{"id":52953,"date":"2026-04-17T12:43:50","date_gmt":"2026-04-17T12:43:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=52953"},"modified":"2026-04-17T12:44:22","modified_gmt":"2026-04-17T12:44:22","slug":"eduquer-a-la-spiritualite-du-quotidien-avec-saint-francois-de-sales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/eduquer-a-la-spiritualite-du-quotidien-avec-saint-francois-de-sales\/","title":{"rendered":"\u00c9duquer \u00e0 la spiritualit\u00e9 du quotidien avec saint Fran\u00e7ois de Sales"},"content":{"rendered":"<p><em>La spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne est souvent per\u00e7ue comme le patrimoine exclusif d&rsquo;\u00e2mes privil\u00e9gi\u00e9es, \u00e9loign\u00e9e de la vie concr\u00e8te de ceux qui habitent le monde. Saint Fran\u00e7ois de Sales renverse cette vision avec une proposition radicale : Dieu ne se trouve pas dans un ailleurs id\u00e9al, mais au c\u0153ur battant de l&rsquo;existence ordinaire. \u00c9v\u00eaque, directeur spirituel et \u00e9crivain du XVIIe si\u00e8cle, Fran\u00e7ois de Sales a \u00e9labor\u00e9 un chemin de saintet\u00e9 accessible \u00e0 tous \u2014 au marchand, \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouse, au soldat, au paysan \u2014 sans exiger l&rsquo;abandon de son propre \u00e9tat de vie. Le texte qui suit explore les piliers de cette spiritualit\u00e9 du quotidien : l&rsquo;acceptation aimante de sa propre condition, l&rsquo;exercice concret des vertus, la rencontre avec Dieu dans les \u00e9v\u00e9nements de chaque jour et la transfiguration de l&rsquo;ordinaire par la charit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est dans et par la vie de tous les jours que Dieu me manifeste sa volont\u00e9 et son amour et c\u2019est elle qui est le lieu providentiel o\u00f9 je peux le rencontrer. L\u2019homme est perp\u00e9tuellement tent\u00e9 de le chercher ailleurs, ou \u00e0 une autre \u00e9poque, ou dans une condition de vie diff\u00e9rente de la sienne, alors qu\u2019il est pr\u00e9sent \u00e0 la vie de chacun. Il pense peut-\u00eatre spontan\u00e9ment que la vie spirituelle est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite, qu\u2019elle est renferm\u00e9e dans des livres forc\u00e9ment incompr\u00e9hensibles pour le commun des mortels.<\/p>\n<p>En fait, saint Fran\u00e7ois de Sales propose une spiritualit\u00e9 de la \u00ab vie commune \u00bb, ordinaire, celle du quotidien. Il le dit explicitement dans la Pr\u00e9face de <em>l\u2019Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote<\/em> : mon intention, \u00e9crivait-il, est d\u2019instruire ceux qui \u00ab par leur condition sont oblig\u00e9s de faire une vie commune quant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb. Ext\u00e9rieurement, rien ne semble les distinguer des autres ; int\u00e9rieurement, le feu de l\u2019amour les enflamme. Si Fran\u00e7ois de Sales a choisi pour patronne de sa congr\u00e9gation Notre-Dame de la Visitation, c\u2019est parce que \u00ab la tr\u00e8s glorieuse Vierge fit cet acte solennel de sa charit\u00e9 envers le prochain que d\u2019aller visiter et servir sainte \u00c9lisabeth au travail de sa grossesse, et composa n\u00e9anmoins le cantique du <em>Magnificat<\/em>, le plus doux, le plus relev\u00e9, plus spirituel et plus contemplatif qui soit \u00e9crit \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Il faut fleurir l\u00e0 o\u00f9 Dieu nous a plant\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Cette sentence, attribu\u00e9e \u00e0 saint Fran\u00e7ois de Sales, d\u00e9finit sans nul doute un des traits fondamentaux de cette spiritualit\u00e9. Elle consiste en premier lieu \u00e0 aimer franchement notre \u00e9tat de vie. La raison est claire :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Si nous sommes saints selon notre volont\u00e9, nous ne le serons jamais bien ; il faut que nous le soyons selon la volont\u00e9 de Dieu. Or la volont\u00e9 de Dieu est que, pour l\u2019amour de lui, vous aimiez franchement l\u2019exercice de votre \u00e9tat.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est ici que l\u2019on touche du doigt le r\u00e9alisme spirituel de Fran\u00e7ois de Sales, qui ne craint rien tant que la multiplication des d\u00e9sirs infructueux. Il faut servir Dieu, disait-il \u00e0 une jeune novice assoiff\u00e9e de perfection imm\u00e9diate, \u00ab \u00e0 l\u2019humaine et selon le temps, en attendant un jour de le faire \u00e0 la divine et ang\u00e9lique et selon l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Il est bon de d\u00e9sirer beaucoup, mais il faut mettre ordre aux d\u00e9sirs, et les faire sortir en effet, chacun selon sa saison et votre pouvoir. [\u2026] La moindre ex\u00e9cution est plus utile que les grands d\u00e9sirs des choses \u00e9loign\u00e9es de notre pouvoir, Dieu d\u00e9sirant plus de nous la fid\u00e9lit\u00e9 aux petites choses qu\u2019il met en notre pouvoir que l\u2019ardeur aux grandes qui ne d\u00e9pendent pas de nous.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il disait aussi : \u00ab Nous nous amusons quelquefois tant \u00e0 \u00eatre bons anges, que nous en laissons d\u2019\u00eatre bons hommes et bonnes femmes \u00bb.<\/p>\n<p>Il faudra donc apprendre \u00e0 nous plaire d\u2019\u00eatre l\u00e0 o\u00f9 nous sommes. Fran\u00e7ois de Sales, qui ne voulait pas devenir \u00e9v\u00eaque, apprenait chaque jour \u00e0 aimer ce que Dieu avait voulu pour lui. Jeanne de Chantal devra apprendre \u00e0 aimer sa condition de veuve, parce que Dieu avait permis qu\u2019il en f\u00fbt ainsi.<\/p>\n<p>Une de ses sentences habituelles est qu\u2019\u00ab il ne faut pas d\u00e9sirer d\u2019arriver \u00e0 la perfection tout \u00e0 coup ; il faut aller le chemin commun et ordinaire, qui est le plus s\u00fbr \u00bb. Non seulement tous sont appel\u00e9s \u00e0 la perfection de la charit\u00e9, qui est la saintet\u00e9, mais la perfection est accessible \u00e0 tous. Sa conclusion est p\u00e9remptoire : \u00ab O\u00f9 que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer \u00e0 la vie parfaite \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019exercice des vertus<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, cette spiritualit\u00e9 semble plut\u00f4t passive : il faut accepter la vie telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente, la r\u00e9alit\u00e9 qui est la n\u00f4tre, et s\u2019efforcer de l\u2019aimer comme \u00e9tant une manifestation de la volont\u00e9 de Dieu et de son amour \u00e0 notre \u00e9gard. Mais ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019un point de d\u00e9part. Il s\u2019agit maintenant de d\u00e9velopper une attitude positive d\u2019intervention que Fran\u00e7ois de Sales appelle \u00ab l\u2019exercice des vertus \u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir reconnu et accept\u00e9 le moment pr\u00e9sent et le lieu providentiel o\u00f9 Dieu \u00ab nous a plant\u00e9s \u00bb, il faut \u00ab fleurir \u00bb et porter du fruit, mais toujours en tenant compte de la situation concr\u00e8te et de la vocation de chacun. Le texte classique qui d\u00e9finit le type de saintet\u00e9 auquel tous sont appel\u00e9s m\u00e9rite d\u2019\u00eatre cit\u00e9 :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Dieu commanda en la cr\u00e9ation aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux chr\u00e9tiens, qui sont les plantes vivantes de son \u00c9glise, qu\u2019ils produisent des fruits de d\u00e9votion, un chacun selon sa qualit\u00e9 et vacation.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la vie chr\u00e9tienne tout est fruit de la gr\u00e2ce de l\u2019Esprit Saint, mais le don de la gr\u00e2ce requiert la collaboration active de l\u2019homme. L\u2019acquisition des vertus exige de toute fa\u00e7on une bonne dose d\u2019effort, de courage, de fermet\u00e9, de constance et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Il s\u2019agit ici d\u2019un v\u00e9ritable exercice \u2013 c\u2019est le sens du mot <em>asc\u00e8se<\/em> \u2013 mais qui doit se faire dans un climat de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et de confiance en Dieu. \u00ab Vous craignez plus les vices que vous n\u2019aimez les vertus \u00bb, \u00e9crivait-il \u00e0 une jeune mari\u00e9e impatiente et scrupuleuse.<\/p>\n<p>Les vertus doivent \u00eatre exerc\u00e9es selon la vocation de chacun et \u00ab il faut soigneusement observer les commandements particuliers qu\u2019un chacun a pour le regard de sa vocation \u00bb :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Il est command\u00e9 aux \u00e9v\u00eaques de visiter leurs brebis, les enseigner, redresser, consoler : que je demeure toute la semaine en oraison, que je je\u00fbne toute ma vie, si je ne fais cela je me perds. Qu\u2019une personne fasse miracle \u00e9tant en \u00e9tat de mariage, et qu\u2019elle ne rende pas le devoir de mariage \u00e0 sa partie ou qu\u2019elle ne se soucie point de ses enfants, elle est pire qu\u2019infid\u00e8le, dit saint Paul ; et ainsi des autres.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour ne pas nous tromper de route en inversant les priorit\u00e9s, il faut savoir qu\u2019il existe une hi\u00e9rarchie dans les vertus. Pour Fran\u00e7ois de Sales, cela ne fait aucun doute, c\u2019est l\u2019amour qui vient en t\u00eate, tandis que les autres l\u2019accompagnent ou le suivent :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Le roi des abeilles ne se met point aux champs qu\u2019il ne soit environn\u00e9 de tout son petit peuple, et la charit\u00e9 n\u2019entre jamais dans un c\u0153ur qu\u2019elle n\u2019y loge avec soi tout le train des autres vertus, les exer\u00e7ant et mettant en besogne ainsi qu\u2019un capitaine fait ses soldats.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les autres vertus \u2013 en particulier la douceur \u2013 d\u00e9pendent de la charit\u00e9, elles en sont des manifestations et des r\u00e9alisations concr\u00e8tes, ou encore des moyens pour l\u2019acqu\u00e9rir, tant il est vrai que seule la charit\u00e9 \u00ab nous met en la perfection \u00bb. Il existe toutefois des vertus d\u2019un usage tellement universel qu\u2019il faut en faire continuellement une bonne provision. Ce ne sont pas les vertus des anges, mais celles de vrais hommes et femmes :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>S\u2019il pla\u00eet \u00e0 Dieu de nous \u00e9lever jusques \u00e0 ces perfections ang\u00e9liques, nous serons aussi de bons anges, mais en attendant exer\u00e7ons-nous simplement, humblement et d\u00e9votement aux petites vertus, la conqu\u00eate desquelles Notre-Seigneur a expos\u00e9e \u00e0 notre soin et travail : comme la patience, la d\u00e9bonnairet\u00e9, la mortification du c\u0153ur, l\u2019humilit\u00e9, l\u2019ob\u00e9issance, la pauvret\u00e9, la chastet\u00e9, la tendret\u00e9 envers le prochain, le support de ses imperfections, la diligence et sainte ferveur.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il existe encore d\u2019autres listes de vertus, dans lesquelles figurent par exemple la temp\u00e9rance, l\u2019honn\u00eatet\u00e9, le courage, la simplicit\u00e9, la modestie, la cordialit\u00e9 et l\u2019affabilit\u00e9. Sont mises en lumi\u00e8re en outre quelques attitudes spirituelles, tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s par Fran\u00e7ois de Sales, mais qu\u2019il faudrait consid\u00e9rer plut\u00f4t comme des fruits des vertus, ou mieux de l\u2019Esprit Saint, tels que la joie, la paix, la confiance ou l\u2019abandon.<\/p>\n<p>Que deviennent dans ce tableau des vertus les exercices asc\u00e9tiques traditionnels ? Ils ne sont pas abolis, mais l\u2019accent est d\u00e9plac\u00e9. C\u2019est ainsi que Fran\u00e7ois de Sales recommande le travail plut\u00f4t que le je\u00fbne, la mod\u00e9ration dans les plaisirs plut\u00f4t que l\u2019abstention. Au lieu de choisir toujours le pire en guise de p\u00e9nitence, il vaut mieux s\u2019abstenir de choisir :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>C\u2019est, comme je crois, une plus grande vertu de manger sans choix ce qu\u2019on vous pr\u00e9sente et en m\u00eame ordre qu\u2019on le vous pr\u00e9sente, ou qu\u2019il soit \u00e0 votre go\u00fbt ou qu\u2019il ne le soit pas, que de choisir toujours le pire. Car encore que cette derni\u00e8re fa\u00e7on de vivre semble plus aust\u00e8re, l\u2019autre n\u00e9anmoins a plus de r\u00e9signation, car par icelle on ne renonce pas seulement \u00e0 son go\u00fbt, mais encore \u00e0 son choix ; et si, ce n\u2019est pas une petite aust\u00e9rit\u00e9 de tourner son go\u00fbt \u00e0 toute main et le tenir sujet aux rencontres, joint que cette sorte de mortification ne para\u00eet point, n\u2019incommode personne, et est uniquement propre pour la vie civile.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Rencontrer Dieu dans les \u00e9v\u00e9nements quotidiens<\/strong><\/p>\n<p>La vie spirituelle telle que la con\u00e7oit Fran\u00e7ois de Sales n\u2019est pas faite \u00ab pour les choses extraordinaires seulement, mais principalement pour ces petites tricheries (bagatelles) quotidiennes \u00bb. C\u2019est au milieu du quotidien le plus banal que peut se faire la rencontre de Dieu. La berg\u00e8re Rachel abreuvait son troupeau au puits, elle paissait chaque jour ses brebis, elle tirait de l\u2019eau du puits chaque jour, et c\u2019est au cours de ces actions quotidiennes qu\u2019elle rencontra son \u00e9poux.<\/p>\n<p>S\u2019il y a un point important dans la spiritualit\u00e9 sal\u00e9sienne, c\u2019est celui de la \u00ab sainte indiff\u00e9rence \u00bb, synth\u00e9tis\u00e9e dans la formule : \u00ab Ne rien demander, ne rien refuser \u00bb. L\u2019auteur part du principe que tout ce qui arrive dans la vie \u2013 except\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9 \u2013 est voulu par Dieu ou du moins permis par lui. Par cons\u00e9quent, celui qui aime vraiment Dieu se pr\u00e9pare \u00e0 accueillir tout \u00e9v\u00e9nement, quel qu\u2019il soit, avec une \u00ab simple disposition \u00bb \u00e0 recevoir ce qui arrivera comme venant du \u00ab bon plaisir de Dieu \u00bb.<\/p>\n<p>Une fois que l\u2019\u00e9v\u00e9nement est arriv\u00e9, la personne acquiesce, elle accepte. Il y a l\u00e0 une passivit\u00e9 ou r\u00e9signation qui semble un peu inqui\u00e9tante, d\u2019autant que le vocabulaire du \u00ab bon plaisir \u00bb rappelle trop l\u2019absolutisme du prince temporel. Cependant il faut bien voir que la volont\u00e9 de se disposer, d\u2019attendre, de se pr\u00e9parer comporte aussi un aspect actif non n\u00e9gligeable. C\u2019est une des dispositions de la volont\u00e9 les plus recommand\u00e9es par Fran\u00e7ois de Sales. Elle est fond\u00e9e, comme il a \u00e9t\u00e9 dit, sur la confiance en la Providence sans laquelle rien n\u2019arrive en ce monde. Mais elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e aussi comme une vertu humaine qui contribue grandement \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019humeur, m\u00eame et surtout dans les moments difficiles de la vie. L\u2019indiff\u00e9rence, enseignait Fran\u00e7ois de Sales aux filles de la Visitation, est une vertu qui ne s\u2019acquiert pas en cinq ans, \u00ab il en faut bien dix \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 propos de la passivit\u00e9 et de la sainte indiff\u00e9rence, qui est en fait une extr\u00eame indiff\u00e9rence de la volont\u00e9 par rapport \u00e0 ce qui arrivera, Fran\u00e7ois de Sales met lui-m\u00eame les choses au point en prenant l\u2019exemple de la maladie. \u00ab Quand vous serez malade, recommande-t-il \u00e0 Philoth\u00e9e, ob\u00e9issez au m\u00e9decin, prenez les m\u00e9decines, viandes et autres rem\u00e8des pour l\u2019amour de Dieu \u00bb. Puis il ajoute : \u00ab D\u00e9sirez de gu\u00e9rir pour lui rendre service ; ne refusez point de languir pour lui ob\u00e9ir, et disposez-vous \u00e0 mourir, si ainsi lui pla\u00eet, pour le louer et jouir de lui \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019accueil de l\u2019\u00e9v\u00e9nement sera d\u2019autant plus facile que l\u2019on est persuad\u00e9 avec saint Paul que \u00ab tout revient au bien de ceux qui aiment Dieu \u00bb. Il dit tout, c\u2019est-\u00e0-dire non seulement les joies et les consolations, mais aussi les \u00e9preuves, les tribulations et les maux de cette vie, y compris les p\u00e9ch\u00e9s. \u00ab Oui, m\u00eame les p\u00e9ch\u00e9s, dont Dieu par sa bont\u00e9 nous d\u00e9fende, sont r\u00e9duits par la divine providence au bien de ceux qui sont \u00e0 lui \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Unir la pri\u00e8re et la vie<\/strong><\/p>\n<p>Quand il aborde le th\u00e8me de la pri\u00e8re, l\u2019auteur de l\u2019<em>Introduction<\/em> s\u2019applique avant toute chose \u00e0 convaincre Philoth\u00e9e qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 bienfaisante. Suivant la distinction classique, Fran\u00e7ois de Sales consid\u00e8re trois types de pri\u00e8res : vocale, mentale et vitale.<\/p>\n<p>Il appr\u00e9cie et recommande la <em>pri\u00e8re vocale<\/em>, qu\u2019elle soit liturgique, communautaire ou personnelle. Mais la qualit\u00e9 de telles pri\u00e8res d\u00e9rive de l\u2019int\u00e9rieur, du c\u0153ur de l\u2019orant : \u00ab Un seul Pater dit avec sentiment vaut mieux que plusieurs r\u00e9cit\u00e9s vivement et couramment \u00bb.<\/p>\n<p>Il appr\u00e9ciait surtout l\u2019oraison mentale, qu\u2019il recommandait \u00e0 tous, m\u00eame aux la\u00efcs. Elle est pr\u00e9f\u00e9rable parce qu\u2019elle donne effectivement la priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur sur l\u2019ext\u00e9rieur. Sa qualit\u00e9 d\u00e9pend de l\u2019amour, parce que la pri\u00e8re vaut ce que vaut l\u2019amour. L\u2019oraison mentale, qu\u2019il appelle aussi oraison cordiale, a deux formes : la m\u00e9ditation et la contemplation. Toutes les deux soutiennent la vie spirituelle, comme le manger et le boire entretiennent la vie du corps : \u00ab Manger, c\u2019est m\u00e9diter \u00bb, \u00ab boire, c\u2019est contempler \u00bb.<\/p>\n<p>Si l\u2019<em>oraison mentale<\/em> exige de r\u00e9server un certain temps de la journ\u00e9e \u00e0 cet exercice particulier, il existe cependant une troisi\u00e8me forme de pri\u00e8re, beaucoup plus proche de la vie et compatible avec n\u2019importe quelle sorte d\u2019occupations. C\u2019est la <em>pri\u00e8re vitale<\/em>, que l\u2019on pourrait appeler aussi pri\u00e8re v\u00e9cue, ou simplement union \u00e0 Dieu. Les occupations ne sauraient en aucune fa\u00e7on emp\u00eacher l\u2019union \u00e0 Dieu, et ceux qui pratiquent cette forme de pri\u00e8re ne sauraient oublier Dieu, pas plus que les amoureux risquent de s\u2019oublier l\u2019un l\u2019autre :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Ceux qui sont amoureux d\u2019un amour humain et naturel ont presque toujours leurs pens\u00e9es tourn\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 de la chose aim\u00e9e, leur c\u0153ur plein d\u2019affection envers elle, leur bouche remplie de ses louanges, et qu\u2019en son absence ils ne perdent point d\u2019occasion de t\u00e9moigner leurs passions par lettres, et ne trouvent point d\u2019arbre sur l\u2019\u00e9corce duquel ils n\u2019\u00e9crivent le nom de ce qu\u2019ils aiment.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au milieu des activit\u00e9s de la journ\u00e9e et de \u00ab la presse des affaires temporelles \u00bb, il est toujours possible de trouver une seconde de solitude pour rejoindre le c\u0153ur de Dieu :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Ressouvenez-vous donc, Philoth\u00e9e, de faire toujours plusieurs retraites en la solitude de votre c\u0153ur, pendant que corporellement vous \u00eates parmi les conversations et affaires ; et cette solitude mentale ne peut nullement \u00eatre emp\u00each\u00e9e par la multitude de ceux qui vous sont autour, car ils ne sont pas autour de votre c\u0153ur, ains (mais) autour de votre corps, si que votre c\u0153ur demeure lui tout seul en la pr\u00e9sence de Dieu seul.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, la pri\u00e8re vraie ne fait pas oublier les obligations de la vie courante, \u00e0 condition d\u2019imiter la femme forte de la Bible, dont il est dit qu\u2019\u00ab elle a mis la main \u00e0 choses fortes et ses doigts ont mani\u00e9 le fuseau \u00bb. D\u2019o\u00f9 ces recommandations \u00e0 la baronne de Chantal, peut-\u00eatre mal conseill\u00e9e au d\u00e9but de sa vie spirituelle : \u00ab M\u00e9ditez, \u00e9levez votre esprit, portez-le en Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire tirez Dieu en votre esprit : voil\u00e0 les choses fortes. Mais avec cela n\u2019oubliez pas votre quenouille et votre fuseau : filez le fil des petites vertus, abaissez-vous aux exercices de charit\u00e9. Qui dit autrement se trompe et est tromp\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Cependant tout ne sera pas facile. Unir la pri\u00e8re et la vie, se comporter dans la vie comme on se comporte dans la pri\u00e8re, arriver \u00e0 faire l\u2019unit\u00e9 du c\u0153ur et de la vie, tout cela ne se r\u00e9alise pas comme par enchantement. Il faudra prendre garde de ne pas perdre l\u2019\u00e9quilibre int\u00e9rieur requis pour avancer sans chopper au milieu des dangers. Faisons comme les funambules et les \u00e9quilibristes : \u00ab Ceux qui cheminent sur la corde tiennent toujours en leurs mains le b\u00e2ton de contrepoids, pour balancer leurs corps justement en la vari\u00e9t\u00e9 des mouvements qu\u2019ils ont \u00e0 faire sur un si dangereux plancher \u00bb. En comparant la croix du Christ au b\u00e2ton de contrepoids qui garantit l\u2019\u00e9quilibre, Fran\u00e7ois de Sales rappelle que la vie de tous les jours est pleine d\u2019occasions p\u00e9rilleuses et qu\u2019elle a besoin d\u2019une vraie sauvegarde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le quotidien transfigur\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La vie quotidienne est faite d\u2019une multitude de moments, mais \u00ab en ces moments, comme dans un petit noyau, est enclose la semence de toute l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00bb. L\u2019horloge nous donne la mesure quantitative du temps, mais la qualit\u00e9 du temps d\u00e9pend de nous. Si nous le voulons, \u00ab nous pouvons faire toutes nos ann\u00e9es, nos mois, nos jours et nos heures, saintes par le bon et fid\u00e8le usage \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des \u00ab grandes \u0153uvres \u00bb, saint Fran\u00e7ois de Sales veut nous persuader de prendre en consid\u00e9ration les \u00ab moindres et plus basses \u00bb : \u00ab les menues injures, ces petites incommodit\u00e9s, ces pertes de peu d\u2019importance qui vous sont journali\u00e8res \u00bb, les \u00ab petites occasions \u00bb, les \u00ab petites charit\u00e9s quotidiennes \u00bb, \u00ab cette petite incommodit\u00e9 \u00bb, \u00ab cette petite honte \u00bb, \u00ab ces petites souffrances \u00bb. Toutes \u00ab ces occasions qui se pr\u00e9sentent \u00e0 tout moment, c\u2019est un grand moyen pour assembler beaucoup de richesses spirituelles que de les bien employer \u00bb. Le moindre de ces moments peut acqu\u00e9rir une valeur extraordinaire, s\u2019il est v\u00e9cu avec amour :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Il arrive souvent qu\u2019une personne petite et faible de corps et d\u2019esprit, qui ne s\u2019exercera qu\u2019\u00e0 des choses petites, les fera avec une si grande charit\u00e9 qu\u2019elles surpasseront beaucoup en m\u00e9rite des actions grandes et relev\u00e9es ; car pour l\u2019ordinaire, les actions relev\u00e9es se font avec moins de charit\u00e9, \u00e0 cause de l\u2019attention et de diverses consid\u00e9rations qui se font autour d\u2019elles.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pendant son dernier <em>Entretien<\/em> avec les s\u0153urs de la Visitation de Lyon, deux jours avant de mourir, saint Fran\u00e7ois de Sales r\u00e9p\u00e9tera sa le\u00e7on favorite : \u00ab Ce n\u2019est pas par la multiplicit\u00e9 de nos \u0153uvres que nous plaisons \u00e0 Dieu, mais par l\u2019amour avec lequel nous les faisons \u00bb. Ce n\u2019est pas non plus par la grandeur des actions que nous plaisons \u00e0 Dieu : \u00ab Une s\u0153ur qui sera en sa cellule, ne faisant qu\u2019un petit ouvrage, m\u00e9ritera plus qu\u2019une autre qui aura beaucoup de peine, si elle le fait avec moins d\u2019amour. C\u2019est l\u2019amour qui donne la perfection \u00e0 nos \u0153uvres \u00bb. La vie contemplative est meilleure en soi que la vie active, mais \u00ab si en la vie active il se trouve plus d\u2019union, elle est meilleure \u00bb. La solitude avec Dieu est bonne, mais il arrive assez souvent \u00ab qu\u2019on sera aussi uni \u00e0 Dieu en l\u2019action que dans la solitude \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019amour est le secret de l\u2019alchimie sal\u00e9sienne, au point que ce qui nous afflige peut acqu\u00e9rir une valeur extraordinaire par l\u2019union de notre volont\u00e9 avec le bon plaisir de Dieu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne est souvent per\u00e7ue comme le patrimoine exclusif d&rsquo;\u00e2mes privil\u00e9gi\u00e9es, \u00e9loign\u00e9e de la&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":52943,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":2,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[2563,2634,2554,2194,2587,1818,1968,2022],"class_list":["post-52953","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-charite","tag-conciles","tag-dieu","tag-education","tag-famille-salesienne","tag-grace","tag-saints","tag-vertus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52953","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=52953"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52953\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":52954,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52953\/revisions\/52954"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/52943"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=52953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=52953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=52953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}