{"id":52796,"date":"2026-04-09T06:53:51","date_gmt":"2026-04-09T06:53:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=52796"},"modified":"2026-04-09T06:54:17","modified_gmt":"2026-04-09T06:54:17","slug":"la-prodigieuse-fourche-a-deux-dents-1875","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/la-prodigieuse-fourche-a-deux-dents-1875\/","title":{"rendered":"La prodigieuse fourche \u00e0 deux dents (1875)"},"content":{"rendered":"<p><em>Dans le r\u00eave racont\u00e9 par Don Bosco le soir du 25 avril 1875, la dimension onirique devient une cat\u00e9ch\u00e8se vivante et une repr\u00e9sentation symbolique du combat spirituel des jeunes. Situ\u00e9 dans une vaste plaine, le r\u00e9cit m\u00eale des figures amies \u2013 Buzzetti, Gastini et les autres sal\u00e9siens \u2013 \u00e0 des images puissantes : le cheval de la confiance en Dieu, la fourche \u00e0 deux dents de la Confession et de la Communion, les b\u00eates des tentations, le manteau protecteur de Marie. Dans un langage vivant, Don Bosco montre comment le chemin vers le salut traverse des pi\u00e8ges, des chutes et des choix courageux, mais aussi comment chaque jeune poss\u00e8de l\u2019\u00ab arme \u00bb pour r\u00e9sister. Cette vision, reprise dans les \u00ab\u00a0mots du soir \u00bb de mai et juin, devient une invitation \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la confiance envers les sup\u00e9rieurs et \u00e0 la pers\u00e9v\u00e9rance dans la gr\u00e2ce.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Me voici pour tenir ma promesse. Vous savez que les r\u00eaves se font en dormant. \u00c0 l\u2019approche de la date des exercices spirituels, je pensais \u00e0 la mani\u00e8re dont mes jeunes les feraient, et ce que je devais leur sugg\u00e9rer pour en tirer profit. Je suis all\u00e9 au lit avec cette pens\u00e9e la nuit du dimanche 25 avril, veille des exercices. \u00c0 peine couch\u00e9, je me suis endormi et il m\u2019a sembla que je me trouvais tout seul dans une plaine immense, domin\u00e9e de chaque c\u00f4t\u00e9 par une haute colline. Au fond de la vall\u00e9e, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le terrain s&rsquo;\u00e9levait et on y voyait briller une lumi\u00e8re claire\u00a0; de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;horizon \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 obscur.<\/p>\n<p>Tandis que je contemplais cette plaine, je vis venir vers moi Buzzetti avec Gastini, qui me dirent :<\/p>\n<p>&#8211; Don Bosco, montez \u00e0 cheval, vite, vite !<\/p>\n<p>Et moi :<\/p>\n<p>&#8211; Vous voulez vous moquer de moi. Vous savez qu\u2019il y a longtemps que je ne suis plus mont\u00e9 \u00e0 cheval ! &#8211; Les deux jeunes insistaient, mais je me d\u00e9robais en r\u00e9p\u00e9tant : &#8211; Je ne veux pas monter \u00e0 cheval, je suis tomb\u00e9 une fois. &#8211; Buzzetti et Gastini, toujours avec plus d&rsquo;insistance, me pressaient, disant :<\/p>\n<p>&#8211; Montez \u00e0 cheval, et vite, nous n&rsquo;avons pas de temps \u00e0 perdre.<\/p>\n<p>&#8211; Mais enfin, quand je serai \u00e0 cheval, o\u00f9 voulez-vous me conduire ?<\/p>\n<p>&#8211; Vous verrez, d\u00e9p\u00eachez-vous, montez.<\/p>\n<p>&#8211; Mais o\u00f9 est ce cheval ? Je ne vois aucun cheval ici.<\/p>\n<p>&#8211; Le voil\u00e0 ! &#8211; cria Gastini, en me montrant un c\u00f4t\u00e9 de cette vall\u00e9e. Je me tournai de ce c\u00f4t\u00e9 et en effet je vis un magnifique et fringant cheval. Il avait de longues et grosses jambes, une crini\u00e8re fournie et un pelage tr\u00e8s brillant.<\/p>\n<p>&#8211; Eh bien, r\u00e9pondis-je, puisque vous voulez que je monte \u00e0 cheval, je monterai, mais attention, si vous me faites tomber&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Soyez tranquille, r\u00e9pondirent-ils ; nous sommes l\u00e0 avec vous, pr\u00eats \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Et si je me casse le cou, dis-je \u00e0 Buzzetti, tu devras me le remettre en place.<\/p>\n<p>Buzzetti se mit \u00e0 rire.<\/p>\n<p>&#8211; Ce n&rsquo;est plus le moment de rire ! &#8211; grogna Gastini. Alors ils nous approch\u00e8rent du cheval. Je montai sur son dos avec beaucoup de peine, tandis qu&rsquo;ils m&rsquo;aidaient. Mais, enfin, me voil\u00e0 en selle. Comme ce cheval me semblait grand \u00e0 cet instant ! J&rsquo;avais l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre sur une colline \u00e9lev\u00e9e, d&rsquo;o\u00f9 je dominai toute la vall\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 ses derni\u00e8res extr\u00e9mit\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 que mon cheval se mit en mouvement, et, chose \u00e9trange, il me semblait que j\u2019\u00e9tais dans ma chambre en me demandant : &#8211; O\u00f9 sommes-nous ? &#8211; Et je voyais entrer des pr\u00eatres, des clercs et d&rsquo;autres personnes, tous effray\u00e9s, tous affol\u00e9s, qui me cherchaient.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir parcouru un bon chemin, le cheval s&rsquo;arr\u00eata. Alors je vis venir vers moi tous les pr\u00eatres de l&rsquo;Oratoire avec de nombreux clercs, qui entour\u00e8rent mon cheval. Parmi eux, je vis Don Rua, Don Cagliero, Don Bologna. \u00c0 peine arriv\u00e9s, ils se mirent debout, immobiles, \u00e0 contempler ce beau cheval, sur lequel je me tenais. Mais personne ne parlait. Je les voyais tous avec un air m\u00e9lancolique, qui signifiait un trouble comme jamais je n&rsquo;en avais vu de semblable. J&rsquo;appelai Don Bologna et lui dis :<\/p>\n<p>&#8211; Don Bologna, toi qui es \u00e0 la conciergerie, peux-tu me dire ce qu&rsquo;il y a de nouveau dans la maison ? Parce que je vois chez tous un grand trouble ?<\/p>\n<p>Et il me r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>&#8211; Je ne sais pas o\u00f9 je suis&#8230; ce qui m&rsquo;arrive&#8230; Je suis embrouill\u00e9&#8230; Des gens sont venus, ont parl\u00e9, sont sortis ; il y a \u00e0 la porte un tel va-et-vient que je ne comprends plus rien.<\/p>\n<p>&#8211; Serait-ce possible, r\u00e9p\u00e9tais-je en moi-m\u00eame, qu\u2019aujourd\u2019hui il arrive quelque chose d&rsquo;extraordinaire ?<\/p>\n<p>Alors quelqu&rsquo;un apporta et me tendit une trompette, en me disant de la garder car elle me servirait. Je demandai :<\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 sommes-nous ici ?<\/p>\n<p>&#8211; Soufflez dans la trompette !<\/p>\n<p>Je soufflai dans la trompette, et il en sortit une voix qui disait : <em>Nous sommes au Pays de l&rsquo;\u00e9preuve<\/em>.<\/p>\n<p>Alors on vit descendre de la colline une \u00e9norme quantit\u00e9 de jeunes, peut-\u00eatre cent mille et plus. Personne ne parlait. Tous, arm\u00e9s d&rsquo;une fourche, avan\u00e7aient \u00e0 grands pas vers la vall\u00e9e. Parmi eux, je vis tous les jeunes de l&rsquo;Oratoire et des autres coll\u00e8ges, et beaucoup que je ne connaissais m\u00eame pas. \u00c0 ce moment, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 de la vall\u00e9e, le ciel commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;assombrir comme s\u2019il faisait nuit, et on voyait appara\u00eetre un nombre immense d\u2019animaux, qui semblaient des lions ou des tigres. Ces monstres f\u00e9roces, gros de corps, avec des jambes robustes et un long cou, avaient la t\u00eate plut\u00f4t petite. Leur museau inspirait la peur. Avec des yeux rouges comme hors des orbites, ils se pr\u00e9cipit\u00e8rent contre les jeunes, qui, se voyant attaqu\u00e9s par ces animaux, se mirent en d\u00e9fense. Ils avaient en main une fourche \u00e0 deux dents et pr\u00e9sentaient cette fourche \u00e0 ces monstres, l&rsquo;\u00e9levant et l&rsquo;abaissant selon les besoins de l&rsquo;assaut.<\/p>\n<p>Ne pouvant vaincre au premier assaut, les monstres mordaient les fers de la fourche, se cassaient les dents et disparaissaient. Ceux qui avaient une fourche munie d\u2019une seule dent restaient bless\u00e9s ; certains avaient le manche cass\u00e9, d&rsquo;autres avaient le manche vermoulu. D\u2019autres enfin, pleins de pr\u00e9somption, se jetaient contre ces animaux sans arme\u00a0: ils devinrent des victimes et furent tu\u00e9s, en assez grand nombre. Beaucoup avaient une fourche muni d\u2019un manche neuf et avec deux dents.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, mon cheval fut lui aussi entour\u00e9 par une quantit\u00e9 innombrable de serpents. Mais avec des sauts et des coups de pied \u00e0 droite et \u00e0 gauche, il les \u00e9crasait et les \u00e9loignait, tandis qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 une grande hauteur et continuait \u00e0 grandir.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 quelqu&rsquo;un ce que signifiaient ces fourches \u00e0 deux dents. On me porta une fourche et je vis \u00e9crit sur l&rsquo;une des deux dents : <em>Confession<\/em> ; et sur l&rsquo;autre : <em>Communion<\/em>.<\/p>\n<p>&#8211; Mais que signifient ces deux dents ?<\/p>\n<p>&#8211; Soufflez dans la trompette.<\/p>\n<p>Je soufflai et il en sortit cette voix : <em>Confession et Communion bien faites<\/em>.<\/p>\n<p>Je soufflai de nouveau et il en sortit une voix qui disait : <em>Manche cass\u00e9 : Confessions et Communions mal faites. Manche vermoulu : Confessions d\u00e9fectueuses<\/em>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette premi\u00e8re attaque, je fis un tour \u00e0 cheval sur le champ de bataille et vis de nombreux bless\u00e9s et de nombreux morts.<\/p>\n<p>Je remarquai certains qui gisaient par terre morts, mais \u00e9trangl\u00e9s, avec le cou gonfl\u00e9 et d\u00e9form\u00e9 : d&rsquo;autres avec le visage d\u00e9form\u00e9 de mani\u00e8re horrible, et d&rsquo;autres morts de faim, tout en ayant pr\u00e8s d&rsquo;eux une assiette de beaux biscuits. Ceux qui gisaient \u00e9trangl\u00e9s sont ceux qui ont eu le malheur de commettre un p\u00e9ch\u00e9 d\u00e8s leur enfance et ne l\u2019ont jamais confess\u00e9. Ceux qui avaient le visage d\u00e9form\u00e9 \u00e9taient les gourmands ; ceux qui \u00e9taient morts de faim sont ceux qui vont se confesser, mais ne mettent pas en pratique les avis et les avertissements du Confesseur.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de chacun de ceux qui avaient le manche vermoulu, on pouvait lire un mot. Ici \u00e9tait \u00e9crit <em>Orgueil<\/em>, l\u00e0<em> Paresse,<\/em> l\u00e0<em> Immodestie<\/em>, etc. Il faut aussi noter que les jeunes qui passaient marchaient sur un tapis de roses et cela les rendait heureux ; mais apr\u00e8s quelques pas, ils poussaient un cri, tombaient morts ou restaient bless\u00e9s, car sous les roses il y avait des \u00e9pines. D&rsquo;autres, au contraire, foulaient ces roses avec courage, marchaient dessus en s&rsquo;encourageant mutuellement, et restaient vainqueurs.<\/p>\n<p>Mais voici que le ciel s&rsquo;assombrit de nouveau et en un instant apparut une quantit\u00e9 de ces animaux ou monstres plus nombreux que la premi\u00e8re fois, mais tout cela en moins de trois ou quatre secondes. Ils entour\u00e8rent m\u00eame mon cheval. Les monstres grandirent d\u00e9mesur\u00e9ment, si bien que moi aussi je commen\u00e7ai \u00e0 avoir peur, et j\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 griff\u00e9 par leurs pattes. Heureusement, on m\u2019apporta \u00e0 moi aussi une fourche. Alors je me mis moi aussi \u00e0 combattre, et ces monstres furent mis en fuite. Tous disparaissaient, vaincus au premier assaut.<\/p>\n<p>Alors je soufflai dans la trompette et on entendit une voix r\u00e9sonner dans la vall\u00e9e : <em>Victoire, Victoire<\/em>.<\/p>\n<p>&#8211; Mais comment, dis-je, avons-nous remport\u00e9 la victoire ? Il y a tant de bless\u00e9s et m\u00eame de morts !<\/p>\n<p>Alors, en soufflant dans la trompette, on entendit cette voix : <em>Un temps pour les vaincus<\/em>. Puis le ciel, de sombre qu&rsquo;il \u00e9tait, devint serein, on vit un arc-en-ciel tellement beau, avec tant de couleurs, qu&rsquo;on ne peut le d\u00e9crire. Il \u00e9tait immense, comme s&rsquo;il s&rsquo;appuyait sur Superga et faisait un arc pour aller se poser sur le Mont-Cenis. Je dois encore noter que les vainqueurs avaient sur la t\u00eate des couronnes si brillantes, avec tant et tant de couleurs, qu&rsquo;on restait \u00e9merveill\u00e9 en les voyant, et leur visage brillait d&rsquo;une beaut\u00e9 merveilleuse. Vers le fond, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 de la vall\u00e9e et au milieu de l&rsquo;arc-en-ciel, on vit une sorte d&rsquo;Orchestre, avec des gens pleins de joie et d\u2019une beaut\u00e9 que je ne peux m\u00eame pas imaginer. Une tr\u00e8s noble Dame, royalement v\u00eatue, se mit au bord de ce balcon en criant :<\/p>\n<p>&#8211; Mes enfants, venez, abritez-vous sous mon manteau. &#8211; \u00c0 ce moment, on vit se d\u00e9ployer un immense manteau et tous les jeunes se mirent \u00e0 courir pour s\u2019y abriter. Certains d\u2019entre eux y volaient\u00a0; ils avaient \u00e9crit sur le front : <em>Innocence. <\/em>D&rsquo;autres allaient \u00e0 pied et d&rsquo;autres se tra\u00eenaient. Moi aussi je me mis \u00e0 courir et dans ce mouvement instantan\u00e9, qui ne dura pas plus d&rsquo;une demi-seconde, je me dis en moi-m\u00eame : &#8211; Oh, tout cela doit finir, car si cela continue encore un peu, nous mourrons tous. &#8211; Cela dit, pendant que je courais, je me suis r\u00e9veill\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour la raison qu&rsquo;il dira, Don Bosco revint sur le sujet le 6 mai, f\u00eate de l&rsquo;Ascension. Ayant r\u00e9uni les \u00e9tudiants et les apprentis pour dire les pri\u00e8res du soir, il parla ainsi :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;autre soir, je n&rsquo;ai pas pu tout dire \u00e0 cause d&rsquo;un \u00e9tranger qui \u00e9tait pr\u00e9sent. Ces choses doivent rester entre nous, on ne les \u00e9crit ni \u00e0 des parents ni \u00e0 des amis. Moi, je vous dis tout, m\u00eame mes p\u00e9ch\u00e9s. Cette vall\u00e9e, ce pays d&rsquo;\u00e9preuve repr\u00e9sente notre monde. La demi-clart\u00e9 est le lieu de perdition ; les deux collines sont les Commandements de la loi de Dieu et de la Sainte \u00c9glise ; les serpents sont les D\u00e9mons ; les monstres les mauvaises tentations. Le cheval me semble indiquer le cheval qui frappa H\u00e9liodore, et c&rsquo;est la confiance en Dieu. Ceux qui marchaient sur les roses et tombaient morts, ce sont ceux qui se livrent aux plaisirs de ce monde qui donnent la mort \u00e0 l&rsquo;\u00e2me. Ceux qui foulaient les roses sont ceux qui m\u00e9prisent les plaisirs du monde et r\u00e9ussissent \u00e0 \u00eatre vainqueurs. Ceux qui volaient sous le manteau, sont les innocents.<\/p>\n<p>Maintenant \u00e0 ceux qui veulent savoir quelle \u00e9tait leur arme, s&rsquo;ils \u00e9taient ou non vainqueurs, morts ou bless\u00e9s, je le dirai \u00e0 tour de r\u00f4le. M\u00eame si je ne connaissais pas tous ces jeunes, j\u2019ai bien reconnu ceux qui se trouvent \u00e0 l&rsquo;Oratoire. Quant aux autres, qui vont peut-\u00eatre y venir, je me souviendrais tr\u00e8s bien de leur physionomie si je les voyais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le secr\u00e9taire Don Berto, qui r\u00e9digea le r\u00e9cit, \u00e9crit qu\u2019il ne se souvient plus de beaucoup de choses, mais que Don Bosco les a expos\u00e9es et expliqu\u00e9es plus en d\u00e9tail. Le matin du 7, il lui demanda dans sa chambre :<\/p>\n<p>&#8211; Comment faites-vous pour vous souvenir de tous les jeunes que vous avez vus en r\u00eave et pour dire \u00e0 chacun l&rsquo;\u00e9tat dans lequel il se trouvait, en sp\u00e9cifiant si bien les d\u00e9fauts de chacun ?<\/p>\n<p>&#8211; Eh ! j\u2019y mets l\u2019<em>Otis Botis Pia Tutis<\/em>. &#8211; Une des r\u00e9ponses qu&rsquo;il donnait, quand il voulait \u00e9luder des questions embarrassantes.<\/p>\n<p>\u00c0 Don Barberis, qui \u00e9tait entr\u00e9 pour lui parler de cela, Don Bosco r\u00e9pondit avec un grand s\u00e9rieux :<\/p>\n<p>&#8211; Il y a l\u00e0 quelque chose de plus qu&rsquo;un r\u00eave ! &#8211; Mais il coupa la conversation, passant \u00e0 autre chose.<\/p>\n<p>Don Berto termine son r\u00e9cit par ces mots : \u201cMoi aussi qui \u00e9cris ces choses, je voulus poser mes questions ; j\u2019ai eu une r\u00e9ponse tellement pr\u00e9cise, que j\u2019ai pleur\u00e9 en disant : &#8211; S&rsquo;il \u00e9tait venu un ange du ciel, il n&rsquo;aurait pas pu mieux taper dans le mille -\u201d.<\/p>\n<p>Une seconde fois, le r\u00eave lui fournit le th\u00e8me de la \u201cbonne nuit\u201d, et ce fut le 4 juin. Les auditeurs assist\u00e8rent alors \u00e0 ce dialogue entre Don Barberis et Don Bosco.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>DON BARBERIS. Si vous me le permettez, Don Bosco, ce soir j&rsquo;aimerais poser quelques questions. Lors des soir\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, \u00e9tant donn\u00e9 la pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9trangers, je n&rsquo;ai pas os\u00e9 le faire. J&rsquo;aimerais avoir quelques explications sur le dernier r\u00eave.<\/p>\n<p>DON BOSCO. Parle. Il est vrai qu&rsquo;il s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 beaucoup de temps depuis le jour o\u00f9 j&rsquo;ai fait ce r\u00e9cit, mais cela n\u2019a pas d\u2019importance.<\/p>\n<p>DON BARBERIS. \u00c0 la fin du r\u00eave, vous avez racont\u00e9 que certains volaient sous le manteau de Marie, beaucoup couraient, d&rsquo;autres allaient lentement, et certains marchaient dans la boue, ils \u00e9taient tous couverts de boue et n&rsquo;arrivaient pas sous le manteau. Vous nous avez d\u00e9j\u00e0 dit que ceux qui volaient \u00e9taient les innocents ; il est facile de comprendre qui sont ceux qui allaient vite. Mais ceux qui restaient embourb\u00e9s, qui \u00e9taient-ils ?<\/p>\n<p>DON BOSCO. Ceux qui restaient embourb\u00e9s et qui pour la plupart n&rsquo;arrivaient pas sous le manteau de la Madone, sont ceux qui sont attach\u00e9s aux biens de cette terre. Ayant un c\u0153ur \u00e9go\u00efste, ils ne pensent qu&rsquo;\u00e0 eux-m\u00eames, ils s&rsquo;enlisent d\u2019eux-m\u00eames et ne sont plus capables de prendre un \u00e9lan pour les choses du ciel. Ils voient que la Vierge Marie les appelle, ils voudraient y aller, font quelques pas, mais la boue les attire. Et c\u2019est ce qui arrive toujours. Le Seigneur dit : <em>O\u00f9 est ton tr\u00e9sor, l\u00e0 est ton c\u0153ur<\/em>. Ceux qui ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pas vers les tr\u00e9sors de la gr\u00e2ce mettent leur c\u0153ur dans les choses de la terre, et ne pensent qu&rsquo;\u00e0 en profiter, \u00e0 s&rsquo;enrichir, \u00e0 prosp\u00e9rer dans les affaires et avoir du succ\u00e8s. Et pour le Paradis, rien.<\/p>\n<p>DON BARBERIS. Il y a une autre chose, Don Bosco, que vous n&rsquo;avez pas racont\u00e9e, lorsque vous nous avez parl\u00e9 du r\u00eave, mais que vous avez dite \u00e0 quelqu&rsquo;un en particulier et j&rsquo;aimerais que vous nous l&rsquo;expliquiez. C&rsquo;est ceci. Quelqu&rsquo;un vous a interrog\u00e9 sur son \u00e9tat, s&rsquo;il courait ou allait lentement, ou s&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 sous le manteau de Marie, s&rsquo;il avait l&rsquo;arme bris\u00e9e ou vermoulue. Et vous avez r\u00e9pondu que vous n&rsquo;avez pas pu bien le voir, car un nuage s&rsquo;interposait entre le jeune et vous.<\/p>\n<p>DON BOSCO. Tu es th\u00e9ologien et tu dois le savoir. Voil\u00e0. En r\u00e9alit\u00e9, il y avait plusieurs jeunes, mais pas en tr\u00e8s grand nombre, que je ne pouvais pas bien voir. J&rsquo;observais, je connaissais le jeune, mais je ne pouvais pas voir autre chose. Et, ceux-l\u00e0, mes chers fils, ce sont ceux qui se ferment aux Sup\u00e9rieurs, ne d\u00e9voilent pas leur c\u0153ur, ne sont pas sinc\u00e8res. S&rsquo;ils voient un sup\u00e9rieur par ici, ils vont par l\u00e0 plut\u00f4t que de le rencontrer. L\u2019un de ceux-ci est venu me demander comment je l&rsquo;avais vu ; mais que voulez-vous que je r\u00e9ponde ? Je pouvais dire : Tu n&rsquo;as pas confiance dans les Sup\u00e9rieurs, tu ne leur ouvres pas ton c\u0153ur. Gardez tous bien \u00e0 l&rsquo;esprit que la chose qui peut vous faire le plus de bien est celle-ci : vous ouvrir \u00e0 vos Sup\u00e9rieurs, avoir beaucoup de confiance en eux et \u00eatre sinc\u00e8rement honn\u00eates.<\/p>\n<p>DON BARBERIS. Encore une chose que j&rsquo;aimerais vous demander, mais j&rsquo;ai peur ; j&rsquo;ai peur que vous me disiez que je suis trop curieux.<\/p>\n<p>DON BOSCO. Mais y a-t-il quelqu\u2019un qui ignore que tu es un curieux ? (<em>Rire g\u00e9n\u00e9ral<\/em>). Sache cependant qu\u2019il y a une curiosit\u00e9 qui est bonne. Quand un jeune pose toujours des questions sur ceci ou cela pour s&rsquo;instruire aupr\u00e8s de quelqu\u2019un qui sait, c\u2019est une bonne chose. En revanche, il y en a d&rsquo;autres qui restent l\u00e0 comme des <em>farfu <\/em>(terme pi\u00e9montais pour hibou)\u00a0: ils ne demandent jamais rien. Pour eux, ce n&rsquo;est pas un bon signe.<\/p>\n<p>DON BARBERIS. Oh alors, je ne serai pas un de ceux-l\u00e0. La question que je d\u00e9sirais vous poser depuis longtemps est celle-ci. Dans ce fameux r\u00eave, avez-vous vu seulement les choses du pass\u00e9 de ces jeunes ou avez-vous vu aussi l&rsquo;avenir, ce que chacun fera, en quoi il r\u00e9ussira ?<\/p>\n<p>DON BOSCO. Voici ma r\u00e9ponse. Je n&rsquo;ai pas vu seulement les choses pass\u00e9es, j&rsquo;ai aussi vu l&rsquo;avenir, ce qui attend les jeunes. Chaque jeune avait devant lui plusieurs chemins, certains \u00e9troits et \u00e9pineux, d\u2019autres sem\u00e9s de pointes de clous ac\u00e9r\u00e9s. Mais ces chemins \u00e9taient aussi parsem\u00e9s des gr\u00e2ces du Seigneur. Ils aboutissaient dans un jardin tr\u00e8s agr\u00e9able, o\u00f9 il y avait toutes sortes de d\u00e9lices.<\/p>\n<p>DON BARBERIS. Cela veut dire que vous saurez indiquer quel est le chemin que chacun doit parcourir, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelle est la vocation particuli\u00e8re de chacun de nous, comment nous allons finir, sur quelle voie nous nous engagerons.<\/p>\n<p>DON BOSCO. Pour ce qui est de dire sur quel chemin chacun s&rsquo;engagera et comment cela finira, cela ne convient pas. Dire \u00e0 un jeune : &#8211; Tu marcheras sur le chemin de l&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 &#8211; n&rsquo;est pas une affirmation qui fait du bien ; elle ne fait que remplir de peur. Ce que je peux dire est ceci : si un tel s&rsquo;engage sur tel chemin, il est s\u00fbr de marcher sur le chemin du ciel, c&rsquo;est-\u00e0-dire celui auquel il est appel\u00e9. Quant \u00e0 celui qui ne suit pas ce chemin, il n&rsquo;est pas sur le bon chemin. Certains chemins sont \u00e9troits, caillouteux, \u00e9pineux ; mais ayez du courage, mes chers fils ; avec les \u00e9pines, il y a aussi la gr\u00e2ce de Dieu, et puis il y a un si grand bonheur qui nous attend \u00e0 la fin du chemin, que nous oublierons vite les piq\u00fbres.<\/p>\n<p>Enfin, ce que je veux que vous gardiez en m\u00e9moire, c&rsquo;est qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un r\u00eave. Personne n&rsquo;est oblig\u00e9 d\u2019y croire. J&rsquo;observe, il est vrai, que tous ceux qui me demandent des explications prennent tous mes avis du bon c\u00f4t\u00e9. Cependant, faites ce que disait Saint Paul : <em>Probate spiritus et quod bonum est tenete<\/em> (mettez \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve les esprits et gardez ce qui est bon, 1 Jn 4,1 ; 1 Th 5,21). Une autre chose que je ne voudrais pas que vous oubliiez est de vous souvenir dans vos pri\u00e8res du pauvre Don Bosco, afin qu&rsquo;il ne m&rsquo;arrive pas ce que dit Saint Paul : <em>Cum aliis predicaverim, ego reprobus efficiar<\/em>, qu\u2019en vous pr\u00eachant \u00e0 vous, je ne finisse pas par \u00eatre damn\u00e9 moi-m\u00eame (1 Co 9,27). J\u2019essaie de vous avertir, je pense \u00e0 vous, je sugg\u00e8re des conseils, mais j&rsquo;ai peur de faire comme la poule. Elle va cherchant des grillons, des vers, des graines et d&rsquo;autres nourritures, mais c\u2019est tout pour les poussins, et si elle n&rsquo;a pas quelque nourriture abondante pr\u00e9par\u00e9e sp\u00e9cialement pour elle, elle meurt de faim. Recommandez-moi donc au Seigneur, afin que cela ne m&rsquo;arrive pas, mais que je parvienne \u00e0 orner mon c\u0153ur de nombreuses vertus, de sorte que je puisse plaire \u00e0 Dieu et que nous puissions ensuite aller tous ensemble jouir de sa pr\u00e9sence et le glorifier au paradis. Bonne nuit.<\/p>\n<p><em>(MB XI, 257-264)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le r\u00eave racont\u00e9 par Don Bosco le soir du 25 avril 1875, la dimension&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":52780,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":4,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[2634,1764,2194,2595,1824,1968],"class_list":["post-52796","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-conciles","tag-don-bosco","tag-education","tag-foi","tag-gras-obtenues","tag-saints"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52796","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=52796"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52796\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":52797,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/52796\/revisions\/52797"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/52780"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=52796"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=52796"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=52796"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}