{"id":45788,"date":"2025-10-03T07:32:32","date_gmt":"2025-10-03T07:32:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=45788"},"modified":"2025-10-07T07:44:55","modified_gmt":"2025-10-07T07:44:55","slug":"un-taureau-furieux-humilite-travail-et-temperance-1876","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/un-taureau-furieux-humilite-travail-et-temperance-1876\/","title":{"rendered":"Un taureau furieux ; humilit\u00e9, travail et temp\u00e9rance (1876)"},"content":{"rendered":"<p><em>Ce r\u00e9cit onirique plein de vie, racont\u00e9 par Don Bosco \u00e0 la fin des exercices spirituels de 1876, propose une puissante all\u00e9gorie de la vie spirituelle et de la mission sal\u00e9sienne. Un taureau furieux, incarnation du d\u00e9mon et des sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux, s\u00e8me la terreur mais est vaincu par ceux qui s&rsquo;abaissent dans l&rsquo;humilit\u00e9, restent unis dans l&rsquo;ob\u00e9issance et adorent le Saint-Sacrement. Deux v\u00e9rit\u00e9s fondamentales \u00e9mergent de cette sc\u00e8ne : \u00ab Travail et temp\u00e9rance \u00bb comme enseigne et garantie de f\u00e9condit\u00e9 apostolique, et l&rsquo;avertissement d&rsquo;\u00e9viter quatre clous mortels\u00a0: la gourmandise, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel, la m\u00e9disance et l&rsquo;oisivet\u00e9, en y ajoutant le serpent cach\u00e9 de l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9. Le r\u00eave se termine sur la vision triomphante de la Congr\u00e9gation qui, fid\u00e8le \u00e0 ces principes, diffusera l&rsquo;\u00c9vangile aux quatre points cardinaux, conduisant des foules de jeunes vers le Christ.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 la cl\u00f4ture et comme souvenir de la retraite, Don Bosco raconta un r\u00eave symbolique, qui est l&rsquo;un des plus instructifs parmi ceux qu&rsquo;il avait eus jusqu&rsquo;alors. Don Lemoyne prit des notes pendant qu&rsquo;il parlait, puis il mit tout par \u00e9crit et fit ensuite lire son texte \u00e0 Don Bosco, qui y apporta quelques l\u00e9g\u00e8res modifications. Pour plus de clart\u00e9, nous divisons le r\u00e9cit en quatre parties.<\/p>\n<p><strong>I<sup>e<\/sup> Partie [Un taureau furieux ; humilit\u00e9, travail et temp\u00e9rance]<br \/>\n<\/strong><br \/>\nOn dit qu&rsquo;il ne faut pas pr\u00eater attention aux r\u00eaves et je vous dis en v\u00e9rit\u00e9 que dans la plupart des cas, je suis \u00e9galement de cet avis. Cependant, parfois, bien qu&rsquo;ils ne nous r\u00e9v\u00e8lent pas des choses futures, ils servent \u00e0 nous faire conna\u00eetre comment r\u00e9soudre des affaires tr\u00e8s compliqu\u00e9es et \u00e0 nous faire agir avec une v\u00e9ritable prudence dans toutes sortes de situations. Alors, on peut les prendre en consid\u00e9ration, quand ils nous offrent quelque chose de bon.<br \/>\nJe veux justement vous raconter un r\u00eave qui m&rsquo;a occup\u00e9, on peut dire, tout le temps de cette retraite et qui m&rsquo;a particuli\u00e8rement tourment\u00e9 la nuit derni\u00e8re. Je vous le raconte tel que je l&rsquo;ai eu, en le raccourcissant seulement un peu ici et l\u00e0 pour ne pas \u00eatre trop long, car il me semble riche de beaucoup d\u2019enseignements tr\u00e8s s\u00e9rieux.<br \/>\nIl m\u2019a sembl\u00e9 que nous \u00e9tions tous ensemble et que nous allions de Lanzo \u00e0 Turin. Nous \u00e9tions tous sur un v\u00e9hicule, mais je ne saurais dire si nous \u00e9tions en chemin de fer ou dans des omnibus, mais nous n&rsquo;\u00e9tions pas \u00e0 pied. Arriv\u00e9s \u00e0 un certain point de la route, je ne me souviens plus o\u00f9, le v\u00e9hicule s&rsquo;arr\u00eata. Je descendis pour voir ce qui se passait, et un personnage se pr\u00e9senta que je ne saurais d\u00e9finir. Il me semblait \u00e0 la fois grand et petit, gros et mince, blanc, mais aussi rouge. Il marchait sur terre et dans les airs. Stup\u00e9fait et ne sachant raison de cela, je pris courage et lui demandai :<br \/>\n&#8211; Qui es-tu ?<br \/>\nSans rien dire d&rsquo;autre, il r\u00e9pondit :<br \/>\n&#8211; Viens !<br \/>\nJe voulais d&rsquo;abord savoir qui il \u00e9tait, ce qu&rsquo;il voulait, mais il reprit :<br \/>\n&#8211; Viens vite, faisons tourner les v\u00e9hicules dans ce champ. &#8211; Ce qui \u00e9tait remarquable, c&rsquo;est qu&rsquo;il parlait \u00e0 la fois doucement et fortement et avec plusieurs voix, ce dont je ne cessais de m&rsquo;\u00e9tonner.<br \/>\nLe champ \u00e9tait tr\u00e8s vaste\u00a0; il s\u2019\u00e9tendait \u00e0 perte de vue, toujours bien plat. Le sol n&rsquo;\u00e9tait pas avec des sillons, mais en terre battue comme une aire. Ne sachant que dire, et voyant ce personnage tellement r\u00e9solu, nous f\u00eemes faire demi-tour aux v\u00e9hicules, qui entr\u00e8rent dans ce vaste champ, et puis nous cri\u00e2mes \u00e0 tous ceux qui \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de descendre. Tous descendirent en un temps tr\u00e8s court, et voici qu&rsquo;\u00e0 peine descendus, noua v\u00eemes les v\u00e9hicules disparaitre, sans savoir o\u00f9 ils \u00e9taient all\u00e9s.<br \/>\n&#8211; Maintenant que nous sommes descendus, tu me diras&#8230; vous me direz&#8230; il me dira&#8230;, murmurai-je, ne sachant comment me comporter avec ce personnage, et pourquoi il nous avait fait arr\u00eater \u00e0 cet endroit.<br \/>\nIl r\u00e9pondit :<br \/>\n&#8211; La raison est s\u00e9rieuse\u00a0: c&rsquo;est pour vous \u00e9viter un tr\u00e8s grand danger !<br \/>\n&#8211; Et lequel ?<br \/>\n&#8211; Le danger d&rsquo;un taureau furieux, qui ne laisse personne vivant sur son passage. <em>Taurus rugiens quaerens quem devoret<\/em> (Un taureau rugissant qui cherche qui d\u00e9vorer).<br \/>\n&#8211; Doucement, mon cher, tu attribues au taureau ce que dans la Sainte \u00c9criture Saint Pierre dit du lion : <em>leo rugiens<\/em> (lion rugissant) !<br \/>\n&#8211; Peu importe, l\u00e0 c&rsquo;\u00e9tait <em>leo rugiens<\/em>, et ici c&rsquo;est <em>taurus rugiens<\/em>. Le fait est que vous devez rester bien en alerte. Appelle tous ceux qui sont autour de toi. Annonce-leur solennellement et avec une grande pr\u00e9occupation qu&rsquo;ils doivent faire attention, tr\u00e8s attention\u00a0: d\u00e8s qu&rsquo;ils entendront le mugissement du taureau, un mugissement extraordinaire et immense, qu&rsquo;ils se jettent subitement \u00e0 terre, et qu&rsquo;ils restent prostr\u00e9s, le visage tourn\u00e9 vers le sol, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le taureau ait pass\u00e9. Malheur \u00e0 celui qui n&rsquo;\u00e9coutera pas ta voix\u00a0! Quiconque ne se prosternera pas de la mani\u00e8re que je t&rsquo;ai dite, est bel et bien perdu, car il est \u00e9crit dans les saintes \u00c9critures que celui qui s&rsquo;abaisse sera \u00e9lev\u00e9, et que celui qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve sera abaiss\u00e9 : <em>qui se humiliat exaltabitur<\/em>, et <em>qui se exaltat humiliabitur<\/em> (quiconque s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve sera humili\u00e9, et quiconque s&rsquo;humilie sera \u00e9lev\u00e9, Lc 14,11).<br \/>\nPuis il me dit \u00e0 nouveau :<br \/>\n&#8211; Vite, vite, le taureau va venir. Crie, crie fort qu&rsquo;ils s&rsquo;abaissent.<br \/>\nJe criais, et lui :<br \/>\n&#8211; Allons, allons ! Crie encore plus fort, crie, crie !<br \/>\nJ&rsquo;ai cri\u00e9 si fort que je crois m\u00eame avoir effray\u00e9 Don Lemoyne, qui dort dans la chambre adjacente. Mais je ne pouvais pas faire plus.<br \/>\nEt voici que tout \u00e0 coup on entend le mugissement du taureau :<br \/>\n&#8211; Attention, attention ! Fais-les mettre en ligne droite, tous proches les uns des autres d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre avec un passage au milieu, pour que le taureau puisse passer. \u2013 C\u2019est ce que me crie ce personnage. Je crie et donne ces ordres. En un clin d&rsquo;\u0153il, tous sont prostr\u00e9s \u00e0 terre et nous commen\u00e7ons \u00e0 voir le taureau au loin qui arrivait furieux. Mais alors que la grande majorit\u00e9 \u00e9tait couch\u00e9e par terre, quelques-uns voulaient voir ce qu&rsquo;\u00e9tait ce taureau et ne s\u2019allongeaient pas sur le sol. Ils \u00e9taient peu nombreux.<br \/>\nL\u2019individu me dit :<br \/>\n&#8211; Maintenant tu vas voir ce qui va leur arriver ; tu verras ce qu&rsquo;ils recevront, parce qu&rsquo;ils ne veulent pas s&rsquo;abaisser.<br \/>\nJe voulais encore les avertir, crier, courir vers eux, mais l&rsquo;autre me l&rsquo;interdit. J\u2019insistai pour qu&rsquo;il me laisse aller vers eux, mais il me r\u00e9pondit d&rsquo;un ton tranchant :<br \/>\n&#8211; L&rsquo;ob\u00e9issance est aussi pour toi : abaisse-toi.<br \/>\nJe n&rsquo;\u00e9tais pas encore prostr\u00e9 qu\u2019on entendit un mugissement immense, terrible, effrayant. Le taureau \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 proche de nous. Tous tremblaient et demandaient :<br \/>\n&#8211; Qui sait ?&#8230; qui sait ?&#8230;<br \/>\n&#8211; N&rsquo;ayez pas peur|\u00a0! \u00c0 terre, criai-je.<br \/>\nEt l\u2019autre continuait \u00e0 crier : <em>Qui se humiliat, exaltabitur, et qui se exaltat, humiliabitur&#8230; qui se humiliat qui se humiliat<\/em>&#8230;<br \/>\nUne chose \u00e9trange m&rsquo;\u00e9tonna. Tout en ayant la t\u00eate sur le sol, tout entier prostr\u00e9 avec les yeux dans la poussi\u00e8re, je voyais n\u00e9anmoins tr\u00e8s bien les choses qui se passaient autour de moi. Le taureau avait sept cornes en forme de cercle\u00a0: deux \u00e9taient sous le nez, deux \u00e0 la place des yeux, deux \u00e0 l&rsquo;endroit ordinaire des cornes et une au-dessus. Mais, chose \u00e9tonnante, ces cornes \u00e9taient tr\u00e8s fortes, mobiles\u00a0; il les tournait dans la direction qu&rsquo;il voulait, de sorte que pour abattre et renverser quelqu&rsquo;un, il n&rsquo;avait pas \u00e0 courir en se tournant de-ci de-l\u00e0 ; il lui suffisait d&rsquo;aller de l\u2019avant sans se retourner pour abattre celui qu\u2019il rencontrait. Plus longues \u00e9taient les cornes du nez, et avec elles il faisait des ravages vraiment surprenants.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 le taureau \u00e9tait tout proche de nous. Alors l&rsquo;autre crie :<br \/>\n&#8211; On va voir l&rsquo;effet de l&rsquo;humilit\u00e9. &#8211; Et en un instant, oh merveille ! nous nous v\u00eemes tous soulev\u00e9s en l\u2019air, \u00e0 une hauteur consid\u00e9rable, de sorte qu&rsquo;il \u00e9tait impossible que le taureau puisse nous atteindre. Ceux qui ne s&rsquo;\u00e9taient pas abaiss\u00e9s ne furent pas soulev\u00e9s. Le taureau arrive et les d\u00e9vore en un instant. Aucun ne fut sauv\u00e9. Nous, pendant ce temps, soulev\u00e9s dans les airs, avions peur et disions :<br \/>\n&#8211; Si nous tombons, nous sommes bel et bien perdus. Pauvres de nous, que va-t-il nous arriver ? &#8211; Pendant ce temps, nous voyions le taureau furieux qui essayait de nous atteindre. Il faisait des sauts terribles pour pouvoir nous donner des coups de cornes, mais il ne put nous faire de mal en aucune sorte. Alors, plus furieux que jamais, il fait signe qu&rsquo;il veut aller chercher des compagnons, comme pour dire : &#8211; Nous allons nous aider les uns les autres et nous ferons une escalade &#8211; Et ainsi, <em>habens iram magnam<\/em> (plein de grande fureur, Ap 12,12), il s&rsquo;en alla.<br \/>\nAlors nous nous trouv\u00e2mes de nouveau \u00e0 terre et l\u2019autre se mit \u00e0 crier :<br \/>\n&#8211; Tournons-nous du c\u00f4t\u00e9 du midi.<\/p>\n<p><strong>II<sup>e<\/sup> Partie [Un taureau furieux]<br \/>\n<\/strong><br \/>\nEt voil\u00e0 que, sans comprendre comment cela se produisait, la sc\u00e8ne changea compl\u00e8tement devant nous. Tourn\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 du midi, nous v\u00eemes expos\u00e9 le Saint-Sacrement, avec de nombreuses bougies allum\u00e9es d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre. On ne voyait d\u00e9j\u00e0 plus ce pr\u00e9, mais il semblait que nous nous trouvions dans une immense \u00e9glise, toute bien orn\u00e9e. Pendant que nous \u00e9tions tous en adoration devant le Saint-Sacrement, voil\u00e0 que de nombreux taureaux furieux arriv\u00e8rent, tous avec des cornes horribles et un aspect terrifiant. Ils vinrent, mais comme nous \u00e9tions tous en adoration du Saint-Sacrement, ils ne purent nous faire aucun mal. Puis nous nous \u00e9tions mis \u00e0 r\u00e9citer le chapelet au Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus. Apr\u00e8s un moment, je ne sais comment, nous avons vu que les taureaux n&rsquo;\u00e9taient plus l\u00e0. Alors nous nous sommes tourn\u00e9s de nouveau du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autel, et nous avons trouv\u00e9 que les lumi\u00e8res avaient disparu, le Saint-Sacrement n&rsquo;\u00e9tait plus expos\u00e9, l&rsquo;\u00e9glise avait disparu. Mais o\u00f9 sommes-nous ? Nous nous sommes retrouv\u00e9s dans le champ o\u00f9 nous \u00e9tions auparavant.<br \/>\nVous comprenez bien que le taureau est l&rsquo;ennemi des \u00e2mes, le d\u00e9mon, qui a une grande col\u00e8re contre nous et cherche continuellement \u00e0 nous faire du mal. Les sept cornes sont les sept p\u00e9ch\u00e9s capitaux. Ce qui peut nous lib\u00e9rer des cornes de ce taureau, c&rsquo;est-\u00e0-dire des assauts du d\u00e9mon, pour ne pas tomber dans les vices, c&rsquo;est principalement l&rsquo;humilit\u00e9, base et fondement de la vertu.<\/p>\n<p><strong>III<sup>e<\/sup> Partie [Le triomphe de la congr\u00e9gation]<br \/>\n<\/strong><br \/>\nStup\u00e9faits, \u00e9merveill\u00e9s, nous nous regardions les uns les autres. Personne ne parlait ; nous ne savions que dire. On s&rsquo;attendait \u00e0 ce que Don Bosco parle ou que le personnage nous dise quelque chose. Mais lui me prit \u00e0 part pour me dire :<br \/>\n&#8211; Viens, je vais te montrer le triomphe de la Congr\u00e9gation de Saint Fran\u00e7ois de Sales. Monte sur ce rocher et tu verras !<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait une grande masse au milieu de ce champ immense, et je montai dessus. Oh\u00a0! quelle vue immense s&rsquo;offrit \u00e0 mes yeux ! Ce champ, que je n&rsquo;aurais jamais cru si vaste, me parut comme s&rsquo;il occupait toute la terre. Des hommes de toutes les couleurs, de tous les v\u00eatements, de toutes les nations, y \u00e9taient rassembl\u00e9s. Je vis tant de gens que je ne sais pas si le monde en poss\u00e8de autant. Je commen\u00e7ai \u00e0 observer les premiers qui se pr\u00e9sent\u00e8rent \u00e0 notre regard. Ils \u00e9taient habill\u00e9s comme nous, Italiens. Je connaissais ceux des premi\u00e8res rang\u00e9es et il y avait beaucoup de sal\u00e9siens qui conduisaient comme par la main des groupes de gar\u00e7ons et de filles. Puis il en venait d&rsquo;autres, avec d&rsquo;autres groupes, puis encore d&rsquo;autres et d&rsquo;autres que je ne connaissais plus et que je ne pouvais plus distinguer, tellement leur nombre \u00e9tait indescriptible. Du c\u00f4t\u00e9 du midi apparurent \u00e0 mes yeux des Siciliens, des Africains et un peuple immense de gens que je ne connaissais pas. Ils \u00e9taient toujours conduits par des sal\u00e9siens, que je connaissais dans les premi\u00e8res rang\u00e9es et puis plus.<br \/>\n&#8211; Tourne-toi, &#8211; me dit l\u2019autre. Voici que d&rsquo;autres peuples impossibles \u00e0 compter, v\u00eatus diff\u00e9remment de nous, s&rsquo;offrirent \u00e0 mes yeux : ils portaient des fourrures, des sortes de manteaux qui semblaient en velours, tous de diff\u00e9rentes couleurs. Il me demanda de me tourner vers les quatre points cardinaux. Entre autres choses, je vis \u00e0 l&rsquo;est des femmes avec des pieds si petits qu&rsquo;elles avaient du mal \u00e0 se tenir debout et ne pouvaient presque pas marcher. Ce qu\u2019il y avait de singulier, c&rsquo;est que partout je voyais des sal\u00e9siens qui conduisaient des groupes de gar\u00e7ons et de filles et avec eux un peuple immense. Dans les premi\u00e8res rang\u00e9es, je les connaissais toujours. Puis en avan\u00e7ant, je ne les reconnaissais plus, ni m\u00eame les missionnaires. Ici, je ne peux pas raconter beaucoup de d\u00e9tails, car je deviendrais trop long.<br \/>\nAlors celui qui m&rsquo;avait conduit et conseill\u00e9 jusqu\u2019alors, en me disant ce que je devais faire, reprit la parole et ajouta :<br \/>\n&#8211; Regarde, r\u00e9fl\u00e9chis, tu ne comprendras pas tout ce que je te dis, mais fais attention : tout ce que tu as vu est la moisson pr\u00e9par\u00e9e pour les sal\u00e9siens. Vois-tu combien la moisson est immense ? Ce champ immense dans lequel tu te trouves est le champ dans lequel les sal\u00e9siens doivent travailler. Les sal\u00e9siens que tu vois sont les ouvriers de cette vigne du Seigneur. Beaucoup travaillent, et tu les connais. L&rsquo;horizon ensuite s&rsquo;\u00e9largit, \u00e0 perte de vue, avec des gens que tu ne connais pas encore. Cela veut dire que non seulement dans ce si\u00e8cle, mais aussi dans l&rsquo;autre et dans les si\u00e8cles futurs, les sal\u00e9siens travailleront dans leur champ. Mais sais-tu \u00e0 quelles conditions on arrivera \u00e0 accomplir ce que tu vois ? Je vais te le dire. Regarde, il faut que tu fasses imprimer ces mots qui seront comme votre embl\u00e8me, votre mot d&rsquo;ordre, votre distinctif. Note-les bien : <em>Le travail et la temp\u00e9rance feront fleurir la Congr\u00e9gation Sal\u00e9sienne<\/em>. Ces mots, tu les feras expliquer, tu les r\u00e9p\u00e9teras, tu insisteras. Tu feras imprimer un manuel pour les expliquer en faisant bien comprendre que le travail et la temp\u00e9rance sont l\u2019h\u00e9ritage que tu laisses \u00e0 la Congr\u00e9gation, et qui seront en m\u00eame temps sa gloire.<br \/>\nJe r\u00e9pondis :<br \/>\n&#8211; Je ferai cela avec grand plaisir ; c&rsquo;est tout conforme \u00e0 notre mission, c&rsquo;est ce que je recommande d\u00e9j\u00e0 tous les jours et j&rsquo;insiste toujours chaque fois que je trouve l&rsquo;occasion.<br \/>\n&#8211; Es-tu donc bien convaincu ? M&rsquo;as-tu bien compris ? C&rsquo;est l&rsquo;h\u00e9ritage que tu leur laisseras. Dis-leur clairement que tant que tes fils observeront cela, ils auront des disciples au sud, au nord, \u00e0 l&rsquo;est et \u00e0 l&rsquo;ouest. Maintenant redescends \u00e0 Turin \u00e0 la fin de la retraite et conduis-les \u00e0 leur destination. Ceux-ci serviront de norme, puis viendront les autres.<br \/>\nEt voil\u00e0 que r\u00e9apparaissent des omnibus pour nous conduire tous \u00e0 Turin. J&rsquo;observe, j&rsquo;observe ; c&rsquo;\u00e9taient des omnibus tous <em>sui generis<\/em>, \u00e9tranges \u00e0 souhait. Nos gens commencent \u00e0 monter. Or ces omnibus n&rsquo;avaient aucun appui. Craignant que les jeunes ne tombent, je ne voulais pas les laisser partir. Mais il me dit :<br \/>\n&#8211; Laisse-les aller, qu&rsquo;ils aillent ; ils n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;appui, \u00e0 condition de bien ex\u00e9cuter ces paroles\u00a0: <em>Sobrii estote et vigilate<\/em> (Soyez sobres, veillez, 1Pt 5,8). En observant bien ces deux consignes, on ne tombe pas, bien qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;appuis quand la voiture roule.<\/p>\n<p><strong>IV<sup>e<\/sup> Partie [Quatre clous embl\u00e9matiques]<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ils partirent donc et je restai seul avec cet homme.<br \/>\n&#8211; Viens, me dit-il tout de suite, viens, je veux te montrer la partie la plus importante. Oh, tu vas bien apprendre des choses ! Vois-tu ce chariot l\u00e0-bas ?<br \/>\n&#8211; Je le vois !<br \/>\n&#8211; Sais-tu ce que c&rsquo;est ?<br \/>\n&#8211; Mais je ne vois pas bien.<br \/>\n&#8211; Si tu veux bien voir, approche-toi. Vois-tu ce panneau ? Approche-toi ; observe-le. Sur ce panneau il y a l&#8217;embl\u00e8me : c&rsquo;est lui qui va t\u2019instruire.<br \/>\nJe m&rsquo;approche et je vois que sur ce panneau sont peints quatre clous tr\u00e8s gros. Je me tourne vers lui en disant :<br \/>\n&#8211; Mais je ne comprends rien, si tu ne m&rsquo;expliques pas.<br \/>\n&#8211; Ne vois-tu pas ces quatre clous ? Observe-les bien. Ce sont les quatre clous qui ont perfor\u00e9 et tourment\u00e9 si cruellement la personne du Divin Sauveur.<br \/>\n&#8211; Et alors ?<br \/>\n&#8211; Ce sont quatre clous qui tourmentent les Congr\u00e9gations religieuses. Si tu \u00e9vites ces quatre clous, c&rsquo;est-\u00e0-dire si ta Congr\u00e9gation ne reste pas tourment\u00e9e par eux en sachant les tenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, alors les choses iront bien et vous serez en s\u00e9curit\u00e9.<br \/>\n&#8211; Mais je n\u2019en sais pas plus qu\u2019avant, r\u00e9pondis-je. Que signifient ces clous ?<br \/>\n&#8211; Si tu veux mieux savoir, visite attentivement ce chariot qui a les clous pour embl\u00e8me. Regarde ; ce chariot a quatre compartiments, chacun correspondant \u00e0 un clou.<br \/>\n&#8211; Mais que signifient ces compartiments ?<br \/>\n&#8211; Observe le premier compartiment. &#8211; J&rsquo;observe et je lis sur le panneau : <em>Quorum Deus venter est<\/em> (le ventre est leur dieu. Phil 3,19). &#8211; Ah, maintenant je commence \u00e0 comprendre quelque chose.<br \/>\nCet homme me r\u00e9pond :<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est le premier clou qui tourmente et ruine les Congr\u00e9gations religieuses. Il fera aussi des ravages parmi vous, si tu n&rsquo;y fais pas attention. Combats-le bien et tu verras que tes affaires vont prosp\u00e9rer.<br \/>\n&#8211; Maintenant venons au deuxi\u00e8me compartiment et lis l&rsquo;inscription du deuxi\u00e8me clou : <em>Quaerunt quae sua sunt, non quae Jesu Christi<\/em> (ils cherchent leurs propres int\u00e9r\u00eats, non ceux de J\u00e9sus-Christ, Phil 2,21). Ici se trouvent ceux qui cherchent leur propre confort, leurs aises, et qui manigancent pour leur propre bien ou peut-\u00eatre aussi pour celui de leurs proches, et ne cherchent pas le bien de la Congr\u00e9gation, qui est la portion de J\u00e9sus-Christ. Fais attention, \u00e9loigne ce fl\u00e9au et tu verras prosp\u00e9rer la Congr\u00e9gation.<br \/>\nTroisi\u00e8me compartiment : j&rsquo;observe l&rsquo;inscription du troisi\u00e8me clou, et c&rsquo;\u00e9tait : <em>Aspidis lingua eorum<\/em> (leur langue est venin de serpent). &#8211; Le clou fatal pour les Congr\u00e9gations, ce sont ceux qui murmurent, les chuchoteurs, ceux qui cherchent toujours \u00e0 critiquer tant\u00f4t \u00e0 bon droit, tant\u00f4t \u00e0 tort.<br \/>\nQuatri\u00e8me compartiment : <em>Cubiculum otiositatis<\/em> (chambre de l&rsquo;oisivet\u00e9). &#8211; Ici se trouvent les oisifs en grand nombre, et quand on commence \u00e0 y introduire l&rsquo;oisivet\u00e9, la communaut\u00e9 est bien ruin\u00e9e. En revanche, tant qu&rsquo;on travaillera beaucoup, il n&rsquo;y aura aucun danger pour vous. Maintenant observe encore une chose qui se trouve dans ce chariot, et \u00e0 laquelle on ne fait souvent pas attention. Je veux que tu observes cela avec une attention toute particuli\u00e8re. Vois ce d\u00e9barras qui ne fait partie d&rsquo;aucun compartiment, mais qui s&rsquo;\u00e9tend un peu dans tous ? C&rsquo;est comme un demi-compartiment ou un d\u00e9barras.<br \/>\n&#8211; Je regarde, mais je ne vois que des restes de feuilles, des herbe hautes, d&rsquo;autres plus basses, enchev\u00eatr\u00e9es.<br \/>\n&#8211; Bien, bien ; c&rsquo;est cela que je veux que tu observes.<br \/>\n&#8211; Mais que puis-je en tirer ?<br \/>\n&#8211; Observe bien l&rsquo;inscription qui est presque cach\u00e9e.<br \/>\nJ&rsquo;observe bien et je vois \u00e9crit : <em>Latet anguis in herba<\/em> (Un serpent se cache dans l&rsquo;herbe).<br \/>\n&#8211; Et alors ?<br \/>\n&#8211; Regarde, il y a certains individus qui restent cach\u00e9s, ils ne parlent pas, ils n&rsquo;ouvrent jamais leur c\u0153ur aux Sup\u00e9rieurs, ils ruminent toujours dans leur c\u0153ur leurs secrets. Fais attention ; <em>latet anguis in herba<\/em>. Ce sont de v\u00e9ritables fl\u00e9aux, une v\u00e9ritable peste des Congr\u00e9gations. M\u00eame s\u2019ils sont mauvais, ils pourraient \u00eatre corrig\u00e9s s&rsquo;ils se confiaient. Mais non, ils restent cach\u00e9s, on ne s\u2019aper\u00e7oit de rien, et pendant ce temps le mal devient grave, le venin se multiplie dans leur c\u0153ur, Et quand ils seront connus, il n&rsquo;y aura plus de temps pour r\u00e9parer les dommages qu&rsquo;ils ont d\u00e9j\u00e0 caus\u00e9s. Apprends donc bien les choses que tu dois tenir loin de ta Congr\u00e9gation, garde bien \u00e0 l&rsquo;esprit ce que tu as entendu, donne l\u2019ordre d\u2019expliquer et de r\u00e9expliquer longuement toutes ces choses. En agissant ainsi, sois tranquille pour ta Congr\u00e9gation, car les choses prosp\u00e9reront de jour en jour.<br \/>\nAlors je priai cet homme de me laisser un peu de temps pour \u00e9crire tout cela afin de ne rien oublier de ce qu\u2019il m\u2019avait dit.<br \/>\n&#8211; Si tu veux faire l&rsquo;essai, me r\u00e9pondit-il, \u00e9cris-les, mais je crains que le temps ne te manque, et fais attention.<br \/>\nPendant qu&rsquo;il me disait ces choses et que je me pr\u00e9parais \u00e0 \u00e9crire, il me sembla entendre un bruit confus, une agitation tout autour de moi. Le sol de ce champ semblait trembler. Alors je me tourne pour voir s&rsquo;il y avait quelque chose de nouveau, et je vois les jeunes qui \u00e9taient partis peu avant, tous effray\u00e9s, revenant vers moi de tous les c\u00f4t\u00e9s, et tout de suite apr\u00e8s, le meuglement du taureau, et le taureau lui-m\u00eame qui les poursuivait. Quand le taureau r\u00e9apparut, je fus si effray\u00e9 \u00e0 sa vue que je me suis r\u00e9veill\u00e9.<br \/>\nJe vous ai racont\u00e9 le r\u00eave en cette circonstance, avant de nous s\u00e9parer, bien persuad\u00e9 de pouvoir dire en toute v\u00e9rit\u00e9 que ce serait une digne conclusion des exercices spirituels, si nous nous proposions comme devise : <em>Travail et temp\u00e9rance,<\/em> et si nous veillions \u00e0 ce que chacun \u00e9vite les quatre grands clous qui martyrisent les Congr\u00e9gations\u00a0: le vice de la gourmandise, la recherche des aises, les murmures et l&rsquo;oisivet\u00e9. \u00c0 quoi il faut ajouter le d\u00e9sir que chacun soit toujours ouvert, franc et confiant avec ses Sup\u00e9rieurs. De cette mani\u00e8re, nous ferons du bien \u00e0 nos \u00e2mes et en m\u00eame temps nous pourrons aussi sauver celles que la Divine Providence confiera \u00e0 nos soins.<\/p>\n<p>Don Bosco avait pr\u00e9vu et promis au cours du r\u00e9cit qu&rsquo;il expliquerait mieux \u00e0 la fin le point de la temp\u00e9rance, en racontant un appendice du r\u00eave. Mais ensuite, en passant \u00e0 la deuxi\u00e8me partie de son discours, que nous verrons bient\u00f4t, il l&rsquo;oublia. R\u00e9veill\u00e9, comme il l&rsquo;a dit, par la r\u00e9apparition de la b\u00eate furieuse, il eut le d\u00e9sir de conna\u00eetre encore une chose. Il fut satisfait d\u00e8s qu&rsquo;il reprit le sommeil. Ce qu&rsquo;il vit alors, il le raconta plus tard \u00e0 Chieri. Don Berto, qui \u00e9tait pr\u00e9sent, l\u2019\u00e9crivit et le remit \u00e0 Don Lemoyne, qui le copia, comme un compl\u00e9ment de ce qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 sur le papier.<br \/>\nJ&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sireux de conna\u00eetre les effets de la temp\u00e9rance et ceux de l&rsquo;intemp\u00e9rance et avec cette pens\u00e9e je me mis au lit. \u00c0 peine endormi, notre personnage r\u00e9appara\u00eet et m&rsquo;invite \u00e0 le suivre et \u00e0 voir les effets de la temp\u00e9rance. Il me conduisit dans un jardin tr\u00e8s agr\u00e9able, plein de d\u00e9lices et de fleurs de toutes sortes et esp\u00e8ces. Ici, j&rsquo;observai une quantit\u00e9 de roses merveilleuses, symbole de la charit\u00e9 ; l\u00e0 un \u0153illet, l\u00e0 un jasmin ; ici un lys, l\u00e0 une violette, l\u00e0 une fleur perp\u00e9tuelle, un tournesol, et un nombre infini de fleurs, chacune symbolisant une vertu.<br \/>\n&#8211; Maintenant fais attention, &#8211; me dit le guide. Le jardin disparut et j&rsquo;entendis un grand bruit :<br \/>\n&#8211; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? D&rsquo;o\u00f9 vient ce bruit ?<br \/>\n&#8211; Tourne-toi et observe.<br \/>\nJe me retournai. Oh spectacle inimaginable ! Je vis un chariot de forme carr\u00e9e, tir\u00e9 par un porc et un crapaud d\u2019une taille \u00e9norme.<br \/>\n&#8211; Approche-toi et regarde \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur.<br \/>\nJe m&rsquo;avan\u00e7ai pour examiner le contenu du chariot. Il \u00e9tait plein et d\u00e9bordant d&rsquo;animaux plus r\u00e9pugnants les uns que les autres : corbeaux, serpents, scorpions, basilics, limaces, chauves-souris, crocodiles, salamandres. Je ne pus r\u00e9sister \u00e0 cette vue, et tandis qu&rsquo;horrifi\u00e9, je d\u00e9tournai le regard, \u00e0 cause de l&rsquo;odeur de ces animaux r\u00e9pugnants, je re\u00e7us comme un choc et me r\u00e9veillai. Pendant un bon moment je sentais encore la m\u00eame odeur, et mon esprit \u00e9tait encore troubl\u00e9 par ce spectacle horrible. Il m\u2019a sembl\u00e9 que j\u2019avais encore tout cela devant les yeux, de sorte qu\u2019il me fut impossible de me reposer pendant cette nuit.<\/p>\n<p>Don Lemoyne, qui s\u2019\u00e9tait concentr\u00e9 uniquement sur le r\u00eave, ne pensa pas \u00e0 \u00e9crire la deuxi\u00e8me partie de l\u2019instruction. Nous la trouvons r\u00e9sum\u00e9e par Don Barberis de la mani\u00e8re suivante.<\/p>\n<p>Je veux maintenant vous laisser un souvenir sp\u00e9cial qui puisse vous servir au cours de cette ann\u00e9e. Voici ce que serait ce souvenir : qu&rsquo;on cherche par tous les moyens de conserver la vertu reine, la vertu qui garde toutes les autres. Si nous l&rsquo;avons, elle ne sera jamais seule, mais elle aura pour cort\u00e8ge toutes les autres. Si nous la perdons, on n\u2019aura plus les autres, soit parce qu&rsquo;elles n&rsquo;existent pas, soit parce qu&rsquo;elles se perdent en peu de temps.<br \/>\nAimez cette vertu, aimez-la beaucoup, et rappelez-vous que pour la conserver, il faut travailler et prier : <em>non eicitur nisi in ieiunio et oratione<\/em> (on ne la chasse que par la pri\u00e8re et le je\u00fbne, Mt 17,21). Oui, pri\u00e8re et mortification dans les regards, dans le repos, dans la nourriture, et surtout dans le vin. Pour le corps ne pas chercher nos aises, je dirais m\u00eame presque le maltraiter. Ne lui accordons pas d&rsquo;\u00e9gards sauf en cas de n\u00e9cessit\u00e9, lorsque la sant\u00e9 l&rsquo;exige, alors oui. Pour le reste, donnons au corps le strict n\u00e9cessaire et pas plus, car l&rsquo;Esprit Saint dit : <em>Corpus hoc quod corrumpitur aggravat animam<\/em> (un corps corruptible alourdit l&rsquo;\u00e2me, Sagesse 9,15). D\u2019accord ? Alors que faisait Saint Paul ? <em>Castigo<\/em> <em>corpus meum et<\/em> <em>in servitutem redigo, ut spiritui inserviat<\/em> (je traite durement mon corps et le r\u00e9duis en esclavage, 1 Cor 9,27).<br \/>\nJe recommande ensuite ici ce que j&rsquo;ai recommand\u00e9 durant la retraite pr\u00e9c\u00e9dente, c&rsquo;est-\u00e0-dire : OB\u00c9ISSANCE, PATIENCE, ESP\u00c9RANCE&#8230;<br \/>\nL&rsquo;autre chose est l&rsquo;humilit\u00e9, que nous devons chercher \u00e0 poss\u00e9der nous-m\u00eames et \u00e0 inculquer \u00e0 nos jeunes et \u00e0 tous, vertu qui est ordinairement appel\u00e9e le fondement de la vie chr\u00e9tienne et de la perfection.<br \/>\nUne chose qui se dit parfois, mais que je ne voudrais jamais qu&rsquo;on fasse, est celle-ci : faire les choses seulement pour plaire \u00e0 Don Bosco. Non, mes chers confr\u00e8res, ne cherchez pas \u00e0 me plaire \u00e0 moi, mais cherchez \u00e0 plaire au Seigneur. Mes pauvres fils ! Quelle r\u00e9compense pourrais-je vous donner, si vous cherchez seulement \u00e0 me plaire \u00e0 moi ? Je pourrais vous donner mes mis\u00e8res. Mettez-y vraiment le v\u00e9ritable esprit en cherchant \u00e0 plaire au Seigneur. Et si parfois on vous confie une t\u00e2che qui vous r\u00e9pugne, faites-la quand m\u00eame, faites-la volontiers, en pensant qu&rsquo;avec cela vous gagnerez l&rsquo;amour de Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ et une r\u00e9compense \u00e9ternelle au ciel.<br \/>\nAyez tous une copie des R\u00e8gles. Lisez-les, \u00e9tudiez-les, et qu&rsquo;elles soient comme notre code, auquel nous cherchons \u00e0 uniformiser enti\u00e8rement notre vie.<br \/>\nDans les R\u00e8gles, observez particuli\u00e8rement les pratiques de pi\u00e9t\u00e9, et parmi celles-ci, comme souvenir sp\u00e9cial, je d\u00e9sire qu&rsquo;on introduise et qu&rsquo;on fasse bien ce qui concerne l&rsquo;exercice de la bonne mort. Je peux vous assurer que celui qui fait bien cet exercice mensuel peut \u00eatre tranquille pour le salut de son \u00e2me et \u00eatre s\u00fbr de marcher toujours dans la vraie voie de sa vocation. Si certains d\u2019entre vous ne peuvent trouver un jour pour s&rsquo;exempter de toute occupation, peu importe, qu&rsquo;ils fassent ce qui est strictement n\u00e9cessaire pour leur fonction. Mais il n&rsquo;y aura personne qui, ce jour-l\u00e0, ne puisse trouver une bonne demi-heure, o\u00f9 il pense s\u00e9rieusement aux points suivants : 1\u00b0 Si je mourais en ce moment, n&rsquo;ai-je pas un peu de trouble dans l&rsquo;\u00e2me ? 2\u00b0 Pendant ce mois, quels ont \u00e9t\u00e9 mes principaux d\u00e9fauts ? 3\u00b0 Entre ce mois et les pr\u00e9c\u00e9dents, lequel a \u00e9t\u00e9 le meilleur ? 4\u00b0 Si je mourais maintenant, est-ce que je laisserais un probl\u00e8me dans ma gestion ou dans mes fonctions ? Ne laisserais-je pas dans l&#8217;embarras les Sup\u00e9rieurs concernant ce que je poss\u00e8de ? Et dans les gestions mat\u00e9rielles qui me concernent ? &#8211; En faisant ces consid\u00e9rations, il faut chercher \u00e0 mettre vraiment en ordre toute esp\u00e8ce d&rsquo;inconv\u00e9nient.<br \/>\nEncore une pens\u00e9e concernant le doute que quelqu&rsquo;un pourrait avoir sur sa vocation. Suis-je appel\u00e9 \u00e0 rester dans cette Congr\u00e9gation ? Suis-je bien s\u00fbr que celle que j&rsquo;ai embrass\u00e9e est la vie \u00e0 laquelle le Seigneur m\u2019appelle ?<br \/>\nAvant toute chose, je vous dis, et gardez cela bien \u00e0 l&rsquo;esprit, que je n&rsquo;ai jamais accept\u00e9 personne sans \u00eatre s\u00fbr qu&rsquo;il est appel\u00e9 par le Seigneur.<br \/>\nPuis r\u00e9fl\u00e9chissez. Le fait que vous soyez tous venus ici vous r\u00e9unir \u00e0 Lanzo, certains provenant d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, d&rsquo;autres de l&rsquo;autre, certains surmontant des obstacles d&rsquo;un genre, d&rsquo;autres d&rsquo;un autre ; le fait d&rsquo;avoir laiss\u00e9 vos occupations, et l&rsquo;occasion sp\u00e9ciale de vous trouver ici en ce moment : tout cela, je crois, est d\u00e9j\u00e0 un vrai signe que Dieu vous appelle \u00e0 embrasser cet \u00e9tat de vie. Et en ce moment, je n&rsquo;ai pas peur de vous dire que vous tous ici pr\u00e9sents, vous \u00eates tous appel\u00e9s par le Seigneur. C\u2019est \u00e0 vous maintenant de r\u00e9pondre, en vous mettant de tout c\u0153ur \u00e0 observer les R\u00e8gles. Oh, oui ! Je r\u00e9pondrais \u00e0 chacun ce que le Divin Sauveur r\u00e9pondait \u00e0 cet homme : <em>Si vis ad vitam ingredi, serva mandata<\/em>&#8230; (Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements, Mt 19,17). <em>Hoc fac et vives<\/em> (fais cela et tu vivras, Lc 10,28).<br \/>\n&#8230; <em>Hoc fac et vives<\/em>. Observe les R\u00e8gles. Et quoi d&rsquo;autre ? Fais cela et tu vivras. Savez-vous quand la vocation commence \u00e0 \u00eatre mise en doute ? Le doute commencera en vous lorsque vous commencerez \u00e0 transgresser les R\u00e8gles. Alors oui, elle deviendra douteuse, et si l&rsquo;on continue dans les transgressions, on court un grave danger de la perdre.<br \/>\nCourage\u00a0! L\u2019observance exacte de nos R\u00e8gles sera le souvenir qui mettra comme le sceau final \u00e0 tous les autres, tant \u00e0 ceux que le bon Pr\u00e9dicateur vous a sugg\u00e9r\u00e9s au fur et \u00e0 mesure, qu&rsquo;\u00e0 ceux que votre pi\u00e9t\u00e9 vous a sugg\u00e9r\u00e9s dans les m\u00e9ditations, dans l\u2019examen de conscience, dans la Sainte Communion. Et qu&rsquo;il serve aussi de sceau \u00e0 ce que je vous ai d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9 dans cette conf\u00e9rence. Et vivez heureux !<br \/>\n<em>(MB XII, 462-472)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce r\u00e9cit onirique plein de vie, racont\u00e9 par Don Bosco \u00e0 la fin des exercices&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":45766,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":46,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1734,1716,2634,2554,1764,1818,1968,1962,2022,2034,2028],"class_list":["post-45788","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-catechese","tag-charisme-salesien","tag-conciles","tag-dieu","tag-don-bosco","tag-grace","tag-saints","tag-salut","tag-vertus","tag-vice","tag-vie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45788","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45788"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45788\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45796,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45788\/revisions\/45796"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45766"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45788"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45788"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45788"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}