{"id":49348,"date":"2026-02-28T10:22:05","date_gmt":"2026-02-28T10:22:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=49348"},"modified":"2026-03-31T11:45:48","modified_gmt":"2026-03-31T11:45:48","slug":"eduquer-a-la-misericorde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/communications-du-recteur-majeur\/eduquer-a-la-misericorde\/","title":{"rendered":"\u00c9duquer \u00e0 la mis\u00e9ricorde"},"content":{"rendered":"<p><em><i>La parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14) n&rsquo;est pas pour nous, \u00e9ducateurs et \u00e9vang\u00e9lisateurs, un simple r\u00e9cit moral sur l&rsquo;orgueil et l&rsquo;humilit\u00e9, mais une r\u00e9v\u00e9lation profonde sur la mani\u00e8re dont Dieu nous rencontre et sur la fa\u00e7on dont nous sommes appel\u00e9s \u00e0 transmettre cette exp\u00e9rience transformatrice.<br \/>\n<\/i><\/em><\/p>\n<p><strong><b>La foi comme appel \u00e0 une relation de mis\u00e9ricorde<br \/>\n<\/b><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lorsque le pharisien monte au temple, il porte en lui une image de Dieu construite \u00e0 sa propre mesure : un Dieu qui enregistre les m\u00e9rites et les d\u00e9m\u00e9rites, qui r\u00e9compense les justes et condamne les p\u00e9cheurs. Sa pri\u00e8re est une comparaison avec les autres : <em><i>\u00ab Je te rends gr\u00e2ce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes \u00bb.<\/i><\/em> Il manque une relation authentique. Il n&rsquo;y a que de l&rsquo;autosatisfaction.<br \/>\nLe publicain, au contraire, entre dans le temple conscient de sa propre indignit\u00e9. Son <em><i>\u00ab \u00d4 Dieu, aie piti\u00e9 de moi, p\u00e9cheur \u00bb<\/i><\/em> n&rsquo;est pas d\u00e9sespoir, mais ouverture courageuse \u00e0 une relation possible, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;elle est fond\u00e9e sur la mis\u00e9ricorde. Il pressent ce que le pharisien a perdu : Dieu n&rsquo;est pas un juge mais un P\u00e8re qui attend le retour de ses enfants \u00e9loign\u00e9s.<br \/>\nPour nous, \u00e9ducateurs, cette distinction est fondamentale. Combien de fois, sans le savoir, transmettons-nous une image de Dieu plus proche de celle du pharisien ? Un Dieu qui observe, \u00e9value, r\u00e9compense ou punit en fonction de nos performances spirituelles ? L&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 la foi favorise la rencontre avec la mis\u00e9ricorde, une exp\u00e9rience o\u00f9 nous d\u00e9couvrons que nous sommes aim\u00e9s parce que nous sommes des enfants aim\u00e9s, m\u00eame dans notre fragilit\u00e9.<br \/>\n\u00c9vang\u00e9liser signifie introduire les gens dans cette relation mis\u00e9ricordieuse, car Dieu n&rsquo;attend pas notre perfection pour nous aimer, mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans notre pauvret\u00e9 qu&rsquo;il manifeste la richesse de son amour. C&rsquo;est la bonne nouvelle que nous devons annoncer : une relation qui transforme de l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p><strong><b>Une relation qui part de l&rsquo;humilit\u00e9 du c\u0153ur<br \/>\n<\/b><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;humilit\u00e9 du publicain est la condition qui rend possible la rencontre avec Dieu. En se tenant \u00ab \u00e0 distance \u00bb et \u00ab n&rsquo;osant m\u00eame pas lever les yeux au ciel \u00bb, il reconna\u00eet la disproportion infinie entre la saintet\u00e9 de Dieu et sa propre mis\u00e8re, mais aussi la confiance en sachant que ce Dieu saint se penche vers celui qui se reconna\u00eet dans le besoin.<br \/>\n\u00c0 l&rsquo;inverse, la pri\u00e8re du pharisien est pleine de \u00ab je \u00bb : <em><i>\u00ab Je je\u00fbne \u00bb<\/i><\/em>, <em><i>\u00ab Je donne la d\u00eeme \u00bb<\/i><\/em>. Il a construit son identit\u00e9 religieuse sur l&rsquo;affirmation de soi, sur la comparaison avec les autres, sur la d\u00e9monstration de ses propres \u0153uvres. Il se sent d\u00e9j\u00e0 combl\u00e9, d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9, d\u00e9j\u00e0 juste.<br \/>\nDans le domaine de l&rsquo;\u00e9ducation et de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation, l&rsquo;humilit\u00e9 du c\u0153ur est la capacit\u00e9 de se reconna\u00eetre constamment dans le besoin de salut, de ne jamais tenir pour acquise ma relation avec Dieu, de rester ouvert au don de sa gr\u00e2ce. C&rsquo;est l&rsquo;attitude de celui qui sait que la vie chr\u00e9tienne n&rsquo;est pas une possession acquise une fois pour toutes, mais un chemin quotidien o\u00f9 l&rsquo;on se laisse fa\u00e7onner par la mis\u00e9ricorde divine.<br \/>\nEn tant qu&rsquo;\u00e9ducateurs, nous sommes appel\u00e9s \u00e0 t\u00e9moigner les premiers de cette humilit\u00e9, en reconnaissant nos limites, nos fragilit\u00e9s, notre besoin constant de conversion. C&rsquo;est seulement ainsi que nous devenons cr\u00e9dibles et que nous cr\u00e9ons des espaces o\u00f9 les autres aussi peuvent \u00f4ter leurs masques et se pr\u00e9senter \u00e0 Dieu tels qu&rsquo;ils sont.<\/p>\n<p><strong><b>\u00catre des p\u00e9cheurs aim\u00e9s et pardonn\u00e9s<br \/>\n<\/b><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La conclusion de la parabole est bouleversante : <em><i>\u00ab Celui-ci, \u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;autre, rentra chez lui justifi\u00e9 \u00bb<\/i><\/em>. Le publicain, qui n&rsquo;avait rien \u00e0 pr\u00e9senter sinon sa propre mis\u00e8re, re\u00e7oit tout. Le pharisien, qui avait tant \u00e0 exhiber, reste dans son illusion st\u00e9rile.<br \/>\nDieu ne justifie pas celui qui se croit juste, mais celui qui se reconna\u00eet p\u00e9cheur. Il ne remplit pas celui qui est plein, mais celui qui est vide. Il ne rencontre pas celui qui n&rsquo;en ressent pas le besoin, mais celui qui implore la gu\u00e9rison. C&rsquo;est le paradoxe de l&rsquo;\u00c9vangile : nous sommes sauv\u00e9s parce que, malgr\u00e9 notre condition de p\u00e9cheurs, la mis\u00e9ricorde de Dieu est plus grande.<br \/>\nDans l&rsquo;\u00e9ducation religieuse contemporaine, la parabole nous indique que lorsque nous reconnaissons le p\u00e9ch\u00e9, nous nous ouvrons \u00e0 la gr\u00e2ce qui transforme. Le p\u00e9ch\u00e9 ne nous \u00e9crase pas.<br \/>\n\u00catre des p\u00e9cheurs aim\u00e9s et pardonn\u00e9s n&rsquo;est pas un statut d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9, mais la condition propre du chr\u00e9tien. C&rsquo;est l&rsquo;identit\u00e9 qui nous permet de vivre dans la libert\u00e9, sans pr\u00e9tendre \u00eatre parfaits, sans cacher nos chutes, sans construire des fa\u00e7ades de respectabilit\u00e9. C&rsquo;est la conscience que le fondement de notre vie ne r\u00e9side pas dans ce que nous avons fait, mais dans ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous.<\/p>\n<p><strong><b>T\u00e9moins de la mis\u00e9ricorde de Dieu v\u00e9cue personnellement<br \/>\n<\/b><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le publicain qui rentre chez lui justifi\u00e9 devient in\u00e9vitablement un t\u00e9moin. Il ne peut taire l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 accueilli, pardonn\u00e9, relev\u00e9. Sa vie parlera de cette mis\u00e9ricorde qui l&rsquo;a transform\u00e9.<br \/>\nEt c&rsquo;est l\u00e0 que se joue la v\u00e9ritable \u00e9vang\u00e9lisation. Nous n&rsquo;annon\u00e7ons pas des th\u00e9ories abstraites sur la mis\u00e9ricorde de Dieu, mais nous t\u00e9moignons d&rsquo;une exp\u00e9rience personnelle. Nous parlons d&rsquo;un pardon que nous avons re\u00e7u, d&rsquo;un amour qui nous a cherch\u00e9s et trouv\u00e9s, d&rsquo;une relation qui a donn\u00e9 un sens \u00e0 notre existence.<br \/>\nPour ceux qui \u0153uvrent dans le domaine de l&rsquo;\u00e9ducation et de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation, cela signifie avant tout cultiver leur propre vie spirituelle comme une exp\u00e9rience vivante de cette mis\u00e9ricorde. Avant d&rsquo;\u00eatre des ma\u00eetres, nous devons \u00eatre des disciples ; avant d&rsquo;enseigner, nous devons apprendre ; avant de donner, nous devons recevoir. La cr\u00e9dibilit\u00e9 de notre annonce se mesure \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de notre exp\u00e9rience.<br \/>\nDe plus, cela signifie cr\u00e9er des contextes \u00e9ducatifs o\u00f9 les personnes peuvent faire cette m\u00eame exp\u00e9rience. Non pas des milieux de jugement, mais d&rsquo;accueil ; non pas des lieux o\u00f9 l&rsquo;on doit prouver ses m\u00e9rites, mais des espaces o\u00f9 l&rsquo;on peut se reconna\u00eetre fragile ; non pas des structures o\u00f9 l&rsquo;on acquiert des comp\u00e9tences religieuses, mais des communaut\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;on exp\u00e9rimente la tendresse de Dieu.<br \/>\nLa parabole du pharisien et du publicain nous rappelle que l&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 la foi est essentiellement une introduction \u00e0 une relation : celle qui nous unit \u00e0 un Dieu qui nous aime d&rsquo;un amour mis\u00e9ricordieux, qui nous attend toujours, qui nous pardonne toujours, qui fait de notre pauvret\u00e9 le lieu de sa rencontre avec nous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14) n&rsquo;est pas pour nous, \u00e9ducateurs&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":20,"featured_media":49340,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":4,"footnotes":""},"categories":[128],"tags":[2563,2194,2606,1932],"class_list":["post-49348","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-communications-du-recteur-majeur","tag-charite","tag-education","tag-nos-guides","tag-pauvres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49348","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/20"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=49348"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49348\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":49356,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49348\/revisions\/49356"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/49340"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=49348"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=49348"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=49348"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}