{"id":44107,"date":"2025-06-28T07:54:50","date_gmt":"2025-06-28T07:54:50","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=44107"},"modified":"2025-07-25T12:40:20","modified_gmt":"2025-07-25T12:40:20","slug":"entretien-avec-le-recteur-majeur-don-fabio-attard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/linvite\/entretien-avec-le-recteur-majeur-don-fabio-attard\/","title":{"rendered":"Entretien avec le Recteur Majeur, Don Fabio Attard"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Nous avons r\u00e9alis\u00e9 un entretien exclusif avec le Recteur Majeur des Sal\u00e9siens, Don Fabio Attard, qui revient sur les \u00e9tapes fondamentales de sa vocation et de son parcours humain et spirituel. Sa vocation est n\u00e9e dans un oratoire et s\u2019est consolid\u00e9e \u00e0 travers un parcours de formation riche qui l\u2019a conduit de l\u2019Irlande \u00e0 la Tunisie, de Malte \u00e0 Rome. De 2008 \u00e0 2020, il a \u00e9t\u00e9 Conseiller g\u00e9n\u00e9ral pour la Pastorale des Jeunes, fonction qu\u2019il a exerc\u00e9e avec une vision multiculturelle acquise gr\u00e2ce \u00e0 des exp\u00e9riences dans diff\u00e9rents contextes. Son message central est\u00a0<strong>la saintet\u00e9<\/strong>\u00a0comme fondement de l\u2019action \u00e9ducative sal\u00e9sienne : \u00ab Je voudrais voir une Congr\u00e9gation plus sainte \u00bb, affirme-t-il, soulignant que l\u2019efficacit\u00e9 professionnelle doit s\u2019enraciner dans l\u2019identit\u00e9 consacr\u00e9e.<\/em><br \/><br \/><br \/><strong>Quelle est l\u2019histoire de ta vocation ?<\/strong><br \/><br \/>Je suis n\u00e9 \u00e0 Gozo, Malte, le 23 mars 1959, cinqui\u00e8me d\u2019une fratrie de sept enfants. \u00c0 ma naissance, mon p\u00e8re \u00e9tait pharmacien \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, tandis que ma m\u00e8re avait ouvert un petit magasin de tissus et de couture, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 au fil du temps pour devenir une petite cha\u00eene de cinq magasins. C\u2019\u00e9tait une femme tr\u00e8s travailleuse, mais l\u2019entreprise est toujours rest\u00e9e familiale.<br \/><br \/>J\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019\u00e9cole primaire et secondaire locale. Un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s beau et particulier de mon enfance est que mon p\u00e8re \u00e9tait cat\u00e9chiste la\u00efc \u00e0 l\u2019oratoire, qui jusqu\u2019en 1965 \u00e9tait dirig\u00e9 par les sal\u00e9siens. Ayant lui-m\u00eame, dans sa jeunesse, fr\u00e9quent\u00e9 cet oratoire, il y \u00e9tait rest\u00e9 comme seul cat\u00e9chiste la\u00efc. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 le fr\u00e9quenter, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de six ans, les sal\u00e9siens venaient de quitter l\u2019\u0153uvre. Un jeune pr\u00eatre (qui est toujours en vie) a pris la rel\u00e8ve et a poursuivi les activit\u00e9s de l\u2019oratoire dans le m\u00eame esprit sal\u00e9sien, ayant lui-m\u00eame v\u00e9cu l\u00e0 en tant que s\u00e9minariste.<br \/>On continuait avec le cat\u00e9chisme, la b\u00e9n\u00e9diction eucharistique quotidienne, le football, le th\u00e9\u00e2tre, la chorale, les excursions, les f\u00eates\u2026 tout ce qu\u2019on vit normalement dans un oratoire. Il y avait beaucoup d\u2019enfants et d\u2019adolescents, et j\u2019ai grandi dans cet environnement. En pratique, ma vie se d\u00e9roulait entre ma famille et l\u2019oratoire. J\u2019\u00e9tais \u00e9galement enfant de ch\u0153ur dans ma paroisse. Ainsi, \u00e0 la fin de mes \u00e9tudes secondaires, je me suis orient\u00e9 vers la pr\u00eatrise, car depuis mon enfance, j\u2019avais ce d\u00e9sir dans mon c\u0153ur.<br \/><br \/>Aujourd\u2019hui, je me rends compte \u00e0 quel point j\u2019avais \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par ce jeune pr\u00eatre que j\u2019admirais : il \u00e9tait toujours pr\u00e9sent avec nous dans la cour, dans les activit\u00e9s de l\u2019oratoire. Cependant, \u00e0 cette \u00e9poque, les sal\u00e9siens n\u2019\u00e9taient plus l\u00e0. Alors je suis entr\u00e9 au s\u00e9minaire, o\u00f9 l\u2019on faisait alors deux ans de prop\u00e9deutique en tant qu\u2019internes. Au cours de la troisi\u00e8me ann\u00e9e \u2013 qui correspondait \u00e0 la premi\u00e8re ann\u00e9e de philosophie \u2013 j\u2019ai rencontr\u00e9 un ami de la famille, \u00e2g\u00e9 d\u2019environ 35 ans, une vocation adulte, qui \u00e9tait entr\u00e9 comme aspirant sal\u00e9sien (il est encore en vie aujourd\u2019hui et est coadjuteur). Quand il a fait cette d\u00e9marche, un feu s\u2019est allum\u00e9 en moi et avec l\u2019aide de mon directeur spirituel, j\u2019ai commenc\u00e9 un discernement vocationnel.<br \/>Ce fut un parcours important mais aussi exigeant. J\u2019avais 19 ans, mais ce guide spirituel m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 chercher la volont\u00e9 de Dieu, et pas simplement la mienne. La derni\u00e8re ann\u00e9e \u2013 la quatri\u00e8me de philosophie \u2013 au lieu de le suivre au s\u00e9minaire, je l\u2019ai v\u00e9cue comme aspirant sal\u00e9sien, en terminant les deux ann\u00e9es de philosophie requises.<br \/><br \/>Dans ma famille, l\u2019environnement \u00e9tait fortement marqu\u00e9 par la foi. Nous participions chaque jour \u00e0 la messe, nous r\u00e9citions le chapelet \u00e0 la maison, nous \u00e9tions tr\u00e8s unis. Aujourd\u2019hui encore, bien que nos parents soient au paradis, nous conservons cette m\u00eame unit\u00e9 entre fr\u00e8res et s\u0153urs.<br \/><br \/>Une autre exp\u00e9rience familiale m\u2019a profond\u00e9ment marqu\u00e9, m\u00eame si je ne m\u2019en suis rendu compte qu\u2019avec le temps. Mon fr\u00e8re, le deuxi\u00e8me de la famille, est mort \u00e0 25 ans d\u2019une insuffisance r\u00e9nale. Aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce aux progr\u00e8s de la m\u00e9decine, il serait encore en vie gr\u00e2ce \u00e0 la dialyse et aux greffes, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y avait pas beaucoup de possibilit\u00e9s. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pendant les trois derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, nous partagions la m\u00eame chambre et je l\u2019aidais souvent la nuit. C\u2019\u00e9tait un jeune serein, joyeux, qui vivait sa fragilit\u00e9 avec une joie extraordinaire.<br \/>J\u2019avais 16 ans quand il est mort. Cinquante ans ont pass\u00e9, mais quand je repense \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e0 cette exp\u00e9rience quotidienne de proximit\u00e9, faite de petits gestes, je r\u00e9alise \u00e0 quel point cela a marqu\u00e9 ma vie.<br \/><br \/>Je suis n\u00e9 dans une famille o\u00f9 r\u00e9gnaient la foi, le sens du travail et la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e. Mes parents sont pour moi deux exemples extraordinaires. Ils ont v\u00e9cu le myst\u00e8re de la croix avec une grande foi et dans une grande s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, sans jamais faire peser quoi que ce soit sur qui que ce soit, sachant transmettre en m\u00eame temps la joie de la vie familiale. Je peux dire que j\u2019ai eu une tr\u00e8s belle enfance. Nous n\u2019\u00e9tions ni riches ni pauvres, mais toujours sobres et discrets. Ils nous ont appris \u00e0 travailler, \u00e0 bien g\u00e9rer les ressources, \u00e0 ne pas gaspiller, \u00e0 vivre avec dignit\u00e9, avec \u00e9l\u00e9gance et, surtout, avec une particuli\u00e8re attention envers les pauvres et les malades.<br \/><br \/><br \/><strong>Comment ta famille a-t-elle r\u00e9agi lorsque tu as pris la d\u00e9cision de suivre la vocation consacr\u00e9e ?<\/strong><br \/><br \/>Le moment \u00e9tait venu o\u00f9, avec mon directeur spirituel, nous avions clarifi\u00e9 que ma voie \u00e9tait celle des sal\u00e9siens. Je devais \u00e9galement l\u2019annoncer \u00e0 mes parents. Je me souviens que c\u2019\u00e9tait une soir\u00e9e tranquille, nous \u00e9tions en train de d\u00eener tous les trois. \u00c0 un moment donn\u00e9, j\u2019ai dit : \u00ab J\u2019ai quelque chose \u00e0 vous dire : j\u2019ai fait mon discernement et j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019entrer chez les sal\u00e9siens. \u00bb<br \/>Mon p\u00e8re \u00e9tait ravi. Il m\u2019a imm\u00e9diatement r\u00e9pondu : \u00ab Que le Seigneur te b\u00e9nisse. \u00bb Ma m\u00e8re, en revanche, s\u2019est mise \u00e0 pleurer, un peu comme toutes les m\u00e8res. Elle m\u2019a demand\u00e9 : \u00ab Alors tu t\u2019en vas ? \u00bb Alors mon p\u00e8re est intervenu avec douceur et fermet\u00e9 : \u00ab Qu\u2019il s\u2019\u00e9loigne de nous ou non, c\u2019est son chemin. \u00bb<br \/>Ils m\u2019ont b\u00e9ni et encourag\u00e9. Ce sont des moments qui restent grav\u00e9s \u00e0 jamais dans ma m\u00e9moire.<br \/><br \/>Je me souviens en particulier de ce qui s\u2019est pass\u00e9 vers la fin de la vie de mes parents. Mon p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1997, et six mois plus tard, on a d\u00e9couvert un cancer incurable chez ma m\u00e8re.<br \/>\u00c0 cette \u00e9poque, mes sup\u00e9rieurs m\u2019avaient demand\u00e9 d\u2019aller enseigner \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Pontificale Sal\u00e9sienne (UPS), mais je ne savais pas quelle d\u00e9cision prendre. Ma m\u00e8re n\u2019allait pas bien, elle \u00e9tait proche de la mort. En discutant avec mes fr\u00e8res, ils m\u2019ont dit : \u00ab Fais ce que tes sup\u00e9rieurs te demandent. \u00bb<br \/>J\u2019\u00e9tais \u00e0 la maison et j\u2019en ai parl\u00e9 avec elle : \u00ab Maman, mes sup\u00e9rieurs me demandent d\u2019aller \u00e0 Rome. \u00bb<br \/>Avec la lucidit\u00e9 d\u2019une vraie m\u00e8re, elle m\u2019a r\u00e9pondu : \u00ab \u00c9coute, mon fils, si cela ne tenait qu\u2019\u00e0 moi, je te demanderais de rester ici, car je n\u2019ai personne d\u2019autre et je ne voudrais pas \u00eatre un fardeau pour tes fr\u00e8res. Mais\u2026 \u00bb \u2013 et l\u00e0, elle a dit une phrase que je garde dans mon c\u0153ur \u2013 \u00ab Tu n\u2019es pas \u00e0 moi, tu appartiens \u00e0 Dieu. Fais ce que tes sup\u00e9rieurs te disent. \u00bb<br \/>Cette phrase, prononc\u00e9e un an avant sa mort, est pour moi un tr\u00e9sor, un h\u00e9ritage pr\u00e9cieux. Ma m\u00e8re \u00e9tait une femme intelligente, sage, perspicace : elle savait que la maladie allait l\u2019emporter, mais \u00e0 ce moment-l\u00e0, elle a su \u00eatre libre int\u00e9rieurement. Libre de dire des mots qui confirmaient une fois de plus le don qu\u2019elle avait fait \u00e0 Dieu : offrir un fils \u00e0 la vie consacr\u00e9e.<br \/><br \/>La r\u00e9action de ma famille, du d\u00e9but \u00e0 la fin, a toujours \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par un profond respect et un grand soutien. Et aujourd\u2019hui encore, mes fr\u00e8res et s\u0153urs continuent \u00e0 perp\u00e9tuer cet esprit.<br \/><br \/><br \/><strong>Quel a \u00e9t\u00e9 ton parcours de formation depuis le noviciat jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui ?<\/strong><br \/><br \/>Ce fut un parcours tr\u00e8s riche et vari\u00e9. J\u2019ai commenc\u00e9 le pr\u00e9-noviciat \u00e0 Malte, puis j\u2019ai fait mon noviciat \u00e0 Dublin, en Irlande. Une exp\u00e9rience vraiment belle.<br \/><br \/>Apr\u00e8s le noviciat, mes compagnons sont partis \u00e0 Maynooth pour \u00e9tudier la philosophie \u00e0 l\u2019universit\u00e9, mais j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9 ces \u00e9tudes. C\u2019est pourquoi mes sup\u00e9rieurs m\u2019ont demand\u00e9 de rester encore un an au noviciat, o\u00f9 j\u2019ai enseign\u00e9 l\u2019italien et le latin. Ensuite, je suis retourn\u00e9 \u00e0 Malte pour effectuer deux ans de stage, qui ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s beaux et enrichissants.<br \/><br \/>J\u2019ai ensuite \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 Rome pour \u00e9tudier la th\u00e9ologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pontificale sal\u00e9sienne, o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 trois ann\u00e9es extraordinaires. Ces ann\u00e9es m\u2019ont ouvert l\u2019esprit. Nous vivions en communaut\u00e9 avec quarante confr\u00e8res provenant de vingt pays diff\u00e9rents : Asie, Europe, Am\u00e9rique latine\u2026 Le corps enseignant \u00e9tait \u00e9galement international. C\u2019\u00e9tait au milieu des ann\u00e9es 1980, environ vingt ans apr\u00e8s le Concile Vatican II, et on respirait encore beaucoup d\u2019enthousiasme. Il y avait des d\u00e9bats th\u00e9ologiques anim\u00e9s, la th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9thode et la pratique. Ces \u00e9tudes m\u2019ont appris \u00e0 lire la foi non seulement comme un contenu intellectuel, mais comme un choix de vie.<br \/><br \/>Apr\u00e8s ces trois ann\u00e9es, j\u2019ai poursuivi les \u00e9tudes en faisant deux ann\u00e9es de sp\u00e9cialisation en th\u00e9ologie morale \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Alphonsienne, avec les P\u00e8res r\u00e9demptoristes. L\u00e0 aussi, j\u2019ai rencontr\u00e9 des personnalit\u00e9s importantes, comme le c\u00e9l\u00e8bre Bernhard H\u00e4ring, avec lequel j\u2019ai nou\u00e9 une amiti\u00e9 personnelle et que j\u2019allais voir r\u00e9guli\u00e8rement chaque mois pour discuter avec lui. Au total, ce furent cinq ann\u00e9es \u2013 entre le baccalaur\u00e9at et la licence \u2013 qui m\u2019ont profond\u00e9ment form\u00e9 sur le plan th\u00e9ologique.<br \/><br \/>Par la suite, m\u2019\u00e9tant port\u00e9 volontaire pour les missions, mes sup\u00e9rieurs m\u2019ont envoy\u00e9 en Tunisie, avec un autre sal\u00e9sien, pour r\u00e9tablir la pr\u00e9sence sal\u00e9sienne dans le pays. Nous avons repris une \u00e9cole g\u00e9r\u00e9e par une congr\u00e9gation f\u00e9minine qui \u00e9tait sur le point de fermer faute de vocations. C\u2019\u00e9tait une \u00e9cole de 700 \u00e9l\u00e8ves. Nous avons donc d\u00fb apprendre le fran\u00e7ais et aussi l\u2019arabe. Pour nous pr\u00e9parer, nous avons pass\u00e9 quelques mois \u00e0 Lyon, en France, puis nous nous sommes consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019arabe.<br \/>Je suis rest\u00e9 l\u00e0-bas trois ans. Ce fut une autre grande exp\u00e9rience, car nous nous sommes retrouv\u00e9s \u00e0 vivre la foi et le charisme sal\u00e9sien dans un contexte o\u00f9 l\u2019on ne pouvait pas parler explicitement de J\u00e9sus. Cependant, il \u00e9tait possible de construire des parcours \u00e9ducatifs fond\u00e9s sur des valeurs humaines : le respect, la disponibilit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9. Notre t\u00e9moignage \u00e9tait silencieux mais \u00e9loquent. Dans cet environnement, j\u2019ai appris \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 aimer le monde musulman. Tous \u00e9taient musulmans, les \u00e9l\u00e8ves, les enseignants et les familles\u00a0; ils nous ont accueillis tr\u00e8s chaleureusement. Ils nous ont fait sentir comme faisant partie de leur famille. Je suis retourn\u00e9 plusieurs fois en Tunisie et j\u2019ai toujours rencontr\u00e9 le m\u00eame respect et la m\u00eame appr\u00e9ciation, au-del\u00e0 de notre appartenance religieuse.<br \/><br \/>Apr\u00e8s cette exp\u00e9rience, je suis retourn\u00e9 \u00e0 Malte et j\u2019ai travaill\u00e9 pendant cinq ans dans le secteur social, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans une maison sal\u00e9sienne qui accueille des jeunes ayant besoin d\u2019un accompagnement \u00e9ducatif plus attentif, y compris en internat.<br \/><br \/>Apr\u00e8s ces huit ann\u00e9es pass\u00e9es dans la pastorale (entre la Tunisie et Malte), on m\u2019a propos\u00e9 de terminer mon doctorat. J\u2019ai choisi de retourner en Irlande, car le th\u00e8me \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 la conscience selon la pens\u00e9e du cardinal John Henry Newman, aujourd\u2019hui saint. Une fois mon doctorat termin\u00e9, le Recteur Majeur de l\u2019\u00e9poque, Don Juan Edmundo Vecchi \u2013 d\u2019\u00e9ternelle e m\u00e9moire \u2013 m\u2019a demand\u00e9 de rejoindre l\u2019Universit\u00e9 Pontificale Sal\u00e9sienne en tant que professeur de th\u00e9ologie morale.<br \/><br \/>En regardant tout mon parcours, depuis l\u2019aspirantat jusqu\u2019au doctorat, je peux dire que cela a \u00e9t\u00e9 un ensemble d\u2019exp\u00e9riences non seulement de contenus, mais aussi de contextes culturels tr\u00e8s diff\u00e9rents. Je remercie le Seigneur et la Congr\u00e9gation, car ils m\u2019ont offert la possibilit\u00e9 de vivre une formation aussi vari\u00e9e et riche.<br \/><br \/><br \/><strong>Tu connais donc le maltais, qui est ta langue maternelle, l\u2019anglais, qui est la deuxi\u00e8me langue \u00e0 Malte, le latin, que tu as enseign\u00e9, l\u2019italien, que tu as \u00e9tudi\u00e9 en Italie, le fran\u00e7ais et l\u2019arabe, que tu as appris \u00e0 Manouba, en Tunisie\u2026 Combien de langues connais-tu ?<\/strong><br \/><br \/>Cinq, six langues, plus ou moins. Mais quand on me pose la question, je r\u00e9ponds toujours que ce sont des co\u00efncidences historiques.<br \/>\u00c0 Malte, nous grandissons d\u00e9j\u00e0 avec deux langues : le maltais et l\u2019anglais, et \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nous apprenons une troisi\u00e8me langue. \u00c0 mon \u00e9poque, on enseignait aussi l\u2019italien. Ensuite, j\u2019\u00e9tais naturellement port\u00e9 vers les langues, et j\u2019ai \u00e9galement choisi le latin. Plus tard, en Tunisie, j\u2019ai d\u00fb apprendre le fran\u00e7ais et aussi l\u2019arabe.<br \/><br \/>\u00c0 Rome, en vivant avec de nombreux \u00e9tudiants hispanophones, l\u2019oreille s\u2019habitue, et quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lu conseiller pour la pastorale des jeunes, j\u2019ai approfondi un peu l\u2019espagnol, qui est une tr\u00e8s belle langue.<br \/><br \/>Toutes les langues sont belles. Bien s\u00fbr, leur apprentissage demande un effort dans l\u2019\u00e9tude et dans la pratique. Certains ont plus de facilit\u00e9s que d\u2019autres\u00a0; cela fait partie des dispositions personnelles. Mais ce n\u2019est ni un m\u00e9rite ni une faute. C\u2019est simplement un don, une pr\u00e9disposition naturelle.<br \/><br \/><strong>De 2008 \u00e0 2020, tu as \u00e9t\u00e9 conseiller g\u00e9n\u00e9ral pour la pastorale des jeunes pendant deux mandats. Comment ton exp\u00e9rience t\u2019a-t-elle aid\u00e9 dans cette mission ?<\/strong><br \/><br \/>Lorsque le Seigneur nous confie une mission, nous emportons avec nous tout le bagage d\u2019exp\u00e9riences que nous avons accumul\u00e9es au fil du temps.<br \/>Ayant v\u00e9cu dans des contextes culturels diff\u00e9rents, je ne courais pas le risque de tout voir \u00e0 travers le filtre d\u2019une seule culture. Je suis europ\u00e9en, je viens de la M\u00e9diterran\u00e9e, d\u2019un pays qui a \u00e9t\u00e9 une colonie anglaise, mais j\u2019ai eu la chance de vivre dans des communaut\u00e9s internationales et multiculturelles.<br \/><br \/>Les ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes \u00e0 l\u2019UPS m\u2019ont \u00e9galement beaucoup aid\u00e9. Nous avions des professeurs qui ne se limitaient pas \u00e0 transmettre des contenus, mais qui nous apprenaient \u00e0 faire la synth\u00e8se, \u00e0 construire une m\u00e9thode. Par exemple, si l\u2019on \u00e9tudiait l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise, on comprenait \u00e0 quel point il \u00e9tait essentiel de comprendre la patristique. Si l\u2019on abordait la th\u00e9ologie biblique, on apprenait \u00e0 la relier \u00e0 la th\u00e9ologie sacramentelle, \u00e0 la morale, \u00e0 l\u2019histoire de la spiritualit\u00e9. En somme, on nous apprenait \u00e0 penser de mani\u00e8re organique. Cette capacit\u00e9 de synth\u00e8se, cette architecture de la pens\u00e9e, fait ensuite partie de votre formation personnelle. Quand on fait de la th\u00e9ologie, on apprend \u00e0 identifier les points fixes et \u00e0 les relier entre eux. Il en va de m\u00eame pour une proposition pastorale, p\u00e9dagogique ou philosophique. Quand on rencontre des personnes de grande envergure, on absorbe non seulement ce qu\u2019elles disent, mais aussi la mani\u00e8re dont elles le disent, et cela forge ton style.<br \/><br \/>Un autre \u00e9l\u00e9ment important est qu\u2019au moment de mon \u00e9lection, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu des exp\u00e9riences dans des milieux missionnaires, o\u00f9 la religion catholique \u00e9tait pratiquement absente, et j\u2019avais travaill\u00e9 avec des personnes marginalis\u00e9es et vuln\u00e9rables. J\u2019avais \u00e9galement acquis une certaine exp\u00e9rience dans le monde universitaire et, parall\u00e8lement, je m\u2019\u00e9tais beaucoup consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019accompagnement spirituel.<br \/><br \/>De plus, entre 2005 et 2008, juste apr\u00e8s mon exp\u00e9rience \u00e0 l\u2019UPS, l\u2019archidioc\u00e8se de Malte m\u2019avait demand\u00e9 de fonder un institut de formation pastorale, \u00e0 la suite d\u2019un synode dioc\u00e9sain qui en avait reconnu la n\u00e9cessit\u00e9. L\u2019archev\u00eaque m\u2019a confi\u00e9 la t\u00e2che de le mettre sur pied \u00e0 partir de z\u00e9ro. La premi\u00e8re chose que j\u2019ai faite a \u00e9t\u00e9 de constituer une \u00e9quipe compos\u00e9e de pr\u00eatres, de religieux, de la\u00efcs, hommes et femmes. Nous avons mis en place une nouvelle m\u00e9thode de formation, qui est encore utilis\u00e9e aujourd\u2019hui. L\u2019institut continue de tr\u00e8s bien fonctionner, et d\u2019une certaine mani\u00e8re, cette exp\u00e9rience a \u00e9t\u00e9 une pr\u00e9paration pr\u00e9cieuse pour le travail que j\u2019ai accompli par la suite dans la pastorale des jeunes.<br \/>D\u00e8s le d\u00e9but, j\u2019ai toujours cru au travail d\u2019\u00e9quipe et \u00e0 la collaboration avec les la\u00efcs. Ma premi\u00e8re exp\u00e9rience en tant que directeur s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans ce style : une \u00e9quipe \u00e9ducative stable, qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui une CEP (Communaut\u00e9 \u00e9ducative et pastorale), avec des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res et non occasionnelles. Nous nous r\u00e9unissions chaque semaine avec les \u00e9ducateurs et les professionnels. Et cette approche, qui est devenue une m\u00e9thode au fil du temps, est rest\u00e9e une r\u00e9f\u00e9rence pour moi.<br \/><br \/>\u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019exp\u00e9rience universitaire. J\u2019ai pass\u00e9 six ans comme professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pontificale sal\u00e9sienne, o\u00f9 arrivaient des \u00e9tudiants de plus de cent pays, puis comme examinateur et directeur de th\u00e8ses de doctorat \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Alphonsienne.<br \/><br \/>Je pense que tout cela m\u2019a pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 assumer cette responsabilit\u00e9 avec lucidit\u00e9 et vision de futur.<br \/><br \/>Ainsi, lorsque la Congr\u00e9gation, lors du Chapitre g\u00e9n\u00e9ral de 2008, m\u2019a demand\u00e9 d\u2019assumer cette charge, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 une vision large et multiculturelle. Cela m\u2019a aid\u00e9, car mettre ensemble des diversit\u00e9s ne m\u2019\u00e9tait pas difficile : cela faisait partie de la normalit\u00e9. Bien s\u00fbr, il ne s\u2019agissait pas simplement de faire un \u00ab m\u00e9lange \u00bb d\u2019exp\u00e9riences : il fallait trouver les fils conducteurs, donner une coh\u00e9rence et une unit\u00e9.<br \/><br \/>Ce que j\u2019ai pu vivre en tant que Conseiller g\u00e9n\u00e9ral n\u2019est pas mon m\u00e9rite personnel. Je crois que n\u2019importe quel sal\u00e9sien, s\u2019il avait eu les m\u00eames opportunit\u00e9s et le soutien de la Congr\u00e9gation, aurait pu vivre des exp\u00e9riences similaires et apporter sa contribution avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<br \/><br \/><br \/><strong>Y a-t-il une pri\u00e8re, une \u00ab\u00a0bonne nuit\u00a0\u00bb sal\u00e9sienne, une habitude que tu ne manques jamais de faire ?<\/strong><br \/><br \/>La d\u00e9votion \u00e0 Marie. \u00c0 la maison, nous avons grandi avec le chapelet quotidien, r\u00e9cit\u00e9 en famille. Ce n\u2019\u00e9tait pas une obligation, c\u2019\u00e9tait quelque chose de naturel : nous le faisions avant de manger, car nous mangions toujours ensemble. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait possible. Aujourd\u2019hui, c\u2019est peut-\u00eatre moins le cas, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait ainsi que nous vivions : la famille r\u00e9unie, la pri\u00e8re partag\u00e9e, le repas en commun.<br \/><br \/>Au d\u00e9but, je ne me rendais peut-\u00eatre pas compte de la profondeur de cette d\u00e9votion mariale. Mais avec les ann\u00e9es, quand on commence \u00e0 distinguer l\u2019essentiel du secondaire, j\u2019ai compris \u00e0 quel point cette pr\u00e9sence maternelle avait accompagn\u00e9 ma vie.<br \/>La d\u00e9votion \u00e0 Marie s\u2019exprime sous diff\u00e9rentes formes : le chapelet quotidien, lorsque c\u2019est possible ; un moment de recueillement devant une image ou une statue de la Vierge Marie ; une pri\u00e8re simple, mais faite avec le c\u0153ur. Ce sont des gestes qui accompagnent le cheminement de la foi.<br \/><br \/>Bien s\u00fbr, il y a quelques points fixes : l\u2019Eucharistie quotidienne et la m\u00e9ditation quotidienne. Ce sont des piliers qui ne se discutent pas, qui se vivent. Non seulement parce que nous sommes consacr\u00e9s, mais parce que nous sommes croyants. On ne vit la foi qu\u2019en la nourrissant. Quand nous la nourrissons, elle grandit en nous. Et ce n\u2019est que si elle grandit en nous que nous pouvons aider les autres \u00e0 grandir aussi. Pour nous, qui sommes \u00e9ducateurs, c\u2019est \u00e9vident : si notre foi ne se traduit pas dans une vie concr\u00e8te, tout le reste devient fa\u00e7ade.<br \/><br \/>Ces pratiques \u2013 la pri\u00e8re, la m\u00e9ditation, la d\u00e9votion \u2013 ne sont pas r\u00e9serv\u00e9es aux saints. Elles sont l\u2019expression de la coh\u00e9rence de notre vie. Si j\u2019ai fait un choix de foi, j\u2019ai aussi la responsabilit\u00e9 de le cultiver. Sinon, tout se r\u00e9duit \u00e0 quelque chose d\u2019ext\u00e9rieur, d\u2019apparent. Et cela, avec le temps, ne tient pas.<br \/><br \/><br \/><strong>Si tu pouvais revenir en arri\u00e8re, ferais-tu les m\u00eames choix ?<\/strong><br \/><br \/>Oui, absolument. Il y a eu des moments tr\u00e8s difficiles dans ma vie, comme pour tout le monde. Je ne veux pas passer pour la \u00ab victime du jour \u00bb. Je crois que chaque personne, pour grandir, doit traverser des phases d\u2019obscurit\u00e9, des moments de d\u00e9solation, de solitude, o\u00f9 elle se sent trahie ou injustement accus\u00e9e. J\u2019ai v\u00e9cu ces moments-l\u00e0. Mais j\u2019ai eu la chance d\u2019avoir un directeur spirituel \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s.<br \/><br \/>Quand on traverse certaines \u00e9preuves avec quelqu\u2019un qui t\u2019accompagne, on parvient \u00e0 comprendre que tout ce que Dieu permet a un sens, un but. Et quand on sort de ce \u00ab tunnel \u00bb, on d\u00e9couvre qu\u2019on est une personne diff\u00e9rente, plus m\u00fbre. C\u2019est comme si, \u00e0 travers cette \u00e9preuve, on \u00e9tait transform\u00e9.<br \/><br \/>Si j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 seul, j\u2019aurais risqu\u00e9 de prendre de mauvaises d\u00e9cisions, sans vision, aveugl\u00e9 par la fatigue du moment. Quand on est en col\u00e8re, quand on se sent seul, ce n\u2019est pas le moment de prendre des d\u00e9cisions. C\u2019est le moment de marcher, de demander de l\u2019aide, de se faire accompagner.<br \/><br \/>Vivre certaines \u00e9tapes avec l\u2019aide de quelqu\u2019un, c\u2019est comme \u00eatre une p\u00e2te mise au four : le feu la cuit, la m\u00fbrit. C\u2019est pourquoi, \u00e0 la question de savoir si je changerais quelque chose, ma r\u00e9ponse est non. Car m\u00eame les moments les plus difficiles, m\u00eame ceux que je ne comprenais pas, m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 devenir la personne que je suis aujourd\u2019hui.<br \/><br \/>Est-ce que je me sens quelqu\u2019un de parfait ? Non. Mais je sens que je suis en chemin, chaque jour, essayant de vivre devant la mis\u00e9ricorde et la bont\u00e9 de Dieu.<br \/><br \/>Et aujourd\u2019hui, au moment o\u00f9 je donne cette interview, je peux dire sinc\u00e8rement que je me sens heureux. Je n\u2019ai peut-\u00eatre pas encore pleinement compris ce que signifie \u00eatre Recteur Majeur \u2013 cela prend du temps \u2013, mais je sais que c\u2019est une mission, pas une promenade. Cela comporte des difficult\u00e9s. Cependant, je me sens aim\u00e9, estim\u00e9 par mes collaborateurs et par toute la Congr\u00e9gation.<br \/><br \/>Et tout ce que je suis aujourd\u2019hui, je le dois \u00e0 ce que j\u2019ai v\u00e9cu, m\u00eame dans les passages les plus difficiles. Je ne les changerais pour rien au monde. Ils ont fait de moi ce que je suis.<br \/><br \/><br \/><strong>As-tu un projet qui te tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur ?<\/strong><br \/><br \/>Oui. Si je ferme les yeux et que j\u2019imagine quelque chose que je d\u00e9sire vraiment, je voudrais voir une Congr\u00e9gation plus sainte. Plus sainte. Plus sainte.<br \/><br \/>La premi\u00e8re lettre de Don Pascual Ch\u00e1vez, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<em>Soyez saints<\/em>\u00a0\u00bb, m\u2019a profond\u00e9ment inspir\u00e9 en 2002. Cette lettre m\u2019a touch\u00e9 au plus profond de moi-m\u00eame, elle m\u2019a marqu\u00e9.<br \/>Les projets sont nombreux, tous valables, bien structur\u00e9s, avec des visions vastes et profondes. Mais quelle valeur ont-ils s\u2019ils sont men\u00e9s par des personnes qui ne sont pas saintes ? Nous pouvons faire un excellent travail, nous pouvons m\u00eame \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s \u2013 et cela n\u2019est pas n\u00e9gatif en soi \u2013, mais nous ne travaillons pas pour avoir du succ\u00e8s. Notre point de d\u00e9part est une identit\u00e9 : nous sommes des personnes consacr\u00e9es.<br \/><br \/>Ce que nous proposons n\u2019a de sens que si cela vient de l\u00e0. Il est clair que nous souhaitons que nos projets soient couronn\u00e9s de succ\u00e8s, mais nous souhaitons encore plus qu\u2019ils apportent la gr\u00e2ce, qu\u2019ils touchent les gens au plus profond d\u2019eux-m\u00eames. Il ne suffit pas d\u2019\u00eatre efficaces. Nous devons \u00eatre efficaces au sens le plus profond du terme : efficaces dans notre t\u00e9moignage, dans notre identit\u00e9, dans notre foi.<br \/>L\u2019efficacit\u00e9 peut exister m\u00eame sans aucune r\u00e9f\u00e9rence religieuse. Nous pouvons \u00eatre d\u2019excellents professionnels, mais cela ne suffit pas. Notre cons\u00e9cration n\u2019est pas un d\u00e9tail : c\u2019est le fondement. Si elle devient marginale, si nous la mettons de c\u00f4t\u00e9 pour faire place \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9, alors nous perdons notre identit\u00e9.<br \/><br \/>Les gens nous observent. Dans les \u00e9coles sal\u00e9siennes, on reconna\u00eet que les r\u00e9sultats sont bons \u2013 et c\u2019est une bonne chose. Mais nous reconnaissent-ils aussi comme des hommes de Dieu ? Telle est la question.<br \/>Si on nous voit seulement comme de bons professionnels, alors nous sommes efficaces et rien de plus. Mais notre vie doit se nourrir de Lui \u2013 Voie, V\u00e9rit\u00e9 et Vie \u2013 et non de ce que \u00ab je pense \u00bb, ou de ce que \u00ab je veux \u00bb, ou de \u00ab ce qui me semble \u00bb.<br \/><br \/>C\u2019est pourquoi, plut\u00f4t que de parler d\u2019un projet personnel, je pr\u00e9f\u00e8re parler d\u2019un d\u00e9sir profond : devenir saints. Et en parler de mani\u00e8re concr\u00e8te, non id\u00e9alis\u00e9e. Quand Don Bosco parlait \u00e0 ses gar\u00e7ons du trin\u00f4me\u00a0<em>savoir-sant\u00e9-saintet\u00e9<\/em>, il ne visait pas une saintet\u00e9 faite uniquement de pri\u00e8re \u00e0 la chapelle. Il pensait \u00e0 une saintet\u00e9 v\u00e9cue dans la relation avec Dieu et nourrie par la relation avec Dieu. La saintet\u00e9 chr\u00e9tienne est le reflet de cette relation vivante et quotidienne.<br \/><br \/><strong>Quel conseil donneriez-vous \u00e0 un jeune qui s\u2019interroge sur sa vocation ?<\/strong><br \/><br \/>Je lui dirais de d\u00e9couvrir, pas \u00e0 pas, quel est le projet de Dieu pour lui.<br \/>Le cheminement vocationnel n\u2019est pas une question que l\u2019on pose en attendant une r\u00e9ponse toute faite de la part de l\u2019\u00c9glise. C\u2019est un p\u00e8lerinage. Quand un jeune me dit : \u00ab\u00a0<em>Je ne sais pas si je veux devenir sal\u00e9sien ou non<\/em>\u00a0\u00bb, j\u2019essaie de l\u2019\u00e9loigner de cette formulation. Car il ne s\u2019agit pas simplement de d\u00e9cider : \u00ab\u00a0<em>Je vais devenir sal\u00e9sien\u00a0<\/em>\u00bb. La vocation n\u2019est pas une option par rapport \u00e0 une \u00ab chose \u00bb.<br \/><br \/>Dans ma propre exp\u00e9rience, lorsque j\u2019ai dit \u00e0 mon directeur spirituel : \u00ab\u00a0<em>Je veux devenir sal\u00e9sien, je dois le devenir<\/em>\u00a0\u00bb, il m\u2019a fait r\u00e9fl\u00e9chir tr\u00e8s calmement :\u00a0<em>\u00ab Est-ce vraiment la volont\u00e9 de Dieu ? Ou est-ce seulement ton d\u00e9sir \u00e0 toi ? \u00bb<br \/><br \/><\/em>Il est normal qu\u2019un jeune cherche ce qu\u2019il d\u00e9sire, c\u2019est une bonne chose. Mais celui qui l\u2019accompagne a pour t\u00e2che d\u2019\u00e9duquer cette recherche, de transformer un enthousiasme initial en un cheminement de maturation int\u00e9rieure.<br \/><em>\u00ab Tu veux faire du bien ? C\u2019est bien. Alors, apprends \u00e0 te conna\u00eetre toi-m\u00eame, reconnais que tu es aim\u00e9 de Dieu. \u00bb<\/em><br \/>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de cette relation profonde avec Dieu que peut \u00e9merger la vraie question : \u00ab\u00a0<em>Quel est le projet de Dieu pour moi ?<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>Car ce que je d\u00e9sire aujourd\u2019hui pourrait ne plus me suffire demain. Si la vocation se r\u00e9duit \u00e0 ce qui me \u00ab pla\u00eet \u00bb, alors elle sera fragile. La vocation est plut\u00f4t une voix int\u00e9rieure qui interpelle, qui demande d\u2019entrer en dialogue avec Dieu et de r\u00e9pondre.<br \/><br \/>Quand un jeune arrive \u00e0 ce stade, quand il est accompagn\u00e9 dans la d\u00e9couverte de cet espace int\u00e9rieur o\u00f9 habite Dieu, alors il commence vraiment \u00e0 cheminer.<br \/><br \/>C\u2019est pourquoi celui qui l\u2019accompagne doit \u00eatre tr\u00e8s attentif, profond, patient. Jamais superficiel.<br \/><br \/>L\u2019\u00c9vangile d\u2019Emma\u00fcs en est une image parfaite. J\u00e9sus s\u2019approche des deux disciples, il les \u00e9coute m\u00eame s\u2019il sait qu\u2019ils parlent dans la confusion. Puis, apr\u00e8s les avoir \u00e9cout\u00e9s, il commence \u00e0 parler. Et eux, \u00e0 la fin, l\u2019invitent : \u00ab\u00a0<em>Reste avec nous, car le soir tombe.<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>Et ils le reconnaissent dans le geste de rompre le pain. Puis ils se disent : \u00ab\u00a0<em>Notre c\u0153ur n\u2019\u00e9tait-il pas br\u00fblant en nous tandis qu\u2019il nous parlait en chemin ?\u00a0<\/em>\u00bb<br \/><br \/>Aujourd\u2019hui, beaucoup de jeunes sont en qu\u00eate. Notre t\u00e2che, en tant qu\u2019\u00e9ducateurs, est de ne pas \u00eatre press\u00e9s. Mais de les aider, avec calme et progressivement, \u00e0 d\u00e9couvrir la grandeur qui est d\u00e9j\u00e0 dans leur c\u0153ur. Car c\u2019est l\u00e0, dans cette profondeur, qu\u2019ils rencontrent le Christ. Comme le dit saint Augustin : \u00ab\u00a0<em>Tu \u00e9tais en moi, et moi en dehors de moi. C\u2019est l\u00e0 que je te cherchais.<\/em>\u00a0\u00bb<br \/><br \/><br \/><strong>As-tu un message \u00e0 transmettre aujourd\u2019hui \u00e0 la Famille sal\u00e9sienne ?<\/strong><br \/><br \/>C\u2019est le m\u00eame message que j\u2019ai partag\u00e9 ces derniers jours, lors de la r\u00e9union du Conseil de la Famille sal\u00e9sienne :\u00a0<strong><em>La foi. Enracinons-nous toujours plus dans la personne du Christ.<\/em><\/strong><br \/><br \/>C\u2019est de cet enracinement que na\u00eet une connaissance authentique de Don Bosco. Les premiers sal\u00e9siens, lorsqu\u2019ils ont voulu \u00e9crire un livre sur le vrai Don Bosco, ne l\u2019ont pas intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Don Bosco ap\u00f4tre des jeunes<\/em>\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0<em>Don Bosco avec Dieu\u00a0<\/em>\u00bb \u2013 un texte \u00e9crit par Don Eugenio Ceria en 1929.<br \/>Et cela nous fait r\u00e9fl\u00e9chir. Pourquoi eux, qui l\u2019avaient vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre tous les jours, n\u2019ont-ils pas choisi de mettre en avant le Don Bosco infatigable, organisateur, \u00e9ducateur ? Non, ils ont voulu raconter le Don Bosco profond\u00e9ment uni \u00e0 Dieu.<br \/>Ceux qui l\u2019ont bien connu ne se sont pas arr\u00eat\u00e9s aux apparences, mais sont all\u00e9s \u00e0 la racine : Don Bosco \u00e9tait un homme immerg\u00e9 en Dieu.<br \/><br \/>\u00c0 la Famille sal\u00e9sienne, je dis : nous avons re\u00e7u un tr\u00e9sor. Un immense don. Mais tout don implique une responsabilit\u00e9.<br \/>Dans mon discours final, j\u2019ai dit :\u00a0<strong><em>\u00ab Il ne suffit pas d\u2019aimer Don Bosco, il faut le conna\u00eetre. \u00bb<\/em><\/strong><br \/>Et nous ne pouvons vraiment le conna\u00eetre que si nous sommes des personnes de foi.<br \/><br \/>Nous devons le regarder avec les yeux de la foi. C\u2019est seulement ainsi que nous pouvons rencontrer le croyant qu\u2019\u00e9tait Don Bosco, en qui le Saint-Esprit a agi avec force : avec\u00a0<em>dynamis<\/em>, avec\u00a0<em>charis<\/em>, avec charisme, avec gr\u00e2ce.<br \/>Nous ne pouvons pas nous limiter \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter certaines de ses maximes ou \u00e0 raconter ses miracles. Car nous courons le risque de nous arr\u00eater aux anecdotes de Don Bosco, au lieu de nous arr\u00eater \u00e0 l\u2019histoire de Don Bosco, car Don Bosco est plus grand que Don Bosco.<br \/>Cela signifie \u00e9tudier, r\u00e9fl\u00e9chir, approfondir. Cela signifie \u00e9viter toute superficialit\u00e9.<br \/><br \/>Et alors nous pourrons dire en v\u00e9rit\u00e9 :\u00a0<strong>\u00ab Telle est ma foi, tel est mon charisme : enracin\u00e9s dans le Christ, sur les pas de Don Bosco. \u00bb<\/strong><\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons r\u00e9alis\u00e9 un entretien exclusif avec le Recteur Majeur des Sal\u00e9siens, Don Fabio Attard,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":44321,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":4,"footnotes":""},"categories":[126],"tags":[2634,2580,2587,2602,2606,1956,2028],"class_list":["post-44107","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-linvite","tag-conciles","tag-evenement","tag-famille-salesienne","tag-interviews","tag-nos-guides","tag-salesiens","tag-vie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44107","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44107"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44107\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":44329,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44107\/revisions\/44329"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/44321"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44107"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44107"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44107"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}