u00e0 la Tr\u00e8s Sainte Vierge de t\u2019obtenir de Dieu la sant\u00e9 et la gr\u00e2ce de devenir saint. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qu\u2019elle m\u2019aide \u00e0 devenir saint, qu\u2019elle m\u2019aide \u00e0 faire une sainte mort et qu\u2019aux derniers moments de ma vie elle m\u2019assiste et me conduise au ciel. \u00bb<\/p>\n<p>En effet, il montra pendant ce mois une telle ferveur qu\u2019il ressemblait \u00e0 un ange rev\u00eatu d\u2019une forme humaine. \u00c9crivait-il, il parlait de Marie ; \u00e9tudiait-il, chantait-il ou allait-il \u00e0 l\u2019\u00e9cole, tout \u00e9tait en son honneur. Pendant la r\u00e9cr\u00e9ation, il cherchait chaque jour \u00e0 avoir un exemple pr\u00eat \u00e0 raconter tant\u00f4t \u00e0 un groupe, tant\u00f4t \u00e0 un autre de ses compagnons rassembl\u00e9s autour de lui.<\/p>\n<p>Un jour, un compagnon lui dit : \u00ab Si tu fais tout cette ann\u00e9e, que voudras-tu faire l\u2019ann\u00e9e prochaine ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Laisse-moi cela, r\u00e9pondit-il. Cette ann\u00e9e, je veux faire ce que je peux ; l\u2019ann\u00e9e prochaine, si je suis encore ici, je te dirai ce que j\u2019entends faire. \u00bb<\/p>\n<p>Afin d\u2019employer tous les moyens susceptibles de r\u00e9tablir sa sant\u00e9, je fis consulter plusieurs m\u00e9decins. Tous admiraient la gaiet\u00e9 de Dominique, la vivacit\u00e9 de son esprit et la justesse de ses r\u00e9ponses. Le docteur Francesco Vallauri, de v\u00e9n\u00e9r\u00e9e m\u00e9moire, qui faisait partie des \u00e9minents consultants, plein d\u2019admiration, dit : \u00ab Quelle perle pr\u00e9cieuse que ce gar\u00e7on ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle est l\u2019origine du mal qui fait d\u00e9cliner davantage sa sant\u00e9 de jour en jour ? \u00bb lui demandai-je.<\/p>\n<p>\u00ab Sa constitution d\u00e9licate, son intelligence pr\u00e9coce et son continuel effort intellectuel sont comme des limes qui usent imperceptiblement ses forces vitales. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quel rem\u00e8de pourrait lui \u00eatre le plus utile ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le rem\u00e8de le plus utile serait de le laisser aller au Paradis, pour lequel il me para\u00eet tr\u00e8s bien pr\u00e9par\u00e9. La seule chose qui pourrait prolonger sa vie serait de l\u2019\u00e9loigner compl\u00e8tement de l\u2019\u00e9tude pendant quelque temps et de l\u2019occuper \u00e0 des travaux manuels proportionn\u00e9s \u00e0 ses forces. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833823\"><\/a>CHAPITRE XXII. Ses soins envers les malades &#8211; Il quitte l\u2019Oratoire &#8211; Ses paroles en cette circonstance<a name=\"_Toc504540972\"><\/a><a name=\"_Toc504541407\"><\/a><a name=\"_Toc504541969\"><\/a><a name=\"_Toc530304066\"><\/a><a name=\"_Toc24283679\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9puisement de forces dont il souffrait n\u2019\u00e9tait pas tel qu\u2019il le t\u00eent continuellement au lit ; aussi allait-il parfois \u00e0 l\u2019\u00e9cole ou \u00e0 l\u2019\u00e9tude, ou bien s\u2019occupait-il de quelques travaux domestiques. Parmi les choses auxquelles il se livrait avec grand plaisir, il y avait le service des compagnons malades chaque fois qu\u2019il s\u2019en trouvait dans la maison.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019ai aucun m\u00e9rite devant Dieu, disait-il, \u00e0 assister ou \u00e0 visiter les malades, parce que je le fais avec trop de plaisir ; c\u2019est m\u00eame pour moi une ch\u00e8re r\u00e9cr\u00e9ation. \u00bb<\/p>\n<p>Tout en leur rendant les services temporels, il avait beaucoup d\u2019adresse pour sugg\u00e9rer toujours quelque pens\u00e9e spirituelle. \u00ab Ce<em> pauvre <\/em>corps, disait-il \u00e0 un compagnon indispos\u00e9, ne veut pas durer \u00e9ternellement, n\u2019est-ce pas ? Il faut le laisser s\u2019user peu \u00e0 peu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il aille au tombeau ; mais alors, mon cher ami, notre \u00e2me, lib\u00e9r\u00e9e des entraves du corps, s\u2019envolera glorieuse vers le ciel et jouira sans fin de la sant\u00e9 et du bonheur. \u00bb<\/p>\n<p>Il arriva qu\u2019un compagnon refus\u00e2t de boire un m\u00e9dicament parce qu\u2019il \u00e9tait amer. \u00ab Mon cher ami, lui dit Dominique, il faut prendre tout rem\u00e8de qui nous est prescrit, parce qu\u2019en le faisant nous ob\u00e9issons \u00e0 Dieu, qui a \u00e9tabli les m\u00e9decins et les m\u00e9dicaments parce qu\u2019ils sont n\u00e9cessaires pour recouvrer la sant\u00e9 perdue ; et si nous \u00e9prouvons quelque r\u00e9pugnance \u00e0 cause du go\u00fbt, nous aurons d\u2019autant plus de m\u00e9rite pour notre \u00e2me. D\u2019ailleurs, crois-tu que ton m\u00e9dicament soit aussi amer et aussi \u00e2pre que le fiel m\u00eal\u00e9 de vinaigre que l\u2019on donna \u00e0 boire \u00e0 J\u00e9sus sur la croix ? \u00bb Ces paroles, dites avec son admirable simplicit\u00e9, emp\u00eachaient quiconque de continuer \u00e0 faire des objections.<\/p>\n<p>Bien que la sant\u00e9 de Savio f\u00fbt devenue tr\u00e8s d\u00e9licate, rentrer chez lui \u00e9tait la chose qui lui d\u00e9plaisait le plus, parce qu\u2019il regrettait d\u2019interrompre ses \u00e9tudes et ses exercices habituels de pi\u00e9t\u00e9. Quelques mois auparavant, je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 chez lui ; il n\u2019y \u00e9tait rest\u00e9 que quelques jours, puis je le vis repara\u00eetre \u00e0 l\u2019Oratoire. Je dois dire que le regret \u00e9tait r\u00e9ciproque ; je l\u2019aurais gard\u00e9 dans cette maison \u00e0 tout prix, car l\u2019affection que j\u2019avais pour lui \u00e9tait celle d\u2019un p\u00e8re envers un fils tr\u00e8s digne d\u2019amour. Cependant, le conseil des m\u00e9decins \u00e9tait formel, et je voulus le suivre, d\u2019autant plus que depuis plusieurs jours une toux persistante s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e.<\/p>\n<p>Son p\u00e8re fut donc averti, et son d\u00e9part fut fix\u00e9 au 1er mars 1857.<\/p>\n<p>Dominique accepta cette d\u00e9cision, mais uniquement pour en faire un sacrifice \u00e0 Dieu. \u00ab Pourquoi, lui demanda-t-on, vas-tu chez toi avec si peu d\u2019empressement, alors que tu devrais partir avec joie pour jouir de la compagnie de tes chers parents ? \u00bb \u00ab Parce que, r\u00e9pondit-il, je voudrais finir mes jours \u00e0 l\u2019Oratoire. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu iras chez toi et, lorsque ta sant\u00e9 se sera un peu am\u00e9lior\u00e9e, tu reviendras. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oh ! non, non. Je pars et je ne reviendrai jamais. \u00bb<\/p>\n<p>Le soir qui pr\u00e9c\u00e9da son d\u00e9part, il ne voulait pas me quitter ; il avait toujours quelque chose \u00e0 demander. Entre autres choses, il me dit : \u00ab Quelle est la meilleure chose qu\u2019un malade puisse faire pour acqu\u00e9rir du m\u00e9rite devant Dieu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Offrir fr\u00e9quemment \u00e0 Dieu tout ce qu\u2019il souffre. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Que pourrait-il faire encore ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Offrir sa vie au Seigneur. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Puis-je \u00eatre certain que mes p\u00e9ch\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 pardonn\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je t\u2019assure, au nom de Dieu, que tes p\u00e9ch\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 pardonn\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Puis-je \u00eatre certain que je serai sauv\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui ; par la divine mis\u00e9ricorde, qui ne te manquera pas, tu peux \u00eatre certain de ton salut. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Si le d\u00e9mon venait me tenter, que devrais-je lui r\u00e9pondre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu lui r\u00e9pondras que tu as vendu ton \u00e2me \u00e0 J\u00e9sus-Christ et qu\u2019il l\u2019a achet\u00e9e au prix de son sang. Si le d\u00e9mon fait une autre objection, demande-lui ce qu\u2019il a fait pour ton \u00e2me. J\u00e9sus-Christ, au contraire, a r\u00e9pandu tout son sang pour la d\u00e9livrer de l\u2019enfer et la conduire avec lui au Paradis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Du Paradis, pourrai-je voir mes compagnons de l\u2019Oratoire et mes parents ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui. Du Paradis tu verras tout ce qui se passe \u00e0 l\u2019Oratoire ; tu verras tes parents et les choses qui les concernent, et mille autres choses encore plus belles. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourrai-je venir leur rendre visite ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Tu le pourras, si cela sert \u00e0 la plus grande gloire de Dieu. \u00bb<\/p>\n<p>Il continua \u00e0 poser ces questions et beaucoup d\u2019autres encore, et il ressemblait \u00e0 quelqu\u2019un qui avait d\u00e9j\u00e0 un pied aux portes du Paradis et qui, avant d\u2019entrer, voulait \u00eatre bien renseign\u00e9 sur les choses qui s\u2019y trouvent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833824\"><\/a>CHAPITRE XXIII. Il prend cong\u00e9 de ses compagnons<a name=\"_Toc504540973\"><\/a><a name=\"_Toc504541408\"><\/a><a name=\"_Toc504541970\"><\/a><a name=\"_Toc530304067\"><\/a><a name=\"_Toc24283680\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le matin de son d\u00e9part, il fit avec ses compagnons l\u2019Exercice de la Bonne Mort, avec une telle ferveur de d\u00e9votion dans la confession et la Communion que moi, qui en fus t\u00e9moin, je ne sais comment l\u2019exprimer. \u00ab Il faut que je fasse bien cet exercice, disait-il, parce que j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il sera vraiment pour moi l\u2019exercice de ma bonne mort. S\u2019il m\u2019arrivait de mourir en route, j\u2019aurai d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u la Communion. \u00bb Il passa le reste de la matin\u00e9e enti\u00e8rement \u00e0 mettre ses affaires en ordre. Il rangea sa malle, pla\u00e7ant chaque objet comme s\u2019il ne devait jamais plus y toucher. Puis il alla visiter ses compagnons un par un : \u00e0 l\u2019un il donnait un conseil, \u00e0 l\u2019autre il recommandait de corriger un d\u00e9faut, \u00e0 un autre il conseillait de pers\u00e9v\u00e9rer dans le bien. Il appela un gar\u00e7on auquel il devait deux sous et lui dit : \u00ab Viens ici, r\u00e9glons nos comptes, autrement cela pourrait me causer quelque embarras lorsque je r\u00e9glerai mes comptes avec le Seigneur. \u00bb Il parla aux membres de la Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception et, avec les paroles les plus anim\u00e9es, les exhorta \u00e0 \u00eatre constants dans l\u2019observation des promesses faites \u00e0 la Tr\u00e8s Sainte Vierge et \u00e0 mettre en elle la plus grande confiance. Au moment du d\u00e9part, il m\u2019appela et me dit exactement ces paroles : \u00ab Ainsi vous ne voulez plus de cette pauvre carcasse \u2014 de ce squelette \u2014 et je suis oblig\u00e9 de l\u2019emporter \u00e0 Mondonio. L\u2019ennui ne durerait pourtant que quelques jours&#8230; puis tout serait fini ; n\u00e9anmoins, que la volont\u00e9 de Dieu soit faite. Si vous allez \u00e0 Rome, souvenez-vous du message sur l\u2019Angleterre pour le Pape ; priez afin que je fasse une bonne mort, et nous nous reverrons au Paradis. \u00bb Nous \u00e9tions arriv\u00e9s \u00e0 la porte de sortie de l\u2019Oratoire, et il me tenait encore fortement la main lorsqu\u2019il se tourna vers les compagnons qui l\u2019entouraient et dit : \u00ab Adieu, chers compagnons, adieu \u00e0 vous tous ; priez pour moi, et nous nous retrouverons l\u00e0 o\u00f9 nous serons toujours avec le Seigneur. \u00bb Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la porte de la cour lorsque je le vis revenir et me dire :<\/p>\n<p>\u00ab Donnez-moi un cadeau que je puisse garder en souvenir de vous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Dis-moi quel cadeau tu voudrais, et je te le donnerai aussit\u00f4t. Voudrais-tu un livre ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non ; quelque chose de mieux. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Voudrais-tu de l\u2019argent pour le voyage ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, pr\u00e9cis\u00e9ment : de l\u2019argent pour le voyage vers l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Vous avez dit avoir obtenu du Pape certaines indulgences pl\u00e9ni\u00e8res pour le moment de la mort ; mettez-moi moi aussi parmi ceux qui peuvent y participer. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Oui, mon fils, toi aussi tu peux encore \u00eatre compris dans ce nombre, et je vais tout de suite \u00e9crire ton nom sur ce papier. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, il quitta l\u2019Oratoire, o\u00f9 il avait pass\u00e9 environ trois ann\u00e9es avec tant de bonheur pour lui-m\u00eame et tant d\u2019\u00e9dification pour ses compagnons et m\u00eame pour ses sup\u00e9rieurs ; il le quitta pour ne plus y revenir.<\/p>\n<p>Nous f\u00fbmes tous \u00e9tonn\u00e9s de ces adieux inhabituels. Nous savions qu\u2019il souffrait de nombreux troubles de sant\u00e9, mais comme il restait presque toujours hors du lit, nous n\u2019attachions pas une grande importance \u00e0 sa maladie. De plus, comme il conservait constamment un visage joyeux, personne ne pouvait reconna\u00eetre \u00e0 ses traits qu\u2019il souffrait dans son corps ou dans son esprit. Bien que ces adieux extraordinaires nous eussent attrist\u00e9s, nous esp\u00e9rions encore le voir bient\u00f4t revenir parmi nous. Mais il n\u2019en devait pas \u00eatre ainsi. Il \u00e9tait m\u00fbr pour le ciel ; dans la courte dur\u00e9e de sa vie, il avait d\u00e9j\u00e0 m\u00e9rit\u00e9 la r\u00e9compense des justes comme s\u2019il avait v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge tr\u00e8s avanc\u00e9, et le Seigneur voulut l\u2019appeler \u00e0 lui dans la fleur de la jeunesse, afin de le soustraire aux dangers dans lesquels m\u00eame les meilleures \u00e2mes font si souvent naufrage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833825\"><\/a>CHAPITRE XXIV. Cours de sa maladie &#8211; Sa derni\u00e8re confession &#8211; Il re\u00e7oit le Viatique &#8211; Faits \u00e9difiants<a name=\"_Toc504540974\"><\/a><a name=\"_Toc504541409\"><\/a><a name=\"_Toc504541971\"><\/a><a name=\"_Toc530304068\"><\/a><a name=\"_Toc24283681\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notre Dominique quitta Turin le 1er mars \u00e0 deux heures de l\u2019apr\u00e8s-midi en compagnie de son p\u00e8re, et le voyage se passa bien ; il sembla m\u00eame que la promenade en voiture, la vari\u00e9t\u00e9 des lieux et la compagnie de ses parents lui eussent fait du bien. Ainsi, arriv\u00e9 \u00e0 la maison, il ne se mit pas au lit pendant quatre jours. Mais lorsqu\u2019on vit que ses forces et son app\u00e9tit diminuaient et que sa toux devenait toujours plus forte, on jugea bon de faire venir le m\u00e9decin. Celui-ci trouva la maladie beaucoup plus grave qu\u2019elle ne paraissait. Il ordonna que Dominique rest\u00e2t \u00e0 la maison et se m\u00eet aussit\u00f4t au lit et, jugeant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une maladie inflammatoire, prescrivit des saign\u00e9es.<\/p>\n<p>Il est propre \u00e0 la jeunesse d\u2019\u00e9prouver une grande appr\u00e9hension devant les saign\u00e9es. Aussi, lorsque le chirurgien fut sur le point de commencer l\u2019op\u00e9ration, il engagea Dominique \u00e0 d\u00e9tourner le visage, \u00e0 prendre patience et courage. Dominique se mit \u00e0 rire et dit : \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019une petite piq\u00fbre en comparaison des clous enfonc\u00e9s dans les mains et les pieds de notre tr\u00e8s innocent Sauveur ? \u00bb Puis, avec une enti\u00e8re tranquillit\u00e9 d\u2019esprit, plaisantant et sans montrer le moindre trouble, il regarda le sang couler de ses veines pendant toute l\u2019op\u00e9ration. Apr\u00e8s plusieurs saign\u00e9es, la maladie sembla s\u2019am\u00e9liorer ; le m\u00e9decin l\u2019assura, et ses parents le crurent, mais Dominique pensait autrement. Guid\u00e9 par la pens\u00e9e qu\u2019il vaut mieux recevoir les Sacrements \u00e0 temps que de risquer de perdre l\u2019occasion de les recevoir, il appela son p\u00e8re. \u00ab Papa, lui dit-il, il serait bon que nous consultions le m\u00e9decin du ciel. Je d\u00e9sire me confesser et recevoir la sainte Communion. \u00bb<\/p>\n<p>Ses parents, qui jugeaient eux aussi que la maladie s\u2019am\u00e9liorait, entendirent cette proposition avec peine et ne firent appeler le cur\u00e9 pour entendre sa confession que pour lui faire plaisir. Celui-ci vint promptement pour la confession et, ensuite, toujours pour faire plaisir \u00e0 Dominique, lui apporta le saint Viatique. On peut imaginer avec quelle d\u00e9votion et quel recueillement il re\u00e7ut la Communion. Chaque fois qu\u2019il s\u2019approchait des saints Sacrements, il ressemblait toujours \u00e0 un autre saint Louis de Gonzague. Maintenant qu\u2019il croyait que c\u2019\u00e9tait r\u00e9ellement la derni\u00e8re Communion de sa vie, qui pourrait exprimer la ferveur et les \u00e9lans de tendre affection qui montaient de ce c\u0153ur innocent vers son bien-aim\u00e9 J\u00e9sus ?<\/p>\n<p>Il rappela alors les promesses faites lors de sa premi\u00e8re Communion. Plusieurs fois il dit : \u00ab Oui, oui, \u00f4 J\u00e9sus, \u00f4 Marie, vous serez maintenant et toujours les amis de mon \u00e2me. Je le r\u00e9p\u00e8te et le dis mille fois : la mort, mais pas le p\u00e9ch\u00e9. \u00bb Lorsque son action de gr\u00e2ces fut termin\u00e9e, il dit avec beaucoup de calme : \u00ab Maintenant je suis content. Il est vrai que je dois entreprendre le long voyage de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, mais avec J\u00e9sus pour compagnon je n\u2019ai rien \u00e0 craindre. Oh ! dites-le toujours, dites-le \u00e0 tous : celui qui a J\u00e9sus pour ami et compagnon ne craint plus aucun mal, pas m\u00eame la mort. \u00bb<\/p>\n<p>Sa patience fut exemplaire dans toutes les souffrances qu\u2019il eut \u00e0 supporter au cours de sa vie ; mais dans cette derni\u00e8re maladie, il apparut comme un v\u00e9ritable mod\u00e8le de saintet\u00e9.<\/p>\n<p>Il ne voulait pas qu\u2019on l\u2019aid\u00e2t pour les besoins ordinaires. \u00ab Tant que je le peux, disait-il, je veux diminuer la peine de mes chers parents. Ils ont d\u00e9j\u00e0 support\u00e9 tant de d\u00e9sagr\u00e9ments et de fatigues pour moi ; si seulement je pouvais les d\u00e9dommager de quelque mani\u00e8re ! \u00bb Il prenait m\u00eame les m\u00e9dicaments les plus d\u00e9sagr\u00e9ables sans se plaindre et se soumit \u00e0 dix saign\u00e9es sans montrer le moindre ressentiment.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quatre jours de maladie, le m\u00e9decin f\u00e9licita le malade et dit \u00e0 ses parents : \u00ab Remercions la divine Providence ; nous sommes dans une bonne situation, la maladie est vaincue ; il ne faut maintenant qu\u2019une convalescence bien conduite. \u00bb Les bons parents se r\u00e9jouirent de ces paroles. Dominique, cependant, se mit \u00e0 rire et ajouta : \u00ab C\u2019est le monde qui est vaincu ; il ne me reste maintenant qu\u2019\u00e0 bien me pr\u00e9senter devant Dieu. \u00bb Lorsque le m\u00e9decin fut parti, sans se laisser rassurer par ce qui avait \u00e9t\u00e9 dit, il demanda \u00e0 recevoir le Sacrement des Saintes Huiles. Ici encore ses parents consentirent pour lui faire plaisir, car ni eux ni le cur\u00e9 ne voyaient de danger imm\u00e9diat de mort ; bien plus, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de son visage et la gaiet\u00e9 de ses paroles le faisaient vraiment para\u00eetre en voie d\u2019am\u00e9lioration. Mais, soit qu\u2019il f\u00fbt pouss\u00e9 par des sentiments de d\u00e9votion, soit qu\u2019une voix divine parl\u00e2t \u00e0 son c\u0153ur, le fait est qu\u2019il comptait les jours et les heures de sa vie comme on fait un calcul d\u2019arithm\u00e9tique, et chaque instant \u00e9tait employ\u00e9 \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 para\u00eetre devant Dieu. Avant de recevoir les Saintes Huiles, il fit cette pri\u00e8re : \u00ab \u00d4 Seigneur, pardonnez mes p\u00e9ch\u00e9s. Je vous aime et je veux vous aimer pour toujours ! Que ce Sacrement que, dans votre infinie mis\u00e9ricorde, vous me permettez de recevoir efface de mon \u00e2me tous les p\u00e9ch\u00e9s commis par l\u2019ou\u00efe, la vue, la parole, les mains et les pieds ; que mon corps et mon \u00e2me soient sanctifi\u00e9s par les m\u00e9rites de votre Passion. Amen. \u00bb<\/p>\n<p>Il r\u00e9pondit \u00e0 chaque point avec une telle clart\u00e9 de voix et une telle justesse de pens\u00e9e qu\u2019on l\u2019aurait jug\u00e9 en parfaite sant\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le 9 mars, quatri\u00e8me jour de sa maladie et dernier de sa vie. Il avait d\u00e9j\u00e0 subi dix saign\u00e9es avec d\u2019autres rem\u00e8des, et ses forces \u00e9taient enti\u00e8rement \u00e9puis\u00e9es ; on lui donna donc la b\u00e9n\u00e9diction papale. Il r\u00e9cita lui-m\u00eame le <em>Confiteor et<\/em> r\u00e9pondit \u00e0 ce que disait le pr\u00eatre. Lorsqu\u2019il entendit que, par cet acte religieux, le Pape lui accordait la B\u00e9n\u00e9diction apostolique avec indulgence pl\u00e9ni\u00e8re, il \u00e9prouva la plus grande consolation. \u00ab<em> Deo gratias,<\/em> r\u00e9p\u00e9tait-il, et<em> semper Deo gratias. \u00bb <\/em>Puis il se tourna vers le Crucifix et r\u00e9cita ces vers qui lui avaient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s familiers pendant sa vie :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Seigneur, je vous donne toute ma libert\u00e9 ;<\/p>\n<p>Voici mes facult\u00e9s, et mon corps aussi ;<\/p>\n<p>Je vous donne tout, car tout est \u00e0 vous, \u00f4 Dieu ;<\/p>\n<p>Et je m\u2019abandonne tout entier \u00e0 votre volont\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833826\"><\/a>CHAPITRE XXV. Ses derniers moments et sa pr\u00e9cieuse mort<a name=\"_Toc504540975\"><\/a><a name=\"_Toc504541410\"><\/a><a name=\"_Toc504541972\"><\/a><a name=\"_Toc530304069\"><\/a><a name=\"_Toc24283682\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 de foi qu\u2019\u00e0 l\u2019heure de la mort l\u2019homme recueille le fruit de ses \u0153uvres<em> : Quae seminaverit homo, haec et metet. <\/em>S\u2019il a sem\u00e9 de bonnes \u0153uvres durant sa vie, dans ces derniers moments il recueillera des fruits de consolation ; s\u2019il a sem\u00e9 de mauvaises \u0153uvres, il recueillera alors d\u00e9solation sur d\u00e9solation. Cependant, il arrive parfois que de bonnes \u00e2mes, apr\u00e8s une vie sainte, \u00e9prouvent terreur et crainte \u00e0 l\u2019approche de l\u2019heure de la mort. Cela arrive selon les adorables d\u00e9crets de Dieu, qui veut purifier ces \u00e2mes des petites taches qu\u2019elles peuvent avoir contract\u00e9es durant leur vie et leur assurer ainsi, en la rendant plus belle, la couronne de gloire dans le ciel. Il n\u2019en fut pas ainsi de notre Savio. Je crois que Dieu voulut lui donner ce centuple qu\u2019il accorde aux \u00e2mes des justes comme avant-go\u00fbt de la gloire du Paradis. En effet, l\u2019innocence conserv\u00e9e jusqu\u2019au dernier instant de sa vie, sa foi vive, ses pri\u00e8res continuelles, ses longues p\u00e9nitences et une vie tout enti\u00e8re sem\u00e9e de tribulations lui m\u00e9ritaient certainement cette consolation \u00e0 l\u2019heure de la mort.<\/p>\n<p>Il vit donc approcher la mort avec la tranquillit\u00e9 d\u2019une \u00e2me innocente ; il semblait m\u00eame que son corps n\u2019\u00e9prouv\u00e2t pas les angoisses et l\u2019oppression ins\u00e9parables de l\u2019effort que l\u2019\u00e2me doit naturellement faire pour rompre les liens du corps. En un mot, la mort de Savio peut \u00eatre appel\u00e9e un repos plut\u00f4t qu\u2019une mort.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le soir du 9 mars 1857. Il avait re\u00e7u toutes les consolations de notre sainte religion catholique. Celui qui l\u2019aurait seulement entendu parler et aurait observ\u00e9 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de son visage aurait cru voir quelqu\u2019un couch\u00e9 dans son lit pour se reposer. Son expression joyeuse, ses yeux encore vifs et sa pleine connaissance \u00e9taient des choses qui \u00e9tonnaient tout le monde ; personne, sauf lui-m\u00eame, ne pouvait se persuader qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019article de la mort.<\/p>\n<p>Une heure et demie avant qu\u2019il rend\u00eet le dernier soupir, le cur\u00e9 vint le visiter et, voyant sa tranquillit\u00e9, \u00e9couta avec \u00e9tonnement Dominique recommander son \u00e2me \u00e0 Dieu. Il faisait de fr\u00e9quentes et longues oraisons jaculatoires, qui toutes exprimaient son ardent d\u00e9sir d\u2019aller bient\u00f4t au ciel. \u00ab Que peut-on sugg\u00e9rer pour recommander l\u2019\u00e2me d\u2019un mourant comme celui-ci ? \u00bb dit le cur\u00e9. Apr\u00e8s avoir r\u00e9cit\u00e9 avec lui quelques pri\u00e8res, le pr\u00eatre allait se retirer lorsque Savio l\u2019appela et lui dit : \u00ab Mon P\u00e8re, avant de partir, laissez-moi quelque pens\u00e9e \u00e0 garder en m\u00e9moire. \u00bb \u00ab Pour ma part, r\u00e9pondit-il, je ne saurais quelle pens\u00e9e te laisser. \u00bb \u00ab Quelque pens\u00e9e qui me console. \u00bb \u00ab Je ne puis rien te dire de plus que de te souvenir de la Passion du Seigneur. \u00bb \u00ab Deo gratias, <em>r\u00e9pondit-il. Que la <\/em>Passion de notre Seigneur J\u00e9sus-Christ soit toujours dans mon esprit, sur mes l\u00e8vres et dans mon c\u0153ur. J\u00e9sus, Joseph et Marie, assistez-moi dans cette derni\u00e8re agonie ; J\u00e9sus, Joseph et Marie, que mon \u00e2me expire en paix avec vous. \u00bb Apr\u00e8s ces paroles, il s\u2019endormit et reposa pendant une demi-heure. Puis, se r\u00e9veillant, il tourna les yeux vers les siens. \u00ab Papa, dit-il, nous y voici. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Me voici, mon fils. De quoi as-tu besoin ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cher papa, c\u2019est le moment. Prenez mon <em>Giovane provveduto<\/em><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a> et lisez-moi les pri\u00e8res de la bonne mort. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 ces paroles, sa m\u00e8re \u00e9clata en sanglots et sortit de la chambre du malade. Le c\u0153ur de son p\u00e8re se brisait de douleur et les larmes \u00e9touffaient sa voix ; n\u00e9anmoins, il prit courage et commen\u00e7a \u00e0 lire cette pri\u00e8re. Dominique r\u00e9p\u00e9tait chaque mot avec attention et distinctement ; mais \u00e0 la fin de chaque partie, il voulait dire lui-m\u00eame : \u00ab J\u00e9sus mis\u00e9ricordieux, ayez piti\u00e9 de moi. \u00bb Lorsqu\u2019ils arriv\u00e8rent aux paroles : \u00ab Quand enfin mon \u00e2me para\u00eetra devant vous et contemplera pour la premi\u00e8re fois la splendeur immortelle de votre majest\u00e9, ne la repoussez pas de votre pr\u00e9sence, mais daignez me recevoir dans le sein aimant de votre mis\u00e9ricorde, afin que je chante \u00e9ternellement vos louanges \u00bb, il ajouta : \u00ab Oui, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je d\u00e9sire. Oh ! cher papa, chanter \u00e9ternellement les louanges du Seigneur ! \u00bb Puis il sembla retomber dans un l\u00e9ger sommeil, comme quelqu\u2019un qui r\u00e9fl\u00e9chit s\u00e9rieusement \u00e0 une chose de grande importance. Peu apr\u00e8s, il se r\u00e9veilla et, d\u2019une voix claire et souriante, dit : \u00ab Adieu, cher papa, adieu. Le cur\u00e9 voulait encore me dire quelque chose et je ne peux plus m\u2019en souvenir&#8230; Oh ! quelle belle chose je vois&#8230; \u00bb En disant cela, et souriant avec une expression de Paradis, il rendit le dernier soupir, les mains jointes en forme de croix sur la poitrine, sans faire le moindre mouvement.<\/p>\n<p>Va donc, \u00e2me fid\u00e8le, vers ton Cr\u00e9ateur. Le ciel t\u2019est ouvert ; les anges et les saints t\u2019ont pr\u00e9par\u00e9 une grande f\u00eate. Ce J\u00e9sus que tu as tant aim\u00e9 t\u2019invite et t\u2019appelle en disant : \u00ab Viens, serviteur bon et fid\u00e8le ; viens, tu as combattu, tu as remport\u00e9 la victoire ; viens maintenant poss\u00e9der une joie qui ne te manquera jamais : <em>Intra in gaudium Domini tui. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833827\"><\/a>CHAPITRE XXVI. Nouvelle de sa mort &#8211; Paroles du professeur don Picco \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves<a name=\"_Toc504540976\"><\/a><a name=\"_Toc504541411\"><\/a><a name=\"_Toc504541973\"><\/a><a name=\"_Toc530304070\"><\/a><a name=\"_Toc24283683\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorsque le p\u00e8re de Dominique le vit prononcer les paroles que nous avons rapport\u00e9es puis incliner la t\u00eate comme pour se reposer, il crut vraiment qu\u2019il s\u2019\u00e9tait rendormi. Il le laissa ainsi quelques instants ; puis, voulant l\u2019appeler, il s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mort. Je laisse chacun imaginer la d\u00e9solation des parents \u00e0 la perte d\u2019un fils qui unissait l\u2019innocence et la pi\u00e9t\u00e9 aux mani\u00e8res les plus gracieuses et les plus aimables.<\/p>\n<p>Nous aussi, ici dans la maison de l\u2019Oratoire, nous attendions avec anxi\u00e9t\u00e9 des nouvelles de cet ami et compagnon v\u00e9n\u00e9r\u00e9 lorsque je re\u00e7us une lettre de son p\u00e8re qui commen\u00e7ait ainsi : \u00ab Les larmes aux yeux, je vous annonce la plus triste nouvelle : mon cher fils Dominique, votre \u00e9l\u00e8ve, comme un lis sans tache, comme un Louis de Gonzague, a rendu son \u00e2me au Seigneur hier soir, le neuf de ce mois de mars, apr\u00e8s avoir re\u00e7u les saints Sacrements et la b\u00e9n\u00e9diction papale de la mani\u00e8re la plus consolante. \u00bb<\/p>\n<p>Cette nouvelle jeta ses compagnons dans la consternation. Les uns pleuraient en lui la perte d\u2019un ami et d\u2019un fid\u00e8le conseiller ; les autres d\u00e9ploraient d\u2019avoir perdu un mod\u00e8le de v\u00e9ritable pi\u00e9t\u00e9. Quelques-uns se r\u00e9unirent pour prier pour le repos de son \u00e2me. Mais le plus grand nombre allait r\u00e9p\u00e9tant :<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019\u00e9tait un saint ; maintenant il est d\u00e9j\u00e0 au Paradis. \u00bb D\u2019autres commenc\u00e8rent \u00e0 se recommander \u00e0 lui comme \u00e0 un protecteur aupr\u00e8s de Dieu. Tous rivalis\u00e8rent ensuite pour obtenir quelque objet qui lui avait appartenu.<\/p>\n<p>Lorsque la nouvelle fut port\u00e9e au professeur don Picco, il en fut profond\u00e9ment afflig\u00e9. Une fois ses \u00e9l\u00e8ves r\u00e9unis, il leur communiqua la triste annonce avec une grande \u00e9motion en ces termes : \u00ab Il n\u2019y a pas longtemps, mes chers jeunes gens, lorsque par hasard je vous parlais de la fragilit\u00e9 de la vie humaine, je vous faisais remarquer que la mort n\u2019\u00e9pargne parfois pas m\u00eame votre \u00e2ge florissant. Comme exemple, je vous racontais comment, il y a deux ans, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette \u00e9poque, un jeune homme plein de vie et de vigueur fr\u00e9quentait cette m\u00eame \u00e9cole et se tenait ici devant moi \u00e0 \u00e9couter ; apr\u00e8s une absence de quelques jours seulement, il passa de cette vie, pleur\u00e9 par ses parents et ses amis.<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a> En vous rappelant ce douloureux \u00e9v\u00e9nement, j\u2019\u00e9tais bien loin de penser que l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9sente serait attrist\u00e9e par un deuil semblable et que l\u2019exemple se renouvellerait si t\u00f4t dans l\u2019un de ces m\u00eames jeunes gens qui m\u2019\u00e9coutaient. Oui, mes chers jeunes gens, je dois vous affliger par une nouvelle douloureuse. La faux de la mort a tranch\u00e9 avant-hier la vie de l\u2019un de vos compagnons les plus vertueux, le bon jeune Dominique Savio. Vous vous souvenez peut-\u00eatre que, dans les derniers jours o\u00f9 il fr\u00e9quenta l\u2019\u00e9cole, il paraissait tourment\u00e9 par une forte toux ; aucun de nous ne s\u2019\u00e9tonna donc lorsqu\u2019on apprit qu\u2019\u00e0 cause d\u2019elle il avait \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de rester absent de l\u2019\u00e9cole. Afin de mieux soigner sa maladie et, pr\u00e9voyant d\u00e9j\u00e0, comme il l\u2019avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs, sa fin prochaine, il suivit le conseil des m\u00e9decins et de ses sup\u00e9rieurs et retourna dans sa famille. L\u00e0, la violence de la maladie se d\u00e9veloppa rapidement et, apr\u00e8s quatre jours seulement de maladie, il rendit au Cr\u00e9ateur son esprit innocent.<\/p>\n<p>\u00ab Hier, j\u2019ai lu la lettre dans laquelle son p\u00e8re accabl\u00e9 de douleur donnait la p\u00e9nible nouvelle, et dans sa simplicit\u00e9 elle peignait d\u2019une mani\u00e8re telle la sainte mort de cet ange que j\u2019en fus \u00e9mu jusqu\u2019aux larmes. Il ne trouve pas de paroles plus propres \u00e0 louer son fils bien-aim\u00e9 que de l\u2019appeler un autre saint Louis de Gonzague, tant par la saintet\u00e9 de sa vie que par sa bienheureuse r\u00e9signation dans la mort. Je vous assure que je regrette vivement qu\u2019il ait fr\u00e9quent\u00e9 mon \u00e9cole si peu de temps et que, pendant cette courte p\u00e9riode, sa mauvaise sant\u00e9 ne m\u2019ait pas permis de le conna\u00eetre et de traiter avec lui davantage qu\u2019il n\u2019est possible dans une \u00e9cole assez nombreuse. Je laisse donc \u00e0 ses sup\u00e9rieurs le soin de vous dire quelle \u00e9tait la saintet\u00e9 de ses sentiments et quelle ferveur il montrait dans la pi\u00e9t\u00e9 ; je laisse \u00e0 ses compagnons et amis, qui \u00e9taient chaque jour avec lui et vivaient famili\u00e8rement avec lui, le soin de vous parler de la modestie de sa conduite, de toute sa tenue et de la gravit\u00e9 de ses conversations ; je laisse \u00e0 ses parents le soin de vous dire son ob\u00e9issance, son respect et sa docilit\u00e9. Et que puis-je vous rappeler qui ne soit d\u00e9j\u00e0 connu de vous tous ? Je dirai seulement qu\u2019il fut toujours digne d\u2019\u00e9loge par sa conduite et son calme \u00e0 l\u2019\u00e9cole, par sa diligence et son exactitude dans l\u2019accomplissement de chaque devoir, et par son attention continuelle \u00e0 mon enseignement ; et je me tiendrais pour heureux si chacun de vous prenait la r\u00e9solution de suivre son saint exemple.<\/p>\n<p>\u00ab Avant m\u00eame que son \u00e2ge et ses \u00e9tudes lui permissent de fr\u00e9quenter notre \u00e9cole, comme depuis trois ans il \u00e9tait au nombre de ceux qui recevaient logement et instruction \u00e0 l\u2019Oratoire de Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales, j\u2019avais plusieurs fois entendu le Directeur de cet Oratoire parler de lui et le louer comme l\u2019un des jeunes gens les plus studieux et les plus vertueux de cette maison. Son ardeur pour l\u2019\u00e9tude \u00e9tait telle, et si rapides \u00e9taient les progr\u00e8s qu\u2019il avait faits dans les premi\u00e8res classes de latin, que je d\u00e9sirais vivement le compter parmi mes \u00e9l\u00e8ves et que je nourrissais de grandes esp\u00e9rances au sujet de son intelligence. Avant m\u00eame de l\u2019avoir dans ma classe, je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 \u00e0 quelques-uns de mes \u00e9l\u00e8ves comme un rival avec lequel il serait beau de rivaliser, dans l\u2019\u00e9tude non moins que dans la vertu. Dans mes fr\u00e9quentes visites \u00e0 l\u2019Oratoire, lorsque je voyais sur lui ce visage doux que vous lui connaissiez et ce regard innocent, jamais je ne le contemplais sans me sentir port\u00e9 \u00e0 l\u2019aimer et \u00e0 l\u2019admirer. Il ne d\u00e9\u00e7ut certes pas les belles esp\u00e9rances que j\u2019avais con\u00e7ues lorsque, pendant la pr\u00e9sente ann\u00e9e scolaire, il commen\u00e7a \u00e0 fr\u00e9quenter mes classes. J\u2019en appelle \u00e0 vous, chers jeunes gens, qui avez \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de son recueillement et de son application non seulement pendant le temps o\u00f9 le devoir l\u2019appelait \u00e0 m\u2019\u00e9couter, mais encore durant ces intervalles que beaucoup de jeunes gens, sans manquer pourtant de docilit\u00e9 ni de diligence, ne se font ordinairement aucun scrupule de perdre. Je vous demande, \u00e0 vous qui f\u00fbtes ses compagnons non seulement \u00e0 l\u2019\u00e9cole mais aussi dans la vie ordinaire de la maison, si vous l\u2019avez jamais vu faire quelque chose qui montr\u00e2t qu\u2019il oubliait l\u2019un de ses devoirs.<\/p>\n<p>\u00ab Il me semble encore le voir lorsque, avec cette modestie qui lui \u00e9tait toute propre, il entrait dans la classe, prenait sa place et, durant tout le temps qui pr\u00e9c\u00e9dait le commencement des le\u00e7ons, bien loin des bavardages oisifs habituels aux jeunes de son \u00e2ge, r\u00e9p\u00e9tait sa le\u00e7on, \u00e9crivait des notes ou s\u2019occupait de quelque lecture utile. Et lorsque la le\u00e7on commen\u00e7ait, avec quelle attention je voyais ce visage ang\u00e9lique suspendu \u00e0 mes paroles ! Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que, malgr\u00e9 son \u00e2ge tendre et sa sant\u00e9 faible, le profit qu\u2019il tirait de ses \u00e9tudes gr\u00e2ce \u00e0 son intelligence f\u00fbt tr\u00e8s grand. La preuve en est que, dans un nombre consid\u00e9rable de jeunes gens, la plupart dou\u00e9s d\u2019une capacit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019ordinaire, bien que la maladie qui devait finalement le conduire au tombeau travaill\u00e2t d\u00e9j\u00e0 en lui et l\u2019oblige\u00e2t par cons\u00e9quent \u00e0 de fr\u00e9quentes absences, il conserva n\u00e9anmoins presque toujours l\u2019une des premi\u00e8res places de sa classe. Mais une chose attirait mon attention d\u2019une mani\u00e8re toute particuli\u00e8re et excitait mon admiration : voir combien cette jeune \u00e2me se montrait unie \u00e0 Dieu, affectueuse et fervente dans la pri\u00e8re. Il est assez commun, m\u00eame chez les jeunes gens les moins dissip\u00e9s, que, entra\u00een\u00e9s par la vivacit\u00e9 naturelle de leur \u00e2ge, ils aient de la peine \u00e0 recueillir leur esprit dans les exercices de pi\u00e9t\u00e9. Il n\u2019en \u00e9tait pas ainsi chez Dominique. Que de fois je l\u2019ai observ\u00e9, le regard tourn\u00e9 vers le ciel \u2014 ce ciel qui devait si bient\u00f4t devenir sa demeure \u2014, recueillir tous ses sentiments et, par cet acte, les offrir au Seigneur et \u00e0 sa Tr\u00e8s Sainte M\u00e8re avec toute la pl\u00e9nitude d\u2019affection exig\u00e9e par les pri\u00e8res que l\u2019on r\u00e9citait ! Et ces sentiments, mes chers jeunes gens, \u00e9taient ceux-l\u00e0 m\u00eames qui animaient ses pens\u00e9es dans l\u2019accomplissement de chaque devoir ; ce sont eux qui sanctifiaient chacun de ses actes et chacune de ses paroles et dirigeaient toute sa vie enti\u00e8rement vers la gloire de Dieu. Heureux les jeunes gens qui s\u2019inspirent de telles pens\u00e9es ! Ils trouveront leur bonheur dans cette vie et dans l\u2019autre, et ils rendront heureux les parents qui les \u00e9l\u00e8vent, les ma\u00eetres qui les instruisent et tous ceux qui s\u2019occupent de leur bien.<\/p>\n<p>\u00ab Tr\u00e8s chers jeunes gens, la vie est un don tr\u00e8s pr\u00e9cieux que Dieu nous a accord\u00e9 afin de nous fournir les moyens d\u2019acqu\u00e9rir des m\u00e9rites pour le ciel ; et il en sera ainsi si tout ce que nous faisons est de nature \u00e0 pouvoir \u00eatre offert \u00e0 ce souverain Donateur, comme le fit notre Dominique. Mais que dirons-nous du jeune homme qui passe toute sa vie dans l\u2019oubli complet de la fin \u00e0 laquelle Dieu l\u2019a destin\u00e9, qui ne trouve jamais un moment pour consacrer ses affections au Cr\u00e9ateur, qui ne donne jamais dans son c\u0153ur place \u00e0 une aspiration qui l\u2019\u00e9l\u00e8ve vers son Dieu ? Et que dirons-nous encore du jeune homme qui fait tout ce qu\u2019il peut pour tenir loin de lui de tels sentiments, ou pour les combattre et les \u00e9touffer s\u2019il les sent s\u2019approcher de son c\u0153ur ? Ah ! r\u00e9fl\u00e9chissez un peu \u00e0 la sainte vie et \u00e0 la sainte fin de votre tr\u00e8s cher compagnon, au sort enviable dont nous pouvons esp\u00e9rer qu\u2019il jouit maintenant ; puis, ramenant vos pens\u00e9es sur vous-m\u00eames, examinez ce qui vous manque encore pour lui ressembler et ce que vous voudriez \u00eatre si, comme lui, vous vous trouviez sur le point de para\u00eetre devant ce tribunal o\u00f9 Dieu demandera \u00e0 chacun un compte s\u00e9v\u00e8re m\u00eame de la plus petite faute. Si donc, dans cette comparaison, vous trouvez la diff\u00e9rence grande, placez-le devant vous comme mod\u00e8le ; imitez ses vertus chr\u00e9tiennes ; pr\u00e9parez vos \u00e2mes \u00e0 \u00eatre comme la sienne, pures et nettes aux yeux de Dieu, afin qu\u2019\u00e0 l\u2019appel inattendu que, t\u00f4t ou tard, nous devons tous in\u00e9vitablement entendre, nous puissions r\u00e9pondre avec la joie sur le visage et le sourire sur les l\u00e8vres, comme le fit votre ang\u00e9lique condisciple. \u00c9coutez encore un de mes d\u00e9sirs, avec lequel je termine ces paroles. Si je remarque que mes \u00e9l\u00e8ves font place dans leur conduite \u00e0 une am\u00e9lioration sensible, si d\u00e9sormais je les vois plus exacts dans leurs devoirs et plus profond\u00e9ment convaincus de l\u2019importance de la v\u00e9ritable pi\u00e9t\u00e9, je consid\u00e9rerai cela comme un effet du saint exemple de notre Dominique et comme une gr\u00e2ce obtenue du ciel par ses pri\u00e8res, en r\u00e9compense du fait que pendant quelque temps vous f\u00fbtes ses compagnons et moi son ma\u00eetre. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que le professeur don Picco exprima \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves l\u2019impression profonde et douloureuse qu\u2019il avait \u00e9prouv\u00e9e en recevant la nouvelle de la mort de son cher \u00e9l\u00e8ve Dominique Savio.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><a name=\"_Toc241833828\"><\/a>CHAPITRE XXVII. \u00c9mulation des vertus de Savio &#8211; Beaucoup se recommandent \u00e0 lui pour obtenir des faveurs c\u00e9lestes et sont exauc\u00e9s &#8211; Un souvenir pour tous<a name=\"_Toc504540977\"><\/a><a name=\"_Toc504541412\"><\/a><a name=\"_Toc504541974\"><\/a><a name=\"_Toc530304071\"><\/a><a name=\"_Toc24283684\"><\/a><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Celui qui a lu ce que nous avons \u00e9crit sur le jeune Dominique Savio ne sera pas surpris que Dieu se soit plu \u00e0 le favoriser de dons particuliers, faisant resplendir ses vertus de diverses mani\u00e8res. Tant qu\u2019il \u00e9tait encore en vie, beaucoup eurent soin de suivre ses conseils et ses exemples et d\u2019imiter ses vertus ; beaucoup aussi, touch\u00e9s par sa conduite remarquable, la saintet\u00e9 de sa vie et l\u2019innocence de son comportement, se recommandaient \u00e0 ses pri\u00e8res. Et l\u2019on rapporte qu\u2019un certain nombre de gr\u00e2ces furent obtenues par les pri\u00e8res que le jeune Savio adressait \u00e0 Dieu alors qu\u2019il vivait encore en cette vie mortelle. Mais apr\u00e8s sa mort, la confiance et la v\u00e9n\u00e9ration envers lui augment\u00e8rent beaucoup.<\/p>\n<p>D\u00e8s que la nouvelle de sa mort nous parvint, plusieurs de ses compagnons allaient le proclamant saint. Ils se r\u00e9unirent pour r\u00e9citer les Litanies pour un d\u00e9funt ; mais au lieu de r\u00e9pondre ora pro eo <em>\u2014 c\u2019est-\u00e0-dire<\/em> : <em>\u00ab Sainte Marie, priez pour le repos de son \u00e2me \u00bb \u2014, un<\/em> bon nombre r\u00e9pondaient <em>ora pro nobis : \u00ab Sainte Marie, priez pour nous.<\/em> \u00bb \u00ab Parce que, disaient-ils, maintenant Savio jouit d\u00e9j\u00e0 de la gloire du Paradis et n\u2019a plus besoin de nos pri\u00e8res. \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019autres ajoutaient : \u00ab Si Dominique Savio, qui a men\u00e9 une vie si pure et si sainte, n\u2019est pas all\u00e9 directement au Paradis, qui pourrait jamais dire qu\u2019il peut y aller ? \u00bb D\u00e8s lors, divers amis et compagnons qui avaient admir\u00e9 ses vertus pendant sa vie cherch\u00e8rent \u00e0 le prendre pour mod\u00e8le dans la pratique du bien et commenc\u00e8rent \u00e0 se recommander \u00e0 lui comme \u00e0 un protecteur c\u00e9leste.<\/p>\n<p>Presque chaque jour, on rapportait des gr\u00e2ces, tant\u00f4t concernant le corps, tant\u00f4t l\u2019\u00e2me. J\u2019ai vu un gar\u00e7on qui souffrait d\u2019un mal de dents si violent qu\u2019il en devenait presque fou. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre recommand\u00e9 \u00e0 son compagnon Savio par une courte pri\u00e8re, la douleur cessa \u00e0 l\u2019instant, et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 sujet \u00e0 cette p\u00e9nible affection. Beaucoup se recommand\u00e8rent \u00e0 lui pour \u00eatre d\u00e9livr\u00e9s de fi\u00e8vres et furent exauc\u00e9s. J\u2019ai moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin d\u2019une personne qui obtint imm\u00e9diatement la gr\u00e2ce d\u2019\u00eatre d\u00e9livr\u00e9e d\u2019une violente fi\u00e8vre.<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> J\u2019ai devant moi de nombreux r\u00e9cits de personnes exposant des faveurs c\u00e9lestes obtenues de Dieu par l\u2019intercession de Savio. Mais, bien que le caract\u00e8re et l\u2019autorit\u00e9 des personnes qui attestent ces faits soient en tout dignes de foi, comme elles vivent encore, je crois pr\u00e9f\u00e9rable de les omettre pour le moment et de me contenter de rapporter ici une seule gr\u00e2ce particuli\u00e8re obtenue par un \u00e9tudiant en philosophie qui avait \u00e9t\u00e9 condisciple de Dominique.<\/p>\n<p>En 1858, ce jeune homme souffrit de graves troubles de sant\u00e9. Sa sant\u00e9 s\u2019alt\u00e9ra au point qu\u2019il dut interrompre le cours de philosophie, se soumettre \u00e0 de nombreux traitements et, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, ne put se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019examen. Il d\u00e9sirait vivement pouvoir au moins se pr\u00e9parer pour l\u2019examen de la Toussaint, car<em> il \u00e9viterait <\/em>ainsi de perdre une ann\u00e9e d\u2019\u00e9tude. Mais \u00e0 mesure que ses maux augmentaient, ses esp\u00e9rances diminuaient. Il passa quelque temps de l\u2019automne aupr\u00e8s de parents \u00e0 la maison et quelque temps chez des amis \u00e0 la campagne, et il lui sembla que sa sant\u00e9 s\u2019\u00e9tait un peu am\u00e9lior\u00e9e. Mais, revenu \u00e0 Turin et ayant repris l\u2019\u00e9tude pendant peu de temps, il rechuta plus gravement qu\u2019auparavant. \u00ab J\u2019\u00e9tais proche des examens, t\u00e9moigne-t-il, et ma sant\u00e9 \u00e9tait dans un \u00e9tat d\u00e9plorable. Les troubles de l\u2019estomac et de la t\u00eate m\u2019enlevaient tout espoir de me pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019examen tant d\u00e9sir\u00e9, qui avait pour moi la plus grande importance. Encourag\u00e9 par ce que j\u2019entendais raconter de mon cher compagnon Dominique, je voulus moi aussi me recommander \u00e0 lui en faisant une neuvaine \u00e0 Dieu en l\u2019honneur de ce condisciple. Parmi les pri\u00e8res que j\u2019avais r\u00e9solu de faire, il y avait celle-ci : Cher compagnon, toi qui, pour ma grande consolation et mon bonheur, as \u00e9t\u00e9 mon condisciple pendant plus d\u2019une ann\u00e9e, toi qui, dans une sainte \u00e9mulation, rivalisais avec moi pour la premi\u00e8re place de notre classe, tu sais combien j\u2019ai besoin de me pr\u00e9senter \u00e0 mon examen. Obtiens-moi donc, je t\u2019en prie, du Seigneur un peu de sant\u00e9 afin que je puisse m\u2019y pr\u00e9parer.<\/p>\n<p>\u00ab Le cinqui\u00e8me jour de la neuvaine n\u2019\u00e9tait pas encore achev\u00e9 que ma sant\u00e9 commen\u00e7a \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer d\u2019une mani\u00e8re si notable et si rapide que je pus bient\u00f4t reprendre mes \u00e9tudes et, avec une facilit\u00e9 inhabituelle, apprendre les mati\u00e8res prescrites et passer tr\u00e8s bien l\u2019examen. La gr\u00e2ce ne fut pas momentan\u00e9e, car \u00e0 pr\u00e9sent je me trouve dans un \u00e9tat de sant\u00e9 normal tel que je n\u2019en avais pas joui depuis plus d\u2019un an. Je reconnais l\u00e0 une gr\u00e2ce obtenue de Dieu par l\u2019intercession de ce compagnon, mon ami intime pendant sa vie, mon aide et mon r\u00e9confort maintenant qu\u2019il jouit de la gloire du ciel. Plus de deux mois se sont \u00e9coul\u00e9s depuis que cette gr\u00e2ce a \u00e9t\u00e9 obtenue, et ma sant\u00e9 demeure la m\u00eame, \u00e0 ma grande consolation et \u00e0 mon grand avantage. \u00bb<\/p>\n<p>Avec ce fait, je mets fin \u00e0 la vie du jeune Savio, me r\u00e9servant la possibilit\u00e9 d\u2019imprimer ci-dessous quelques autres \u00e9v\u00e9nements sous forme d\u2019appendice, de la mani\u00e8re qui para\u00eetra pouvoir le mieux contribuer \u00e0 la plus grande gloire de Dieu et au bien des \u00e2mes. Maintenant, cher lecteur, puisque vous avez bien voulu lire ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sur ce vertueux jeune homme, je voudrais que vous arriviez avec moi \u00e0 une conclusion qui puisse apporter un v\u00e9ritable profit \u00e0 moi, \u00e0 vous et \u00e0 tous ceux qui pourront lire ce petit livre. Je veux dire que nous devons nous efforcer, avec une ferme r\u00e9solution, d\u2019imiter le jeune Savio dans les vertus compatibles avec notre \u00e9tat de vie. Dans sa pauvret\u00e9, il v\u00e9cut une vie tr\u00e8s joyeuse, vertueuse et innocente, couronn\u00e9e par une sainte mort. Imitons-le dans sa mani\u00e8re de vivre, et nous aurons un double gage de lui ressembler dans sa pr\u00e9cieuse mort.<\/p>\n<p>Mais ne manquons pas d\u2019imiter Savio dans la fr\u00e9quentation du Sacrement de la Confession, qui fut son soutien dans la pratique constante de la vertu et le guide s\u00fbr qui le conduisit \u00e0 une fin de vie si glorieuse. Approchons-nous fr\u00e9quemment, au cours de notre vie, et avec les dispositions requises, de ce bain salutaire ; mais chaque fois que nous nous en approchons, ne manquons pas de r\u00e9fl\u00e9chir quelque peu \u00e0 nos confessions pass\u00e9es, afin de nous assurer qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 bien faites et, si nous en voyons la n\u00e9cessit\u00e9, de r\u00e9parer les d\u00e9fauts qui auraient pu s\u2019y rencontrer. Il me semble que c\u2019est le moyen le plus s\u00fbr de vivre des jours heureux au milieu des afflictions de la vie, au terme desquels nous verrons nous aussi s\u2019approcher avec calme le moment de la mort. Alors, la joie sur le visage et la paix dans le c\u0153ur, nous irons \u00e0 la rencontre de notre Seigneur J\u00e9sus-Christ, qui, dans sa bont\u00e9, nous recevra, nous jugera selon sa grande mis\u00e9ricorde et nous conduira \u2014 comme je l\u2019esp\u00e8re pour moi et pour vous, cher lecteur \u2014 des tribulations de la vie \u00e0 la bienheureuse \u00e9ternit\u00e9, afin de le louer et de le b\u00e9nir dans les si\u00e8cles des si\u00e8cles. Amen.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Avec un appendice sur les gr\u00e2ces obtenues par son intercession, \u00e9dit\u00e9 par le p\u00e8re Giovanni Bosco<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quatri\u00e8me \u00e9dition augment\u00e9e, Turin, 1878, Imprimerie et Librairie sal\u00e9siennes, Sampierdarena &#8211; Nice<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a>Lire : <em>paysans. L\u2019erreur<\/em> typographique se trouve dans la quatri\u00e8me \u00e9dition <em>(N. de l\u2019\u00c9d.).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>Autrefois, on l\u2019appelait Castelnuovo di Rivalba, parce qu\u2019il d\u00e9pendait des comtes Biandrate, seigneurs de ce lieu. Vers l\u2019an 1300, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 conquis par les habitants d\u2019Asti, il fut ensuite appel\u00e9 Castelnuovo d\u2019Asti. \u2013 \u00c0 cette \u00e9poque, il \u00e9tait tr\u00e8s peupl\u00e9 de gens industrieux et tr\u00e8s appliqu\u00e9s au commerce, qu\u2019ils exer\u00e7aient dans diverses villes d\u2019Europe. Il fut la patrie de nombreux hommes illustres. Le c\u00e9l\u00e8bre Giovanni Argentero, appel\u00e9 le grand m\u00e9decin de ce<em> si\u00e8cle, naquit<\/em> \u00e0 Castelnuovo d\u2019Asti en 1513 et \u00e9crivit de nombreux ouvrages d\u2019une vaste \u00e9rudition. Il \u00e9tait tr\u00e8s pieux et fort d\u00e9vot envers la grande M\u00e8re de Dieu, et il \u00e9rigea en son honneur la chapelle de Notre-Dame du Peuple dans l\u2019\u00e9glise paroissiale de Saint-Augustin \u00e0 Turin. Son corps fut enseveli dans l\u2019\u00e9glise m\u00e9tropolitaine avec une honorable inscription que l\u2019on peut encore voir. \u2013 Beaucoup d\u2019autres personnages illustr\u00e8rent cette localit\u00e9. Plus r\u00e9cemment, il y eut le pr\u00eatre Giuseppe Cafasso, homme tr\u00e8s recommandable par sa pi\u00e9t\u00e9, sa science th\u00e9ologique et sa charit\u00e9 envers les malades, les prisonniers, les condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud et les malheureux de toute sorte. Il naquit en 1811 et mourut en 1860. (Voir Casalis, Dictionnaire.) <em>(a). \u2013 * Pour <\/em>la commodit\u00e9 des lecteurs, rappelons que le mille pi\u00e9montais \u00e9quivalait \u00e0 2,466 kilom\u00e8tres (N.<em> de l\u2019\u00c9d.).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>On l\u2019appelle Riva di Chieri pour la distinguer d\u2019autres localit\u00e9s du m\u00eame nom ; elle se trouve \u00e0 quatre kilom\u00e8tres de Chieri. Par un dipl\u00f4me de 1164, l\u2019empereur Fr\u00e9d\u00e9ric investit le comte Biandrate de la seigneurie de Riva di Chieri. Elle fut ensuite c\u00e9d\u00e9e aux habitants d\u2019Asti. Au XVIe si\u00e8cle, elle passa sous la domination de la Maison de Savoie. \u2013 Monseigneur Agostino della Chiesa et Bonino, <em>dans leur biographie<\/em> m\u00e9dicale, parlent longuement de nombreux personnages illustres qui y naquirent <em>(a)<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>Le chapelain de ce hameau \u00e9tait alors le pr\u00eatre Giovanni Zucca, de Moriondo, aujourd\u2019hui domicili\u00e9 dans son pays natal <em>(a)<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>Mondonio, appel\u00e9 aussi Mondomio ou Mondone, est un petit village d\u2019environ 400 habitants, situ\u00e9 \u00e0 deux milles de Castelnuovo d\u2019Asti, avec lequel il communique facilement par une route r\u00e9cemment am\u00e9nag\u00e9e au moyen du percement d\u2019une colline. \u2013 On trouve des mentions de ce village remontant \u00e0 1034. Il passa sous la domination de la Maison de Savoie par le trait\u00e9 de Cherasco de 1631. (Voir Casalis, Dictionnaire.) (a). <em>\u2013 Cette <\/em>note historique fut ajout\u00e9e par l\u2019Auteur dans la quatri\u00e8me \u00e9dition.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>Le pr\u00eatre Giuseppe Cugliero, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 quelques ann\u00e9es comme chapelain b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 Pino di Chieri et apr\u00e8s une vie exemplaire, s\u2019endormit dans le Seigneur dans cette m\u00eame localit\u00e9 <em>(a)<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>Ces pr\u00e9s sont aujourd\u2019hui enti\u00e8rement couverts de b\u00e2timents, et le lieu de cette altercation correspond \u00e0 l\u2019emplacement sur lequel s\u2019\u00e9l\u00e8ve l\u2019\u00e9glise paroissiale Sainte-Barbe (a). <em>(Note ajout\u00e9e dans la <\/em>cinqui\u00e8me <em>\u00e9dition.)<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>Ce petit chapelet est imprim\u00e9 dans de nombreux livres, notamment dans le<em> Giovane Provveduto (a).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>LUIGI COMOLLO naquit \u00e0 Cinzano en 1818 et mourut en 1839, avec une r\u00e9putation de vertu singuli\u00e8re, au S\u00e9minaire de Chieri, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 22 ans. La vie de ce mod\u00e8le pour les jeunes fut imprim\u00e9e pour la seconde fois dans la premi\u00e8re ann\u00e9e des <em>Lectures catholiques (a).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>L\u2019un de ceux qui aid\u00e8rent avec le plus d\u2019efficacit\u00e9 Dominique Savio \u00e0 fonder la Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception et \u00e0 r\u00e9diger son r\u00e8glement fut Giuseppe Bongioanni. Orphelin de p\u00e8re et de m\u00e8re, il avait \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9 par une tante au Directeur de l\u2019Oratoire, qui l\u2019accueillit charitablement en novembre 1854. Il avait alors dix-sept ans et, contraint par les circonstances, il vint \u00e0 contrec\u0153ur, l\u2019esprit encore rempli de vanit\u00e9s mondaines et de vains pr\u00e9jug\u00e9s en mati\u00e8re de religion. Cependant, l\u2019action de la gr\u00e2ce divine se manifesta clairement en lui, car en peu de temps il s\u2019attacha beaucoup \u00e0 la maison, aux r\u00e8gles et aux Sup\u00e9rieurs ; peu \u00e0 peu il rectifia ses id\u00e9es et se consacra avec toute son ardeur \u00e0 acqu\u00e9rir la vertu et \u00e0 pratiquer la pi\u00e9t\u00e9. Dou\u00e9 d\u2019un esprit tr\u00e8s p\u00e9n\u00e9trant et d\u2019une grande facilit\u00e9 \u00e0 apprendre, il s\u2019appliqua \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Avec une remarquable rapidit\u00e9, il acheva les \u00e9tudes classiques avec d\u2019excellents r\u00e9sultats. Pourvu d\u2019une vive imagination, il montra une grande aptitude \u00e0 la po\u00e9sie, tant en italien qu\u2019en dialecte ; et tandis que, dans la conversation famili\u00e8re, il r\u00e9jouissait ses amis en improvisant sur des sujets plaisants, \u00e0 sa table de travail il composait de beaux po\u00e8mes, dont beaucoup furent publi\u00e9s, comme celui en l\u2019honneur de Marie Auxiliatrice qui commence : Salve, Salve,<em> pietosa Maria, etc., et que l\u2019<\/em>on trouve dans le<em> Giovane <\/em>Provveduto.<\/p>\n<p>S\u2019\u00e9tant engag\u00e9 dans la voie eccl\u00e9siastique, il se distingua toujours pendant toute sa formation cl\u00e9ricale par la pi\u00e9t\u00e9, la fid\u00e8le observance des r\u00e8gles et le z\u00e8le pour le bien de ses compagnons. Ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1863, il est impossible de dire avec quelle ferveur il se consacra au saint minist\u00e8re. Bien qu\u2019il ne f\u00fbt pas particuli\u00e8rement favoris\u00e9 quant \u00e0 la voix, il se rendait n\u00e9anmoins si agr\u00e9able dans la pr\u00e9dication, par l\u2019excellence de la mati\u00e8re et l\u2019onction avec laquelle il l\u2019exposait, qu\u2019on l\u2019\u00e9coutait tr\u00e8s volontiers et qu\u2019il obtenait des fruits abondants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir aid\u00e9 Dominique Savio, auquel l\u2019unissait une sainte amiti\u00e9, \u00e0 fonder la Compagnie de l\u2019Immacul\u00e9e Conception, alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait encore que clerc, il fonda, avec la permission du Sup\u00e9rieur, une autre compagnie en l\u2019honneur du Tr\u00e8s Saint Sacrement. Son but \u00e9tait de promouvoir le culte parmi les jeunes et de former au service des fonctions sacr\u00e9es les \u00e9l\u00e8ves les plus distingu\u00e9s par leur vertu, constituant ainsi un Petit Clerg\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 en accro\u00eetre la dignit\u00e9 et la beaut\u00e9. Devenu pr\u00eatre, il continua de promouvoir cette compagnie avec une activit\u00e9 plus grande et d\u2019excellents r\u00e9sultats. On peut dire avec raison que, si la Congr\u00e9gation de Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales a d\u00e9j\u00e0 pu donner \u00e0 l\u2019\u00c9glise un bon nombre de ministres de l\u2019autel, cela est d\u00fb en grande partie aux saints soins de don Bongioanni pour le Petit Clerg\u00e9.<\/p>\n<p>En 1868, \u00e0 l\u2019approche de la cons\u00e9cration de l\u2019\u00e9glise construite \u00e0 Valdocco en l\u2019honneur de Marie Auxiliatrice, don Bongioanni travailla de toutes ses forces \u00e0 pr\u00e9parer tout ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 cette fonction, surtout en disposant le Petit Clerg\u00e9 \u00e0 accomplir d\u2019une mani\u00e8re \u00e9difiante sa t\u00e2che le jour de la f\u00eate et pendant l\u2019octave suivante, qui devait elle aussi \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re extraordinaire. Enflamm\u00e9 d\u2019un ardent amour pour la Tr\u00e8s Sainte Vierge, il n\u2019\u00e9pargna ni soins, ni travaux, ni fatigues, particuli\u00e8rement la veille, le 8 juin de cette ann\u00e9e-l\u00e0. Marie Auxiliatrice, accueillant sa fervente d\u00e9votion et son hommage, lui obtint bient\u00f4t la r\u00e9compense. Mais elle voulut auparavant le soumettre \u00e0 une \u00e9preuve qui, support\u00e9e avec r\u00e9signation, acquit certainement un grand m\u00e9rite \u00e0 ce bon pr\u00eatre. Celui qui avait tant travaill\u00e9 au succ\u00e8s des c\u00e9l\u00e9brations se trouva malade le 9 juin, jour de la cons\u00e9cration, au point de ne pouvoir se lever de son lit. Pendant les jours suivants, la maladie continua. D\u00e9sirant pouvoir au moins une fois c\u00e9l\u00e9brer les divins myst\u00e8res dans la nouvelle \u00e9glise, il supplia ardemment la Tr\u00e8s Sainte Vierge de lui obtenir cette gr\u00e2ce. Le dimanche dans l\u2019octave, il \u00e9prouva une telle reprise de forces que, apr\u00e8s la pr\u00e9paration convenable, il put s\u2019approcher de l\u2019autel et c\u00e9l\u00e9brer la sainte Messe, \u00e0 l\u2019immense consolation de son c\u0153ur. Apr\u00e8s la Messe, il dit \u00e0 quelques amis qu\u2019il \u00e9tait si heureux qu\u2019il pouvait bien entonner le Nunc dimittis. Et il en <em>fut ainsi : sentant<\/em> ses forces d\u00e9cliner, il retourna au lit et ne se releva plus. Le mercredi suivant, l\u2019octave \u00e9tant achev\u00e9e, on c\u00e9l\u00e9bra un office fun\u00e8bre pour les bienfaiteurs d\u00e9funts ; et l\u2019apr\u00e8s-midi, lorsque toutes les fonctions et solennit\u00e9s furent termin\u00e9es, les jeunes \u00e9l\u00e8ves des diff\u00e9rents coll\u00e8ges qui \u00e9taient venus prendre part \u00e0 la f\u00eate repartirent vers leurs destinations.<\/p>\n<p>Une heure plus tard, don Giuseppe Bongioanni, fortifi\u00e9 par les consolations de la religion, assist\u00e9 par son cher Directeur et entour\u00e9 d\u2019un cercle de ses amis et confr\u00e8res les plus chers, rendit sa belle \u00e2me au Seigneur, allant, comme on l\u2019esp\u00e8re fermement, contempler au Ciel comment on c\u00e9l\u00e8bre celle qui avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de sa plus tendre d\u00e9votion <em>(a)<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a>Lire : 29 d\u00e9cembre 1855. (N.<em> de l\u2019\u00c9d.).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a>Le pr\u00eatre et th\u00e9ologien Carlo Valfr\u00e8 naquit \u00e0 Villafranca di Piemonte le 23 juillet 1813. Avec une conduite v\u00e9ritablement exemplaire et un heureux succ\u00e8s, il poursuivit ses \u00e9tudes et, suivant sa vocation, embrassa l\u2019\u00e9tat eccl\u00e9siastique. Avec un z\u00e8le apostolique, il travailla pendant de nombreuses ann\u00e9es dans le saint minist\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 ce que, \u00e0 la suite d\u2019un concours, il f\u00fbt jug\u00e9 digne de la paroisse de Marmorito.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait infatigable dans l\u2019accomplissement de ses devoirs. L\u2019instruction des enfants pauvres, l\u2019assistance aux malades et le secours aux indigents \u00e9taient les traits caract\u00e9ristiques de son z\u00e8le. Par sa bont\u00e9, sa charit\u00e9 et son d\u00e9sint\u00e9ressement, il pouvait \u00eatre propos\u00e9 comme mod\u00e8le \u00e0 tout pr\u00eatre charg\u00e9 du soin des \u00e2mes.<\/p>\n<p>Chaque fois que ses devoirs paroissiaux le lui permettaient, il allait ailleurs pr\u00eacher des exercices spirituels, des triduum, des neuvaines et autres choses semblables. Le Seigneur b\u00e9nissait ses travaux, toujours couronn\u00e9s de fruits abondants.<\/p>\n<p>Mais pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 nous avions le plus besoin de lui, Dieu le trouva m\u00fbr pour le ciel. Apr\u00e8s une courte maladie, mourant de la mort des justes, il passa \u00e0 la vie bienheureuse au bel \u00e2ge de 47 ans, le 12 f\u00e9vrier 1861.<\/p>\n<p>Cette perte priva l\u2019\u00c9glise d\u2019un digne ministre et enleva \u00e0 Marmorito un pasteur que l\u2019on appelait \u00e0 juste titre le p\u00e8re de son peuple ; mais nous sommes tous grandement consol\u00e9s par l\u2019esp\u00e9rance d\u2019avoir acquis aupr\u00e8s de Dieu, dans le ciel, un bienfaiteur <em>(a)<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a>Par ce nom, il entendait le livre destin\u00e9 enti\u00e8rement aux jeunes et intitul\u00e9 : Il Giovane<em> Provveduto per <\/em>la pratica de\u2019 suoi doveri, degli esercizi di cristiana piet\u00e0, per la recita dell\u2019uffizio della B. Vergine, dei vespri di tutto l\u2019anno e dell\u2019uffizio dei morti, etc. <em>(a).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a>Leone Cocchis, \u00e9l\u00e8ve de seconde rh\u00e9torique, jeune homme de belles esp\u00e9rances, mourut le 25 mars 1855 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans <em>(a)<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a>Cette v\u00e9n\u00e9ration et cette confiance envers le jeune Savio augment\u00e8rent beaucoup apr\u00e8s qu\u2019un r\u00e9cit remarquable eut \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 son sujet par le p\u00e8re de Dominique, qui est pr\u00eat \u00e0 confirmer sa d\u00e9claration en tout lieu et devant toute personne. Il rapporta le fait de la mani\u00e8re suivante :<\/p>\n<p>\u00ab La perte de ce fils, dit-il, me causa la plus profonde douleur, qui devenait plus grande encore par mon d\u00e9sir de savoir ce qu\u2019il \u00e9tait devenu dans l\u2019autre vie. Dieu voulut me consoler. Environ un mois apr\u00e8s sa mort, une nuit, apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9 longtemps sans pouvoir m\u2019endormir, il me sembla que le plafond de la chambre o\u00f9 je dormais s\u2019ouvrait largement et que l\u00e0, au milieu d\u2019une grande lumi\u00e8re, Dominique m\u2019apparaissait le visage souriant et joyeux, mais avec un aspect majestueux et imposant. \u00c0 cette \u00e9tonnante vision, je fus hors de moi. \u201c\u00d4 Dominique ! me mis-je \u00e0 m\u2019\u00e9crier, mon Dominique ! Comment vas-tu ? O\u00f9 es-tu ? Es-tu d\u00e9j\u00e0 au Paradis ?\u201d \u201cOui, p\u00e8re, r\u00e9pondit-il, je suis vraiment au Paradis.\u201d \u201cAh ! r\u00e9pondis-je, si Dieu t\u2019a accord\u00e9 une faveur aussi grande que d\u2019aller jouir du bonheur du ciel, prie pour tes fr\u00e8res et tes s\u0153urs afin qu\u2019eux aussi puissent un jour venir te rejoindre.\u201d \u201cOui, oui, p\u00e8re, r\u00e9pondit-il, je prierai Dieu pour eux afin qu\u2019un jour eux aussi puissent venir avec moi jouir de l\u2019immense bonheur du ciel.\u201d \u201cPrie aussi pour moi, r\u00e9pondis-je ; prie pour ta m\u00e8re, afin que nous soyons tous sauv\u00e9s et qu\u2019un jour nous nous retrouvions ensemble au Paradis.\u201d \u201cOui, oui, je prierai.\u201d Cela dit, il disparut et la chambre redevint obscure comme auparavant. \u00bb<\/p>\n<p>Le p\u00e8re assure qu\u2019il se borne \u00e0 dire la v\u00e9rit\u00e9 et affirme que, ni avant ni apr\u00e8s, \u00e9veill\u00e9 ou endormi, il ne fut jamais consol\u00e9 par une semblable apparition <em>(a)<\/em>.20<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Je suis donc l\u2019\u00e9toffe ; qu\u2019elle en soit la couturi\u00e8re. \u00bb C\u2019est en ces&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":55090,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":0,"footnotes":""},"categories":[131],"tags":[1716,2634,1764,1824,2049,1968],"class_list":["post-55108","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-conciles","tag-don-bosco","tag-gras-obtenues","tag-jeunes","tag-saints"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=55108"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55108\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":55109,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/55108\/revisions\/55109"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/55090"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=55108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=55108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=55108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}