{"id":45479,"date":"2025-09-26T06:37:12","date_gmt":"2025-09-26T06:37:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=45479"},"modified":"2025-09-26T06:38:52","modified_gmt":"2025-09-26T06:38:52","slug":"leducation-familiale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/leducation-familiale\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9ducation familiale"},"content":{"rendered":"<p>En m\u00eame temps que le \u00ab sentiment de l\u2019enfant \u00bb, on voit se d\u00e9velopper \u00e0 partir du XVe si\u00e8cle le sentiment de la famille, peu apparent au moyen \u00e2ge, qui privil\u00e9giait les relations avec la masse du peuple et laissait peu de place pour l\u2019intimit\u00e9 et la vie priv\u00e9e. D\u2019autre part, on constate une r\u00e9\u00e9valuation du mariage et de la famille aux d\u00e9pens du c\u00e9libat eccl\u00e9siastique et monastique. Pour les humanistes et les r\u00e9formateurs, ces r\u00e9alit\u00e9s favorisaient grandement la vie de la cit\u00e9 et de l\u2019\u00c9glise. Luther et Calvin, non contents de d\u00e9noncer le c\u00e9libat des moines et des pr\u00eatres, cause d\u2019immoralit\u00e9 et d\u2019hypocrisie selon eux, encourageaient le mariage pour tous.<br \/>\nTout en maintenant la tradition du c\u00e9libat religieux et sa sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, saint Fran\u00e7ois de Sales n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019aller au-del\u00e0 des conventions sociales de l\u2019\u00e9poque. On sait que la plupart de ses lettres de direction spirituelle sont adress\u00e9es \u00e0 des femmes et \u00e0 des hommes mari\u00e9s. Dans l\u2019<em>Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote<\/em>, il a \u00e9crit deux chapitres d\u2019une originalit\u00e9 incontestable par rapport \u00e0 toute la litt\u00e9rature spirituelle du pass\u00e9. L\u2019un contient des \u00ab avis pour les gens mari\u00e9s \u00bb, l\u2019autre traite \u00ab de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 du lit conjugal \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le mariage est une vocation<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le mariage est une \u00ab liaison humaine par laquelle on s\u2019entrecommunique le c\u0153ur, le corps et les biens \u00bb. Apr\u00e8s avoir affirm\u00e9 r\u00e9solument que le mariage est \u00ab honorable \u00e0 tous, en tous et en tout, c\u2019est-\u00e0-dire en toutes ses parties \u00bb, l\u2019auteur de l\u2019<em>Introduction<\/em> explique :<\/p>\n<p><em>\u00c0 tous, car les vierges m\u00eames doivent l\u2019honorer avec humilit\u00e9 ; en tous, car il est \u00e9galement saint entre les pauvres comme entre les riches ; en tout, car son origine, sa fin, ses utilit\u00e9s, sa forme et sa mati\u00e8re sont saintes.<br \/>\n<\/em><br \/>\nNon seulement il consid\u00e8re le mariage comme un grand sacrement dans l\u2019\u00c9glise et la \u00ab p\u00e9pini\u00e8re du christianisme \u00bb, mais il d\u00e9clare aussi que \u00ab la conservation du bien du mariage est extr\u00eamement importante \u00e0 la r\u00e9publique \u00bb.<br \/>\nDestin\u00e9 lui-m\u00eame au mariage par son p\u00e8re, Fran\u00e7ois de Sales l\u2019avait refus\u00e9, au dire de la m\u00e8re de Chaugy, \u00ab non par m\u00e9pris du mariage, qu\u2019il honorait parfaitement comme sacrement, mais par une certaine ardeur int\u00e9rieure et spirituelle qui le pressait de se d\u00e9dier totalement au service de l\u2019\u00c9glise, et \u00eatre tout \u00e0 Dieu sans avoir le c\u0153ur partag\u00e9 \u00bb.<br \/>\nLa dignit\u00e9 du mariage exigeait-elle que le jeune homme, et surtout la jeune fille, puisse choisir librement son \u00ab parti \u00bb ? La chose n\u2019\u00e9tait pas aussi claire \u00e0 cette \u00e9poque, et les pratiques \u00e9taient variables.<br \/>\nD\u2019antiques traditions persistaient surtout dans les milieux de la noblesse, o\u00f9 les filles \u00e9taient promises souvent tr\u00e8s jeunes et o\u00f9 le mari beaucoup plus \u00e2g\u00e9 exer\u00e7ait une autorit\u00e9 incontestable dans le couple. Cela ne veut pas dire que tout allait au plus mal, comme on le voit bien dans le cas des parents de Fran\u00e7ois de Sales. Ailleurs on constatait une certaine \u00e9volution des m\u0153urs qui faisait que les jeunes gens se mariaient moins jeunes et exer\u00e7aient par cons\u00e9quent une plus grande libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le mariage est une vocation<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un des apports les plus significatifs de Fran\u00e7ois de Sales fut d\u2019aider les \u00e9poux \u00e0 prendre conscience que leur \u00e9tat de vie est une vocation. Lui-m\u00eame recommandait \u00e0 Philoth\u00e9e, qui \u00e9tait une personne mari\u00e9e, \u00e0 propos du mariage : \u00ab Si tous doivent l\u2019honorer, honorez-le grandement sur tous, vous qui par votre vocation y \u00eates \u00bb.<br \/>\n\u00c9tant une vocation, le mariage a pour but la saintet\u00e9 des \u00e9poux. \u00ab Vous marcherez en cette vocation, \u00e9crivait-il \u00e0 une jeune fille qui venait de se marier, vous y aurez bien de la consolation et deviendrez fort sainte \u00e0 la fin \u00bb.<br \/>\nLe mariage est une vocation parce qu\u2019il comporte premi\u00e8rement un don et ensuite un appel, une responsabilit\u00e9. C\u2019est ce que l\u2019auteur de l\u2019<em>Introduction<\/em> veut inculquer aux gens mari\u00e9s quand il leur dit :<\/p>\n<p><em>C\u2019est Dieu, mes amis, qui de sa main invisible a fait le n\u0153ud du sacr\u00e9 lien de votre mariage, et qui vous a donn\u00e9 les uns aux autres ; pourquoi ne vous ch\u00e9rissez-vous pas d\u2019un amour tout saint, tout sacr\u00e9, tout divin ?<br \/>\n<\/em><br \/>\n\u00c0 une jeune femme qui venait de se marier il \u00e9crivait de m\u00eame : \u00ab Aimez votre mari tendrement, comme vous ayant \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de la propre main de Notre-Seigneur \u00bb.<\/p>\n<p><strong>L\u2019amour dans le mariage<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Fran\u00e7ois de Sales a \u00e9t\u00e9 en son temps un partisan du mariage d\u2019amour. Rabelais et Montaigne, qui ont exalt\u00e9 le sentiment paternel, ne pr\u00eataient gu\u00e8re attention \u00e0 l\u2019amour entre les \u00e9poux. On estimait bien souvent que le mariage \u00e9tait incompatible avec l\u2019amour, confondu avec l\u2019amour-passion, et on en concluait logiquement qu\u2019il n\u2019\u00e9tait qu\u2019une institution n\u00e9cessaire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nPour Fran\u00e7ois de Sales, l\u2019amour mutuel devait \u00eatre la caract\u00e9ristique principale, avec ses deux corollaires que sont l\u2019\u00ab union indissoluble \u00bb des c\u0153urs et la \u00ab fid\u00e9lit\u00e9 inviolable de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u00bb.<br \/>\nDans l\u2019<em>Introduction<\/em> l\u2019auteur exhorter les gens mari\u00e9s \u00e0 agrandir de plus en plus leur \u00ab r\u00e9ciproque amour \u00bb. Il d\u00e9finit volontiers l\u2019amour des \u00e9poux comme une amiti\u00e9 r\u00e9ciproque o\u00f9 l\u2019on pratique \u00ab la communication de la vie, des biens, des affections et d\u2019une indissoluble fid\u00e9lit\u00e9 \u00bb. Les gestes d\u2019affection ne doivent pas manquer. Le mod\u00e8le est le \u00ab grand saint Louis, qui \u00ab fut presque bl\u00e2m\u00e9 d\u2019\u00eatre abondant en telles caresses \u00bb.<br \/>\nCela n\u2019emp\u00eache que les qualit\u00e9s de l\u2019amour sont diff\u00e9rentes chez l\u2019homme et chez la femme. Les maris auront envers les femmes un amour \u00ab tendre, constant et cordial \u00bb, tandis que les femmes doivent aimer leur mari \u00ab tendrement, cordialement, mais d\u2019un amour respectueux et plein de r\u00e9v\u00e9rence \u00bb. Fran\u00e7ois de Sales admirait les personnes mari\u00e9es qui vivaient \u00ab si doucement ensemble avec respect mutuel, ce qui ne peut \u00eatre sans une grande charit\u00e9 \u00bb.<br \/>\nQuant au sacrement, il est une aide puissante contre l\u2019inconstance de nos r\u00e9solutions. \u00ab Combien de mariages verrions-nous se dissoudre, s\u2019exclamait-il, s\u2019ils n\u2019\u00e9taient affermis par le sacrement qui emp\u00eache de varier en cette sorte de vie ! \u00bb Il dira de m\u00eame avec un r\u00e9alisme surprenant : \u00ab Tel qui a v\u00e9cu en bonne paix toute sa vie avec sa femme, s\u2019il e\u00fbt pu la changer il l\u2019e\u00fbt fait une douzaine de fois \u00bb. En effet, \u00ab cette inconstance de l\u2019esprit humain est extravagante, mais il faut l\u2019arr\u00eater avec la force de nos premi\u00e8res r\u00e9solutions \u00bb.<br \/>\nSi l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve maintient l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019homme au sein de la famille, il sait bien que celui-ci peut en abuser. Avec une douce ironie \u00e0 propos des pr\u00e9tentions masculines, il recommandait \u00e0 une femme la compr\u00e9hension et l\u2019indulgence :<\/p>\n<p><em>Mon Dieu, le bon p\u00e8re que nous avons et le tr\u00e8s bon mari que vous avez ! H\u00e9las, ils ont un peu de jalousie de leur empire et domination, qui leur semble \u00eatre un peu viol\u00e9 quand on fait quelque chose sans leur autorit\u00e9 et commandement. Que voulez-vous, il leur faut permettre cette petite humanit\u00e9.<br \/>\n<\/em><br \/>\nIl faut croire que cette \u00ab petite humanit\u00e9 \u00bb \u00e9tait fr\u00e9quente dans les m\u00e9nages, d\u2019o\u00f9 cette remarque assez d\u00e9sabus\u00e9e, mais bonne \u00e0 consoler une veuve :<br \/>\nIl est vrai, sans doute, que c\u2019est une grande assistance que celle d\u2019un bon mari, mais il en est peu, et pour bon qu\u2019on l\u2019ait, on en re\u00e7oit plus de suj\u00e9tion que d\u2019assistance.<\/p>\n<p><strong>Le mariage est une \u00e9cole<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab Parmi les \u00e9pines ou parmi les fleurs \u00bb, \u00e9crivait-il \u00e0 Jeanne de Chantal, qui fut une femme heureuse en m\u00e9nage avant de conna\u00eetre le drame et la solitude, \u00ab Dieu nous fait profiter en son \u00e9cole \u00bb. Tout commence par un \u00ab changement de condition \u00bb et un nouveau d\u00e9part qui doit susciter la reconnaissance et la confiance.<br \/>\nLe mariage est un don, mais un don \u00e0 cultiver : \u00ab Il faut donc bien soigneusement cultiver ce c\u0153ur bien-aim\u00e9, \u00e9crivait-il \u00e0 une jeune mari\u00e9e, et ne rien \u00e9pargner de ce qui peut \u00eatre utile \u00e0 son bonheur \u00bb. Pour prot\u00e9ger et promouvoir \u00ab le progr\u00e8s de leur mariage \u00bb et \u00ab le sanctifier de plus en plus par une r\u00e9ciproque amiti\u00e9 et fid\u00e9lit\u00e9 \u00bb, il prodiguait aux \u00e9poux des conseils adapt\u00e9s \u00e0 leur situation.<br \/>\nAvant toute chose, Fran\u00e7ois de Sales enseigne que les gens mari\u00e9s doivent aimer leur \u00e9tat de vie, \u00ab Il faut aimer ce que Dieu aime : or il aime notre vocation ; aimons-la bien aussi et ne nous amusons pas \u00e0 penser sur celles des autres. \u00bb On constate souvent que chacun voudrait volontiers changer de condition : \u00ab ceux qui sont mari\u00e9s voudraient ne l\u2019\u00eatre pas, et ceux qui ne le sont le voudraient \u00eatre \u00bb. Et l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve de se demander :<\/p>\n<p><em>D\u2019o\u00f9 vient cette g\u00e9n\u00e9rale inqui\u00e9tude des esprits, sinon d\u2019un certain d\u00e9plaisir que nous avons \u00e0 la contrainte et une malignit\u00e9 d\u2019esprit qui nous fait penser que chacun est mieux que nous ?<br \/>\n<\/em><br \/>\nComme toujours une comparaison lui vient alors \u00e0 l\u2019esprit :<\/p>\n<p><em>Ceux qui ont la fi\u00e8vre ne trouvent nulle place bonne ; ils n\u2019ont pas demeur\u00e9 un quart d\u2019heure en un lit qu\u2019ils voudraient \u00eatre en un autre : ce n\u2019est pas le lit qui en peut mais, c\u2019est la fi\u00e8vre qui les tourmente partout.<br \/>\n<\/em><br \/>\nLa conclusion va de soi :<\/p>\n<p><em>Une personne qui n\u2019a point la fi\u00e8vre de la propre volont\u00e9 se contente de tout ; pourvu que Dieu soit servi, elle ne se soucie pas en quelle qualit\u00e9 Dieu l\u2019emploie. Pourvu qu\u2019il fasse sa volont\u00e9 divine, ce lui est tout un.<br \/>\n<\/em><br \/>\nComme peu d\u2019auteurs spirituels avant lui, Fran\u00e7ois de Sales a os\u00e9 parler du \u00ab commerce nuptial \u00bb, des \u00ab plaisirs charnels \u00bb et du \u00ab lit nuptial \u00bb. Il use pour cela d\u2019une comparaison traditionnelle, d\u00e9licate mais transparente. On se met \u00e0 table, explique-t-il, non seulement \u00ab pour nourrir et conserver la personne \u00bb, mais aussi \u00ab pour le devoir de la mutuelle conversation et condescendance que nous nous devons les uns aux autres \u00bb. Les deux choses \u00e0 \u00e9viter sont l\u2019exc\u00e8s, qui consiste \u00ab en la trop grande quantit\u00e9 \u00bb, et le d\u00e9r\u00e8glement \u00ab en la fa\u00e7on et mani\u00e8re de manger \u00bb.<br \/>\nQuand le couple \u00e9tait en crise, il en appelait non seulement \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, mais aussi au devoir et \u00e0 la raison. \u00c0 une femme r\u00e9volt\u00e9e par les agissements d\u2019un mari \u00ab dissipateur et l\u00e9ger \u00bb, il faisait donner des conseils de sagesse et de prudence :<\/p>\n<p><em>Je lui ai dit qu\u2019elle pouvait parler fortement et r\u00e9solument, dans les occasions o\u00f9 il est requis, pour retenir en devoir la personne qu\u2019elle sait, mais que la force \u00e9tait plus forte quand elle \u00e9tait tranquille et qu\u2019on la fasse na\u00eetre de la raison, sans m\u00e9lange de passion.<br \/>\n<\/em><br \/>\nAux \u00e9poux il conseillait de s\u2019entraider dans la vie spirituelle, faute de quoi l\u2019homme devient \u00ab un animal s\u00e9v\u00e8re, \u00e2pre et rude \u00bb, et la femme sans la d\u00e9votion \u00ab est grandement fragile et sujette \u00e0 d\u00e9choir ou ternir en la vertu \u00bb. Au contraire, quelle b\u00e9n\u00e9diction quand l\u2019homme et la femme \u00ab se sanctifient l\u2019un l\u2019autre en une vraie crainte du Seigneur ! \u00bb<\/p>\n<p><em>Les parents sont les \u00ab coop\u00e9rateurs \u00bb de Dieu<br \/>\n<\/em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La conception et la naissance de l\u2019enfant sont des dons merveilleux qui font des \u00e9poux les \u00ab coop\u00e9rateurs d\u2019une si digne besogne \u00bb. Fran\u00e7ois de Sales composa m\u00eame une pri\u00e8re sp\u00e9ciale \u2012 qu\u2019il r\u00e9p\u00e9tait souvent, disait-on \u2012 pour ceux qui \u00e9taient emp\u00each\u00e9s de \u00ab consommer \u00bb le mariage. Il s\u2019agissait en fait d\u2019un exorcisme parce qu\u2019on pensait que l\u2019impuissance et la st\u00e9rilit\u00e9 \u00e9taient provoqu\u00e9es par le diable et les mal\u00e9fices.<br \/>\nL\u2019amour des parents devrait servir de mod\u00e8le \u00e0 tous ceux qui exercent une charge envers autrui, auxquels il faut souhaiter \u00ab des c\u0153urs de p\u00e8res, solides, fermes et constants, sans omettre les tendresses de m\u00e8res qui font d\u00e9sirer les douceurs aux enfants, suivant l\u2019ordre divin qui gouverne tout avec une force toute suave et une suavit\u00e9 toute forte \u00bb.<br \/>\nEntre les parents et les enfants il y a une sorte d\u2019amour d\u2019imitation :<\/p>\n<p><em>Les p\u00e8res aiment bien leurs enfants, mais singuli\u00e8rement quand ils leur ressemblent, ou \u00e0 quelques-uns de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs ; ils se regardent en eux comme dans un miroir et se plaisent \u00e0 les voir repr\u00e9senter leurs fa\u00e7ons, mines et contenances.<br \/>\n<\/em><br \/>\nL\u2019amour des m\u00e8res pour leurs enfants est \u00e9tonnant, surtout dans les moments de danger. L\u2019instinct y a certainement sa part. La poule est un animal sans courage ni g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 tant qu\u2019elle n\u2019est pas m\u00e8re, mais quand elle l\u2019est devenue \u00ab elle a un c\u0153ur de lion, toujours la t\u00eate lev\u00e9e, toujours les yeux hagards, toujours elle va roulant sa vue de toutes parts, pour peu qu\u2019il y ait apparence de p\u00e9ril pour ses petits \u00bb.<br \/>\nFran\u00e7ois de Sales ressentait en lui aussi \u00ab les \u00e9lans de l\u2019amour paternel \u00bb quand il traitait avec son \u00ab fils \u00bb, le duc de Bellegarde. Pour lui t\u00e9moigner sa sollicitude continuelle, il lui \u00e9crit un jour que \u00ab les bons enfants pensent souvent \u00e0 leurs p\u00e8res ; mais ce n\u2019est pas souvent, c\u2019est toujours que les p\u00e8res ont leurs esprits en leurs enfants \u00bb.<br \/>\nSi un p\u00e8re se comporte diff\u00e9remment \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019a\u00een\u00e9, \u00ab homme fait, brave et g\u00e9n\u00e9reux soldat \u00bb, et \u00e0 l\u2019\u00e9gard du cadet, \u00ab un petit mignon encore tout enfant, de bonne gr\u00e2ce \u00bb, cela ne signifie pas qu\u2019il aime moins celui-l\u00e0 que celui-ci. Son amour s\u2019exprime de mani\u00e8re adapt\u00e9e \u00e0 chacun.<br \/>\nEn ce qui concerne la responsabilit\u00e9 des parents dans l\u2019\u00e9ducation, il \u00e9tait clair pour Fran\u00e7ois de Sales que son fondement \u00e9tait la religion, en termes bibliques la crainte de Dieu. D\u2019o\u00f9 cette recommandation pressante :<\/p>\n<p><em>Les enfants \u00e9tant venus au monde et commen\u00e7ant \u00e0 se servir de la raison, les p\u00e8res et m\u00e8res doivent avoir un grand soin de leur inculquer la crainte de Dieu au c\u0153ur.<br \/>\n<\/em><br \/>\nGrande en effet est la responsabilit\u00e9 des parents dans l\u2019\u00e9ducation, au point que leur d\u00e9faillance risque de faire leur propre malheur. Dans un sermon s\u00e9v\u00e8re, il leur lance cette mise en garde : \u00ab Ils p\u00e8chent s\u2019ils rient en voyant leurs enfants s\u2019abandonner \u00e0 de mauvais propos, aux pires d\u00e9buts de la vanit\u00e9 \u00bb.<br \/>\nIl y a des parents qui, par suite d\u2019un amour mal compris envers leurs enfants, sont pr\u00eats \u00e0 faire toute sorte de d\u00e9penses pour eux, mais n\u2019ont \u00ab rien pour les \u00e9lever dans les lettres et les bonnes m\u0153urs \u00bb. Enfin, l\u2019amour des parents peut aussi devenir un \u00ab amour d\u00e9sordonn\u00e9 \u00bb quand ils emp\u00eachent leurs enfants de suivre une vocation religieuse.<\/p>\n<p><strong>L\u2019enfant est l\u2019\u00ab image vivante \u00bb des parents<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019enfant est \u00ab le pr\u00e9cieux gage \u00bb du mariage, et \u00ab l\u2019image vivante \u00bb de son p\u00e8re et de sa m\u00e8re. H\u00e9ritier de ses parents, il ne l\u2019est pas d\u2019abord au sens mat\u00e9riel. S\u2019adressant \u00e0 la veuve du d\u00e9funt duc de Merc\u0153ur, Fran\u00e7ois de Sales dira \u00e0 propos de sa fille qu\u2019elle est \u00ab la l\u00e9gitime h\u00e9riti\u00e8re de ses vertus, dont il a laiss\u00e9 le soin \u00e0 votre conduite, madame, pour les cultiver par la noble et chr\u00e9tienne \u00e9ducation que vous lui r\u00e9servez \u00bb.<br \/>\nLa premi\u00e8re vertu des enfants est l\u2019ob\u00e9issance. Leur ob\u00e9issance fait la joie des parents car \u00ab chacun sait le contentement que les p\u00e8res re\u00e7oivent en l\u2019ob\u00e9issance que leurs enfants leur rendent, et plus ceux-ci se montrent sujets et ob\u00e9issants \u00e0 leurs volont\u00e9s, plus aussi ils re\u00e7oivent de complaisance \u00e0 les aimer \u00bb. Mais \u00ab un enfant bien n\u00e9, affirme-t-il, n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 son p\u00e8re en consid\u00e9ration du pouvoir qu\u2019il a de punir sa d\u00e9sob\u00e9issance, ni aussi parce qu\u2019il peut le d\u00e9sh\u00e9riter, mais simplement parce qu\u2019il est son p\u00e8re \u00bb.<br \/>\nLe contrepoids de l\u2019ob\u00e9issance, c\u2019est la confiance filiale que les enfants ont envers leurs parents. C\u2019est ce qu\u2019illustre l\u2019all\u00e9gorie de la fille du chirurgien. Malade, elle ne pense pas aux au traitement douloureux que son p\u00e8re lui fait subir, mais se remet enti\u00e8rement \u00e0 ses bons soins en disant simplement : \u00ab Mon p\u00e8re m\u2019aime bien, et moi je suis toute sienne \u00bb.<br \/>\nQuand les enfants grandissent et qu\u2019ils parviennent \u00e0 l\u2019adolescence et \u00e0 la jeunesse, les recommandations de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve se faisaient plus insistantes et plus exigeantes. \u00ab Aux jeunes gens, disait-il dans un sermon sur le th\u00e8me de la croix que chacun porte sur soi, je destine la croix de l\u2019ob\u00e9issance, de la chastet\u00e9 et de la retenue en leur comportement, croix salutaire qui crucifie les fougues d\u2019un jeune sang qui commence \u00e0 bouillir et d\u2019un courage qui n\u2019a pas encore la prudence pour guide \u00bb. \u00c0 ces vertus il fallait joindre la pi\u00e9t\u00e9 filiale dont les cigognes sont un merveilleux mod\u00e8le :<\/p>\n<p><em>Elles portent leurs p\u00e8res et m\u00e8res vieux en leurs passages, de m\u00eame qu\u2019\u00e9tant encore petites leurs p\u00e8res et m\u00e8res les avaient port\u00e9es en m\u00eame occasion.<br \/>\n<\/em><br \/>\n<strong>L\u2019union de la famille<br \/>\n<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans son livre sur Saint Fran\u00e7ois de Sales et notre c\u0153ur de chair, Henry Bordeaux a \u00e9crit avec justesse :<\/p>\n<p><em>On n\u2019imagine pas un saint Fran\u00e7ois de Sales qui ne serait pas issu d\u2019une famille unie et nombreuse, qui n\u2019aurait pas travers\u00e9 les tendresses l\u00e9gitimes du c\u0153ur. Il serait un autre saint, il ne serait pas l\u2019intelligent consolateur, le p\u00e8re doucement autoritaire, le restaurateur de l\u2019esprit de famille, le m\u00e9decin des blessures cach\u00e9es.<br \/>\n<\/em><br \/>\nL\u2019union de la famille est grandement facilit\u00e9e par les liens naturels du sang et de la parent\u00e9, mais cela ne suffit pas. En effet, \u00ab quand l\u2019union est naturelle, elle produit l\u2019amour, et l\u2019amour qu\u2019elle produit nous porte \u00e0 une nouvelle union volontaire qui perfectionne la naturelle \u00bb. Durant un des s\u00e9jours \u00e0 Sales, Fran\u00e7ois fut tellement frapp\u00e9 par l\u2019harmonie qui y r\u00e9gnait qu\u2019il sentit le d\u00e9sir d\u2019en parler \u00e0 sa fille spirituelle. Dans une lettre \u00e0 Jeanne de Chantal, il \u00e9crivait :<\/p>\n<p><em>Vous auriez du plaisir de voir un si \u00e9troit accord parmi des choses qui sont pour l\u2019ordinaire si discordantes : belle-m\u00e8re, belle-fille, belle-s\u0153ur, fr\u00e8res et beaux-fr\u00e8res. Entre tout cela, ma vraie fille, je puis vous assurer, \u00e0 la gloire de Dieu, qu\u2019il n\u2019y a ici qu\u2019un c\u0153ur et qu\u2019une \u00e2me.<br \/>\n<\/em><br \/>\nLes dissensions familiales naissent souvent autour des questions d\u2019h\u00e9ritage. Quand le partage des biens se fit en 1608 entre les enfants de monsieur de Boisy, le danger \u00e9tait r\u00e9el, parce que le p\u00e8re avait laiss\u00e9 le premier choix au cadet Bernard et les a\u00een\u00e9s pouvaient se sentir l\u00e9s\u00e9s. Grand fut le soulagement de Fran\u00e7ois de voir que tout se fit \u00e0 l\u2019amiable et dans la concorde.<br \/>\nEn cas de conflit entre le mari et la femme, \u00ab le support mutuel de l\u2019un pour l\u2019autre doit \u00eatre si grand que jamais tous deux ne soient courrouc\u00e9s ensemble \u00bb. Avec t\u00e9nacit\u00e9, Fran\u00e7ois de Sales enseigne \u00e0 surmonter les r\u00e9pugnances, \u00e0 demeurer \u00ab en la barque en laquelle on est \u00bb, et \u00e0 y \u00eatre \u00ab doucement et volontiers \u00bb. Ses recommandations les plus insistantes concernent le support mutuel, l\u2019amiti\u00e9 fid\u00e8le et non interrompue par \u00ab des amours \u00e9trangers \u00bb, le souci de l\u2019\u00e9ducation des enfants, sans oublier le bon exemple \u00e0 donner \u00e0 toute la famille.<br \/>\n\u00c0 tout prendre, c\u2019est l\u2019amour qui r\u00e9sume le mieux tout ce que Fran\u00e7ois de Sales dit sur le mariage et la famille, mais un amour \u00e0 la fois r\u00e9aliste et id\u00e9al. Aussi l\u2019\u00e9ducation dans ce domaine consistera-t-elle \u00e0 aider les jeunes \u00e0 saisir toutes les dimensions de ce qui fait de la famille le c\u0153ur de l\u2019existence humaine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En m\u00eame temps que le \u00ab sentiment de l\u2019enfant \u00bb, on voit se d\u00e9velopper \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":45472,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":9,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[2634,2554,2194,2631,2584,1968,2022,2028],"class_list":["post-45479","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-conciles","tag-dieu","tag-education","tag-eglise","tag-famille","tag-saints","tag-vertus","tag-vie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45479","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45479"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45479\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45487,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45479\/revisions\/45487"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45472"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45479"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45479"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45479"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}