{"id":45029,"date":"2025-08-25T16:39:41","date_gmt":"2025-08-25T16:39:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.donbosco.press\/?p=45029"},"modified":"2025-09-10T15:03:09","modified_gmt":"2025-09-10T15:03:09","slug":"leducation-de-la-conscience-avec-saint-francois-de-sales","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/leducation-de-la-conscience-avec-saint-francois-de-sales\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9ducation de la conscience avec saint Fran\u00e7ois de Sales"},"content":{"rendered":"<p>  Il semble bien que ce soit l\u2019av\u00e8nement de la r\u00e9forme protestante qui ait mis \u00e0 l\u2019ordre du jour le probl\u00e8me de la conscience, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la \u00ab libert\u00e9 de conscience \u00bb. Dans une lettre de 1597 \u00e0 Cl\u00e9ment VIII, le pr\u00e9v\u00f4t de Sales se plaignait au pape de la \u00ab tyrannie \u00bb que la \u00ab r\u00e9publique de Gen\u00e8ve \u00bb faisait peser \u00ab sur les consciences catholiques \u00bb. Il demandait au Saint-Si\u00e8ge d\u2019intervenir aupr\u00e8s du roi de France pour qu\u2019il obtienne que les Genevois accordent \u00ab ce qu\u2019ils appellent libert\u00e9 de conscience \u00bb. Hostile aux solutions militaires de la crise protestante, il laissait entrevoir dans la libertas conscientiae une issue possible \u00e0 la confrontation violente, \u00e0 condition que la r\u00e9ciprocit\u00e9 soit respect\u00e9e. Revendiqu\u00e9e par Gen\u00e8ve en faveur de la R\u00e9forme et revendiqu\u00e9e par Fran\u00e7ois de Sales en faveur du catholicisme, la libert\u00e9 de conscience allait devenir un des piliers de la mentalit\u00e9 moderne.<\/p>\n<p>Dignit\u00e9 de la personne humaine<br \/>\n            La dignit\u00e9 de l\u2019individu r\u00e9side dans sa conscience et la conscience signifie en premier lieu sinc\u00e9rit\u00e9, honn\u00eatet\u00e9, franchise, conviction. Le pr\u00e9v\u00f4t de Sales avouait par exemple \u00ab pour la d\u00e9charge de [sa] conscience \u00bb que le projet des Controverses lui avait \u00e9t\u00e9 en quelque sorte impos\u00e9 par autrui. Quand il apportait ses raisons en faveur de la doctrine et de la pratique catholiques, il prenait soin de dire qu\u2019il le faisait \u00ab en conscience \u00bb. \u00ab Dites-moi en conscience \u00bb, demandait-il avec insistance \u00e0 ses contradicteurs. Quant \u00e0 la \u00ab bonne conscience \u00bb, c\u2019est elle qui fait que l\u2019on \u00e9vite certains actes qui nous mettent en contradiction avec nous-m\u00eames.<br \/>\n            Cependant la conscience subjective individuelle ne peut pas toujours \u00eatre tenue comme garante de la v\u00e9rit\u00e9 objective. On n\u2019est pas toujours oblig\u00e9 de croire ce que quelqu\u2019un vous dit en conscience. \u00ab Montrez-moi clairement, dit le pr\u00e9v\u00f4t aux messieurs de Thonon, que lorsque vous me dites que telle et telle inspiration se passe en votre conscience, vous ne mentez point, vous ne me trompez point \u00bb. La conscience peut \u00eatre victime de l\u2019illusion, de fa\u00e7on volontaire ou m\u00eame involontaire. \u00ab Les plus avares, non seulement ne confessent pas de l\u2019\u00eatre, mais ils ne pensent pas en leur conscience de l\u2019\u00eatre \u00bb.<br \/>\n            La formation de la conscience est une t\u00e2che essentielle, parce que la libert\u00e9 comporte le risque de \u00ab faire le bien et le mal \u00bb, mais \u00ab choisir le mal, ce n\u2019est pas user mais abuser de notre libert\u00e9 \u00bb. T\u00e2che rude, parce que la conscience nous appara\u00eet parfois comme un adversaire, mais c\u2019est un bon adversaire qui \u00ab combat toujours contre nous et pour nous \u00bb : \u00ab il r\u00e9siste toujours \u00e0 nos mauvaises inclinations \u00bb, mais il le fait pour notre bien. Quand l\u2019homme p\u00e8che, \u00ab le reproche int\u00e9rieur vient contre sa conscience avec l\u2019\u00e9p\u00e9e au poing \u00bb, mais c\u2019est \u00ab pour l\u2019outrepercer d\u2019une sainte crainte \u00bb.<br \/>\n            Un des moyens pour exercer une libert\u00e9 responsable est de pratiquer \u00ab l\u2019examen de conscience \u00bb. C\u2019est faire comme les colombes qui \u00ab se mirent \u00bb \u00ab aupr\u00e8s des eaux tr\u00e8s pures \u00bb, et qui \u00ab se nettoient, purifient et ornent au mieux qu\u2019elles peuvent \u00bb. Philoth\u00e9e est invit\u00e9e \u00e0 faire cet examen tous les soirs, en se demandant \u00ab comme on s\u2019est comport\u00e9 en toutes les heures du jour ; et pour faire cela ais\u00e9ment, on consid\u00e9rera o\u00f9, avec qui, et en quelle occupation on a \u00e9t\u00e9 \u00bb.<br \/>\n            Une fois l\u2019an, nous devrions faire un examen approfondi de \u00ab l\u2019\u00e9tat de notre \u00e2me \u00bb envers Dieu, envers le prochain et envers nous-m\u00eames, sans oublier un \u00ab examen sur les affections de notre \u00e2me \u00bb. L\u2019examen, dit-il aux visitandines, vous conduira \u00e0 chercher \u00ab bien au fond de votre conscience \u00bb.<br \/>\n            Comment d\u00e9charger sa conscience quand on sent peser sur elle une erreur ou une faute ? Certains le font d\u2019une mauvaise mani\u00e8re en jugeant et en accusant les autres \u00ab du vice auquel ils se sont vou\u00e9s \u00bb, pensant ainsi \u00ab adoucir les remords de leurs consciences \u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019on multiplie le risque des jugements t\u00e9m\u00e9raires. Au contraire, \u00ab ceux qui ont bien soin de leurs consciences ne sont gu\u00e8re sujets au jugement t\u00e9m\u00e9raire \u00bb. Il faut mettre \u00e0 part le cas des parents, des \u00e9ducateurs et des responsables du bien public car \u00ab une bonne partie de leur conscience consiste \u00e0 regarder et veiller sur celle des autres \u00bb.<\/p>\n<p>Le respect de soi<br \/>\n            La conscience exige le respect de soi et des autres. De l\u2019affirmation de la dignit\u00e9 et de la responsabilit\u00e9 de chacun devra na\u00eetre le respect de soi. D\u00e9j\u00e0 Socrate et toute l\u2019antiquit\u00e9 pa\u00efenne et chr\u00e9tienne avaient montr\u00e9 le chemin :<\/p>\n<p>C\u2019est une parole des philosophes, mais qui a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9e pour bonne par les docteurs chr\u00e9tiens : \u00ab Connais-toi toi-m\u00eame \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, connais l\u2019excellence de ton \u00e2me afin de ne la point avilir ni m\u00e9priser.<\/p>\n<p>            Certains de nos actes constituent non seulement une offense \u00e0 Dieu, mais aussi une offense \u00e0 la dignit\u00e9 de l\u2019homme, \u00e0 sa raison. Leurs cons\u00e9quences sont d\u00e9plorables : \u00ab La ressemblance et image de Dieu que nous avons est barbouill\u00e9e et d\u00e9figur\u00e9e, la dignit\u00e9 de notre esprit d\u00e9shonor\u00e9e \u00bb, nous sommes rendus \u00ab semblables aux b\u00eates insens\u00e9es, nous rendant esclaves de nos passions et renversant l\u2019ordre de la raison \u00bb.<br \/>\n            Il y a des extases et des ravissements qui nous \u00e9l\u00e8vent au-dessus de notre condition naturelle, et d\u2019autres qui nous rabaissent : \u00ab \u00d4 hommes, s\u2019\u00e9crie l\u2019auteur du Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu, jusques \u00e0 quand serez-vous si insens\u00e9s que de vouloir ravaler votre dignit\u00e9 naturelle, descendant volontairement et vous pr\u00e9cipitant en la condition des b\u00eates brutes \u00bb ?<br \/>\n            Le respect de soi permettra d\u2019\u00e9viter ces deux p\u00e9rils oppos\u00e9s que sont l\u2019orgueil et la d\u00e9pr\u00e9ciation des dons qui sont en nous. En un si\u00e8cle o\u00f9 le sens de l\u2019honneur \u00e9tait exalt\u00e9 au maximum, Fran\u00e7ois de Sales a d\u00fb intervenir pour d\u00e9noncer ses m\u00e9faits, notamment dans la question du duel, qui faisait \u00ab h\u00e9risser les cheveux en t\u00eate \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Gen\u00e8ve, et plus encore l\u2019orgueil insens\u00e9 qui en \u00e9tait la cause. \u00ab Je suis scandalis\u00e9, \u00e9crit-il \u00e0 l\u2019\u00e9pouse d\u2019un mari duelliste ; en v\u00e9rit\u00e9, je ne puis penser comme l\u2019on peut avoir un courage si d\u00e9r\u00e9gl\u00e9, m\u00eame pour des bagatelles et choses de rien \u00bb. En se battant en duel, c\u2019est comme \u00ab s\u2019ils s\u2019\u00e9taient entreservis de bourreau l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u00bb.<br \/>\n            D\u2019autres, \u00e0 l\u2019inverse, n\u2019osent pas reconna\u00eetre les dons qu\u2019ils ont re\u00e7us et manquent ainsi au devoir de reconnaissance. Fran\u00e7ois de Sales d\u00e9nonce \u00ab certaine fausse et niaise humilit\u00e9 qui leur emp\u00eache de regarder rien en eux qui soit bon \u00bb. Ils ont tort car \u00ab les biens que Dieu met en nous veulent \u00eatre reconnus, estim\u00e9s et grandement honor\u00e9s \u00bb.<br \/>\n            Le premier prochain que je dois respecter et aimer, semble vouloir dire Fran\u00e7ois de Sales, c\u2019est moi-m\u00eame. Le v\u00e9ritable amour envers moi-m\u00eame et le respect que je me dois veulent que je tende \u00e0 la perfection et que je me corrige, s\u2019il en est besoin, mais avec douceur, raisonnablement et plut\u00f4t \u00ab par voie de compassion \u00bb que par col\u00e8re et avec emportement.<br \/>\n            Il existe en effet un amour de soi qui est non seulement l\u00e9gitime, mais bienfaisant et command\u00e9 : \u00ab Charit\u00e9 bien ordonn\u00e9e commence par soi-m\u00eame \u00bb, dit le proverbe, et c\u2019est bien la pens\u00e9e de Fran\u00e7ois de Sales, \u00e0 condition de ne pas confondre l\u2019amour de soi et l\u2019amour-propre. L\u2019amour de soi est bon en lui-m\u00eame. Philoth\u00e9e est invit\u00e9e \u00e0 s\u2019interroger sur la fa\u00e7on dont elle s\u2019aime elle-m\u00eame :<\/p>\n<p>Tenez-vous bon ordre en l\u2019amour de vous-m\u00eame ? car il n\u2019y a que l\u2019amour d\u00e9sordonn\u00e9 de nous-m\u00eames qui nous ruine. Or, l\u2019amour ordonn\u00e9 veut que nous aimions plus l\u2019\u00e2me que le corps, que nous ayons plus de soin d\u2019acqu\u00e9rir les vertus que toute autre chose.<\/p>\n<p>            Au contraire, l\u2019amour-propre est un amour \u00e9go\u00efste, narcissique, repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, jaloux de sa propre beaut\u00e9 et uniquement pr\u00e9occup\u00e9 de son int\u00e9r\u00eat : \u00ab Narcisse, disent les profanes, \u00e9tait un enfant si d\u00e9daigneux qu\u2019il ne voulut jamais donner son amour \u00e0 personne ; mais enfin en se regardant dans une claire fontaine, il fut extr\u00eamement \u00e9pris de sa beaut\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Le \u00ab respect que l\u2019on doit aux personnes \u00bb<br \/>\n            Si l\u2019on se respecte soi-m\u00eame on sera plus port\u00e9 \u00e0 respecter les autres. Le fait que nous sommes l\u2019image de Dieu a pour corollaire l\u2019affirmation que \u00ab tous les hommes ont cette m\u00eame dignit\u00e9 \u00bb. Tout en vivant lui-m\u00eame dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019ancien r\u00e9gime, fortement in\u00e9galitaire, Fran\u00e7ois de Sales a promu une pens\u00e9e et une pratique du \u00ab respect que l\u2019on doit aux personnes \u00bb.<br \/>\n            Il faut commencer par l\u2019enfant. La m\u00e8re de saint Bernard, dit l\u2019auteur de l\u2019Introduction, aimait ses enfants \u00e0 peine n\u00e9s \u00ab avec respect comme chose sacr\u00e9e et que Dieu lui avait confi\u00e9e \u00bb. Un reproche tr\u00e8s grave adress\u00e9 par Fran\u00e7ois de Sales aux pa\u00efens \u00e9tait leur m\u00e9pris de la vie des \u00eatres sans d\u00e9fense. Le respect de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre s\u2019exprime dans ce passage d\u2019une lettre \u00e0 une femme enceinte \u00e9crite selon la rh\u00e9torique baroque de l\u2019\u00e9poque. Il l\u2019encourage en lui expliquant que l\u2019\u00ab enfant qui se forme au milieu de [ses] entrailles est non seulement \u00ab une image vivante de la divine Majest\u00e9 \u00bb, mais aussi l\u2019image de sa m\u00e8re. Il recommandait \u00e0 une autre :<\/p>\n<p>Offrez souvent \u00e0 la gloire \u00e9ternelle de notre Cr\u00e9ateur la petite cr\u00e9ature \u00e0 la formation de laquelle il vous a voulu prendre pour coop\u00e9ratrice.<\/p>\n<p>            Un autre aspect du respect d\u2019autrui concerne le respect de sa libert\u00e9. La d\u00e9couverte de nouvelles terres avait eu pour cons\u00e9quence n\u00e9faste la r\u00e9surgence de l\u2019esclavage, qui ne rappelait que trop les pratiques des anciens Romains au temps du paganisme. La vente d\u2019\u00eatres humains ravalait ceux-ci au rang des b\u00eates :<\/p>\n<p>Marc Antoine acheta un jour deux jeunes jouvenceaux que lui pr\u00e9senta un certain maquignon ; car en ce temps-l\u00e0, comme il se fait encore en quelques contr\u00e9es, l\u2019on vendait les enfants : il y avait des hommes qui en faisaient provision et usaient de ce trafic comme l\u2019on fait des chevaux en nos pays.<\/p>\n<p>            De mani\u00e8re plus subtile, le respect d\u2019autrui est continuellement menac\u00e9 par la m\u00e9disance et la calomnie. Fran\u00e7ois de Sales insiste beaucoup sur les \u00ab p\u00e9ch\u00e9s de langue \u00bb. Un chapitre de l\u2019Introduction traite explicitement \u00ab de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 des paroles et du respect que l\u2019on doit aux personnes \u00bb. Ruiner la r\u00e9putation de quelqu\u2019un, c\u2019est commettre un \u00ab homicide spirituel \u00bb ; c\u2019est \u00f4ter \u00ab la vie civile \u00bb \u00e0 celui duquel on m\u00e9dit. Aussi, \u00ab en bl\u00e2mant le vice \u00bb, on s\u2019efforcera d\u2019\u00e9pargner le plus possible \u00ab la personne en laquelle il est \u00bb.<br \/>\n            Certaines cat\u00e9gories de personnes sont facilement d\u00e9nigr\u00e9es ou m\u00e9pris\u00e9es. Fran\u00e7ois de Sales d\u00e9fend la dignit\u00e9 des hommes du peuple en s\u2019appuyant sur l\u2019\u00c9vangile : \u00ab Saint Pierre, commente-t-il, \u00e9tait un homme rude, grossier, un viel p\u00eacheur, m\u00e9tier m\u00e9canique, et d\u2019une basse condition ; saint Jean, au contraire, \u00e9tait un jeune gentilhomme, doux, agr\u00e9able, savant ; saint Pierre ignorant. \u00bb Or, c\u2019est saint Pierre qui fut choisi pour conduire les autres et \u00eatre le \u00ab sup\u00e9rieur universel \u00bb.<br \/>\n            Il proclame la dignit\u00e9 des malades, disant que \u00ab les \u00e2mes qui sont en croix sont d\u00e9clar\u00e9es reines \u00bb. D\u00e9non\u00e7ant la \u00ab cruaut\u00e9 envers les pauvres \u00bb et exaltant la \u00ab dignit\u00e9 des pauvres \u00bb, il justifie et pr\u00e9cise l\u2019attitude qu\u2019il faut avoir envers eux en expliquant \u00ab combien nous devons les honorer, et partant les visiter comme repr\u00e9sentant Notre-Seigneur \u00bb. Personne n\u2019est inutile, personne n\u2019est insignifiant : \u00ab Il n\u2019y a nulle si mauvaise pi\u00e8ce au monde qui ne soit utile a quelque chose ; mais il faut lui trouver son usage et son lieu \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00ab unidivers \u00bb sal\u00e9sien<br \/>\n            Le probl\u00e8me qui a toujours tourment\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s humaines a \u00e9t\u00e9 celui de concilier la dignit\u00e9 et la libert\u00e9 de chaque individu avec celles des autres. Il re\u00e7oit chez Fran\u00e7ois de Sales un \u00e9clairage original gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019invention d\u2019un mot nouveau. En effet, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019univers est form\u00e9 de \u00ab toutes choses cr\u00e9\u00e9es tant visibles qu\u2019invisibles \u00bb et que \u00ab toute leur diversit\u00e9 se r\u00e9duit en unit\u00e9 \u00bb, il propose de l\u2019appeler \u00ab unidivers \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab unique et divers, unique avec diversit\u00e9 et divers avec unit\u00e9 \u00bb.<br \/>\n            Pour lui, chaque \u00eatre est unique. Les personnes sont comme les perles dont parle Pline : \u00ab elles sont tellement uniques une chacune en ses qualit\u00e9s, qu\u2019il ne s\u2019en trouve jamais deux qui soient parfaitement pareilles \u00bb. Il est significatif que ses deux ouvrages principaux, l\u2019Introduction et le Trait\u00e9, s\u2019adressent \u00e0 une personne individuelle, Philoth\u00e9e et Th\u00e9otime. Que de vari\u00e9t\u00e9 et de diversit\u00e9 entre les \u00eatres ! \u00ab Certes, comme nous voyons qu\u2019il ne se trouve jamais deux hommes semblables \u00e8s dons naturels, aussi ne s\u2019en trouve-t-il jamais de parfaitement \u00e9gaux \u00e8s surnaturels \u00bb. La vari\u00e9t\u00e9 l\u2019enchantait m\u00eame d\u2019un point de vue purement esth\u00e9tique, mais il craignait une curiosit\u00e9 indiscr\u00e8te sur les causes :<\/p>\n<p>Si quelqu\u2019un s\u2019enqu\u00e9rait pourquoi Dieu fait les melons plus gros que les fraises, ou les lis plus grands que les violettes, pourquoi le romarin n\u2019est pas une rose, ou pourquoi l\u2019\u0153illet n\u2019est pas un souci, pourquoi le paon est plus beau qu\u2019une chauve-souris, ou pourquoi la figue est douce et le citron aigrelet, on se moquerait de ses demandes et on lui dirait : Pauvre homme, puisque la beaut\u00e9 du monde requiert la vari\u00e9t\u00e9, il faut qu\u2019il y ait des diff\u00e9rentes et in\u00e9gales perfections \u00e8s choses, et que l\u2019une ne soit pas l\u2019autre ; c\u2019est pourquoi les unes sont petites, les autres grandes, les unes aigres, les autres douces, les unes plus, et les autres moins belles. [\u2026] Toutes ont leur prix, leur gr\u00e2ce et leur \u00e9mail, et toutes, en l\u2019assemblage de leurs vari\u00e9t\u00e9s, font une tr\u00e8s agr\u00e9able perfection de beaut\u00e9.<\/p>\n<p>            La diversit\u00e9 n\u2019emp\u00eache pas l\u2019unit\u00e9, bien plus elle l\u2019enrichit et l\u2019embellit. Chaque fleur a ses caract\u00e9ristiques propres qui la distinguent de toutes les autres : \u00ab Ce n\u2019est pas le propre des roses d\u2019\u00eatre blanches, ce me semble, car les vermeilles sont plus belles et de meilleure odeur ; c\u2019est n\u00e9anmoins le propre du lys \u00bb. Certes, Fran\u00e7ois de Sales ne supporte pas la confusion et le d\u00e9sordre, mais il est \u00e9galement ennemi de l\u2019uniformit\u00e9. La diversit\u00e9 des \u00eatres peut conduire \u00e0 la dispersion et \u00e0 la rupture de la communion, mais s\u2019il y l\u2019amour, \u00ab lien de la perfection \u00bb, rien n\u2019est perdu, au contraire la diversit\u00e9 est magnifi\u00e9e dans la communion.<br \/>\n            S\u2019il y bien chez Fran\u00e7ois de Sales une r\u00e9elle culture de l\u2019individu, celle-ci ne vise pas toutefois une fermeture au groupe, \u00e0 la communaut\u00e9 ou \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Il voit spontan\u00e9ment l\u2019individu ins\u00e9r\u00e9 dans un milieu ou \u00ab \u00e9tat \u00bb de vie, qui marque fortement l\u2019identit\u00e9 et l\u2019appartenance de chacun. On ne pourra pas fixer un programme ou un projet de vie \u00e9gal pour tous, tout simplement parce qu\u2019il sera appliqu\u00e9 et mis en \u0153uvre diff\u00e9remment \u00ab par le gentilhomme, par l\u2019artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mari\u00e9e \u00bb ; il faut en outre l\u2019adapter \u00ab aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier \u00bb. Fran\u00e7ois de Sales voit la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9partie en milieux de vie fortement marqu\u00e9s par l\u2019appartenance sociale et les solidarit\u00e9s de groupe, comme lorsqu\u2019il traite \u00ab de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du m\u00e9nage des gens mari\u00e9s \u00bb.<br \/>\n            L\u2019amour personnalise, et donc individualise. L\u2019affection qui lie une personne \u00e0 une autre est unique, comme l\u2019\u00e9prouva Fran\u00e7ois de Sales au contact de madame de Chantal :<\/p>\n<p>Chaque affection a sa particuli\u00e8re diff\u00e9rence d\u2019avec les autres ; celle que je vous ai a une certaine particularit\u00e9 qui me console infiniment, et, pour dire tout, qui m\u2019est extr\u00eamement profitable.<\/p>\n<p>            Le soleil luit pour tous et pour chacun : \u00ab \u00e9clairant un endroit de la terre [il] ne l\u2019\u00e9claire pas moins que s\u2019il n\u2019\u00e9clairait point ailleurs et qu\u2019il \u00e9clair\u00e2t cela seul \u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00eatre humain est en devenir<br \/>\n            Humaniste chr\u00e9tien, Fran\u00e7ois de Sales croit enfin \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 et \u00e0 la possibilit\u00e9 du perfectionnement de la personne humaine. \u00c9rasme avait forg\u00e9 la formule : Homines non nascuntur sed finguntur. Alors que l\u2019animal est un \u00eatre pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, guid\u00e9 par l\u2019instinct, l\u2019homme au contraire est en perp\u00e9tuelle \u00e9volution. Non seulement il change, mais il peut se changer lui-m\u00eame, soit en mieux soit en pire.<br \/>\n            Toute la pr\u00e9occupation de Fran\u00e7ois de Sales fut de se perfectionner lui-m\u00eame, et d\u2019aider les autres \u00e0 se perfectionner, non seulement dans le domaine religieux, mais en toute chose. De la naissance \u00e0 la tombe, l\u2019homme est en apprentissage. Faisons comme le crocodile qui \u00ab ne cesse jamais de cro\u00eetre tandis qu\u2019il est en vie \u00bb. En effet, \u00ab de demeurer en un \u00e9tat de consistance longuement, il est impossible : qui ne gagne, perd en ce trafic ; qui ne monte, descend en cette \u00e9chelle ; qui n\u2019est vainqueur, est vaincu en ce combat \u00bb. Il cite saint Bernard qui disait : \u00ab Il est \u00e9crit tr\u00e8s sp\u00e9cialement de l\u2019homme, que jamais il n\u2019est en un m\u00eame \u00e9tat : il faut ou qu\u2019il avance, ou qu\u2019il retourne en arri\u00e8re \u00bb. Il faut avancer :<\/p>\n<p>Ne connais-tu pas que tu es au chemin, et que le chemin n\u2019est pas fait pour s\u2019asseoir mais pour marcher ? Et il est tellement fait pour marcher, que marcher s\u2019appelle cheminer.<\/p>\n<p>            Cela signifie aussi que la personne est \u00e9ducable, capable d\u2019apprendre, de se corriger et de s\u2019am\u00e9liorer. Cela est vrai \u00e0 tous les niveaux. L\u2019\u00e2ge parfois n\u2019y fait rien. Voyez ces petits chanteurs de la cath\u00e9drale, qui d\u00e9passent d\u00e9j\u00e0 de loin les capacit\u00e9s de l\u2019\u00e9v\u00eaque dans leur domaine :<br \/>\nJ\u2019admire ces petits enfants, qui \u00e0 peine savent parler et qui chantent d\u00e9j\u00e0 leur partie, entendant toutes ces notes et ces r\u00e8gles de musique o\u00f9 je ne pense pas que je puisse rien comprendre, moi qui suis homme fait et qu\u2019on voudrait bien faire passer pour quelque grand personnage.<\/p>\n<p>Personne dans ce bas monde n\u2019est parfait :<\/p>\n<p>Il y en a qui de leurs naturels sont l\u00e9gers, les autres r\u00e9barbatifs, les autres durs \u00e0 recevoir les opinions d\u2019autrui, les autres sont inclin\u00e9s \u00e0 l\u2019indignation, les autres \u00e0 la col\u00e8re, les autres \u00e0 l\u2019amour ; et en somme, il se trouve peu de personnes esquelles on ne puisse remarquer quelques sortes de telles imperfections.<\/p>\n<p>            Faut-il donc d\u00e9sesp\u00e9rer de pouvoir am\u00e9liorer son temp\u00e9rament en corrigeant quelques-unes de nos inclinations naturelles ? Nullement :<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019elles soient comme propres et naturelles \u00e0 un chacun, si est-ce que par le soin et affection contraire on les peut corriger et mod\u00e9rer, et m\u00eame on peut s\u2019en d\u00e9livrer et purger : et je vous dis, Philoth\u00e9e, qu\u2019il le faut faire. On a bien trouv\u00e9 le moyen de changer les amandiers amers en amandiers doux, en les per\u00e7ant seulement au pied pour en faire sortir le suc ; pourquoi est-ce que nous ne pourrons pas faire sortir nos inclinations perverses pour devenir meilleurs ?<\/p>\n<p>            D\u2019o\u00f9 la conclusion optimiste mais exigeante : \u00ab Il n\u2019y a point de si bon naturel qui ne puisse \u00eatre rendu mauvais par les habitudes vicieuses ; il n\u2019y a point aussi de naturel si rev\u00eache qui, par la gr\u00e2ce de Dieu premi\u00e8rement, puis par l\u2019industrie et diligence, ne puisse \u00eatre dompt\u00e9 et surmont\u00e9 \u00bb. Si l\u2019homme est \u00e9ducable, il ne faut d\u00e9sesp\u00e9rer de personne et se garder des jugements tout faits sur les personnes :<\/p>\n<p>Ne dites pas : un tel est un ivrogne, encore que vous l\u2019ayez vu ivre ; ni, il est adult\u00e8re, pour l\u2019avoir vu en ce p\u00e9ch\u00e9 ; ni, il est inceste, pour l\u2019avoir trouv\u00e9 en ce malheur ; car un seul acte ne donne pas le nom \u00e0 la chose. [\u2026] Encore qu\u2019un homme ait \u00e9t\u00e9 vicieux longuement, on court fortune de mentir quand on le nomme vicieux.<\/p>\n<p>            L\u2019homme n\u2019a jamais fini de cultiver sa conscience, qui est son jardin secret. C\u2019est la le\u00e7on que le fondateur des visitandines leur inculquait quand il les appelait \u00ab \u00e0 cultiver la terre et le jardin \u00bb de leurs c\u0153urs et de leurs esprits, car il n\u2019existe pas d\u2019\u00ab homme si parfait qui n\u2019ait besoin de travailler, tant pour accro\u00eetre la perfection que pour la conserver \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il semble bien que ce soit l\u2019av\u00e8nement de la r\u00e9forme protestante qui ait mis \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":45020,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":25,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[1734,2634,2554,2221,1968,1962,2022],"class_list":["post-45029","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-catechese","tag-conciles","tag-dieu","tag-formation","tag-saints","tag-salut","tag-vertus"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45029","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45029"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45029\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45030,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45029\/revisions\/45030"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45020"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45029"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45029"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45029"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}