{"id":53937,"date":"2026-07-03T06:11:11","date_gmt":"2026-07-03T06:11:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=53937"},"modified":"2026-07-03T06:11:42","modified_gmt":"2026-07-03T06:11:42","slug":"trois-juges-illustres-1860","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/trois-juges-illustres-1860\/","title":{"rendered":"Trois juges illustres (1860)"},"content":{"rendered":"<p><em>Au cours des trois nuits qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent le dernier jour de 1860, Don Bosco fit trois r\u00eaves, comme il les appelle, mais que nous pouvons sans aucun doute qualifier de visions c\u00e9lestes d\u2019apr\u00e8s ce que nous avons vu, entendu et v\u00e9rifi\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait le m\u00eame r\u00eave r\u00e9p\u00e9t\u00e9 trois fois, mais toujours avec des circonstances diff\u00e9rentes. Voici en bref comment notre bon p\u00e8re le raconta lors de la derni\u00e8re soir\u00e9e de l&rsquo;ann\u00e9e 1860 \u00e0 tous les jeunes r\u00e9unis. Il parla ainsi :<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>I.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pendant trois nuits cons\u00e9cutives je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 la campagne, \u00e0 Rivalta, avec Don Cafasso, Silvio Pellico et le Comte Cays. La premi\u00e8re nuit, nous l\u2019avons pass\u00e9e \u00e0 discuter certains points de religion concernant sp\u00e9cialement les temps qui courent. La seconde se passa en conf\u00e9rences morales o\u00f9 nous avons pos\u00e9 et r\u00e9solu des cas de conscience concernant surtout la direction de la jeunesse. Ayant constat\u00e9 que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 fait un tel r\u00eave pendant deux nuits cons\u00e9cutives, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de le raconter \u00e0 mes chers fils si je r\u00eavais les m\u00eames choses une troisi\u00e8me fois. Et voil\u00e0 que la nuit du 30 au 31 d\u00e9cembre, je me suis trouv\u00e9 de nouveau au m\u00eame endroit avec les m\u00eames personnages. Laissant de c\u00f4t\u00e9 toute autre discussion, je me suis souvenu que le lendemain soir, qui \u00e9tait le dernier de l&rsquo;ann\u00e9e, je devais donner \u00e0 mes chers fils l\u2019\u00e9trenne habituelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire les souvenirs pour l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir. C&rsquo;est pourquoi je me suis adress\u00e9 \u00e0 Don Cafasso en lui demandant :<\/p>\n<p>&#8211; Vous qui \u00eates mon grand ami, donnez-moi une \u00e9trenne pour mes fils.<\/p>\n<p>Il me r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>&#8211; Oh, doucement\u00a0! Si vous voulez que je vous donne l\u2019\u00e9trenne, allez et dites d&rsquo;abord \u00e0 vos jeunes de pr\u00e9parer et d&rsquo;ajuster leurs comptes.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions dans une grande salle au milieu de laquelle se trouvait une table. Don Cafasso, Silvio Pellico, le Comte Cays all\u00e8rent s&rsquo;asseoir \u00e0 cette table. Quant \u00e0 moi, pour ob\u00e9ir \u00e0 Don Cafasso, je sortis de ce salon pour aller appeler les jeunes qui \u00e9taient dehors. Chacun d\u2019eux faisait des additions sur une page qu&rsquo;il tenait entre les mains. Les jeunes entraient un par un avec leur cartable, dans lequel il y avait de nombreux chiffres \u00e0 additionner, et se pr\u00e9sentaient aux trois personnages auxquels ils remettaient leur cartable. Ces messieurs le recevaient, y faisaient l&rsquo;addition, et, si elle \u00e9tait bien fournie et claire, ils le restituaient \u00e0 chacun. Ils le refusaient et le repoussaient si les chiffres \u00e9taient embrouill\u00e9s. Les premiers \u00e9taient ceux qui avaient les comptes en r\u00e8gle, les seconds \u00e9taient ceux qui les avaient en d\u00e9sordre. Ces derniers n&rsquo;\u00e9taient pas peu nombreux. Ceux qui recevaient leur cartable bien ajust\u00e9 sortaient de la salle tout contents et allaient s\u2019amuser dans la cour ; les autres, en revanche, sortaient tous tristes et angoiss\u00e9s. Dans la foule des jeunes chacun attendait son tour dehors sur le seuil, tous avec le cartable \u00e0 la main. Cette op\u00e9ration dura longtemps, mais finalement personne ne se pr\u00e9senta plus. Apparemment tous les jeunes \u00e9taient pass\u00e9s, mais Don Bosco, voyant quelques-uns qui attendaient et n&rsquo;entraient pas, demanda \u00e0 Don Cafasso :<\/p>\n<p>&#8211; Mais que font ceux-l\u00e0 ?<\/p>\n<p>&#8211; Ceux-l\u00e0, r\u00e9pondit Don Cafasso, ont la page vide, sans chiffres, donc on ne peut pas faire l&rsquo;addition, car il s&rsquo;agit ici de faire la somme de ce que l&rsquo;on poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0, de ce que l&rsquo;on a fait. C&rsquo;est pourquoi ces jeunes doivent aller remplir leur page de chiffres, et ensuite venir pour faire l&rsquo;addition.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que se termina cette grande quantit\u00e9 de comptes.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quoi je suis sorti de cette salle dans la cour avec les trois personnages et j\u2019ai vu un grand nombre de jeunes. Ceux dont les cartables avaient \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s pleins de chiffres et en ordre, couraient, sautaient, s\u2019amusaient avec un plaisir extraordinaire. Ils \u00e9taient tous contents comme des princes. Vous ne pouvez pas imaginer combien j\u2019\u00e9tais heureux de leur all\u00e9gresse.<\/p>\n<p>Mais il y avait un certain nombre de jeunes qui ne s\u2019amusaient pas, mais observaient les autres. Ceux-l\u00e0 n&rsquo;\u00e9taient pas tr\u00e8s joyeux. Parmi ces derniers, certains avaient un bandeau sur les yeux, d&rsquo;autres un brouillard, d&rsquo;autres la t\u00eate entour\u00e9e d&rsquo;un nuage sombre ; certains d\u00e9gageaient de la fum\u00e9e de la t\u00eate, d&rsquo;autres avaient le c\u0153ur plein de terre, d&rsquo;autres avaient un c\u0153ur vide des choses de Dieu. Je les ai vus et bien reconnus, et je les ai encore si pr\u00e9sents \u00e0 l&rsquo;esprit que je pourrais les nommer un par un, du premier jusqu\u2019au dernier.<\/p>\n<p>Entre-temps, je remarquai qu&rsquo;il manquait beaucoup de mes jeunes dans la cour et je me dis en moi-m\u00eame apr\u00e8s avoir r\u00e9fl\u00e9chi : &#8211; O\u00f9 sont ceux qui avaient la page blanche, vide, sans chiffres ? Apr\u00e8s avoir regard\u00e9 de-ci de-l\u00e0, je tourne finalement les yeux vers un coin de la cour. Oh ! spectacle lamentable ! J&rsquo;en vois un couch\u00e9 par terre, p\u00e2le comme la mort. D&rsquo;autres sont assis sur un banc bas et sale, d&rsquo;autres \u00e9tendus sur un matelas d\u00e9go\u00fbtant, d&rsquo;autres sur le sol nu, d&rsquo;autres sur les pierres qui s&rsquo;y trouvaient. C&rsquo;\u00e9taient tous ceux qui n&rsquo;avaient pas leurs comptes en r\u00e8gle. Ils gisaient gravement malades de la langue, des oreilles ou des yeux. La langue, les oreilles et les yeux grouillaient de vers qui les rongeaient. L&rsquo;un avait la langue toute pourrie, l&rsquo;autre avait la bouche pleine de boue, et un autre d\u00e9gageait une puanteur pestilentielle de la gorge. Les maladies des autres malheureux \u00e9taient vari\u00e9es. Certains avaient le c\u0153ur vermoulu, d&rsquo;autres l\u2019avaient g\u00e2t\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 corrompu ; certains avaient une plaie et d&rsquo;autres une autre. Il y en avait m\u00eame un qui \u00e9tait tout rong\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable h\u00f4pital.<\/p>\n<p>\u00c0 cette vue, je restai stup\u00e9fait, incr\u00e9dules devant ce que je voyais.\u00a0 &#8211; Oh ! qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que cela ? m&rsquo;\u00e9criai-je douloureusement. Je me suis approch\u00e9 de l&rsquo;un de ces malheureux en lui demandant :<\/p>\n<p>Es-tu vraiment N. N. ?<\/p>\n<p>&#8211; Oui, me r\u00e9pondit-il, c&rsquo;est bien moi.<\/p>\n<p>&#8211; Mais comment se fait-il que tu sois dans cet \u00e9tat, si mal en point ?<\/p>\n<p>&#8211; Que voulez-vous, c\u2019est \u00ab\u00a0farine de mon sac\u00a0\u00bb ! Voyez ! C&rsquo;est le fruit de mes d\u00e9sordres.<\/p>\n<p>Je me suis approch\u00e9 d&rsquo;un autre et j\u2019ai eu la m\u00eame r\u00e9ponse. Ce spectacle me transper\u00e7ait le c\u0153ur comme une \u00e9pine aigu\u00eb, mais cette douleur fut adoucie par la vue de ce que je suis sur le point de raconter.<\/p>\n<p>Profond\u00e9ment \u00e9mu par ce spectacle, je me suis tourn\u00e9 vers Don Cafasso en le suppliant :<\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 quel rem\u00e8de dois-je m&rsquo;accrocher pour faire gu\u00e9rir ces pauvres jeunes ?<\/p>\n<p>&#8211; Vous savez autant que moi ce qu&rsquo;il faut faire, me r\u00e9pondit Don Cafasso ; vous n&rsquo;avez pas besoin que je vous le dise. R\u00e9fl\u00e9chissez ! Ing\u00e9niez-vous !<\/p>\n<p>&#8211; Donnez-moi au moins l\u2019\u00e9trenne pour les bien-portants, r\u00e9pliquai-je dans l&rsquo;\u00e9lan d&rsquo;une humble mais confiante pri\u00e8re.<\/p>\n<p>Don Cafasso alors me fit signe de le suivre pr\u00e8s du palais d\u2019o\u00f9 nous \u00e9tions sortis. Il ouvrit une porte et voil\u00e0 qu&rsquo;une salle magnifique se pr\u00e9senta devant moi, toute orn\u00e9e d&rsquo;or, d&rsquo;argent et de tous les plus pr\u00e9cieux ornements, illumin\u00e9e par des milliers de lampes, et de chacune sortait une lumi\u00e8re \u00e0 tel point que mon \u0153il ne pouvait presque pas supporter tant de splendeurs. La salle s&rsquo;\u00e9tendait \u00e0 perte de vue en longueur et en largeur. Au milieu de cette salle royale se trouvait une large table toute charg\u00e9e de confiseries de toutes sortes. Il y avait des macarons presque gros comme des munitions de soldat, des biscuits hauts de presque un pied et demi, de sorte qu&rsquo;un seul aurait suffi \u00e0 rassasier un jeune. \u00c0 cette vue, je me pr\u00e9cipitai imm\u00e9diatement pour aller appeler les jeunes, les invitant \u00e0 venir autour de cette table et \u00e0 contempler le magnifique spectacle de cette salle. Mais Don Cafasso m&rsquo;arr\u00eata imm\u00e9diatement en criant :<\/p>\n<p>&#8211; Doucement ! Tous ne peuvent pas manger de ces biscuits et de ces macarons. Appelez seulement ceux qui ont leurs comptes en r\u00e8gle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que je fis, et en un instant cette salle fut pleine de jeunes. Alors je me pr\u00e9parai \u00e0 rompre et \u00e0 distribuer ces biscuits et ces macarons qui \u00e9taient d&rsquo;une grande beaut\u00e9. Mais Don Cafasso s&rsquo;y opposa :<\/p>\n<p>&#8211; Doucement, Don Bosco, me dit-il, doucement ! Tous ceux qui sont ici ne peuvent pas go\u00fbter ces confiseries ; tous ne sont pas dignes.<\/p>\n<p>Et il me dit et me montra ceux qui \u00e9taient indignes. Parmi ceux-ci, il \u00e9num\u00e9ra en premier lieu ceux qui \u00e9taient bless\u00e9s et qui ne se trouvaient m\u00eame pas dans cette salle avec les autres, parce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas les comptes en r\u00e8gle. Puis il me d\u00e9signa aussi ceux qui, bien qu&rsquo;ayant leurs comptes en r\u00e8gle, avaient cependant soit du brouillard aux yeux, soit le c\u0153ur plein de terre ou vide des choses du ciel.<\/p>\n<p>Mais je lui dis aussit\u00f4t d&rsquo;un air suppliant :<\/p>\n<p>&#8211; Don Cafasso, laissez-moi donner de ces douceurs aussi \u00e0 ces derniers. Eux aussi sont mes chers fils, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il y en a ici en abondance et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de danger qu&rsquo;il en manque.<\/p>\n<p>&#8211; Non, non, continua-t-il \u00e0 dire, seuls ceux qui ont la bouche saine peuvent en go\u00fbter, les autres non, car ils ne savent pas appr\u00e9cier ces confiseries, ils ne sont pas faits pour ces douceurs. Comme ils ont la bouche g\u00e2t\u00e9e et pleine d&rsquo;amertume, les choses douces leur font horreur et ils ne peuvent pas en manger.<\/p>\n<p>&#8211; Ayant retrouv\u00e9 mon calme, je me suis mis \u00e0 distribuer ces biscuits et ces macarons seulement \u00e0 ceux qui m&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9s. Apr\u00e8s les avoir servis tous copieusement une premi\u00e8re fois, je repris la distribution et \u00e0 tous je donnai de nouveau une dose abondante. Je vous assure que j\u2019avais du plaisir en voyant les jeunes manger avec tant de go\u00fbt. Sur leur visage je lisais la joie. Ils ne semblaient plus \u00eatre des jeunes de l&rsquo;Oratoire, tant ils \u00e9taient transfigur\u00e9s.<\/p>\n<p>Ceux qui, dans la salle, \u00e9taient rest\u00e9s sans douceurs se tenaient dans un coin, m\u00e9lancoliques et confus. Pris d&rsquo;une immense compassion, je me tournai \u00e0 nouveau vers Don Cafasso et lui demandai \u00e0 plusieurs reprises de permettre que les douceurs soient \u00e9galement distribu\u00e9es \u00e0 ceux-ci, afin qu&rsquo;ils puissent en go\u00fbter.<\/p>\n<p>&#8211; Non, non, r\u00e9pliqua Don Cafasso. Ceux-ci ne peuvent pas en manger ; faites-les gu\u00e9rir et alors eux aussi en mangeront.<\/p>\n<p>Je regardais ces malheureux. Je regardais aussi tous ces jeunes qui \u00e9taient rest\u00e9s dehors si mal en point, \u00e0 qui rien n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9. Je les reconnus tous et je me rendis compte que certains d&rsquo;entre eux avaient par malheur le c\u0153ur vermoulu.<\/p>\n<p>Je repris avec Don Cafasso :<\/p>\n<p>&#8211; Mais dites-moi donc, quel rem\u00e8de dois-je employer\u00a0? Dites-moi ce que je dois faire pour gu\u00e9rir ces fils ?<\/p>\n<p>De nouveau il me r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>&#8211; R\u00e9fl\u00e9chissez, ing\u00e9niez-vous, vous savez ce qu\u2019il faut faire !<\/p>\n<p>Alors je le priai de vouloir me donner l\u2019\u00e9trenne promise pour mes jeunes.<\/p>\n<p>&#8211; Eh bien ! r\u00e9pondit-il, je vous la dis !<\/p>\n<p>Et dans l\u2019attitude d\u2019un homme qui se pr\u00e9pare \u00e0 partir, il cria par trois fois avec une voix chaque fois plus forte :<\/p>\n<p>&#8211; Faites attention ! Faites attention ! Faites attention !<\/p>\n<p>Ce disant, il disparut avec ses compagnons et tout le r\u00eave s&rsquo;\u00e9vanouit aussi. Alors je suis rest\u00e9 \u00e9veill\u00e9 comme maintenant quand je vous parle, et assis sur le lit avec le dos froid comme la glace.<\/p>\n<p>Tel fut mon r\u00eave. Maintenant que chacun l&rsquo;interpr\u00e8te comme il veut, mais sachez toujours lui donner le poids que m\u00e9rite un r\u00eave. Cependant, s&rsquo;il y a quelque chose qui peut \u00eatre utile \u00e0 nos \u00e2mes, acceptons-le. Je ne voudrais cependant pas que quelqu&rsquo;un aille raconter ce r\u00eave en dehors de la maison.<\/p>\n<p>Je vous l&rsquo;ai racont\u00e9 \u00e0 vous, parce que vous \u00eates mes fils, mais je ne veux pas que vous le disiez \u00e0 d&rsquo;autres. En attendant, je peux vous assurer que j&rsquo;ai encore pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit chacun de vous, comme je l\u2019ai vu dans le r\u00eave. Je peux dire qui \u00e9tait malade et qui ne l&rsquo;\u00e9tait pas, qui mangeait et qui ne mangeait pas. Je ne veux pas maintenant me mettre ici \u00e0 dire en public l&rsquo;\u00e9tat de chacun, mais je me r\u00e9serve de le dire \u00e0 chacun de vous en particulier. L\u2019\u00e9trenne que je donne d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 tous ceux de l&rsquo;Oratoire est : <em>confession fr\u00e9quente et sinc\u00e8re, Communion fr\u00e9quente et fervente<\/em>.<\/p>\n<p>(MB VI, 817-822)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[\u2026]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>II.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le 13 du mois. \u2014 Don Bosco dit apr\u00e8s les pri\u00e8res : \u2014 Au point o\u00f9 en \u00e9taient les choses, je me crois oblig\u00e9 de parler et de lever le voile sur le r\u00eave. Je vous avais dit que ce r\u00eave extraordinaire m&rsquo;arriva pendant trois nuits cons\u00e9cutives.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re fois, j\u2019ai fait le r\u00eave le 28 d\u00e9cembre, et le r\u00eave se r\u00e9p\u00e9ta dans la nuit le 29 et le 30. Lors de la premi\u00e8re nuit, il s&rsquo;agissait de points et de questions de th\u00e9ologie concernant le temps pr\u00e9sent, c&rsquo;est-\u00e0-dire les \u00e9v\u00e9nements du jour, et j&rsquo;ai re\u00e7u beaucoup de lumi\u00e8res.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me nuit, il y eut beaucoup de questions de morale concernant \u00e9galement le temps pr\u00e9sent, autour des divers cas de conscience des jeunes de l&rsquo;Oratoire.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me nuit, ce furent des cas pratiques qui me permirent de conna\u00eetre l&rsquo;int\u00e9rieur moral de chaque jeune en particulier. Le premier jour, je ne voulais pas y pr\u00eater attention, car le Seigneur nous l&rsquo;interdit dans la Sainte \u00c9criture. Mais au cours de ces jours-ci, apr\u00e8s avoir fait plusieurs exp\u00e9riences, apr\u00e8s avoir pris \u00e0 part certains jeunes auxquels j\u2019ai dit les choses que j\u2019avais vues dans le r\u00eave, ils m&rsquo;ont assur\u00e9 qu\u2019il en \u00e9tait exactement ainsi. Je ne pouvais plus douter qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une gr\u00e2ce extraordinaire que le Seigneur accorde \u00e0 tous les fils de l&rsquo;Oratoire. Je me trouve donc dans l&rsquo;obligation de vous dire que le Seigneur vous appelle et vous fait entendre sa voix, et malheur \u00e0 ceux qui lui r\u00e9sistent.<\/p>\n<p>Don Cafasso avait fait rassembler tous les jeunes dans une salle et donner \u00e0 chacun sa page. Certains avaient le compte enti\u00e8rement en r\u00e8gle. D&rsquo;autres avaient les chiffres, mais il restait encore \u00e0 faire l\u2019addition. &#8211; Et la page, est-ce que tous l&rsquo;ont prise ? \u2013 Non, car beaucoup \u00e9taient dehors, certains allong\u00e9s sur des paillassons, d&rsquo;autres assis sur des bancs, d&rsquo;autres par terre et dans la boue. Certains \u00e9taient tout couverts de blessures et de plaies qui faisaient horreur.<\/p>\n<p>Ceux qui prirent leur cartable sortirent ensuite pour faire la r\u00e9cr\u00e9ation, mais tous ne la faisaient pas, car beaucoup d&rsquo;entre eux avaient les yeux entour\u00e9s d&rsquo;un brouillard, d&rsquo;autres les yeux band\u00e9s, d&rsquo;autres le c\u0153ur tout vermoulu.<\/p>\n<p>Ceux qui avaient le cartable en r\u00e8gle sont ceux qui ont leur conscience en ordre.<\/p>\n<p>Ceux qui avaient leur cartable mais non compl\u00e9t\u00e9, sont ceux dont la conscience est en r\u00e8gle, mais il manque encore l&rsquo;addition au moins de la derni\u00e8re confession.<\/p>\n<p>Ceux qui avaient les yeux envelopp\u00e9s de brouillard ou band\u00e9s, sont ceux qui sont anim\u00e9s par l&rsquo;esprit de fiert\u00e9 et d&rsquo;amour-propre. Quant \u00e0 ceux qui \u00e9taient allong\u00e9s, je saurais les nommer un par un et dire pourquoi ils \u00e9taient sur des paillassons ou sur des bancs ou par terre. J\u2019ai vu l&rsquo;int\u00e9rieur des c\u0153urs. Beaucoup avaient le c\u0153ur rempli de belles fleurs\u00a0: roses, lys, violettes parfum\u00e9es. Ces fleurs indiquaient les diverses vertus. Mais les autres !&#8230; Le c\u0153ur vermoulu signifiait ceux qui nourrissent des haines, des rancunes, des envies, des antipathies, etc. etc.<\/p>\n<p>Quelques-uns avaient le c\u0153ur plein de vip\u00e8res, indice des multiples p\u00e9ch\u00e9s mortels. D&rsquo;autres l&rsquo;avaient plein de terre\u00a0: ce sont ceux qui ont le c\u0153ur attach\u00e9 aux choses terrestres, aux choses sensuelles. Beaucoup ensuite avaient le c\u0153ur vide et ce sont ceux qui se trouvent certes en gr\u00e2ce de Dieu et ne sont pas attach\u00e9s aux choses terrestres et sensuelles, mais ne s&rsquo;efforcent pas de le remplir de la crainte de Dieu par les pratiques de pi\u00e9t\u00e9. Ils vivent dans la distraction, et s&rsquo;ils ne tombent pas dans le premier pi\u00e8ge que leur tendra le d\u00e9mon, ils deviendront mauvais peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p>Ceux qui n&rsquo;ont pas encore les choses de l&rsquo;\u00e2me en ordre, eh bien ! qu\u2019ils ne tardent pas davantage \u00e0 les ajuster, qu\u2019ils viennent et me promettent seulement de ne pas me refuser ce que je leur demanderai\u00a0; s\u2019ils ne savent pas dire les choses correctement, je les dirai pour eux. Je suis en mesure de pouvoir dire \u00e0 chacun le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et m\u00eame un peu du futur. Je vous dis en cet instant des choses que je ne devrais pas dire ! Oh, mes chers jeunes ! J&rsquo;en fr\u00e9mis \u00e0 la seule pens\u00e9e ! Je vous assure que je n&rsquo;aurais jamais cru qu&rsquo;il y avait tant de jeunes dans notre maison qui avaient les affaires de leur conscience dans un si grand d\u00e9sordre, si mal ajust\u00e9es. Non, jamais je ne l&rsquo;aurais cru !<\/p>\n<p>Combien y avait-il de bless\u00e9s \u00e9tendus par terre ! Je vous assure que j&rsquo;ai pass\u00e9 des nuits et des jours terribles. Je loue ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 ajuster leur conscience, mais beaucoup d&rsquo;autres n&rsquo;y pensent pas encore. &#8211; En disant ces paroles d\u2019une voix \u00e9mue, de grosses larmes tombaient de ses yeux. Apr\u00e8s une br\u00e8ve pause, il souhaita une bonne nuit \u00e0 tout le monde. Bien des jeunes pleuraient eux aussi. Ces paroles eurent l&rsquo;effet d\u00e9sir\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ruffino. &#8211; 15 janvier. &#8211; Les apprentis continuent \u00e0 faire la confession g\u00e9n\u00e9rale. Aujourd&rsquo;hui, certains ont pos\u00e9 \u00e0 Don Bosco la question suivante :<\/p>\n<p>&#8211; Comment se fait-il qu&rsquo;ayant fait le premier r\u00eave autour de No\u00ebl, vous ayez attendu pour nous le raconter ?<\/p>\n<p>&#8211; Je dirai ce que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit. J&rsquo;ai fait ce r\u00eave, mais d&rsquo;une part je ne voulais pas y pr\u00eater attention ; d&rsquo;autre part, je le voyais trop important, et c&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai bien examin\u00e9 la chose. Puis j&rsquo;ai appel\u00e9 un jeune que j\u2019avais vu dans le r\u00eave parmi ceux qui \u00e9taient gravement bless\u00e9s et je lui ai dit : &#8211; Tu es dans tel et tel \u00e9tat de conscience, d\u2019apr\u00e8s les blessures que j&rsquo;avais vues. Et l&rsquo;autre r\u00e9pondit que son \u00e9tat \u00e9tait effectivement tel que je l\u2019avais d\u00e9crit. J&rsquo;en ai appel\u00e9 un autre et j&rsquo;ai trouv\u00e9 la m\u00eame exactitude dans les r\u00e9ponses, en accord avec ce que j&rsquo;avais vu. Dans un troisi\u00e8me que j\u2019ai examin\u00e9 \u00e9galement, j&rsquo;ai vu se v\u00e9rifier mon r\u00eave. Alors je ne pouvais plus douter. Dans ce r\u00eave, j&rsquo;ai connu l&rsquo;\u00e9tat de conscience de tous les jeunes, leur \u00e9tat pr\u00e9sent et beaucoup aussi celui de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Don Bosco a \u00e9galement dit \u00e0 quelques-uns : durant ces trois nuits, j&rsquo;ai eu plus de connaissances en th\u00e9ologie que pendant tout le temps o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 au S\u00e9minaire.<\/p>\n<p><em>(MB VI, 829-832)<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au cours des trois nuits qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent le dernier jour de 1860, Don Bosco fit&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":53921,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":3,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[2634,1764,1824,1980,1968,2022],"class_list":["post-53937","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-conciles","tag-don-bosco","tag-gras-obtenues","tag-reves","tag-saints","tag-vertus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53937","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53937"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53937\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":53938,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53937\/revisions\/53938"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/53921"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53937"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53937"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53937"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}