{"id":53798,"date":"2026-06-26T15:29:46","date_gmt":"2026-06-26T15:29:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=53798"},"modified":"2026-06-26T15:30:09","modified_gmt":"2026-06-26T15:30:09","slug":"saint-francois-de-sales-en-son-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/saint-francois-de-sales-en-son-temps\/","title":{"rendered":"Saint Fran\u00e7ois de Sales en son temps"},"content":{"rendered":"<p><em>Comprendre Fran\u00e7ois de Sales signifie se plonger au c\u0153ur du XVIIe si\u00e8cle europ\u00e9en : une \u00e9poque marqu\u00e9e par les guerres de religion, les ferments culturels et un profond renouveau spirituel. N\u00e9 en 1567 dans le duch\u00e9 de Savoie \u2013 terre de fronti\u00e8re entre la France, l&rsquo;Italie et le monde r\u00e9form\u00e9 de Gen\u00e8ve \u2013 Fran\u00e7ois grandit dans un contexte politiquement instable, travers\u00e9 par les tensions entre catholiques et protestants. Il respire l\u2019humanisme chr\u00e9tien dans les classes des j\u00e9suites \u00e0 Paris et \u00e0 Padoue, h\u00e9rite de la ferveur du concile de Trente et se confronte aux grands courants mystiques de son temps. Sa figure ne peut \u00eatre comprise sans cette toile de fond : c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;histoire, et non \u00e0 ses marges, que Fran\u00e7ois devient le saint de la bont\u00e9 et de la douceur.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La Savoie<\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois de Sales n\u2019\u00e9tait ni fran\u00e7ais ni italien : il \u00e9tait savoyard, c\u2019est-\u00e0-dire n\u00e9 dans le duch\u00e9 de Savoie, dont faisait \u00e9galement partie le Pi\u00e9mont. \u00ab Je suis en toutes fa\u00e7ons Savoyard, et de naissance et d\u2019obligation \u00bb, \u00e9crivait-il \u00e0 un secr\u00e9taire du duc Charles-Emmanuel en 1616. Don Bosco lui-m\u00eame, n\u00e9 en 1815, faisait partie de cet \u00c9tat alpin, qui dispara\u00eetra en 1861 pour devenir le royaume d\u2019Italie. Un an auparavant, la Savoie avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9e \u00e0 la France.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois est n\u00e9 en 1567 au ch\u00e2teau de Sales, dans la commune de Thorens, \u00e0 15 km au nord d\u2019Annecy, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du duc Emmanuel-Philibert. Celui-ci avait transf\u00e9r\u00e9 la capitale de Chamb\u00e9ry \u00e0 Turin en 1562. De 1580 \u00e0 1630, soit pendant presque toute sa vie, r\u00e8gne le duc Charles-Emmanuel, homme d\u00e9termin\u00e9 mais emp\u00eatr\u00e9 dans de multiples intrigues avec de puissants voisins toujours en guerre, notamment la France et l\u2019Espagne. Les guerres, les alliances, les mariages des princes ont pour principal objectif de prot\u00e9ger et, si possible, d\u2019agrandir leurs propres territoires.<\/p>\n<p>Pour promouvoir ses int\u00e9r\u00eats, le duc de Savoie est contraint \u00e0 un jeu dangereux d\u2019alliances, tant\u00f4t avec l\u2019Espagne contre la France, tant\u00f4t avec la France contre l\u2019Espagne. Il en r\u00e9sulte que le duch\u00e9 perd des possessions \u00e0 l\u2019ouest (Bresse, Bugey, Gex, Gen\u00e8ve) et en gagne dans le Pi\u00e9mont, vers l\u2019est (marquisats de Saluces et du Montferrat).<\/p>\n<p>Sur le plan religieux, le duch\u00e9 n\u2019est pas homog\u00e8ne. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 religion et politique sont intimement li\u00e9es, et o\u00f9 le principe <em>cuius regio, eius religio<\/em> tend \u00e0 imposer une confession chr\u00e9tienne unique aux populations d\u2019un territoire donn\u00e9, on peut comprendre le souci d\u2019unification religieuse du catholique Charles-Emmanuel.<\/p>\n<p>\u00c0 Gen\u00e8ve, la R\u00e9forme protestante s\u2019\u00e9tait implant\u00e9e en 1535. Calvin la consolidera et l\u2019\u00e9v\u00eaque catholique de Gen\u00e8ve choisira l\u2019exil. Gen\u00e8ve est devenue missionnaire et belliciste. Son influence religieuse et politique s\u2019est \u00e9tendue au Chablais et au Pays de Gex. La situation inqui\u00e8te les gouvernants : les conflits internationaux ne manquent pas, tout comme les luttes internes accompagn\u00e9es d\u2019op\u00e9rations militaires, parfois de n\u00e9gociations diplomatiques, o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats religieux se m\u00ealent aux discussions politiques. En 1602, la derni\u00e8re tentative du duc de Savoie \u2013 la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Escalade \u00bb \u2013 pour reconqu\u00e9rir Gen\u00e8ve par les armes se termina par un \u00e9chec.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 est structur\u00e9e selon un ordre hi\u00e9rarchique, dans lequel les familles s\u2019efforcent de s\u2019\u00e9lever pour acqu\u00e9rir du pouvoir. C\u2019est ainsi que la famille de Sales parviendra elle aussi \u00e0 acheter le ch\u00e2teau (<em>castrum<\/em>) de Thorens. La structure f\u00e9odale n\u2019est plus celle du Moyen \u00c2ge, mais elle n\u2019a pas disparu. Cette soci\u00e9t\u00e9 est \u00e9galement compartiment\u00e9e : il y a les nobles, puis les bourgeois (dont l\u2019influence se renforce avec le calvinisme), et enfin le peuple des villes, des campagnes et des montagnes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019humanisme en Savoie et en France<\/strong><\/p>\n<p>Alors qu\u2019au Moyen \u00c2ge, la conception de Dieu et du divin \u00e9tait incontest\u00e9e, puisque l\u2019\u00e9chelle des valeurs ob\u00e9issait \u00e0 des crit\u00e8res essentiellement religieux, les nouvelles id\u00e9es de l\u2019humanisme de la Renaissance pla\u00e7aient l\u2019homme au centre. Apr\u00e8s le th\u00e9ocentrisme m\u00e9di\u00e9val, un vaste mouvement culturel d\u00e9veloppe l\u2019anthropocentrisme sur la base de la \u00ab renaissance \u00bb des valeurs de l\u2019Antiquit\u00e9 dans les lettres, l\u2019art et la pens\u00e9e classique. Le latin de la scolastique c\u00e8de la place \u00e0 un latin \u00e9l\u00e9gant sur le mod\u00e8le de Virgile, Cic\u00e9ron, Pline\u2026 On \u00e9tudiait le grec et l\u2019h\u00e9breu.<\/p>\n<p>L\u2019humanisme fait preuve d\u2019une curiosit\u00e9 universelle, favoris\u00e9e \u00e9galement par la diffusion de l\u2019imprimerie et la d\u00e9couverte du Nouveau Monde. Un app\u00e9tit extraordinaire pour la science s\u2019empare des humanistes : Pic de la Mirandole (+1494), L\u00e9onard de Vinci (+1519), \u00c9rasme de Rotterdam (+1536), Thomas More (+1535), Rabelais (+1553), Montaigne (+1592).<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rentes branches du savoir se d\u00e9tachent de la th\u00e9ologie. La philosophie devient une philosophie naturelle (Ficino, Telesio, Bruno, Bacon). La science se consacre \u00e0 l\u2019\u00e9tude des lois math\u00e9matiques qui r\u00e9gissent l\u2019univers. L\u2019astronome polonais Copernic (+1543) \u00e9labore son syst\u00e8me h\u00e9liocentrique, suivi et approfondi ensuite par Kepler (+1630) et par Galil\u00e9e (+1642), le pionnier de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale. La politique se lib\u00e8re des dogmes de la morale et de la religion au profit du bien de la communaut\u00e9 avec Machiavel (+1527).<\/p>\n<p>N\u00e9 en Italie au XVe si\u00e8cle, ce mouvement, qui marque le d\u00e9but de l\u2019\u00e9poque moderne, a \u00e9t\u00e9 accueilli avec enthousiasme par l\u2019\u00e9lite en Savoie et en France. Cependant, l\u2019humanisme n\u2019a pas de signification unique. \u00c0 la suite d\u2019Henri Bremond, dans sa vaste Histoire litt\u00e9raire du sentiment religieux en France, on peut distinguer un humanisme naturaliste, un humanisme chr\u00e9tien et un humanisme d\u00e9vot.<\/p>\n<p>L\u2019humanisme naturaliste repr\u00e9sente cet effort visant \u00e0 glorifier la nature humaine. \u00ab L\u2019humaniste convaincu, \u00e9crit Bremond, ne conna\u00eet que notre grandeur et la sienne. Il fait l\u2019\u00e9loge de la nature humaine avec un enthousiasme d\u00e9bordant&#8230; Il a une confiance in\u00e9branlable dans le fait que l\u2019homme est fondamentalement bon. M\u00eame l\u00e0 o\u00f9 il est faible, il l\u2019excuse, le d\u00e9fend et l\u2019exalte. \u00bb L\u2019Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine est devenue la source et le mod\u00e8le d\u2019une litt\u00e9rature plus \u00e9l\u00e9gante et d\u2019une culture plus raffin\u00e9e, par opposition aux mod\u00e8les scolastiques et m\u00e9di\u00e9vaux. Mais en m\u00eame temps, avec les auteurs classiques, on a tr\u00e8s vite adopt\u00e9 aussi les contenus pa\u00efens dans la culture et la philosophie, tandis que la pi\u00e9t\u00e9 \u00e9tait rel\u00e9gu\u00e9e dans les couvents.<\/p>\n<p>L\u2019humanisme chr\u00e9tien cherche l\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019humanisme et la vie chr\u00e9tienne. On \u00e9crit dans un style conforme aux mod\u00e8les classiques et l\u2019homme occupe de plus en plus le devant de la sc\u00e8ne. Cependant, on ne peut ignorer les dangers inh\u00e9rents \u00e0 ce courant : le m\u00e9lange de la pens\u00e9e chr\u00e9tienne et de la pens\u00e9e pa\u00efenne, la fracture entre la foi et la formation morale de la personnalit\u00e9, une vie chr\u00e9tienne seulement ext\u00e9rieure, et aussi la fracture entre l\u2019\u00e9lite e la masse.<\/p>\n<p>Enfin, il y a l\u2019humanisme d\u00e9vot, dans lequel la d\u00e9votion prend le dessus et utilise l\u2019humanisme \u00e0 ses propres fins. Bremond l\u2019explique ainsi : \u00ab L\u2019humanisme d\u00e9vot ne fait qu\u2019appliquer les meilleures traditions de la Renaissance tant dans la sanctification personnelle de ceux qui le vivent que dans la direction des fid\u00e8les. \u00bb<\/p>\n<p>Il est clair que l\u2019humanisme de Fran\u00e7ois de Sales s\u2019inscrit dans ce dernier courant, comme en t\u00e9moigne toute son \u00e9ducation en Savoie, \u00e0 Paris et \u00e0 Padoue. \u00c0 six ans, il apprend de son p\u00e8re une maxime qui deviendra sa devise : \u00ab Je pense \u00e0 Dieu et \u00e0 \u00eatre un homme de bien. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 La Roche et au coll\u00e8ge d\u2019Annecy, ses premiers ma\u00eetres l\u2019initient \u00e0 la culture classique. On loue chez Fran\u00e7ois sa capacit\u00e9 d\u2019apprentissage, ses bonnes mani\u00e8res, mais aussi sa soif de connaissance concernant les myst\u00e8res de la foi. Envoy\u00e9 par son p\u00e8re \u00e9tudier \u00e0 Paris, il choisit le coll\u00e8ge de Clermont, o\u00f9 les j\u00e9suites cultivent la pi\u00e9t\u00e9 parall\u00e8lement aux \u00e9tudes humanistes, s\u2019effor\u00e7ant de christianiser l\u2019humanisme de la Renaissance. \u00c0 Padoue ensuite, il \u00e9tudie le droit et la th\u00e9ologie, et choisit comme directeur spirituel le c\u00e9l\u00e8bre j\u00e9suite Antonio Possevino. On d\u00e9duit de toute cette formation que l\u2019humanisme de Fran\u00e7ois de Sales est un humanisme critique, qui choisit et s\u00e9lectionne ce qui est valable et aussi beau, arrachant \u00e0 l\u2019humanisme son \u00e2me pa\u00efenne.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de Franz K\u00f6nigbauer sur l\u2019humanisme dans la vie et la doctrine de saint Fran\u00e7ois de Sales nous permet de d\u00e9gager certains \u00e9l\u00e9ments int\u00e9ressants qui d\u00e9montrent l\u2019influence de l\u2019humanisme sur Fran\u00e7ois de Sales :<\/p>\n<p>&#8211; la recherche de la perfection litt\u00e9raire\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; les traits de sa personnalit\u00e9\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019image de Dieu empreinte de perfection et de bont\u00e9 infinie\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019image de l\u2019homme destin\u00e9 \u00e0 l\u2019union avec Dieu\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019appr\u00e9ciation du corps\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la r\u00e9\u00e9valuation des sentiments et de l\u2019affection\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; le libre arbitre (et les limites de la libert\u00e9) \u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la force et l\u2019effet de l\u2019amour.<\/p>\n<p>Une \u00c9glise qui a besoin de se r\u00e9former<\/p>\n<p>La vie de saint Fran\u00e7ois s\u2019inscrit dans une p\u00e9riode tr\u00e8s importante de l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise. Fran\u00e7ois est n\u00e9 en 1567, soit cinquante ans apr\u00e8s la r\u00e9volte de Luther \u00e0 Wittenberg en 1517, et quatre ans apr\u00e8s la cl\u00f4ture du concile de Trente (1545-1563). Toute sa vie et son minist\u00e8re seront marqu\u00e9s par la question protestante et par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une r\u00e9forme catholique.<\/p>\n<p>Quelles furent les causes de la R\u00e9forme protestante ? Les historiens modernes, \u00e9crit Giacomo Martina, sont assez divis\u00e9s quant \u00e0 l\u2019identification des causes de la R\u00e9forme protestante. Le p\u00e8re Martina retient surtout : le d\u00e9clin de l\u2019autorit\u00e9 pontificale aux XVe et XVIe si\u00e8cles. C\u2019est dans cette optique que l\u2019on peut interpr\u00e9ter les \u00e9v\u00e9nements suivants :<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019attentat contre le pape Boniface VIII \u00e0 Anagni (1303) \u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019exil d\u2019Avignon (1309-1376) \u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; le schisme d\u2019Occident \u00e0 partir de 1378\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la th\u00e9orie de la sup\u00e9riorit\u00e9 du concile sur le pape\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la tendance \u00e0 la formation d\u2019\u00c9glises nationales\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019accentuation des pr\u00e9occupations mondaines \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Renaissance\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la corruption av\u00e9r\u00e9e de certains papes\u00a0;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le m\u00eame auteur rel\u00e8ve toutefois d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments religieux qui ont influenc\u00e9 la gen\u00e8se du protestantisme :<\/p>\n<p>&#8211; le d\u00e9clin de la scolastique\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; les tendances intellectuelles de l\u2019\u00e9poque (nominalisme d\u2019Ockham) \u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; le faux mysticisme\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019\u00e9vang\u00e9lisme (\u00c9rasme de Rotterdam et les <em>alumbrados<\/em> en Espagne) \u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; la corruption de l\u2019\u00c9glise, notamment en Italie et en Allemagne\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019inqui\u00e9tude psychologique du XVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Outre les facteurs religieux, il est \u00e9galement important de prendre en compte les causes politiques, sociales et \u00e9conomiques, notamment en Allemagne : la r\u00e9sistance contre Rome, la r\u00e9sistance contre la centralisation et l\u2019absolutisme des Habsbourg, la situation \u00e9conomique et sociale, et enfin la personnalit\u00e9 de Luther.<\/p>\n<p>N\u00e9 en Saxe en 1483, Luther \u00e9tudia la philosophie \u00e0 Erfurt, dans un milieu impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019occamisme. En 1505, il entra au couvent des Augustins de cette ville. Apr\u00e8s son ordination sacerdotale, il fut appel\u00e9 en 1508 \u00e0 enseigner \u00e0 Wittenberg. Entre 1515 et 1517, il commen\u00e7a \u00e0 formuler la nouvelle doctrine sous l\u2019influence de l\u2019occamisme, de son interpr\u00e9tation personnelle de saint Paul et de saint Augustin, et de sa profonde inqui\u00e9tude psychologique. En 1517, il lan\u00e7a sa protestation contre la vente des indulgences, qui marqua le d\u00e9but de la R\u00e9forme. Les points essentiels du luth\u00e9ranisme sont : la reconnaissance de la Bible comme seule autorit\u00e9 en mati\u00e8re de foi (sans la tradition, sans la m\u00e9diation de l\u2019\u00c9glise et de son magist\u00e8re), la justification par la foi seule (sans les bonnes \u0153uvres), le salut par la gr\u00e2ce seule (sans la m\u00e9diation de l\u2019\u00c9glise, de la hi\u00e9rarchie ou des sacrements).<\/p>\n<p>\u00c0 Gen\u00e8ve, qui d\u00e9pendait th\u00e9oriquement du duc de Savoie et du prince-\u00e9v\u00eaque, les id\u00e9es de la R\u00e9forme furent introduites par des marchands allemands \u00e0 partir de 1525. Au cours des ann\u00e9es suivantes, le courant protestant se d\u00e9veloppa, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action du pr\u00e9dicateur Guillaume Farel et sous la protection des Bernois. En 1534, pour des raisons religieuses, mais aussi politiques et \u00e9conomiques, la majeure partie de la classe dirigeante se convertit \u00e0 la R\u00e9forme, et l\u2019\u00e9v\u00eaque Pierre de la Baume, effray\u00e9, quitte la ville. Le 10 ao\u00fbt 1535, le Conseil de la ville suspend la messe. Le 21 mai 1536, le Conseil confirme l\u2019adoption de la R\u00e9forme. Deux mois plus tard, Calvin s\u2019installe \u00e0 Gen\u00e8ve, qui devient la \u00ab Rome protestante \u00bb. Dans le m\u00eame temps, le culte catholique fut supprim\u00e9 \u00e0 Thonon, chef-lieu du Chablais, o\u00f9 l\u2019on mit fin aux \u00ab c\u00e9r\u00e9monies, sacrifices, offices, institutions et traditions papistes \u00bb. Les successeurs de Pierre de la Baume et le chapitre cath\u00e9dral choisirent la ville d\u2019Annecy comme si\u00e8ge \u00ab provisoire \u00bb (en exil) du dioc\u00e8se de Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Noyon (France) en 1509, Calvin (Jean Cauvin ou Calvin) \u00e9tudia la th\u00e9ologie \u00e0 Paris et le droit \u00e0 Orl\u00e9ans, puis \u00e0 Bourges, o\u00f9 il d\u00e9couvrit la doctrine de Luther. Par mesure de s\u00e9curit\u00e9, il se rendit \u00e0 Strasbourg et \u00e0 B\u00e2le, o\u00f9 il publia en 1536 la premi\u00e8re version de son ouvrage fondamental, l\u2019<em>Institutio christianae religionis<\/em>. De passage \u00e0 Gen\u00e8ve, il fut pri\u00e9 par Guillaume Farel de s\u2019y installer, et devint le chef religieux et politique de cette ville. La doctrine de Calvin reprend les th\u00e8mes essentiels de Luther et de Zwingli, le r\u00e9formateur de Zurich. Le pilier de son syst\u00e8me est la doctrine de la pr\u00e9destination. Dieu, depuis l\u2019\u00e9ternit\u00e9, ind\u00e9pendamment de la pr\u00e9vision du p\u00e9ch\u00e9 originel, \u00e9lit certains \u00e0 la b\u00e9atitude \u00e9ternelle, d\u2019autres \u00e0 la damnation \u00e9ternelle. En ce qui concerne l\u2019Eucharistie, Calvin nie la transsubstantiation en affirmant que le pain et le vin sont des instruments par lesquels nous entrons en communion avec la substance du Christ. Le culte est r\u00e9duit \u00e0 la pri\u00e8re, \u00e0 la pr\u00e9dication et au chant des psaumes ; il n\u2019y a plus d\u2019ornements, d\u2019orgue ni de hi\u00e9rarchie. Le disciple le plus fid\u00e8le de Calvin et son successeur fut Th\u00e9odore de B\u00e8ze, que Fran\u00e7ois de Sales rencontra \u00e0 trois reprises.<\/p>\n<p>Les luttes et la contestation protestante ont raviv\u00e9 les forces de l\u2019\u00c9glise. Suspendu \u00e0 deux reprises en raison de la peste ou de la guerre, le concile de Trente (1545-1563) a marqu\u00e9 le d\u00e9but de la r\u00e9forme catholique par ses d\u00e9cisions dogmatiques et ses d\u00e9crets disciplinaires. Sur le plan doctrinal, les P\u00e8res du concile se prononc\u00e8rent sur les sources de la R\u00e9v\u00e9lation, la justification et les sacrements. Concernant les sources de la R\u00e9v\u00e9lation, le concile \u00e9tablit la liste des \u00e9crits inspir\u00e9s de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament, adopta la Vulgate comme version officielle de l\u2019\u00c9glise, et d\u00e9clara que la Tradition \u00e9tait une source de la foi au m\u00eame titre que l\u2019\u00c9criture, et que celle-ci devait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e, non pas selon le sens individuel, mais selon l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9glise. En ce qui concerne la justification, il fut d\u00e9fini que la foi seule ne suffit pas \u00e0 justifier le croyant, mais qu\u2019il faut aussi les \u0153uvres accomplies sous l\u2019influence de la gr\u00e2ce. Concernant les sacrements, le concile d\u00e9finit l\u2019institution divine, la nature, le ministre, les dispositions requises et les effets des sept sacrements. Il proclama en outre l\u2019existence du purgatoire, la l\u00e9gitimit\u00e9 des indulgences, de l\u2019invocation des saints, du culte des reliques et des images.<\/p>\n<p>Sur le plan disciplinaire, le concile prit certaines mesures qui eurent une grande influence : obligation de r\u00e9sidence pour les \u00e9v\u00eaques et les cur\u00e9s, interdiction faite aux pr\u00e9dicateurs d\u2019indulgences de recevoir de l\u2019argent, cr\u00e9ation des s\u00e9minaires, interdiction faite aux moines de poss\u00e9der des biens, cl\u00f4ture absolue pour les couvents de femmes, r\u00e9affirmation de l\u2019indissolubilit\u00e9 du mariage et interdiction des mariages clandestins, interdiction du duel.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le concile, saint Pie V (1566-1572) publia le Cat\u00e9chisme romain (1566), le Missel et le Br\u00e9viaire ; Gr\u00e9goire XIII (1572-1585) fonda des coll\u00e8ges eccl\u00e9siastiques \u00e0 Rome et Sixte V (1585-1590) organisa la Curie romaine en 15 congr\u00e9gations. Les grands artisans de la r\u00e9forme catholique furent des \u00e9v\u00eaques, comme saint Charles Borrom\u00e9e de Milan (1538-1584), de nouveaux religieux (notamment les j\u00e9suites de saint Ignace de Loyola), ainsi que les th\u00e9ologiens et les saints de cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Un renouveau spirituel en acte<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque qui nous int\u00e9resse, la spiritualit\u00e9 s\u2019exer\u00e7ait selon des formes, des traditions et des pays diff\u00e9rents, mais aussi dans le cadre d\u2019\u00e9changes et d\u2019influences r\u00e9ciproques.<\/p>\n<p>Dans les pays du Nord (Pays-Bas, Rh\u00e9nanie, Flandre, Alsace), il existait une tradition de mystique \u00ab abstraite \u00bb, qui remontait \u00e0 la fin du Moyen \u00c2ge et qui continuait d\u2019exercer une grande influence, y compris sur Luther lui-m\u00eame. Le premier d\u2019entre eux fut Ma\u00eetre Eckhart (1260-1327), un dominicain, provincial de Saxe et professeur de th\u00e9ologie \u00e0 Strasbourg. Selon la pens\u00e9e du \u00ab ma\u00eetre \u00bb, l\u2019homme v\u00e9ritablement spirituel doit rechercher l\u2019union de l\u2019\u00e2me avec l\u2019essence divine, m\u00eame au-del\u00e0 de l\u2019humanit\u00e9 du Christ. Parmi ses disciples, il convient de citer le bienheureux Henri Suso, lui aussi dominicain et professeur de th\u00e9ologie \u00e0 Constance (1295-1366), Jean Tauler, th\u00e9ologien, mystique et pr\u00e9dicateur de Strasbourg (vers 1300-1361), et le Flamand Jan Ruysbroek (1293-1381), propagateur de la <em>devotio moderna<\/em> dont le texte le plus repr\u00e9sentatif est l\u2019<em>Imitation de J\u00e9sus-Christ<\/em>, attribu\u00e9e \u00e0 Thomas a Kempis (1380-1471).<\/p>\n<p>L\u2019Italie a largement contribu\u00e9 au renouveau catholique. Saint Pie V et saint Charles Borrom\u00e9e (1538-1584) \u00e9taient italiens. De nombreux ordres et congr\u00e9gations ont vu le jour en Italie : les Th\u00e9atins, l\u2019Oratoire de saint Philippe N\u00e9ri (1515-1594), les Capucins, les Ursulines de sainte Ang\u00e8le Merici, etc. L\u2019Italie mystique resta sous l\u2019influence de sainte Catherine de Sienne (1347-1380), une mystique tr\u00e8s soucieuse de la r\u00e9forme de l\u2019\u00c9glise, et des saints du XVe si\u00e8cle, en particulier sainte Catherine de G\u00eanes (1447-1510). Le XVIe si\u00e8cle est marqu\u00e9 par deux mystiques : sainte Marie-Madeleine de Pazzi (1566-1607), carm\u00e9lite, et Catherine de Ricci (1522-1590), dominicaine, elles aussi pr\u00e9occup\u00e9es par la r\u00e9forme de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Au XVIe si\u00e8cle, l\u2019Espagne a connu son \u00ab si\u00e8cle d\u2019or \u00bb \u00e9galement dans le domaine religieux et spirituel. Elle a vu na\u00eetre de grandes figures de la mystique, notamment Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila (1515-1582), sainte et r\u00e9formatrice du Carmel, Jean de la Croix (1542-1591) et Ignace de Loyola (1491-1556). Fran\u00e7ois de Sales appr\u00e9ciait \u00e9galement beaucoup le dominicain Luis de Granada (+1588), qui proposait un chemin de perfection pour tous \u00e0 travers la pri\u00e8re, la parole de Dieu, l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 et l\u2019union avec Dieu. D\u2019autre part, le courant des <em>Alumbrados<\/em> (\u00ab illumin\u00e9s \u00bb directement par l\u2019Esprit) paraissait suspect d\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie aux yeux des autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>En France, sous le r\u00e8gne d\u2019Henri III (1574-1589), pendant et apr\u00e8s les guerres de religion, un renouveau spirituel \u00e9clatant s\u2019amor\u00e7a. \u00c0 cette \u00e9poque, la vie de pi\u00e9t\u00e9 s\u2019inspire encore des mod\u00e8les import\u00e9s. De nombreux auteurs italiens et espagnols sont traduits en fran\u00e7ais. Les \u0153uvres de l\u2019\u00e9cole du Nord sont \u00e9galement traduites en latin moderne. En effet, la mystique rh\u00e9nane, de tendance abstraite, dominait ; la \u00ab vie sur\u00e9minente \u00bb, ou union directe avec l\u2019\u00catre supr\u00eame, au-del\u00e0 de l\u2019humanit\u00e9 du Christ, exer\u00e7ait un fort attrait. Les \u00e9crits du Pseudo-Denys, auteur n\u00e9oplatonicien du Ve-VIe si\u00e8cle, constituaient la lecture pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois de Sales entra en contact avec ce mouvement \u00e0 Paris, o\u00f9 il s\u00e9journa de janvier \u00e0 septembre 1602, tout en fr\u00e9quentant un milieu avide de vie int\u00e9rieure : la maison de Madame Acarie. Cette dame n\u2019\u00e9tait pas seulement une h\u00f4tesse et une m\u00e8re de famille distingu\u00e9e, \u00e9l\u00e9gante et joyeuse, toujours pr\u00eate \u00e0 venir en aide aux pauvres, mais elle tombait souvent en extase. Fran\u00e7ois fut choisi par elle comme confesseur et soutint son projet d\u2019introduire en France le Carmel r\u00e9form\u00e9 de sainte Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila. Au sein du \u00ab Cercle de Madame Acarie \u00bb, il fit la connaissance de Pierre de B\u00e9rulle, futur cardinal, et encouragea \u00e9galement son projet d\u2019introduire en France l\u2019Oratoire de Philippe N\u00e9ri ; B\u00e9rulle sera le fondateur et le premier sup\u00e9rieur de l\u2019Oratoire de France en 1611. Fran\u00e7ois rencontra \u00e9galement le capucin d\u2019origine anglaise Beno\u00eet de Canfeld, la plus grande autorit\u00e9 mystique de son temps ; dom Beaucousin, vicaire de la Chartreuse de Paris \u00bb ; Andr\u00e9 Duval, grand \u00e9vang\u00e9lisateur des pauvres ; le p\u00e8re Cotton, j\u00e9suite, futur confesseur d\u2019Henri IV ; le p\u00e8re de Br\u00e9tigny, qui avait rencontr\u00e9 en Espagne Jean de la Croix, et d\u2019autres personnalit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que naquit, autour de B\u00e9rulle, l\u2019\u00e9cole de spiritualit\u00e9 connue sous le nom d\u2019\u00ab \u00c9cole fran\u00e7aise \u00bb, dont les principaux repr\u00e9sentants furent saint Vincent de Paul, Jean-Jacques Olier, saint Jean Eudes, saint Jean-Baptiste de La Salle et saint Louis-Marie Grignion de Montfort.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comprendre Fran\u00e7ois de Sales signifie se plonger au c\u0153ur du XVIIe si\u00e8cle europ\u00e9en : une&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":53786,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":4,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[1716,2554,2631,2587,1968,2022],"class_list":["post-53798","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-charisme-salesien","tag-dieu","tag-eglise","tag-famille-salesienne","tag-saints","tag-vertus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53798","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53798"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53798\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":53799,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53798\/revisions\/53799"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/53786"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53798"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53798"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53798"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}