{"id":48817,"date":"2026-02-11T09:37:13","date_gmt":"2026-02-11T09:37:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=48817"},"modified":"2026-03-26T16:19:11","modified_gmt":"2026-03-26T16:19:11","slug":"les-merveilles-de-notre-dame-de-lourdes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/tres-sainte-vierge-marie\/les-merveilles-de-notre-dame-de-lourdes\/","title":{"rendered":"Les Merveilles de Notre-Dame de Lourdes"},"content":{"rendered":"<p><em>Au c\u0153ur des Pyr\u00e9n\u00e9es fran\u00e7aises, \u00e0 Lourdes, le 11 f\u00e9vrier 1858 s&rsquo;ouvre l&rsquo;une des pages les plus lumineuses de la pi\u00e9t\u00e9 mariale contemporaine. Une jeune fille pauvre et simple, Bernadette Soubirous, est la protagoniste d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement qui d\u00e9passe toute pr\u00e9vision humaine : l&rsquo;apparition de la Vierge Marie, qui se r\u00e9v\u00e8le par ces mots : \u00ab Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception \u00bb. Le r\u00e9cit qui suit, bas\u00e9 sur l&rsquo;histoire de M. Henri Lasserre, retrace les apparitions, les miracles et les \u00e9v\u00e9nements qui ont suivi, l\u2019enthousiasme populaire, l\u2019opposition gouvernementale et la prudence eccl\u00e9siale. Lourdes devient ainsi un signe vivant de la mis\u00e9ricorde de Dieu, un t\u00e9moignage de la v\u00e9rit\u00e9 de la foi et un appel pressant \u00e0 la p\u00e9nitence, \u00e0 une \u00e9poque marqu\u00e9e par le scepticisme et l&rsquo;hostilit\u00e9 envers le surnaturel.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_Toc215476776\">I. Les apparitions<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476777\">II. Bernadette<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476778\">III. Le gouvernement<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476779\">IV. Le peuple<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476780\">V. L&rsquo;\u00c9glise<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476781\">VI. Les miracles<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476782\">VII. Les adversaires vaincus<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476783\">Conclusion. Lettre pastorale de l&rsquo;\u00c9v\u00eaque de Tarbes, sur les apparitions survenues \u00e0 la grotte de Lourdes.<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476784\">L&rsquo;apparition de Lourdes<\/a><br \/>\n<a href=\"#_Toc215476785\">Appendice. Gr\u00e2ces obtenues par l&rsquo;intercession de Marie Auxiliatrice<\/a><\/p>\n<p><strong><em>Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception.<br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les gloires de la tr\u00e8s sainte Vierge Marie sont toujours ch\u00e8res au c\u0153ur de ses d\u00e9vots. Dans les douleurs et dans la prosp\u00e9rit\u00e9 ils reconnaissent les pr\u00e9cieux dons de r\u00e9confort et de protection qu\u2019elle leur apporte. Ses gloires viennent resplendir de nouveaux triomphes quand il pla\u00eet au Seigneur de manifester par de nouveaux prodiges le puissant Patronage qu&rsquo;il a confi\u00e9 \u00e0 sa M\u00e8re Immacul\u00e9e sur la Sainte \u00c9glise.<br \/>\nC\u2019est ainsi que la mis\u00e9ricorde de Dieu affermit la pi\u00e9t\u00e9 des d\u00e9vots de Marie et remplit leurs c\u0153urs de tr\u00e8s douces consolations. Elle conquiert de nombreuses \u00e2mes et multiplie la foi.<br \/>\nParfois, on pourrait dire qu&rsquo;au monde \u00e9gar\u00e9 par des doctrines impies et aux peuples tromp\u00e9s par des enseignements pervers et entra\u00een\u00e9s \u00e0 l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 par des docteurs souvent puissants gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;appui des gouvernements, le Seigneur veut apporter de nouveaux secours et manifester davantage sa Providence par des moyens sensibles pour le triomphe de la foi.<br \/>\nCette pens\u00e9e nous vient en m\u00e9ditant sur les manifestations et les prodiges survenus ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 Lourdes. Nous y discernons un caract\u00e8re d&rsquo;\u00e9vidence et de clart\u00e9 tout particulier, car les faits merveilleux se sont produits au milieu et sous les yeux de tout un peuple ; ils ont rencontr\u00e9 de puissantes oppositions, mais ont abouti finalement \u00e0 dissiper tout doute ou incertitude, et \u00e0 faire triompher la v\u00e9rit\u00e9 contre les vis\u00e9es des opposants\u2019.<br \/>\nOn criait : halte au surnaturel, dissipons les hallucinations, d\u00e9jouons les tromperies. Mais le surnaturel triomphait, les pr\u00e9tendues hallucinations se r\u00e9v\u00e9laient de splendides v\u00e9rit\u00e9s, et les tromperies apparaissaient du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui s&rsquo;obstinaient \u00e0 nier et \u00e0 contester l&rsquo;\u00e9vidence.<br \/>\nDonc, \u00e0 Lourdes !<br \/>\nAllons admirer le nouveau triomphe de la tr\u00e8s sainte Vierge et un splendide triomphe de la Foi catholique.<br \/>\nTel est le but du r\u00e9cit que nous entreprenons, en abr\u00e9g\u00e9, des apparitions et des prodiges de Notre-Dame de Lourdes, en nous basant sur l&rsquo;histoire publi\u00e9e en d\u00e9tail par M. Henri Lasserre et traduite en italien.<br \/>\nNous souhaitons inciter nos lecteurs \u00e0 lire ce livre, qui les satisfera pleinement. Nous nous efforcerons entre-temps de donner une information pr\u00e9cise des faits principaux et de faire conna\u00eetre suffisamment Notre-Dame de Lourdes.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476776\"><\/a><strong>I. Les apparitions<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La petite ville de Lourdes, dans le d\u00e9partement des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, compte quatre ou cinq mille habitants ; elle est situ\u00e9e \u00e0 l&#8217;embouchure des sept vall\u00e9es du Lavedan et au carrefour des routes menant aux c\u00e9l\u00e8bres stations thermales de Bar\u00e8ges, Saint-Sauveur, Cauterets, Bagn\u00e8res-de-Bigorre, Luchon, Luz, Eaux-Bonnes.<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 qu\u2019habitait Fran\u00e7ois Soubirous avec sa femme et quatre enfants. L&rsquo;a\u00een\u00e9e, Bernadette, \u00e2g\u00e9e de 14 ans, fut choisie par la tr\u00e8s sainte Vierge pour \u00eatre sa messag\u00e8re, et obtint l&rsquo;insigne faveur de la contempler plusieurs fois.<br \/>\nLe onze f\u00e9vrier de l&rsquo;ann\u00e9e 1858, Bernadette \u00e9tait avec sa s\u0153ur cadette, nomm\u00e9e Marie, et avec une autre jeune fille, nomm\u00e9e Jeanne Abadie, \u00e0 ramasser du bois sec pour le pauvre foyer domestique, quand elle vit soudain appara\u00eetre devant une grotte, entour\u00e9e de l&rsquo;extraordinaire splendeur d&rsquo;une vive lumi\u00e8re, une tr\u00e8s belle dame qu\u2019elle put contempler pendant un quart d&rsquo;heure. Elle eut ensuite la m\u00eame faveur dix-sept autres fois.<br \/>\nL&rsquo;aspect de la sublime personne n&rsquo;avait rien de vague ou d&rsquo;a\u00e9rien, ni d&rsquo;aucune mani\u00e8re fantastique, mais montrait plut\u00f4t une vive r\u00e9alit\u00e9, un corps humain, que l&rsquo;\u0153il jugeait palpable comme un \u00eatre humain, et qui n&rsquo;avait de particulier que de montrer une grande amabilit\u00e9 et d\u2019\u00eatre entour\u00e9e d&rsquo;une vive lumi\u00e8re.<br \/>\nCette lumi\u00e8re n&rsquo;offusquait ni n&rsquo;\u00e9blouissait les yeux comme celle du soleil. Au contraire, cette aur\u00e9ole lumineuse, resplendissante comme un faisceau de rayons lumineux, attirait les regards, qui semblaient s&rsquo;y immerger et s&rsquo;y d\u00e9lecter avec plaisir.<br \/>\nDe taille moyenne, elle semblait jeune dans la gr\u00e2ce de ses vingt ans. Elle exhalait la candeur de l&rsquo;innocence et la puret\u00e9 virginale, la tendresse et la gravit\u00e9 maternelles, la sagesse et la majest\u00e9.<br \/>\nSa beaut\u00e9 \u00e9chappait \u00e0 toute description ; un ovale gracieux \u00e9tait la forme de son visage, ses yeux \u00e9taient c\u00e9rul\u00e9ens, d&rsquo;une douceur telle qu&rsquo;ils attendrissaient le c\u0153ur de celui qui la regardait. Ses l\u00e8vres et sa bouche exprimaient une bont\u00e9 divine.<br \/>\nSes v\u00eatements, d&rsquo;un tissu inconnu, \u00e9taient blancs comme la neige et d&rsquo;une grande magnificence. La robe, longue et tra\u00eenante, laissait voir ses pieds, et sur chacun d&rsquo;eux une rose de la couleur de l&rsquo;or.<br \/>\nUne ceinture c\u00e9rul\u00e9enne comme le ciel lui serrait la taille avec un demi-n\u0153ud, et pendait en deux longs pans jusqu&rsquo;aux pieds. Un ample voile blanc enveloppait sa t\u00eate et couvrait lss \u00e9paules et le haut des bras, descendant jusqu&rsquo;au bas de la robe. Aucun ornement semblable \u00e0 des bijoux, ni aucun diad\u00e8me. De ses mains jointes en acte de fervente pri\u00e8re pendait un chapelet de grains blancs comme le lait, retenus par un fil jaune comme l&rsquo;or. Les grains glissaient l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre entre ses doigts. Les l\u00e8vres de cette Reine restaient immobiles.<br \/>\nCette apparition merveilleuse regardait Bernadette ; et celle-ci, dans son premier \u00e9tonnement, prit instinctivement son chapelet en main, et le tenant entre ses doigts, voulut porter sa main \u00e0 son front pour faire le signe de la croix. Mais elle tremblait tellement qu&rsquo;elle n&rsquo;eut pas la force de lever le bras, qui retomba aussit\u00f4t impuissant sur ses genoux.<br \/>\nLors des apparitions, certaines particularit\u00e9s se manifest\u00e8rent, qu&rsquo;il est bon de raconter.<br \/>\nDurant la troisi\u00e8me apparition, survenue le jeudi 18 f\u00e9vrier, la myst\u00e9rieuse Dame invita Bernadette \u00e0 venir au m\u00eame endroit pendant quinze jours. Elle lui promit de la rendre heureuse, non pas dans ce monde, mais dans l&rsquo;autre ; elle dit qu\u2019elle d\u00e9sirait voir d&rsquo;autres personnes avec Bernadette.<br \/>\nUne autre fois, le regard de la Dame c\u00e9leste semblait tourner tout autour, puis s&rsquo;arr\u00eater avec une expression de douleur sur Bernadette agenouill\u00e9e.<br \/>\n\u2014 Qu&rsquo;avez-vous ? dit celle-ci ; que faut-il faire ?<br \/>\n\u2014 Prier pour les p\u00e9cheurs, fut la r\u00e9ponse. L&rsquo;expression douloureuse se r\u00e9percuta sur Bernadette, r\u00e9pandant sur son visage une indicible tristesse ; de ses yeux toujours ouverts et fix\u00e9s sur l&rsquo;apparition sortirent deux larmes, qui s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent sur ses joues. Puis elle se rass\u00e9r\u00e9na, et son visage s&rsquo;illumina comme par un rayon de joie.<br \/>\nTrois fois la Vierge merveilleuse confia trois secrets \u00e0 Bernadette, qui la concernaient personnellement, en lui d\u00e9fendant de les r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 quiconque. Elle lui imposa de dire aux pr\u00eatres que c&rsquo;\u00e9tait sa volont\u00e9 qu&rsquo;on lui construise une chapelle en ce lieu, et qu\u2019on fasse des processions. Elle pronon\u00e7a aussi le mot : <em>P\u00e9nitence ! p\u00e9nitence !<br \/>\n<\/em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Digne d\u2019une mention sp\u00e9ciale est le 25 mars, jour consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Annonciation de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie, \u00e0 la fin des quinze visites de Bernadette \u00e0 la grotte. Elle s&rsquo;y rendit de nouveau, mue par un grand \u00e9lan int\u00e9rieur. En la voyant, la foule la suivit en grand nombre.<br \/>\nBernadette avait d\u00e9j\u00e0 plusieurs fois demand\u00e9 son nom \u00e0 la c\u00e9leste Dame. Elle r\u00e9p\u00e9ta quatre fois la question, et insista encore alors que l&rsquo;apparition semblait d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;\u00e9vanouir et prendre un aspect de plus en plus sublime. Elle tenait les mains jointes, son visage resplendissait d&rsquo;une b\u00e9atitude infinie. Dans sa gloire elle respirait l&rsquo;humilit\u00e9. De la m\u00eame mani\u00e8re que Bernadette contemplait la Madone, celle-ci \u00e9tait sans ancun doute plong\u00e9e dans la contemplation de la Divinit\u00e9.<br \/>\n\u00c0 la derni\u00e8re demande de Bernadette, elle ouvrit les mains, laissa glisser sur son bras droit le chapelet aux grains blance et \u00e0 la cha\u00eene d&rsquo;or. Elle ouvrit les bras, les inclina vers la terre, comme pour montrer ses mains virginales pleines de b\u00e9n\u00e9dictions. Puis, les levant vers le ciel, elle les joignit de nouveau avec ferveur ; et regardant le ciel dans une attitude d&rsquo;indicible gratitude, elle pronon\u00e7a ces mots :<br \/>\n<em>Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception !<br \/>\n<\/em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Cela dit, elle disparut.<br \/>\nLa petite berg\u00e8re entendait pour la premi\u00e8re fois ces mots : <em>Immacul\u00e9e Conception<\/em>. Et ne les comprenant pas, elle fit tout son possible en retournant \u00e0 Lourdes pour bien s&rsquo;en souvenir. Elle raconta ensuite qu&rsquo;en chemin, alors qu&rsquo;elle se rendait chez le cur\u00e9, elle r\u00e9p\u00e9tait continuellement : <em>Immacul\u00e9e Conception, Immacul\u00e9e Conception<\/em>, car elle voulait rapporter les paroles de la vision, afin qu\u2019on construise la chapelle.<br \/>\nLe fait le plus notable, car il eut un effet permanent, se produisit le 25 f\u00e9vrier lorsque la Vierge imposa \u00e0 Bernadette de boire et de se laver \u00e0 la fontaine. Mais \u00e0 un signe qui lui fut fait, elle remua la terre avec la main, faisant un trou grand comme un verre qui se remplit aussit\u00f4t d&rsquo;une eau terreuse et trouble au d\u00e9but, puis plus limpide et claire, pour devenir enfin une source grosse comme le bras d&rsquo;un enfant, donnant cent mille litres par jour.<br \/>\nCette fontaine fut une source de gr\u00e2ces signal\u00e9es et de miracles prodigieux. Nous en raconterons quelques-uns. Mais il convient d&rsquo;abord, pour compl\u00e9ter le r\u00e9cit, de montrer comment les apparitions furent jug\u00e9es par le peuple, par le gouvernement, par l&rsquo;\u00c9glise, et comment la v\u00e9rit\u00e9 surgit lumineuse, triomphante, malgr\u00e9, ou plut\u00f4t gr\u00e2ce aux oppositions cr\u00e9\u00e9es par l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 et par la rigoureuse r\u00e9serve d&rsquo;une sage prudence.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476777\"><\/a><strong>II. Bernadette<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Candide, ing\u00e9nue, modeste, telle qu&rsquo;elle \u00e9tait avant les apparitions, Bernadette le resta m\u00eame lorsqu&rsquo;elle fut l&rsquo;objet de l&rsquo;admiration publique. \u00c9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;orgueil pu\u00e9ril, elle ne se vantait pas des faveurs c\u00e9lestes. Elle n&rsquo;en parlait que si on l&rsquo;interrogeait ; cependant, elle rapportait \u00e0 ses parents ce qui lui arrivait, et au cur\u00e9 ce qu&rsquo;elle devait lui manifester lorsqu&rsquo;elle avait un message de la Dame c\u00e9leste \u00e0 lui porter.<br \/>\nMais elle ne se d\u00e9courageait pas quand elle \u00e9tait tra\u00een\u00e9e, m\u00eame avec des mani\u00e8res pas toujours exemptes de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et de duret\u00e9, tant\u00f4t devant l&rsquo;officier de police, tant\u00f4t devant le procureur imp\u00e9rial.Elle r\u00e9pondait inalt\u00e9rable, tranquille, avec l&rsquo;accent de la v\u00e9rit\u00e9, qui seule la gouvernait. Elle ne se perdait pas quand, feignant de l&rsquo;avoir mal comprise, on reproduisait moins exactement ses dires ; elle rectifiait toujours de mani\u00e8re coh\u00e9rente et pr\u00e9cise.<br \/>\nLorsque la premi\u00e8re apparition eut lieu, Bernadette n&rsquo;\u00e9tait revenue au pays que depuis quinze jours, ayant pass\u00e9 son enfance dans les montagnes \u00e0 garder les moutons. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;alors qu&rsquo;elle avait commenc\u00e9 \u00e0 aller au cat\u00e9chisme.<br \/>\nLe pr\u00eatre qui l\u2019enseignait n&rsquo;avait jamais port\u00e9 son attention sur elle ; il l&rsquo;interrogeait sans savoir son nom. L&rsquo;ayant appel\u00e9e une fois, il vit se lever humblement une petite fille ch\u00e9tive, pauvrement v\u00eatue ; et il n&rsquo;observa en elle rien d&rsquo;autre que sa simplicit\u00e9, et aussi son ignorance des choses de la religion. La pauvre fille ne cessa pas, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle eut tant de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, de se consid\u00e9rer comme la derni\u00e8re de l&rsquo;\u00e9cole. Elle avait beaucoup de mal \u00e0 apprendre \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire. Pendant les r\u00e9cr\u00e9ations, elle se m\u00ealait \u00e0 ses compagnes et jouait joyeusement avec grand plaisir. Si quelqu&rsquo;un demandait la voyante, la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du Seigneur, la favorite de la Vierge, la S\u0153ur qui dirigeait l&rsquo;\u00e9cole la d\u00e9signait et on n&rsquo;observait qu&rsquo;une simple jeune fille, v\u00eatue pauvrement, occup\u00e9e aux jeux enfantins.<br \/>\nMalgr\u00e9 tout, Bernadette ne put \u00e9chapper, comme il est facile de l&rsquo;imaginer, \u00e0 l&rsquo;attention de la foule, surtout lorsque la rumeur courut qu&rsquo;elle retournerait \u00e0 la grotte pendant plusieurs jours. De toutes parts affluait une foule de centaines et de milliers de personnes, \u00e0 tel point qu&rsquo;on compta parfois jusqu&rsquo;\u00e0 vingt mille personnes rassembl\u00e9es.<br \/>\nUne fois que Bernadette se rendit \u00e0 la grotte de mani\u00e8re inattendue, \u00e0 peine la vit-on aller dans cette direction que se rassembl\u00e8rent en peu de temps au moins dix mille personnes. Le maire, dans un rapport au pr\u00e9fet, rapporta qu&rsquo;ayant post\u00e9 des agents sur les routes et les sentiers, il reconnut la pr\u00e9sence de 4822 habitants de Lourdes, 4838 \u00e9trangers, soit un total de 9660 personnes. Cela pr\u00e9cis\u00e9ment le jour o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;attendait pas la venue de Bernadette.<br \/>\nMais, \u00e0 quoi bon un tel concours de gens, si personne ne voyait ce qui se manifestait \u00e0 la seule Bernadette ? Il faut dire que la seule vue de la jeune fille en extase \u00e9tait une preuve irr\u00e9sistible de la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;apparition. Quelqu&rsquo;un en donna la raison au moyen d\u2019une comparaison tr\u00e8s heureuse. Quand le soleil se l\u00e8ve, sa lumi\u00e8re \u00e9claire les sommets des montagnes, tandis que dans la vall\u00e9e r\u00e8gne encore l&rsquo;obscurit\u00e9. Celui qui habite dans les r\u00e9gions \u00e9lev\u00e9es voit le soleil, mais celui qui se trouve en bas ne le voit pas, et pourtant, en apercevant les hautes cimes frapp\u00e9es par les rayons du soleil, il est bien certain de sa pr\u00e9sence. C\u2019est ainsi que celui qui regardait Bernadette transform\u00e9e, et comme illumin\u00e9e par l&rsquo;apparition, avait \u00e9galement la certitude, acqu\u00e9rait la m\u00eame \u00e9vidence du fait prodigieux. Donc le reflet devait \u00eatre vraiment visible ; ou bien le souffle de Dieu qui \u00e9meut les c\u0153urs, devait passer sur la multitude. Il semblait qu&rsquo;une puissance irr\u00e9sistible soulevait la population \u00e0 la voix de cette petite berg\u00e8re ignorante.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476778\"><\/a><strong>III. Le gouvernement<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Pour accro\u00eetre l&rsquo;\u00e9vidence et affermir la v\u00e9rit\u00e9, le gouvernement apporta sa contribution \u00e0 sa fa\u00e7on en s&rsquo;opposant au mouvement populaire. Il d\u00e9ploya des rigueurs parfois excessives, jamais motiv\u00e9es par le moindre d\u00e9sordre. Le commissaire de police, le pr\u00e9fet, le ministre lui-m\u00eame, toujours pour le bien de la religion, comme ils disaient, multipliaient les d\u00e9crets, les amendes et les ch\u00e2timents. On alla jusqu&rsquo;\u00e0 poursuivre et \u00e0 sanctionner ceux qui, pour s&rsquo;approcher de la grotte, s&rsquo;introduisaient sur un terrain communal qui avait \u00e9t\u00e9 interdit. Puis on enleva les fleurs, les cierges, les dons, les ornements apport\u00e9s \u00e0 la grotte par les fid\u00e8les. On barra la grotte elle-m\u00eame avec une palissade, on posta des gendarmes et des soldats, mais malgr\u00e9 les condamnations et les amendes, on jetait des fleurs par-dessus la palissade, et la foule de loin s&rsquo;amoncelait comme avant.<br \/>\nIl est vraiment admirable de voir comment le comportement et les agissements des fonctionnaires publics, d\u00e9sireux d&rsquo;entraver de tout leur pouvoir le d\u00e9roulement des faits prodigieux de Lourdes, et surtout de r\u00e9primer l&rsquo;\u00e9lan des populations et d&rsquo;\u00e9touffer la renomm\u00e9e qui surgissait et se propageait grandement, r\u00e9ussirent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 accumuler des preuves d&rsquo;o\u00f9 ressortaient en pleine \u00e9vidence la loyaut\u00e9, la sinc\u00e9rit\u00e9 de Bernadette et son d\u00e9sint\u00e9ressement. Tous ces contrastes ne servirent qu&rsquo;\u00e0 accro\u00eetre l&rsquo;explosion des manifestations de religion et de foi, et \u00e0 donner un plus grand aliment aux clameurs qui redoublaient et propageaient la renomm\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements prodigieux.<br \/>\nEn voyant que les apparitions suscitaient une si grande \u00e9motion parmi les populations et que celles-ci se mirent en mouvement, tant\u00f4t par instinct de d\u00e9votion, tant\u00f4t par simple curiosit\u00e9, le lib\u00e9ralisme officiel se sentit en quelque sorte compromis s&rsquo;il ne s&rsquo;opposait pas \u00e0 cette explosion du sentiment religieux d\u00e9sormais si fortement port\u00e9 \u00e0 acclamer des faits \u00e9videmment surnaturels.<br \/>\nC&rsquo;est pourquoi le procureur imp\u00e9rial, M. Dufour, le juge de paix, M. Duprat, le maire, son substitut, et le commissaire de police se mirent d&rsquo;accord pour tenter de freiner le d\u00e9sordre qui leur paraissait si dangereux par suite de la r\u00e9action des foules, et donc \u00e0 prendre des mesures de rigueur envers Bernadette.<br \/>\nUn dimanche donc, \u00e0 la sortie des V\u00eapres, un agent de police s&rsquo;approcha de Bernadette et, la touchant sur l&rsquo;\u00e9paule, lui dit : au nom de la loi, suivez-moi chez le commissaire de police. Cet acte, dans de telles circonstances, indisposa les assistants, qui se mirent \u00e0 murmurer et \u00e0 s&rsquo;indigner, mais un pr\u00eatre qui sortait alors de l&rsquo;\u00e9glise les ramena \u00e0 de plus sages conseils et les exhorta \u00e0 laisser libre cours \u00e0 l&rsquo;action de l&rsquo;autorit\u00e9. Bernadette fut conduite chez le commissaire de police, M. Jacomet. C&rsquo;\u00e9tait un grand esprit, tr\u00e8s avis\u00e9 et tr\u00e8s exp\u00e9riment\u00e9 dans son m\u00e9tier. Bernadette se trouva bient\u00f4t seule devant lui ; mais apr\u00e8s les premi\u00e8res interrogations, entra M. Estrade, receveur des contributions indirectes, locataire de la m\u00eame maison. Pouss\u00e9 par la curiosit\u00e9 et bien persuad\u00e9 que Bernadette serait tr\u00e8s facilement prise en faute, il \u00e9couta attentivement la conversation et en fit ensuite rapport \u00e0 M. Lasserre qui la reproduisit dans son histoire.<br \/>\nM. Jacomet commen\u00e7a avec beaucoup de bienveillance et des expressions de bonhomie, Bernadette fit son r\u00e9cit avec sa simplicit\u00e9 naturelle et avec l&rsquo;accent de la plus pure innocence et de la plus grande candeur. Le commissaire, toujours plus affable et un peu mielleux, se montrait \u00e9mu de piti\u00e9, et montrait le plus grand int\u00e9r\u00eat pour ces divines merveilles, multipliant les questions, pressant la jeune fille de mani\u00e8re \u00e0 lui \u00f4ter toute possibilit\u00e9 de r\u00e9flexion. Et Bernadette r\u00e9pondait sans h\u00e9sitation, sans trouble. Alors, voyant que tout artifice \u00e9tait vain, pour fatiguer la jeune fille et pour lui brouiller l&rsquo;esprit, il passa sans transition au ton mena\u00e7ant et terrible, changeant compl\u00e8tement de langage. Tu mens, lui dit-il comme pris d&rsquo;une vive col\u00e8re, tu es une menteuse, et si tu ne confesses pas la v\u00e9rit\u00e9, je te livrerai aux gendarmes.<br \/>\nLa pauvre Bernadette fut si stup\u00e9faite de ce changement soudain qu&rsquo;elle fut prise de d\u00e9go\u00fbt, mais contre l&rsquo;attente de Jacomet, elle ne se troubla pas, restant tranquille comme si elle \u00e9tait soutenue par une force int\u00e9rieure. &#8211; Monsieur, dit-elle avec calme et fermet\u00e9, vous pouvez me livrer aux gendarmes, mais je ne peux rien dire d&rsquo;autre que ce que j&rsquo;ai dit est la v\u00e9rit\u00e9. &#8211; Nous verrons, reprit le commissaire en s&rsquo;asseyant, voyant bien que les menaces ne serviraient \u00e0 rien avec cette jeune fille extraordinaire.<br \/>\nIl reprit l&rsquo;interrogatoire, en fit un proc\u00e8s-verbal et le lut \u00e0 Bernadette. Celle-ci rectifia les inexactitudes introduites adroitement, en observant qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas dit cela ainsi, mais d&rsquo;une autre mani\u00e8re. &#8211; Pourtant, j&rsquo;ai \u00e9crit, pendant que tu parlais, ce que tu disais. &#8211; Non, reprit Bernadette, je n&rsquo;ai pas parl\u00e9 ainsi, ce n&rsquo;est pas possible parce que ce n&rsquo;est pas la v\u00e9rit\u00e9. &#8211; Le commissaire devait toujours c\u00e9der aux rappels de la jeune fille.<br \/>\nFinalement, redevenu bourru et mena\u00e7ant, le commissaire lui dit : &#8211; Si tu continues \u00e0 aller \u00e0 la grotte, je te ferai mettre en prison, et tu ne sortiras pas d&rsquo;ici si tu ne promets pas de ne plus y retourner. &#8211; J&rsquo;ai promis \u00e0 l&rsquo;apparition, dit Bernadette, d&rsquo;y aller, et puis, quand le moment arrive, je suis pouss\u00e9e par une force int\u00e9rieure qui m&rsquo;appelle. Mon Dieu, qu\u2019est-ce que je fais ? Je m&rsquo;en vais seule prier, je n&rsquo;appelle personne. Si tant de gens me pr\u00e9c\u00e8dent et me suivent, ce n&rsquo;est pas ma faute. Ils disent que c&rsquo;est la Madone ; mais je ne sais pas qui c&rsquo;est.<br \/>\nL&rsquo;entretien dura une heure enti\u00e8re. La foule attendait le r\u00e9sultat \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur et commen\u00e7ait \u00e0 s&rsquo;agiter. Puis on frappa violemment \u00e0 la porte et le p\u00e8re de Bernadette Soubirous entra. En le voyant, l&rsquo;astucieux commissaire sut facilement discerner en lui une certaine audace, mais avec un m\u00e9lange de crainte, et il en profita pour lui adresser de s\u00e9v\u00e8res reproches pour son audace. Puis il l&rsquo;avertit sur le comportement de sa fille, et le mena\u00e7a de ch\u00e2timent s&rsquo;il n&rsquo;y mettait pas un terme. Ici, tout se termina \u00e0 l\u2019avantage du commissaire qui avait intimid\u00e9 Soubirous et l\u2019avait d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 retenir sa fille.<br \/>\nMonsieur Estrade, t\u00e9moin muet de la sc\u00e8ne, ne put se contenir et montra son admiration pour la franchise in\u00e9branlable de Bernadette dans ses r\u00e9ponses. &#8211; Obstination dans le mensonge, dit le commissaire. &#8211; Accent de v\u00e9rit\u00e9, r\u00e9pondit Estrade. &#8211; Dites plut\u00f4t vivacit\u00e9 d&rsquo;esprit. Elle est aguerrie dans sa ruse, elle est tr\u00e8s astucieuse, s&rsquo;exclama le commissaire. &#8211; Non ! Elle est tr\u00e8s sinc\u00e8re, r\u00e9p\u00e9ta Estrade.<br \/>\nApr\u00e8s cet entretien, les apparitions ne cess\u00e8rent pas ; au contraire, la multiplication des prodiges confirmait de plus en plus les fid\u00e8les dans leur admiration, et dissipait tout doute dans l&rsquo;esprit de ceux qui h\u00e9sitaient et tardaient \u00e0 se rendre. De nombreux personnages consid\u00e9rables furent amen\u00e9s par l&rsquo;\u00e9vidence \u00e0 t\u00e9moigner de la v\u00e9rit\u00e9 des faits surnaturels. Ainsi firent Monsieur Dufor, avocat insigne, Monsieur le docteur Dozoux, ainsi que Monsieur Estrade, sans oublier le commandant de la garnison, Monsieur Laffitte, intendant militaire \u00e0 la retraite.<br \/>\nUne autre fois, Bernadette fut appel\u00e9e au tribunal o\u00f9 elle se trouva aux prises avec la dialectique pressante du procureur imp\u00e9rial, du substitut et des juges, tous attentifs, mais tous impuissants \u00e0 la prendre en faute et \u00e0 relever des variations ou des contradictions dans ses discours. Le procureur imp\u00e9rial eut beau dire contre l&rsquo;invasion du fanatisme et de sa r\u00e9solution dans l&rsquo;accomplissement de ses devoirs : son z\u00e8le n&rsquo;aboutit \u00e0 rien ; au contraire, il contribua \u00e0 accumuler des preuves et des documents contraires \u00e0 ses vis\u00e9es et \u00e0 ses intentions.<br \/>\nLes tentatives pour intenter une action en justice ayant \u00e9chou\u00e9, et le gouvernement s&rsquo;effor\u00e7ant toujours plus de contrecarrer le progr\u00e8s des \u00e9v\u00e9nements qui attiraient d\u00e9sormais l&rsquo;attention de toute la France sur Lourdes, et Monsieur Rouland, ministre de l&rsquo;instruction publique et des cultes, s&rsquo;y int\u00e9ressant \u00e9galement, le pr\u00e9fet voulut qu&rsquo;une enqu\u00eate soit men\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tat mental de Bernadette. Il la confia \u00e0 deux m\u00e9decins distingu\u00e9s, choisis parmi ceux qui partageaient sa fa\u00e7on de penser, mais ils ne trouv\u00e8rent en elle rien de d\u00e9concertant ou d&rsquo;irr\u00e9gulier et ne purent dire autre chose qu&rsquo;il pourrait s\u2019agir d\u2019une <em>hallucination<\/em>. Avec un argument si vain, le pr\u00e9fet n&rsquo;h\u00e9sita pas \u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter l&rsquo;arrestation de Bernadette et \u00e0 la faire enfermer dans un asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s. Il en exp\u00e9dia l&rsquo;ordre au maire, Monsieur Lacade, qui, avec le procureur imp\u00e9rial, Monsieur Dufour, se rendit chez le cur\u00e9 et lui fit conna\u00eetre la mission qu&rsquo;il devait accomplir.<br \/>\nMais Bernadette fut sauv\u00e9e cette fois par la fermet\u00e9 r\u00e9solue du cur\u00e9, qui, se d\u00e9clarant respectueux de l&rsquo;autorit\u00e9, n&rsquo;h\u00e9sita pas \u00e0 d\u00e9clarer avec raison qu&rsquo;avec cette mani\u00e8re d&rsquo;agir, on commettait un abus \u00e9vident, et qu&rsquo;il se l\u00e8verait pour d\u00e9fendre le faible opprim\u00e9. Il conclut en disant : Allez dire \u00e0 Monsieur Masses (le pr\u00e9fet), que ses gendarmes me trouveront sur le seuil de la maison de cette pauvre famille, et qu&rsquo;ils devront me renverser et pi\u00e9tiner mon corps avant de tordre un cheveu \u00e0 la jeune fille. \u2013 On ne fit rien d\u2019autre.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476779\"><\/a><strong>IV. Le peuple<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Le pr\u00e9fet Masses ne se tint pas pour vaincu, ni par la tentative avort\u00e9e de l&rsquo;action judiciaire, ni par les violences inconsid\u00e9r\u00e9es contre Bernadette, et il s&#8217;employa \u00e0 faire cesser le grand mouvement populaire et \u00e0 disperser le concours qui \u00e9tait d\u00e9sormais incessant et tr\u00e8s fr\u00e9quent \u00e0 la grotte. Il d\u00e9cr\u00e9ta qu\u2019on enl\u00e8ve tous les ornements, les dons, les offrandes que la pi\u00e9t\u00e9 des fid\u00e8les y accumulait et que la grotte elle-m\u00eame devait \u00eatre ferm\u00e9e et l&rsquo;acc\u00e8s interdit \u00e0 quiconque. L&rsquo;ex\u00e9cuteur de cet ordre fut le commissaire de police, Jacomet, qui s&rsquo;y employa avec tout son z\u00e8le et la plus grande activit\u00e9. Il n&rsquo;eut pas peu \u00e0 faire, les habitants de Lourdes lui refusant toute aide et coop\u00e9ration, au point que personne ne voulut, m\u00eame pour une grande r\u00e9compense, lui fournir une charrette et les instruments n\u00e9cessaires. C&rsquo;est pourquoi il dut lui-m\u00eame, de sa propre main, avec l&rsquo;aide des gendarmes, enlever un \u00e0 un les objets et les d\u00e9poser sur une charrette qu&rsquo;il r\u00e9ussit \u00e0 trouver avec beaucoup de difficult\u00e9. Et chaque fois que de nouveaux dons et objets de d\u00e9votion \u00e9taient apport\u00e9s, le commissaire revenait les retirer et souvent les jetait dans le torrent voisin. C&rsquo;est alors que, sur ordre du pr\u00e9fet, le maire vint d\u00e9cr\u00e9ter l&rsquo;interdiction de puiser de l&rsquo;eau \u00e0 la fontaine et de p\u00e9n\u00e9trer dans le terrain attenant, et de placer \u00e0 cet effet une cl\u00f4ture pour fermer la grotte. Le juge de paix poursuivait et infligeait des amendes aux contrevenants.<br \/>\nIl est inutile de dire \u00e0 quel point cette intervention brutale du gouvernement suscita m\u00e9contentement et irritation. De toutes parts s&rsquo;\u00e9levaient des protestations et des r\u00e9clamations. Malgr\u00e9 tout, dans l&rsquo;immense affluence, qui continuait \u00e0 la grotte apr\u00e8s comme avant, il n&rsquo;y eut jamais le moindre d\u00e9sordre. Malgr\u00e9 toute l\u2019irritation des foules, et gr\u00e2ce aussi aux exhortations incessantes du clerg\u00e9, aucun fait bl\u00e2mable ne se produisit : jamais de cris s\u00e9ditieux, aucune r\u00e9sistance, au contraire, des cantiques, des litanies, des vivats \u00e0 la Bienheureuse Vierge. Les soldats eux-m\u00eames, venus pour l&rsquo;observation des ordres et des interdictions, \u00e9taient t\u00e9moins des actes de d\u00e9votion et bien souvent y prenaient part.<br \/>\nFait \u00e9tonnant : pendant les six mois que dur\u00e8rent les apparitions, <em>aucun crime ne fut commis dans le d\u00e9partement et pas une seule condamnation ne fut prononc\u00e9e<\/em>. Les Assises du mois de mars n&rsquo;eurent \u00e0 juger qu&rsquo;une seule affaire d&rsquo;\u00e9poque ant\u00e9rieure, qui se termina par un acquittement.<br \/>\nCe cas admirable, indice patent de l&rsquo;influence invisible qui se r\u00e9pandait sur toute la contr\u00e9e, argument externe et prodige moral devait \u00e9mouvoir les c\u0153urs les plus durs, les esprits les plus r\u00e9ticents.<br \/>\nUn tel \u00e9tat de choses ne pouvait durer longtemps. En effet, un beau jour, Monseigneur Salmis, archev\u00eaque d&rsquo;Auch, et Monsieur Ress\u00e9gnier, ancien d\u00e9put\u00e9, se rendirent \u00e0 Biarritz aupr\u00e8s de l&rsquo;Empereur Napol\u00e9on III pour l\u2019informer de tout. Ils obtinrent qu&rsquo;un ordre soit exp\u00e9di\u00e9 par t\u00e9l\u00e9graphe \u00e0 Monsieur Masses, pr\u00e9fet de Tarbes, de r\u00e9voquer ses arr\u00eat\u00e9s et ses interdictions. Le pr\u00e9fet garda le t\u00e9l\u00e9gramme secret, \u00e9crivit \u00e0 l&#8217;empereur, interposa le ministre ; mais, comme Dieu le voulut, l&#8217;empereur tint bon, de sorte que le pr\u00e9fet dut plier et c\u00e9der, et charger le maire de publier un d\u00e9cret r\u00e9voquant le pr\u00e9c\u00e9dent.<br \/>\nLes obstacles, les emp\u00eachements, toute opposition se transformaient en autant de victoires du surnaturel sur les adversaires obstin\u00e9s.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476780\"><\/a><strong>V. L&rsquo;\u00c9glise<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Pour confirmer les preuves et documenter enfin la v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;attitude de l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique se r\u00e9v\u00e9la utile. D&rsquo;abord, le cur\u00e9 fit et maintint une interdiction s\u00e9v\u00e8re \u00e0 tous les pr\u00eatres et religieuses de se rendre \u00e0 la grotte et de se m\u00ealer au peuple, afin que leur pr\u00e9sence ne semble pas sanctionner d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre les \u00e9v\u00e9nements, et ne donne pas, m\u00eame involontairement, un encouragement et une impulsion aux populations.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tarbes approuva et confirma ce que le cur\u00e9 avait dispos\u00e9. Avec Bernadette, le cur\u00e9 Peyramale maintint non seulement une grande r\u00e9serve, montrant qu&rsquo;il ne s&rsquo;en souciait pas du tout ; mais la premi\u00e8re fois qu&rsquo;elle se rendit chez lui, il l&rsquo;accueillit avec une froideur qui, pour certains, ne semblait pas exempte de duret\u00e9, au point de donner l\u2019impression de la chasser. En effet, lorsque Bernadette re\u00e7ut de l&rsquo;apparition l&rsquo;ordre d&rsquo;aller manifester aux pr\u00eatres son d\u00e9sir qu&rsquo;on construise une chapelle, elle exposa sa mission au cur\u00e9 en toute simplicit\u00e9. Celui-ci l&rsquo;interrompit en lui disant : &#8211; Qu&rsquo;est-ce que ce tapage que tu fais avec les visions que tu pr\u00e9tends avoir et dont rien ne prouve la v\u00e9rit\u00e9 ? &#8211; Bernadette, confuse et surprise par la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 inhabituelle et l&rsquo;accent soutenu du cur\u00e9, d&rsquo;habitude si paternel et affable avec ses paroissiens, surtout avec les pauvres, resta d&rsquo;abord d\u00e9concert\u00e9e.<br \/>\nMais elle se reprit vite, et raconta candidement au cur\u00e9 ce qui lui \u00e9tait arriv\u00e9. Ce dont il fut passablement \u00e9mu, mais il se contint et dissimula les sentiments qui l&rsquo;agitaient int\u00e9rieurement : &#8211; Tu ne sais pas, dit-il, le nom de cette Dame ? &#8211; Je ne sais pas, r\u00e9pondit Bernadette, elle ne m&rsquo;a pas dit qui elle \u00e9tait. &#8211; Ceux qui te croient, ajouta le cur\u00e9, disent que c&rsquo;est la Madone. Mais fais bien attention, continua-t-il avec beaucoup de gravit\u00e9, si tu racontes une fausset\u00e9, tu les exposes au danger de ne jamais la voir au ciel quand tous les bons la verront. &#8211; Je ne sais pas si c&rsquo;est la Vierge Marie, continua Bernadette, mais je vois l&rsquo;apparition comme je vous vois en ce moment. Elle me parle comme vous me parlez. Je viens vous dire de sa part qu&rsquo;elle veut qu&rsquo;on lui \u00e9l\u00e8ve une chapelle pr\u00e8s de la grotte o\u00f9 elle se montre \u00e0 moi.<br \/>\nLe cur\u00e9 fit r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 la jeune fille les paroles pr\u00e9cises qu&rsquo;elle avait entendues de l&rsquo;apparition et la cong\u00e9dia.<br \/>\nLa conduite du cur\u00e9 fut approuv\u00e9e par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tarbes, Monseigneur Laurence, qui confirma ce qu&rsquo;il avait dispos\u00e9.<br \/>\nPendant tout ce temps, le clerg\u00e9 s&rsquo;abstint de se rendre \u00e0 la grotte et resta \u00e9tranger au grand mouvement. Les ordres de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque \u00e9taient strictement observ\u00e9s dans tout le dioc\u00e8se.<br \/>\nLes populations, tourment\u00e9es par les rigueurs du gouvernement, se tournaient avec anxi\u00e9t\u00e9 vers les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques, et souhaitaient que l&rsquo;\u00e9v\u00eaque se l\u00e8ve pour prot\u00e9ger leur libert\u00e9 religieuse.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9v\u00eaque, s&rsquo;inspirant des pr\u00e9ceptes de la prudence, ne jugeait pas opportun d&rsquo;intervenir pour seconder les v\u0153ux de la population, et bien qu&rsquo;il ne p\u00fbt approuver les comportements et les d\u00e9crets des autorit\u00e9s, il jugeait plus opportun de temporiser. Il voulut donc que le clerg\u00e9 s&rsquo;efforce d&rsquo;inculquer aux fid\u00e8les la plus grande tranquillit\u00e9 et les incite \u00e0 se soumettre aux ordres du gouvernement et \u00e0 attendre avec patience le d\u00e9roulement naturel des \u00e9v\u00e9nements.<br \/>\nC&rsquo;est ainsi que la Divine Providence disposa que le grand fait des apparitions de Notre-Dame de Lourdes subisse, comme le Christianisme \u00e0 ses d\u00e9buts, les \u00e9preuves des contradictions et de la pers\u00e9cution.<br \/>\nCependant, ce n&rsquo;\u00e9taient pas seulement la population de Lourdes et celle des environs qui s&rsquo;\u00e9tonnaient du silence prolong\u00e9 de l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique, mais aussi les nombreux \u00e9trangers qui affluaient des stations thermales voisines. Ils bl\u00e2maient hautement l&rsquo;action d\u00e9ploy\u00e9e par le pouvoir civil et r\u00e9prouvaient l&rsquo;attitude de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque et du clerg\u00e9, alors que de nombreux autres \u00e9v\u00eaques ne dissimulaient plus leur opinion sur la v\u00e9rit\u00e9 des faits de Lourdes.<br \/>\nAinsi, on arriva \u00e0 juillet, cinq mois apr\u00e8s la premi\u00e8re apparition de la Bienheureuse Vierge \u00e0 Bernadette Soubirous. Le 18 de ce mois, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tarbes publia un d\u00e9cret par lequel il nommait une commission pour examiner la v\u00e9rit\u00e9 des faits survenus \u00e0 Lourdes. Cette commission, apr\u00e8s un examen long et approfondi qui dura trois ans et demi, et l&rsquo;interrogatoire de tr\u00e8s nombreux t\u00e9moins, fit son rapport. Suite \u00e0 cela, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque pronon\u00e7a le 18 janvier 1862 la v\u00e9rit\u00e9 des apparitions de la Bienheureuse Vierge \u00e0 Bernadette Soubirous, autorisant le culte de Notre-Dame sous le titre de Notre-Dame de Lourdes. Pour se conformer \u00e0 la volont\u00e9 plus d&rsquo;une fois manifest\u00e9e par elle, il d\u00e9cr\u00e9ta l&rsquo;\u00e9rection d&rsquo;une chapelle sur le terrain de la grotte, acquis en propri\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tarbes.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476781\"><\/a><strong>VI. Les miracles<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La renomm\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements prodigieux, qui \u00e9mouvaient les habitants de Lourdes et des environs, se propageait de plus en plus, de sorte que les foules commen\u00e7aient \u00e0 affluer m\u00eame de pays lointains, et des personnes de haute condition se d\u00e9pla\u00e7aient \u00e9galement, le plus souvent par curiosit\u00e9, souvent par instinct de d\u00e9votion, depuis les stations thermales. Ainsi, en peu de temps, la nouvelle des apparitions de Lourdes se r\u00e9pandit dans toute la France et en Europe.<br \/>\nMais ce qui accrut le grand mouvement, ce furent les miracles qui, d\u00e8s le d\u00e9but, se manifest\u00e8rent avec une grande fr\u00e9quence. Il suffit de dire que lorsque l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique institua un proc\u00e8s r\u00e9gulier, et qu&rsquo;elle commen\u00e7a \u00e0 examiner, parmi beaucoup d\u2019autres, une trentaine de gu\u00e9risons miraculeuses, comme celles qui manifestaient le plus les caract\u00e8res de faits surnaturels, on employa une grande rigueur. On exclut tout ce qui admettait une autre explication quelconque, m\u00eame peu fond\u00e9e, et la nature miraculeuse ne fut reconnue que lorsqu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible de faire autrement. Ainsi, les miracles furent r\u00e9duits \u00e0 quinze, pour lesquels un jugement solennel fut prononc\u00e9 affirmativement.<br \/>\nDevant restreindre cette information \u00e0 un bref aper\u00e7u, nous invitons ceux qui d\u00e9sirent un compte rendu complet \u00e0 lire, comme nous les y exhortons, l&rsquo;histoire de Notre-Dame de Lourdes de Monsieur Lasserre (\u00ab <em>Notre-Dame de Lourdes, par Henri Lasserre \u00bb, Paris, Victor Palm\u00e9<\/em>. \u00ab Nostra Signora di Lourdes \u00bb, version italienne, Mod\u00e8ne, impr. de l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception) ; et nous nous contenterons de rapporter trois des miracles qui y sont narr\u00e9s. Cela suffira \u00e0 notre propos, qui est de donner une information pr\u00e9cise sur le sanctuaire de Lourdes.<br \/>\n\u00c0 peine la fontaine indiqu\u00e9e \u00e0 Bernadette par la Dame c\u00e9leste eut-elle jailli dans la grotte, on comprit que cette eau serait une eau salutaire, et le matin m\u00eame, la rumeur de diverses gu\u00e9risons prodigieuses se r\u00e9pandit. Elle parvint \u00e0 l&rsquo;oreille d&rsquo;un pauvre ouvrier nomm\u00e9 Louis Bouriette, qui depuis plusieurs ann\u00e9es menait une existence mis\u00e9rable \u00e0 cause d&rsquo;un accident subi lors de l&rsquo;explosion d&rsquo;une mine.<br \/>\nIl avait eu le visage lac\u00e9r\u00e9 et l&rsquo;\u0153il droit presque \u00e9cras\u00e9. Sa vue s&rsquo;\u00e9tait tellement affaiblie et m\u00eame se perdait de plus en plus, qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait plus apte aux travaux qui exigeaient une certaine application. Connu de tous les habitants, il \u00e9tait employ\u00e9 par la plupart d&rsquo;entre eux \u00e0 des travaux grossiers. Ayant entendu parler de la source prodigieuse, il dit \u00e0 sa fille : Va, et apporte-moi de l&rsquo;eau de la grotte ; seule la Madone peut me gu\u00e9rir. L&rsquo;eau arrive, il se lave l&rsquo;\u0153il, et pousse un cri, il \u00e9tait gu\u00e9ri !<br \/>\nLe lendemain ou le surlendemain, ayant rencontr\u00e9 le m\u00e9decin qui le soignait depuis le jour de l&rsquo;accident, il lui dit : Je suis gu\u00e9ri. \u2013 Vous, gu\u00e9ri ? r\u00e9pond le m\u00e9decin. Mais quoi ? votre mal est incurable ; je m&#8217;emploie \u00e0 calmer vos douleurs, mais je ne pr\u00e9tends pas vous rendre la vue. &#8211; Mais ce n&rsquo;est pas vous qui m&rsquo;avez gu\u00e9ri, mais la Vierge de la Grotte. &#8211; Que Bernadette ait des extases inexplicables est certain, et je l&rsquo;ai v\u00e9rifi\u00e9 par une \u00e9tude approfondie ; mais que l&rsquo;eau de la source gu\u00e9risse instantan\u00e9ment les maux incurables n&rsquo;est pas possible.<br \/>\nComme Bouriette persistait \u00e0 affirmer qu&rsquo;il \u00e9tait gu\u00e9ri, le m\u00e9decin tira de sa poche son carnet, d\u00e9chira une feuille, et y ayant \u00e9crit quelques mots, il couvrit de sa main l&rsquo;\u0153il gauche de Bouriette en lui disant : Si tu lis, je croirai. Bouriette lut rapidement. Pendant ce temps, des gens s&rsquo;\u00e9taient rassembl\u00e9s, et assistaient \u00e0 la singuli\u00e8re dispute, de sorte qu&rsquo;ils admir\u00e8rent bient\u00f4t le prodige et la confession du m\u00e9decin.<br \/>\nD\u2019un autre des miracles reconnus par l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique, comme on le verra, on peut dire qu\u2019il s\u2019est produit sous les yeux d&rsquo;une ville enti\u00e8re. Il s\u2019agit de la gu\u00e9rison prodigieuse de la veuve Madeleine Rizan, femme tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e de la ville de Nay.<br \/>\nElle avait souffert du chol\u00e9ra en 1832, et depuis, elle \u00e9tait rest\u00e9e presque enti\u00e8rement paralys\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 gauche du corps. Elle marchait avec beaucoup de difficult\u00e9, ne sortait de chez elle que deux ou trois fois par an au plus fort de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, plus port\u00e9e que soutenue par l&rsquo;aide d&rsquo;autrui pour se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise voisine. De plus, elle \u00e9tait sujette \u00e0 des vomissements de sang continus, et ne pouvait supporter que de maigres aliments.<br \/>\nDepuis seize ou dix-huit mois d\u00e9j\u00e0, cet \u00e9tat si malheureux s&rsquo;\u00e9tait encore aggrav\u00e9, et avait conduit la malade \u00e0 se confiner au lit, puis en peu de temps elle empira si gravement que, ayant perdu toute vigueur, elle ne pouvait plus changer de position sans aide. Les douleurs de la pauvre femme \u00e9taient si intenses, et son courage si \u00e9puis\u00e9, qu&rsquo;elle implorait du Seigneur la gu\u00e9rison ou la mort, mais la fin de ses souffrances. Finalement, arriv\u00e9e \u00e0 la fin, elle avait re\u00e7u l&rsquo;Extr\u00eame-Onction et \u00e9tait entr\u00e9e dans une douloureuse agonie. C\u2019est alors qu\u2019elle redoubla ses invocations \u00e0 la Vierge, et pria une voisine de lui procurer de l&rsquo;eau de Lourdes.<br \/>\nTandis que Madame Rizan haletait, et avait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, pris cong\u00e9 du vicaire et d&rsquo;un autre pr\u00eatre, sa fille qui l&rsquo;assistait avec amour, s&rsquo;\u00e9tait mise \u00e0 prier la Tr\u00e8s Sainte Vierge. Sa m\u00e8re l&rsquo;appela, et lui dit de lui donner l&rsquo;eau de Lourdes, mais la nuit \u00e9tant avanc\u00e9e, il fallut diff\u00e9rer la recherche aupr\u00e8s de cette voisine qui \u00e9tait all\u00e9e \u00e0 Lourdes.<br \/>\nAu matin, on eut l&rsquo;eau, la malade en but avidement quelques gorg\u00e9es, et aussit\u00f4t s&rsquo;\u00e9cria : C&rsquo;est de l&rsquo;eau de sant\u00e9 ! Lave-moi, ma fille, le visage, le bras, tout le corps. La fille anxieuse, tremblante, seconda le d\u00e9sir de sa m\u00e8re. Celle-ci alors dit d&rsquo;une voix redevenue claire et sonore : &#8211; Je suis gu\u00e9rie, oh que Marie Tr\u00e8s Sainte soit b\u00e9nie ! Donne-moi mes v\u00eatements, je veux me lever, donne-moi \u00e0 manger, j&rsquo;ai faim- &#8211; La fille voulut lui donner du caf\u00e9, du vin ou du lait, mais la m\u00e8re lui dit : &#8211; Donne-moi de la viande et du pain, que je n&rsquo;ai pas go\u00fbt\u00e9s depuis vingt-quatre ans. \u2013 Et elle mangea avec toute facilit\u00e9. Alors la fille alla chercher les v\u00eatements, qui avaient \u00e9t\u00e9 rang\u00e9s depuis longtemps et dont on pensait qu\u2019ils ne serviraient plus. Quand elle revint en apportant \u00e0 sa m\u00e8re de quoi se v\u00eatir, quelle ne fut pas sa surprise de la trouver descendue du lit et \u00e0 genoux devant l&rsquo;image de Marie, o\u00f9 peu avant elle-m\u00eame priait pour sa m\u00e8re !<br \/>\nIl \u00e9tait sept heures du matin, un dimanche, et de l&rsquo;\u00e9glise voisine sortaient les fid\u00e8les apr\u00e8s la messe. Certains entr\u00e8rent chez la veuve Rizan pour savoir si elle n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans la nuit. Au lieu de cela, ils la virent gu\u00e9rie, presque ressuscit\u00e9e. La nouvelle courut aussit\u00f4t, des foules infinies afflu\u00e8rent \u00e0 la maison, et pendant deux jours l\u2019affluence ne cessa pas, chacun voulant juger de ses propres yeux le prodige dont on parlait. Le docteur Subervielle, qui assistait la veuve Rizan, qui avait reconnu l&rsquo;impuissance de la m\u00e9decine et avait d\u00e9clar\u00e9 d\u00e9sormais vaine toute esp\u00e9rance, vint lui aussi et sans h\u00e9sitation reconnut le caract\u00e8re surnaturel et divin de la gu\u00e9rison.<br \/>\nLa veuve Rizan se maintint d\u00e8s lors en bonne sant\u00e9, et en 1869, lorsque Monsieur Lasserre publiait son histoire, elle vivait encore pleine de vigueur, comme il le dit. Avec sa sant\u00e9 retrouv\u00e9e et la disparition de son infirmit\u00e9, elle rendait t\u00e9moignage de la puissante mis\u00e9ricorde de l&rsquo;Apparition de la Grotte de Lourdes.<br \/>\nLe dernier jour de la quinzaine prescrite \u00e0 Bernadette, on trouva rassembl\u00e9es pr\u00e8s de la grotte pas moins de vingt mille personnes. L&rsquo;\u00e9motion \u00e9tait tr\u00e8s grande, et elle continua apr\u00e8s que l&rsquo;apparition eut cess\u00e9. Les discours et les raisonnements continuaient. Toute la journ\u00e9e, il y eut un va-et-vient continuel. Vers cinq heures, il y avait encore \u00e0 la grotte cinq ou six cents personnes, quand une femme en pleurs, le visage enflamm\u00e9, toute d\u00e9compos\u00e9e, invoquant la Sainte Vierge, arriva pr\u00e9cipitamment. Elle se prosterna \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la grotte, puis se tra\u00eena \u00e0 genoux jusqu&rsquo;\u00e0 la fontaine. Alors elle d\u00e9noua son tablier, dans lequel elle tenait un enfant plus mort que vif. Elle se signa et signa l&rsquo;enfant, puis le plongea jusqu&rsquo;au cou dans l&rsquo;eau glac\u00e9e de la fontaine. \u00c0 cette vue, un cri de terreur et d&rsquo;indignation s&rsquo;\u00e9leva. La foule se serra autour de la femme : Vous \u00eates folle, lui disaient-ils ; vous tuez votre enfant. &#8211; Laissez-moi, je fais ce que je peux. Dieu et la Vierge feront le reste. &#8211; D&rsquo;autres, observant l&rsquo;immobilit\u00e9 de l&rsquo;enfant, la p\u00e2leur qui le couvrait, la mis\u00e8re du petit corps, dirent : Il est mort, laissons en paix la pauvre femme, elle est hors d&rsquo;elle. Pendant ce temps, l&rsquo;enfant, tenu longtemps immerg\u00e9 dans l&rsquo;eau, avait l&rsquo;apparence d&rsquo;un cadavre. La pauvre femme le ramassa dans son tablier et se dirigea vers sa maison. Son mari lui dit en la voyant : &#8211; Malheureuse, tu as donn\u00e9 la mort \u00e0 l&rsquo;enfant ! &#8211; Il n&rsquo;est pas mort, r\u00e9pliqua la femme : la Vierge le gu\u00e9rira ; et elle le remit dans son berceau.<br \/>\n\u00c0 la grotte, les murmures et les raisonnements ne cessaient pas. On s\u2019exclamait, on interrogeait. On apprit que cette femme \u00e9tait Croisine Ducouts, \u00e9pouse de Jean Bouhohorts. L&rsquo;enfant \u00e9tait n\u00e9 mal en point, il avait environ deux ans, il avait toujours \u00e9t\u00e9 malade, et n&rsquo;avait jamais march\u00e9 ; il \u00e9tait \u00e9puis\u00e9 par une fi\u00e8vre continue rebelle \u00e0 tous les soins, et se trouvait maintenant \u00e0 l&rsquo;agonie ; d\u00e9j\u00e0 la mort lui couvrait le visage d&rsquo;une teinte livide, et le corps \u00e9tait d&rsquo;une maigreur extr\u00eame, compl\u00e8tement \u00e9puis\u00e9.<br \/>\nPendant qu&rsquo;\u00e0 la grotte on raisonnait en divers sens sur le fait de la femme, et qu&rsquo;on \u00e9tait en proie \u00e0 une grande \u00e9motion, dans la pauvre demeure r\u00e9gnait le silence. Et ce n&rsquo;\u00e9tait pas un silence de mort, ni m\u00eame un silence de douleur, mais c&rsquo;\u00e9tait un silence d&rsquo;esp\u00e9rance ; car, \u00e0 peine couch\u00e9 dans le berceau, l&rsquo;enfant s&rsquo;endormit. Il commen\u00e7a \u00e0 respirer doucement, puis de plus en plus librement et fortement, et ainsi passa toute la nuit paisiblement. Les pauvres parents se relayaient pour \u00e9couter la respiration de leur petit enfant, ils attendaient anxieusement le r\u00e9veil qui eut lieu au lever du jour. L&rsquo;enfant \u00e9tait toujours maigre, mais sur ses joues apparaissait un beau rose, l&rsquo;aspect \u00e9tait tranquille. Il tourna les yeux vers sa m\u00e8re et lui demanda le sein, o\u00f9 il prit un copieux r\u00e9confort. Il voulait se lever et marcher, mais la m\u00e8re ne se fia pas, et le garda au lit toute la journ\u00e9e et la nuit suivante, lui offrant le sein \u00e0 plusieurs reprises, \u00e0 sa demande. Le matin, les parents \u00e9taient sortis en laissant l&rsquo;enfant seul, et quand la m\u00e8re rentra \u00e0 la maison, elle vit le berceau vide, et le petit Justin courir et jouer dans la pi\u00e8ce. Que les m\u00e8res disent quelle fut la joie de Croisine, qu&rsquo;elles disent avec quel accent elle cria \u00e0 son mari : Vois qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas mort ! Vive Marie !<br \/>\nLes voisins accoururent et le m\u00e9decin, qui assistait l&rsquo;enfant, accourut ; il reconnut franchement l&rsquo;impuissance radicale de la m\u00e9decine pour expliquer le fait. Deux autres m\u00e9decins vinrent, examin\u00e8rent s\u00e9par\u00e9ment ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9, et ne dout\u00e8rent pas d&rsquo;y voir eux aussi l&rsquo;action tr\u00e8s puissante du Seigneur. Les m\u00e9decins \u00e9tablirent, comme circonstances tr\u00e8s graves, la dur\u00e9e de l&rsquo;immersion, l&rsquo;effet imm\u00e9diat, la facult\u00e9 de marcher qui s&rsquo;\u00e9tait produite d\u00e8s que l&rsquo;enfant \u00e9tait sorti du lit.<br \/>\nCes trois faits, qui, comme d&rsquo;autres semblables, furent parfaitement \u00e9claircis et prouv\u00e9s dans le proc\u00e8s institu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Tarbes, n&rsquo;admettaient pas le moindre doute, ayant eu tant de t\u00e9moins, et excluant toute explication, sinon la puissance du Seigneur.<br \/>\nLes impies et les incr\u00e9dules peuvent bien persister dans leur ent\u00eatement, et croasser contre l&rsquo;ignorance de la multitude : ils ne parviendront jamais avec leur science laborieuse \u00e0 expliquer comment la voix d&rsquo;une pauvre berg\u00e8re, ou la divulgation de fables, peut \u00e9veiller et \u00e9mouvoir les foules, et les inciter \u00e0 \u00e9lever un sanctuaire tel que celui qui domine maintenant la grotte, \u00e9rig\u00e9 avec les millions apport\u00e9s spontan\u00e9ment de toutes les parties de la France et de l&rsquo;Europe.<br \/>\nQuant \u00e0 nous, <em>peuple ignorant<\/em>, qui croyons en Dieu Cr\u00e9ateur du ciel et de la terre, il ne nous est pas difficile de croire aux miracles, quand ils sont d\u00fbment prouv\u00e9s. Nous les croyons comme tout autre fait historique. \u00c0 cause d\u2019eux nous \u00e9levons nos c\u0153urs pour louer notre P\u00e8re, qui est aux cieux.<br \/>\nOh grande mis\u00e9ricorde de Dieu, qui raffermit notre foi et consolide par de nouveaux arguments notre confiance dans la protection de sa Tr\u00e8s Sainte M\u00e8re, dispensant \u00e0 pleines mains ses gr\u00e2ces en des temps aussi tristes que les n\u00f4tres, et si contraires \u00e0 la Sainte \u00c9glise Catholique, Apostolique et Romaine !<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476782\"><\/a><strong>VII. Les adversaires vaincus<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La grandiose manifestation de la Mis\u00e9ricorde Divine accomplie par les apparitions de la Bienheureuse Vierge \u00e0 Lourdes et par les nombreux et solennels prodiges qui les suivirent, ne suffit pas \u00e0 vaincre l&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;audace des m\u00e9chants : ils ne se rendirent pas aux preuves les plus \u00e9clatantes, mais persist\u00e8rent comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait dans leurs n\u00e9gations impudentes. En vain la v\u00e9rit\u00e9 triompha de toutes les oppositions ; les moqueries et les railleries persist\u00e8rent dans la presse et dans les discours.<br \/>\n\u00c0 tant d&rsquo;audace, il plut aussi au Seigneur d&rsquo;accorder un rem\u00e8de opportun, et oserons-nous dire un ch\u00e2timent ad\u00e9quat, m\u00eame s&rsquo;il y a une limite que la mauvaise foi puisse respecter.<br \/>\nPar disposition de la Divine Providence, une autre gu\u00e9rison prodigieuse, survenue avec tous les caract\u00e8res d&rsquo;une pleine \u00e9vidence, donna l&rsquo;occasion \u00e0 un d\u00e9fi courageusement lanc\u00e9 aux libres penseurs, oppos\u00e9s aux miracles. Elle les mettait au d\u00e9fi de fournir des preuves contre des faits d\u00e9sormais victorieusement \u00e9claircis, et lumineusement connus du monde entier. Tous les adversaires furent atterr\u00e9s, en reculant ils d\u00e9montr\u00e8rent leur impuissance, d&rsquo;o\u00f9 la preuve qu&rsquo;ils ne parlent pas par conviction, mais seulement par haine aveugle et par passion d\u00e9raisonnable.<br \/>\nOn ne devrait pas se soucier de la m\u00e9chancet\u00e9 endurcie d&rsquo;une si triste engeance, si elle ne causait pas du tort aux simples et aux ignorants. Parmi ceux-ci, il y en a trop qui sont victimes d&rsquo;une tromperie facile. Peu soucieux de s&rsquo;appliquer diligemment \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9, ils restent neutres plut\u00f4t que de supporter le l\u00e9ger d\u00e9sagr\u00e9ment en examinant le pour et le contre, d&rsquo;autant plus s&rsquo;ils doivent subir les moqueries de ces m\u00e9chants qui ont pour devise de mentir toujours selon le dicton : <em>mentez audacieusement, vous y gagnera toujours quelque chose<\/em>.<br \/>\nIl reste donc encore un devoir \u00e0 accomplir, apr\u00e8s avoir expos\u00e9 avec pr\u00e9cision les arguments qui d\u00e9montrent la v\u00e9rit\u00e9 des prodiges survenus \u00e0 Lourdes. Il ne suffit pas d&rsquo;avoir mis en \u00e9vidence l&rsquo;accord unanime des populations, la victoire sur l\u2019opposition du gouvernement et sur la prudence de l&rsquo;\u00c9glise. Il convient de faire conna\u00eetre cet autre argument de la d\u00e9faite de l&rsquo;audace des m\u00e9chants. Peu importe qu&rsquo;ils ne veuillent pas se d\u00e9clarer vaincus, ils le sont en v\u00e9rit\u00e9 au jugement de tout homme honn\u00eate et loyal.<br \/>\n\u00c0 Bordeaux vivait en 1870 Monsieur Fournier, capitaine de vaisseau \u00e0 la retraite avec sa femme et leurs trois enfants : le premier, Ernest, enseigne de vaisseau, la seconde, Juliette, qui avait alors 14 ans, Albert qui en avait 11.<br \/>\nJuliette \u00e9tait afflig\u00e9e d&rsquo;une grave maladie chronique. Elle souffrait d&rsquo;une atonie compl\u00e8te de l&rsquo;estomac avec d\u00e9go\u00fbt de tout aliment, et d\u2019une faiblesse extr\u00eame au point de ne pouvoir se tenir debout qu&rsquo;avec l&rsquo;aide d&rsquo;autrui et pour peu de temps. Tous les trois ou quatre pas elle devait s&rsquo;asseoir, les muscles pulmonaires \u00e9tant atteints. La respiration de plus en plus difficile ne lui permettait pas la position horizontale, le sommeil n&rsquo;\u00e9tant possible qu&rsquo;assise sur le lit. Enfin elle avait le c\u00f4t\u00e9 droit paralys\u00e9.<br \/>\nLes plus c\u00e9l\u00e8bres m\u00e9decins de Bordeaux avaient \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre sans succ\u00e8s. On consulta Monsieur Cogniet, puis Monsieur Denuc\u00e9. Comme tous ses coll\u00e8gues, cet illustre m\u00e9decin d\u00e9clara le mal profond\u00e9ment enracin\u00e9, la gu\u00e9rison, en tout cas, de telles maladies, rebelles \u00e0 la m\u00e9decine, n\u00e9cessitant un traitement tr\u00e8s long. On ne pouvait esp\u00e9rer une am\u00e9lioration sensible avant le d\u00e9veloppement complet du physique retard\u00e9 chez la jeune fille par la faiblesse et la maladie.<br \/>\n\u00c0 l\u2019approche de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, les \u00e9poux Fournier s&rsquo;install\u00e8rent dans une villa au lieu-dit Bouscat, pr\u00e8s des portes de Bordeaux. On faisait suivre \u00e0 Juliette une cure hydropathique, et on prit un certain nombre de billets de bain pour cela. Et comme la malade ne pouvait supporter le mouvement de la voiture, on trouva un vieil \u00e2ne pos\u00e9 qui depuis longtemps ne savait pas, s&rsquo;il l&rsquo;avait jamais su, ce qu&rsquo;\u00e9tait le trot et le galop. Le paisible baudet portait chaque jour Juliette \u00e0 pas lent et doux \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement hydropathique. Le p\u00e8re, la m\u00e8re et les fr\u00e8res l&rsquo;accompagnaient \u00e0 pied. Sur le chemin de Bouscat \u00e0 Bordeaux, ce groupe m\u00e9lancolique, que l&rsquo;on voyait passer chaque jour \u00e0 la m\u00eame heure, \u00e9tait bien connu. Chacun montrait de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la famille afflig\u00e9e. L&rsquo;aspect de la malade frappait si fortement, que l&rsquo;on observa tr\u00e8s souvent des signes de consternation chez les curieux qui se penchaient aux fen\u00eatres et aux portes, r\u00e9v\u00e9lant par l\u00e0 leurs sinistres pressentiments int\u00e9rieurs.<br \/>\nPendant ce temps, le fr\u00e8re de Madame Fournier eut entre les mains l&rsquo;histoire de Notre-Dame de Lourdes de Monsieur Henri Lasserre. Il la lut avidement et se sentit rempli de vifs sentiments d&rsquo;admiration et de confiance. De sorte qu&rsquo;il \u00e9crivit sans tarder au cur\u00e9 de Lourdes pour qu&rsquo;il envoie aussit\u00f4t une bouteille d&rsquo;eau de Lourdes \u00e0 Madame Fournier.<br \/>\nMonsieur Fournier \u00e9tait un libre penseur et son fils Ernest partageait ses opinions. Cependant ils ne soulevaient pas d&rsquo;objections, respectant la foi et la confiance des personnes aim\u00e9es. Il est superflu d&rsquo;observer que, laissant aux \u00e9pouses, \u00e0 la fille et au plus jeune fils la libert\u00e9 de r\u00e9citer leurs pri\u00e8res, le p\u00e8re et le fils a\u00een\u00e9 ne prenaient aucune part \u00e0 ces pratiques et \u00e0 ces signes de d\u00e9votion.<br \/>\nMais le jeune Ernest ne put s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 son oncle en plaisantant philosophiquement sur tant de na\u00efvet\u00e9. Dans la premi\u00e8re lettre qu&rsquo;il lui \u00e9crivit, il insinua ces mots : &#8211; Avec tout le respect que je vous professe, je dois vous avouer, mon cher oncle, que votre eau limpide m&rsquo;inspire une confiance assez m\u00e9diocre. Notre pauvre Juliette est trop gravement malade pour que j&rsquo;aie envie de plaisanter. Je me borne \u00e0 vous dire simplement que si Juliette gu\u00e9rit en buvant cette eau, je m&rsquo;engage \u00e0 crier au miracle, \u00e0 le crier sur les toits, et m\u00eame plus, \u00e0 aller le crier aussi au confessionnal ! Vous me trouverez de facile composition. Il me semble que vous croyez avant d&rsquo;avoir vu, moi je veux voir avant de croire. Je suis comme saint Thomas.<br \/>\nMadame Fournier, sa fille et le jeune Albert avaient lu ensemble le livre de Monsieur Lasserre et leur foi \u00e9tait devenue ardente. Ils redoublaient leurs pri\u00e8res et se pr\u00e9paraient \u00e0 implorer la grande gr\u00e2ce, tout en disant ne pas s&rsquo;en croire dignes, mais s&rsquo;effor\u00e7aient de le devenir. Finalement, on fixa la date du 14 juin pour demander \u00e0 la Bienheureuse Vierge la gu\u00e9rison tant d\u00e9sir\u00e9e.<br \/>\nLe cur\u00e9 c\u00e9l\u00e9bra la sainte Messe dans cette intention. On porta Juliette \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et elle fit la sainte Communion. Puis elle commen\u00e7a \u00e0 boire l&rsquo;eau de Lourdes, mais n&rsquo;en ressentit aucun effet. Grande fut la douleur pour l&rsquo;espoir \u00e9vanoui. Il sembla m\u00eame que la malade empirait, tandis que sa m\u00e8re et son fr\u00e8re souffraient beaucoup sous le coup de l&rsquo;\u00e9motion. La journ\u00e9e fut bien triste et d\u00e9courageante. La nuit venue, Juliette fut mise \u00e0 l\u2019aise, non allong\u00e9e, mais assise sur le lit. Sa m\u00e8re et son fr\u00e8re rest\u00e8rent pr\u00e8s d&rsquo;elle \u00e0 genoux en priant. Le p\u00e8re entra dans la chambre. Tout en ne souffrant pas des alternatives d&rsquo;espoir et de d\u00e9couragement qui d\u00e9chiraient les siens, et sans avoir jamais partag\u00e9 et sans partager leurs sentiments, les souffrances des siens le frappaient et le tourmentaient ; aussi il se garda de les troubler dans leur foi. Il resta quelques instants puis se retira pour se coucher.<br \/>\nLa pri\u00e8re termin\u00e9e, Juliette voulut ajouter une dizaine de chapelet, et ce faisant, elle se r\u00e9signait peu \u00e0 peu. Puis elle demanda \u00e0 sa m\u00e8re l&rsquo;eau de Lourdes. La m\u00e8re, craignant une d\u00e9ception, dit \u00e0 sa fille : &#8211; Ma fille, si la Vierge avait voulu te gu\u00e9rir, elle l&rsquo;aurait fait ce matin.<br \/>\nMoi, dit Juliette, je suis certaine de gu\u00e9rir ce soir, donne-moi l&rsquo;eau.<br \/>\nLe jeune Albert s&rsquo;agenouilla de nouveau et dit \u00e0 sa m\u00e8re : &#8211; Maman, donne-lui l&rsquo;eau, elle gu\u00e9rira certainement.<br \/>\nMadame Fournier tendit l&rsquo;eau \u00e0 sa fille, laquelle, s&rsquo;\u00e9tant sign\u00e9e d\u00e9votement, but lentement. Quand elle eut d\u00e9pos\u00e9 le verre, elle tira avidement une longue respiration, sa poitrine se souleva, les poumons se dilat\u00e8rent. \u00c0 cette longue et vigoureuse respiration, succ\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;essoufflement strident qui depuis tant de mois la rendait sinistrement triste, sa bonne m\u00e8re sentit comme un frisson. Juliette se mouilla et se lava la poitrine avec l&rsquo;eau de Lourdes. Maman, cria-t-elle, cette eau me lib\u00e8re de toutes mes douleurs, il me semble les enlever comme avec une \u00e9ponge.<br \/>\nAlbert se jette \u00e0 la porte de la chambre en s&rsquo;\u00e9criant : Juliette est gu\u00e9rie, Juliette est gu\u00e9rie.<br \/>\nLe p\u00e8re accourt. Gu\u00e9rie, s&rsquo;exclame-t-il, et reste stup\u00e9fait. Il avait affront\u00e9 dans sa vie de grands dangers, mais il n&rsquo;avait jamais ressenti un coup aussi puissant que celui que lui faisait \u00e9prouver la voix claire et sonore de sa fille qui lui disait : Papa, tu vois que la Vierge m&rsquo;a gu\u00e9rie !<br \/>\nToute la maison fut r\u00e9veill\u00e9e, tous vinrent admirer le prodige. Quand chacun fut sorti, Juliette se coucha \u00e9tendue sur le lit et passa une nuit tr\u00e8s paisible, et le matin elle se r\u00e9veilla en pleine sant\u00e9. La gu\u00e9rison \u00e9tait parfaite.<br \/>\nLe matin, \u00e0 peine lev\u00e9e du lit, Juliette s&#8217;empressa de se rendre \u00e0 Bordeaux pour faire provision de fleurs afin d&rsquo;orner la chapelle de la Vierge. Elle en rapporta une grande quantit\u00e9, allant et revenant \u00e0 pied, provoquant l\u2019\u00e9merveillement et l\u2019\u00e9tonnement manifeste de tous ceux qui avaient l&rsquo;habitude de la voir triste et souffrante sur son \u00e2nesse.<br \/>\nLe docteur Denuc\u00e9 reconnut avec admiration la gu\u00e9rison dont il entendit tous les d\u00e9tails.<br \/>\nUn fait curieux se produisit lorsque l&rsquo;on eut l&rsquo;id\u00e9e de profiter des billets de bain restants pour raffermir davantage les forces de Juliette. On fit venir l&rsquo;\u00e2ne, mais Juliette, comme on le comprend, n&rsquo;eut pas besoin d&rsquo;aide, mais d&rsquo;un saut elle fut dessus, chacun la louant pour son agilit\u00e9. Mais l&rsquo;\u00e2ne, jusqu&rsquo;alors si placide et tranquille, fut pris d&rsquo;une manie singuli\u00e8re et d&rsquo;une ardeur inhabituelle ; il se cabra, s&#8217;emporta, la fit tomber par \u00e0-coups, et refusant son service \u00e0 la jeune fille, il la jeta par terre. Puis il se mit \u00e0 courir en la tra\u00eenant pendante, le pied pris dans l&rsquo;\u00e9trier, et la malheureuse toute ensanglant\u00e9e resta presque \u00e9vanouie de frayeur. Mais ce ne fut pas un mal grave et il n&rsquo;y eut pas de suite. On renon\u00e7a \u00e0 tout secours de l&rsquo;hydropathie. La le\u00e7on fut comprise, \u00e0 tort ou \u00e0 raison elle parut claire comme si elle avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par l&rsquo;\u00e2nesse de Balaam.<br \/>\nMonsieur Fournier \u00e9crivit aussit\u00f4t \u00e0 son beau-fr\u00e8re pour un rendez-vous \u00e0 Lourdes. Le c\u0153ur loyal de l&rsquo;ancien marin ne pouvait ignorer la conclusion due \u00e0 une gu\u00e9rison si prodigieuse.<br \/>\nEntour\u00e9 de toute sa famille, il fit ses actes de bon chr\u00e9tien. Ernest, qui avait \u00e9t\u00e9 absent de cette belle f\u00eate, tint ses engagements et se rendit lui aussi au confessionnal.<br \/>\nMonsieur Artus, c&rsquo;est le nom du fr\u00e8re de Madame Fournier, qui avait eu la premi\u00e8re pens\u00e9e d&rsquo;invoquer Notre-Dame de Lourdes, s&#8217;employa ensuite avec un grand z\u00e8le \u00e0 divulguer par la presse ce fait admirable. Il avertissait, comme il le dit et le publia, que quiconque est mis en pr\u00e9sence de faits qui r\u00e9v\u00e8lent clairement aux intelligences \u00e9gar\u00e9es la v\u00e9rit\u00e9, aux volont\u00e9s infirmes le rem\u00e8de et la sant\u00e9, a le devoir de proclamer ces faits et d&rsquo;en rendre publiquement t\u00e9moignage, afin que la lumi\u00e8re qui l&rsquo;a \u00e9clair\u00e9 et gu\u00e9ri apporte aux autres le m\u00eame bienfait. Il fit m\u00eame plus : il s&rsquo;appr\u00eata \u00e0 confondre l&rsquo;audace des impies et leurs n\u00e9gations. Il souffrait de devoir constater combien la strat\u00e9gie m\u00e9prisable des libres penseurs r\u00e9ussit souvent \u00e0 \u00e9touffer la v\u00e9rit\u00e9. Et \u00e0 juste titre, car cette action a du poids aux yeux de la foule des lecteurs de journaux qui prend au s\u00e9rieux toutes les sottises qu&rsquo;on leur sert, et ces th\u00e8ses mille fois r\u00e9fut\u00e9es et pourtant toujours reproduites comme si elles \u00e9taient appuy\u00e9es sur la plus grande \u00e9vidence, maintenant avec impudence la n\u00e9gation des faits les plus incontestables et les mieux \u00e9claircis par des preuves solides. Le vulgaire, incapable par manque de temps et de moyens de faire une enqu\u00eate, se fie \u00e0 son journal, croit dans son ing\u00e9nuit\u00e9 que l&rsquo;\u00e9crivain a consciencieusement v\u00e9rifi\u00e9 les faits. La s\u00e9curit\u00e9 p\u00e9tulante de l&rsquo;\u00e9crivain et son d\u00e9ni m\u00e9prisant sont suppos\u00e9s bien fond\u00e9s ; on croit que tout a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 avec soin ; on ne met pas en doute son respect de la v\u00e9rit\u00e9, sa bonne foi, son honn\u00eatet\u00e9. Mais tout cela n&rsquo;est qu&rsquo;une tromperie.<br \/>\nMonsieur Artus intima donc \u00e0 tous les libres penseurs un d\u00e9fi solennel, les provoquant \u00e0 d\u00e9montrer la fausset\u00e9 de deux ou trois des faits principaux narr\u00e9s par Monsieur Lasserre dans son histoire de Notre-Dame de Lourdes. Il d\u00e9posa chez Monsieur Turquet, notaire \u00e0 Paris, rue de Hanovre, N\u00b0 6 : 1\u00b0 dix mille lires pour le pari ; 2\u00b0 cinq mille lires comme garantie des frais de l&rsquo;enqu\u00eate ; la somme totale de quinze mille lires devant rester entre les mains du notaire pendant deux mois.<br \/>\nAyant \u00e9tabli les conditions les plus minutieuses et les plus rigoureuses du jugement, il proposa que celui-ci f\u00fbt confi\u00e9 \u00e0 des personnes de grande c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, d\u00e9signant par leurs noms un grand nombre de membres des plus illustres acad\u00e9mies de Paris, m\u00e9decins, scientifiques, magistrats, m\u00eame un th\u00e9ologien renomm\u00e9, et il alla jusqu&rsquo;\u00e0 y inviter un protestant qu&rsquo;il d\u00e9signait et qui \u00e9tait connu pour un \u00e9crit sur la guerre et le si\u00e8ge de Paris.<br \/>\nIl d\u00e9clara que quiconque voudrait accepter le parti n&rsquo;aurait qu&rsquo;\u00e0 en aviser le notaire, en d\u00e9posant une somme \u00e9gale \u00e0 celle qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame d\u00e9pos\u00e9e.<br \/>\nMonsieur Artus pensait, et \u00e0 juste titre, que si les miracles narr\u00e9s par M. Lasserre \u00e9taient faux, dans les villes et les villages o\u00f9 l&rsquo;on affirmait qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient produits, des dizaines de parieurs seraient apparus, all\u00e9ch\u00e9s par une victoire certaine. \u00ab Il y aura bien, disait-il en lui-m\u00eame, des libre-penseurs assez tenaces dans leur propos, assez certains de l&rsquo;impossibilit\u00e9 des miracles pour se fier \u00e0 ce qu&rsquo;aucun fait ne peut d\u00e9mentir leur doctrine ; ils surgiront in\u00e9vitablement comme champions et risqueront leur argent comme je risque le mien, comme chacun l&rsquo;exposerait contre quiconque entreprendrait de propager quelque absurdit\u00e9, par exemple le mouvement perp\u00e9tuel ou la quadrature du cercle.<br \/>\nSi, par aventure, parmi tant de t\u00e9moins qui eurent sous les yeux ces faits, si parmi tant de philosophes qui affectent le m\u00e9pris quand il est question d&rsquo;une telle intervention divine, si parmi tant d&rsquo;adversaires personne, absolument personne, ne se l\u00e8ve pour relever le d\u00e9fi, si la libre-pens\u00e9e en masse fait la sourde oreille, ou refuse de mettre la bourse sur la table devant l&rsquo;enqu\u00eate, alors il est bien d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 tout homme de bonne foi que les \u00e9v\u00e9nements surnaturels survenus de nos jours et narr\u00e9s par Monsieur Lasserre sont hors de toute contestation ; &#8211; que vraiment la Tr\u00e8s Sainte Vierge est apparue \u00e0 Lourdes ; &#8211; qu&rsquo;\u00e0 sa voix et \u00e0 son signe une source a jailli sous les doigts de Bernadette ; &#8211; et que depuis lors des gu\u00e9risons miraculeuses se sont produites, parfaitement attest\u00e9es m\u00eame aux yeux des adversaires qui se refusent \u00e0 les contester. Restera \u00e9galement d\u00e9montr\u00e9, \u00e0 qui veut voir, la r\u00e9alit\u00e9 surhumaine du Christianisme, et l&rsquo;\u00e9ternelle toute-puissance de Dieu fait homme, ador\u00e9 sur les autels. Il sera d\u00e9montr\u00e9 de surcro\u00eet que les messieurs de la libre-pens\u00e9e, lorsqu&rsquo;ils fanfaronnent dans leurs livres, dans leurs journaux, dans leurs discours, et se dressent contre les miracles, contre le catholicisme, contre J\u00e9sus-Christ, se vantent d&rsquo;une assurance qu&rsquo;ils n&rsquo;ont ni dans leur \u00e2me, ni dans leur esprit, ni dans leur intellect, ni dans leur conscience, ni dans leur c\u0153ur. \u00bb<br \/>\nLe d\u00e9fi de Monsieur Artus fut publi\u00e9 par la presse et largement diffus\u00e9. Mais un an passa et personne n&rsquo;eut le courage de l&rsquo;affronter, ce qui prouva d&rsquo;autant plus la v\u00e9rit\u00e9 des glorieux \u00e9v\u00e9nements de Lourdes et la d\u00e9faite honteuse de l&rsquo;audace des adversaires.<br \/>\nAyant donc narr\u00e9 en d\u00e9tail dans une \u00e9l\u00e9gante brochure la gu\u00e9rison de sa ni\u00e8ce, les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour soumettre \u00e0 un examen la loyaut\u00e9 des adversaires, Monsieur Artus en exp\u00e9dia des exemplaires \u00e0 tous les membres de l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, \u00e0 tous les journaux libre-penseurs, \u00e0 toutes les revues, et aux plus c\u00e9l\u00e8bres champions de l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 moderne.<br \/>\nAyant ainsi pourvu convenablement \u00e0 la plus grande publicit\u00e9, Monsieur Artus supprima tout pr\u00e9texte d&rsquo;ignorance, mettant en pleine \u00e9vidence la mauvaise intention et la mauvaise foi des opposants aux apparitions de la Bienheureuse Vierge \u00e0 Lourdes et des contestataires des prodiges qui les confirm\u00e8rent. Il apporta en m\u00eame temps un argument tr\u00e8s puissant pour raffermir encore plus la foi et la confiance des bons chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476783\"><\/a><strong>Conclusion. Lettre pastorale de l&rsquo;\u00c9v\u00eaque de Tarbes, sur les apparitions survenues \u00e0 la grotte de Lourdes.<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong><br \/>\nBernadette Soubirous, choisie par la Divine Providence comme instrument des manifestations prodigieuses de Lourdes, est une nouvelle preuve que le Seigneur se pla\u00eet aux humbles et aux simples, et les choisit pour de tr\u00e8s hautes missions, afin que ses \u0153uvres resplendissent d&rsquo;autant mieux \u00e0 travers la faiblesse des moyens par lesquels elles s&rsquo;accomplissent.<br \/>\nLorsque le Sanctuaire de Lourdes fut victorieusement \u00e9rig\u00e9 gr\u00e2ce aux offrandes des fid\u00e8les, et que la Sainte \u00c9glise eut ainsi obtenu un nouveau rempart, un r\u00e9confort signal\u00e9 dans les calamit\u00e9s auxquelles, dans ses desseins imp\u00e9n\u00e9trables, Il permet qu&rsquo;elle soit actuellement soumise, la mission de Bernadette apparut accomplie.<br \/>\nPeut-\u00eatre le comprit-elle plus clairement lorsque, de tr\u00e8s solennelles festivit\u00e9s ayant lieu pour l&rsquo;inauguration du nouveau sanctuaire, il lui fut interdit d&rsquo;y participer, en raison d&rsquo;une grave infirmit\u00e9 qui la confinait sur un lit d&rsquo;h\u00f4pital. Et il est bien digne d&rsquo;observation que la m\u00eame chose arriva au cur\u00e9 de Lourdes. C\u2019est ainsi que les ministres de la volont\u00e9 de la Bienheureuse Vierge pour l&rsquo;\u00e9rection du sanctuaire, \u00e0 savoir la jeune messag\u00e8re et le pr\u00eatre principal ex\u00e9cuteur, rest\u00e8rent exclus, et donc totalement inobserv\u00e9s dans la joie et l&rsquo;exultation publiques. Bien plus, pour se soustraire \u00e0 jamais absolument \u00e0 tous les regards, Bernadette se consacra \u00e0 Dieu en entrant dans une pieuse communaut\u00e9 de S\u0153urs de la Charit\u00e9.<br \/>\nSa famille ne changea pas de condition, ni n&rsquo;am\u00e9liora en rien sa situation, bien qu&rsquo;elle n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e par l&rsquo;accusation de commerce honteux. La v\u00e9rit\u00e9 est que jamais elle n\u2019accepta le moindre don, m\u00eame de peu de valeur. Bernadette consentit une fois \u00e0 accepter une offrande, et ce fut celle d&rsquo;une pieuse dame favoris\u00e9e d&rsquo;une gr\u00e2ce signal\u00e9e. Lorsque cette dame d\u00e9posa l&rsquo;habit votif qu&rsquo;elle avait port\u00e9 pendant de nombreux mois, elle l&rsquo;accepta, heureuse de rev\u00eatir les couleurs de la Bienheureuse Vierge jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle les change\u00e2t pour les aust\u00e8res v\u00eatements religieux.<br \/>\nMaintenant, dans le secret d&rsquo;une humble cellule et dans l&rsquo;exercice de la charit\u00e9, elle se rappelle, et certainement avec une douce et spirituelle d\u00e9lectation, les communications secr\u00e8tes et les faveurs de la Tr\u00e8s Sainte Vierge.<br \/>\nPour confirmer ce que nous avons narr\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, nous croyons bon de publier ici la lettre pastorale de l&rsquo;\u00c9v\u00eaque de Tarbes, dans laquelle sont expos\u00e9es et confirm\u00e9es les merveilles op\u00e9r\u00e9es \u00e0 la grotte de Lourdes.<\/p>\n<p><strong>Bertrand-S\u00e9v\u00e8re Laurence<br \/>\n<\/strong><em>par la mis\u00e9ricorde de Dieu, et par la gr\u00e2ce du Saint-Si\u00e8ge Apostolique, \u00c9v\u00eaque de Tarbes, assistant au tr\u00f4ne Pontifical, etc., etc.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong><em>Au Clerg\u00e9 et aux fid\u00e8les de notre Dioc\u00e8se, salut et b\u00e9n\u00e9diction en Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ<br \/>\n<\/em><\/strong><br \/>\nEn tout temps, mes chers coop\u00e9rateurs et tr\u00e8s chers fr\u00e8res, de merveilleuses communications se sont \u00e9tablies entre le ciel et la terre. D\u00e8s l&rsquo;origine du monde, le Seigneur apparut \u00e0 nos premiers parents pour leur reprocher la d\u00e9sob\u00e9issance commise. Dans les si\u00e8cles suivants, nous le voyons converser avec les Patriarches et les Proph\u00e8tes, et l&rsquo;Ancien Testament rapporte l&rsquo;histoire des apparitions c\u00e9lestes dont furent favoris\u00e9s les fils d&rsquo;Isra\u00ebl. Ces faveurs divines ne devaient pas cesser avec la loi mosa\u00efque ; bien au contraire, dans la loi de gr\u00e2ce, elles furent plus stup\u00e9fiantes et plus nombreuses.<br \/>\nD\u00e8s les d\u00e9buts de l&rsquo;\u00c9glise, en ces temps de cruelle pers\u00e9cution, les Chr\u00e9tiens recevaient des visites de J\u00e9sus-Christ, ou des Anges, qui apparaissaient tant\u00f4t pour leur r\u00e9v\u00e9ler les secrets de l&rsquo;avenir, tant\u00f4t pour les lib\u00e9rer des cha\u00eenes, tant\u00f4t pour les fortifier dans les combats. De cette mani\u00e8re, selon l&rsquo;avis d&rsquo;un \u00e9crivain judicieux, Dieu encourageait ces illustres confesseurs de la foi, tandis que les puissants de la terre faisaient tout leur possible pour \u00e9teindre dans son germe la doctrine salvatrice du monde. Ces manifestations surnaturelles ne se produisirent pas seulement dans les premiers si\u00e8cles du Christianisme : l&rsquo;histoire atteste qu&rsquo;elles se sont de temps en temps renouvel\u00e9es \u00e0 la gloire de la religion et \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification des fid\u00e8les.<br \/>\nParmi les apparitions c\u00e9lestes, il faut signale celles de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, qui ont \u00e9t\u00e9 pour le monde une source abondante de b\u00e9n\u00e9dictions. En parcourant l&rsquo;univers catholique, le voyageur rencontre de temps en temps des sanctuaires consacr\u00e9s \u00e0 la M\u00e8re de Dieu ; et beaucoup de ces monuments ont pour origine des apparitions de la Reine des cieux. Nous poss\u00e9dons d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;un de ces sanctuaires b\u00e9nis, fond\u00e9 il y a quatre si\u00e8cles, apr\u00e8s une r\u00e9v\u00e9lation faite \u00e0 une jeune berg\u00e8re, o\u00f9 des milliers de p\u00e8lerins se rendent chaque ann\u00e9e pour se prosterner devant le tr\u00f4ne de la Vierge glorieuse et implorer ses faveurs.<br \/>\nGr\u00e2ces soient rendues au Tout-Puissant, qui, dans les tr\u00e9sors infinis de sa bont\u00e9, nous accorde une nouvelle faveur. Il veut que dans le Dioc\u00e8se de Tarbes un nouveau sanctuaire soit construit \u00e0 la gloire de Marie. Et quel est l&rsquo;instrument choisi par elle pour nous manifester ses pieux desseins ? Comme toujours, l&rsquo;un des plus vils selon le monde : une jeune fille de quatorze ans, Bernadette Soubirous, n\u00e9e \u00e0 Lourdes d&rsquo;une famille pauvre.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait le onzi\u00e8me jour de f\u00e9vrier de l&rsquo;ann\u00e9e 1858. Bernadette ramassait du bois sec sur la rive du Gave, en compagnie d&rsquo;une de ses s\u0153urs \u00e2g\u00e9e de onze ans, et d&rsquo;une autre fillette de treize ans. Elle \u00e9tait arriv\u00e9e devant la grotte dite de <em>Massabielle<\/em>, lorsque, au milieu du silence de la nature, elle entend un bruit semblable \u00e0 un souffle de vent. Elle regarde du c\u00f4t\u00e9 de la rive droite de la rivi\u00e8re, bord\u00e9e de peupliers, mais les voit immobiles. Un nouveau bruit ayant frapp\u00e9 ses oreilles, elle se tourne vers la grotte, et voit \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du rocher, dans une sorte de niche, pr\u00e8s d&rsquo;un buisson qui s&rsquo;agite, une dame qui lui fait signe de s&rsquo;approcher. Son visage \u00e9tait d&rsquo;une beaut\u00e9 ravissante ; elle \u00e9tait v\u00eatue de blanc, avec une ceinture de couleur c\u00e9leste autour de la taille. Elle avait un voile blanc sur la t\u00eate et une rose de couleur jaune sur chacun de ses pieds. \u00c0 cette vue, Bernadette s&rsquo;effraie, pensant \u00eatre victime d&rsquo;une illusion ; elle se frotte les yeux, mais l&rsquo;objet qu&rsquo;elle voit devient de plus en plus sensible. Alors elle tombe instinctivement \u00e0 genoux, prend son chapelet, le r\u00e9cite, et quand elle l&rsquo;eut termin\u00e9, l&rsquo;apparition disparut.<br \/>\nSoit par une inspiration secr\u00e8te, soit \u00e0 l&rsquo;instigation de ses compagnes, auxquelles elle avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ce qu&rsquo;elle avait vu, Bernadette retourne \u00e0 la grotte le dimanche et le jeudi suivants, et \u00e0 chaque fois le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se renouvelle. Le dimanche, pour s&rsquo;assurer si cet \u00eatre myst\u00e9rieux venait du Seigneur, la jeune fille l\u2019asperge trois fois d&rsquo;eau b\u00e9nite, et elle re\u00e7oit de l\u2019apparition un regard plein de douceur et de tendresse. Le jeudi, l&rsquo;apparition parle \u00e0 Bernadette, et lui dit de revenir pendant quinze jours de suite ; de boire, de se laver dans la fontaine et de manger une herbe qu&rsquo;elle y trouvera. Ne voyant pas d&rsquo;eau dans la grotte, la jeune fille se dirige vers la rivi\u00e8re Le Gave, lorsque l&rsquo;apparition la rappelle et lui dit d&rsquo;aller au fond de la grotte, \u00e0 l&rsquo;endroit qu&rsquo;elle lui indique du doigt. La jeune fille ob\u00e9it, mais ne trouve qu&rsquo;une terre humide. Elle creuse aussit\u00f4t de ses mains un petit trou, qui se remplit d&rsquo;eau boueuse ; elle en boit, se lave et mange une sorte de cresson qui se trouvait \u00e0 cet endroit.<br \/>\nCet acte d&rsquo;ob\u00e9issance accompli, l&rsquo;apparition parle de nouveau \u00e0 Bernadette et la charge d&rsquo;aller dire aux pr\u00eatres que c&rsquo;est sa volont\u00e9 qu&rsquo;on lui \u00e9l\u00e8ve une chapelle sur le lieu o\u00f9 elle est apparue. Et la jeune fille s&#8217;empresse d&rsquo;accomplir aupr\u00e8s du cur\u00e9 de la paroisse la mission re\u00e7ue.<br \/>\nLa jeune fille avait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 retourner pendant quinze jours \u00e0 la grotte. Elle ob\u00e9it fid\u00e8lement et chaque jour, \u00e0 l&rsquo;exception de deux, elle contemple le m\u00eame spectacle en pr\u00e9sence d&rsquo;une foule innombrable, qui se presse devant la grotte sans rien voir ni entendre. Pendant ces quinze jours, l&rsquo;apparition invita plusieurs fois Bernadette \u00e0 aller boire et se laver au lieu d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 ; elle lui recommanda de prier pour les p\u00e9cheurs et renouvela l&rsquo;invitation qu&rsquo;une chapelle lui soit \u00e9rig\u00e9e. De son c\u00f4t\u00e9, Bernadette lui demanda qui elle \u00e9tait, mais ne re\u00e7ut pour r\u00e9ponse qu&rsquo;un gracieux sourire.<br \/>\nApr\u00e8s la quinzi\u00e8me visite, deux autres apparitions eurent lieu, l&rsquo;une le vingt-cinq mars, jour de l&rsquo;Annonciation de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, et l&rsquo;autre le cinq avril. Le jour de l&rsquo;Annonciation, Bernadette demanda trois fois \u00e0 l&rsquo;\u00eatre myst\u00e9rieux qui il \u00e9tait. Alors l&rsquo;apparition l\u00e8ve ses mains, les joint \u00e0 la hauteur de sa poitrine, l\u00e8ve les yeux au ciel, et avec un air souriant s&rsquo;exclame : <em>Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception.<br \/>\n<\/em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Tel est en substance, continuait le Pr\u00e9lat, le r\u00e9cit authentique que nous avons nous-m\u00eames eu de la bouche de Bernadette, en pr\u00e9sence de la Commission r\u00e9unie pour l&rsquo;interroger la seconde fois.<br \/>\nPar cons\u00e9quent, la jeune fille aura vu et entendu un \u00eatre qui s&rsquo;appelle l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception, lequel, bien que rev\u00eatu d&rsquo;une forme humaine, n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ni vu ni entendu par aucun des nombreux spectateurs pr\u00e9sents \u00e0 l&rsquo;apparition. Ce sera donc un \u00eatre surnaturel. Que devons-nous penser d&rsquo;un tel fait ?<br \/>\nMes chers fr\u00e8res, vous savez avec quelle lenteur l&rsquo;\u00c9glise proc\u00e8de pour juger ces faits surnaturels. Avant de les admettre et de les d\u00e9clarer divins, elle exige des preuves tr\u00e8s certaines. L&rsquo;homme, apr\u00e8s sa chute originelle, est sujet \u00e0 de nombreuses erreurs, surtout en une mati\u00e8re aussi d\u00e9licate. S&rsquo;il n&rsquo;est pas tromp\u00e9 par la raison devenue si faible, il peut \u00eatre \u00e9gar\u00e9 par le d\u00e9mon. Et qui ne sait que parfois le malin, pour nous faire tomber facilement dans ses emb\u00fbches, se transforme en ange de lumi\u00e8re ? (2 Cor. c. XI, 14) C&rsquo;est pourquoi le Disciple bien-aim\u00e9 nous inculque de ne pas croire \u00e0 tout esprit, mais de prouver si les esprits proc\u00e8dent de Dieu (1 Ep. Ioan. c. IV, 1). Cette preuve, nous l&rsquo;avons faite, tr\u00e8s chers fr\u00e8res. Autour du fait dont nous parlons, cela fait quatre ans que nous d\u00e9pensons nos sollicitudes ; nous l&rsquo;avons observ\u00e9 dans ses diverses phases et nous nous sommes laiss\u00e9 inspirer par la Commission compos\u00e9e d&rsquo;eccl\u00e9siastiques vertueux, savants et exp\u00e9riment\u00e9s, qui ont interrog\u00e9 la jeune fille, \u00e9tudi\u00e9 avec la plus grande diligence les faits et examin\u00e9 et pes\u00e9 chaque chose. Nous avons aussi invoqu\u00e9 l&rsquo;autorit\u00e9 de la science, et nous sommes rest\u00e9s convaincus que l&rsquo;apparition est surnaturelle et divine, et que par cons\u00e9quent ce que Bernadette a vu est la Tr\u00e8s Sainte Vierge. Notre conviction s&rsquo;est form\u00e9e sur le t\u00e9moignage de Bernadette, mais principalement sur les faits survenus, et qui ne peuvent s&rsquo;expliquer sans y admettre une op\u00e9ration divine. Le t\u00e9moignage de la jeune fille apporte toute s\u00e9curit\u00e9. Et premi\u00e8rement, sa sinc\u00e9rit\u00e9 ne peut \u00eatre mise en doute. Et qui, en traitant avec elle, ne peut admirer sa simplicit\u00e9, sa candeur, sa modestie ? Tandis qu&rsquo;on parle partout des merveilles qui lui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, elle seule se tait, et quand elle est interrog\u00e9e, elle r\u00e9pond, raconte tout sans affectation, et avec une ing\u00e9nuit\u00e9 indicible ; et aux tr\u00e8s nombreuses questions qui lui sont pos\u00e9es, elle donne sans h\u00e9sitation des r\u00e9ponses claires, pr\u00e9cises, convenables et pleines de la plus grande persuasion. Soumise \u00e0 de dures \u00e9preuves, elle n&rsquo;a pas c\u00e9d\u00e9 aux menaces, et a refus\u00e9 de larges offrandes. Toujours coh\u00e9rente avec elle-m\u00eame, interrog\u00e9e plusieurs fois, elle a constamment maintenu ce qu&rsquo;elle avait dit une fois sans rien ajouter, et sans rien enlever. La sinc\u00e9rit\u00e9 de Bernadette est donc incontestable, et nous ajoutons m\u00eame qu&rsquo;elle est incontest\u00e9e, car ses contradicteurs, qu&rsquo;elle a eus, ont \u00e9t\u00e9 contraints de le confesser.<br \/>\nMais si Bernadette n&rsquo;a pas voulu tromper, ne se pourrait-il pas qu&rsquo;elle se soit tromp\u00e9e elle-m\u00eame ? Ne se pourrait-il pas qu&rsquo;elle ait cru voir et entendre alors qu&rsquo;elle n&rsquo;a rien vu ni entendu ? Ne se pourrait-il pas qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 prise d&rsquo;hallucinations ? &#8211; Cela est \u00e0 exclure. La sagesse de ses r\u00e9ponses d\u00e9montre qu&rsquo;elle est d&rsquo;\u00e2me droite, qu&rsquo;elle a une imagination calme et un bon sens bien sup\u00e9rieur \u00e0 son \u00e2ge. Elle n&rsquo;est pas exalt\u00e9e par un sentiment religieux ; on ne lui a trouv\u00e9 ni d\u00e9sordre intellectuel, ni alt\u00e9ration des sens, ni bizarrerie de caract\u00e8re, ni aucune maladie qui la pr\u00e9disposerait \u00e0 former des inventions imaginaires. Elle a vu l&rsquo;apparition non pas une seule fois mais dix-huit fois ; au d\u00e9but, subitement, rien ne pouvant la faire m\u00eame soup\u00e7onner l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui se produisait, et pendant les quinze jours, esp\u00e9rant la voir toujours, elle n&rsquo;a rien vu deux fois bien qu&rsquo;elle se trouv\u00e2t au m\u00eame endroit et dans les m\u00eames circonstances. Et puis, que se passait-il quand elle la voyait ? Bernadette se transformait ; elle prenait d&rsquo;autres sentiments, son regard s&rsquo;enflammait, elle voyait des choses qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais vues, elle entendait un langage jamais entendu par elle, dont elle ignorait parfois le sens mais qu&rsquo;elle n&rsquo;oubliait pas. L&rsquo;ensemble de ces circonstances ne permet pas de supposer qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 prise d&rsquo;hallucination. La jeune fille a donc vu et entendu un \u00eatre qui se disait l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception, et ce fait ne pouvant \u00eatre naturellement expliqu\u00e9, nous avons raison de croire que l&rsquo;apparition est surnaturelle.<br \/>\nLe t\u00e9moignage de Bernadette, qui est important en soi, acquiert une force nouvelle ou plut\u00f4t son accomplissement \u00e0 travers les faits merveilleux qui ont suivi. Si l&rsquo;arbre doit \u00eatre jug\u00e9 \u00e0 ses fruits, nous pouvons affirmer que l&rsquo;apparition racont\u00e9e par la jeune fille est surnaturelle et divine, car elle a produit des effets surnaturels et divins. Et en effet, qu&rsquo;est-il arriv\u00e9 apr\u00e8s cela, mes chers fr\u00e8res ? D\u00e8s que l&rsquo;apparition fut connue, la nouvelle se r\u00e9pandit partout en peu de temps. On savait que Bernadette devait se rendre pendant quinze jours \u00e0 la grotte, et voici que toute la contr\u00e9e s&rsquo;\u00e9meut, une multitude de gens accourt au lieu de l&rsquo;apparition ; avec un tr\u00e8s grand d\u00e9sir, elle attend l&rsquo;heure solennelle, et tandis que la jeune fille, ravie hors d&rsquo;elle-m\u00eame, est absorb\u00e9e dans l&rsquo;\u00catre qu&rsquo;elle contemple, les t\u00e9moins de ce prodige sont \u00e9mus et attendris dans un m\u00eame sentiment d&rsquo;admiration et de pri\u00e8re.<br \/>\nLes apparitions ont cess\u00e9, mais l\u2019affluence continue. Des p\u00e8lerins venus de contr\u00e9es lointaines non moins que des pays voisins se rendent \u00e0 la grotte, et il y en a de tout \u00e2ge, classe et condition. Et quelle cause meut ces innombrables visiteurs ? Ils vont \u00e0 la grotte pour prier et demander quelque faveur \u00e0 l&rsquo;Immacul\u00e9e Marie, et par leur recueillement ils montrent qu&rsquo;ils sentent comme un souffle divin, qui anime cette roche d\u00e9sormais devenue si c\u00e9l\u00e8bre. Beaucoup d&rsquo;\u00e2mes d\u00e9j\u00e0 bonnes se sont fortifi\u00e9es dans la vertu, d&rsquo;autres froides et indiff\u00e9rentes ont repris les anciennes pratiques de la Religion ; des p\u00e9cheurs obstin\u00e9s, la Vierge de Lourdes ayant \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9e en leur faveur, se sont r\u00e9concili\u00e9s avec Dieu. Ces merveilles de la gr\u00e2ce qui ont un caract\u00e8re d&rsquo;universalit\u00e9 et de dur\u00e9e ne peuvent avoir d&rsquo;autre auteur que Dieu. Et tout cela confirme \u00e9videmment la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;apparition.<br \/>\nSi des effets produits pour le bien des \u00e2mes nous passons \u00e0 ceux qui concernent la sant\u00e9 des corps, que de prodiges n&rsquo;avons-nous pas \u00e0 raconter ?<br \/>\nOn avait vu Bernadette boire et se laver \u00e0 l&rsquo;endroit d\u00e9sign\u00e9 par l&rsquo;apparition. Cette circonstance avait \u00e9t\u00e9 not\u00e9e et avait \u00e9veill\u00e9 l&rsquo;attention publique. Chacun se demandait si l&rsquo;on ne devait pas y voir un signe d&rsquo;une vertu surnaturelle de l&rsquo;eau de cette fontaine.<br \/>\nDes malades ont eu recours \u00e0 l&rsquo;eau de la grotte, et non en vain : beaucoup, dont les infirmit\u00e9s avaient r\u00e9sist\u00e9 aux soins les plus \u00e9nergiques, y ont recouvr\u00e9 subitement la sant\u00e9. Ces gu\u00e9risons extraordinaires ont suscit\u00e9 beaucoup d&rsquo;\u00e9merveillement et la nouvelle s&rsquo;en est rapidement propag\u00e9e partout. De toutes parts, des malades qui ne pouvaient se transporter \u00e0 la grotte, demandaient de l&rsquo;eau de Massabielle. Combien de malades gu\u00e9ris ! combien de familles consol\u00e9es !&#8230; Si nous voulions invoquer leur t\u00e9moignage, d&rsquo;innombrables voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8veraient pour publier dans le langage de la reconnaissance l&rsquo;efficacit\u00e9 souveraine de l&rsquo;eau de la grotte. Nous ne pouvons ici faire l&rsquo;\u00e9num\u00e9ration de toutes les faveurs obtenues, mais nous pouvons affirmer que l&rsquo;eau de Massabielle a gu\u00e9ri des malades d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9s incurables. Ces gu\u00e9risons sont survenues avec l&rsquo;usage d&rsquo;une eau d\u00e9pourvue de toute qualit\u00e9 curative par nature (selon l&rsquo;analyse rigoureuse faite par de bons chimistes exp\u00e9riment\u00e9s) les unes instantan\u00e9ment, les autres apr\u00e8s l&rsquo;avoir utilis\u00e9e deux ou trois fois soit comme boisson soit comme lotion. De plus, ces gu\u00e9risons sont permanentes. Or, quelle force les a produites ? Peut-\u00eatre la force des organes ? La science dit non. Elles sont donc l&rsquo;\u0153uvre de Dieu. Mais toutes se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;Apparition, elle en est le principe, elle a inspir\u00e9 confiance aux malades. Il y a par cons\u00e9quent un lien \u00e9troit entre l&rsquo;Apparition et les gu\u00e9risons, et donc l&rsquo;Apparition est divine parce que les gu\u00e9risons portent une empreinte divine. Mais ce qui proc\u00e8de de Dieu est v\u00e9rit\u00e9 ! Par cons\u00e9quent, l&rsquo;Apparition qui se dit l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception, que Bernadette a vue et entendue, est la <em>Tr\u00e8s Sainte Vierge<\/em> ! Nous proclamons par cons\u00e9quent : \u00ab Ici il y a le doigt de Dieu \u2014 <em>Digitus Dei est hic<\/em>. \u00bb<br \/>\nAdmirons, tr\u00e8s chers fr\u00e8res, l&rsquo;\u00e9conomie de la divine Providence. L&rsquo;immortel Pie IX, \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1854, d\u00e9finissait le dogme de l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception. La parole du Pontife fut aussit\u00f4t proclam\u00e9e dans le monde entier ; les c\u0153urs des catholiques exult\u00e8rent de joie, et partout on c\u00e9l\u00e9bra le glorieux privil\u00e8ge de Marie par des f\u00eates que nous n&rsquo;oublierons jamais. Et voici que trois ans plus tard, la Tr\u00e8s Sainte Vierge, apparaissant \u00e0 une jeune fille, lui dit : <em>Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception&#8230;. Je veux qu&rsquo;on \u00e9difie en ce lieu une chapelle en mon honneur<\/em>. Ne vous semble-t-il pas qu&rsquo;elle ait voulu par ce moyen consacrer par un monument l&rsquo;oracle infaillible du Successeur de Pierre ? Et o\u00f9 veut-elle que ce monument soit \u00e9lev\u00e9 ? Au pied de nos Pyr\u00e9n\u00e9es, lieu o\u00f9 affluent de nombreux \u00e9trangers de toutes les parties du monde pour recouvrer la sant\u00e9 du corps. Ne vous semble-t-il pas que par ce moyen la Vierge convoque les fid\u00e8les de toutes les nations \u00e0 l&rsquo;honorer dans le nouveau temple qui lui sera \u00e9lev\u00e9 ?<br \/>\nHabitants de la ville de Lourdes, r\u00e9jouissez-vous ! L&rsquo;Auguste Marie daigne tourner sur vous ses regards mis\u00e9ricordieux. Elle veut qu&rsquo;on lui \u00e9l\u00e8ve pr\u00e8s de votre ville un sanctuaire o\u00f9 elle dispensera ses faveurs. Remerciez-la de ce signe de pr\u00e9dilection qu&rsquo;elle vous donne : et puisqu&rsquo;elle se montre lib\u00e9rale des tendresses de M\u00e8re, montrez-vous ses enfants d\u00e9vou\u00e9s par l&rsquo;imitation de ses vertus et par l&rsquo;affection \u00e0 la Religion. Du reste, nous sommes heureux de le dire, l&rsquo;Apparition a d\u00e9j\u00e0 apport\u00e9 parmi vous d&rsquo;abondants fruits de salut. T\u00e9moins oculaires des faits de la grotte, et des heureux succ\u00e8s qui s&rsquo;y sont produits, votre confiance a \u00e9t\u00e9 grande, et votre conviction forte. Nous avons admir\u00e9 votre prudence, votre docilit\u00e9 \u00e0 suivre nos conseils de soumission \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 civile, lorsque pendant quelques semaines vous avez d\u00fb vous abstenir d&rsquo;aller \u00e0 la grotte, et r\u00e9primer dans vos c\u0153urs les sentiments inspir\u00e9s par le spectacle qui vous avait tant \u00e9mus pendant les quinze jours des Apparitions.<br \/>\nEt vous tous, tr\u00e8s chers dioc\u00e9sains, ouvrez votre c\u0153ur \u00e0 l&rsquo;esp\u00e9rance : une \u00e8re nouvelle de gr\u00e2ces commence pour vous, et les b\u00e9n\u00e9dictions c\u00e9lestes sont pr\u00e9par\u00e9es pour tous.<br \/>\nDans vos suppliques et cantiques, vous ajouterez d\u00e9sormais le titre de Notre-Dame de Lourdes \u00e0 ceux de Notre-Dame de Garaison, de Poeyla\u00fcn, de H\u00e9as, et de Pi\u00e9tat. De ces v\u00e9n\u00e9rables sanctuaires, la Vierge Immacul\u00e9e veillera sur vous, et vous couvrira de sa protection tr\u00e8s efficace. Oui, tr\u00e8s chers collaborateurs et tr\u00e8s aim\u00e9s fr\u00e8res, si avec un c\u0153ur plein de confiance nous fixons nos yeux sur cette \u00e9toile de la mer, nous traverserons sans crainte de naufrage la mer orageuse de cette vie et nous arriverons sains et saufs au port de l&rsquo;\u00e9ternelle f\u00e9licit\u00e9.<br \/>\nPour ces motifs, apr\u00e8s nous \u00eatre entendus avec nos v\u00e9n\u00e9rables fr\u00e8res Dignitaires, Chanoines et Chapitre de notre \u00e9glise cath\u00e9drale ;<\/p>\n<p><strong>AYANT INVOQU\u00c9 LE SAINT NOM DE DIEU<br \/>\n<\/strong><br \/>\nNous fondant sur les r\u00e8gles sagement \u00e9tablies par Beno\u00eet XIV dans son \u0153uvre sur la B\u00e9atification et la Canonisation des Saints pour le discernement des vraies ou fausses apparitions ;<br \/>\nVu la relation favorable qui nous a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e par la Commission charg\u00e9e de s&rsquo;informer sur l&rsquo;Apparition survenue dans la grotte de Lourdes, et sur les faits y aff\u00e9rents ;<br \/>\nVu les t\u00e9moignages \u00e9crits des m\u00e9decins que nous avons requis sur les nombreuses gu\u00e9risons obtenues par l&rsquo;usage de l&rsquo;eau de la grotte ;<br \/>\nConsid\u00e9rant premi\u00e8rement que le fait de l&rsquo;Apparition, tant de la part de la jeune fille qui l&rsquo;a racont\u00e9e, que par les effets extraordinaires qui en ont r\u00e9sult\u00e9, ne pourrait s&rsquo;expliquer autrement que par l&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;une cause surnaturelle ;<br \/>\nConsid\u00e9rant en second lieu que cette cause ne peut \u00eatre que divine, puisque les effets produits \u00e9tant les uns des signes sensibles de la gr\u00e2ce, comme la conversion des p\u00e9cheurs ; les autres, des d\u00e9rogations aux lois de la nature, comme les gu\u00e9risons miraculeuses, ne peuvent \u00eatre attribu\u00e9s qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Auteur de la gr\u00e2ce, et au Ma\u00eetre de la nature ;<br \/>\nConsid\u00e9rant enfin que notre conviction est corrobor\u00e9e par le concours tr\u00e8s grand et spontan\u00e9 des fid\u00e8les \u00e0 la grotte, concours qui n&rsquo;a point cess\u00e9 apr\u00e8s les premi\u00e8res apparitions, et qui a pour but de demander des faveurs, ou de rendre gr\u00e2ce pour celles re\u00e7ues ;<br \/>\nPour satisfaire au juste d\u00e9sir de notre v\u00e9n\u00e9rable Chapitre, du Clerg\u00e9, des la\u00efcs de notre dioc\u00e8se et de tant d&rsquo;\u00e2mes pieuses qui d\u00e9sirent depuis longtemps de l&rsquo;autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique une sentence que des motifs de prudence nous ont fait diff\u00e9rer ;<br \/>\nVoulant aussi satisfaire aux v\u0153ux de beaucoup de nos coll\u00e8gues dans l&rsquo;\u00c9piscopat, et d&rsquo;un grand nombre de personnages remarquables qui ne sont pas de notre dioc\u00e8se ;<br \/>\nApr\u00e8s avoir invoqu\u00e9 les lumi\u00e8res du Saint-Esprit, et l&rsquo;assistance de la Tr\u00e8s Sainte Vierge<br \/>\nNous avons d\u00e9clar\u00e9 et d\u00e9clarons ce qui suit :<br \/>\nArt. 1. Nous jugeons que l&rsquo;Immacul\u00e9e Marie, M\u00e8re de Dieu, est r\u00e9ellement apparue \u00e0 Bernadette Soubirous le 11 f\u00e9vrier 1858 et les jours suivants, au nombre de dix-huit fois dans la grotte de Massabielle, pr\u00e8s de la ville de Lourdes ; que cette apparition rev\u00eat tous les caract\u00e8res de la v\u00e9rit\u00e9, et que par cons\u00e9quent les fid\u00e8les sont fond\u00e9s \u00e0 la croire certaine. Nous soumettons humblement notre jugement au jugement du Souverain Pontife, \u00e0 qui appartient le gouvernement de toute l&rsquo;\u00c9glise.<br \/>\nArt. 2. Nous permettons le culte de Notre-Dame de Lourdes dans notre dioc\u00e8se ; mais nous interdisons en m\u00eame temps toute publication de formule particuli\u00e8re de pri\u00e8re, de cantique ou de livre de d\u00e9votion relatif \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement sans notre approbation donn\u00e9e par \u00e9crit.<br \/>\nArt. 3. Pour nous conformer \u00e0 la volont\u00e9 de la Tr\u00e8s Sainte Vierge maintes et maintes fois manifest\u00e9e dans ses diverses apparitions, nous nous proposons de faire \u00e9lever un sanctuaire sur le terrain de la grotte, devenu propri\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re des \u00c9v\u00eaques de Tarbes.<br \/>\nCette construction, en raison du site escarp\u00e9 et difficile, n\u00e9cessitera de longs travaux et de grandes d\u00e9penses. C&rsquo;est pourquoi, pour ex\u00e9cuter notre pieux dessein, nous avons besoin de l&rsquo;aide des pr\u00eatres et des fid\u00e8les de notre Dioc\u00e8se, des pr\u00eatres et des fid\u00e8les de France et des autres contr\u00e9es. Nous faisons appel \u00e0 leur c\u0153ur lib\u00e9ral, et particuli\u00e8rement \u00e0 toutes les personnes d\u00e9votes de toute nation qui professent un culte sp\u00e9cial \u00e0 l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie.<br \/>\nArt. 4. Avec confiance, nous nous adressons aux Instituts des deux sexes consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;enseignement de la jeunesse, aux Congr\u00e9gations des filles de Marie, aux Confr\u00e9ries de la Tr\u00e8s Sainte Vierge, et aux diverses pieuses Associations tant de notre Dioc\u00e8se que de toute la France.<br \/>\nArt. 5. Chaque paroisse, corporation, \u00e9tablissement, communaut\u00e9 religieuse, confr\u00e9rie ou personne qui offrira pour elle-m\u00eame ou par des dons qu&rsquo;elle aura recueillis, une somme de 500 francs ou plus, aura le titre de <em>fondateur du sanctuaire de la grotte de Lourdes<\/em>.<br \/>\nSi les dons offerts sont de 20 francs ou plus, le titre sera de <em>bienfaiteur principal<\/em>.<br \/>\nLes noms des fondateurs et bienfaiteurs principaux nous seront envoy\u00e9s avec les offrandes ; ils seront diligemment conserv\u00e9s dans un registre \u00e0 cet effet ; de plus, ils seront d\u00e9pos\u00e9s dans un c\u0153ur d&rsquo;argent dor\u00e9, qui sera plac\u00e9 sur le ma\u00eetre-autel du sanctuaire.<br \/>\nChaque semaine et \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, deux messes seront c\u00e9l\u00e9br\u00e9es dans ce sanctuaire, le mercredi, pour les fondateurs et bienfaiteurs principaux ; le vendredi, une autre sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pour tous ceux qui auront, par leurs offrandes, m\u00eame minimes, contribu\u00e9 \u00e0 cette construction.<br \/>\nCe n&rsquo;est pas sans un but particulier d&rsquo;amour et de mis\u00e9ricorde que la Sainte Vierge a demand\u00e9 l&rsquo;\u00e9rection en ce lieu d&rsquo;un sanctuaire en son honneur. Nul doute par cons\u00e9quent que les personnes qui contribueront par leurs largesses \u00e0 la construction de ce monument ne re\u00e7oivent en contrepartie quelque faveur signal\u00e9e, tant dans l&rsquo;ordre spirituel que temporel.<br \/>\nArt. 6. Un tr\u00e8s grand nombre de personnes, tant de notre dioc\u00e8se que de diverses parties de la France, et m\u00eame de l\u2019\u00e9tranger, ont obtenu des gr\u00e2ces insignes \u00e0 la grotte<em> de Lourdes<\/em> ; beaucoup nous ont promis de nous envoyer leur offrande d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agirait d&rsquo;\u00e9riger un sanctuaire en ce lieu. Nous faisons savoir que le moment est venu. Nous les prions \u00e9galement de recommander l&rsquo;\u0153uvre de la Grotte aux personnes de leur connaissance, et de se charger, si besoin est, de leurs dons volontaires pour nous les faire parvenir.<br \/>\nArt. 7. Une commission compos\u00e9e de pr\u00eatres et de la\u00efcs sera nomm\u00e9e pour surveiller, sous notre pr\u00e9sidence, l&#8217;emploi des fonds.<br \/>\nNotre pr\u00e9sente Pastorale sera lue et publi\u00e9e dans toutes les \u00e9glises, chapelles et oratoires des s\u00e9minaires, coll\u00e8ges, hospices de notre Dioc\u00e8se, le dimanche suivant sa r\u00e9ception.<br \/>\nDonn\u00e9e \u00e0 Tarbes, en notre palais \u00e9piscopal, sign\u00e9e de notre propre main, avec notre sceau, et contre-sceau de notre secr\u00e9taire, le 18 janvier 1862.<\/p>\n<p>\u2020 BERTRAND S\u00c9V\u00c8RE<br \/>\n\u00c9v\u00eaque de Tarbes.<\/p>\n<p>FOURCADE<br \/>\nchanoine secr\u00e9taire.<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476784\"><\/a><strong>L&rsquo;apparition de Lourdes<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>(11 f\u00e9vrier 1858)<\/p>\n<p>R\u00e9jouis-toi, \u00f4 France ! Il y a deux lustres \u00e0 peine<br \/>\nL&rsquo;\u00c9ternel accomplit en toi des choses sublimes :<br \/>\nLa B\u00e9nie, pleine de toute gr\u00e2ce<br \/>\nAux petits bergers de La Salette d&rsquo;abord,<br \/>\nPuis, sur un chemin qui nous m\u00e8ne aux Pyr\u00e9n\u00e9es,<br \/>\nDix-huit fois Elle apparut<br \/>\n\u00c0 une humble jeune fille de quatorze ans<br \/>\nQui s&rsquo;appelle Bernadette Soubirous.<\/p>\n<p>Un matin rigoureux de f\u00e9vrier<br \/>\nElle ramassait du bois sur les rives du Gave,<br \/>\nQuand il lui semble qu&rsquo;une brise soudaine<br \/>\nDerri\u00e8re elle agite les frondaisons.<br \/>\nElle se retourne, et voit une vision divine<br \/>\nQui infuse joie et crainte dans son c\u0153ur,<br \/>\nSi bien qu&rsquo;elle se met \u00e0 r\u00e9citer le Rosaire<br \/>\nCraignant une illusion diabolique.<\/p>\n<p>Qui \u00e9tait-elle, la jeune fille ignorante et fortun\u00e9e<br \/>\nNe le savait pas bien :<br \/>\nElle ne le sut que quand Elle lui dit :<br \/>\n\u00ab Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception \u00bb<br \/>\nEt elle re\u00e7ut en m\u00eame temps le commandement<br \/>\nDe revenir pendant quinze jours<br \/>\n\u00c0 cette grotte obscure de Massabielle<br \/>\nO\u00f9 rayonnait l&rsquo;illustre figure.<\/p>\n<p>L\u00e0, au milieu d&rsquo;une foule r\u00e9v\u00e9rencieuse,<br \/>\nHumble dans une si grande gloire elle revenait.<br \/>\nV\u00eatue de blanc, belle et souriante<br \/>\nLa Madone lui apparaissait de nouveau ;<br \/>\nEt \u00e0 un de Ses signes prodigieusement<br \/>\nJaillit une source d&rsquo;eau vive,<br \/>\nQui donna la sant\u00e9 aux malades,<br \/>\nM\u00eame \u00e0 ceux condamn\u00e9s par les m\u00e9decins.<\/p>\n<p>La m\u00e9cr\u00e9ance, folle de rage, osa<br \/>\nD\u00e9mentir les hauts prodiges :<br \/>\nElle mena\u00e7a Bernadette et ses parents,<br \/>\nRecourut \u00e0 la tromperie, \u00e0 la violence.<br \/>\nMais Dieu retint les peuples fr\u00e9missants<br \/>\nContre la folie et la tyrannie ath\u00e9es.<br \/>\nLa dure \u00e9preuve cessa ; plus belle encore brilla<br \/>\nLa vertu des prodiges et de la servante.<\/p>\n<p>Rome apposa le sceau de sa sanction :<br \/>\nDe l\u00e0, un afflux d&rsquo;innombrables personnes<br \/>\nAu lieu de la sainte apparition.<br \/>\nPour conjurer les maux toujours imminents<br \/>\nToute la fleur de la nation gauloise<br \/>\nS&rsquo;y rassembla, fit des v\u0153ux ardents ;<br \/>\nEt pour ob\u00e9ir \u00e0 la M\u00e8re divine<br \/>\nS&rsquo;\u00e9leva un temple l\u00e0 o\u00f9 elle apparut \u00e0 Bernadette.<\/p>\n<p>Les malheurs de l&rsquo;\u00c9glise et de la France<br \/>\nSi \u00e0 La Salette, \u00f4 Marie, tu les as annonc\u00e9s,<br \/>\nLe sourire de Lourdes annonce aussi<br \/>\nLeur triomphe tant d\u00e9sir\u00e9,<br \/>\nAyant supprim\u00e9 ces mauvaises scissions<br \/>\nQui ont mis le Temple et le Tr\u00f4ne en inimiti\u00e9.<br \/>\nEt notre c\u0153ur \u00e0 ton c\u0153ur, \u00f4 Marie,<br \/>\nTe sera \u00e9ternellement reconnaissant.<\/p>\n<p>Mais nous devons nous souvenir que si \u00e0 La Salette<br \/>\nLe repentir nous fut insinu\u00e9,<br \/>\nUn souvenir similaire Marie nous donna<br \/>\nDans la c\u00e9leste apparition de Lourdes.<br \/>\nP\u00e9nitence ! car Dieu est aux aguets ;<br \/>\nP\u00e9nitence ! s&rsquo;exclama-t-elle d&rsquo;une voix forte.<br \/>\nAh ! ob\u00e9issons \u00e0 la M\u00e8re de Dieu,<br \/>\nEt embrassons les voies de la p\u00e9nitence !<\/p>\n<p>D. G. Zambaldi<\/p>\n<p><a name=\"_Toc215476785\"><\/a><strong>Appendice. Gr\u00e2ces obtenues par l&rsquo;intercession de Marie Auxiliatrice<\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Non seulement en France, mais dans toute la Chr\u00e9tient\u00e9, Dieu se pla\u00eet en ces temps \u00e0 accorder des gr\u00e2ces signal\u00e9es par l&rsquo;intercession de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie.<br \/>\nNous en avons une preuve \u00e9vidente \u00e0 Turin, dans l&rsquo;\u00e9glise de Marie Auxiliatrice, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Oratoire de Saint Fran\u00e7ois de Sales \u00e0 Valdocco. Il ne se passe pas un jour sans que quelqu&rsquo;un ne se pr\u00e9sente \u00e0 la sacristie ou chez le Directeur de l&rsquo;Oratoire pour raconter des faveurs, des gu\u00e9risons, des gr\u00e2ces de toute sorte obtenues suite \u00e0 des triduums ou neuvaines, ou \u00e0 des pri\u00e8res en l&rsquo;honneur de la Bienheureuse Vierge invoqu\u00e9e sous le titre <em>Secours des Chr\u00e9tiens<\/em>. Parmi les nombreux faits que nous pourrions raconter, nous en choisissons quelques-uns des plus r\u00e9cents que nous exposons ici pour encourager toujours plus les fid\u00e8les \u00e0 la confiance en l\u2019auguste M\u00e8re de Dieu.<\/p>\n<p>Un dimanche de mai 1873, Madame Vaschetti Maria, n&rsquo;ayant pu, \u00e0 cause de ses infirmit\u00e9s, se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise pour les offices, \u00e9tait rest\u00e9e seule \u00e0 la maison, priant pr\u00e8s du feu. Tandis qu&rsquo;elle \u00e9tait ainsi assise, une \u00e9tincelle vola sur ses v\u00eatements, et elle ne s&rsquo;en aper\u00e7ut que lorsque la flamme s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9e. Effray\u00e9e \u00e0 cette vue, elle se mit \u00e0 courir dans les pi\u00e8ces, ce qui ne faisait qu\u2019augmenter toujours plus la flamme qui l&rsquo;entourait d\u00e9j\u00e0 de toutes parts. Se sentant d\u00e9faillir, elle leva ses yeux \u00e9gar\u00e9s vers la fen\u00eatre, vit la statue de Marie Auxiliatrice qui domine l&rsquo;\u00e9glise de Valdocco, pr\u00e8s de laquelle se trouvait son habitation. La pauvre femme, dans ce moment critique, leva ses mains suppliantes vers cette statue en disant : \u00ab Pouvez-vous permettre, \u00f4 Marie Auxiliatrice, qu&rsquo;une de vos d\u00e9votes servantes meure de cette mis\u00e9rable mani\u00e8re ? \u00bb (Elle avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des pieuses bienfaitrices qui avaient contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification de cette \u00e9glise). \u00c0 peine avait-elle prononc\u00e9 ces mots qu\u2019elle fut soudainement lib\u00e9r\u00e9e des flammes et de tout danger, <em>comme si de l&rsquo;eau fra\u00eeche lui avait \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e dessus<\/em>, dira-t-elle ensuite. Peu apr\u00e8s, son fr\u00e8re arriva et, la voyant si abattue, lui en demandant la raison. Alors la pieuse dame lui raconta de quelle mani\u00e8re, par un miracle \u00e9vident de Marie Auxiliatrice, elle avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une mort terrible. Venue ensuite remercier la Bienheureuse Vierge dans l&rsquo;\u00e9glise, elle insista pour que le fait soit publi\u00e9 pour une plus grande action de gr\u00e2ces et pour l&rsquo;exaltation de Marie honor\u00e9e sous le titre de <em>Secours des Chr\u00e9tiens<\/em>.<\/p>\n<p>Un m\u00e9decin tr\u00e8s estim\u00e9 dans sa sp\u00e9cialit\u00e9, mais incr\u00e9dule et indiff\u00e9rent en mati\u00e8re de religion, se pr\u00e9sente un jour au Directeur de l&rsquo;Oratoire de S. F. de Sales et lui dit :<br \/>\n\u2014 J&rsquo;entends dire que vous gu\u00e9rissez de toutes sortes de maladies.<br \/>\n\u2014 Moi ? Non.<br \/>\n\u2014 Pourtant, on me l&rsquo;a assur\u00e9, en me citant m\u00eame le nom des personnes et le genre de maladie.<br \/>\n\u2014 On vous a tromp\u00e9. Il arrive souvent que des personnes se pr\u00e9sentent \u00e0 moi pour obtenir de telles gr\u00e2ces pour elles-m\u00eames ou pour leurs connaissances par l&rsquo;intercession de Marie Auxiliatrice, en faisant des triduums ou des neuvaines ou des pri\u00e8res, ou avec quelque promesse \u00e0 accomplir une fois la gr\u00e2ce obtenue, mais dans de tels cas, les gu\u00e9risons se produisent par la gr\u00e2ce de la Tr\u00e8s Sainte Vierge Marie, et non par moi.<br \/>\n\u2014 Eh bien, qu\u2019elle me gu\u00e9risse moi aussi, et je croirai \u00e0 ces miracles.<br \/>\n\u2014 Et de quelle maladie \u00eates-vous atteint ?<br \/>\nLe docteur commen\u00e7a alors \u00e0 raconter qu&rsquo;il \u00e9tait atteint de crises d\u2019\u00e9pilepsie et que, surtout depuis un an, les crises \u00e9taient si fr\u00e9quentes qu&rsquo;il n&rsquo;osait plus sortir sans \u00eatre accompagn\u00e9. Tous les traitements n&rsquo;avaient servi \u00e0 rien, et se voyant d\u00e9p\u00e9rir chaque jour davantage, il \u00e9tait venu le voir dans l&rsquo;espoir d&rsquo;obtenir lui aussi, comme tant d&rsquo;autres, la gu\u00e9rison.<br \/>\n\u2014 Eh bien, lui dit le directeur, faites comme les autres, mettez-vous \u00e0 genoux ici, r\u00e9citez avec moi une pri\u00e8re, disposez-vous \u00e0 purifier votre \u00e2me avec les sacrements de la confession et de la communion et vous verrez que la Madone vous consolera.<br \/>\n\u2014 Ordonnez-moi autre chose, mais ce que vous me dites, je ne peux pas le faire.<br \/>\n\u2014 Et pourquoi ?<br \/>\n\u2014 Parce que ce serait de ma part une hypocrisie. Je ne crois ni en Dieu, ni en la Madone, ni aux pri\u00e8res, ni aux miracles.<br \/>\nLe directeur en fut constern\u00e9, mais il dit tant de choses que, avec l&rsquo;aide de la gr\u00e2ce de Dieu, le docteur se mit \u00e0 genoux et r\u00e9cita quelques pri\u00e8res en union avec le pr\u00eatre. Puis, ayant fait le signe de la sainte Croix, il se leva et dit : \u2014 Je suis \u00e9tonn\u00e9 de savoir encore faire ce signe, cela fait quarante ans que j&rsquo;ai cess\u00e9 de le faire !<br \/>\nIl promit en outre qu&rsquo;il se disposerait \u00e0 aller se confesser.<br \/>\nIl tint en effet parole. \u00c0 peine confess\u00e9, il se sentit comme int\u00e9rieurement gu\u00e9ri, et il <em>n&rsquo;eut plus jamais aucune crise d&rsquo;\u00e9pilepsie<\/em>, alors que, selon les dires de sa famille, ces crises \u00e9taient auparavant si fr\u00e9quentes et terribles qu&rsquo;elles faisaient toujours craindre un accident.<br \/>\nQuelque temps apr\u00e8s, il vint \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Marie Auxiliatrice, s&rsquo;approcha des Saints Sacrements et apr\u00e8s, il alla \u00e0 la sacristie et dit \u00e0 sa famille r\u00e9unie l\u00e0 :<br \/>\nRendez gloire \u00e0 Dieu. La Vierge c\u00e9leste m&rsquo;a obtenu la sant\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me et du corps, et de l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 elle m&rsquo;a conduit \u00e0 la foi chr\u00e9tienne, dans laquelle j&rsquo;avais presque fait naufrage.<\/p>\n<p>Le 24 mai de l&rsquo;ann\u00e9e 1873, le jour pr\u00e9cis de la solennit\u00e9 de Marie Auxiliatrice, un jeune officier se pr\u00e9senta au directeur de l&rsquo;Oratoire et, le visage d\u00e9chir\u00e9 par la douleur et les mots coup\u00e9s par les larmes, il lui exposa que sa femme \u00e9tait \u00e0 la maison, \u00e0 l&rsquo;agonie, \u00e0 cause d&rsquo;une maladie cruelle et longue ; il le suppliait de toutes ses forces et de toutes ses connaissances pour qu&rsquo;il lui obtienne de Dieu la gr\u00e2ce que sa femme gu\u00e9risse. Le directeur lui adressa des paroles de compassion et de r\u00e9confort et, tirant parti des bonnes dispositions dans lesquelles se trouvait \u00e0 ce moment le c\u0153ur de l&rsquo;officier, il le persuada de s&rsquo;agenouiller avec lui pour r\u00e9citer quelques pri\u00e8res \u00e0 Marie Auxiliatrice pour la sant\u00e9 de la mourante, apr\u00e8s quoi il le cong\u00e9dia.<br \/>\n\u00c0 peine une heure s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9e et l&rsquo;officier revenait \u00e0 pas press\u00e9s, mais tout rayonnant de joie. On lui fait remarquer qu&rsquo;\u00e0 ce moment-l\u00e0, le directeur se trouve au milieu des pieux bienfaiteurs de la maison, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible de lui parler&#8230;<br \/>\n\u2014 Dites-lui mon nom, r\u00e9pondit l&rsquo;officier, j&rsquo;ai absolument besoin de lui dire un seul mot.<br \/>\nLe directeur, ayant appris qu&rsquo;il \u00e9tait demand\u00e9 avec beaucoup d&rsquo;insistance, se rendit aupr\u00e8s de l&rsquo;officier. D\u00e8s que celui-ci le vit, \u00e9mu par la joie et rayonnant de jubilation, il lui dit :<br \/>\n\u2014 \u00c0 peine sorti d&rsquo;ici, j&rsquo;avais couru \u00e0 la maison. Oh ! prodige, ma femme que j&rsquo;avais laiss\u00e9e mourante au lit, d&rsquo;un coup, sentant ses douleurs cesser et ses forces revenir, avait demand\u00e9 ses v\u00eatements, et quand j&rsquo;entrai, elle vint \u00e0 ma rencontre, faible certes, mais compl\u00e8tement gu\u00e9rie.<br \/>\nEt continuant \u00e0 raconter l&rsquo;\u00e9motion ressentie, il sortit un riche bracelet en or en disant : \u00ab Ceci est le cadeau de mariage que j&rsquo;avais fait \u00e0 ma femme, nous l&rsquo;offrons tous deux maintenant de tout c\u0153ur \u00e0 Marie Auxiliatrice, \u00e0 qui nous reconnaissons cette gu\u00e9rison inesp\u00e9r\u00e9e. \u00bb<br \/>\nLe directeur rentra quelques minutes apr\u00e8s dans la pi\u00e8ce o\u00f9 \u00e9taient r\u00e9unis les bienfaiteurs et, leur montrant le bracelet, leur dit : \u00ab Voici un signe de gratitude pour une gr\u00e2ce obtenue ce jour m\u00eame par l&rsquo;intercession de Marie Auxiliatrice, dont nous c\u00e9l\u00e9brons la solennit\u00e9 ! \u00bb<br \/>\nPendant que ces derni\u00e8res pages \u00e9taient imprim\u00e9es, le fait suivant se produisit dans un village du Pi\u00e9mont. Un paysan vit l&rsquo;un de ses b\u0153ufs tomber malade et en quelques jours, son \u00e9tat s&rsquo;aggrava tellement que le v\u00e9t\u00e9rinaire d\u00e9clara sa gu\u00e9rison d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Avec les prix fabuleux que ces animaux co\u00fbtent de nos jours, le paysan mesura aussit\u00f4t l&rsquo;ampleur du malheur qui allait le frapper, et n&rsquo;ayant plus d&rsquo;espoir ni de moyens humains, il se tourna vers Marie Auxiliatrice, lui promettant une offrande au cas o\u00f9 le b\u0153uf gu\u00e9rirait. Pour confirmer cette promesse, il en informa par lettre le Directeur de cet Oratoire, lui demandant sa b\u00e9n\u00e9diction. La lettre eut juste le temps d&rsquo;arriver \u00e0 son adresse, et le b\u0153uf commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;am\u00e9liorer et hier (8 d\u00e9c. 1873), l&rsquo;offrande promise par cet honn\u00eate paysan arriva, avec la confirmation que l&rsquo;animal \u00e9tait parfaitement gu\u00e9ri \u00e0 la surprise de tous et du v\u00e9t\u00e9rinaire sp\u00e9cialement.<\/p>\n<p><em>Avec la permission de l&rsquo;Autorit\u00e9 Eccl\u00e9siastique.<\/em><\/p>\n<p>Turin, Typographie et librairie de l&rsquo;Oratoire de S. Fran\u00e7ois de Sales 1873.<br \/>\nPropri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9diteur, vendable \u00e9galement \u00e0 la Librairie de l&rsquo;Hospice de S. Vincent de Paul \u00e0 Sampierdarena.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur des Pyr\u00e9n\u00e9es fran\u00e7aises, \u00e0 Lourdes, le 11 f\u00e9vrier 1858 s&rsquo;ouvre l&rsquo;une des pages&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":48808,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":44,"footnotes":""},"categories":[127],"tags":[2634,2554,2631,2580,1824,1686,1884],"class_list":["post-48817","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-tres-sainte-vierge-marie","tag-conciles","tag-dieu","tag-eglise","tag-evenement","tag-gras-obtenues","tag-marie","tag-miracles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48817","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48817"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48817\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":52153,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48817\/revisions\/52153"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/48808"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48817"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48817"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48817"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}