{"id":49213,"date":"2026-02-26T11:22:22","date_gmt":"2026-02-26T11:22:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=49213"},"modified":"2026-03-31T10:20:42","modified_gmt":"2026-03-31T10:20:42","slug":"eduquer-au-divin-a-partir-de-lhumain-avec-saint-francois-de-sales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/eduquer-au-divin-a-partir-de-lhumain-avec-saint-francois-de-sales\/","title":{"rendered":"\u00c9duquer au divin \u00e0 partir de l\u2019humain avec saint Fran\u00e7ois de Sales"},"content":{"rendered":"<p><em>Saint Fran\u00e7ois de Sales propose une p\u00e9dagogie de la foi qui part de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine pour conduire \u00e0 la rencontre avec le divin. Au c\u0153ur de sa r\u00e9flexion se trouve le bonheur en tant qu&rsquo;aspiration naturelle de l&rsquo;homme, un d\u00e9sir qui ne trouve son accomplissement qu&rsquo;en Dieu. Le saint \u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve d\u00e9veloppe une vision optimiste de la nature humaine, montrant comment l&rsquo;\u00e2me est cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&rsquo;image de Dieu et poss\u00e8de une inclination naturelle envers Lui. Cette \u00ab convenance \u00bb entre l&rsquo;humain et le divin n&rsquo;est pas un fardeau impos\u00e9 d&rsquo;en haut, mais une attraction r\u00e9ciproque qui r\u00e9pond aux aspirations les plus profondes du c\u0153ur. Fran\u00e7ois de Sales trace ainsi un itin\u00e9raire spirituel qui part de la contemplation de la beaut\u00e9 de la cr\u00e9ation et des aspirations int\u00e9rieures pour mener \u00e0 la d\u00e9couverte du Bien supr\u00eame, invitant chaque personne, en particulier les jeunes, \u00e0 se donner \u00e0 Dieu sans attendre.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><strong>Une question de bonheur<br \/>\n<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00ab L\u2019homme est cr\u00e9\u00e9 pour la f\u00e9licit\u00e9 et la f\u00e9licit\u00e9 pour l\u2019homme \u00bb, affirme Fran\u00e7ois de Sales. Il s\u2019agit bien d\u2019un d\u00e9sir naturel, commun \u00e0 tous : \u00ab Tout homme app\u00e8te (d\u00e9sire) le bien et d\u00e9sire qui le lui montre ; et je ne suis pas du nombre de ceux qui ne l\u2019app\u00e8tent pas, car j\u2019ai bien observ\u00e9 en moi un certain instinct naturel qui me porte et me fait tendre au bonheur \u00bb. Mais les hommes se trompent souvent sur les moyens : les uns le cherchent dans les richesses, les autres dans les volupt\u00e9s ou dans les honneurs.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une premi\u00e8re approche du bonheur dans ce monde, c\u2019est de se contenter de ce qu\u2019on a. En effet, \u00ab c\u2019est la vraie b\u00e9atitude de cette vie temporelle et civile, de se contenter en la suffisance, parce que qui ne se contente de cela ne se contentera jamais de rien \u00bb. Les meilleurs parmi les pa\u00efens, quant \u00e0 eux, avaient d\u00e9couvert que le bonheur est dans l\u2019amour de la sagesse :<\/p>\n<p><em>Toutes les volupt\u00e9s ne leur \u00e9taient rien en comparaison de leur bien-aim\u00e9e philosophie, pour laquelle quelques-uns d\u2019entre eux quitt\u00e8rent les honneurs, les autres des grandes richesses, d\u2019autres leur pays ; et [il] s\u2019en est trouv\u00e9 [un] tel qui, de sens rassis, s\u2019est arrach\u00e9 les yeux, se privant pour jamais de la belle et agr\u00e9able lumi\u00e8re corporelle, pour s\u2019occuper plus librement \u00e0 consid\u00e9rer la v\u00e9rit\u00e9 des choses par la lumi\u00e8re spirituelle, car on lit cela de D\u00e9mocrite ; tant la connaissance de la v\u00e9rit\u00e9 est d\u00e9licieuse.<br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En fait, il n\u2019y a que le \u00ab bien supr\u00eame \u00bb qui puisse combler le c\u0153ur humain. Fran\u00e7ois de Sales n\u2019avait aucune difficult\u00e9 \u00e0 identifier ce bien supr\u00eame avec Dieu, ce qui lui fait dire que \u00ab le c\u0153ur humain tend naturellement \u00e0 Dieu qui est sa b\u00e9atitude \u00bb. Lui revient alors en m\u00e9moire la c\u00e9l\u00e8bre phrase de saint Augustin : \u00ab \u00d4 Dieu, mon c\u0153ur est cr\u00e9\u00e9 pour vous, il n\u2019aura jamais repos ni tranquillit\u00e9 qu\u2019il ne jouisse de vous \u00bb. Le bonheur, c\u2019est l\u2019union avec Dieu, \u00ab \u00e0 laquelle nous tendons tous naturellement \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mais si nous tendons naturellement \u00e0 cette union, nous sommes bien incapables de nous la procurer : elle ne peut \u00eatre que l\u2019objet d\u2019un pur don de la part de Dieu, qui en prend l\u2019initiative. Destin\u00e9e \u00e0 l\u2019homme sans aucun m\u00e9rite de sa part, cette union \u00ab ne semble pas \u00eatre vraie f\u00e9licit\u00e9 qu\u2019en tant que l\u2019homme la poss\u00e8de, car Dieu l\u2019a faite pour la jouissance de l\u2019homme, et la lui a tellement promise qu\u2019il s\u2019est oblig\u00e9 de la lui donner \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Convenance entre Dieu et l\u2019homme<br \/>\n<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le rapport entre l\u2019humain et le divin s\u2019explique parce qu\u2019il y a entre l\u2019homme et Dieu ce que Fran\u00e7ois de Sales appelle une \u00ab convenance \u00bb, une sorte de complicit\u00e9, pourrait-on dire. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela : \u00ab Nous sommes cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019image et semblance de Dieu : qu\u2019est-ce \u00e0 dire cela, sinon que nous avons une extr\u00eame convenance avec sa divine majest\u00e9 \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L\u2019auteur du <em>Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu<\/em> distingue plusieurs sortes de \u00ab convenances \u00bb, \u00e0 commencer par la \u00ab convenance \u00bb de similitude. L\u2019\u00e2me humaine ressemble \u00e0 Dieu parce qu\u2019elle est \u00ab spirituelle, indivisible, immortelle ; [elle] entend, veut, et veut librement ; [elle] est capable de juger, discourir, savoir, et avoir des vertus \u00bb. De plus, l\u2019\u00e2me \u00ab r\u00e9side toute en tout son corps, et toute en chacune des parties d\u2019icelui comme la divinit\u00e9 est toute en tout le monde, et toute en chaque partie du monde \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La chose la plus \u00e9tonnante est qu\u2019elle est faite \u00e0 l\u2019image \u00ab \u00e0 l\u2019image et semblance \u00bb de l\u2019unit\u00e9 et de la trinit\u00e9. En effet, de m\u00eame que Dieu fait conna\u00eetre sa pens\u00e9e par le Fils qui proc\u00e8de de lui, et qu\u2019il exprime son amour qui proc\u00e8de de lui et de son Fils par le Saint Esprit, de m\u00eame l\u2019homme conna\u00eet par son intelligence et il aime par sa volont\u00e9 amoureuse. Les trois personnes divines sont distinctes mais ins\u00e9parables : de la m\u00eame fa\u00e7on, les actes de l\u2019homme qui proc\u00e8dent de son intelligence et ceux qui proc\u00e8dent de sa volont\u00e9 sont v\u00e9ritablement distincts, quoiqu\u2019ils \u00ab demeurent ins\u00e9parablement unis en l\u2019\u00e2me et \u00e8s facult\u00e9s desquelles ils proc\u00e8dent \u00bb. Ainsi, tout en \u00e9tant parfaitement un, l\u2019homme forme avec son entendement et sa volont\u00e9 une image de la Trinit\u00e9.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Outre cette \u00ab convenance \u00bb de similitude, l\u2019auteur s\u2019attache surtout \u00e0 la \u00ab correspondance non pareille entre Dieu et l\u2019homme pour leur r\u00e9ciproque perfection \u00bb. Il veut dire par l\u00e0 que Dieu a une grande inclination \u00e0 exercer sa bont\u00e9 envers l\u2019humanit\u00e9 et que celle-ci a un grand besoin et une grande capacit\u00e9 de recevoir le bien qu\u2019il veut lui donner. \u00ab C\u2019est donc un doux et d\u00e9sirable rencontre que celui de l\u2019affluence et de l\u2019indigence \u00bb. On trouve une r\u00e9ciprocit\u00e9 de ce type non seulement dans la relation amoureuse de l\u2019\u00e9poux et de l\u2019\u00e9pouse telle qu\u2019elle est d\u00e9crite dans le <em>Cantique des Cantiques<\/em>, mais aussi dans l\u2019image de la m\u00e8re qui a du plaisir \u00e0 donner son lait et de l\u2019enfant qui se pla\u00eet \u00e0 le recevoir :<\/p>\n<p><em>Les m\u00e8res ont quelquefois leurs mamelles si f\u00e9condes et abondantes, qu\u2019elles ne peuvent durer sans les bailler \u00e0 quelque enfant ; et bien que l\u2019enfant suce le t\u00e9tin avec grande avidit\u00e9, la nourrice le lui donne encore plus ardemment ; l\u2019enfant t\u00e9tant, press\u00e9 de sa n\u00e9cessit\u00e9, et la m\u00e8re l\u2019allaitant, press\u00e9e de sa f\u00e9condit\u00e9.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong>L\u2019inclination naturelle vers Dieu<br \/>\n<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette \u00ab convenance \u00bb entre Dieu et l\u2019homme est aliment\u00e9e en permanence par ce que Fran\u00e7ois de Sales nomme \u00ab l\u2019inclination naturelle \u00bb qui porte l\u2019homme vers Dieu. Certes, en bon th\u00e9ologien, Fran\u00e7ois de Sales articule fort bien le d\u00e9sir du surnaturel et la gratuit\u00e9 du surnaturel : d\u2019une part le c\u0153ur humain tend \u00e0 Dieu par inclination naturelle, d\u2019autre part le bonheur auquel il aspire va bien au-del\u00e0 d\u2019une simple f\u00e9licit\u00e9 naturelle. Cependant il sait prendre beaucoup de temps pour montrer le chemin qui va du d\u00e9sir naturel \u00e0 sa satisfaction surnaturelle.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il s\u2019arr\u00eate sur les capacit\u00e9s de l\u2019homme qui le portent vers le Tout, expliquant comment \u00ab son entendement a une inclination infinie de savoir toujours davantage, et sa volont\u00e9 un app\u00e9tit insatiable d\u2019aimer et [de] trouver du bien \u00bb. Il enseigne que l\u2019intelligence ne se contente pas de v\u00e9rit\u00e9s partielles et fragmentaires, mais que son mouvement naturel la porte \u00e0 la recherche de la V\u00e9rit\u00e9 ; que la volont\u00e9 avec sa capacit\u00e9 d\u2019aimer le bien est attir\u00e9e par un Bien supr\u00eame susceptible de combler son d\u00e9sir. D\u2019o\u00f9 vient cette inclination extraordinaire ? La conclusion s\u2019impose : c\u2019est \u00ab quelque ouvrier infini \u00bb qui a imprim\u00e9 en moi \u00ab cet interminable d\u00e9sir de savoir et cet app\u00e9tit qui ne peut \u00eatre assouvi \u00bb dans ce monde et par ce monde.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette inclination \u00e0 chercher le bien et, disons-le, \u00e0 aimer Dieu, est demeur\u00e9e dans l\u2019homme m\u00eame apr\u00e8s le p\u00e9ch\u00e9 originel. Il est vrai que souvent elle n\u2019appara\u00eet presque pas, elle demeure \u00ab secr\u00e8te, cach\u00e9e et comme dormante au fond de la nature \u00bb, \u00ab assoupie et imperceptible \u00bb, mais quand elle rencontre son objet, la voil\u00e0 soudain excit\u00e9e, elle se r\u00e9veille et \u00ab para\u00eet comme une \u00e9tincelle qui sort d\u2019entre les cendres \u00bb, comme le perdreau, couv\u00e9 sous les ailes d\u2019une perdrix \u00ab larronnesse \u00bb, qui accourt vers sa vraie m\u00e8re au premier appel.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Chronologiquement parlant, en suivant le d\u00e9veloppement naturel de l\u2019enfant, cette inclination \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Dieu appara\u00eet la derni\u00e8re. En effet, l\u2019amour s\u2019exerce chez le petit enfant d\u2019abord vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame, puis de sa m\u00e8re, puis des autres, avant de se porter vers Dieu quand il en devient capable. \u00ab L\u2019amour divin est voirement le pu\u00een\u00e9 entre toutes les affections du c\u0153ur humain \u00bb, mais ce n\u2019est pas pour cela qu\u2019il est moins important ou facultatif, car il est destin\u00e9 par sa nature \u00e0 prendre le dessus sur tous les autres amours :<\/p>\n<p><em>Tout est sujet \u00e0 ce c\u00e9leste amour, qui veut toujours \u00eatre ou roi ou rien, ne pouvant vivre qu\u2019il ne r\u00e8gne, ni r\u00e9gner si ce n\u2019est souverainement.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong>Attraction r\u00e9ciproque<br \/>\n<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le Dieu de saint Fran\u00e7ois de Sales est un Dieu qui attire celui qui va vers lui :<\/p>\n<p><em>Soit donc que l\u2019union de notre \u00e2me avec Dieu se fasse imperceptiblement, soit qu\u2019elle se fasse perceptiblement, Dieu en est toujours l\u2019auteur, et nul ne peut s\u2019unir \u00e0 lui s\u2019il ne va \u00e0 lui, ni nul ne peut aller \u00e0 lui s\u2019il n\u2019est tir\u00e9 par lui, comme t\u00e9moigne le divin \u00c9poux, disant : \u2018Nul ne peut venir \u00e0 moi sinon que mon P\u00e8re le tire ; ce que sa c\u00e9leste \u00c9pouse proteste aussi, disant : Tirez-moi, nous courrons \u00e0 l&rsquo;odeur de vos parfums.\u2019<br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entre Dieu et l\u2019homme il y a une attraction r\u00e9ciproque, si bien que le refus volontaire de Dieu lui para\u00eet une chose impensable, incroyable. Une fois qu\u2019on a go\u00fbt\u00e9 l\u2019amour de Dieu, comment peut-on renoncer \u00e0 cette douceur ?<\/p>\n<p><em>Les enfants, tout enfants qu\u2019ils sont, \u00e9tant nourris au lait, au beurre et au miel, abhorrent l\u2019amertume de l\u2019absinthe et du chicotin, et pleurent jusques \u00e0 p\u00e2mer quand on leur en fait go\u00fbter : h\u00e9 donc ! \u00f4 vrai Dieu, l\u2019\u00e2me une fois jointe \u00e0 la bont\u00e9 du Cr\u00e9ateur, comme le peut-elle quitter pour suivre la vanit\u00e9 de la cr\u00e9ature ?<br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La rencontre de Dieu et de l\u2019homme qui s\u2019est ouvert \u00e0 la transcendance, n\u2019est pas un fardeau que Dieu impose \u00e0 l\u2019homme, mais devient un plaisir \u00e0 partager :<\/p>\n<p><em>Sit\u00f4t que l\u2019homme pense un peu attentivement \u00e0 la divinit\u00e9, il sent une certaine douce \u00e9motion de c\u0153ur, qui t\u00e9moigne que Dieu est Dieu du c\u0153ur humain ; et jamais notre entendement n\u2019a tant de plaisir qu\u2019en cette pens\u00e9e de la divinit\u00e9, de laquelle la moindre connaissance, comme dit le prince des philosophes, vaut mieux que la plus grande des autres choses [\u2026]. Ce plaisir, cette confiance, que le c\u0153ur humain prend naturellement en Dieu, ne peut certes provenir que de la convenance qu\u2019il y a entre cette divine Bont\u00e9 et notre \u00e2me.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong>Une p\u00e9dagogie de la foi<br \/>\n<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00c0 partir des conceptions de Fran\u00e7ois de Sales sur les rapports \u00e9troits entre l\u2019humain et le divin, il est possible d\u2019imaginer une p\u00e9dagogie de la foi. Plusieurs voies se pr\u00e9sentent. La premi\u00e8re part du spectacle de la cr\u00e9ation pour remonter vers son Cr\u00e9ateur, car \u00ab Dieu a empreint sa piste, ses allures et pass\u00e9es (passages) en toutes les choses cr\u00e9\u00e9es \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ajoutons \u00e0 cela la <em>via pulchritudinis<\/em>, la voie de la beaut\u00e9 pour aller \u00e0 Dieu. Le d\u00e9but du <em>Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu<\/em> est un hymne \u00e0 \u00ab la beaut\u00e9 de la nature humaine \u00bb. Dans la vie courante, notamment au moment de la \u00ab r\u00e9cr\u00e9ation \u00bb, la pens\u00e9e de Fran\u00e7ois de Sales s\u2019\u00e9levait facilement de la contemplation du beau \u00e0 celle de la Beaut\u00e9 incr\u00e9\u00e9e. Son ami, Mgr Camus, en \u00e9tait le t\u00e9moin \u00e9tonn\u00e9 :<\/p>\n<p><em>Quand on lui parlait de b\u00e2timents, de peintures, de musique, de chasses, d\u2019oiseaux, de plantes, de jardinages, de fleurs, il ne bl\u00e2mait pas ceux qui s\u2019y appliquaient, mais il e\u00fbt souhait\u00e9 que de toutes ces occupations ils se fussent servis comme d\u2019autant de moyens et d\u2019escaliers mystiques pour s\u2019\u00e9lever \u00e0 Dieu [\u2026]. Si on lui montrait de beaux vergers, remplis de plantes bien align\u00e9es : \u2018Nous sommes, disait-il, l\u2019agriculture et le labourage de Dieu\u2019. Si des b\u00e2timents dress\u00e9s avec une juste sym\u00e9trie : \u2018Nous sommes, disait-il, l\u2019\u00e9dification de Dieu\u2019. [\u2026] Quand on lui montrait de rares et exquises peintures : \u2018Il n\u2019y a rien de beau, disait-il, comme l\u2019\u00e2me qui est \u00e0 l\u2019image et semblance de Dieu\u2019 \u00bb.<br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une autre voie plus int\u00e9rieure consiste \u00e0 montrer que le sujet humain porte en lui-m\u00eame des d\u00e9sirs et des aspirations qui le conduisent presque naturellement au-dessus de lui-m\u00eame. Il s\u2019agit de sonder les profondeurs du c\u0153ur humain pour y d\u00e9celer les germes divins d\u00e9pos\u00e9s par Dieu. C\u2019est sans aucun doute sur cette piste que Fran\u00e7ois de Sales engage le lecteur du <em>Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu<\/em>, suivant une \u00ab p\u00e9dagogie des sommets \u00bb qui part de l\u2019homme, de sa nature, et de ses aspirations. En cela il respecte la transcendance de Dieu et son initiative, car c\u2019est lui qui a mis en l\u2019\u00eatre humain cette nature et ces dispositions et c\u2019est lui qui vient les combler par sa gr\u00e2ce.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il suffit de comparer le livre premier du <em>Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu<\/em> avec le second pour saisir la proposition de l\u2019auteur : dans le premier, qui contient \u00ab une pr\u00e9paration \u00e0 tout le Trait\u00e9 \u00bb, nous sommes sur la terre, o\u00f9 vit l\u2019homme en tant qu\u2019\u00eatre fait pour aimer ; ce n\u2019est que dans le livre second que l\u2019auteur nous transporte au ciel, pour nous conter l\u2019\u00ab histoire de la g\u00e9n\u00e9ration et naissance c\u00e9leste du divin amour \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;C\u2019est donc la voie ascendante et inductive qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re. Il veut en effet montrer \u00e0 l\u2019homme que pour \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, il doit reconna\u00eetre le dynamisme interne qui l\u2019habite et qui l\u2019oriente vers Dieu. Il lui fait d\u00e9couvrir et interpr\u00e9ter l\u2019\u00ab inclination naturelle \u00bb qui est en lui d\u2019aimer Dieu sur toutes choses. En ce sens, on peut dire que tout le premier livre du Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu n\u2019est autre chose qu\u2019une pr\u00e9paration philosophique \u00e0 l\u2019accueil du don transcendant de la charit\u00e9. Il n\u2019emprunte pas la voie de la pure transcendance, qui consiste \u00e0 montrer un Dieu qui intervient puissamment d\u2019en haut dans la vie des hommes, se r\u00e9v\u00e9lant et dictant son alliance avec toute l\u2019autorit\u00e9 du cr\u00e9ateur et ma\u00eetre de l\u2019univers.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Notre Dieu est le \u00ab Dieu du c\u0153ur humain \u00bb, \u00e9crit-il. Dieu est seul capable de combler le c\u0153ur de l\u2019homme car celui-ci est fait pour l\u2019absolu. Fran\u00e7ois de Sales semblait incapable de parler de l\u2019homme sans parler de Dieu, ni de parler de Dieu sans parler de l\u2019homme.<\/p>\n<p><strong>La jeunesse et Dieu<br \/>\n<\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M\u2019ouvrir \u00e0 la transcendance et conna\u00eetre Dieu comme mon Bien supr\u00eame, tout cela me porte \u00e0 me donner \u00e0 lui. Cela ne d\u00e9pend pas de l\u2019\u00e2ge. Le neveu et biographe de Fran\u00e7ois de Sales, Charles-Auguste, raconte que tout jeune, son oncle r\u00e9p\u00e9tait souvent \u00e0 ses camarades de jeu : \u00ab Apprenons de bonne heure \u00e0 servir Dieu et \u00e0 le prier, tandis qu\u2019il nous en donne le loisir \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Faudrait-il attendre de prendre de l\u2019\u00e2ge pour se donner \u00e0 Dieu ? Une telle perspective est certainement hors des vues de Fran\u00e7ois de Sales, qui ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 ceux qui ont choisi sa direction : \u00ab Ne d\u00e9sirez point de n\u2019\u00eatre pas ce que vous \u00eates, mais d\u00e9sirez d\u2019\u00eatre fort bien ce que vous \u00eates \u00bb. Si vous \u00eates jeune, soyez-le bien, selon votre vocation et votre vacation*. \u00ab Apprenons \u00e0 servir Dieu de bon c\u0153ur, \u00e0 bonne heure \u00bb, exhortait Fran\u00e7ois de Sales qui n\u2019oubliait pas de citer \u00e0 ce propos la sentence biblique : \u00ab Il est bon \u00e0 l\u2019homme d\u2019avoir port\u00e9 le joug d\u00e8s sa jeunesse \u00bb. C\u2019est ce que fit le duc de Merc\u0153ur, dont l\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne re\u00e7ue en sa jeunesse devait porter des fruits dans l\u2019\u00e2ge m\u00fbr :<\/p>\n<p><em>La louange d\u2019avoir si bien nourri ses premi\u00e8res inclinations \u00e0 la vertu parmi tant de rencontres et d\u2019occasions doit \u00eatre fort consid\u00e9r\u00e9e en ce prince, vu que [\u2026] ni la cour ni la guerre, ennemies jur\u00e9es de la d\u00e9votion, quoique aid\u00e9es des secr\u00e8tes amorces de la jeunesse, beaut\u00e9 et commodit\u00e9s de cet excellent prince, ne purent jamais rien gagner dessus son \u00e2me, laquelle il maintenait toujours pure parmi tant d\u2019infections.<br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La \u00ab d\u00e9votion \u00bb, telle que l\u2019enseigne Fran\u00e7ois de Sales, est bonne pour tous, non seulement pour toutes les conditions de vie et pour toutes les vocations, mais aussi pour tous les \u00e2ges, en particulier pour les jeunes : elle \u00ab rend la jeunesse et plus sage et plus aimable, et la vieillesse moins insupportable et ennuyeuse \u00bb. C\u2019est le meilleur emploi que l\u2019on puisse faire du \u00ab printemps de son \u00e2ge \u00bb, d\u2019autant que nul ne conna\u00eet le nombre de ses ann\u00e9es. \u00ab Il y en a qui font hommage \u00e0 Dieu de ce qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00bb, dit-il en imaginant ce petit dialogue : \u00ab Mon fils, pourquoi n\u2019es-tu pas d\u00e9vot ? &#8211; Je serai d\u00e9vot dans ma vieillesse. &#8211; Bon Dieu ! qui sait si tu vieilliras \u00bb ? \u00c0 plusieurs reprises Fran\u00e7ois de Sales devra combattre ce trait de la mentalit\u00e9 courante :<\/p>\n<p><em>Il est tr\u00e8s assur\u00e9 que les vieilles gens sont proches de la mort et que les jeunes peuvent bient\u00f4t mourir ; n\u00e9anmoins, parlez \u00e0 un jeune homme \u00e9vent\u00e9 et l\u2019interrogez de l\u2019\u00e9tat de son salut : Quoi ! dira-t-il, ne suffit-il pas que je d\u00e9die \u00e0 Dieu mes vieux jours ? Si faut-il se donner du bon temps tandis qu\u2019on est jeune.<br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La jeunesse a des ressources parfois insoup\u00e7onn\u00e9es. Certes, le vieil Abraham est admirable dans sa volont\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 Dieu en acceptant d\u2019immoler son fils, mais \u00ab de voir Isaac, au printemps de son \u00e2ge, encore tout novice et apprenti en l\u2019art d\u2019aimer son Dieu, s\u2019offrir, sur la seule parole de son p\u00e8re, au glaive et au feu pour un \u00eatre un holocauste d\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la divine volont\u00e9, c\u2019est chose qui surpasse toute admiration \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Autre exemple presque contemporain : n\u2019est-il pas \u00e9tonnant de voir \u00ab le bienheureux Stanislas Kostka, jeune gar\u00e7on de quatorze ans \u00bb, \u00ab si fort assailli de l\u2019amour de son Sauveur \u00bb ? Quant aux personnes du \u00ab sexe fragile \u00bb, on ne compte pas celles qui ont choisi le martyre dans la fleur de l\u2019\u00e2ge, \u00ab plus blanches que les lys en puret\u00e9, plus vermeilles que la rose en charit\u00e9, les unes \u00e0 douze, les autres \u00e0 treize, quinze, vingt et vingt-cinq ans \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Se donner \u00e0 Dieu quand on est jeune est un th\u00e8me particuli\u00e8rement fr\u00e9quent dans les allocutions adress\u00e9es par le fondateur de la Visitation aux s\u0153urs, sp\u00e9cialement lors des v\u00eatures et des professions religieuses. Comme certaines candidates \u00e9taient souvent fort jeunes, l\u2019une n\u2019ayant \u00ab que quinze ans et l\u2019autre seize \u00bb, l\u2019occasion se pr\u00eatait pour aborder le th\u00e8me de l\u2019adolescence dans son rapport avec Dieu et pour enseigner que la jeunesse qui se donne \u00e0 Dieu suscite un bonheur r\u00e9ciproque :<\/p>\n<p><em>Il est tr\u00e8s v\u00e9ritable, disait-il, que le bonheur de ceux qui se sont d\u00e9di\u00e9s et consacr\u00e9s \u00e0 la divine majest\u00e9 d\u00e8s leur adolescence est tr\u00e8s grand, d\u2019autant plus que Dieu le d\u00e9sire et s\u2019y compla\u00eet grandement, se plaignant au contraire lorsqu\u2019il dit par son Proph\u00e8te que d\u00e8s leur adolescence ils ont quitt\u00e9 sa voie et ont pris le chemin de perdition.<br \/>\n<\/em><br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Par cons\u00e9quent, \u00ab la divine Bont\u00e9 d\u00e9sire le temps de notre jeunesse comme \u00e9tant le plus propre pour nous employer en son service \u00bb. Il dira de m\u00eame que \u00ab Dieu aime tr\u00e8s particuli\u00e8rement les pr\u00e9mices des ann\u00e9es et d\u00e9sire qu\u2019elles lui soient consacr\u00e9es \u00bb. Et s\u2019il fallait choisir entre deux sortes de fleurs, les roses et les \u0153illets, la pr\u00e9f\u00e9rence irait aux premi\u00e8res, \u00ab car les roses sont plus odorantes dans la matin\u00e9e \u00bb.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On peut \u00eatre jeune toute sa vie, mais pour les jeunes \u00ab qui le sont d\u2019\u00e2ge \u00bb, c\u2019est un bonheur \u00ab tr\u00e8s grand de pouvoir d\u00e9dier leurs premi\u00e8res et meilleures ann\u00e9es au service de la divine majest\u00e9 \u00bb. M\u00eame insistance dans un sermon pour la f\u00eate de la Pr\u00e9sentation de la Vierge : \u00ab Oh ! que bienheureuses sont les \u00e2mes qui, \u00e0 l\u2019imitation de cette sacr\u00e9e Vierge, se d\u00e9dient comme des pr\u00e9mices au service de Notre-Seigneur d\u00e8s leur jeunesse \u00bb !<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Quand Notre-Seigneur est le premier amour de la vie, le r\u00e9sultat peut \u00eatre admirable, car ces \u00ab jeunes \u00e2mes qui n\u2019ayant encore log\u00e9 leur amour nulle part, sont merveilleusement propres \u00e0 aimer le c\u00e9leste Amant de nos c\u0153urs \u00bb. Parlant de ceux qui se sont d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Dieu dans leur jeunesse et qui ont pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 par la suite, on pourra dire que \u00ab tout a \u00e9t\u00e9 bon en eux, les feuilles, les fleurs et les fruits : leur enfance, leur jeunesse et le reste de leur vie \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saint Fran\u00e7ois de Sales propose une p\u00e9dagogie de la foi qui part de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":49204,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":16,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[1734,1716,2563,2194],"class_list":["post-49213","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-catechese","tag-charisme-salesien","tag-charite","tag-education"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49213","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=49213"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49213\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":49224,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49213\/revisions\/49224"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/49204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=49213"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=49213"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=49213"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}