{"id":52933,"date":"2026-04-14T13:07:21","date_gmt":"2026-04-14T13:07:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=52933"},"modified":"2026-04-14T19:12:22","modified_gmt":"2026-04-14T19:12:22","slug":"ignace-stuchly-et-son-habitus-vertueux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/ignace-stuchly-et-son-habitus-vertueux\/","title":{"rendered":"Ignace Stuchl\u00fd et son \u00ab habitus vertueux \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><em><i>L&rsquo;histoire du Serviteur de Dieu Ignazio Stuchl\u00fd (1869\u20131953) permet d&rsquo;observer, dans un contexte historique complexe, comment la saintet\u00e9 sal\u00e9sienne peut prendre forme \u00e0 travers un ensemble stable de vertus v\u00e9cues au quotidien. N\u00e9 en Moravie dans l&rsquo;Empire austro-hongrois, form\u00e9 \u00e0 la foi dans un milieu paysan et marqu\u00e9 par une sant\u00e9 fragile, Stuchl\u00fd m\u00fbrit lentement sa vocation, cherchant avec t\u00e9nacit\u00e9 la volont\u00e9 de Dieu entre tentatives, portes closes et nouveaux d\u00e9parts. La rencontre avec le charisme de Don Bosco et avec don Rua oriente d\u00e9finitivement son chemin : pauvret\u00e9 concr\u00e8te, ob\u00e9issance, force d&rsquo;\u00e2me, chastet\u00e9, esprit de sacrifice et paternit\u00e9 \u00e9ducative deviennent les traits constants de son \u00ab habitus \u00bb vertueux. En tant que formateur et provincial, il traversera ensuite guerres et pers\u00e9cutions, demeurant un point de r\u00e9f\u00e9rence pour ses confr\u00e8res et pour les jeunes.<\/i><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong><b> \u00c0 la recherche de la volont\u00e9 de Dieu<\/b><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le Serviteur de Dieu na\u00eet \u00e0 Boles\u0142aw, en Moravie, le 14 d\u00e9cembre 1869. Il est un sujet de cet immense patchwork de langues, de cultures et de traditions caract\u00e9ristique de l&rsquo;Empire austro-hongrois, r\u00e9sultat, dans sa forme achev\u00e9e, de l&rsquo;<em><i>Ausgleich<\/i><\/em> de 1867 entre l&rsquo;Empire des Habsbourg et le Royaume de Hongrie.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me de dix enfants, il re\u00e7oit une \u00e9ducation simple mais solide dans la foi catholique, plus commune en Moravie qu&rsquo;en Boh\u00eame, alors domin\u00e9e par le protestantisme et o\u00f9 un certain anticatholicisme est instrumentalis\u00e9 pour contrer l&rsquo;influence des Habsbourg, align\u00e9s sur la d\u00e9fense de la papaut\u00e9.<\/p>\n<p>Encore enfant, Ignace aide ses parents aux durs travaux des champs. Ils poss\u00e8dent une ferme de taille moyenne et quelques chevaux, ce qui fait des Stuchl\u00fd une famille relativement ais\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><i>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><\/em><em><i>Ils poss\u00e9daient \u00e9galement quelques chevaux. Ils n&rsquo;\u00e9taient donc pas compl\u00e8tement pauvres.<\/i><\/em><\/p>\n<p><em><i>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une maison paysanne avec tout ce qui en faisait partie, comme l&rsquo;\u00e9table, l&rsquo;\u00e9curie, les champs, etc. [&#8230;] le Serviteur de Dieu appartenait \u00e0 la couche moyenne de la population locale.<\/i><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, cette r\u00e9gion, situ\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re de la Sil\u00e9sie, dont elle a incorpor\u00e9 une partie, se caract\u00e9risait par une pr\u00e9dominance de l&rsquo;agriculture, une certaine pauvret\u00e9 de la population et une orientation \u00e9vidente vers la culture allemande. Les hivers sont rudes. Pour assister \u00e0 la messe du matin, Ignace devait marcher 8 kilom\u00e8tres (4 \u00e0 l&rsquo;aller et 4 au retour). Au cours de ces marches, Ignace prie, absorb\u00e9 dans une m\u00e9ditation contemplative. Parfois, il parvenait \u00e0 ne r\u00e9citer qu&rsquo;un seul \u00ab\u00a0Notre P\u00e8re\u00a0\u00bb pendant toute la marche, car il s&rsquo;arr\u00eatait dans une contemplation amoureuse sur chaque mot, le m\u00e9ditant attentivement et souvent avec \u00e9motion. Ce faisant, sans le savoir, il passait d\u00e9j\u00e0 de la pri\u00e8re vocale \u00e0 la pri\u00e8re mentale, r\u00e9fl\u00e9chissant sur Celui \u00e0 qui il s&rsquo;adressait et apprenant \u00e0 le reconna\u00eetre comme P\u00e8re.<\/p>\n<p>Il fr\u00e9quente l&rsquo;\u00e9cole allemande, o\u00f9 cet idiome s&rsquo;ajoutait au dialecte morave utilis\u00e9 dans la famille, mais pas \u00e0 celui de Boh\u00e8me que le Serviteur de Dieu apprendra \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, sans jamais pouvoir le ma\u00eetriser parfaitement. La Moravie d&rsquo;Olomouc faisait administrativement partie de la Sil\u00e9sie, qui comprenait des territoires que les al\u00e9as de l&rsquo;histoire du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle feront passer de l&rsquo;Allemagne \u00e0 la Pologne.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9cole, Ignace ne se distingue pas par des dons intellectuels particuliers, mais il est droit, sinc\u00e8re et h\u00e9ro\u00efquement pers\u00e9v\u00e9rant. Il y rencontre Jan Kolibaj, le professeur qui influencera sa croissance plus que tout autre. Artiste dans l&rsquo;\u00e2me, violoniste passionn\u00e9 et surtout amoureux de la Vierge Marie, Kolibaj enseignait \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves des chants \u00e0 Marie et les chantait avec eux, souvent jusqu&rsquo;aux larmes. Lui, simple la\u00efc, \u00e9veillait aussi chez ses \u00e9l\u00e8ves la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9couter la voix du Seigneur qui appelle. Il mettait en \u0153uvre parmi eux une pastorale des vocations discr\u00e8te mais efficace. Comme le v\u00e9n\u00e9rable Jan Tyranowski avec Karol Wojtyla, Jan Kolibaj a form\u00e9 l&rsquo;oreille int\u00e9rieure du jeune Stuchl\u00fd en lui apprenant \u00e0 capter cette \u00ab\u00a0voix du silence subtil\u00a0\u00bb dans laquelle peut s&rsquo;exprimer l&rsquo;appel divin. Un jour, Kolibaj lui demande m\u00eame directement s&rsquo;il souhaite devenir pr\u00eatre. Ignace, d\u00e9contenanc\u00e9, r\u00e9pond par la n\u00e9gative. Il envisageait alors une vie d&rsquo;agriculteur, avec ses fr\u00e8res. Lorsque, pour des raisons de sant\u00e9, il dut renoncer \u00e0 h\u00e9riter de la ferme de son p\u00e8re, et qu&rsquo;on lui pr\u00e9f\u00e9ra un autre fr\u00e8re, le Serviteur de Dieu pensa d&rsquo;abord \u00e0 devenir tailleur, un m\u00e9tier qui demande peu de force physique et qui semble adapt\u00e9 \u00e0 sa faiblesse chronique. Mais ce projet s&rsquo;\u00e9vanouit, pour des raisons impossibles \u00e0 reconstituer aujourd&rsquo;hui. Il resta alors \u00e0 la ferme, comme \u00ab\u00a0h\u00f4te\u00a0\u00bb d&rsquo;un domaine qui ne sera jamais le sien.<\/p>\n<p>Cependant, son \u00e9tat de sant\u00e9 s&rsquo;am\u00e9liora soudain lorsque, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 16 ou 17 ans, il rendit visite \u00e0 un \u00ab\u00a0gu\u00e9risseur populaire\u00a0\u00bb \u00e0 Bohum\u00edn :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><i>Pendant son enfance et sa jeunesse, il \u00e9tait malade et cette maladie semblait incurable. Le gu\u00e9risseur lui avait alors conseill\u00e9 de ne pas manger de produits acides, de prendre du lait et de boire beaucoup de gras de poisson. Cela lui fit beaucoup de bien et il put aider aux travaux des champs dans la ferme de son p\u00e8re. Ce n&rsquo;est que plus tard qu&rsquo;il d\u00e9cida de faire des \u00e9tudes.4<\/i><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si ce gu\u00e9risseur populaire a soign\u00e9 son corps, il a \u00e9galement examin\u00e9 son \u00e2me et a fait une proph\u00e9tie, en lui annon\u00e7ant qu\u2019il gu\u00e9rira et deviendra pr\u00eatre. Son arri\u00e8re-petit-fils, Jan Michael Stuchl\u00fd, t\u00e9moigne :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><i>\u00c0 l&rsquo;origine, il devait \u00eatre l&rsquo;h\u00e9ritier de la ferme de son p\u00e8re, mais en raison de sa mauvaise sant\u00e9 et alors qu&rsquo;aucun m\u00e9dicament n&rsquo;\u00e9tait efficace, l&rsquo;h\u00e9ritage est pass\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re Josef, mon grand-p\u00e8re. Apr\u00e8s de nombreuses recherches, Ignace a finalement trouv\u00e9 un gu\u00e9risseur populaire \u00e0 Bohum\u00edn, qui lui a pr\u00e9dit : \u00ab\u00a0Tu gu\u00e9riras\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0tu deviendras pr\u00eatre\u00a0\u00bb. Il avait alors une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es.<\/i><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais m\u00eame cette fois, Stuchl\u00fd ne r\u00e9pondit pas par un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb. Sa vocation sacerdotale lui semblait d\u00e9sormais inaccessible. Il avait fait peu d\u2019\u00e9tudes, ne connaissait pas un mot de latin. Il avait d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;entr\u00e9e au s\u00e9minaire et sa famille ne pourra jamais le soutenir financi\u00e8rement. De plus, le travail \u00e0 la ferme l&rsquo;exposait \u00e0 certains dangers, comme lorsqu&rsquo;il tomba sous le tra\u00eeneau\u00a0: les chevaux endiabl\u00e9s qui le tiraient battaient furieusement de leurs sabots tout pr\u00e8s de sa t\u00eate\u00a0; il crut mourir, mais s&rsquo;en sortit indemne et continua d&rsquo;aimer les chevaux joyeux, tout comme lui \u00e9tait joyeux et aimait les personnes optimistes, promptes et pleines d&rsquo;\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Il aimait aussi aller danser (m\u00eame s&rsquo;il rentrait toujours avant minuit pour se pr\u00e9parer \u00e0 l&rsquo;Eucharistie du lendemain). En outre, il savait profiter des bonnes choses de la vie, une caract\u00e9ristique qu&rsquo;il conservera dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Il recommandera par exemple \u00e0 une jeune femme qui \u00e9tait sur le point d&rsquo;entrer en religion, de s&rsquo;inscrire sans faux scrupules \u00e0 une saison de concerts, pour profiter de la bonne musique tant qu&rsquo;elle le pourra. Bien int\u00e9gr\u00e9 dans le groupe d&rsquo;amis, le Serviteur de Dieu se distingue par une chastet\u00e9 exemplaire. Dans les ann\u00e9es o\u00f9 la pr\u00e9sence simultan\u00e9e de gar\u00e7ons et de filles \u00e9tait beaucoup moins libre qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, le comportement et l\u2019exemple d\u2019Ignace rassuraient les parents qui permettaient sans crainte \u00e0 leurs filles de se joindre \u00e0 la joyeuse compagnie quand ils savaient qu&rsquo;Ignace en faisait partie.<\/p>\n<p>Jeune parmi les jeunes, il ressemble d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce que le Seigneur lui demandera plus tard d&rsquo;\u00eatre par vocation : jeune pour les jeunes, au milieu desquels il t\u00e9moigne d&rsquo;une paternit\u00e9 spirituelle pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong><b> Le grand choix : chez les Sal\u00e9siens de Don Bosco<\/b><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Et puis, un jour, c&rsquo;est le grand tournant. Il est occup\u00e9 \u00e0 travailler dans les champs. Soudain, il entend un chant qui monte du cimeti\u00e8re voisin : c&rsquo;est un pr\u00eatre qui, \u00e0 la fin des fun\u00e9railles, a entonn\u00e9 le <em><i>Salve Regina<\/i><\/em>, un autre chant marial, comme ceux que Jan Kolibaj lui avait enseign\u00e9s. Ce jour-l\u00e0, le Serviteur de Dieu fut profond\u00e9ment \u00e9mu, presque foudroy\u00e9, dira-t-il plus tard, par la beaut\u00e9 d&rsquo;\u00eatre pr\u00eatre pour pouvoir entonner l&rsquo;hymne \u00e0 la Vierge. D\u00e8s lors, il voudra, avec toute sa d\u00e9termination, devenir pr\u00eatre pour \u00ab\u00a0pouvoir entonner lui aussi ce chant\u00a0\u00bb ; \u00eatre pr\u00eatre pour chanter Marie. Le <em><i>Salve Regina<\/i><\/em> l&rsquo;avait tellement marqu\u00e9 qu&rsquo;il continuait \u00e0 r\u00e9sonner en lui. Les \u00e9tapes du discernement de sa vocation, puis sa propre vie, marqu\u00e9e par la fatigue et la souffrance, feront \u00e9galement d&rsquo;Ignace lui-m\u00eame une sorte d\u2019ic\u00f4ne de la pri\u00e8re \u00e0 la Reine du Ciel, la M\u00e8re de mis\u00e9ricorde qui vient en aide \u00e0 ses enfants dans l&rsquo;\u00e9preuve, dans l&rsquo;exil, dans la vall\u00e9e de larmes.<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, peut-\u00eatre aussi en constatant sa condition physique retrouv\u00e9e, son p\u00e8re se montre dispos\u00e9 \u00e0 lui donner un champ et l&rsquo;exhorte \u00e0 trouver une bonne jeune fille pour fonder avec elle une famille. Ignace refuse la proposition et d\u00e9clare sa vocation \u00e0 ses parents, qui ne s\u2019y opposent pas. Le Serviteur de Dieu, qui s&rsquo;\u00e9tait vu refuser ce \u00e0 quoi il aurait pu pr\u00e9tendre (l&rsquo;h\u00e9ritage de la ferme), renonce maintenant librement \u00e0 ce qu&rsquo;il avait d\u00e9sir\u00e9 et qui pouvait lui \u00eatre accord\u00e9. Sa vocation n&rsquo;avait donc pas \u00e9t\u00e9 un choix r\u00e9siduel, presque une r\u00e9orientation apr\u00e8s avoir vu d&rsquo;autres chemins comme infranchissables, mais une vraie vocation, accept\u00e9e en pronon\u00e7ant quelques \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb et en renon\u00e7ant \u00e9vang\u00e9liquement \u00e0 tous ses biens pour acqu\u00e9rir la \u00ab\u00a0perle pr\u00e9cieuse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais il a vingt ans et personne n&rsquo;est pr\u00eat \u00e0 l&rsquo;accueillir. Lorsque le cur\u00e9 apprend son id\u00e9e de devenir pr\u00eatre, il se met \u00e0 rire et lui conseille d&rsquo;oublier, d&rsquo;\u00eatre raisonnable et de retourner \u00e0 la ferme. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, le Serviteur de Dieu \u00e9tait un grand gaillard au visage ouvert et franc, aux yeux bleus vifs et aux cheveux roux effront\u00e9s. Il est pris au s\u00e9rieux par le vicaire du cur\u00e9, qui l&rsquo;exhorte \u00e0 ne pas se d\u00e9courager et \u00e0 avoir la foi\u00a0; il lui parle du p\u00e8re Angel Lubojack\u00fd, un prieur dominicain qui pense \u00e0 \u00ab\u00a0fonder une nouvelle congr\u00e9gation \u00e0 la mani\u00e8re de Don Bosco\u00a0\u00bb, dans une perspective de r\u00e9conciliation avec l&rsquo;Eglise orthodoxe. Le dominicain est \u00e0 la recherche de jeunes aspirants et Ignace, peu au fait des affaires eccl\u00e9siales, accepte. Il part avec un ami. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque de la moisson du bl\u00e9 et, comme Simon et Andr\u00e9, comme Jean et Jacques lorsqu&rsquo;ils quitt\u00e8rent les filets, ils abandonn\u00e8rent les faucilles de la moisson pour suivre J\u00e9sus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De grandes difficult\u00e9s l&rsquo;attendent imm\u00e9diatement. Il doit se battre avec la grammaire tch\u00e8que et latine. L&rsquo;effort est tel qu&rsquo;il songe \u00e0 abandonner. Mais il ne se r\u00e9signe pas. Lui qui aimait les chevaux rapides apprend au cours des mois l&rsquo;art difficile du \u00ab\u00a0cheval de trait\u00a0\u00bb (auquel un ami d\u2019Ignace l\u2019a compar\u00e9 !): avancer lentement sous la charge, sans se d\u00e9courager. De plus, l\u2019\u0153uvre \u00e9tait tr\u00e8s pauvre, oblig\u00e9e de changer souvent d&rsquo;implantation, cherchant \u00e0 prendre racine au milieu de mille incertitudes. Le Serviteur de Dieu commen\u00e7a ainsi \u00e0 se former \u00e0 deux vertus qui caract\u00e9riseront plus tard son profil spirituel : la force d&rsquo;\u00e2me et la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>Entre-temps, l&rsquo;ordre dominicain commence \u00e0 consid\u00e9rer avec un scepticisme croissant le p\u00e8re Angel, un prieur qui voulait devenir fondateur, mais qui agissait sans le soutien des siens, et sans une v\u00e9ritable entente avec la province dominicaine. Mais en attendant, Dieu sait aussi tirer le bien du mal et vient en aide \u00e0 Ignace Stuchl\u00fd. En effet, il lui fait rencontrer le p\u00e8re Anton\u00edn Cyril Stojan, un saint pr\u00eatre d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque (plus tard archev\u00eaque d&rsquo;Olomouc, \u00e0 partir de 1921, et aujourd&rsquo;hui V\u00e9n\u00e9rable serviteur de Dieu). Celui-ci lui parle de Don Bosco, dont il est un grand admirateur (en Boh\u00eame et en Moravie, les Sal\u00e9siens n&rsquo;existaient pas encore, mais on commen\u00e7ait \u00e0 traduire des livres sur le saint des jeunes). Stojan associe Stuchl\u00fd \u00e0 ses visites dans les familles, ce qui lui permet de se familiariser avec les travaux et les beaut\u00e9s du minist\u00e8re pastoral, et devenir un connaisseur des \u00e2mes.<\/p>\n<p>Alors qu&rsquo;il croyait encore que son avenir serait dans cette nouvelle congr\u00e9gation de style dominicain, il commence \u00e0 faire de la pratique pastorale et <em><i>sal\u00e9sienne<\/i><\/em>, ignorant encore que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 sa v\u00e9ritable vocation. En raison de ses vertus, il est aussi officieusement consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab\u00a0pr\u00e9fet\u00a0\u00bb de cette petite communaut\u00e9 d&rsquo;aspirants. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un r\u00f4le que le futur sal\u00e9sien tiendra \u00e0 plusieurs reprises pendant une grande partie de sa vie.<\/p>\n<p>Puis, soudain, les espoirs du Serviteur de Dieu semblent s&rsquo;effondrer. Des difficult\u00e9s financi\u00e8res, le retard dans l&rsquo;octroi de certaines autorisations de Vienne, et surtout l&rsquo;opposition de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, conduisent \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec brutal des projets du p\u00e8re Angel, qui avait entre-temps quitt\u00e9 les Dominicains. Celui-ci en subit le contrecoup au plan psychologique, au point qu\u2019on le retrouve errant dans la rue\u00a0; \u00e9loign\u00e9 de son ordre, il est accept\u00e9 dans le clerg\u00e9 dioc\u00e9sain. Les jeunes sont dispers\u00e9s. Le Serviteur de Dieu, \u00e2g\u00e9 de 24\/25 ans, semble avoir pour seule perspective de rentrer chez lui. Mais il avait appris le latin et fait la connaissance de Don Bosco. Il ne renonce pas et entreprend un douloureux p\u00e8lerinage \u00e0 la recherche de sa vocation. Ce sont des mois difficiles, au cours desquels il frappe \u00e0 de nombreuses portes, mais il est toujours refus\u00e9. M\u00eame \u00e9chec apr\u00e8s une tentative aupr\u00e8s des J\u00e9suites, qui semblaient tout d&rsquo;abord pr\u00eats \u00e0 l&rsquo;accueillir, peut-\u00eatre comme fr\u00e8re non pr\u00eatre, mais \u00e0 condition qu&rsquo;il se rende disponible pour les missions.<\/p>\n<p>La solution viendra apr\u00e8s un discernement particuli\u00e8rement douloureux \u00e0 la suite d\u2019une rencontre avec un pr\u00eatre, peut-\u00eatre son ancien confesseur, qui lui dit : \u00ab\u00a0Tu n&rsquo;iras pas chez les J\u00e9suites, mais chez les Sal\u00e9siens. Rentre chez toi et attends\u00a0\u00bb. Trois jours plus tard, le Serviteur de Dieu re\u00e7oit un t\u00e9l\u00e9gramme de Don Rua, le premier successeur de Don Bosco, qui le convoque \u00e0 Turin. Alors Ignace Stuchl\u00fd fait vite sa valise et part. Il dit au revoir \u00e0 sa famille comme s&rsquo;il ne la reverrait plus jamais. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, partir pour l&rsquo;Italie \u00e9tait comme partir en mission dans un pays lointain. Il ne conna\u00eet m\u00eame pas la langue, mais il quitte tout, fait confiance et se met en route. Il rejoint le groupe des vocations adultes que les Sal\u00e9siens appellent les \u00ab\u00a0Fils de Marie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong><b> Aux sources du charisme sal\u00e9sien<\/b><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>\u00c0 Turin, la premi\u00e8re rencontre avec le Recteur Majeur se fait en latin\u00a0; ils se comprennent \u00e0 merveille, surmontant l&rsquo;obstacle que repr\u00e9sentait le fait que l&rsquo;un ne connaissait pas le morave et l&rsquo;autre l&rsquo;italien. Don Rua \u00e9tait un pr\u00eatre qui avait aussi le don de lire dans les c\u0153urs et qui savait comprendre les personnes \u00e0 la lumi\u00e8re du projet de Dieu sur elles\u00a0; c&rsquo;est de lui que viendra le tournant d\u00e9cisif dans la vie d\u2019Ignace sal\u00e9sien.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res \u00e9tapes de la formation du Serviteur de Dieu furent Turin-Valsalice et Ivrea. Valsalice en particulier devint pour lui une \u00e9cole de formation comprise comme une \u00e9cole de saintet\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019\u00e9panouissait la saintet\u00e9 de beaucoup \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, comme celle de Don Luigi Variara (aujourd\u2019hui Bienheureux), du prince Don Auguste Czartoryski (Bienheureux) et surtout de Don Andrea Beltrami (V\u00e9n\u00e9rable). Ignace grandit donc dans ce climat, fortement orient\u00e9 vers l&rsquo;offrande et le don g\u00e9n\u00e9reux de la vie. Le p\u00e8re Andrea Beltrami, atteint d&rsquo;une tuberculose qui le conduira \u00e0 la mort en 1897, avait pour devise\u00a0: \u00ab\u00a0Ni vivre ni mourir, mais souffrir et p\u00e2tir\u00a0\u00bb\u00a0; il forme Ignace Stuchl\u00fd \u00e0 la spiritualit\u00e9 victimale et r\u00e9paratrice. D\u00e8s les premiers mois de sa formation sal\u00e9sienne, Ignace Stuchl\u00fd apprend \u00e0 appliquer l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la devise \u00ab\u00a0<em><i>da mihi animas, caetera tolle<\/i><\/em>\u00ab\u00a0, sachant que c&rsquo;est le <em><i>caetera tolle<\/i><\/em> qui rend cr\u00e9dible le \u00ab\u00a0<em><i>da mihi animas<\/i><\/em>\u00ab\u00a0. Il profite \u00e9galement de la proximit\u00e9 quasi quotidienne avec les sup\u00e9rieurs majeurs et du partage de la vie avec la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de sal\u00e9siens, de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s par Don Bosco, et dont la d\u00e9pouille repose alors \u00e0 Valsalice, dans un contexte de grande proposition vocationnelle et d&rsquo;exhortation explicite \u00e0 devenir des saints.<\/p>\n<p>Transf\u00e9r\u00e9 ensuite \u00e0 Ivrea, il y re\u00e7oit une formation missionnaire. Car ses sup\u00e9rieurs envisagent de le faire partir, et lui demandent d\u2019obtenir un dipl\u00f4me en agronomie en mettant \u00e0 profit son exp\u00e9rience d&rsquo;agriculteur. Entre-temps, il devient un habitu\u00e9 de Don Rua, qui lui demande de l&rsquo;accompagner dans la r\u00e9citation du chapelet le soir. Un jour, Ignazio Stuchl\u00fd donne \u00e0 Don Rua son col romain pour remplacer le sien trop us\u00e9. Lorsque Don Rua apprit plus tard qu&rsquo;Ignace \u00e9tait destin\u00e9 aux missions, il lui ordonna de retirer sa demande\u00a0: \u00ab\u00a0Ta mission est au Nord\u00a0\u00bb, lui dit-il. Ignace y croit, se pr\u00e9sente \u00e0 Don Giulio Barberis, lui raconte la conversation et reste \u00e0 la disposition de la Congr\u00e9gation, sans savoir quelle sera son ob\u00e9dience future.<\/p>\n<p>Don Rua l&rsquo;aide aussi dans un moment de fatigue quand, \u00e0 la fin de son noviciat, il est assailli par le doute de ne pas pouvoir pers\u00e9v\u00e9rer dans sa vocation\u00a0; sa peur \u00e9tait si grande qu&rsquo;il transpirait m\u00eame pendant la m\u00e9ditation. On lui demanda alors de faire imm\u00e9diatement sa profession perp\u00e9tuelle\u00a0; il ob\u00e9it et la tentation disparut, ce qui lui redonna la paix et la joie habituelles, qui ne le quitteraient plus jamais. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 une preuve d&rsquo;humilit\u00e9 et d&rsquo;ob\u00e9issance, autres vertus reconnues comme typiques de Stuchl\u00fd dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais prof\u00e8s perp\u00e9tuel, le Serviteur de Dieu pouvait s&rsquo;engager sur la voie du sacerdoce et l&rsquo;\u00e9tude de la th\u00e9ologie. Ses sup\u00e9rieurs l&rsquo;envoient alors \u00e0 Gorizia, une ville des Habsbourg o\u00f9 les Sal\u00e9siens s\u2019\u00e9taient vus confier le Coll\u00e8ge eccl\u00e9siastique Saint-Louis pour la formation des vocations dans un dioc\u00e8se en manque de pr\u00eatres. Surcharg\u00e9 d&rsquo;occupations, responsable de l&rsquo;aspect \u00e9conomique et exceptionnellement d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9fet de la maison, alors qu\u2019il n&rsquo;\u00e9tait pas encore pr\u00eatre au d\u00e9but, le Serviteur de Dieu se fait le serviteur de tous durant ces ann\u00e9es (1897). Mais il ne peut malheureusement pas suivre les examens. Les sup\u00e9rieurs ont besoin de son aide et oublient de lui accorder un temps d&rsquo;\u00e9tude, condition sine qua non de l&rsquo;ordination. Il ne demande rien et ob\u00e9it avec joie pendant ces ann\u00e9es de travail intense. Vice-directeur et responsable du progr\u00e8s moral de l&rsquo;\u0153uvre sal\u00e9sienne de Gorizia, enseignant, attentif aux probl\u00e8mes pratiques et \u00e9conomiques de la maison, capable de servir de m\u00e9diateur avec le monde la\u00efc et les bienfaiteurs&#8230; Une fois de plus, \u00e0 la fin, Don Rua intervient de fa\u00e7on providentielle, en exigeant que sa situation soit r\u00e9gularis\u00e9e.<\/p>\n<p>Ignace Stuchl\u00fd fut ordonn\u00e9 diacre le 22 septembre 1900, pr\u00eatre le 3 novembre 1901. Il n&rsquo;avait m\u00eame pas fait la retraite pr\u00e9paratoire. L\u2019ordination, tr\u00e8s simple, eut lieu dans la chapelle priv\u00e9e de l&rsquo;archev\u00eaque de Gorizia de l&rsquo;\u00e9poque, le cardinal Giacomo Missia. Apr\u00e8s l\u2019ordination pas de f\u00eate, une journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9cole comme les autres, seulement un repas un peu plus soign\u00e9. Il reste ensuite dans la maison sal\u00e9sienne, occup\u00e9 \u00e0 ses t\u00e2ches habituelles, toujours surcharg\u00e9 et oublieux de lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ses responsabilit\u00e9s dans la maison sal\u00e9sienne ne l&rsquo;\u00e9loignent pas du contact avec les gens, dont il sait susciter la coop\u00e9ration, ni surtout de la vie du dioc\u00e8se. En effet, alors que le Coll\u00e8ge Saint-Louis assurait la formation des futurs pr\u00eatres, le cardinal Missia lui-m\u00eame obtint du directeur sal\u00e9sien de Gorizia, Don Giovanni Scaparone, que le nouveau pr\u00eatre Stuchl\u00fd l&rsquo;accompagne pour la cons\u00e9cration des paroisses et des communaut\u00e9s religieuses au Sacr\u00e9-C\u0153ur. Cette d\u00e9votion au Sacr\u00e9-C\u0153ur, \u00e9galement tr\u00e8s pr\u00e9sente chez les sal\u00e9siens de l&rsquo;\u00e9poque, aida le Serviteur de Dieu \u00e0 devenir de plus en plus un v\u00e9ritable pr\u00eatre du Christ. En outre, sa collaboration avec l&rsquo;archev\u00eaque lui donne l&rsquo;occasion de conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 du dioc\u00e8se, en contact direct avec ses aspects concrets, ses espoirs et ses probl\u00e8mes. Une fois de plus, il s\u2019affirme comme un homme d&rsquo;\u00e9coute et de dialogue, un v\u00e9ritable pasteur d&rsquo;\u00e2mes. Confesseur \u00e0 peine nomm\u00e9, il voit les gens affluer vers lui. Ses cheveux d\u00e9j\u00e0 blancs contribuent \u00e0 r\u00e9pandre sa renomm\u00e9e de confesseur expert et sage. Mais il l&rsquo;est vraiment, et il le restera jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong><b> Sur le front de la mission<\/b><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Apr\u00e8s les 13 ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 Gorizia, dont il se souviendra toujours comme de la plus belle p\u00e9riode de sa jeunesse sal\u00e9sienne, arrive une nouvelle ob\u00e9dience : le p\u00e8re Stuchl\u00fd est envoy\u00e9 \u00e0 Ljubljana, en Slov\u00e9nie. L&rsquo;\u0153uvre sal\u00e9sienne y avait vu le jour quelques ann\u00e9es auparavant \u00e0 Rakovnik, une banlieue de la capitale, au bord de la colline de Golovec, pr\u00e8s des collines et des bois par lesquels on peut rejoindre Zagreb \u00e0 pied. L\u2019\u0153uvre traversait alors une grave crise \u00e9conomique, \u00e9tant presque au bord de la faillite. La construction de l&rsquo;\u00e9glise, qui sera d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Marie Auxiliatrice, \u00e9tait au point mort depuis des ann\u00e9es, et le chantier, toujours ouvert, l&rsquo;exposait aux intemp\u00e9ries et \u00e0 l&rsquo;usure du temps. On avait besoin d&rsquo;un homme de terrain, capable de motiver les gens en ces temps de gr\u00e8ves fr\u00e9quentes, de crises d&rsquo;entreprises et de typhus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Don Pietro Tirone, qui avait connu le Serviteur de Dieu lors de sa formation \u00e0 Ivrea et avait gard\u00e9 de lui une tr\u00e8s bonne impression, se souvint de lui. Alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pr\u00eatre que depuis peu, c&rsquo;\u00e9tait un homme de 41 ans en pleine maturit\u00e9 et exp\u00e9riment\u00e9 dans les choses de la vie. Gr\u00e2ce \u00e0 ses origines slaves, il n\u2019aurait pas trop de difficult\u00e9s \u00e0 apprendre le slov\u00e8ne.<\/p>\n<p>Il arrive en 1910 dans une maison sal\u00e9sienne o\u00f9 l&rsquo;on projette de construire un oratoire, un internat et, plus tard, des \u00e9coles professionnelles. La premi\u00e8re t\u00e2che assign\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat aux sal\u00e9siens et presque impos\u00e9e, avait consist\u00e9 \u00e0 garantir l&rsquo;ach\u00e8vement du premier cycle scolaire \u00e0 des gar\u00e7ons probl\u00e9matiques, issus de maisons de correction ou de prisons. Les Sal\u00e9siens avaient commenc\u00e9, en Slov\u00e9nie, de la m\u00eame mani\u00e8re que Don Bosco, envoy\u00e9 dans les prisons et parmi les derniers, et capable de faire fleurir l&rsquo;espoir parmi eux en appliquant le \u00ab\u00a0Syst\u00e8me Pr\u00e9ventif\u00a0\u00bb contre le \u00ab\u00a0Syst\u00e8me R\u00e9pressif\u00a0\u00bb. Les Sal\u00e9siens donneront confiance en s&rsquo;engageant dans cette \u0153uvre de r\u00e9cup\u00e9ration humaine, spirituelle et sociale qui sera couronn\u00e9e de succ\u00e8s. Quelques ann\u00e9es plus tard, ils formeront des classes mixtes, avec des gar\u00e7ons \u00e0 probl\u00e8mes et d&rsquo;autres issus d&rsquo;un milieu normal. Les uns aideront les autres et le succ\u00e8s de l&rsquo;exp\u00e9rience contribuera \u00e0 l&rsquo;acceptation et \u00e0 l&rsquo;estime des sal\u00e9siens en Slov\u00e9nie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 Rakovnik, le Serviteur de Dieu doit veiller au d\u00e9veloppement de la maison et au bon fonctionnement des relations communautaires. Il passe aussi beaucoup de temps parmi les gens, qu\u2019il rend coresponsables, pour les attirer vers le charisme de Don Bosco et tisser ainsi un r\u00e9seau dense de charit\u00e9. Le p\u00e8re Stuchl\u00fd devait nourrir 200 personnes par jour. Comme on manquait toujours d&rsquo;argent, il se chargeait de fatigues innombrables\u00a0; il r\u00e9servait quelques morceaux de pain noir pour lui et allait mendier, s&rsquo;exposant \u00e0 l&rsquo;humiliation qu&rsquo;il subissait parfois. Mais il y avait aussi ceux qui l&rsquo;aidaient, comme cette jeune femme qui donna aux Sal\u00e9siens toute sa dot en disant : \u00ab\u00a0C&rsquo;est pour la Sainte Vierge\u00a0\u00bb. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, donner sa dot, c&rsquo;\u00e9tait en quelque sorte donner son avenir et sa vie, parce que le mariage devenait alors tr\u00e8s difficile. Le Serviteur de Dieu s\u2019en souviendra et rappellera toujours \u00e0 ses confr\u00e8res que l&rsquo;argent des sal\u00e9siens appartenait aux pauvres, qui \u00e9taient nos vrais seigneurs, et qu\u2019il fallait \u00eatre reconnaissant envers les bienfaiteurs en faisant un usage exact et juste de ce qu&rsquo;ils mettaient \u00e0 notre disposition. C&rsquo;\u00e9tait un homme de sacrifice, qui rayonnait une confiance absolue en la Providence.<\/p>\n<p>Transf\u00e9r\u00e9 pour une courte p\u00e9riode (1919-1921) dans la maison de Verzej, o\u00f9 il recommence \u00e0 vivre dans une extr\u00eame pauvret\u00e9, avec une seule casserole pour manger et se laver, il revient \u00e0 Ljubljana. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;eut lieu, le 8 septembre 1924, la cons\u00e9cration solennelle du sanctuaire marial d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Marie Auxiliatrice. Pour l&rsquo;occasion arrive le cardinal Giovanni Cagliero, l&rsquo;un des \u00ab\u00a0gamins\u00a0\u00bb de Don Bosco. Au soir, le cardinal put s&rsquo;entretenir longuement avec le Serviteur de Dieu, qui se souviendra toute sa vie de ce moment, tellement il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9mu par la familiarit\u00e9 paternelle avec laquelle Cagliero l&rsquo;avait accueilli.<\/p>\n<p>En ce mois de septembre, \u00e0 la fin du travail \u00e9puisant qui l&rsquo;occupait dans la capitale slov\u00e8ne depuis presque 15 ans, le Serviteur de Dieu a peut-\u00eatre pu faire une pause, au moins pour un moment. Ses confr\u00e8res r\u00e9alisaient soudain combien il avait vieilli sous le poids des soucis et de la fatigue. Mais son sourire \u00e9tait toujours aussi lumineux que celui d&rsquo;un enfant, sa volont\u00e9 toujours aussi forte, son \u00e9nergie int\u00e9rieure, qui l&rsquo;aidait \u00e0 supporter la fatigue physique et mentale, toujours aussi indomptable. Le jour m\u00eame de la cons\u00e9cration du sanctuaire, on l&rsquo;affecte \u00e0 un oratoire, non loin de l\u00e0. Il croit un instant qu&rsquo;il pourra mener une vie sal\u00e9sienne normale, mais ce ne sera pas sa v\u00e9ritable destination. En effet, il dut retourner en Italie d\u00e8s 1925.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li><strong><b> Un \u00ab\u00a0petit vieux\u00a0\u00bb toujours jeune<\/b><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>\u00c0 Perosa Argentina, dans le Pi\u00e9mont, on construisait une maison pour la formation des premi\u00e8res vocations sal\u00e9siennes venues de Boh\u00e8me et de Moravie. Pendant deux ans, jusqu&rsquo;en 1927, il fut vice-directeur d&rsquo;une communaut\u00e9 aussi prometteuse que probl\u00e9matique et particuli\u00e8rement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Il y pratiqua un discernement vocationnel assez facile, \u00e9cartant discr\u00e8tement les personnes sans r\u00e9elles motivations surnaturelles et aidant les jeunes volontaires \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 un contexte italien et non pas tch\u00e8que, religieux et non plus la\u00efc, si diff\u00e9rent de celui d&rsquo;o\u00f9 ils venaient. Il fallait du calme, de la prudence, de la justice et beaucoup de charit\u00e9, vertus que poss\u00e9dait le Serviteur de Dieu, homme d&rsquo;\u00e9coute et de gouvernement. Les jeunes esp\u00e9raient un \u00ab\u00a0sauveur\u00a0\u00bb jeune, habile en tout, fort : ils se sont retrouv\u00e9s devant un \u00ab\u00a0petit vieux\u00a0\u00bb qui ne parlait pas tr\u00e8s bien leur langue. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait que la toute premi\u00e8re impression. En apprenant \u00e0 le conna\u00eetre, ils d\u00e9couvrirent ses vertus et sa paternit\u00e9 rayonnante. Le scepticisme initial s&rsquo;est alors transform\u00e9 en confiance\u00a0; le visage joyeux, le regard aimant et le sourire constant du Serviteur de Dieu ont fini par ouvrir et conqu\u00e9rir les c\u0153urs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le p\u00e8re Old\u0159ich Med, qui sera plus tard le premier biographe du Serviteur de Dieu, raconte : \u00ab\u00a0La d\u00e9ception commen\u00e7a lentement \u00e0 s&rsquo;estomper et fut remplac\u00e9e par la confiance [&#8230;]. Sa gaiet\u00e9 et sa confiance se r\u00e9pandaient en nous. Cet homme qui ne s&rsquo;offensait jamais lorsqu&rsquo;on le taquinait sur sa langue tch\u00e8que, qui s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 chacun de nous comme un vrai p\u00e8re et [&#8230;] \u00e9tait toujours avec nous, tout cela nous a conquis\u00a0\u00bb. Il insufflait \u00e0 ces jeunes l&rsquo;espoir que leur s\u00e9jour \u00e0 Perosa Argentina n&rsquo;\u00e9tait pas du temps perdu. En peu de temps, le p\u00e8re Stuchl\u00fd entra dans leur c\u0153ur et changea leur vie, si bien que beaucoup d&rsquo;entre eux firent une excellente carri\u00e8re sal\u00e9sienne. Mais en 1927, les sup\u00e9rieurs d\u00e9cident de commencer une \u0153uvre \u00e0 Fryst\u00e1k et c&rsquo;est \u00e0 lui qu&rsquo;il revient de transplanter l&rsquo;\u0153uvre dans son pays d&rsquo;origine. Il se voit confier alors des responsabilit\u00e9s de plus en plus importantes et, en 1935, il devient provincial, d&rsquo;abord de la Province tch\u00e9coslovaque, puis, \u00e0 partir de 1939, de la Province tch\u00e8que \u00ab\u00a0Saint Jean Bosco\u00a0\u00bb, d\u00e9sormais distincte de la Province slovaque \u00ab\u00a0Marie Auxiliatrice\u00a0\u00bb. Les Sal\u00e9siens avaient \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s dans cette r\u00e9gion pour endiguer l&rsquo;exode des pr\u00eatres (environ 200) et des fid\u00e8les (environ un demi-million) de l&rsquo;\u00c9glise catholique vers l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe ou \u00c9glise Nationale r\u00e9cemment fond\u00e9e. Ce fut une p\u00e9riode de grande expansion de l&rsquo;\u0153uvre sal\u00e9sienne en R\u00e9publique Tch\u00e8que et Stuchl\u00fd, en tant que provincial, toujours en contact avec les sup\u00e9rieurs de Turin, est en mesure de former cette premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration tr\u00e8s jeune et inexp\u00e9riment\u00e9e de sal\u00e9siens tch\u00e8ques \u00e0 la parfaite observance des v\u0153ux religieux et au charisme de Don Bosco.<\/p>\n<p>Mais lorsque cinq jeunes religieux demand\u00e8rent d&rsquo;abord des concessions contraires au v\u0153u de pauvret\u00e9, et que l&rsquo;un d&rsquo;entre eux contribua ensuite \u00e0 r\u00e9pandre une inf\u00e2me calomnie sur le p\u00e8re italien Giuseppe Coggiola, Stuchl\u00fd proc\u00e9da d&rsquo;une main ferme. Il se tourna vers Turin et c&rsquo;est le cat\u00e9chiste g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00e9poque, le p\u00e8re Pietro Tirone, qui mena une enqu\u00eate aussi rapide que d\u00e9cisive, qui aboutit rapidement au renvoi du responsable et \u00e0 la r\u00e9habilitation compl\u00e8te du p\u00e8re Coggiola. Celui-ci, en tant que confesseur de la maison, ne pouvait pas se d\u00e9fendre et sa seule faute \u00e9tait d\u2019\u00eatre italien, un repr\u00e9sentant aux yeux des religieux rebelles et un exemple de l'\u00a0\u00bbitalianisation\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils percevaient comme restrictive dans l&rsquo;application des Constitutions et des R\u00e8glements.<\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale, avec la r\u00e9quisition des maisons et la dispersion des confr\u00e8res, puis l&rsquo;imminence du totalitarisme communiste marqu\u00e8rent douloureusement les derni\u00e8res ann\u00e9es de la vie du Serviteur de Dieu. Atteint d&rsquo;apoplexie un mois avant la \u00ab\u00a0Nuit des barbares\u00a0\u00bb (avril 1951), au cours de laquelle tous les religieux de Tch\u00e9coslovaquie furent expuls\u00e9s de leurs maisons et intern\u00e9s, il v\u00e9cut d&rsquo;abord dans une maison de retraite \u00e0 Zl\u00edn, puis dans un hospice \u00e0 Lukov. C\u2019est ainsi que se r\u00e9alisa la proph\u00e9tie qu&rsquo;il avait faite, dans l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l&rsquo;apog\u00e9e de l&rsquo;\u0153uvre sal\u00e9sienne dans sa patrie\u00a0: il avait dit que, dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, il aurait de la chance si une femme lui donnait au moins un peu de pain et de lait ferment\u00e9, parce qu&rsquo;il mourrait seul et loin de tout le monde. Il fut soign\u00e9 en effet par des religieuses, elles-m\u00eames contr\u00f4l\u00e9es par le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes ces circonstances difficiles, sa vie s\u2019\u00e9panouit dans la paix, la joie et le bien pour tous ceux qui le rencontrent. Il s&rsquo;est \u00e9teint paisiblement dans la soir\u00e9e du 17 janvier 1953 et, lors de ses fun\u00e9railles le 22 janvier, on le compara \u00e0 un nouveau saint Jean-Marie Vianney. Aujourd&rsquo;hui, on se souvient de lui en l\u2019appelant le \u00ab\u00a0Don Bosco de Boh\u00e8me\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;histoire du Serviteur de Dieu Ignazio Stuchl\u00fd (1869\u20131953) permet d&rsquo;observer, dans un contexte historique complexe,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":52914,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":5,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[1716,1818,1968,1956,2616,2022],"class_list":["post-52933","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-charisme-salesien","tag-grace","tag-saints","tag-salesiens","tag-temoins","tag-vertus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52933","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=52933"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52933\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":52934,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52933\/revisions\/52934"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/52914"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=52933"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=52933"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=52933"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}