{"id":48297,"date":"2026-01-24T09:36:21","date_gmt":"2026-01-24T09:36:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=48297"},"modified":"2026-01-24T09:38:11","modified_gmt":"2026-01-24T09:38:11","slug":"eduquer-a-la-citoyennete-avec-saint-francois-de-sales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/eduquer-a-la-citoyennete-avec-saint-francois-de-sales\/","title":{"rendered":"\u00c9duquer \u00e0 la citoyennet\u00e9 avec saint Fran\u00e7ois de Sales"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Vaillant, ob\u00e9issant, bon citoyen et magnanime \u00bb, telles \u00e9taient selon Fran\u00e7ois de Sales quelques-unes des qualit\u00e9s de l\u2019homme soucieux du bien public. La vaillance, expliquait-il, me fait \u00ab entreprendre par raison les choses p\u00e9rilleuses \u00bb ; l\u2019ob\u00e9issance est due \u00abau prince que je sers \u00bb ; la magnanimit\u00e9 consiste \u00ab en la grandeur de cette action \u00bb que l\u2019on entreprend en vue du bien commun. Enfin pour \u00eatre \u00ab bon citoyen \u00bb, il faut avoir \u00ab l\u2019amour envers le public \u00bb et \u00ab l\u2019affection envers sa patrie \u00bb. M\u00eame si le mot de <em>citoyen<\/em> ne d\u00e9signait encore sous l\u2019ancien r\u00e9gime que l\u2019habitant d\u2019une ville, on voit que l\u2019expression \u00ab bon citoyen \u00bb \u00e9tait rattach\u00e9e \u00e0 \u00ab l\u2019amour envers le public \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Aimer et servir son pays<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le bon citoyen aime son pays, ce qui veut dire qu\u2019il le pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 tout autre \u00ab en affection \u00bb, mais pas forc\u00e9ment \u00ab en estime \u00bb, car rien n\u2019emp\u00eache que l\u2019on puisse reconna\u00eetre la valeur, voire la sup\u00e9riorit\u00e9 des autres, un peu comme il arrive dans le mariage :<\/p>\n<p>Les femmes doivent pr\u00e9f\u00e9rer leurs maris \u00e0 tout autre, non en honneur, mais en affection ; ainsi chacun pr\u00e9f\u00e8re son pays en amour et non en estime, et chaque nocher ch\u00e9rit plus le vaisseau dans lequel il vogue que les autres, quoique plus riches et mieux fournis.<\/p>\n<p>L\u2019attachement aux siens, \u00e0 sa famille, \u00e0 son pays, \u00e0 ses amis, \u00e0 ses \u00ab brebis \u00bb, se changeait en nostalgie quand il \u00e9tait au loin. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1618, au d\u00e9but de son dernier s\u00e9jour \u00e0 Paris, il \u00e9crivait \u00e0 l\u2019une de ses correspondantes : \u00ab Je suis ici jusqu\u2019\u00e0 P\u00e2ques ; et croyez-moi, ma tr\u00e8s ch\u00e8re fille, puisqu\u2019il le faut, j\u2019y suis de bon c\u0153ur, mais d\u2019un c\u0153ur qui se plairait grandement d\u2019\u00eatre parmi nos petitesses et dans mon pays \u00bb.<br \/>\nL\u2019amour du pays se confondait alors avec l\u2019ob\u00e9issance au prince et avec le service qui lui \u00e9tait d\u00fb. L\u2019apprentissage de la fid\u00e9lit\u00e9 au souverain et du service de l\u2019\u00c9tat faisait partie de l\u2019\u00e9ducation. Ayant obtenu qu\u2019un de ses neveux soit admis comme page \u00e0 la cour de Turin, il estimait que cette faveur permettrait \u00e0 ce gar\u00e7on d\u2019\u00ab apprendre en son enfance les premiers \u00e9l\u00e9ments de ce service auquel sa naissance l\u2019oblige de faire l\u2019emploi de toute sa vie \u00bb.<br \/>\nM\u00eame comme \u00e9v\u00eaque, Fran\u00e7ois de Sales se comportait en sujet fid\u00e8le, loyal et d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la maison de Savoie. Quand il entrevoyait des p\u00e9rils, il en avertissait le duc ; il lui conseillait une alliance quand il la jugeait \u00ab extr\u00eamement utile aux affaires \u00bb de son ma\u00eetre. Quand il apprit que le duc de Nemours complotait contre le duc de Savoie, il s\u2019abstenait prudemment de le fr\u00e9quenter, citant le \u00ab vieil enseignement \u00bb : \u00ab La place d\u2019un \u00e9v\u00eaque, c\u2019est d\u2019\u00eatre dans sa bergerie et non \u00e0 la cour \u00bb, et terminant par cette brillante comparaison : \u00ab Je ne br\u00fble point mes ailerons \u00e0 ce flambeau \u00bb. Quand la Savoie \u00e9tait en danger, il le suppliait instamment d\u2019apporter son courage \u00ab \u00e0 la d\u00e9fense de ce sang, de cette maison, de cette couronne, de cet \u00c9tat \u00bb.<br \/>\nCependant, si Fran\u00e7ois de Sales est un serviteur fid\u00e8le, il n\u2019est pas un courtisan adulateur et int\u00e9ress\u00e9. Il y a en effet bien des fa\u00e7ons de servir le prince :<\/p>\n<p>Ceux qui servent les princes pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat font ordinairement des services plus empress\u00e9s, plus ardents et sensibles ; mais ceux qui servent par amour les font plus nobles, plus g\u00e9n\u00e9reux, et par cons\u00e9quent plus estimables.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, Fran\u00e7ois de Sales pr\u00f4nait l\u2019ob\u00e9issance comme la premi\u00e8re vertu civique, certainement parce qu\u2019il la consid\u00e9rait comme \u00ab une vertu morale qui d\u00e9pend de la justice \u00bb. Il la recommandait \u00e0 Philoth\u00e9e : \u00ab Vous devez ob\u00e9ir \u00e0 vos sup\u00e9rieurs politiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 votre prince et aux magistrats qu&rsquo;il a \u00e9tablis sur votre pays \u00bb. Jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, Fran\u00e7ois de Sales fit preuve de sens civique. C\u2019est par ob\u00e9issance au duc qu\u2019il entreprit malgr\u00e9 son \u00e9tat de sant\u00e9 le dernier voyage, qui le conduisit \u00e0 Avignon et \u00e0 Lyon, o\u00f9 il mourut.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9passer certaines barri\u00e8res sociales<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle vivait Fran\u00e7ois de Sales \u00e9tait compos\u00e9e de couches tr\u00e8s diversifi\u00e9es, et qui plus est, s\u00e9par\u00e9es par des barri\u00e8res. Il y avait \u00ab les eccl\u00e9siastiques, les nobles, ceux de robe longue, et le populas ou tiers \u00e9tat \u00bb.<br \/>\nQuand quelque chose allait mal, chacun rejetait la responsabilit\u00e9 sur les autres, disait-il dans un sermon : le peuple accuse la noblesse, la noblesse incrimine les \u00ab ministres de justice \u00bb, ceux-ci d\u00e9noncent les soldats, les soldats rejettent la faute sur les capitaines, les capitaines d\u00e9nigrent les princes. En conclusion, \u00ab il n\u2019est permis de m\u00e9dire sans danger, en ce temps o\u00f9 nous sommes, de personne sinon de l\u2019\u00c9glise, de laquelle chacun est censeur, chacun la syndique (critique) \u00bb. La conclusion est obvie : que chacun s\u2019examine et prenne ses responsabilit\u00e9s.<br \/>\nSi la division des citoyens est un mal qui peut produire le pire, l\u2019union fait la force, comme dit le proverbe. \u00ab Les s\u00e9ditions et troubles int\u00e9rieurs d\u2019une r\u00e9publique la ruinent enti\u00e8rement et l\u2019emp\u00eachent qu\u2019elle ne puisse r\u00e9sister \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00bb. Quand il y avait des \u00ab dissensions et vari\u00e9t\u00e9s de conceptions \u00bb, il rappelait avec fermet\u00e9 que \u00ab l\u2019union et liaison des esprits \u00bb est \u00ab n\u00e9cessaire \u00e0 toute bonne entreprise \u00bb. Dans certains cas, le \u00ab bien de la ville \u00bb exigeait que certains renoncent \u00e0 \u00ab leur particuli\u00e8re opinion \u00bb et que l\u2019on se d\u00e9cide \u00e0 \u00ab reprendre de nouveau le consentement du g\u00e9n\u00e9ral, pour l\u2019opposer au jugement des particuliers \u00bb.<br \/>\nM\u00eame aux religieuses de la Visitation il fallait rappeler le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des personnes et d\u00e9noncer au besoin cette grande mis\u00e8re des honneurs : \u00ab On se surestime par-dessus les autres et l\u2019on vient par apr\u00e8s \u00e0 dire : Je suis d\u2019une telle maison et celle-l\u00e0 d\u2019une autre \u00bb. Un jour, il leur raconta l\u2019histoire de la fille d\u2019un mar\u00e9chal, qui ne pouvait se r\u00e9soudre \u00e0 appeler \u00ab s\u0153ur \u00bb une autre religieuse qui \u00e9tait de basse condition. Il fallait selon lui se d\u00e9pouiller \u00ab du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre estim\u00e9 de bonne maison et quelque chose de plus que les autres \u00bb. Il s\u2019\u00e9cria m\u00eame :<\/p>\n<p><em>Oh ! nous sommes tous \u00e9gaux, car nous sommes tous enfants de m\u00eame p\u00e8re et de m\u00eame m\u00e8re, d\u2019Adam et d\u2019\u00c8ve ; c\u2019est donc une grande folie de se glorifier de sa race.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong>Quand la justice est l\u00e9s\u00e9e<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un bon citoyen se caract\u00e9rise par son sens de la justice. Malheureusement, les occasions de d\u00e9noncer les injustices ne manquent pas. Fran\u00e7ois de Sales s\u2019y employait fr\u00e9quemment en chaire. C\u2019est ainsi que dans sa fougue de jeune pr\u00e9dicateur, il s\u2019en prit un jour \u00e0 tour de r\u00f4le \u00e0 diverses cat\u00e9gories de fraudeurs : l\u2019artisan, \u00ab qui survend sa marchandise \u00bb ; le chicaneur, \u00ab qui sur un pied de mouche entretient un proc\u00e8s qui ruine l\u2019\u00e2me, le corps et la maison de deux mis\u00e9rables parties \u00bb ; le juge, peu press\u00e9 de rendre la justice et \u00ab qui la fait si longue, s\u2019excuse sur dix mille raisons de coutume, de style, de th\u00e9orie, de pratique et de caut\u00e8le \u00bb ; l\u2019usurier, qui se trompe lui-m\u00eame en faisant mentir l\u2019\u00c9criture ; les pr\u00eatres, qui se flattent avec des dispenses pour servir deux ma\u00eetres ; et les dames, qui se plaisent d\u2019\u00eatre courtis\u00e9es en \u00ab s\u2019excusant qu\u2019elles ne font point d\u2019actes contraires \u00e0 leur honneur \u00bb. Les pratiques commerciales, pensait-il, vont rarement sans tromperie, ce qui lui faisait dire que \u00ab les acheteurs et les vendeurs sont ordinairement voleurs, s\u2019ils ne sont pas timor\u00e9s et n\u2019ont pas grand soin de veiller sur leur c\u0153ur \u00bb.<br \/>\nDans certaines circonstances particuli\u00e8res, l\u2019\u00e9v\u00eaque savait fort bien que les bonnes paroles et les aum\u00f4nes ne suffisaient pas ; il se faisait alors un devoir d\u2019intervenir directement aupr\u00e8s des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes pour d\u00e9fendre les droits des gens menac\u00e9s. Car \u00ab il ne faut pas seulement se disposer \u00e0 ne pas n\u00e9gliger l\u2019innocent, \u00e9crivait-il, mais il faut se joindre \u00e0 lui pour la d\u00e9fense de sa cause \u00bb.<br \/>\nEn p\u00e9riode de famine, il s\u2019en prenait aux \u00ab dames qui tuent des moutons pour nourrir un petit chien couard et cagnard \u00bb. Durant les conflits arm\u00e9s, il sollicitait pour son \u00ab pauvre bon peuple \u00bb l\u2019exemption des charges de guerre et appelait la protection et les aum\u00f4nes du roi sur les catholiques du pays de Gex. La loi \u00e9vang\u00e9lique exclut toute guerre, rappelle Fran\u00e7ois de Sales, qui ajoutait : \u00ab toutefois, la guerre est permise \u00e0 cause de la malice des hommes : on peut repousser la force par la force \u00bb. Le pire, ce sont les gens qui en profitent, \u00ab qui s\u2019y enrichissent et engraissent \u00bb.<br \/>\nLa justice para\u00eet souvent une gageure dans ce monde, toujours instable, qui bascule sans cesse entre l\u2019enfer et le paradis. Si pour les chr\u00e9tiens ces deux r\u00e9alit\u00e9s font partie de l\u2019au-del\u00e0, on en trouve toutefois des images suggestives ici-bas.<br \/>\nLorsque quelqu\u2019un vit dans \u00ab une calamiteuse r\u00e9publique, tyrannis\u00e9e \u00bb par un \u00ab roi maudit \u00bb, c\u2019est l\u2019enfer ; les habitants y \u00ab souffrent des tourments indicibles \u00bb ; les yeux voient \u00ab l\u2019horrible vision des diables et de l\u2019enfer \u00bb ; les oreilles n\u2019entendent jamais que \u00ab pleurs, lamentations et d\u00e9sespoirs \u00bb.<br \/>\nLe paradis, au contraire, c\u2019est une \u00ab cit\u00e9 heureuse \u00bb, o\u00f9 tout le monde vit \u00ab en la consolation d\u2019une heureuse et indissoluble soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Qu\u2019il fait bon consid\u00e9rer \u00ab la noblesse, la beaut\u00e9 et la multitude des citoyens et habitants de cet heureux pays \u00bb ! Et Fran\u00e7ois de s\u2019\u00e9crier : \u00ab Oh ! que ce lieu est d\u00e9sirable et amiable, que cette cit\u00e9 est pr\u00e9cieuse ! \u00bb ou encore : \u00ab Oh ! que cette compagnie est heureuse !\u00bb<br \/>\nNaturellement, la cit\u00e9 id\u00e9ale n\u2019existe pas sur la terre, mais ce n\u2019est pas une raison pour ne pas travailler \u00e0 la rendre un peu moins indigne d\u2019un tel mod\u00e8le. Justice et paix sont les biens que r\u00e9clame la soci\u00e9t\u00e9 civile et la \u00ab r\u00e9publique chr\u00e9tienne \u00bb. Or, \u00ab il faut c\u00e9der \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 du prochain \u00bb, quand celui-ci les r\u00e9clame \u00e0 cor et \u00e0 cri.<\/p>\n<p><strong>\u00ab La r\u00e9publique tient \u00e0 la religion \u00bb et \u00abla religion tient \u00e0 la r\u00e9publique \u00bb<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Homme d\u2019\u00c9glise avant tout, Fran\u00e7ois de Sales se voulait \u00e9tranger aux affaires directement politiques. En un temps de controverses avec les protestants o\u00f9 les catholiques et m\u00eame nombre de religieux \u00e9taient port\u00e9s vers la politique et les solutions politiques, il distinguait nettement les domaines, admettant une certaine forme d\u2019autonomie du temporel. Il \u00e9crivait au gouverneur de Savoie :<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, je vous proteste que j\u2019ignore les affaires d\u2019\u00c9tat, et les veux ignorer \u00e0 tel point qu\u2019elles ne soient ni en ma pens\u00e9e, ni \u00e0 mon soin, ni en ma bouche, sinon qu\u2019il se pr\u00e9sent\u00e2t quelque occasion de t\u00e9moigner \u00e0 Son Altesse que je suis son passionn\u00e9 et fid\u00e8le sujet.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00eaque voulait avant tout former de bons ministres de Dieu. Pour lui, le pr\u00eatre ne devait pas se m\u00ealer de questions temporelles et politiques. Il fera la m\u00eame recommandation au futur cardinal Richelieu, qu\u2019il rencontra \u00e0 Tours en 1619 quand il n\u2019\u00e9tait encore qu\u2019\u00e9v\u00eaque de Lu\u00e7on, mais d\u00e9j\u00e0 secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat. Il \u00e9crira \u00e0 la m\u00e8re de Chantal :<\/p>\n<p>J\u2019appris \u00e0 conna\u00eetre tout plein de pr\u00e9lats, et particuli\u00e8rement M. l\u2019\u00e9v\u00eaque de Lu\u00e7on, qui me jura toute amiti\u00e9 et me dit qu\u2019enfin il se rangerait \u00e0 mon parti, pour ne penser plus qu\u2019\u00e0 Dieu et au salut des \u00e2mes.<\/p>\n<p>La suite montrera que ces bons propos ne dureront pas, ou du moins que le cardinal les interpr\u00e8tera \u00e0 sa fa\u00e7on.<br \/>\nFallait-il pour autant se d\u00e9sint\u00e9resser du bonheur temporel de ses compatriotes ? \u00ab Qui n\u2019aime pas beaucoup la chose publique, ne se met pas beaucoup en peine si elle se ruine \u00bb, \u00e9crit-il dans le <em>Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu<\/em>. La politique, d\u2019ailleurs, n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la religion et \u00e0 la conscience. \u00c0 l\u2019encontre du ministre protestant qui voulait s\u00e9parer les deux domaines, sous pr\u00e9texte que l\u2019honneur n\u2019est d\u00fb qu\u2019\u00e0 Dieu seul, l\u2019auteur de la <em>D\u00e9fense de l\u2019\u00c9tendard de la Sainte Croix<\/em> r\u00e9pliquait \u00ab que c\u2019est trop retrancher de l\u2019honneur d\u00fb \u00e0 Dieu d\u2019en lever le civil et politique \u00bb.<br \/>\nFran\u00e7ois de Sales n\u2019\u00e9tait donc pas tent\u00e9 d\u2019\u00e9liminer la religion de la vie publique. Tout en admettant une certaine la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, ou du moins une diversification des t\u00e2ches civile et religieuse, il pensait que les princes avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les avantages de la religion. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00c9glise n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 \u00ab implorer \u00bb le secours du \u00ab bras s\u00e9culier \u00bb, surtout quand le catholicisme \u00e9tait menac\u00e9 ou que la moralit\u00e9 \u00e9tait en p\u00e9ril.<br \/>\nSelon saint Fran\u00e7ois de Sales, \u00ab la r\u00e9publique tient \u00e0 la religion comme le corps \u00e0 l\u2019\u00e2me, et la religion \u00e0 la r\u00e9publique comme l\u2019\u00e2me au corps \u00bb. Union et distinction \u00e9taient les deux principes qui gouvernaient selon lui les rapports de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat. L\u2019id\u00e9e de s\u00e9paration n\u2019entrait pas dans ce sch\u00e9ma, dont le mod\u00e8le \u00e9tait dans les rapports du corps et de l\u2019\u00e2me. Le malheur \u00e9tait que la politique se servait de la religion et que le pouvoir spirituel \u00e9tait comme inf\u00e9od\u00e9 au pouvoir temporel du prince. L\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve s\u2019en plaignait \u00e0 son ami, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Belley :<\/p>\n<p>Quelle abjection que nous ayons le glaive spirituel en main et que, comme simples ex\u00e9cuteurs des volont\u00e9s du magistrat temporel, il nous faille frapper quand il l\u2019ordonne et cesser quand il le commande, et que nous soyons priv\u00e9s de la principale clef de celles que Notre-Seigneur nous a donn\u00e9es, qui est celle du jugement, du discernement et de la science en l\u2019usage de notre glaive !<\/p>\n<p>Son attitude de sujet ob\u00e9issant du duc de Savoie s\u2019accompagnait d\u2019un sens \u00e9clair\u00e9 de ses propres droits. Il se consid\u00e9ra toujours comme prince de Gen\u00e8ve, c\u2019est-\u00e0-dire souverain temporel l\u00e9gitime de la ville dont Calvin et le parti huguenot avaient pris le contr\u00f4le. En d\u00e9cembre 1601, \u00e0 la demande de Mgr de Granier, il avait r\u00e9dig\u00e9 un m\u00e9moire destin\u00e9 \u00e0 en fournir les preuves historiques. Le d\u00e9but, on ne peut plus clair, d\u00e9clarait que l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve est \u00ab le seul l\u00e9gitime prince souverain de Gen\u00e8ve et de ses d\u00e9pendances, nonobstant que les seigneurs ducs de Savoie, comme successeurs des comtes de Gen\u00e8ve d\u2019une part et les citoyens de Gen\u00e8ve de l\u2019autre, pr\u00e9tendent le contraire \u00bb.<br \/>\nEnfin, pour garantir la paix des \u00c9tats et de l\u2019\u00c9glise, il valait mieux ne pas trop agiter certaines questions relatives \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 du Saint-Si\u00e8ge dans les affaires temporelles, notamment en ce qui concernait le pouvoir du pape de d\u00e9poser les rois. Lorsque Robert Bellarmin, \u00ab ce grand et c\u00e9l\u00e8bre cardinal \u00bb, \u00ab ce tr\u00e8s excellent th\u00e9ologien \u00bb, \u00e9crivit sur l\u2019ordre du pape que le pouvoir de celui-ci s\u2019\u00e9tendait aussi au temporel des rois, Fran\u00e7ois de Sales ne fut pas content et il l\u2019\u00e9crivit \u00e0 l\u2019un de ses amis de tendances gallicanes :<\/p>\n<p>Non, je n\u2019ai pas m\u00eame trouv\u00e9 \u00e0 mon go\u00fbt certains \u00e9crits d\u2019un saint et tr\u00e8s excellent pr\u00e9lat, esquels il a touch\u00e9 du pouvoir indirect du pape sur les princes ; non que j\u2019aie jug\u00e9 si cela est ou s\u2019il n\u2019est point, mais parce qu\u2019en cet \u00e2ge o\u00f9 nous avons tant d\u2019ennemis dehors, je crois que nous ne devons rien \u00e9mouvoir au dedans du corps de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p><strong>Citoyen du monde<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019\u00e9ducation du bon citoyen dans une vision humaniste ne saurait se limiter \u00e0 la petite patrie et l\u2019une de ses t\u00e2ches consiste \u00e0 cultiver le sens de l\u2019universel. La connaissance des autres peuples du monde \u00e9tait facilit\u00e9e par l\u2019\u00e9tablissement des premi\u00e8res cartes g\u00e9ographiques :<\/p>\n<p>Ceux qui en quatre ou cinq feuilles de papier font voir Rome, Paris, Vienne et les plus grandes villes de France, marquent par de petits points quelles sont la grandeur et situation des lieux, encore que ce n\u2019est rien en comparaison de ce qui en est ; mais ceux qui entendent et qui connaissent la g\u00e9ographie entendent par l\u00e0 ce que c\u2019est de Paris, de Rome, de Vienne et autres.<\/p>\n<p>Aimer son pays n\u2019autorise pas le m\u00e9pris des autres. L\u2019auteur de l\u2019<em>Introduction<\/em> met en garde contre une habitude o\u00f9 \u00ab chacun se donne libert\u00e9 de juger et censurer les princes et de m\u00e9dire des nations toutes enti\u00e8res, selon la diversit\u00e9 des affections que l\u2019on a en leur endroit \u00bb. D\u2019apr\u00e8s un de ses familiers, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve \u00ab avait en horreur tout d\u00e9nigrement et n\u2019approuvait pas m\u00eame qu\u2019on f\u00eet allusion \u00e0 ces vices que les auteurs attribuent d\u2019ordinaire \u00e0 certaines nations \u00bb.<br \/>\nLe chr\u00e9tien surtout est ouvert par principe au monde entier : si je ne veux que la volont\u00e9 de Dieu, s\u2019exclamait-il, \u00ab que m\u2019importe-t-il que l\u2019on m\u2019envoie en Espagne ou en Irlande ? Et si je ne cherche que sa croix, pourquoi me f\u00e2chera-t-il que l\u2019on m\u2019envoie aux Indes, aux terres neuves ou aux vieilles, puisque je suis assur\u00e9 que je la trouverai partout ? \u00bb<br \/>\nUne fa\u00e7on concr\u00e8te de s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019universel est l\u2019apprentissage des langues. Il admirait Mithridate, roi du Pont, qui, selon Pline, \u00ab savait vingt-deux langues \u00bb. Dans son oraison fun\u00e8bre du duc de Merc\u0153ur, il louait ce grand personnage parce qu\u2019il \u00ab avait aussi l\u2019usage de l\u2019\u00e9loquence et la gr\u00e2ce de bien exprimer ses belles conceptions, non seulement en cette notre langue fran\u00e7aise, mais m\u00eame en allemande, italienne et espagnole \u00bb ; \u00e0 la t\u00eate de ses troupes, il savait \u00ab parler \u00e0 un chacun en sa propre langue, fran\u00e7ais, allemand, italien \u00bb.<br \/>\nSon ouverture \u00e0 l\u2019universel se fera sentir de plus en plus au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il avancera en \u00e2ge et en exp\u00e9rience. Vers la fin de sa vie, pour montrer sa parfaite indiff\u00e9rence face aux voyages et aux missions qui l\u2019attendaient en dehors de la Savoie, il \u00e9crira cette d\u00e9claration significative : \u00ab Je ne suis plus de ce pays, ains du monde \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Vaillant, ob\u00e9issant, bon citoyen et magnanime \u00bb, telles \u00e9taient selon Fran\u00e7ois de Sales quelques-unes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":48290,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":11,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[2194,2631,1920,1968,2022],"class_list":["post-48297","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-education","tag-eglise","tag-pays","tag-saints","tag-vertus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48297","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48297"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48297\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48305,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48297\/revisions\/48305"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/48290"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48297"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48297"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48297"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}