{"id":35422,"date":"2025-03-10T13:08:47","date_gmt":"2025-03-10T13:08:47","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=35422"},"modified":"2025-03-10T13:11:15","modified_gmt":"2025-03-10T13:11:15","slug":"une-roue-mysterieuse-et-prophetique-1861","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/une-roue-mysterieuse-et-prophetique-1861\/","title":{"rendered":"Une roue myst\u00e9rieuse et proph\u00e9tique (1861)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le c\u0153ur du sage conna\u00eet le moment (d&rsquo;agir) et la mani\u00e8re de r\u00e9pondre (pour rendre compte de ses actions). Il y a un temps pour chaque chose ; mais il y a une grande affliction pour l&rsquo;homme\u00a0: ne pas conna\u00eetre le pass\u00e9 et ne pas pouvoir avoir de nouvelles de l&rsquo;avenir (Qo 8, 6-7).<br>Que Don Bosco avait cette connaissance et que les choses pass\u00e9es et futures qui l&rsquo;int\u00e9ressaient ne lui \u00e9taient pas cach\u00e9es, nous en avons une nouvelle preuve dans la persuasion qui a inspir\u00e9 les chroniques de Don Ruffino Domenico, de Don Bonetti Giovanni et les m\u00e9moires r\u00e9dig\u00e9s par Don Giovanni Cagliero, Don Cesare Chiala et d&rsquo;autres, tous t\u00e9moins auriculaires des paroles du serviteur de Dieu. En plein accord, ils nous exposent un autre r\u00eave qu&rsquo;il a racont\u00e9, au cours duquel il a vu son Oratoire de Valdocco et les fruits qu&rsquo;il produisait, la condition des \u00e9l\u00e8ves devant Dieu, ceux qui \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat religieux dans la Pieuse Soci\u00e9t\u00e9, ou \u00e0 vivre dans l&rsquo;\u00e9tat la\u00efc, et l&rsquo;avenir de la nouvelle Congr\u00e9gation.<\/em><br><br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco a donc r\u00eav\u00e9 la nuit pr\u00e9c\u00e9dant le 2 mai, et le r\u00eave a dur\u00e9 environ six heures. \u00c0 l&rsquo;aube, il s&rsquo;est lev\u00e9 du lit pour noter les points principaux et les noms de certains des personnages qu&rsquo;il avait vus passer devant lui pendant qu&rsquo;il dormait. Il lui a fallu trois soir\u00e9es cons\u00e9cutives pour le raconter, debout sur l\u2019estrade sous les portiques apr\u00e8s les pri\u00e8res. Le 2 mai, il parla pendant environ trois quarts d&rsquo;heure. L&rsquo;exorde, comme d&rsquo;habitude dans ces r\u00e9cits, est apparu quelque peu confus et \u00e9trange pour les raisons que nous avons d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises, et pour celles que nous pr\u00e9senterons au jugement de nos lecteurs. Voici comment il a commenc\u00e9 \u00e0 parler aux jeunes apr\u00e8s avoir annonc\u00e9 le sujet.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce r\u00eave concerne uniquement les \u00e9tudiants. Beaucoup de choses que j&rsquo;ai vues ne peuvent \u00eatre d\u00e9crites, car ni mon esprit ni mes paroles ne suffisent. Il me semblait que j\u2019\u00e9tais sorti de ma maison des Becchi. J&rsquo;\u00e9tais engag\u00e9 sur un sentier qui menait \u00e0 un village pr\u00e8s de Castelnuovo, appel\u00e9 Capriglio. Je voulais me rendre \u00e0 un champ tout sablonneux qui nous appartenait, dans une petite vall\u00e9e derri\u00e8re la maison, appel\u00e9e Valcappone, dont la r\u00e9colte suffit \u00e0 peine \u00e0 payer les imp\u00f4ts. L\u00e0, dans ma jeunesse, j&rsquo;allais souvent travailler. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 parcouru un bon bout de chemin, quand pr\u00e8s de ce champ, je rencontrai un homme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, de taille ordinaire, avec une longue barbe, bien taill\u00e9e, et brun de visage. Il \u00e9tait v\u00eatu d&rsquo;un habit qui lui descendait jusqu&rsquo;aux genoux et \u00e9tait serr\u00e9 aux hanches ; sur la t\u00eate, il portait une sorte de bonnet blanc. Il semblait attendre quelqu&rsquo;un. Cet homme me salua famili\u00e8rement, comme si j&rsquo;\u00e9tais quelqu\u2019un qu&rsquo;il connaissait depuis longtemps, et me demanda :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; O\u00f9 vas-tu ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En arr\u00eatant le pas, je lui r\u00e9pondis :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Eh ! Je vais voir un champ que nous avons par ici. Et toi, que fais-tu ici ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ne sois pas curieux, me r\u00e9pondit-il, tu n&rsquo;as pas besoin de le savoir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tr\u00e8s bien. Mais en attendant, fais-moi le plaisir de me dire ton nom et qui tu es, car je me rends compte que tu me connais. Moi, je ne te connais pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire que je te dise mon nom et mes qualit\u00e9s. Viens. Faisons-nous compagnie.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je repris mon chemin avec lui et apr\u00e8s quelques pas, je me trouvai devant un vaste champ couvert de figuiers. Mon compagnon me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Vois les belles figues qu&rsquo;il y a ici ? Si tu en veux, prends-en et mange.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je r\u00e9pondis, \u00e9tonn\u00e9 :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il n&rsquo;y a jamais eu de figues dans ce champ.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et lui :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et maintenant, il y en a : les voil\u00e0.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais elles ne sont pas m\u00fbres, ce n&rsquo;est pas encore la saison des figues.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pourtant regarde\u00a0: il y en a d\u00e9j\u00e0 des belles et bien m\u00fbres ; si tu en veux, fais vite car il est tard.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais je ne bougeais pas et l&rsquo;ami insistait :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais fais vite, ne perds pas de temps, car le soir arrive.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais pour quelle raison me presser \u00e0 ce point ? Eh non ! je n&rsquo;en veux pas ; j&rsquo;aime les voir, les offrir, mais elles ont peu de go\u00fbt \u00e0 mon palais.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Si c&rsquo;est ainsi, allons-nous-en, mais souviens-toi de ce que dit l&rsquo;\u00c9vangile de Saint Matthieu, o\u00f9 il parle des grands \u00e9v\u00e9nements qui mena\u00e7aient J\u00e9rusalem. J\u00e9sus-Christ disait \u00e0 ses Ap\u00f4tres : <em>Ab arbore fici discite parabolam. Cum iam ramus ejus tener fuerit et folia nata, scitis quia prope est aestas<\/em> (De l&rsquo;arbre \u00e0 figues, apprenez la parabole : quand sa branche devient tendre et que les feuilles apparaissent, vous savez que l&rsquo;\u00e9t\u00e9 est proche, Mt. 24,32). Et il est d&rsquo;autant plus proche maintenant que les figues commencent \u00e0 m\u00fbrir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous repr\u00eemes notre chemin et voil\u00e0 qu&rsquo;un autre champ tout plant\u00e9 de vignes apparut. L&rsquo;inconnu me dit aussit\u00f4t :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Veux-tu du raisin ? Si les figues ne te plaisent pas, vois l\u00e0 ce raisin : prends-en et mange.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh ! du raisin, nous en prendrons en temps voulu dans la vigne.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il y en a aussi ici.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; En temps voulu ! lui r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais ne vois-tu pas l\u00e0 tout ce raisin m\u00fbr ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Possible ? \u00e0 cette saison ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais fais vite ! Il se fait tard ; tu n&rsquo;as pas de temps \u00e0 perdre.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et pourquoi une telle h\u00e2te ? Pourvu qu\u2019\u00e0 la fin de la journ\u00e9e je sois chez moi le soir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Fais vite, je dis fais vite, car bient\u00f4t il fera nuit.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah ! s&rsquo;il fait nuit, le jour reviendra.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce n&rsquo;est pas vrai, le jour ne reviendra plus.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais comment ? Que veux-tu dire ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Que la nuit approche.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais de quel soir parles-tu ? Veux-tu dire que je dois vraiment pr\u00e9parer mon fagot et partir ? Que je dois bient\u00f4t m&rsquo;en aller vers mon \u00e9ternit\u00e9 ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; La nuit approche, tu as peu de temps.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais dis-moi au moins si ce sera bient\u00f4t ! Quand sera-ce ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ne sois pas si curieux. <em>Non plus sapere quam oportet sapere<\/em> (Rom. 12,3).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est ce que disait ma m\u00e8re aux fouineurs, pensai-je en moi-m\u00eame, et je r\u00e9pondis \u00e0 haute voix :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pour l&rsquo;instant, je n&rsquo;ai pas envie de raisin !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Entre-temps, nous march\u00e2mes encore un peu ensemble et nous arriv\u00e2mes au bout de notre propri\u00e9t\u00e9, o\u00f9 nous trouv\u00e2mes mon fr\u00e8re Giuseppe qui chargeait une charrette. En s&rsquo;approchant, il me salua, puis il salua mon compagnon. Mais voyant que celui-ci ne r\u00e9pondait pas au salut et ne lui pr\u00eatait pas attention, il me demanda s&rsquo;il \u00e9tait mon condisciple \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, je ne l&rsquo;ai jamais vu, r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors il lui adressa de nouveau la parole :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; S&rsquo;il vous pla\u00eet, dites-moi votre nom ; faites-moi l&rsquo;honneur d&rsquo;une r\u00e9ponse : que je sache avec qui je parle. &#8211; Mais l&rsquo;autre ne l&rsquo;\u00e9coutait pas. Mon fr\u00e8re, \u00e9tonn\u00e9, se tourna vers moi pour m&rsquo;interroger.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais qui est cet homme ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je ne sais pas, il n\u2019a pas voulu me le dire ! &#8211; Nous insist\u00e2mes tous deux encore un peu pour savoir d&rsquo;o\u00f9 il venait, mais l&rsquo;autre r\u00e9p\u00e9tait toujours : <em>Non plus sapere quam oportet sapere<\/em>.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Entre-temps, mon fr\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait \u00e9loign\u00e9 et je ne le vis plus, et l\u2019inconnu se tourna vers moi et me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Veux-tu voir quelque chose de singulier ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je le verrai volontiers, r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Veux-tu voir tes gar\u00e7ons tels qu&rsquo;ils sont actuellement ? Ce qu\u2019ils seront \u00e0 l&rsquo;avenir ? Et veux-tu les compter ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh oui, oui.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Viens donc.<br><br><strong>Premi\u00e8re partie<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors il sortit, je ne sais d&rsquo;o\u00f9, une grosse machine, que je ne saurais d\u00e9crire, qui avait dedans une grande roue et qu\u2019il planta au sol.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Que signifie cette roue ? demandai-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On me r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; L&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 dans les mains de Dieu ! &#8211; Et il prit la manivelle de cette roue et la fit tourner. Puis il me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Prends le manche et fais faire un tour.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je le fis. Puis il me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Maintenant regarde l\u00e0-dedans.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;observai la machine et vis qu&rsquo;il y avait une grande plaque de verre en forme de lentille, large d&rsquo;environ un m\u00e8tre et demi, qui se trouvait au milieu de la machine, fix\u00e9 \u00e0 la roue. Autour de cette lentille \u00e9tait \u00e9crit : <em>Hic est oculus qui humilia respicit in coelo et in terra <\/em>(Ps 112,6). Aussit\u00f4t, je mis mon visage sur cette lentille. Je regardai. Quel spectacle ! Je vis l\u00e0-dedans tous les jeunes de l&rsquo;Oratoire. &#8211; Mais comment est-ce possible ? disais-je en moi-m\u00eame. Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, je n&rsquo;avais vu personne dans cette r\u00e9gion et maintenant je vois tous mes fils ! Ne sont-ils pas tous \u00e0 Turin ? &#8211; Je regardai au-dessus et sur les c\u00f4t\u00e9s de la machine, mais en dehors de cette lentille, je ne voyais rien. Je levai le visage pour dire mon \u00e9tonnement \u00e0 cet ami, mais apr\u00e8s un instant, il m&rsquo;ordonna de donner un second tour \u00e0 la manivelle et je vis une s\u00e9paration singuli\u00e8re et \u00e9trange parmi les jeunes. Les bons s\u00e9par\u00e9s des mauvais. Les premiers \u00e9taient rayonnants de joie. Les seconds, qui n&rsquo;\u00e9taient pas nombreux, faisaient piti\u00e9. Je les reconnus tous, mais comme ils \u00e9taient diff\u00e9rents de ce que leurs camarades pensaient d&rsquo;eux\u00a0! Certains avaient la langue perc\u00e9e, d&rsquo;autres les yeux douloureusement d\u00e9form\u00e9s, d&rsquo;autres \u00e9taient oppress\u00e9s par des maux de t\u00eate dus \u00e0 des ulc\u00e8res r\u00e9pugnants, d&rsquo;autres avaient le c\u0153ur rong\u00e9 par des vers. Plus je les regardais, plus je me sentais afflig\u00e9 en disant : &#8211; Mais est-il possible que ceux-ci soient mes fils ? Je ne comprends pas ce que veulent signifier ces \u00e9tranges maladies.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 mes paroles, celui qui m&rsquo;avait conduit vers la roue me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c9coute-moi. La langue perc\u00e9e signifie les mauvais discours ; les yeux d\u00e9form\u00e9s ceux qui interpr\u00e8tent et appr\u00e9cient de mani\u00e8re tordue les gr\u00e2ces de Dieu, pr\u00e9f\u00e9rant la terre au ciel ; la t\u00eate malade est le m\u00e9pris de tes conseils, la satisfaction des caprices ; les vers sont les passions malveillantes qui rongent les c\u0153urs. Il y a aussi des sourds qui ne veulent pas entendre tes paroles pour ne pas les mettre en pratique.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis il me fit un signe et je donnai un troisi\u00e8me tour \u00e0 la roue, les yeux fix\u00e9s sur la lentille de l&rsquo;appareil. Il y avait quatre jeunes li\u00e9s avec de grosses cha\u00eenes. Je les observai attentivement et je les reconnus tous. Je demandai une explication \u00e0 l&rsquo;inconnu qui me r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tu peux le savoir facilement : ce sont ceux qui n&rsquo;\u00e9coutent pas tes conseils et, s&rsquo;ils ne changent pas de comportement, ils sont en danger d&rsquo;\u00eatre mis en prison et d&rsquo;y pourrir \u00e0 cause de leurs crimes ou de graves d\u00e9sob\u00e9issances.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je veux noter leur nom pour ne pas l&rsquo;oublier, dis-je ; mais l&rsquo;ami r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire ; ils sont tous not\u00e9s, les voici \u00e9crits dans ce carnet !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je remarquai alors un petit livre qu&rsquo;il tenait \u00e0 la main. Il me commanda de donner un autre tour. J&rsquo;ob\u00e9is et me remis \u00e0 regarder. On voyait sept autres jeunes, qui se tenaient tous fiers, dans une attitude m\u00e9fiante, avec un cadenas \u00e0 la bouche qui fermait leurs l\u00e8vres. Trois d&rsquo;entre eux se bouchaient aussi les oreilles avec les mains. Je me relevai \u00e0 nouveau en cessant de regarder la plaque\u00a0; je voulais sortir le carnet pour noter avec un crayon leurs noms, mais cet homme dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire ; les voici not\u00e9s sur ce carnet, qui ne me quitte jamais.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et il ne voulut absolument pas que j&rsquo;\u00e9crive. Moi, stup\u00e9fait et afflig\u00e9 par cette \u00e9tranget\u00e9, je demandai pourquoi le cadenas serrait les l\u00e8vres de certains. Il me r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tu ne comprends pas ? Ce sont ceux qui se taisent.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais que taisent-ils ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ils se taisent !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors je compris que cela voulait signifier ce qui concerne la confession. Ce sont ceux qui, m\u00eame interrog\u00e9s par le confesseur, ne r\u00e9pondent pas, ou r\u00e9pondent de mani\u00e8re \u00e9vasive, ou contre la v\u00e9rit\u00e9. Ils r\u00e9pondent non, quand c&rsquo;est oui.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;ami continua :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Vois ces trois-l\u00e0\u00a0: en plus du cadenas \u00e0 la bouche, ils ont les mains sur les oreilles ? Quelle est d\u00e9plorable leur condition ! Ce sont ceux qui non seulement se taisent en confession, mais ne veulent en aucune mani\u00e8re \u00e9couter les avertissements, les conseils, les commandements du confesseur. Ce sont ceux qui ont entendu tes paroles, mais ne les ont pas \u00e9cout\u00e9es, n&rsquo;y ont pas pr\u00eat\u00e9 attention. Ils pourraient baisser leurs mains, mais ils ne veulent pas. Les quatre autres ont \u00e9cout\u00e9 tes exhortations, recommandations, mais n&rsquo;en ont pas profit\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et comment doivent-ils faire pour se d\u00e9barrasser de ce cadenas ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; <em>Ejiciatur superbia e cordibus eorum<\/em> (en chassant l&rsquo;orgueil de leur c\u0153ur).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J\u2019aviserai tous ceux-l\u00e0, mais pour ceux qui ont les mains sur les oreilles, il y a peu d&rsquo;espoir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong>Cet homme me donna ensuite un conseil : sur deux mots dits pendant le sermon, que l&rsquo;un soit sur la mani\u00e8re de bien faire les confessions.<\/strong> Je promis que j&rsquo;ob\u00e9irais. Je ne veux pas dire que je suivrai ce conseil \u00e0 la lettre, car je deviendrais ennuyeux, mais je ferai tout mon possible pour inculquer souvent cette recommandation n\u00e9cessaire. En effet, <strong>ceux qui se damnent en se confessant sont plus nombreux que ceux qui se damnent pour ne pas se confesser, car m\u00eame les plus mauvais se confessent parfois, mais beaucoup ne se confessent pas bien.<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce personnage myst\u00e9rieux me fit donner un autre tour de roue.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Aussit\u00f4t dit, aussit\u00f4t fait. Je regardai et vis trois autres jeunes dans une attitude effrayante. Chacun avait un gros singe sur les \u00e9paules. J&rsquo;observai attentivement et vis que les singes avaient des cornes. Chacune de ces horribles b\u00eates, avec ses pattes de devant, serrait un malheureux au cou tellement fort qu&rsquo;il devenait tout rouge, son visage \u00e9tait enflamm\u00e9 et ses yeux sortaient presque de leurs orbites, inject\u00e9s de sang ; avec ses pattes arri\u00e8re, il le serrait aux cuisses de sorte qu&rsquo;il pouvait \u00e0 peine bouger\u00a0; avec la queue, qui allait jusqu&rsquo;au sol, il l&rsquo;enroulait autour des jambes, ce qui lui rendait la marche plus difficile et presque impossible. Cela signifiait que ces jeunes, apr\u00e8s les exercices spirituels, sont en cas de p\u00e9ch\u00e9 mortel, sp\u00e9cialement d&rsquo;impuret\u00e9 et d&rsquo;immodestie, coupables de mati\u00e8re grave contre le sixi\u00e8me commandement. Le d\u00e9mon les serrait au cou, ne les laissant pas parler quand ils devraient. Il les faisait rougir au point qu&rsquo;ils perdaient la t\u00eate et ne savaient plus ce qu&rsquo;ils faisaient, restant ensuite li\u00e9s par une honte fatale, qui au lieu de les conduire au salut les m\u00e8ne \u00e0 la perdition. En les errant, il leur faisait sortir les yeux de la t\u00eate, de sorte qu&rsquo;ils ne sont pas capables de voir leur mis\u00e8re, et les moyens de sortir de cet horrible \u00e9tat, car retenus par une peur et une r\u00e9pugnance terrifiantes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Sacrements. Il les tenait ensuite serr\u00e9s aux cuisses et aux jambes, afin qu&rsquo;ils ne puissent plus marcher, ni faire un pas pour se mettre sur le chemin du bien. La force de la passion \u00e9tait telle \u00e0 cause de l&rsquo;habitude qu\u2019ils croyaient que leur amendement \u00e9tait impossible.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je vous assure, mes chers jeunes, que j\u2019ai pleur\u00e9 \u00e0 ce spectacle. J&rsquo;aurais voulu me lancer en avant pour aller lib\u00e9rer ces malheureux, mais \u00e0 peine m&rsquo;\u00e9loignais-je de la lentille que je ne voyais plus rien. Je voulus alors noter le nom de ces trois, mais l&rsquo;ami r\u00e9pliqua :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Chose inutile car ils sont \u00e9crits dans ce livre que je tiens \u00e0 la main.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors, le c\u0153ur plein d&rsquo;une \u00e9motion indicible, les larmes aux yeux, je me tournai vers le compagnon et dis :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais comment ? C\u2019est donc dans cet \u00e9tat que sont ces pauvres jeunes, pour lesquels j&rsquo;ai d\u00e9pens\u00e9 tant de paroles, j&rsquo;ai utilis\u00e9 tant de soins en confession et hors de la confession ? &#8211; Et je demandai comment ces jeunes devaient faire pour se d\u00e9barrasser de cet horrible monstre. Il se mit \u00e0 dire rapidement et en marmonnant : <em>Labor, sudor, fervor<\/em> (Travail, sueur, ferveur).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je ne comprends pas, parle plus clairement.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il r\u00e9p\u00e9ta \u00e0 nouveau, mais toujours en marmonnant :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; <em>Labor, sudor, fervor<\/em>.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C&rsquo;est inutile\u00a0; si tu parles ainsi, je ne comprends pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh ! tu veux te moquer de moi.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quoi qu&rsquo;il en soit, je r\u00e9p\u00e8te que je ne comprends pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais quoi, tu es habitu\u00e9 \u00e0 la grammaire et aux constructions des phrases \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Sois attentif\u00a0! <em>Labor<\/em>, point-virgule ; <em>Sudor<\/em>, point-virgule ; <em>Fervor<\/em>, point. As-tu compris ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J&rsquo;ai compris mat\u00e9riellement les mots, mais il faut que tu m&rsquo;en donnes l&rsquo;explication.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; <em>Labor in assiduis operibus ; Sudor in poenitentiis continuis ; Fervor in orationibus ferventibus et perseverantibus<\/em> (Travail dans un agir assidu ; Sueurs dans des p\u00e9nitences continuelles ; Ferveur dans des pri\u00e8res ferventes et pers\u00e9v\u00e9rantes). Mais pour ce genre de jeunes, tu as beau te sacrifier, tu ne r\u00e9ussiras pas \u00e0 les gagner, car ils ne veulent pas secouer le joug de Satan dont ils sont les esclaves.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En attendant, je regardais et continuais \u00e0 m&rsquo;inqui\u00e9ter en pensant : &#8211; Mais comment ! Tous ceux-l\u00e0 sont donc perdus ? Est-ce possible ! M\u00eame apr\u00e8s les exercices spirituels&#8230; ceux-l\u00e0&#8230; apr\u00e8s que j&rsquo;ai tant fait pour eux&#8230; apr\u00e8s avoir tant travaill\u00e9&#8230; apr\u00e8s tant de pr\u00e9dications&#8230; apr\u00e8s tant de conseils que je leur ai donn\u00e9s&#8230; et tant de promesses !&#8230; Apr\u00e8s les avoir avertis tant de fois&#8230; Je ne m&rsquo;attendais jamais \u00e0 un tel d\u00e9senchantement. Et tout cela ne pouvait me donner la de paix.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors mon interpr\u00e8te commen\u00e7a \u00e0 me r\u00e9primander.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh quel orgueilleux ! Voyez cet orgueilleux ! Et qui es-tu donc pour pr\u00e9tendre convertir parce que tu travailles ? Parce que tu aimes tes jeunes, tu pr\u00e9tends les voir tous r\u00e9pondre \u00e0 tes intentions ? Te crois-tu sup\u00e9rieur \u00e0 notre divin Sauveur dans l&rsquo;amour des \u00e2mes, dans le travail et la souffrance pour elles ? Crois-tu que ta parole doit \u00eatre plus efficace que celle de J\u00e9sus-Christ ? Pr\u00eaches-tu mieux que lui ? Crois-tu avoir employ\u00e9 plus de charit\u00e9, plus de soin envers tes jeunes, que celui qu&rsquo;a eu le Sauveur envers ses ap\u00f4tres ? Tu sais qu&rsquo;ils vivaient avec lui continuellement, \u00e9taient combl\u00e9s \u00e0 chaque instant de toutes sortes de ses bienfaits, entendaient jour et nuit ses avertissements et les pr\u00e9ceptes de sa doctrine, voyaient ses actions qui devaient \u00eatre un vif stimulant pour la sanctification de leurs m\u0153urs. Que n&rsquo;a-t-il pas fait et dit \u00e0 propos de Judas ! Et pourtant Judas le trahit et mourut imp\u00e9nitent. Es-tu donc plus que les ap\u00f4tres ? Les ap\u00f4tres \u00e9lurent sept diacres\u00a0; ils n&rsquo;\u00e9taient que sept, choisis avec soin, et pourtant l\u2019un d\u2019eux pr\u00e9variqua ! Et toi, sur cinq cents, tu t&rsquo;\u00e9tonnes du petit nombre qui ne r\u00e9pond pas \u00e0 tes soins ? Pr\u00e9tends-tu r\u00e9ussir \u00e0 n&rsquo;en avoir aucun de mauvais, aucun qui soit pervers ? Oh l\u2019orgueilleux ! \u2013 \u00c0 ces mots, je me tus, mais non sans sentir mon \u00e2me oppress\u00e9e par la douleur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Cependant, console-toi, reprit cet homme en me voyant tellement abattu, et il me fit donner un autre tour \u00e0 la roue en reprenant : &#8211; Vois combien Dieu est g\u00e9n\u00e9reux ! Regarde combien d&rsquo;\u00e2mes il veut te donner ! Vois-tu l\u00e0 ce grand nombre de jeunes ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me remis \u00e0 regarder dans la lentille et vis une tr\u00e8s grande foule de jeunes que je n&rsquo;avais jamais connus de ma vie.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oui, je les vois, r\u00e9pondis-je, mais je ne les connais pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Eh bien, ce sont ceux que le Seigneur te donnera en compensation de ces quatorze qui ne r\u00e9pondent pas \u00e0 tes soins. Sache que pour chacun d&rsquo;eux, le Seigneur t&rsquo;en donnera cent.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah ! pauvre de moi, m\u2019\u00e9criai-je, j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 la maison pleine, o\u00f9 mettrai-je tous ces nouveaux jeunes ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas ! Pour le moment, il y a de la place. Plus tard, Celui qui te les envoie sait o\u00f9 tu les mettras. Lui-m\u00eame trouvera les places.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais ce n&rsquo;est pas tant la place qui me d\u00e9range, c\u2019est le r\u00e9fectoire qui me donne s\u00e9rieusement \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Laisse tomber les plaisanteries, le Seigneur pourvoira.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Si c&rsquo;est ainsi, je suis tr\u00e8s content, r\u00e9pondis-je tout consol\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et en observant longuement et avec une vive satisfaction tous ces jeunes, je retins les physionomies de beaucoup d&rsquo;entre eux, de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir les reconna\u00eetre, si je les croisais.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et c\u2019est ainsi que Don Bosco finit de parler le soir du 2 mai.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<br><strong>Deuxi\u00e8me partie<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La soir\u00e9e du 3, il reprenait son r\u00e9cit. Dans la plaque de cristal, il avait \u00e9galement contempl\u00e9 le spectacle de la vocation de chacun de ses \u00e9l\u00e8ves. Il fut concis et vibrant dans ses paroles. Il ne mentionna aucun nom et remit \u00e0 un autre moment le r\u00e9cit des questions qu&rsquo;il avait pos\u00e9es \u00e0 son guide et les explications entendues, concernant certains symboles ou all\u00e9gories qui lui \u00e9taient pass\u00e9es devant les yeux. Cependant, le clerc Ruffino en recueillit plusieurs gr\u00e2ce aux confidences des jeunes eux-m\u00eames, \u00e0 qui Don Bosco avait expliqu\u00e9 en priv\u00e9 ce qu&rsquo;il avait vu \u00e0 leur sujet ; c\u2019est lui qui nous en a transmis la relation. Celle-ci fut \u00e9crite en 1861.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quant \u00e0 nous, pour plus de clart\u00e9 dans l&rsquo;exposition et pour ne pas \u00eatre contraints \u00e0 trop de r\u00e9p\u00e9titions, nous en ferons un tout, introduisant dans le r\u00e9cit les noms omis et les explications donn\u00e9es, le plus souvent sans forme de dialogue. Cependant, nous serons exacts en rapportant \u00e0 la lettre ce que le chroniqueur a \u00e9crit.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco commen\u00e7a \u00e0 parler ainsi.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019inconnu \u00e9tait pr\u00e8s de sa machine avec la roue et la lentille. Je m&rsquo;\u00e9tais r\u00e9joui en voyant tant de jeunes qui viendraient avec nous, quand on me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Veux-tu encore voir un des plus beaux spectacles ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tr\u00e8s volontiers !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Fais tourner la roue ! &#8211; Je la tournai, je regardai dans la lentille et je vis tous mes jeunes divis\u00e9s en deux grosses troupes, quelque peu distantes l&rsquo;une de l&rsquo;autre, sur une m\u00eame vaste r\u00e9gion. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, je vis un terrain cultiv\u00e9 en l\u00e9gumes, herbes et prairies, avec quelques rang\u00e9es de vignes sauvages sur la rive. L\u00e0, les jeunes d&rsquo;une de ces deux troupes travaillaient la terre avec des b\u00eaches, des houes, des pioches \u00e0 deux pointes, des r\u00e2teaux, des pelles. Ils \u00e9taient dispers\u00e9s en \u00e9quipes avec leurs sup\u00e9rieurs. \u00c0 leur t\u00eate il y avait le chevalier Oreglia di S. Stefano qui distribuait des outils agricoles de toutes sortes \u00e0 ceux qui b\u00eachaient, et il faisait travailler ceux qui en avaient peu envie. Au loin, au fond de ce terrain, je vis aussi des jeunes qui semaient.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La seconde troupe se trouvait de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 dans un vaste champ de bl\u00e9 couvert d&rsquo;\u00e9pis dor\u00e9s. Un long foss\u00e9 servait de fronti\u00e8re entre celui-ci et d&rsquo;autres champs cultiv\u00e9s qui se perdaient de chaque c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;horizon lointain. Ces jeunes travaillaient \u00e0 r\u00e9colter la moisson, mais tous ne faisaient pas le m\u00eame travail. Beaucoup moissonnaient et faisaient des gros tas ; certains formaient des gerbes, d&rsquo;autres glanaient, d&rsquo;autres conduisaient une charrette, d&rsquo;autres battaient, d&rsquo;autres aff\u00fbtaient les faux, d&rsquo;autres les affilaient, d&rsquo;autres les distribuaient, d&rsquo;autres jouaient de la guitare. Je vous assure que c&rsquo;\u00e9tait une belle sc\u00e8ne, d&rsquo;une vari\u00e9t\u00e9 surprenante.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans ce champ, \u00e0 l&rsquo;ombre de vieux arbres, on voyait des tables avec la nourriture n\u00e9cessaire pour tout ce monde ; et plus loin, un vaste et magnifique jardin clos, ombrag\u00e9 et riant, rempli de toutes sortes de parterres de fleurs.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La s\u00e9paration des cultivateurs de la terre et des moissonneurs indiquait ceux qui embrassaient l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique et ceux qui ne le faisaient pas. Cependant, je ne comprenais pas le myst\u00e8re et me tournant vers mon guide, je lui demandai :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Que veut dire \u00a0\u00a0cela ? Qui sont ceux qui b\u00eachent ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tu ne sais pas encore ces choses ? me fut r\u00e9pondu ; ceux qui b\u00eachent sont ceux qui travaillent seulement pour eux-m\u00eames, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui ne sont pas appel\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique, mais \u00e0 un \u00e9tat la\u00efque. &#8211; Et je compris tout de suite que ceux qui b\u00eachaient \u00e9taient les apprentis, \u00e0 qui il suffit de penser \u00e0 sauver leur \u00e2me, sans avoir l&rsquo;obligation sp\u00e9ciale de s&#8217;employer au salut de celle des autres.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et ceux qui moissonnent, qui sont de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du champ\u00a0? Je compris sans aucun doute que c\u2019\u00e9taient ceux qui \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique. Et maintenant je sais qui doit devenir pr\u00eatre, et qui doit embrasser une autre carri\u00e8re.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je contemplais avec une vive curiosit\u00e9 ce champ de bl\u00e9. Provera distribuait les faux aux moissonneurs et cela indiquait qu&rsquo;il pourrait devenir Directeur de S\u00e9minaire ou de Communaut\u00e9 religieuse ou de maison d&rsquo;\u00e9tude, ou peut-\u00eatre m\u00eame quelque chose de plus. Il convient de noter que tous ceux qui travaillaient ne prenaient pas la faux de lui, car ceux qui la demandaient \u00e9taient ceux qui feraient partie de notre Congr\u00e9gation. Les autres la recevaient de certains distributeurs, qui n&rsquo;\u00e9taient pas des n\u00f4tres et cela voulait signifier qu&rsquo;ils deviendraient pr\u00eatres, mais pour se consacrer au Saint Minist\u00e8re en dehors de l&rsquo;Oratoire. La faux est le symbole de la parole de Dieu.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 tous ceux qui la voulaient, Provera ne donnait pas imm\u00e9diatement la faux. Certains \u00e9taient envoy\u00e9s par lui \u00e0 manger d&rsquo;abord, l&rsquo;un un morceau, l&rsquo;autre deux morceaux, c&rsquo;est-\u00e0-dire celui de la pi\u00e9t\u00e9 et celui de l&rsquo;\u00e9tude. Rossi Giacomo fut envoy\u00e9 en prendre un. Certains se rendaient dans le bosquet o\u00f9 se trouvait le clerc Durando qui faisait beaucoup de choses et, entre autres, pr\u00e9parait la table pour les moissonneurs et leur donnait \u00e0 manger. Cette fonction indiquait ceux qui sont destin\u00e9s de mani\u00e8re sp\u00e9ciale \u00e0 promouvoir la d\u00e9votion envers le Saint-Sacrement. Pendant ce temps, Galliano Matteo s&rsquo;affairait \u00e0 apporter \u00e0 boire aux moissonneurs.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Costamagna alla aussi prendre une faux mais il fut envoy\u00e9 par Provera dans le jardin pour cueillir deux fleurs. Il en fut de m\u00eame pour Quattroccolo. \u00c0 Rebuffo il fut dit de cueillir trois fleurs avec la promesse qu&rsquo;ensuite la faux lui serait mise en main. Il y avait aussi Olivero.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant ce temps, on voyait tous les autres jeunes dispers\u00e9s ici et l\u00e0 au milieu des \u00e9pis. Beaucoup \u00e9taient dispos\u00e9s en ligne ; certains avaient devant eux une faux large, d&rsquo;autres une moins large. Don Ciattino, cur\u00e9 de Maretto, moissonnait avec une faux re\u00e7ue de Provera. Don Francesia et Vibert coupaient le bl\u00e9. Moissonnaient aussi Perucatti Giacinto, Merlone, Momo, Garino, Iarach, qui sauveraient les \u00e2mes par la pr\u00e9dication, s&rsquo;ils correspondaient \u00e0 leur vocation. Certains coupaient plus et d&rsquo;autres moins. Bondioni moissonnait comme un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mais est-ce qu\u2019une action violente pourra durer ? D&rsquo;autres donnaient de la faux dans le bl\u00e9 avec toute leur force, mais ne coupaient jamais rien. Vaschetti prit une faux et se mit \u00e0 couper sans arr\u00eat, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il sorte du champ et aille travailler ailleurs. \u00c0 d&rsquo;autres, il arriva la m\u00eame chose. Parmi ceux qui moissonnaient, beaucoup n&rsquo;avaient pas la faux affil\u00e9e ; \u00e0 d&rsquo;autres faux manquait la pointe. Certains l&rsquo;avaient si ab\u00eem\u00e9e que, voulant n\u00e9anmoins moissonner, ils d\u00e9chiraient et ab\u00eemaient tout.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ruffino Domenico moissonnait\u00a0; on lui avait assign\u00e9 une faux tr\u00e8s large et sa faux coupait bien\u00a0; elle avait seulement le d\u00e9faut qu&rsquo;il lui manquait la pointe, symbole de l&rsquo;humilit\u00e9\u00a0: c&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9sir de tendre \u00e0 un grade plus \u00e9lev\u00e9 parmi les \u00e9gaux. Il allait chez Cerruti Francesco pour la faire marteler. En effet, j&rsquo;observai Cerruti qui martelait les faux, indice qu&rsquo;il devait mettre dans les c\u0153urs la science et la pi\u00e9t\u00e9, ce qui sous-entendait qu&rsquo;il deviendrait un enseignant. Le martelage \u00e9tait la fonction de celui qui se consacre \u00e0 l&rsquo;enseignement du clerg\u00e9 et Provera lui confiait les faux ab\u00eem\u00e9es. \u00c0 Don Rocchietti et \u00e0 d&rsquo;autres, il remettait celles qui avaient besoin d&rsquo;\u00eatre aff\u00fbt\u00e9es, telle \u00e9tant leur occupation. La mission d&rsquo;aff\u00fbter \u00e9tait propre \u00e0 celui qui forme le clerg\u00e9 \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9. Viale se pr\u00e9senta et alla prendre une faux qui n&rsquo;\u00e9tait pas affil\u00e9e, mais Provera voulut lui en donner une autre tranchante, pass\u00e9e sur la meule. Je vis aussi un forgeron, qui devait pr\u00e9parer les fers agricoles et celui-ci \u00e9tait Costanzo.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant que tout ce travail compliqu\u00e9 battait son plein, Fusero faisait les gerbes, et cela voulait dire conserver les consciences dans la gr\u00e2ce de Dieu\u00a0; mais en venant encore plus au particulier et en prenant les gerbes non pas comme images des simples fid\u00e8les, mais de ceux qui sont destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique, on comprenait qu&rsquo;il occuperait un poste d&rsquo;enseignant dans l&rsquo;instruction des clercs.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il y avait ceux qui l&rsquo;aidaient \u00e0 lier les gerbes et je me souviens d&rsquo;avoir vu parmi les autres Don Turchi et Ghivarello. Ce sont ceux qui sont destin\u00e9s \u00e0 ajuster les consciences, comme le ferait un confesseur, en particulier pour ceux qui sont affect\u00e9s ou aspirants \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D&rsquo;autres transportaient les gerbes sur une charrette, qui repr\u00e9sentait la gr\u00e2ce de Dieu. Les p\u00e9cheurs convertis doivent monter dessus, pour s&rsquo;engager sur le droit chemin du salut, qui a pour terme le ciel. La charrette se mit en mouvement lorsqu&rsquo;elle fut pleine de gerbes. Elle \u00e9tait tir\u00e9e non par des jeunes, mais par des b\u0153ufs, symbole de force pers\u00e9v\u00e9rante. Il y avait ceux qui les conduisaient. Don Rua pr\u00e9c\u00e9dait la charrette et la guidait et cela veut dire qu&rsquo;il aurait comme t\u00e2che de guider les \u00e2mes vers le ciel. Don Savio venait derri\u00e8re avec le balai pour ramasser les \u00e9pis et les gerbes qui tombaient.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dispers\u00e9s dans le champ, on voyait ceux qui glanaient, parmi lesquels Bonetti Giovanni et Bongiovanni Giuseppe, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux qui ramassaient les p\u00e9cheurs obstin\u00e9s. Bonetti, en particulier, est appel\u00e9 par le Seigneur de mani\u00e8re particuli\u00e8re \u00e0 chercher ces malheureux \u00e9chapp\u00e9s de la faux des moissonneurs.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avec Fusero, Anfossi dressait sur le champ des tas de gerbes de bl\u00e9 coup\u00e9, destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre battu au moment opportun, ce qui \u00e9tait peut-\u00eatre l\u2019indice d\u2019une future chaire d\u2019enseignement. D&rsquo;autres comme Don Alasonatti formaient les meules et ce sont ceux qui administrent les deniers, veillent \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution des r\u00e8gles, enseignent les pri\u00e8res et le chant des louanges sacr\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire qui travaillent, mat\u00e9riellement et moralement, \u00e0 mettre les \u00e2mes sur le chemin du paradis.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un lopin de terre apparaissait nivel\u00e9 et am\u00e9nag\u00e9 pour y battre le grain. Don Cagliero Giovanni, qui \u00e9tait d&rsquo;abord all\u00e9 dans le jardin cueillir des fleurs et les avait distribu\u00e9es \u00e0 ses camarades, se rendit dans cette aire pour battre le bl\u00e9 avec son bouquet \u00e0 la main. Battre le bl\u00e9 se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ceux qui sont destin\u00e9s par Dieu \u00e0 s&rsquo;occuper de l&rsquo;instruction du bas peuple.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 distance, on voyait plusieurs fum\u00e9es noires s&rsquo;\u00e9lever vers le ciel. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u0153uvre de ceux qui ramassaient l\u2019ivraie et, sortis du champ occup\u00e9 par les \u00e9pis, la mettaient en tas et la br\u00fblaient. Ce sont ceux qui sont sp\u00e9cialement destin\u00e9s \u00e0 enlever les mauvais du milieu des bons, indiquant les directeurs de nos futures maisons. Parmi eux on reconnaissait Don Cerruti Francesco, Tamietti Giovanni, Belmonte Domenico, Albera Paolo et d&rsquo;autres qui, encore jeunes, \u00e9tudient dans les premi\u00e8res classes du coll\u00e8ge.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Toutes les sc\u00e8nes d\u00e9crites ci-dessus se d\u00e9roulaient en m\u00eame temps et je vis parmi cette multitude de jeunes certains qui portaient une lampe \u00e0 la main pour \u00e9clairer m\u00eame en plein midi. Ce sont ceux qui donneront le bon exemple aux autres ouvriers de l&rsquo;\u00e9vangile et qui devront \u00e9clairer le clerg\u00e9. Parmi eux se trouvait Albera Paolo qui, en plus d&rsquo;avoir la lampe, jouait aussi de la guitare ; et cela signifie qu&rsquo;il montrera le chemin aux pr\u00eatres, et leur donnera du courage pour avancer dans leur mission. C\u2019\u00e9tait une allusion \u00e0 quelque haute charge qui sera occup\u00e9e par lui dans l&rsquo;\u00c9glise.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cependant, au milieu de tout ce mouvement, tous les jeunes que je voyais n&rsquo;\u00e9taient pas occup\u00e9s \u00e0 un travail. L&rsquo;un d&rsquo;eux tenait un pistolet \u00e0 la main, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il aspirait \u00e0 la carri\u00e8re militaire ; il ne s&rsquo;\u00e9tait cependant pas encore d\u00e9cid\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Certains, les mains sur les hanches, observaient ceux qui moissonnaient, r\u00e9solus \u00e0 ne pas imiter leur exemple ; certains se montraient ind\u00e9cis, mais sentant la fatigue, ne savaient pas s&rsquo;ils devaient se r\u00e9soudre eux aussi \u00e0 moissonner. D&rsquo;autres, en revanche, couraient pour prendre la faux. Mais certains, une fois arriv\u00e9s l\u00e0, restaient oisifs. D&rsquo;autres utilisaient la faux en la tenant \u00e0 l&rsquo;envers et parmi eux Molino. Ce sont ceux qui font le contraire de ce qu&rsquo;ils doivent faire. Il y avait parmi eux, et j&rsquo;en comptais beaucoup, qui s&rsquo;\u00e9loignaient pour aller ramasser des lambrusques : ce sont ceux qui perdent leur temps en des choses \u00e9trang\u00e8res \u00e0 leur minist\u00e8re.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant que je contemplais ce qui se passait dans le champ de bl\u00e9, je voyais l&rsquo;autre groupe de jeunes qui b\u00eachaient, offrant lui aussi un spectacle singulier. La plupart de ces jeunes robustes travaillaient de toute leur force, mais il ne manquait pas les n\u00e9gligents. Certains man\u0153uvraient la houe \u00e0 l&rsquo;envers ; d&rsquo;autres frappaient les mottes, mais la houe \u00e9tait toujours hors de terre ; \u00e0 certains, \u00e0 chaque coup de houe, le fer \u00e9chappait du manche. Le manche signifie la bonne intention.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce que j&rsquo;observai alors, c&rsquo;est que certains, qui sont maintenant apprentis, \u00e9taient sur le champ de bl\u00e9 qu&rsquo;ils moissonnaient, et d&rsquo;autres qui \u00e9tudient maintenant, \u00e9taient l\u00e0 \u00e0 b\u00eacher. J&rsquo;essayai \u00e0 nouveau de prendre note de chaque d\u00e9tail, mais mon interpr\u00e8te me montrait toujours son carnet et m&#8217;emp\u00eachait d&rsquo;\u00e9crire.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En m\u00eame temps, je voyais un tr\u00e8s grand nombre de jeunes qui \u00e9taient l\u00e0 sans rien faire, ne sachant se d\u00e9terminer s&rsquo;ils devaient se mettre \u00e0 moissonner ou \u00e0 b\u00eacher. Les deux Dalmazzo, Gariglio Primo, Monasterolo avec beaucoup d&rsquo;autres regardaient mais \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 prendre une d\u00e9cision.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Continuant \u00e0 observer, je distinguai parmi ceux qui sortaient du milieu de ceux qui b\u00eachaient, ceux qui voulaient aller moissonner. L&rsquo;un courut dans le champ de bl\u00e9 si imprudemment qu&rsquo;il ne pensa pas \u00e0 se procurer d&rsquo;abord une faux. Rougissant de cette pr\u00e9cipitation stupide, il retourna en arri\u00e8re pour en demander une. Celui qui les distribuait ne voulait pas lui en donner et il la r\u00e9clamait :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce n&rsquo;est pas encore le moment, lui dit le distributeur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Si, c&rsquo;est le moment, je la veux.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, va d&rsquo;abord prendre deux fleurs dans ce jardin.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah ! s&rsquo;exclama le pr\u00e9somptueux en haussant les \u00e9paules, j&rsquo;irai prendre des fleurs tant qu&rsquo;on en voudra.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, seulement deux.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il courut aussit\u00f4t, mais quand il fut dans le jardin, il pensa qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas demand\u00e9 quelles fleurs il devait prendre, et il se h\u00e2ta de refaire le chemin.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tu prendras, lui fut r\u00e9pondu, la fleur de la charit\u00e9 et la fleur de l&rsquo;humilit\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je les ai d\u00e9j\u00e0.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tu les as par pr\u00e9somption, mais en r\u00e9alit\u00e9, tu ne les as pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et ce jeune se disputait, s&rsquo;\u00e9nervait, sautait de col\u00e8re tout agit\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce n&rsquo;est plus le temps maintenant de se mettre en col\u00e8re, lui dit le distributeur, lui refusant r\u00e9solument la faux. Et celui-ci se mordait les poings de rage.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au vu de ce dernier spectacle, je d\u00e9tournai les yeux un instant de la lentille, qui m\u2019avait appris tant de choses, \u00e9mu aussi par les applications morales qui m&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9es par mon ami. Voulant encore le prier de me donner quelques explications, il me r\u00e9p\u00e9ta :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Le champ de bl\u00e9 signifie l&rsquo;\u00c9glise\u00a0; la moisson, le fruit r\u00e9colt\u00e9\u00a0; la faux est le symbole des moyens pour faire du fruit et sp\u00e9cialement la parole de Dieu\u00a0; la faux sans fil est le manque de pi\u00e9t\u00e9\u00a0; sans pointe, c\u2019est le manque d&rsquo;humilit\u00e9\u00a0; sortir du champ en moissonnant signifie abandonner l&rsquo;Oratoire et la Pieuse Soci\u00e9t\u00e9.<br><br><strong>Troisi\u00e8me partie<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La soir\u00e9e du 4 mai, Don Bosco arrivait \u00e0 la conclusion de son r\u00eave. Dans le premier tableau, il avait vu l&rsquo;Oratoire avec ses \u00e9l\u00e8ves, en particulier les \u00e9tudiants ; dans le second, ceux qui \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat eccl\u00e9siastique. Nous sommes maintenant au troisi\u00e8me tableau dans lequel, \u00e0 travers des visions successives, apparaissaient ceux qui, en cette ann\u00e9e 1861, \u00e9taient inscrits \u00e0 la Pieuse Soci\u00e9t\u00e9 de Saint Fran\u00e7ois de Sales, avec une vue sur le d\u00e9veloppement prodigieux de celle-ci, et avec la disparition progressive des premiers Sal\u00e9siens, auxquels succ\u00e9daient les continuateurs de leur \u0152uvre.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco parla ainsi.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s avoir consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 mon aise la sc\u00e8ne de la moisson riche de tant de vari\u00e9t\u00e9s, cet aimable inconnu me commanda :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Maintenant fais tourner la roue dix fois\u00a0; compte et puis regarde.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me mis \u00e0 faire tourner la roue et, apr\u00e8s avoir compl\u00e9t\u00e9 le dixi\u00e8me tour, je regardai. Et voil\u00e0 que je vis tous ces jeunes, que je me rappelais avoir caress\u00e9s quelques jours auparavant, appara\u00eetre en adultes, d&rsquo;apparence virile, certains avec une longue barbe, d&rsquo;autres avec des cheveux grisonnants.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais comment cela se fait-il\u00a0? demandai-je. L&rsquo;autre jour celui-l\u00e0 \u00e9tait un enfant et on pouvait presque encore le porter dans les bras, et maintenant il est d\u00e9j\u00e0 si grand ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;ami me r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C&rsquo;est naturel, combien de tours as-tu compt\u00e9s ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Dix.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Eh bien\u00a0: 61 et 71. Ils comptent d\u00e9j\u00e0 tous dix ans de plus.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah, j&rsquo;ai compris\u00a0! Et j&rsquo;observai au fond de la lentille des panoramas inconnus, des maisons nouvelles qui nous appartenaient et de nombreux jeunes \u00e9l\u00e8ves sous la direction de mes chers fils de l&rsquo;Oratoire, d\u00e9j\u00e0 pr\u00eatres, enseignants et directeurs qui les instruisaient et ensuite les faisaient s&rsquo;amuser.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Fais encore dix tours, me dit le personnage, et nous serons en 1881. Je pris la manivelle et la roue fit dix autres tours. Je regardai et voil\u00e0 que je vis \u00e0 peine la moiti\u00e9 des jeunes que j\u2019avais vus la premi\u00e8re fois, presque tous avec des cheveux gris et certains un peu courb\u00e9s.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et les autres, o\u00f9 sont-ils ? demandai-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ils sont d\u00e9j\u00e0, me fut-il r\u00e9pondu, dans le nombre de ceux qui ne sont plus.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette diminution si notable de mes jeunes me causa un vif chagrin, mais je restai consol\u00e9 en voyant aussi, comme dans un immense tableau, des pays nouveaux et des r\u00e9gions inconnues et une multitude de jeunes sous la garde et la direction de nouveaux ma\u00eetres qui d\u00e9pendaient encore de mes anciens jeunes, dont certains avaient atteint l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis je donnai encore dix tours \u00e0 la roue, et voil\u00e0 que je ne vis plus qu&rsquo;un quart des jeunes que j\u2019avais vus quelques instants auparavant, plus vieux avec la barbe et les cheveux blancs.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et tous les autres ? demandai-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ils sont d\u00e9j\u00e0 dans le nombre de ceux qui ne sont plus. Nous sommes en 1891.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et voil\u00e0 qu&rsquo;une autre sc\u00e8ne \u00e9mouvante se produisit sous mes yeux. Mes fils pr\u00eatres, us\u00e9s par les fatigues, \u00e9taient entour\u00e9s d&rsquo;enfants que je n&rsquo;avais jamais vus, et beaucoup \u00e9taient de peau et de couleur diff\u00e9rentes de celle des habitants de nos pays.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je fis encore dix fois tourner la roue et je vis seulement un tiers de mes premiers jeunes, d\u00e9j\u00e0 vieux, courb\u00e9s, d\u00e9figur\u00e9s, maigrichons, en fin de vie. Parmi eux, je me souviens d&rsquo;avoir vu Don Rua si vieux et si ch\u00e9tif qu&rsquo;on ne pouvait plus le reconna\u00eetre tant il avait chang\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et tous les autres ? demandai-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ils sont d\u00e9j\u00e0 du nombre de ceux qui ne sont plus. Nous sommes en 1901.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans beaucoup de maisons, je ne reconnus plus personne de nos anciens, mais des directeurs et des ma\u00eetres que je n&rsquo;avais jamais vus et une multitude toujours plus nombreuse de jeunes, de maisons, de personnels dirigeants merveilleusement accrus.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Maintenant, continua \u00e0 me dire mon aimable interpr\u00e8te, tu feras encore dix tours et tu verras des choses qui te consoleront et des choses qui te tourmenteront.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je fis encore dix tours.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voici 1911 ! s&rsquo;exclama cet ami myst\u00e9rieux. Ah ! mes chers jeunes ! je vis des maisons nouvelles, des jeunes nouveaux, des directeurs et des ma\u00eetres avec des v\u00eatements et des costumes nouveaux.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et qu\u2019en est-il de mes amis de l&rsquo;Oratoire de Turin ? Je cherchai sans arr\u00eat au milieu de cette multitude de jeunes, et je n&rsquo;en reconnus plus qu&rsquo;un seul de vous autres, grisonnant et tombant sous le poids des ann\u00e9es, entour\u00e9 d&rsquo;une belle couronne d&rsquo;enfants auxquels il racontait les d\u00e9buts de notre Oratoire et leur rappelait et r\u00e9p\u00e9tait les choses apprises de Don Bosco ; et il montrait son portrait accroch\u00e9 aux murs de leur parloir. Et les autres anciens \u00e9l\u00e8ves, les sup\u00e9rieurs des maisons, que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 vus vieux ?&#8230;<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s un nouveau signe, je pris la manivelle et tournai plusieurs fois. Je ne vis qu&rsquo;une vaste solitude sans \u00e2me qui vive.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh ! m&rsquo;exclamai-je, je ne vois plus personne de mes amis ! Et o\u00f9 donc sont maintenant tous les jeunes qui furent accueillis par moi, si joyeux, vifs et robustes, et qui se trouvent actuellement avec moi \u00e0 l&rsquo;Oratoire ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ils sont du nombre de ceux qui furent. Sache que dix ans se sont \u00e9coul\u00e9s \u00e0 chaque dixi\u00e8me tour de roue.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je comptai alors combien de fois j&rsquo;avais fait faire dix tours \u00e0 la roue et il en r\u00e9sulta qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9 cinquante ans et qu&rsquo;autour de 1911, tous les jeunes actuels de l&rsquo;Oratoire seraient d\u00e9j\u00e0 morts.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et maintenant veux-tu encore voir quelque chose de surprenant ? me dit cet homme bienveillant.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oui, r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Alors fais attention si tu veux voir et en savoir plus. Fais tourner la roue dans le sens inverse, en comptant autant de tours que tu en as donn\u00e9s auparavant.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La roue tourna.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Maintenant regarde, me dit-on.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je regardai, et voil\u00e0 que j&rsquo;eus devant moi une quantit\u00e9 immense de jeunes, tous nouveaux, d&rsquo;une infinie vari\u00e9t\u00e9 de costumes, de pays, de traits et de langages, si bien que, malgr\u00e9 tous mes efforts, je ne pus distinguer qu&rsquo;une minime partie avec leurs sup\u00e9rieurs, directeurs, ma\u00eetres et assistants.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ceux-ci me sont compl\u00e8tement inconnus, dis-je \u00e0 mon guide.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et pourtant, me dit-on, ce sont tous tes fils. \u00c9coute-les parler de toi et de tes anciens fils et de leurs sup\u00e9rieurs qui ne sont plus depuis longtemps ; ils se rappellent les enseignements re\u00e7us de toi et d&rsquo;eux.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je regardai encore avec attention. Mais lorsque je levai le visage de la lentille, la roue se mit \u00e0 tourner d&rsquo;elle-m\u00eame avec tant de rapidit\u00e9 et de fracas, que je me r\u00e9veillai en me retrouvant dans mon lit, \u00e9puis\u00e9, comme mort.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Maintenant que je vous ai racont\u00e9 toutes ces choses, vous penserez : qui sait, Don Bosco est un homme extraordinaire, quelqu\u2019un de grand, un saint s\u00fbrement ! Mes chers jeunes ! Pour \u00e9viter des jugements sots sur moi, je vous laisse \u00e0 tous pleine libert\u00e9 de croire ou de ne pas croire ces choses, de leur donner plus ou moins d&rsquo;importance. Je recommande seulement de ne rien tourner en d\u00e9rision, que ce soit avec les camarades ou avec les \u00e9trangers. Je pense cependant qu&rsquo;il est bon de vous dire que le Seigneur a de nombreux moyens pour manifester aux hommes sa volont\u00e9. Parfois, il se sert des instruments les plus inadapt\u00e9s et indignes, comme il se servit de l&rsquo;\u00e2nesse de Balaam en la faisant parler, et de Balaam, faux proph\u00e8te, qui fit de nombreuses pr\u00e9dictions concernant le Messie. Par cons\u00e9quent, il peut en \u00eatre de m\u00eame pour moi. Je vous dis donc de ne pas regarder mes actions pour guider les v\u00f4tres. La seule chose que vous devez faire, c&rsquo;est de pr\u00eater attention \u00e0 ce que je dis, car cela, du moins je l&rsquo;esp\u00e8re, sera toujours la volont\u00e9 de Dieu, et profitera aux \u00e2mes. En ce qui concerne ce que je fais, ne dites jamais : c&rsquo;est Don Bosco qui l&rsquo;a fait, donc c&rsquo;est bien. Non. Observez d&rsquo;abord ce que je fais ; si vous voyez que c&rsquo;est bon, imitez-le ; si par hasard vous me voyez faire quelque chose de mal, prenez garde de l&rsquo;imiter, laissez-le comme mal fait.<br><em>(MB VI, 898-916)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le c\u0153ur du sage conna\u00eet le moment (d&rsquo;agir) et la mani\u00e8re de r\u00e9pondre (pour rendre&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":35415,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":30,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1716,2563,2634,2554,1764,2580,1818,2049,1698,1968,1956,1962,2616],"class_list":["post-35422","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-charite","tag-conciles","tag-dieu","tag-don-bosco","tag-evenement","tag-grace","tag-jeunes","tag-providence","tag-saints","tag-salesiens","tag-salut","tag-temoins"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35422","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35422"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35422\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/35415"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35422"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35422"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35422"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}