{"id":47587,"date":"2025-12-16T08:54:25","date_gmt":"2025-12-16T08:54:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=47587"},"modified":"2025-12-16T08:56:45","modified_gmt":"2025-12-16T08:56:45","slug":"je-suis-venu-pour-servir-et-donner-ma-vie-rodolfo-lunkenbein-1939-1976","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/je-suis-venu-pour-servir-et-donner-ma-vie-rodolfo-lunkenbein-1939-1976\/","title":{"rendered":"\u00ab Je suis venu pour servir et donner ma vie \u00bb. Rodolfo Lunkenbein (1939-1976)"},"content":{"rendered":"<p><em>En juillet 1976, au c\u0153ur du Mato Grosso br\u00e9silien, un jeune missionnaire sal\u00e9sien allemand et un cat\u00e9chiste indig\u00e8ne bororo scell\u00e8rent par leur sang leur fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9vangile et leur alliance avec les plus pauvres. Le p\u00e8re Rodolfo Lunkenbein et Sim\u00e3o Bororo furent tu\u00e9s alors qu&rsquo;ils d\u00e9fendaient les terres et les droits du peuple bororo contre la violence des fazendeiros. Leur sacrifice repr\u00e9sente un t\u00e9moignage lumineux de la mani\u00e8re dont l&rsquo;annonce chr\u00e9tienne s&rsquo;incarne dans la promotion de la justice, le respect des cultures indig\u00e8nes et la d\u00e9fense des opprim\u00e9s. Cet essai retrace le parcours spirituel et missionnaire du p\u00e8re Rodolfo, de sa vocation de jeunesse jusqu&rsquo;\u00e0 son martyre, en soulignant comment sa vie a pleinement incarn\u00e9 la devise choisie pour sa premi\u00e8re messe : \u00ab Je suis venu pour servir et donner ma vie \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>1. Un p\u00e8lerinage<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je voudrais commencer mon intervention en partageant ce que j&rsquo;ai v\u00e9cu en mai 2016 lorsque j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par l&rsquo;Inspecteur de Campogrande (Mato Grosso do Sul &#8211; Br\u00e9sil), Don Gild\u00e1sio Mendes Dos Santos, \u00e0 visiter les lieux o\u00f9 ont v\u00e9cu et ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s le p\u00e8re Rodolfo Lunkenbein et Sim\u00e3o Bororo et \u00e0 aider au discernement concernant l&rsquo;ouverture de la Cause de b\u00e9atification. Ce discernement, d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 depuis un certain temps et pr\u00e9par\u00e9 au moyen de recherches, de t\u00e9moignages et de documents, avait besoin d\u2019une orientation d\u00e9cisive.<br \/>\nApr\u00e8s avoir inaugur\u00e9 le mois marial \u00e0 Cuiab\u00e1, ville o\u00f9 les Sal\u00e9siens sont arriv\u00e9s en 1894, j&rsquo;ai visit\u00e9 les terres indig\u00e8nes des Bororos et des Xavantes o\u00f9 les Sal\u00e9siens sont pr\u00e9sents depuis 1904. Arriv\u00e9 \u00e0 Meruri, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 accueilli par la communaut\u00e9 bororo avec des rituels d&rsquo;accueil propres \u00e0 cette culture\u00a0: chants, danses, investiture, peintures&#8230; S&rsquo;ensuivit une sorte de parcours qui se concr\u00e9tisa de plus en plus comme un p\u00e8lerinage avec des \u00e9tapes et des stations :<br \/>\n&#8211; d\u00e9part dans la cour de la mission, lieu de l&rsquo;assassinat du p\u00e8re Rodolfo et de Sim\u00e3o le 15 juillet 1976, comme pour signifier que la cour sal\u00e9sienne est vraiment un lieu de martyre, lieu de d\u00e9vouement pastoral et \u00e9ducatif \u00e0 la mission re\u00e7ue, lieu de disponibilit\u00e9 \u00e0 vivre avec fid\u00e9lit\u00e9 la vocation jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effusion du sang ;<br \/>\n&#8211; arr\u00eat au cimeti\u00e8re de la communaut\u00e9 bororo, o\u00f9 sont enterr\u00e9s Don Rodolfo et Sim\u00e3o et o\u00f9 deux indig\u00e8nes ont comm\u00e9mor\u00e9 l&rsquo;histoire et la figure des deux t\u00e9moins (comme on le faisait aux premiers temps de l&rsquo;\u00c9glise), soulignant leur amour pour les petits et les pauvres. Ils ont parl\u00e9 avec une vivacit\u00e9 de souvenirs et d\u2019\u00e9motions comme si les faits s&rsquo;\u00e9taient produits peu de temps auparavant. Sur la tombe du p\u00e8re Rodolfo est grav\u00e9e la devise qu&rsquo;il a choisie \u00e0 l&rsquo;occasion de sa Premi\u00e8re Messe : \u00ab Je suis venu pour servir et donner ma vie \u00bb. Les Bororos l&rsquo;appelaient \u00ab Poisson dor\u00e9 \u00bb, comme pour rappeler symboliquement que les premiers chr\u00e9tiens exprimaient dans le symbole du poisson le myst\u00e8re du Christ ;<br \/>\n&#8211; p\u00e8lerinage vers l&rsquo;\u00e9glise paroissiale de la mission, Sagrado Cora\u00e7\u00e3o de Jesus, en passant par la Porte Sainte. En effet, pour l&rsquo;Ann\u00e9e de la mis\u00e9ricorde, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque dioc\u00e9sain avait voulu que l&rsquo;\u00e9glise de Meruri soit une \u00e9glise jubilaire, en m\u00e9moire du p\u00e8re Rodolfo et de Sim\u00e3o. Tous deux ont montr\u00e9 dans leur vie et dans leur mort que la justice est essentiellement un abandon confiant \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu et ont d\u00e9fendu les pauvres et les opprim\u00e9s, en pardonnant \u00e0 leurs meurtriers, comme Sim\u00e3o l&rsquo;a fait avant de mourir, et comme le p\u00e8re Rodolfo l&rsquo;avait exprim\u00e9 lors de sa premi\u00e8re hom\u00e9lie ;<br \/>\n&#8211; c\u00e9l\u00e9bration eucharistique, o\u00f9 l&rsquo;on a fait m\u00e9moire du sacrifice commun du p\u00e8re Rodolfo et de Sim\u00e3o en union avec le sacrifice du Christ. Meruri repr\u00e9sente l&rsquo;alliance dans le sang : un sal\u00e9sien, le p\u00e8re Rodolfo, qui donne sa vie pour les Bororos ; un Bororo, Sim\u00e3o, qui donne sa vie pour le p\u00e8re Rodolfo ;<br \/>\n&#8211; rencontre avec quelques t\u00e9moins : deux femmes ont racont\u00e9 comment, par l&rsquo;intercession du p\u00e8re Rodolfo, elles avaient re\u00e7u des gr\u00e2ces de gu\u00e9rison, l&rsquo;une pour une fille tr\u00e8s malade et en danger de mort, l&rsquo;autre pour une autre petite fille atteinte d&rsquo;une infection \u00e0 une oreille et instantan\u00e9ment gu\u00e9rie. La rencontre avec le p\u00e8re Gonzalo Ochoa, t\u00e9moin direct de l&rsquo;assassinat du missionnaire et de l&rsquo;Indien Sim\u00e3o, et avec le p\u00e8re Bartolomeo Giaccaria, qui travaille parmi les Xavantes depuis 1954. Touchant fut le t\u00e9moignage d&rsquo;un jeune aspirant sal\u00e9sien appartenant aux Bororos qui parla du p\u00e8re Rodolfo avec \u00e9motion en disant qu&rsquo;en famille, on lui avait racont\u00e9 que gr\u00e2ce au sacrifice du missionnaire sal\u00e9sien, son peuple n&rsquo;avait pas disparu, mais avait m\u00eame augment\u00e9 en nombre et m\u00eame en f\u00e9condit\u00e9 vocationnelle ;<br \/>\n&#8211; visite au cimeti\u00e8re d&rsquo;Araguaya o\u00f9 reposent les restes mortels de deux missionnaires\u00a0: le p\u00e8re Giovanni Fuchs et le p\u00e8re Pedro Sacilotti, tu\u00e9s par les Xavantes le 1<sup>er<\/sup> novembre 1934, semence d&rsquo;espoir pour la mission sal\u00e9sienne parmi les Indios du Mato Grosso.<\/p>\n<p><strong>2. \u00ab Une alliance des c\u0153urs et des r\u00eaves en terre de mission \u00bb<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Rodolfo Lunkenbein est n\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> avril 1939 \u00e0 D\u00f6ringstadt en Allemagne. D\u00e8s son adolescence, la lecture des publications sal\u00e9siennes \u00e9veilla en lui le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre missionnaire. Envoy\u00e9 au Br\u00e9sil comme missionnaire, il fit son stage pratique dans la mission de Meruri, o\u00f9 il resta jusqu&rsquo;en 1965. Ordonn\u00e9 pr\u00eatre le 29 juin 1969 en Allemagne, il choisit comme devise : \u00ab Je suis venu pour servir et donner ma vie \u00bb. Il retourna ensuite \u00e0 Meruri, o\u00f9 il fut accueilli avec beaucoup d&rsquo;affection par les Bororos, qui lui donn\u00e8rent le nom de \u00ab\u00a0Koge Ekureu\u00a0\u00bb (Poisson dor\u00e9). Il participa en 1972 \u00e0 la fondation du Conseil Missionnaire Indig\u00e8ne (CIMI) et lutta pour la d\u00e9fense des r\u00e9serves indig\u00e8nes. Le 15 juillet 1976, il fut tu\u00e9 dans la cour de la mission sal\u00e9sienne. Lors de sa derni\u00e8re visite en Allemagne, en 1974, sa m\u00e8re le priait de faire attention, car elle avait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e des risques que courait son fils. Il r\u00e9pondit : \u00ab Maman, pourquoi t&rsquo;inqui\u00e8tes-tu ? S\u2019ils veulent me casser le doigt, je leur tends mes deux mains. Il n&rsquo;y a rien de plus beau que de mourir pour la cause de Dieu. Ce serait mon r\u00eave \u00bb.<br \/>\nSim\u00e3o Bororo, ami de Don Lunkenbein, naquit \u00e0 Meruri le 27 octobre 1937 et fut baptis\u00e9 le 7 novembre de la m\u00eame ann\u00e9e. Il \u00e9tait membre du groupe de Bororos qui accompagna les missionnaires Don Pedro Sbardellotto et le Sal\u00e9sien coadjuteur Jorge W\u00f6rz dans la premi\u00e8re r\u00e9sidence missionnaire parmi les Xavantes, dans la mission de Santa Teresina durant les ann\u00e9es 1957-1958. Entre 1962 et 1964, il participa \u00e0 la construction des premi\u00e8res maisons en briques pour les familles bororos de Meruri, devenant un ma\u00e7on exp\u00e9riment\u00e9 et consacrant le reste de sa vie \u00e0 ce m\u00e9tier. Il fut mortellement bless\u00e9 en tentant de d\u00e9fendre la vie de Don Lunkenbein le 15 juillet 1976. Avant de mourir, il pardonna \u00e0 ses meurtriers.<br \/>\nPar leur sacrifice, Don Lunkenbein et Sim\u00e3o Bororo ont t\u00e9moign\u00e9 qu&rsquo;il y a parmi nous Quelqu&rsquo;un qui est plus fort que le mal, plus fort que ceux qui tirent profit de la souffrance des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, de ceux qui \u00e9crasent les autres avec arrogance\u2026 Les martyrs ne vivent pas pour eux-m\u00eames, ne combattent pas pour affirmer leurs id\u00e9es, mais acceptent de mourir uniquement par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9vangile. On reste stup\u00e9fait devant la force avec laquelle ils ont affront\u00e9 l&rsquo;\u00e9preuve. Cette force est le signe de la grande esp\u00e9rance qui les animait, l&rsquo;esp\u00e9rance certaine que rien ni personne ne pouvait les s\u00e9parer de l&rsquo;amour de Dieu qui nous est donn\u00e9 en J\u00e9sus-Christ.<br \/>\nDon Lunkenbein annon\u00e7ait un Dieu fraternel, promouvait la justice et cherchait une vie en pl\u00e9nitude pour le peuple bororo, qui vivait dans un contexte d&rsquo;exclusion, de m\u00e9pris, menac\u00e9 par ceux qui voulaient occuper sans scrupules sa terre. Il t\u00e9moigne que l&rsquo;annonce de l&rsquo;\u00c9vangile se manifeste dans le respect et la promotion de la culture, des traditions, des styles et des rythmes de vie de la population indig\u00e8ne, dont il soutenait le processus de lib\u00e9ration.<br \/>\nLe p\u00e8re Lunkenbein et Sim\u00e3o ont v\u00e9cu une v\u00e9ritable rencontre avec J\u00e9sus-Christ, scellant dans le sang une alliance profonde \u00e0 travers le don de soi, \u00ab une alliance de c\u0153urs et de r\u00eaves en terre de mission \u00bb.<\/p>\n<p><strong>3. Le 15 juillet 1976<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La temp\u00eate qui couvait depuis longtemps \u00e9clata \u00e0 neuf heures ce matin-l\u00e0, lorsque les fazendeiros arriv\u00e8rent \u00e0 Meruri. Ils n&rsquo;attaqu\u00e8rent pas imm\u00e9diatement la mission. Ils arr\u00eat\u00e8rent deux g\u00e9om\u00e8tres \u00e0 quatre kilom\u00e8tres du village. Ils d\u00e9sarm\u00e8rent les quatre indig\u00e8nes qui les accompagnaient, les menac\u00e8rent avec leurs propres armes, les firent monter comme des prisonniers dans leurs voitures et repartirent. Ils arriv\u00e8rent pr\u00e8s de quelques maisons de colons o\u00f9 ils s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent pour manger un morceau et boire de la cacha\u00e7a et du rhum. Excit\u00e9s, ils se dirig\u00e8rent r\u00e9solument vers la mission. La vieille lutte pour la possession de la terre \u00e9tait en cours. Deux organisations li\u00e9es au Minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur, la Funai et l&rsquo;Incra, prot\u00e8gent respectivement les int\u00e9r\u00eats des indig\u00e8nes et des colons, mais dans l&rsquo;exercice de leurs fonctions, elles rencontrent de nombreuses difficult\u00e9s. Des centaines de petits propri\u00e9taires expuls\u00e9s des grandes fermes des riches latifondistes envahissaient les territoires des indig\u00e8nes et s&rsquo;y installaient, parfois dans des situations d&rsquo;extr\u00eame pauvret\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait le cas \u00e0 Meruri. La pr\u00e9sence des g\u00e9om\u00e8tres de la Funai venus redistribuer les terres avait soudainement raviv\u00e9 la fureur. Lorsque les fazendeiros arriv\u00e8rent (ils \u00e9taient au total 62, arm\u00e9s de pistolets et de couteaux), d\u00e9sireux d&rsquo;exprimer leur col\u00e8re, ils ne trouv\u00e8rent qu&rsquo;un petit missionnaire, le p\u00e8re Ochoa. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 le frapper, criant que les missionnaires \u00e9taient tous des voleurs, qu&rsquo;ils voulaient pour eux les terres des indig\u00e8nes. Les guerriers bororos \u00e9taient partis une semaine auparavant \u00e0 la chasse \u00e0 l&rsquo;arara (le gros perroquet iris\u00e9) et au pecari (une esp\u00e8ce de sanglier). Le petit missionnaire, bouscul\u00e9 et insult\u00e9, ne savait comment se d\u00e9fendre, lorsque le p\u00e8re Rodolfo arriva.<br \/>\nIl \u00e9tait en sueur, fatigu\u00e9 et souriant. Ses mains \u00e9taient pleines de graisse, car il avait d\u00fb r\u00e9parer encore une fois la jeep. Les envahisseurs \u00e9taient des hommes connus dans le village. Leur chef Eugenio, qui venait de finir son petit d\u00e9jeuner, s&rsquo;approcha et reconnut imm\u00e9diatement Jo\u00e3o, Preto, et beaucoup d&rsquo;autres. Jo\u00e3o et le p\u00e8re Rodolfo parlaient de terres \u00e0 mesurer, et le missionnaire essayait de donner des explications. \u00ab Ce n&rsquo;est pas comme \u00e7a, ces mesures sont des choses officielles, ordonn\u00e9es par la Funai&#8230; \u00bb Les colons, en revanche, se sentaient flou\u00e9s. Alors le p\u00e8re Rodolfo proposa de faire la liste de tous ceux qui souhaitaient protester\u00a0; lui-m\u00eame recueillerait leur protestation et l&rsquo;enverrait \u00e0 la Funai, l&rsquo;organisation gouvernementale qui prot\u00e8ge les indig\u00e8nes. Ils entr\u00e8rent dans le bureau, et le p\u00e8re Rodolfo s&rsquo;assit. Il \u00e9crivit sur une grande feuille, un par un, 42 noms. Cette feuille, avec son \u00e9criture visiblement nerveuse, est rest\u00e9e sur la table.<br \/>\nLe p\u00e8re Rodolfo n&rsquo;imaginait pas qu&rsquo;il \u00e9crivait pour la derni\u00e8re fois, et qu&rsquo;il tra\u00e7ait les noms de ses bourreaux. Tout semblait en ordre. Le cacique, les neuf indig\u00e8nes, les g\u00e9om\u00e8tres et les fazendeiros retourn\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur et le p\u00e8re Rodolfo serra la main de chacun. Les g\u00e9om\u00e8tres d\u00e9charg\u00e8rent leur mat\u00e9riel d\u2019une voiture pour le r\u00e9cup\u00e9rer. Ils retir\u00e8rent \u00e9galement les armes saisies aux Indiens bororos. En voyant cette \u00e9trange op\u00e9ration, le p\u00e8re Rodolfo eut une r\u00e9action de surprise et de reproche. R\u00e9action fatale. Jo\u00e3o Mineiro le frappa imm\u00e9diatement d&rsquo;une gifle. Les indig\u00e8nes accoururent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Jo\u00e3o sortit de sa poche un revolver Beretta. Il \u00e9tait en train de viser quand Gabriel, un des Bororos, lui saisit le poignet. Au m\u00eame instant, Preto sortit son pistolet et tira sur le missionnaire. De la v\u00e9randa, s\u0153ur Rita vit le p\u00e8re Rodolfo porter les mains \u00e0 sa poitrine, et sa silhouette haute et robuste vaciller. Preto tira quatre autres balles sur le missionnaire, qui s\u2019abattit sur le sol. L&rsquo;Indien Sim\u00e3o, qui avait tent\u00e9 de d\u00e9fendre le missionnaire, fut touch\u00e9 en plein. La m\u00e8re du jeune Indien, Tereza, courut vers son fils pour l&rsquo;aider, et re\u00e7ut une balle \u00e0 la poitrine. Enfin, les assaillants s&rsquo;enfuirent. Ils saut\u00e8rent dans les voitures. S\u0153ur Rita courut l\u00e0 o\u00f9 le p\u00e8re Rodolfo gisait dans son sang. Il \u00e9tait vivant, mais \u00e0 l&rsquo;agonie. Elle ne put lui offrir qu&rsquo;un mot de r\u00e9confort : \u00ab P\u00e8re directeur, vai para a casa do Pai \u00bb (P\u00e8re directeur, retourne \u00e0 la maison du P\u00e8re). Le missionnaire esquissa un sourire, puis son c\u0153ur s&rsquo;arr\u00eata. Le sacrifice \u00e9tait accompli. La Messe de Rodolfo Lunkenbein \u00e9tait termin\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>4. Histoire de la Cause<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le 7 septembre 2016, la Congr\u00e9gation des Causes des Saints a communiqu\u00e9 \u00e0 Mgr Prot\u00f3genes Jos\u00e9 Luft, S.d.C., \u00e9v\u00eaque de Barra do Gar\u00e7as (Br\u00e9sil), le feu vert de la part du Saint-Si\u00e8ge pour la Cause de martyre des serviteurs de Dieu, Rodolfo Lunkenbein, pr\u00eatre sal\u00e9sien, et Sim\u00e3o Bororo, la\u00efc, tu\u00e9s en haine de la foi le 15 juillet 1976 dans la mission sal\u00e9sienne de Meruri (Mato Grosso \u2013 Br\u00e9sil).<br \/>\n\u00ab Meruri Rodolfo ! Meruri Sim\u00e3o ! Meruri, mart\u00edrio, miss\u00e3o ! \u00bb. Cette phrase du po\u00e8me de Mgr Casald\u00e1liga, \u00e9v\u00eaque \u00e9m\u00e9rite de la Pr\u00e9fecture de S\u00e3o F\u00e9lix do Araguaia, ne pouvait pas mieux d\u00e9crire ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 Meruri, le 31 janvier 2018, lorsque Mgr Prot\u00f3genes Jos\u00e9 Luft, \u00e9v\u00eaque de Barra do Gar\u00e7as, a ouvert officiellement l&rsquo;Enqu\u00eate dioc\u00e9saine sur la vie, le martyre, ainsi que sur la r\u00e9putation et les signes de saintet\u00e9 des deux serviteurs de Dieu\u00a0: Rodolfo Lunkenbein, pr\u00eatre prof\u00e8s de la Soci\u00e9t\u00e9 de Saint Fran\u00e7ois de Sales, et l&rsquo;indig\u00e8ne Simon Christian Koge Kudugodu, dit Sim\u00e3o Bororo, la\u00efc.<br \/>\nIl ne pouvait y avoir meilleur cadeau \u00e0 pr\u00e9senter \u00e0 Don Bosco pour le jour de sa f\u00eate : un fils missionnaire de Don Bosco et un indig\u00e8ne destinataire de sa mission, marchant ensemble sur le chemin des autels. Le po\u00e8me de Mgr Pedro Casald\u00e1liga continue ainsi : \u00ab Dans la messe et dans la danse, dans le sang et dans la terre, Rodolfo et Sim\u00e3o tissent leur alliance ! Meruri dans la vie, Meruri dans la mort, et l&rsquo;amour le plus fort, mission accomplie \u00bb.<br \/>\nLa Cause avance rapidement. Plus de 40 t\u00e9moins ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 entendus\u00a0: des sal\u00e9siens, des s\u0153urs, des Indiens bororos, des parents du p\u00e8re Rodolfo. C\u2019est incroyable comment cette Cause a touch\u00e9 le c\u0153ur de tant de personnes dans la province sal\u00e9sienne du Mato Grosso, dans le Br\u00e9sil sal\u00e9sien et dans l&rsquo;\u00c9glise. L&rsquo;exemple de foi et d&rsquo;amour pour le Royaume de Dieu de Rodolfo et de Sim\u00e3o est vraiment un signe et un appel au renouveau et \u00e0 l&rsquo;ardeur missionnaire. Don Rodolfo et Sim\u00e3o font partie d&rsquo;une longue lign\u00e9e de missionnaires catholiques et d&rsquo;indig\u00e8nes assassin\u00e9s qui ont accompagn\u00e9, \u00e9vang\u00e9lis\u00e9 les <em>Indios<\/em> et ont lutt\u00e9 pour leurs droits. La lutte pour la d\u00e9fense de la terre, des peuples qui l&rsquo;habitent et de ses immenses richesses naturelles, culturelles et spirituelles, a \u00e9t\u00e9 et est encore f\u00e9cond\u00e9e par le sang de martyrs.<br \/>\nCette Cause se d\u00e9roule dans le contexte du 125<sup>e <\/sup>anniversaire du d\u00e9but de la pr\u00e9sence missionnaire sal\u00e9sienne au Mato Grosso. Chaque nouvelle \u00e9tape suppose toujours une contribution pr\u00e9c\u00e9dente de saintet\u00e9. De plus, la Cause se d\u00e9roule durant le temps de pr\u00e9paration et de c\u00e9l\u00e9bration du Synode sp\u00e9cial pour la r\u00e9gion Panamazonienne voulu par le pape Fran\u00e7ois. Un Synode qui a pour objectif d&rsquo;\u00ab identifier de nouvelles voies pour l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation du peuple de Dieu dans les zones de la grande Amazonie, en particulier des populations indig\u00e8nes \u00bb.<\/p>\n<p><strong>5. \u00c0 l&rsquo;\u00e9coute du p\u00e8re Rodolfo<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Lunkenbein manifestait son c\u0153ur missionnaire et la force proph\u00e9tique de l&rsquo;\u00c9vangile dans la promotion de la justice et de la solidarit\u00e9 dans ses lettres, ses hom\u00e9lies et au cours d&rsquo;autres interventions. Dans sa premi\u00e8re hom\u00e9lie prononc\u00e9e le quinzi\u00e8me dimanche apr\u00e8s la Pentec\u00f4te dans la paroisse d&rsquo;Aschau (Allemagne), le 15 septembre 1968, le jeune pr\u00eatre rappelait comment \u00ab les textes de la messe dominicale nous indiquent de mani\u00e8re toujours nouvelle le sens et la finalit\u00e9 de la vie \u00bb, manifestant comment la Parole de Dieu a toujours \u00e9t\u00e9 la lampe qui a \u00e9clair\u00e9 son chemin. Il poursuivit en commentant le chapitre 6 de la lettre de saint Paul aux Galates. Tout d&rsquo;abord, il contextualise de mani\u00e8re vraiment significative la parole proclam\u00e9e, r\u00e9veillant la dignit\u00e9 de la personne humaine en tant qu&rsquo;\u00eatre communautaire et fils aim\u00e9 de Dieu : \u00ab Nous sommes des \u00eatres rationnels, nous ne sommes pas des animaux. Nous vivons ensemble en communaut\u00e9. Nous sommes des enfants de Dieu, chr\u00e9tiens et non chr\u00e9tiens, et nous sommes tous aim\u00e9s par Celui qui nous a cr\u00e9\u00e9s et est notre P\u00e8re \u00bb. Il exhortait ensuite les chr\u00e9tiens \u00e0 vivre de fa\u00e7on responsable en employant une expression vraiment suggestive : \u00ab Par cons\u00e9quent, chaque chr\u00e9tien devrait agir comme une personne humaine en position chr\u00e9tienne \u00bb. Le p\u00e8re Rodolfo appara\u00eet dans toutes les photos comme un homme grand, toujours souriant, avec un physique fort et robuste, comme pour signifier aussi sa robustesse int\u00e9rieure.<br \/>\nTous ceux qui l\u2019accostaient pour la premi\u00e8re fois \u00e9taient impressionn\u00e9s par sa taille imposante de 1 m\u00e8tre 92. Mais apr\u00e8s l&rsquo;impact initial, chacun se sentait aussit\u00f4t accueilli par la bont\u00e9 contagieuse et le sourire joyeux et affectueux de ce pr\u00eatre sal\u00e9sien missionnaire.<br \/>\nIl poursuivit son hom\u00e9lie en disant : \u00ab Soyons humbles, c&rsquo;est-\u00e0-dire, soyons modestes, restons \u00e0 notre place en tant que cr\u00e9atures de Dieu qui est notre P\u00e8re, seigneur de la cr\u00e9ation, de la vie et de la mort ; c&rsquo;est notre orientation fondamentale. \u00catre humble ne signifie pas m\u00e9priser notre propre dignit\u00e9, mais au contraire, \u00eatre humble, c&rsquo;est savoir vivre en pr\u00e9sence de Dieu qui demeure en nous \u00bb. Le chr\u00e9tien, \u00e0 l&rsquo;exemple du Christ et en suivant ses pas, est appel\u00e9 \u00e0 renoncer \u00e0 lui-m\u00eame et \u00e0 vivre selon la vocation re\u00e7ue : \u00ab Notre mission est comme la sienne : \u00eatre ici pour les hommes, pour les p\u00e9cheurs, pour les malades, pour les personnes \u00e2g\u00e9es et pour les aimer. De cette mani\u00e8re, nous sommes comme le Christ J\u00e9sus. Notre t\u00e2che en tant que chr\u00e9tiens est de suivre ses pas. Mais ses pas sont le chemin de l&rsquo;amour et du bien. Ne nous lassons pas de faire le bien \u00bb (Gal 6,9).<br \/>\nIl concluait son hom\u00e9lie par une pri\u00e8re qui, \u00e0 la lumi\u00e8re du sacrifice final de sa vie, prend une valeur proph\u00e9tique extraordinaire : \u00ab Seigneur, toi qui nous as dit d&rsquo;aimer tous les hommes ; P\u00e8re, toi qui nous as appris \u00e0 prier, pardonne-nous nos dettes, comme nous pardonnons \u00e0 nos d\u00e9biteurs. Nous te demandons : Que ton r\u00e8gne vienne aussi pour nos ennemis. Donne-leur le pain quotidien comme tu le donnes \u00e0 nous. Je ne peux exclure personne de ma pri\u00e8re et de mon amour. Et aucun de ceux qui font le bien ne peut \u00eatre exclu de Dieu. Aimons tous les hommes comme le Seigneur nous a aim\u00e9s. Amen \u00bb. C&rsquo;est une pri\u00e8re de pardon et de r\u00e9conciliation, qui demande le pain m\u00eame pour les ennemis et manifeste un horizon d&rsquo;amour qui n&rsquo;exclut personne. Il est int\u00e9ressant de noter qu&rsquo;il motiva cette pri\u00e8re en rappelant la r\u00e9conciliation survenue entre Bororos et Xavantes, depuis toujours ennemis d\u00e9clar\u00e9s, et scell\u00e9e \u00e0 No\u00ebl 1964 lorsqu\u2019un cacique des Xavantes re\u00e7ut le bapt\u00eame ayant comme parrain un cacique bororo.<br \/>\nDans ses derniers \u00e9crits apparaissent souvent des allusions \u00e0 la mort : \u00ab M\u00eame aujourd&rsquo;hui, un missionnaire doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 mourir pour faire son devoir. L&rsquo;aide que vous nous donnerez montre que vous avez clairement compris ce que signifie aujourd&rsquo;hui \u00eatre chr\u00e9tien : se sacrifier avec le Christ, souffrir avec le Christ, mourir avec le Christ et vaincre avec le Christ pour le salut de tout le monde, de notre prochain \u00bb.<br \/>\n(Lettre \u00e0 ses compatriotes du 11.08.1975).<br \/>\nLa figure du cat\u00e9chiste indig\u00e8ne Sim\u00e3o repr\u00e9sente un mod\u00e8le de chr\u00e9tien \u00ab qui sut assumer sa vocation avec radicalit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, fit l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;inculturation de l&rsquo;\u00c9vangile dans sa propre vie, t\u00e9moigna de la foi personnelle en J\u00e9sus-Christ, partageant la joie de l&rsquo;\u00c9vangile avec son peuple et avec les missionnaires \u00bb. La saintet\u00e9 de don Rodolfo et de Sim\u00e3o est le t\u00e9moignage d&rsquo;une foi dans le Ressuscit\u00e9 v\u00e9cue dans le service quotidien, dans le contact fraternel avec les personnes, dans le travail, dans la pr\u00e9dication de la Parole et dans la cat\u00e9ch\u00e8se, dans la pri\u00e8re ordinaire, dans l&rsquo;amour pour la Vierge Marie, dans la joie et l&rsquo;engagement \u00e9vang\u00e9lique pour la cause indig\u00e8ne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En juillet 1976, au c\u0153ur du Mato Grosso br\u00e9silien, un jeune missionnaire sal\u00e9sien allemand et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":47580,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":14,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[1704,1716,2554,1878,1890,1842,1968,1956,1986,2616],"class_list":["post-47587","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-bienfaiteurs","tag-charisme-salesien","tag-dieu","tag-martyrs","tag-missions","tag-nos-heros","tag-saints","tag-salesiens","tag-solidarite","tag-temoins"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47587","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47587"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47587\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47595,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47587\/revisions\/47595"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47580"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47587"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47587"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47587"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}