{"id":47344,"date":"2025-12-03T07:54:36","date_gmt":"2025-12-03T07:54:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=47344"},"modified":"2025-12-04T22:00:17","modified_gmt":"2025-12-04T22:00:17","slug":"pourquoi-ne-parles-tu-pas-1868","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/pourquoi-ne-parles-tu-pas-1868\/","title":{"rendered":"Pourquoi ne parles-tu pas ? (1868)"},"content":{"rendered":"<p><em>Dans le discours rapport\u00e9 ci-dessous, prononc\u00e9 par Don Bosco entre le 30 avril et le 1er mai 1868, le saint d\u00e9cide de partager avec ses jeunes un r\u00eave aussi troublant que r\u00e9v\u00e9lateur. \u00c0 travers l&rsquo;apparition d&rsquo;un crapaud monstrueux et la vision d&rsquo;une vigne repr\u00e9sentant la communaut\u00e9 de l&rsquo;Oratoire, il d\u00e9voile le combat spirituel qui se livre dans chaque conscience, d\u00e9nonce les vices qui menacent la vie chr\u00e9tienne \u2013 l&rsquo;orgueil et l&rsquo;immodestie surtout \u2013 et indique les rem\u00e8des : ob\u00e9issance, pri\u00e8re, sacrements, travail et \u00e9tude. L&rsquo;intention n&rsquo;est pas d&rsquo;effrayer, mais de secouer : Don Bosco parle en p\u00e8re attentionn\u00e9, d\u00e9sireux de guider ses \u00ab fils \u00bb vers la conversion et la joie d&rsquo;une existence f\u00e9conde et durable dans la libert\u00e9 des enfants de Dieu.<\/em><\/p>\n<p>Le 29 avril, Don Bosco avait annonc\u00e9 aux jeunes :<br \/>\n\u2014 Demain soir, vendredi et dimanche, j&rsquo;ai quelque chose \u00e0 vous dire, car si je ne vous le disais pas, je croirais devoir aller dans la tombe avant l&rsquo;heure. J&rsquo;ai quelque chose de grave \u00e0 vous r\u00e9v\u00e9ler. Et je d\u00e9sire que les apprentis soient \u00e9galement pr\u00e9sents.<br \/>\nLe soir du 30 avril, jeudi, apr\u00e8s les pri\u00e8res, les apprentis laiss\u00e8rent le lieu o\u00f9 Don Rua ou Don Francesia avait l&rsquo;habitude de leur parler pour venir se joindre \u00e0 leurs camarades \u00e9tudiants, et Don Bosco commen\u00e7a \u00e0 dire :<br \/>\n&#8211; Mes chers jeunes ! Hier soir, je vous ai dit que j&rsquo;avais quelque chose de grave \u00e0 vous raconter. J&rsquo;ai fait un r\u00eave, et j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne pas vous en parler, d&rsquo;une part parce que je pensais que c\u2019\u00e9tait un r\u00eave comme tous ceux qui se pr\u00e9sentent \u00e0 l&rsquo;imagination pendant le sommeil\u00a0; d&rsquo;autre part parce qu&rsquo;\u00e0 chaque fois que j&rsquo;en ai racont\u00e9 un, il y a toujours eu des observations et des plaintes. Mais un autre r\u00eave m&rsquo;oblige \u00e0 vous parler du premier, d&rsquo;autant plus que depuis quelques jours, j&rsquo;ai recommenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre tourment\u00e9 par des fant\u00f4mes, surtout il y a trois nuits. Vous savez que je suis all\u00e9 \u00e0 Lanzo pour avoir un peu de tranquillit\u00e9. Eh bien, la derni\u00e8re nuit que j&rsquo;ai dormi dans ce coll\u00e8ge, m&rsquo;\u00e9tant couch\u00e9, alors que je commen\u00e7ais \u00e0 m&rsquo;endormir, mon imagination fut occup\u00e9e par ce que je vais vous dire.<br \/>\nIl me sembla voir entrer dans ma chambre un grand monstre, qui s&rsquo;avan\u00e7ait et se pla\u00e7ait juste au pied du lit. Il avait une forme r\u00e9pugnante de crapaud et sa grosseur \u00e9tait celle d&rsquo;un b\u0153uf.<br \/>\nJe le regardais fixement sans respirer. Le monstre grossissait peu \u00e0 peu ; il grandissait dans ses jambes, il grandissait dans son corps, il grandissait dans sa t\u00eate, et plus son volume augmentait, plus il devenait horrible. Il \u00e9tait de couleur verte avec une ligne rouge autour de la bouche et du cou qui le rendait encore plus terriblement effrayant. Ses yeux \u00e9taient de feu et ses oreilles osseuses et tr\u00e8s petites. Je disais en moi-m\u00eame en l&rsquo;observant : &#8211; Mais le crapaud n&rsquo;a pas d&rsquo;oreilles ! &#8211; Et sur son nez se dressaient deux cornes, des flancs lui poussaient deux pattes verd\u00e2tres. Ses jambes \u00e9taient faites comme celles du lion et derri\u00e8re se d\u00e9roulait une longue queue qui se terminait par deux pointes.<br \/>\n\u00c0 ce moment, il me semblait n&rsquo;avoir absolument pas peur, mais ce monstre commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;approcher de moi et ouvrait sa large bouche garnie de grosses dents. Je fus alors pris d&rsquo;une grande terreur. J\u2019ai cru que c\u2019\u00e9tait un d\u00e9mon de l&rsquo;enfer, car il avait toutes les caract\u00e9ristiques d&rsquo;un d\u00e9mon. Je fis le signe de la croix, mais cela ne servit \u00e0 rien ; je sonnai la cloche, mais \u00e0 cette heure-l\u00e0, personne ne vint, personne n&rsquo;entendit ; je criai, mais en vain ; le monstre ne fuyait pas.<br \/>\n&#8211; Que veux-tu ici de moi, dis-je alors, vilain d\u00e9mon ? &#8211; Mais il s&rsquo;approchait de plus en plus, redressait et \u00e9largissait ses oreilles. Puis il posa ses pattes ant\u00e9rieures sur le bord du lit, et lentement se tira vers le haut, s&rsquo;agrippant aussi \u00e0 la literie avec ses pattes arri\u00e8re, et resta immobile un moment en me fixant. Puis, en s\u2019avan\u00e7ant il allongea son museau face \u00e0 face contre moi. Je fus pris d&rsquo;un tel d\u00e9go\u00fbt que j\u2019ai fait un bond dans mon lit, je me suis assis et j&rsquo;\u00e9tais sur le point de me jeter \u00e0 terre quand le monstre ouvrit sa gueule. J&rsquo;aurais voulu me d\u00e9fendre, le repousser, mais il \u00e9tait si r\u00e9pugnant que je n&rsquo;osais m\u00eame pas le toucher. Je me mis \u00e0 crier, avec la main j\u2019ai cherch\u00e9 derri\u00e8re moi l&rsquo;eau b\u00e9nite et, ne la trouvant pas, j\u2019ai frapp\u00e9 des deux mains contre le mur. Puis le crapaud me saisit la t\u00eate un instant de telle sorte que la moiti\u00e9 de ma personne \u00e9tait dans ces horribles m\u00e2choires. Alors j\u2019ai cri\u00e9 :<br \/>\n&#8211; Au nom de Dieu ! Pourquoi me fais-tu cela ? &#8211; Le crapaud, \u00e0 ma voix, se retira un peu, laissant libre ma t\u00eate. Je fis alors de nouveau le signe de la sainte croix et ayant r\u00e9ussi \u00e0 mettre mes doigts dans l&rsquo;eau b\u00e9nite, j\u2019ai jet\u00e9 un peu d&rsquo;eau b\u00e9nite sur le monstre. Alors ce d\u00e9mon recula en poussant un cri terrible et disparut, mais en disparaissant, je pus entendre une voix d\u2019en haut qui pronon\u00e7a distinctement ces paroles :<br \/>\n&#8211; Pourquoi ne parles-tu pas ?<br \/>\nLe directeur de Lanzo, Don Lemoyne, fut r\u00e9veilla pendant cette nuit par mes cris prolong\u00e9s. Il entendit que je frappais des mains contre le mur et le matin il me demanda :<br \/>\n&#8211; Est-ce que Don Bosco a r\u00eav\u00e9 cette nuit ?<br \/>\n&#8211; Pourquoi me poses-tu cette question ?<br \/>\n&#8211; Parce que j&rsquo;ai entendu vos cris.<br \/>\nIl avait compris que c\u2019\u00e9tait la volont\u00e9 de Dieu que je vous dise ce que j&rsquo;ai vu. J\u2019ai donc d\u00e9cid\u00e9 de vous raconter tout le r\u00eave, parce que je suis oblig\u00e9 en conscience de vous le dire, et aussi pour me lib\u00e9rer de ces spectres. Remercions le Seigneur pour ses mis\u00e9ricordes et en attendant, quelle que soit la mani\u00e8re dont Dieu veut nous faire conna\u00eetre sa volont\u00e9, t\u00e2chons de mettre en pratique les avis qui nous ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s et de profiter des moyens qui nous ont \u00e9t\u00e9 offerts pour le salut de nos \u00e2mes. J&rsquo;ai pu conna\u00eetre dans ces circonstances l&rsquo;\u00e9tat de la conscience de chacun d&rsquo;entre vous.<br \/>\nJe d\u00e9sire cependant que ce que je vais dire reste entre nous. Je vous prie de ne pas vouloir l&rsquo;\u00e9crire, ni d&rsquo;en parler en dehors de la maison, car ce ne sont pas des choses \u00e0 prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, comme certains pourraient le faire, et pour \u00e9viter qu&rsquo;il en r\u00e9sulte des cons\u00e9quences d\u00e9sagr\u00e9ables pour Don Bosco. Je vous les dis en toute confiance comme \u00e0 mes chers fils et vous les \u00e9couterez comme venant de votre p\u00e8re. Voici donc les r\u00eaves que je voulais laisser dans le secret et que je suis contraint de vous raconter.<br \/>\nD\u00e8s les premiers jours de la semaine sainte (5 avril), j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir des r\u00eaves qui m&rsquo;occup\u00e8rent et me tourment\u00e8rent par la suite pendant plusieurs nuits. Ces r\u00eaves me fatiguaient tellement que le matin suivant, j&rsquo;\u00e9tais beaucoup plus fatigu\u00e9 que si j&rsquo;avais travaill\u00e9 toute la nuit, car mon sommeil \u00e9tait tr\u00e8s troubl\u00e9 et agit\u00e9. La premi\u00e8re nuit, je r\u00eavai que j&rsquo;\u00e9tais mort. La deuxi\u00e8me, que j&rsquo;\u00e9tais au jugement de Dieu o\u00f9 je devais r\u00e9gler mes comptes avec le Seigneur, mais je me suis r\u00e9veill\u00e9 en voyant que j&rsquo;\u00e9tais vivant dans mon lit et que j&rsquo;avais encore du temps pour me pr\u00e9parer un peu mieux \u00e0 une sainte mort. La troisi\u00e8me nuit, j\u2019ai r\u00eav\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais au paradis et l\u00e0, il me semblait que j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s bien et que j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s heureux. Apr\u00e8s la nuit, le matin au r\u00e9veil, je vis dispara\u00eetre cette belle illusion, mais je me sentais r\u00e9solu \u00e0 gagner \u00e0 tout prix ce royaume \u00e9ternel que j&rsquo;avais entrevu. Jusqu&rsquo;ici, ce n&rsquo;\u00e9taient que des choses qui n&rsquo;ont pas d\u2019importance ni de signification pour vous. On va se coucher avec une pens\u00e9e dans l&rsquo;imagination et puis, dans le sommeil, les choses qu\u2019on a pens\u00e9es se reproduisent.<br \/>\nJ\u2019ai ensuite r\u00eav\u00e9 une quatri\u00e8me fois et c&rsquo;est ce r\u00eave que je dois vous exposer. La nuit du jeudi saint (9 avril), \u00e0 peine pris d\u2019un l\u00e9ger sommeil, j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre ici sous ces portiques, entour\u00e9 de nos pr\u00eatres, abb\u00e9s, assistants et jeunes. Puis vous \u00eates tous disparus et j\u2019ai march\u00e9 un peu plus loin dans la cour. Il y avait avec moi Don Rua, Don Cagliero, Don Francesia, Don Savio et le jeune Preti, et un peu plus loin Giuseppe Buzzetti et Don Stefano Rumi, du S\u00e9minaire de G\u00eanes, notre grand ami. Tout \u00e0 coup, l&rsquo;Oratoire actuel changea d&rsquo;aspect et prit l&rsquo;aspect de notre maison telle qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 ses d\u00e9buts, quand il n&rsquo;y avait presque que les personnes que je viens de citer. \u00c0 noter que la cour \u00e9tait contigu\u00eb \u00e0 de vastes champs incultes, inhabit\u00e9s, qui s&rsquo;\u00e9tendaient jusqu&rsquo;aux pr\u00e9s de la citadelle, o\u00f9 les premiers jeunes couraient souvent en jouant. J&rsquo;\u00e9tais pr\u00e8s de l&rsquo;endroit o\u00f9 maintenant, sous les fen\u00eatres de ma chambre, se trouve l&rsquo;atelier des menuisiers, un espace autrefois cultiv\u00e9 en jardin.<br \/>\nPendant que nous \u00e9tions assis en train de discuter des affaires de la maison et de l&rsquo;\u00e9volution des jeunes, voici que devant ce pilier (<em>o\u00f9 \u00e9tait appuy\u00e9e l\u2019estrade d&rsquo;o\u00f9 il parlait<\/em>) qui soutient la pompe, pr\u00e8s de la porte de la maison Pinardi, nous avons vu sortir de terre une magnifique vigne, celle qui \u00e9tait autrefois \u00e0 cet endroit. Nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9s en voyant r\u00e9appara\u00eetre la vigne apr\u00e8s tant d&rsquo;ann\u00e9es, et l&rsquo;un demandait \u00e0 l&rsquo;autre ce que cela pouvait bien \u00eatre. La vigne poussait \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il et s&rsquo;\u00e9levait de terre \u00e0 la hauteur d&rsquo;un homme. Tout \u00e0 coup, elle commen\u00e7a \u00e0 \u00e9tendre ses rameaux en nombre consid\u00e9rable de ci de l\u00e0, de toute part, et \u00e0 sortir ses pampres. En peu de temps, elle s&rsquo;\u00e9largit au point d\u2019occuper toute notre cour en s&rsquo;\u00e9tendant m\u00eame au-del\u00e0. Curieusement, les sarments ne s&rsquo;\u00e9levaient pas en hauteur, mais s&rsquo;\u00e9tendaient parall\u00e8lement au sol comme une immense pergola suspendue en l\u2019air sans un soutien visible. C\u2019est alors qu\u2019apparut un beau feuillage vert. Ses longs sarments \u00e9taient d&rsquo;une prosp\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;une vigueur surprenantes, et bient\u00f4t sortirent les belles grappes, les baies grossissaient et le raisin prit sa couleur.<br \/>\nDon Bosco et ceux qui \u00e9taient avec lui regardaient stup\u00e9faits et disaient :<br \/>\n&#8211; Comment cette vigne a-t-elle pu cro\u00eetre si vite ? Qu\u2019est-ce que cela ?<br \/>\nEt Don Bosco dit aux autres :<br \/>\n&#8211; L\u00e0, voyons ce qui se passe.<br \/>\nJ&rsquo;observais le ph\u00e9nom\u00e8ne les yeux grands ouverts, sans cligner des yeux, quand tout \u00e0 coup tous les grains tomb\u00e8rent par terre et devinrent comme autant de jeunes vifs et joyeux, qui en un instant remplirent toute la cour de l&rsquo;Oratoire et chaque espace ombrag\u00e9 par la vigne. Les jeunes sautaient, jouaient, criaient, couraient sous cette singuli\u00e8re pergola, si bien que j\u2019avais grand plaisir en les voyant. Il y avait ici tous les jeunes qui ont \u00e9t\u00e9, qui sont et qui seront \u00e0 l&rsquo;Oratoire et dans les autres coll\u00e8ges, car il y en avait beaucoup que je ne connaissais pas.<br \/>\nAlors un personnage, que je ne reconnus pas tout de suite \u2013 et vous savez que Don Bosco a toujours un guide dans ses r\u00eaves \u2013 apparut \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s et observait aussi les jeunes. Mais tout \u00e0 coup un voile myst\u00e9rieux s&rsquo;\u00e9tendit devant nous et cacha ce spectacle joyeux.<br \/>\nCe long voile, pas plus haut que la vigne, semblait comme attach\u00e9 aux sarments de la vigne sur toute sa longueur et descendait au sol comme un rideau. On ne voyait plus autre chose que la partie sup\u00e9rieure de la vigne qui semblait un vaste tapis de verdure. Toute la joie des jeunes cessa en un instant et un silence m\u00e9lancolique s&rsquo;installa.<br \/>\n&#8211; Regarde, me dit la guide, en me montrant la vigne.<br \/>\nJe m&rsquo;approchai et vis cette belle vigne, qui semblait charg\u00e9e de raisins et qui n&rsquo;avait plus que les feuilles, sur lesquelles \u00e9taient \u00e9crites les paroles de l&rsquo;\u00c9vangile : <em>Nihil invenit in ea<\/em> ! (Il ne trouva rien, Mt 21,19). Ne sachant pas ce que cela pouvait signifier, je dis \u00e0 ce personnage :<br \/>\n&#8211; Qui es-tu ? &#8230; Que signifie cette vigne ?<br \/>\nCelui-ci enleva le voile de la vigne comme auparavant et en-dessous je vis seulement un certain nombre parmi les nombreux jeunes que j\u2019avais vus auparavant, en grande partie inconnus de moi.<br \/>\n&#8211; Ceux que tu vois, ajouta-t-il, ce sont ceux qui ont beaucoup de facilit\u00e9 pour faire le bien mais n\u2019ont pas comme but de plaire au Seigneur. Ce sont ceux qui font seulement semblant d&rsquo;agir pour le bien afin de ne pas dispara\u00eetre devant leurs camarades qui sont bons. Ils observent avec exactitude les r\u00e8gles de la maison, mais c\u2019est par calcul, pour \u00e9viter les reproches et ne pas perdre l&rsquo;estime des sup\u00e9rieurs\u00a0; ils se montrent d\u00e9f\u00e9rents envers eux, mais ne retirent aucun fruit des instructions, encouragements et soins qu&rsquo;ils ont eus ou auront dans cette maison. Leur id\u00e9al est de se procurer une position honorifique et lucrative dans le monde. Ils ne se soucient pas d&rsquo;\u00e9tudier leur vocation, repoussent l&rsquo;invitation du Seigneur s&rsquo;il les appelle, et en m\u00eame temps dissimulent leurs intentions pour ne pas avoir d\u2019ennuis. Ce sont ceux qui font les choses par force et donc sans aucun profit pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<br \/>\nVoil\u00e0 ce qu\u2019il a dit. Oh ! combien cela m&rsquo;a fait de peine de voir dans ce nombre certains d\u2019entre eux que je croyais tr\u00e8s bons, affectueux et sinc\u00e8res !<br \/>\nEt l&rsquo;ami ajouta :<br \/>\n&#8211; Le mal n&rsquo;est pas seulement ici. \u2013 Alors il laissa tomber le voile, ce qui fit r\u00e9appa\u00eetre toute la partie sup\u00e9rieure de cette vigne.<br \/>\n&#8211; Maintenant regarde de nouveau ! &#8211; me dit-il.<br \/>\nJe regardai ces sarments. Parmi les feuilles, on voyait beaucoup de grappes de raisins qui au d\u00e9but me semblaient promettre une riche vendange. D\u00e9j\u00e0 je me r\u00e9jouissais, mais en m&rsquo;approchant, je vis que ces grappes \u00e9taient d\u00e9fectueuses, g\u00e2t\u00e9es ; d&rsquo;autres moisies, d&rsquo;autres pleines de vers et d&rsquo;insectes qui les rongeaient\u00a0; d&rsquo;autres mang\u00e9es par les oiseaux et les gu\u00eapes\u00a0; d&rsquo;autres pourries et dess\u00e9ch\u00e9es. En regardant bien, je me suis persuad\u00e9 que rien de bon ne pouvait \u00eatre tir\u00e9 de ces grappes qui ne faisaient que polluer l&rsquo;air environnant avec la puanteur qui en \u00e9manait.<br \/>\nAlors ce personnage leva de nouveau le voile. Regarde, s&rsquo;exclama-t-il. Et dessous apparut non l\u2019immense nombre de jeunes que j\u2019avais vus au d\u00e9but du r\u00eave, mais vraiment beaucoup d&rsquo;entre eux. Leurs physionomies, auparavant si belles, \u00e9taient devenues laides, sombres, et pleines de plaies r\u00e9pugnantes. Ils marchaient courb\u00e9s, pli\u00e9s en deux, m\u00e9lancoliques. Personne ne parlait. Parmi eux, il y en avait qui avaient d\u00e9j\u00e0 habit\u00e9 ici dans la maison et dans les coll\u00e8ges, d\u2019autres qui y sont actuellement, et beaucoup que je ne connaissais pas encore. Tous \u00e9taient abattus et n&rsquo;osaient pas lever les yeux.<br \/>\nMoi, les pr\u00eatres, et quelques-uns de ceux qui l&rsquo;entouraient, \u00e9tions effray\u00e9s et sans voix. Enfin, je demandai \u00e0 mon guide :<br \/>\n&#8211; Comment cela se fait-il ? Pourquoi ces jeunes \u00e9taient-ils auparavant si joyeux et si beaux, et maintenant si tristes et si laids ?<br \/>\nLe guide r\u00e9pondit :<br \/>\n&#8211; Cons\u00e9quences du p\u00e9ch\u00e9 !<br \/>\nLes jeunes, entre-temps, passaient devant moi et le guide me dit :<br \/>\n&#8211; Observe-les un peu bien !<br \/>\nJe les fixais attentivement et vis que tous portaient leur p\u00e9ch\u00e9 \u00e9crit sur le front et sur la main. Parmi eux, j&rsquo;en reconnus certains qui me laiss\u00e8rent stup\u00e9fait. J&rsquo;avais toujours cru qu&rsquo;ils \u00e9taient des fleurs de vertu et ici, au contraire, je d\u00e9couvrais qu&rsquo;ils avaient de graves d\u00e9fauts dans l&rsquo;\u00e2me.<br \/>\nPendant que les jeunes d\u00e9filaient, je lisais sur leur front : &#8211; <em>Immodestie &#8211; scandale &#8211; malignit\u00e9 &#8211; orgueil &#8211; paresse &#8211; gourmandise &#8211; envie &#8211; col\u00e8re &#8211; esprit de vengeance &#8211; blasph\u00e8me &#8211; irr\u00e9ligion &#8211; d\u00e9sob\u00e9issance &#8211; sacril\u00e8ge &#8211; vol.<br \/>\n<\/em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mon guide me fit observer :<br \/>\n&#8211; Tous ne sont pas aujourd\u2019hui comme tu les vois, mais un jour ils le seront s&rsquo;ils ne changent pas de conduite. Beaucoup de ces p\u00e9ch\u00e9s ne sont pas graves en eux-m\u00eames, mais ils sont la cause et le d\u00e9but de terribles chutes et de la perdition \u00e9ternelle. <em>Qui spernit modica, paulatim decidet<\/em> (Celui qui m\u00e9prise les petites choses tombera peu \u00e0 peu, Sir 19,1). La gourmandise produit l&rsquo;impuret\u00e9 ; le m\u00e9pris envers les Sup\u00e9rieurs entra\u00eene le m\u00e9pris envers les pr\u00eatres et l&rsquo;\u00c9glise, et ainsi de suite.<br \/>\nD\u00e9sol\u00e9 par ce spectacle, je pris mon carnet et le crayon pour \u00e9crire les noms des jeunes que je connaissais et noter leurs p\u00e9ch\u00e9s ou du moins le vice dominant de chacun. Je voulais les avertir et les corriger, mais le guide me saisit le bras en me demandant :<br \/>\n&#8211; Que fais-tu ?<br \/>\n&#8211; J&rsquo;\u00e9cris ce que je vois \u00e9crit sur leur front, afin de pouvoir les avertir pour qu&rsquo;ils se corrigent.<br \/>\n&#8211; Cela ne t&rsquo;est pas permis, r\u00e9pondit l&rsquo;ami.<br \/>\n&#8211; Pourquoi ?<br \/>\n&#8211; Ils ne manquent pas de moyens pour vivre sans ces maladies. Ils ont des r\u00e8gles, qu&rsquo;ils les observent\u00a0; ils ont des Sup\u00e9rieurs, qu&rsquo;ils leur ob\u00e9issent\u00a0; ils ont les Sacrements, qu&rsquo;ils les fr\u00e9quentent. Ils ont la Confession, qu&rsquo;ils ne la profanent pas en cachant leurs p\u00e9ch\u00e9s. Ils ont la Sainte Communion, qu&rsquo;ils ne la re\u00e7oivent pas dans une \u00e2me souill\u00e9e par un p\u00e9ch\u00e9 grave. Qu&rsquo;ils gardent leurs yeux, fuient les mauvais compagnons, s&rsquo;abstiennent des mauvaises lectures et des mauvais discours, etc., etc. Ils sont dans cette maison et son r\u00e8glement les sauvera. Quand la cloche sonne, qu&rsquo;ils soient pr\u00eats \u00e0 ob\u00e9ir. Qu&rsquo;ils ne cherchent pas de subterfuges pour tromper leurs ma\u00eetres et rester oisifs. Qu&rsquo;ils ne secouent pas le joug des sup\u00e9rieurs, les consid\u00e9rant comme des surveillants importuns, des conseillers int\u00e9ress\u00e9s, comme des ennemis, en chantant victoire quand ils r\u00e9ussissent \u00e0 couvrir leurs m\u00e9faits ou \u00e0 voir leurs manquements impunis. Qu&rsquo;ils restent respectueux et prient volontiers \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et aux moments destin\u00e9s \u00e0 la pri\u00e8re sans d\u00e9ranger ni bavarder. Qu&rsquo;ils \u00e9tudient en \u00e9tude, travaillent dans l\u2019atelier et gardent une conduite d\u00e9cente. \u00c9tude, travail et pri\u00e8re : voil\u00e0 ce qui les maintiendra dans le bon chemin, etc.<br \/>\nMalgr\u00e9 sa r\u00e9ponse n\u00e9gative, j\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 prier instamment mon guide pour qu&rsquo;il me laisse \u00e9crire ces noms. Mais il m\u2019arracha le carnet des mains et le jeta par terre, en disant :<br \/>\n&#8211; Je te dis qu&rsquo;il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire que tu \u00e9crives ces noms. Avec la gr\u00e2ce de Dieu et en \u00e9coutant la voix de la conscience, tes jeunes sauront ce qu&rsquo;ils doivent faire ou fuir.<br \/>\n&#8211; Alors, dis-je, ne pourrai-je rien manifester \u00e0 mes chers jeunes ? Dis-moi au moins ce que je pourrai leur annoncer, quel avis leur donner !<br \/>\n&#8211; Tu pourras dire ce dont tu te souviens, \u00e0 ta guise.<br \/>\nEt il laissa tomber le voile et de nouveau la vigne se d\u00e9couvrit devant nos yeux. Les sarments, presque sans feuilles, portaient de belles grappes de raisin rubicond et m\u00fbr. Je m&rsquo;approchai, observai attentivement les grappes et les trouvai telles qu&rsquo;elles semblaient de loin. C&rsquo;\u00e9tait un plaisir de les voir et cela donnait du go\u00fbt rien qu&rsquo;\u00e0 les regarder. Tout autour, elles r\u00e9pandaient un parfum suave.<br \/>\nL&rsquo;ami leva aussit\u00f4t le voile. Sous ce vaste treillis se trouvaient beaucoup de nos jeunes qui sont, ont \u00e9t\u00e9 et seront avec nous. Ils \u00e9taient magnifiques et rayonnants de joie.<br \/>\n&#8211; Ceux que tu vois, dit-il, ce sont et ce seront ceux qui, gr\u00e2ce \u00e0 tes soins, portent et porteront de bons fruits, ceux qui pratiquent la vertu et te donneront beaucoup de consolations.<br \/>\nJe me suis r\u00e9joui, mais je restais en m\u00eame temps afflig\u00e9, car ils n&rsquo;\u00e9taient pas le nombre immense que j&rsquo;esp\u00e9rais. Pendant que les contemplais, la cloche des repas sonna et les jeunes s&rsquo;en all\u00e8rent. Les abb\u00e9s se rendirent eux aussi \u00e0 leur destination. Je regardai autour de moi et ne vis plus personne. M\u00eame la vigne avec ses sarments et ses grappes avait disparu. Je cherchai mon homme et ne le vis plus. Alors je me suis r\u00e9veill\u00e9 et j\u2019ai pu me reposer un peu.<\/p>\n<p>Le vendredi 1er mai, Don Bosco poursuivit son r\u00e9cit.<br \/>\n&#8211; Comme je vous l&rsquo;ai dit hier soir, je m&rsquo;\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9 en croyant avoir entendu le son de la cloche, mais je me suis rendormi et je reposais d&rsquo;un sommeil tranquille, quand je fus secou\u00e9 pour la deuxi\u00e8me fois et il me sembla que j&rsquo;\u00e9tais dans ma chambre, en train de m&rsquo;occuper de ma correspondance. Je sortis sur le balcon, contemplai un instant la coupole de l&rsquo;\u00e9glise nouvelle qui s&rsquo;\u00e9levait gigantesque, et descendis sous les portiques. Peu \u00e0 peu, nos pr\u00eatres et les clercs arrivaient de leurs occupations et faisaient cercle autour de moi. Parmi eux se trouvaient Don Rua, Don Cagliero, Don Francesia et Don Savio. Je m&rsquo;entretenais avec mes amis de choses diverses quand soudain la sc\u00e8ne changea. L&rsquo;\u00e9glise de Marie Auxiliatrice disparut, tous les b\u00e2timents actuels de l&rsquo;Oratoire disparurent, et nous nous trouv\u00e2mes devant la vieille maison Pinardi. Et voil\u00e0 qu&rsquo;une vigne r\u00e9apparut du sol \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 je l\u2019avais vue la premi\u00e8re fois, comme si elle sortait des m\u00eames racines. Elle s&rsquo;\u00e9leva \u00e0 la m\u00eame hauteur, puis produisit de nombreux sarments horizontaux tr\u00e8s \u00e9tendus dans un vaste espace, qui se couvrirent de feuilles, puis de grappes et enfin je vis les raisins m\u00fbrir. Mais les foules de jeunes ne sont plus r\u00e9apparus. Les grappes \u00e9taient \u00e9normes comme celles de la terre promise. Il aurait fallu la force d&rsquo;un homme pour en porter une seule. Les grains \u00e9taient extraordinairement gros et de forme allong\u00e9e, d&rsquo;une belle couleur jaune d&rsquo;or et ils semblaient tr\u00e8s m\u00fbrs. Un seul aurait suffi \u00e0 remplir la bouche. Ils avaient un si bel aspect qu&rsquo;ils vous mettaient l&rsquo;eau \u00e0 la bouche et il semblait que chacun disait : &#8211; Mange-moi !<br \/>\nDon Cagliero observait \u00e9galement avec \u00e9merveillement ce spectacle avec Don Bosco et les autres pr\u00eatres. Don Bosco s&rsquo;exclama : Quelle vigne magnifique !<br \/>\nEt sans se faire prier, Don Cagliero s&rsquo;approcha de la vigne, en d\u00e9tacha quelques grains, en mit un dans sa bouche, le pressa avec ses dents, mais il resta l\u00e0, d\u00e9go\u00fbt\u00e9, la bouche ouverte. Il cracha le raisin d\u2019un coup, comme s&rsquo;il le rejetait. Le raisin avait un go\u00fbt d\u00e9testable, comme celui d&rsquo;un \u0153uf pourri.<br \/>\n&#8211; Quelle horreur ! s&rsquo;exclama Don Cagliero, apr\u00e8s avoir crach\u00e9 plusieurs fois ; c&rsquo;est du poison, il y a de quoi faire mourir un chr\u00e9tien !<br \/>\nTous regardaient et personne ne parlait, quand sortit de la porte de la sacristie de l&rsquo;ancienne chapelle un homme s\u00e9rieux et r\u00e9solu, qui s&rsquo;approcha de nous et se mit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Don Bosco. Don Bosco l&rsquo;interrogea :<br \/>\n&#8211; Comment se fait-il qu&rsquo;un raisin si beau ait un go\u00fbt si mauvais ?<br \/>\nCet homme ne r\u00e9pondit pas, mais toujours s\u00e9rieux, il alla prendre un paquet de b\u00e2tons, en choisit un noueux et se pr\u00e9sentant \u00e0 Don Savio, il le lui offrit, en disant :<br \/>\n&#8211; Prends et frappe sur ces sarments ! &#8211; Don Savio refusa et recula d&rsquo;un pas.<br \/>\nAlors cet homme se tourna vers Don Francesia, lui offrit le b\u00e2ton et lui dit :<br \/>\n&#8211; Prends et frappe ! &#8211; et comme \u00e0 Don Savio, il indiqua l&rsquo;endroit o\u00f9 il devait frapper. Don Francesia, haussant les \u00e9paules et avan\u00e7ant le menton, secoua un peu la t\u00eate pour dire non.<br \/>\nCet homme se pr\u00e9senta alors devant Don Cagliero et le prenant par un bras, lui pr\u00e9senta le b\u00e2ton en disant :<br \/>\n&#8211; Prends et frappe, frappe et abats ! &#8211; en lui indiquant o\u00f9 il devait frapper. Don Cagliero, effray\u00e9, fit un bond en arri\u00e8re et frappant le dessus d&rsquo;une main contre l&rsquo;autre, s&rsquo;exclama :<br \/>\n&#8211; Il ne manque plus que cela ! &#8211; Le guide le lui pr\u00e9senta une deuxi\u00e8me fois en r\u00e9p\u00e9tant :<br \/>\n&#8211; Prends et frappe ! &#8211; Et Don Cagliero fit claquer les l\u00e8vres en disant :<br \/>\n&#8211; <em>Non, non ! Moi non ! moi non !<\/em> \u2013 Il se mit \u00e0 courir, pris de peur, pour se cacher derri\u00e8re moi.<br \/>\nEn voyant cela, le personnage, imperturbable, se pr\u00e9senta de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 Don Rua :<br \/>\n&#8211; Prends et frappe ! &#8211; et Don Rua, comme Don Cagliero, vint se r\u00e9fugier derri\u00e8re moi.<br \/>\nAlors je me trouvai face \u00e0 cet homme singulier qui s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 devant moi pour me dire :<br \/>\n&#8211; Prends et frappe ces sarments. &#8211; Je fis un grand effort pour voir si je r\u00eavais ou si j&rsquo;\u00e9tais en pleine conscience et il me sembla que toutes ces choses \u00e9taient vraies, et je dis \u00e0 cet homme :<br \/>\n&#8211; Qui es-tu pour me parler de cette mani\u00e8re ? Dis-moi pourquoi je dois frapper sur ces sarments ? Pourquoi dois-je les abattre ? Est-ce un r\u00eave, est-ce une illusion ? Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Au nom de qui parles-tu ? Me parles-tu peut-\u00eatre au nom du Seigneur ?<br \/>\n&#8211; Approche de la vigne, me r\u00e9pondit-il, et lis sur ces feuilles !<br \/>\nJe me suis approch\u00e9, j\u2019ai examin\u00e9 attentivement les feuilles sur lesquelles j\u2019ai lu ces mots : &#8211; <em>Ut quid terram occupat ?<\/em> (Pourquoi doit-elle occuper le terrain, Lc 13,7)<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est \u00e9crit dans l&rsquo;\u00c9vangile ! s&rsquo;exclama mon guide.<br \/>\nJ&rsquo;avais bien compris, mais je voulus lui faire observer ceci :<br \/>\n&#8211; Avant de frapper, souviens-toi qu&rsquo;il est aussi \u00e9crit dans l&rsquo;\u00c9vangile que le Seigneur, \u00e0 la pri\u00e8re du cultivateur, a attendu qu\u2019on mette du fumier \u00e0 la racine du figuier improductif, et qu\u2019on le cultive, se r\u00e9servant de l&rsquo;arracher seulement apr\u00e8s avoir fait tout ce qu\u2019il fallait pour qu\u2019il porte du bon fruit. &#8211; Eh bien, on pourra lui accorder un d\u00e9lai avant le ch\u00e2timent, mais en attendant regarde, et ensuite tu verras. &#8211; Et il me montra la vigne. Je regardais mais je ne comprenais pas.<br \/>\n&#8211; Viens et observe, me r\u00e9pliqua-t-il, lis ce qui est \u00e9crit sur les grains.<br \/>\nDon Bosco s&rsquo;approcha et vit que les grains avaient tous une inscription, le nom d&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve et le titre de sa faute. Je lisais et parmi toutes les accusations, je fus terrifi\u00e9 par celles-ci : <em>Orgueilleux infid\u00e8le \u00e0 ses promesses &#8211; Impudeur &#8211; Hypocrite n\u00e9gligeant tous ses devoirs &#8211; Calomniateur \u2013 Vindicatif &#8211; Sans c\u0153ur &#8211; Sacril\u00e8ge &#8211; M\u00e9prise l&rsquo;autorit\u00e9 des sup\u00e9rieurs &#8211; Pierre d&rsquo;achoppement &#8211; Suiveur de fausses doctrines.<\/em> &#8211; Je vis le nom de ceux <em>quorum Deus venter est<\/em> (le ventre est leur dieu, Phil 3,19) ; de ceux que la <em>scientia inflat<\/em> (la connaissance remplit d&rsquo;orgueil, 1 Cor 8,1) ; de ceux qui <em>quaerunt quae sua sunt, non quae Iesu Christi<\/em> (cherchent leurs propres int\u00e9r\u00eats, non ceux de J\u00e9sus-Christ, Phil 2,21) ; de ceux qui trament contre les sup\u00e9rieurs et le r\u00e8glement. C&rsquo;\u00e9taient les noms de certains malheureux qui ont \u00e9t\u00e9 ou sont actuellement parmi nous, et un grand nombre de noms nouveaux pour moi, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ceux qui viendront chez nous dans les temps futurs.<br \/>\n&#8211; Voici les fruits que donne cette vigne, dit cet homme toujours avec s\u00e9rieux\u00a0: fruits amers, mauvais, nuisibles pour le salut \u00e9ternel.<br \/>\nSans tarder, je sortis mon carnet et pris le crayon. Je voulais \u00e9crire les noms de certains d\u2019entre eux, mais le guide me saisit le bras comme la premi\u00e8re fois et me dit :<br \/>\n&#8211; Que fais-tu ?<br \/>\n&#8211; Laisse-moi prendre le nom de ceux que je connais, afin que je puisse les avertir en priv\u00e9 et les corriger.<br \/>\nCe fut en vain, le guide ne me le permit pas. J\u2019ajoutai :<br \/>\n&#8211; Mais si je leur dis les choses telles qu\u2019elles sont, dans quel mauvais \u00e9tat ils se trouvent, ils se repentiront.<br \/>\nIl me r\u00e9pondit :<br \/>\n&#8211; S&rsquo;ils ne croient pas \u00e0 l&rsquo;\u00c9vangile, ils ne te croiront pas non plus.<br \/>\nJ&rsquo;insistai, car je d\u00e9sirais prendre note et avoir des normes aussi pour l&rsquo;avenir, mais cet homme ne r\u00e9pondit plus rien et s&rsquo;avan\u00e7a vers Don Rua avec le paquet de b\u00e2tons, l&rsquo;invitant \u00e0 en prendre un :<br \/>\n&#8211; Prends et frappe ! &#8211; Don Rua croisa les bras, baissa la t\u00eate et murmura :<br \/>\n&#8211; Patience ! &#8211; Puis il jeta un coup d&rsquo;\u0153il vers Don Bosco. Don Bosco fit un signe d&rsquo;approbation. Alors Don Rua prit le b\u00e2ton dans ses mains, s&rsquo;approcha de la vigne et commen\u00e7a \u00e0 frapper \u00e0 l&rsquo;endroit indiqu\u00e9. Mais \u00e0 peine avait-il donn\u00e9 les premiers coups que le guide lui fit signe d\u2019arr\u00eater et cria \u00e0 tous :<br \/>\n&#8211; Retirez-vous !<br \/>\nNous nous \u00e9loign\u00e2mes tous. Nous observions et voyions les grains gonfler, devenir plus gros, r\u00e9pugnants. Ils ressemblaient \u00e0 des limaces sans coquille, toujours de couleur jaune mais sans perdre la forme de raisin. Le guide cria encore :<br \/>\n&#8211; Observez ! Laissez le Seigneur d\u00e9charger ses vengeances !<br \/>\nEt voil\u00e0 qu\u2019un brouillard \u00e9pais couvrit le ciel, au point qu\u2019on ne voyait plus rien m\u00eame \u00e0 peu de distance, et recouvrit toute la vigne. Tout devient obscur. Des \u00e9clairs jaillissent, le tonnerre gronde, la foudre s\u2019abat sur la cour sans arr\u00eat, provoquant la terreur. Les sarments ployaient, agit\u00e9s par des vents furieux, et les feuilles volaient. Pour finir, une temp\u00eate violente commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;abattre sur la vigne. Je voulais fuir mais mon guide me retint en me disant :<br \/>\n&#8211; Regarde cette gr\u00eale !<br \/>\nJe regardai et vis que les gr\u00ealons \u00e9taient gros comme un \u0153uf ; une partie \u00e9tait noire, une partie rouge ; chaque grain \u00e9tait pointu d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et plat en forme de masse de l\u2019autre. La gr\u00eale noire frappait le sol pr\u00e8s de moi et plus loin on voyait tomber la gr\u00eale rouge.<br \/>\n&#8211; Que se passe-t-il ? disais-je ; je n&rsquo;ai jamais vu de gr\u00eale semblable.<br \/>\n&#8211; Approche, me r\u00e9pondit l&rsquo;ami inconnu, et tu verras.<br \/>\nJe m&rsquo;approchai un peu de la gr\u00eale noire, mais de celle-ci \u00e9manait une telle puanteur que j&rsquo;en fus d\u00e9go\u00fbt\u00e9. L&rsquo;autre insistait de plus en plus pour que je m&rsquo;approche. Alors je pris un grain de cette gr\u00eale noire pour l&rsquo;examiner, mais je dus imm\u00e9diatement le jeter par terre, tant cette odeur pestilentielle me r\u00e9pugnait, et je dis :<br \/>\n&#8211; Je ne peux rien voir !<br \/>\nEt l&rsquo;autre :<br \/>\n&#8211; Regarde bien et tu verras !<br \/>\nAlors, me faisant violence encore plus, je vis \u00e9crit sur chacun de ces morceaux noirs de glace : <em>Immodestie<\/em>. Je suis all\u00e9 aussi vers la gr\u00eale rouge\u00a0: elle \u00e9tait froide et pourtant elle br\u00fblait partout o\u00f9 elle tombait. J&rsquo;en pris un grain qui sentait mauvais pareillement, mais je pus avec un peu plus de facilit\u00e9 y lire ce mot : <em>Orgueil<\/em>. \u00c0 cette vue, plein de honte moi aussi, je me suis exclam\u00e9 :<br \/>\n&#8211; Est-ce que ce sont les deux vices principaux qui menacent cette maison ?<br \/>\n&#8211; Ce sont les deux vices capitaux qui ruinent le plus grand nombre d&rsquo;\u00e2mes non seulement dans ta maison, mais qui en ruinent le plus dans le monde entier. En temps voulu, tu verras combien seront pr\u00e9cipit\u00e9s en enfer \u00e0 cause de ces deux vices.<br \/>\n&#8211; Que devrai-je donc dire \u00e0 mes fils pour qu&rsquo;ils les d\u00e9testent ?<br \/>\n&#8211; Ce que tu devras leur dire, tu le sauras dans peu de temps. &#8211; Ce disant, il s&rsquo;\u00e9loigna de moi. Pendant ce temps, la gr\u00eale continuait \u00e0 s&rsquo;abattre furieusement sur la vigne au milieu des \u00e9clairs et des coups de tonnerre. Les grappes \u00e9taient foul\u00e9es, \u00e9cras\u00e9es comme si elles avaient \u00e9t\u00e9 dans le pressoir sous les pieds des vignerons et laissaient \u00e9chapper leur jus. Une odeur horrible se r\u00e9pandit dans l&rsquo;air et semblait \u00e9touffer la respiration. De chaque grain sortait une puanteur vari\u00e9e, mais l&rsquo;une \u00e9tait plus \u00e9c\u0153urante que l&rsquo;autre, selon les diff\u00e9rentes esp\u00e8ces et le nombre de p\u00e9ch\u00e9s. Ne pouvant plus r\u00e9sister, je mis le mouchoir sur mon nez. Je me h\u00e2tai de retourner dans ma chambre, mais je ne vis plus aucun de mes compagnons, ni Don Francesia, ni Don Rua, ni Don Cagliero. Ils m&rsquo;avaient laiss\u00e9 seul et avaient fui. Tout \u00e9tait d\u00e9sert et silencieux. Moi aussi, je fus pris alors d&rsquo;une telle peur que je me mis \u00e0 prendre la fuite, et en fuyant, je me suis r\u00e9veill\u00e9.<br \/>\nComme vous le voyez, ce r\u00eave n\u2019est pas tr\u00e8s beau, mais ce qui se passa le soir et la nuit apr\u00e8s l&rsquo;apparition du crapaud, nous le dirons apr\u00e8s-demain, dimanche 3 mai, et ce sera encore moins beau. Maintenant, vous ne pouvez pas conna\u00eetre les cons\u00e9quences de tout cela, mais comme il n&rsquo;y a plus le temps, pour ne pas vous priver de repos, je vous laisse aller dormir, me r\u00e9servant de vous les r\u00e9v\u00e9ler une autre fois.<br \/>\nIl convient de r\u00e9fl\u00e9chir au fait que les graves manquements r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 Don Bosco ne se rapportaient pas tous aux temps actuels, mais concernaient une s\u00e9rie d&rsquo;ann\u00e9es futures. En effet, il vit non seulement tous les \u00e9l\u00e8ves qui avaient \u00e9t\u00e9 et \u00e9taient alors \u00e0 l&rsquo;Oratoire, mais une infinit\u00e9 d&rsquo;autres \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la physionomie inconnue qui appartiendront \u00e0 ses Institutions dispers\u00e9es dans le monde entier. La parabole de la vigne st\u00e9rile, qui se lit dans le livre d&rsquo;Isa\u00efe, embrasse plusieurs si\u00e8cles d&rsquo;histoire.<br \/>\nDe plus, il convient et il ne faut absolument pas oublier ce que dit le guide au V\u00e9n\u00e9rable : <em>Les jeunes ne sont pas tous maintenant comme je les ai vus, mais un jour ils seront tels s&rsquo;ils ne changent pas de conduite<\/em>. Par le chemin du mal, on va au pr\u00e9cipice.<br \/>\nNotons aussi comment, \u00e0 la vue de la vigne, \u00e9tait apparu un personnage que Don Bosco disait ne pas avoir imm\u00e9diatement reconnu, et qui ensuite fut son guide et son interpr\u00e8te. En racontant ce r\u00eave et d&rsquo;autres, Don Bosco avait l&rsquo;habitude de lui donner parfois le nom d\u2019<em>inconnu<\/em> pour cacher la partie la plus grandiose de ce qu&rsquo;il avait contempl\u00e9 et aussi, dirons-nous, de ce qui indiquait trop manifestement l&rsquo;intervention du surnaturel.<br \/>\nNous l\u2019avons interrog\u00e9 plusieurs fois au sujet de cet <em>inconnu<\/em>, en profitant de cette intime confiance dont il nous honorait. Bien que ses r\u00e9ponses ne fussent pas explicites, nous avons d\u00fb nous persuader, \u00e0 la suite d&rsquo;autres indices, que le guide n&rsquo;\u00e9tait pas toujours le m\u00eame, que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre un ange du Seigneur, ou un \u00e9l\u00e8ve d\u00e9funt, ou Saint Fran\u00e7ois de Sales, ou Saint Joseph, ou d&rsquo;autres saints. En d\u2019autres occasions, il a dit explicitement avoir \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 par Luigi Comollo, ou Domenico Savio, ou Louis Colle. Parfois, autour de ces personnages, la sc\u00e8ne se dilatait et il voyait simultan\u00e9ment d\u2019autres personnages qui leur faisaient cort\u00e8ge ou leur tenait compagnie.<br \/>\n<em>(MB IX, 154-165)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le discours rapport\u00e9 ci-dessous, prononc\u00e9 par Don Bosco entre le 30 avril et le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":47337,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":42,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1716,2634,2554,1764,2194,1824,2049,1980,1968,1962,2022],"class_list":["post-47344","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-conciles","tag-dieu","tag-don-bosco","tag-education","tag-gras-obtenues","tag-jeunes","tag-reves","tag-saints","tag-salut","tag-vertus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47344","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47344"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47344\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47352,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47344\/revisions\/47352"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47337"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47344"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}