{"id":47631,"date":"2025-12-18T08:17:44","date_gmt":"2025-12-18T08:17:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=47631"},"modified":"2025-12-18T08:19:46","modified_gmt":"2025-12-18T08:19:46","slug":"eduquer-aux-loisirs-et-a-la-detente-avec-saint-francois-de-sales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/eduquer-aux-loisirs-et-a-la-detente-avec-saint-francois-de-sales\/","title":{"rendered":"\u00c9duquer aux loisirs et \u00e0 la d\u00e9tente avec saint Fran\u00e7ois de Sales"},"content":{"rendered":"<p><em>La vie n\u2019est pas faite seulement de travaux et d\u2019occupations s\u00e9rieuses, mais aussi de moments de repos, de d\u00e9tente et de loisirs. Pour un homme soucieux de formation et d\u2019\u00e9ducation comme Fran\u00e7ois de Sales, cette dimension de la vie humaine ne pouvait manquer d\u2019attirer son attention. Certes, son approche de la question est surtout d\u2019ordre \u00e9thique : il ne s\u2019int\u00e9resse pas au loisir et au jeu pour lui-m\u00eame ; il est plut\u00f4t soucieux de d\u00e9finir les conditions qui rendent les divertissements n\u00e9cessaires, utiles, bons, indiff\u00e9rents ou nuisibles. Cependant son humanisme se manifeste ici aussi par son ouverture d\u2019esprit et de c\u0153ur \u00e0 tout ce qui est humain, et en particulier \u00e0 tout ce qui int\u00e9resse la jeunesse.<\/em><\/p>\n<p><strong>N\u00e9cessit\u00e9 du repos et de la d\u00e9tente<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab Il est force de rel\u00e2cher quelquefois notre esprit, et notre corps encore \u00e0 quelque sorte de r\u00e9cr\u00e9ation \u00bb, affirme l\u2019auteur de l\u2019<em>Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote<\/em>. M\u00eame dans les monast\u00e8res de la Visitation, la d\u00e9tente et la r\u00e9cr\u00e9ation sont des moments indispensables :<\/p>\n<p><em>Les s\u0153urs ont besoin de se r\u00e9cr\u00e9er, et surtout il faut bien faire faire la r\u00e9cr\u00e9ation aux novices. Il ne faut pas tenir toujours l\u2019esprit band\u00e9, il serait dangereux de devenir m\u00e9lancolique. Je ne voudrais pas que l\u2019on f\u00eet scrupule quand on aurait pass\u00e9 toute une r\u00e9cr\u00e9ation \u00e0 parler de choses indiff\u00e9rentes ; une autre fois l\u2019on parlera de choses bonnes.<br \/>\n<\/em><br \/>\nLe chapitre de l\u2019<em>Introduction<\/em> consacr\u00e9 aux \u00ab passe-temps et r\u00e9cr\u00e9ations \u00bb \u00e9num\u00e8re un certain nombre d\u2019activit\u00e9s qui avaient cours \u00e0 cette \u00e9poque et qu\u2019il consid\u00e9rait comme \u00ab loisibles et louables \u00bb :<\/p>\n<p><em>Prendre l\u2019air, se promener, s\u2019entretenir de devis joyeux et amiables, sonner du luth ou autre instrument, chanter en musique, aller \u00e0 la chasse, ce sont r\u00e9cr\u00e9ations si honn\u00eates que pour en bien user il n\u2019est besoin que de la commune prudence, qui donne \u00e0 toutes choses le rang, le temps, le lieu et la mesure.<br \/>\n<\/em><br \/>\nLa liste commence par deux exercices qui n\u2019en font qu\u2019un : prendre l\u2019air et se promener, deux aspects d\u2019une m\u00eame activit\u00e9 de loisir. \u00ab Prendre l\u2019air \u00bb, c\u2019est faire comme l\u2019oiseau qui \u00ab prend l\u2019air et s\u2019\u00e9chappe \u00bb, s\u2019\u00e9lance et s\u2019envole avec ses ailes, alors que le promeneur se sert de ses pieds. C\u2019est \u00e0 la promenade qu\u2019on peut appliquer d\u2019embl\u00e9e ce que l\u2019auteur dit \u00e0 propos de la n\u00e9cessit\u00e9 et des bienfaits des r\u00e9cr\u00e9ations, \u00e0 savoir qu\u2019elle a le double avantage de d\u00e9tendre \u00e0 la fois l\u2019esprit et le corps.<br \/>\nDonner \u00e0 la promenade \u00ab le rang, le temps, le lieu et la mesure \u00bb convenables, cela veut dire que cette activit\u00e9 vient apr\u00e8s les choses s\u00e9rieuses qui font partie des devoirs de chacun. Le temps qu\u2019on peut lui consacrer d\u00e9pend \u00e9videmment de ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 chacun et de ce qui est convenable.<br \/>\nLa promenade peut \u00eatre un bon rem\u00e8de en cas de surmenage : \u00ab Sur quelque petite incommodit\u00e9 qui lui \u00e9tait survenue par exc\u00e8s de travail, rapporte son ami Mgr Camus, son m\u00e9decin lui conseilla de prendre un peu d\u2019air, et de se promener quelque espace de temps, durant quelques jours, afin de dissiper, par cet exercice, des mauvaises humeurs qu\u2019il avait amass\u00e9es, et qui le rendaient pesant \u00bb. Tr\u00e8s ob\u00e9issant \u00e0 son m\u00e9decin, il alla se promener \u00ab dans un grand jardin \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les jeux d\u2019adresse<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 l\u2019\u00e9poque de Fran\u00e7ois de Sales on pratiquait \u00ab les jeux de la paume, ballon, paillemaille, les courses \u00e0 la bague \u00bb. Le jeu de <em>paume<\/em> est l\u2019anc\u00eatre du cricket et du tennis : on se renvoyait la balle avec la paume de la main ou \u00e0 l\u2019aide d\u2019une raquette. La passion pour ce jeu devait \u00eatre forte, d\u2019o\u00f9 cette mise en garde : \u00ab Jouer longuement \u00e0 la paume, ce n\u2019est pas r\u00e9cr\u00e9er le corps, mais l\u2019accabler \u00bb.<br \/>\nLe jeu du <em>ballon<\/em> lui servira un jour \u00e0 illustrer le m\u00e9pris des honneurs : \u00ab Qui est-ce qui re\u00e7oit le mieux le ballon en jouant ? celui, sans doute, qui le rejette plus loin \u00bb. Le <em>paillemaille<\/em>, anc\u00eatre du croquet et du golf, se pratiquait sur les bords du lac d\u2019Annecy. Quant au jeu des bagues, il consistait \u00e0 enfiler des bagues ou anneaux, en courant, dans une baguette que l\u2019on tenait \u00e0 la main. Il exigeait une grande concentration, ce qui lui faisait dire que \u00ab ceux qui courent la bague ne pensent pas \u00e0 la compagnie qui les regarde, mais \u00e0 bien courir pour l\u2019emporter \u00bb.<br \/>\nTous ces jeux, qui exigent une grande d\u00e9pense physique, sont particuli\u00e8rement adapt\u00e9s \u00e0 la jeunesse. Fran\u00e7ois de Sales les recommandait \u00e0 un jeune homme en y ajoutant l\u2019\u00e9quitation : \u00ab Faites les passe-temps qui seront plus vigoureux, comme de monter \u00e0 cheval, sauter et autres tels \u00bb.<br \/>\nSi l\u2019on joue, c\u2019est \u00e9videmment par plaisir et pour complaire aux autres. Mais il ne faudrait pas que le jeu se transforme en une d\u00e9pendance dont on ne peut plus se passer. Nos affections sont si pr\u00e9cieuses, disait-il, \u00ab qu\u2019il faut bien prendre soin de ne les loger pas en des choses inutiles \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les jeux de soci\u00e9t\u00e9<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les \u00e9checs et les \u00ab tables \u00bb font partie des \u00ab r\u00e9cr\u00e9ations de soi-m\u00eame bonnes et loisibles \u00bb. Les <em>tables<\/em> d\u00e9signaient tous les jeux pour lesquels une table \u00e9tait n\u00e9cessaire, en particulier le jeu de dames et les \u00e9checs. Ce dernier jeu pouvait devenir une passion difficile \u00e0 contenir dans le temps, si bien qu\u2019\u00ab ayant jou\u00e9 cinq, six heures aux \u00e9checs, au sortir on est tout recru et las d\u2019esprit \u00bb.<br \/>\nQuant aux jeux de hasard, o\u00f9 l\u2019on jouait de l\u2019argent, et parfois de grosses sommes, au moyen de d\u00e9s et de cartes, ils sont franchement \u00e0 d\u00e9conseiller. Dans son chapitre sur \u00ab les jeux d\u00e9fendus \u00bb, l\u2019auteur de l\u2019<em>Introduction<\/em> a pris la peine d\u2019exposer les trois motifs qui militent contre les jeux de hasard. D\u2019abord, \u00ab le gain ne se fait pas en ces jeux selon la raison, mais selon le sort, qui tombe bien souvent \u00e0 celui qui par habitude et industrie ne m\u00e9ritait rien \u00bb. En second lieu, ces jeux-l\u00e0 ne sont pas vraiment des jeux, mais \u00ab des violentes occupations \u00bb : on y tient \u00ab l\u2019esprit band\u00e9 et tendu par une attention continuelle, et agit\u00e9 de perp\u00e9tuelles inqui\u00e9tudes, appr\u00e9hensions et empressements \u00bb. Enfin la joie du vainqueur est une joie inique, \u00ab puisqu\u2019elle ne se peut avoir que par la perte et le d\u00e9plaisir du compagnon \u00bb.<br \/>\nLa passion du jeu peut conduire le joueur \u00e0 la ruine la plus totale : \u00ab Celui qui s\u2019affectionne \u00e0 jouer des testons jouerait enfin des \u00e9cus, des pistoles, des chevaux, et apr\u00e8s ses chevaux toute sa chevance \u00bb. Pour toutes ces raisons, Fran\u00e7ois de Sales met en garde le jeune homme qui \u00ab va prendre la haute mer du monde en la cour \u00bb contre les dangers du jeu. Mais comme toujours chez Fran\u00e7ois de Sales, il y a une exception : on peut jouer aux jeux de hasard pour complaire \u00e0 autrui : \u00ab Les jeux de hasard qui autrement seraient bl\u00e2mables, ne le sont pas, si quelquefois la juste condescendance nous y porte \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Loisirs culturels<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019auteur de l\u2019<em>Introduction<\/em> \u00e9num\u00e8re comme source de divertissement et de r\u00e9cr\u00e9ation certaines activit\u00e9s artistiques telles que les \u00ab com\u00e9dies \u00bb, terme qui d\u00e9signait alors n\u2019importe quelle pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, le fait de \u00ab sonner \u00bb du luth ou d\u2019un autre instrument, et de \u00ab chanter en musique \u00bb. La musique est faite \u00ab pour r\u00e9cr\u00e9er \u00bb l\u2019ou\u00efe. La musique est source de plaisir, mais le plaisir est plus ou moins grand \u00ab selon que les oreilles sont plus ou moins d\u00e9licates \u00bb :<\/p>\n<p><em>Tous en cette vie n\u2019entendent pas \u00e9galement le son et accord d\u2019une musique : celui qui a l\u2019ou\u00efe un peu dure ne peut pas si bien remarquer tout ce qui se fait en icelle pour rendre la m\u00e9lodie en sa perfection, quoiqu\u2019il entende et sache la musique, comme celui qui a l\u2019oreille plus subtile ; et bien que le premier se r\u00e9jouisse en la suavit\u00e9 qu\u2019il prend \u00e0 ou\u00efr cette musique, si est-ce toutefois qu\u2019il ne ressent pas une suavit\u00e9 aussi grande que celui qui a l\u2019ou\u00efe plus subtile, quoique tous deux soient contents.<br \/>\n<\/em><br \/>\nChanter demande un certain effort, mais le chant soulage : \u00ab Le p\u00e8lerin qui va gaiement chantant en son voyage ajoute voirement la peine du chant \u00e0 celle du marcher, et n\u00e9anmoins, en effet, par ce surcro\u00eet de peine il se d\u00e9sennuie et all\u00e8ge du travail du chemin \u00bb. Cependant il ne faudrait pas faire \u00ab comme les musiciens qui s\u2019enroueraient \u00e0 force de s\u2019essayer pour chanter un motet \u00bb.<br \/>\nIl existe encore d\u2019autres moyens de d\u00e9tente comme la lecture. On lit et on \u00e9crit non seulement pour s\u2019instruire et instruire les autres, mais aussi pour se r\u00e9cr\u00e9er soi-m\u00eame et r\u00e9cr\u00e9er les autres. Il y a aussi le plaisir d\u2019\u00e9crire, que l\u2019auteur du <em>Trait\u00e9<\/em> confessait volontiers \u00e0 son lecteur :<\/p>\n<p>Comme ceux qui gravent ou entaillent sur les pierres pr\u00e9cieuses, ayant la vue lass\u00e9e \u00e0 force de la tenir band\u00e9e sur les traits d\u00e9li\u00e9s de leurs ouvrages, tiennent volontiers devant eux quelque belle \u00e9meraude, afin que la regardant de temps en temps ils puissent r\u00e9cr\u00e9er en son vert et remettre en nature leurs yeux alangouris, de m\u00eame en cette vari\u00e9t\u00e9 d\u2019affaires que ma condition me donne incessamment, j\u2019ai toujours des petits projets de quelque trait\u00e9 de pi\u00e9t\u00e9, que je regarde quand je puis, pour all\u00e9ger et d\u00e9lasser mon esprit.<\/p>\n<p><strong>Les f\u00eates, les festins et les \u00ab pompes \u00bb<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors que les protestants avaient supprim\u00e9 la plupart des f\u00eates, les catholiques continuaient \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer de nombreuses f\u00eates, en particulier de la Vierge et des saints. Pour Fran\u00e7ois de Sales, les \u00ab dimanches et bonnes f\u00eates \u00bb sont des jours diff\u00e9rents des autres, pour lesquels \u00ab on se pare ordinairement mieux \u00bb.<br \/>\nOutre les f\u00eates religieuses, \u00ab celles que l\u2019Eglise nous commande \u00bb, et \u00ab celles qu\u2019elle nous recommande \u00bb, il y avait les \u00ab f\u00eates politiques \u00bb, comme celle que l\u2019on c\u00e9l\u00e9bra \u00e0 Lyon pour l\u2019entr\u00e9e de Louis XIII dans cette ville. Lui-m\u00eame \u00e9tait f\u00eat\u00e9 au cours de ses visites pastorales, comme lors de son entr\u00e9e \u00e0 Bonneville :<\/p>\n<p><em>\u00d4 ma ch\u00e8re Fille, que j\u2019ai trouv\u00e9 un bon peuple parmi tant de hautes montagnes ! Quel honneur, quel accueil, quelle v\u00e9n\u00e9ration \u00e0 leur \u00e9v\u00eaque ! Avant-hier j\u2019arrivai en cette petite ville tout de nuit ; mais les habitants avaient tant fait de lumi\u00e8res, tant de f\u00eates, que tout \u00e9tait au jour.<br \/>\n<\/em><br \/>\nC\u2019est \u00e0 l\u2019occasion des f\u00eates que l\u2019on organise un repas sp\u00e9cial et que l\u2019on s\u2019habille \u00ab en grande pompe \u00bb. Or, \u00ab les festins, les pompes \u00bb font partie de ces choses que Fran\u00e7ois de Sales rangeait parmi celles qui \u00ab en leur substance ne sont nullement choses mauvaises ains (mais) indiff\u00e9rentes \u00bb. Tout d\u00e9pend de l\u2019usage qu\u2019on en fait.<br \/>\nPr\u00e9parer un bon repas est une d\u00e9monstration d\u2019amiti\u00e9 : en effet \u00ab comme peut-on exprimer plus na\u00efvement le d\u00e9sir que l\u2019on a qu\u2019un ami fasse bonne ch\u00e8re, que de pr\u00e9parer un bon et excellent festin \u00bb ?<br \/>\nMais ne tombons pas dans les exc\u00e8s : \u00ab Ceux qui, \u00e9tant en festin, vont picotant chaque mets et en mangent de tous un peu, se d\u00e9traquent si fort l\u2019estomac, dans lequel se fait une grande indigestion qui les em\u00acp\u00eache de dormir toute la nuit, ne pouvant faire autre chose que cracher \u00bb. Les noces sont de grandes occasions de f\u00eates et de r\u00e9jouissances, mais il n\u2019est pas rare, constatait-il, qu\u2019\u00ab il y arrive mille d\u00e9r\u00e8glements en passe-\u00actemps, festins et paroles \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Les conversations<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Parmi les passe-temps les plus communs et les plus agr\u00e9ables de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, il y a enfin la conversation famili\u00e8re, les \u00ab devis joyeux et amiables \u00bb. Les th\u00e8mes que l\u2019on aborde peuvent \u00eatre tr\u00e8s vari\u00e9s. Au dire de Camus, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve ne d\u00e9daignait pas de parler avec ses amis \u00ab de b\u00e2timents, de peintures, de musique, de chasses, d\u2019oiseaux, de plantes, de jardinages, de fleurs \u00bb. Sa mani\u00e8re \u00e0 lui \u00e9tait de tirer \u00ab de toutes ces choses autant d\u2019\u00e9l\u00e9vations d\u2019esprit \u00bb.<br \/>\nDans l\u2019<em>Introduction<\/em>, il a consacr\u00e9 cinq chapitres au th\u00e8me <em>Du parler<\/em>. Entre les deux exc\u00e8s que sont le babillage et la taciturnit\u00e9, il y a place pour les devis, dont les deux qualit\u00e9s principales devaient \u00eatre la gaiet\u00e9 et l\u2019amabilit\u00e9. Trois d\u00e9fauts les d\u00e9parent : les paroles d\u00e9shonn\u00eates, la m\u00e9disance et la moquerie.<br \/>\n\u00c0 la suite d\u2019Aristote et de saint Thomas, Fran\u00e7ois de Sales a fait l\u2019\u00e9loge de l\u2019\u00ab eutrap\u00e9lie \u00bb, terme grec qui d\u00e9signe la bonne conversation, c\u2019est-\u00e0-dire celle qui se fait avec \u00ab la face et les paroles orn\u00e9es de joie, gaiet\u00e9 et civilit\u00e9 \u00bb, car \u00ab il faut pour l\u2019ordinaire qu\u2019une joie mod\u00e9r\u00e9e pr\u00e9domine en notre conversation \u00bb, et pour cela Philoth\u00e9e doit \u00e9viter les \u00ab ris\u00e9es et joies sottes et insolentes \u00bb, comme de \u00ab faire tomber l\u2019un, noircir l\u2019autre, piquer le tiers, faire du mal \u00e0 un fol \u00bb.<br \/>\nLa joie n\u2019est pas seulement pour soi, elle est en quelque sorte un devoir social. Les lettres \u00e0 ses correspondants abondent en conseils de ce genre : \u00ab Conservez la sainte gaiet\u00e9 cordiale qui nourrit les forces de l\u2019esprit et \u00e9difie le prochain \u00bb. Pour donner du \u00ab contentement \u00bb aux autres, la joie est indispensable : \u00ab Je suis bien consol\u00e9 de la gaiet\u00e9 avec laquelle vous vivez ; car Dieu est le Dieu de la joie \u00bb.<br \/>\nOn peut donc plaisanter et dire des plaisanteries, n\u2019en d\u00e9plaise au religieux avignonnais qui l\u2019avait \u00ab bafou\u00e9 en public \u00bb parce qu\u2019il avait \u00e9crit dans l\u2019Introduction \u00ab qu\u2019en r\u00e9cr\u00e9ation on peut dire des quolibets \u00bb. L\u2019exemple venait de haut :<\/p>\n<p><em>Saint Louis, quand les religieux voulaient lui parler des choses relev\u00e9es apr\u00e8s d\u00eener : Il n\u2019est pas temps d\u2019all\u00e9guer, disait-il, mais de se r\u00e9cr\u00e9er par quelque joyeuset\u00e9 et quolibets : que chacun dise ce qu\u2019il voudra honn\u00eatement.<br \/>\n<\/em><br \/>\nSi les paroles sont \u00ab nettes, civiles et pudiques \u00bb, quel mal y a-t-il \u00e0 cela ? Fran\u00e7ois de Sales recommande souvent la joie, m\u00eame aux filles de la Visitation qui pouvaient \u00eatre tent\u00e9es de n\u00e9gliger la r\u00e9cr\u00e9ation. Le devoir, les responsabilit\u00e9s, les occupations comportent des obligations qui risquent facilement de nous faire oublier le \u00ab devoir de la joie \u00bb. Fran\u00e7ois de Sales parlait d\u2019exp\u00e9rience quand il \u00e9crivait :<\/p>\n<p><em>Il faut non seulement faire la volont\u00e9 de Dieu, mais pour \u00eatre d\u00e9vot, il la faut faire gaiement. Si je n\u2019\u00e9tais pas \u00e9v\u00eaque, peut-\u00eatre que, sachant ce que je sais, je ne le voudrais pas \u00eatre ; mais l\u2019\u00e9tant, non seulement je suis oblig\u00e9 de faire ce que cette p\u00e9nible vocation requiert, mais je dois le faire joyeusement, et dois me plaire en cela et m\u2019y agr\u00e9er.<br \/>\n<\/em><br \/>\nOn aura compris que la joie ne r\u00e9sidait pas toujours \u00e0 tous les \u00ab \u00e9tages \u00bb de l\u2019\u00e2me humaine, mais parfois seulement dans la \u00ab fine pointe \u00bb.<\/p>\n<p><strong>L\u2019humour sal\u00e9sien<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 court de nouvelles, il r\u00e9pond \u00e0 un ami curieux d\u2019en avoir : \u00ab Toutes nos nouvelles consistent en ce que nous n\u2019en avons point \u00bb. L\u2019observation des petits travers des uns et des autres se pr\u00eate bien \u00e0 quelque plaisanterie. \u00c0 une de ses filles spirituelles un peu pr\u00e9somptueuse et suffisante, il lance ce trait gentiment moqueur : \u00ab Je suis bien aise que mes livres ont trouv\u00e9 de l\u2019acc\u00e8s en votre esprit, qui \u00e9tait si brave que de croire qu\u2019il se suffisait \u00e0 soi-m\u00eame \u00bb. Peut-on autoriser certaines dames de Chamb\u00e9ry \u00e0 entrer dans le monast\u00e8re pour voir la congr\u00e9gation naissante : \u00ab Je leur ai dit qu\u2019oui, pourvu qu\u2019elles ne tra\u00eenassent pas leur grande queue [\u2026]. Elles sont bien bonnes femmes, la vanit\u00e9 sauve \u00bb.<br \/>\nL\u2019ironie est tr\u00e8s fine dans ce passage d\u2019un sermon o\u00f9 il se moque de la fausse courtoisie que l\u2019on pratique en \u00e9coutant le pr\u00e9dicateur : \u00ab Quand on est invit\u00e9 au banquet, on prend pour soi, mais ici on est extr\u00eamement courtois, car on ne cesse de donner aux autres \u00bb.<br \/>\nUne grande question parmi les auteurs spirituels \u00e9tait de savoir s\u2019il \u00e9tait permis de rire. En r\u00e9alit\u00e9, il y a deux sortes de rires : \u00ab La moquerie provoque \u00e0 rire par m\u00e9pris et contemnement du prochain ; mais la gaiet\u00e9 et gausserie provoque \u00e0 rire par une simple libert\u00e9, confiance et famili\u00e8re franchise, conjointe \u00e0 la gentillesse de quelque mot \u00bb. Quand l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve faisait le cat\u00e9chisme aux enfants, il prenait plaisir \u00ab \u00e0 faire un peu rire l\u2019assistance \u00bb en se moquant des masques et des bals, pendant que son auditoire le \u00ab conviait par son applaudissement \u00e0 continuer \u00e0 faire l\u2019enfant avec les enfants \u00bb.<br \/>\nL\u2019humour est le sel de la conversation et un des moyens les plus s\u00fbrs de communiquer avec le prochain. M. de Gen\u00e8ve avait un certain go\u00fbt pour les \u00ab jeux de paroles \u00bb. Parlant de la douceur envers soi-m\u00eame, il raille gentiment ceux qui \u00ab s\u2019\u00e9tant mis en col\u00e8re, se courroucent de s\u2019\u00eatre courrouc\u00e9s, entrent en chagrin de s\u2019\u00eatre chagrin\u00e9s, et ont d\u00e9pit de s\u2019\u00eatre d\u00e9pit\u00e9s \u00bb. \u00c0 propos des illusions que certains se faisaient sur les secrets bien gard\u00e9s dans les monast\u00e8res de femmes, on trouve cette remarque plaisante : \u00ab Il n\u2019y a point de secret qui ne passe secr\u00e8tement [de l\u2019une] \u00e0 l\u2019autre \u00bb.<br \/>\nQuand il apprend que son fr\u00e8re Jean-Fran\u00e7ois sera son coadjuteur et qu\u2019il le d\u00e9chargera bient\u00f4t du poids du dioc\u00e8se, il s\u2019\u00e9crie : \u00ab Cela vaut mieux qu\u2019un chapeau de cardinal \u00bb. Ce fr\u00e8re, de caract\u00e8re imp\u00e9tueux et impatient, exercera plusieurs fois sa patience, au point qu\u2019il lui avouera un jour : \u00ab Je pense, mon fr\u00e8re, qu\u2019il y a une femme bien heureuse. Devinez quelle elle est. [\u2026] Cette femme bien heureuse, c\u2019est celle que vous n\u2019avez pas \u00e9pous\u00e9e \u00bb. Un jour il compara les trois fr\u00e8res de Sales aux trois ingr\u00e9dients n\u00e9cessaires pour faire une bonne salade :<\/p>\n<p><em>Nous ferions \u00e0 nous trois l\u2019appr\u00eat d\u2019une tr\u00e8s bonne salade : Jean-Fran\u00e7ois ferait le bon vinaigre, tant il est fort ; Louis ferait le sel, tant il est sage ; et le pauvre Fran\u00e7ois est un bon gros gar\u00e7on qui servirait d\u2019huile, tant il estime la douceur.<br \/>\n<\/em><br \/>\nHeureux celui qui sait rire de lui-m\u00eame !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vie n\u2019est pas faite seulement de travaux et d\u2019occupations s\u00e9rieuses, mais aussi de moments&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":47624,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":54,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[2634,2554,2194,1968,2022,2028],"class_list":["post-47631","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-conciles","tag-dieu","tag-education","tag-saints","tag-vertus","tag-vie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47631"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47631\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47639,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47631\/revisions\/47639"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47624"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}