{"id":34957,"date":"2025-02-02T20:19:03","date_gmt":"2025-02-02T20:19:03","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=34957"},"modified":"2025-02-02T20:20:32","modified_gmt":"2025-02-02T20:20:32","slug":"une-marche-des-jeunes-vers-le-paradis-1861","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/une-marche-des-jeunes-vers-le-paradis-1861\/","title":{"rendered":"Une marche des jeunes vers le Paradis (1861)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Passons maintenant au r\u00e9cit d&rsquo;un autre beau r\u00eave que Don Bosco a fait dans les nuits des 3, 4 et 5 avril 1861. \u00ab\u00a0Diverses circonstances qu\u2019on admire dans celui-ci, \u00e9crit Don Bonetti, convaincront suffisamment le lecteur qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un de ces r\u00eaves que le Seigneur se pla\u00eet de temps en temps \u00e0 envoyer \u00e0 ses fid\u00e8les serviteurs.\u00a0\u00bb Don Bonetti et Don Ruffino l&rsquo;ont d\u00e9crit minutieusement, tel que nous l\u2019exposons ici.<br><\/em><br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le soir du 7 avril, apr\u00e8s la pri\u00e8re, Don Bosco monta sur la petite estrade pour adresser quelques bonnes paroles \u00e0 ses jeunes. Il commen\u00e7a ainsi :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J&rsquo;ai quelque chose de tr\u00e8s curieux \u00e0 vous raconter. Je veux vous parler d&rsquo;un r\u00eave. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un r\u00eave et donc pas d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9. Je vous en avertis pour que vous ne lui donniez pas plus de valeur qu&rsquo;il n&rsquo;en m\u00e9rite. Avant de vous le raconter, je dois faire quelques remarques. Je vous dis tout, comme je souhaite que vous me disiez tout. Pour vous, je n&rsquo;ai pas de secret ; mais je veux que ce qui est dit ici ne se r\u00e9pande pas \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur ; que ce soit dit et que cela reste seulement entre nous. Non que ce soit un p\u00e9ch\u00e9 de le dire \u00e0 des \u00e9trangers, mais il vaut mieux qu\u2019il ne franchisse pas le seuil de cette maison. Parlez-en entre vous, riez, plaisantez sur ce que je vais vous dire, autant que vous voudrez, et aussi, mais seulement avec quelques personnes dont vous pensez qu&rsquo;elles tireront quelque profit de vos confidences, et avec qui vous jugerez qu&rsquo;il est convenable d\u2019en parler. Le r\u00eave est divis\u00e9 en trois parties : il a \u00e9t\u00e9 fait au cours de trois nuits cons\u00e9cutives et, par cons\u00e9quent, je vous en raconte une partie ce soir et les deux autres parties au cours des soir\u00e9es suivantes. Ce qui m&rsquo;a beaucoup \u00e9tonn\u00e9, c&rsquo;est que j&rsquo;ai repris le r\u00eave, la deuxi\u00e8me et la troisi\u00e8me nuit, au m\u00eame point o\u00f9 je l&rsquo;avais interrompu la veille au moment du r\u00e9veil.<br><br><br><strong>PREMI\u00c8RE PARTIE<br><\/strong><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les r\u00eaves se font pendant le sommeil, et donc je dormais. Quelques jours auparavant, j&rsquo;\u00e9tais sorti de Turin en passant pr\u00e8s des collines de Moncalieri. La vue de ces collines, d\u00e9j\u00e0 bien verdoyantes, m&rsquo;est rest\u00e9e en m\u00e9moire. Il se peut donc que les nuits suivantes, pendant mon sommeil, ce spectacle d\u00e9licieux me soit revenu \u00e0 l&rsquo;esprit, et que, faisant travailler mon imagination, j\u2019aie eu envie de faire me promenade. En fait, c&rsquo;est en r\u00eavant que j&rsquo;ai pens\u00e9 faire une promenade. Il me semblait que j&rsquo;\u00e9tais au milieu de mes jeunes, dans une plaine. Devant mes yeux s&rsquo;\u00e9levait une haute et vaste colline. Nous \u00e9tions tous immobiles, quand soudain je proposai aux jeunes :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; On va faire une belle promenade ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Allons-y !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais o\u00f9 ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous nous sommes regard\u00e9s en face, nous avons r\u00e9fl\u00e9chi, et puis, bizarrement, l&rsquo;un d&rsquo;eux a commenc\u00e9 \u00e0 dire :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; On va au paradis ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oui, oui, allons au paradis, criaient les uns.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oui, oui, allons faire une belle promenade au paradis, r\u00e9pondirent les autres.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tr\u00e8s bien, tr\u00e8s bien, allons-y, cri\u00e8rent-ils tous d&rsquo;un commun accord.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous \u00e9tions dans une plaine, et apr\u00e8s avoir march\u00e9 un peu, nous nous sommes retrouv\u00e9s au pied de la colline. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 la gravir. Mais quel spectacle admirable ! Aussi loin que notre regard se portait, la pente de cette longue colline \u00e9tait toute couverte d\u2019arbres de toutes sortes, tendres et bas, robustes et hauts, mais pas plus gros qu\u2019un bras. Il y avait des poiriers, des pommiers, des cerisiers, des pruniers, des vignes, etc. etc. Mais ce qui est singulier, c&rsquo;est que sur la m\u00eame plante, on pouvait voir des fleurs qui commen\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;\u00e9panouir, et des fleurs compl\u00e8tement form\u00e9es aux couleurs magnifiques, des petits fruits encore verts et des gros fruits m\u00fbrs. Ainsi, sur chacune de ces plantes, il y avait tout ce qu&rsquo;il y a de beau au printemps, en \u00e9t\u00e9 et en automne. Les fruits \u00e9taient si abondants que les arbres semblaient ne pas pouvoir les porter.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les jeunes venaient vers moi et me demandaient curieusement une explication, parce qu&rsquo;ils ne pouvaient pas expliquer un tel miracle. Je me souviens que, pour les satisfaire de quelque mani\u00e8re, je leur donnais cette r\u00e9ponse :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Le paradis n&rsquo;est pas comme notre terre, o\u00f9 les temp\u00e9ratures et les saisons changent. Au paradis il n&rsquo;y a pas de changements, la temp\u00e9rature est toujours la m\u00eame, tr\u00e8s douce, propice \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation de chaque plante. Il recueille en lui et dans le m\u00eame temps tout ce que qu\u2019il y a de beau et de bon dans les diff\u00e9rentes saisons de l&rsquo;ann\u00e9e.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous sommes rest\u00e9s en extase en observant ce jardin enchanteur. L\u2019air \u00e9tait tr\u00e8s doux, il r\u00e9gnait dans l&rsquo;atmosph\u00e8re un calme, une chaleur, une douceur de parfums, qui nous p\u00e9n\u00e9traient tous et nous persuadaient que c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;endroit id\u00e9al pour toutes sortes de fruits. Les jeunes cueillaient les fruits, les uns une pomme, les autres une poire, d\u2019autres encore une cerise ou une grappe de raisin, et c&rsquo;est ainsi que tous ensemble nous gravissions lentement cette colline. Lorsque nous arriv\u00e2mes au sommet, nous pensions \u00eatre au paradis, mais nous en \u00e9tions encore bien loin. Du sommet on voyait, au-del\u00e0 d&rsquo;une grande plaine et au milieu d&rsquo;un vaste plateau, une tr\u00e8s haute montagne qui touchait les nuages. Nombreux \u00e9taient ceux qui l&rsquo;escaladaient avec difficult\u00e9 mais avec beaucoup d&#8217;empressement, et au sommet il y avait UN qui invitait les grimpeurs et leur donnait du courage. Nous en avons vu \u00e9galement qui descendaient du sommet jusqu&rsquo;en bas et venaient aider ceux qui \u00e9taient trop fatigu\u00e9s pour se frayer un chemin dans ces dangereux escarpements. Ceux qui atteignaient finalement leur destination \u00e9taient accueillis avec un air de f\u00eate et une grande jubilation. C\u2019est alors que nous avons tous r\u00e9alis\u00e9 que le paradis se trouvait l\u00e0, et en descendant vers le plateau, nous nous sommes dirig\u00e9s vers cette montagne pour la voir et l&rsquo;escalader \u00e0 notre tour. Nous avions d\u00e9j\u00e0 parcouru une bonne partie du chemin. Beaucoup de jeunes couraient, afin d&rsquo;arriver plus t\u00f4t, loin devant leurs camarades.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Surprise\u00a0! Avant d&rsquo;arriver au pied de la montagne, il y avait sur ce plateau un grand lac, comme de l&rsquo;Oratoire \u00e0 Piazza Castello. Sur les bords du lac gisaient des troncs de mains, de pieds, de bras, de jambes, des cr\u00e2nes fendus, des corps \u00e9cartel\u00e9s et d&rsquo;autres membres lac\u00e9r\u00e9s. Mis\u00e9rable spectacle d&rsquo;horreur ! On aurait dit qu&rsquo;une bataille sanglante s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e ici. Les jeunes arriv\u00e9s les premiers s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent, horrifi\u00e9s. Quant \u00e0 moi, qui \u00e9tais encore loin et n&rsquo;avais rien remarqu\u00e9, voyant leurs gestes de stupeur et qu&rsquo;ils n\u2019avan\u00e7aient plus et \u00e9taient profond\u00e9ment m\u00e9lancoliques, je m\u2019\u00e9criai :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pourquoi cette tristesse ? Qu&rsquo;est-ce qu\u2019il y a ? Continuez, allez de l\u2019avant !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quoi\u00a0? aller de l\u2019avant\u00a0? Venez, venez voir, me r\u00e9pondirent-ils.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je h\u00e2tai le pas et j&rsquo;ai vu ! Tous les autres jeunes arriv\u00e9s \u00e0 leur tour, si joyeux quelques instants auparavant, \u00e9taient devenus silencieux et m\u00e9lancoliques. Je me tenais sur les rives du lac myst\u00e9rieux et j\u2019observais : personne ne pouvait passer. En face, au bord du lac, on pouvait lire un \u00e9criteau en grosses lettres : <em>Per sanguinem<\/em> (par le sang).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les jeunes se demand\u00e8rent l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Que signifie ce spectacle ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;interrogeai alors UN dont je ne me souviens plus qui il \u00e9tait, qui me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voici le sang vers\u00e9 par ceux, et ils sont nombreux, qui ont d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9 le sommet de la montagne et sont all\u00e9s au paradis. Ce sang est celui des martyrs ! C\u2019est le sang de J\u00e9sus-Christ dans lequel ont \u00e9t\u00e9 baign\u00e9s les corps de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s en t\u00e9moignage de leur foi. Personne ne peut aller au paradis sans passer par ce sang et en \u00eatre asperg\u00e9. Ce sang est celui qui d\u00e9fend la Sainte Montagne, figure de l&rsquo;\u00c9glise catholique. Quiconque tente de l&rsquo;attaquer mourra noy\u00e9. Toutes ces mains et ces pieds coup\u00e9s, ces cr\u00e2nes \u00e9cras\u00e9s, ces membres bris\u00e9s \u00e9parpill\u00e9s sur ces rivages, ce sont les restes mis\u00e9rables de tous les ennemis qui ont voulu combattre l&rsquo;\u00c9glise. Tous ont \u00e9t\u00e9 mis en pi\u00e8ces ! Tous ont p\u00e9ri dans ce lac ! \u2013 En parlant, le myst\u00e9rieux jeune homme avait nomm\u00e9 de nombreux martyrs, parmi lesquels il avait \u00e9galement \u00e9num\u00e9r\u00e9 les soldats du pape qui \u00e9taient tomb\u00e9s sur le champ de bataille pour la d\u00e9fense de son domaine temporel.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cela dit, il nous montra sur notre droite, vers l&rsquo;Est, tout au fond, une immense vall\u00e9e beaucoup plus grande, quatre ou cinq fois au moins, que le lac de sang. Puis il ajouta :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voyez-vous cette vall\u00e9e l\u00e0-bas ? Sachez qu&rsquo;on mettra l\u00e0 le sang de ceux qui devront gravir cette montagne par ce chemin, le sang des justes, de ceux qui mourront pour la foi dans les temps \u00e0 venir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je redonnai courage aux jeunes, qui \u00e9taient \u00e9tonn\u00e9s de ce qu&rsquo;ils voyaient et de ce qu&rsquo;on leur annon\u00e7ait, en leur disant : &#8211; Si nous devions mourir martyrs, notre sang serait d\u00e9pos\u00e9 dans cette vall\u00e9e, mais nos membres ne seraient jamais jet\u00e9s avec ceux qui se trouvaient l\u00e0.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis nous avons poursuivi notre route et, contournant ces rives, nous avions \u00e0 notre gauche le sommet de la colline par laquelle nous \u00e9tions venus, et \u00e0 notre droite le lac et la montagne. \u00c0 un certain endroit o\u00f9 s\u2019arr\u00eatait le lac de sang, il y avait un terrain parsem\u00e9 de ch\u00eanes, de lauriers, de palmiers et d&rsquo;autres arbres. Nous nous y engage\u00e2mes pour voir si nous pouvions nous approcher de la montagne. Mais l\u00e0, un autre spectacle s&rsquo;offrit \u00e0 nous. Un deuxi\u00e8me grand lac rempli d&rsquo;eau, avec \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;autres membres tronqu\u00e9s et coup\u00e9s en quatre. Sur la rive \u00e9tait \u00e9crit en lettres capitales : <em>Per aquam<\/em> (par l&rsquo;eau).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous nous sommes \u00e0 nouveau interrog\u00e9s :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Qu&rsquo;est-ce que ce n&rsquo;est pas ? Qui nous donnera l&rsquo;explication de cet autre myst\u00e8re ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Dans ce lac, nous dit UN, se trouve l&rsquo;eau qui est sortie du c\u00f4t\u00e9 de J\u00e9sus-Christ\u00a0; bien qu&rsquo;en petite quantit\u00e9, elle a augment\u00e9, elle augmente continuellement et augmentera dans l&rsquo;avenir. C&rsquo;est l&rsquo;eau du Saint Bapt\u00eame dans laquelle ont \u00e9t\u00e9 lav\u00e9s et purifi\u00e9s ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9s sur cette montagne, et par laquelle doivent \u00eatre baptis\u00e9s et purifi\u00e9s ceux qui doivent y monter dans l\u2019avenir. C&rsquo;est dans cette eau que doivent \u00eatre baign\u00e9s tous ceux qui veulent aller au paradis. On y monte ou par l&rsquo;innocence, ou par la p\u00e9nitence. Personne ne peut \u00eatre sauv\u00e9 sans \u00eatre baign\u00e9 de cette eau.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis, \u00e0 propos de ce massacre, il continua :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Les membres des morts appartiennent \u00e0 ceux de ceux qui ont attaqu\u00e9 l&rsquo;\u00c9glise \u00e0 notre \u00e9poque.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Entre-temps, nous v\u00eemes beaucoup de gens, et m\u00eame certains de nos jeunes gens, qui marchaient sur l&rsquo;eau avec une rapidit\u00e9 et une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 si extraordinaires qu&rsquo;ils touchaient \u00e0 peine l&rsquo;eau du bout de leurs pieds sans se mouiller, et passaient de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous \u00e9tions \u00e9tonn\u00e9s par ce prodige, mais on nous dit : Ceux-l\u00e0, ce sont les justes, car l&rsquo;\u00e2me des saints, lorsqu&rsquo;elle est lib\u00e9r\u00e9e de la prison du corps, et aussi le corps lorsqu&rsquo;il est glorifi\u00e9, non seulement marche avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et rapidit\u00e9 sur l&rsquo;eau, mais vole dans l&rsquo;air.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tous les jeunes d\u00e9siraient alors courir sur les eaux de ce lac, comme l&rsquo;avaient fait ceux qu&rsquo;ils avaient vus. Ils se tourn\u00e8rent vers moi, comme pour m&rsquo;interroger du regard, mais aucun n&rsquo;osa. Je leur dis :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Pour ma part, je n&rsquo;ose pas ; c&rsquo;est une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 de se croire vertueux au point de pouvoir passer sur ces eaux sans tomber dedans.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tous s&rsquo;exclam\u00e8rent alors :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Si vous n&rsquo;osez pas, \u00e0 plus forte raison nous n&rsquo;oserons pas non plus !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous continu\u00e2mes \u00e0 avancer, en tournant toujours autour de la montagne, et nous arriv\u00e2mes \u00e0 un troisi\u00e8me lac, aussi vaste que le premier, plein de feu, et dans lequel il y avait encore plus de membres humains bris\u00e9s et coup\u00e9s. Sur la rive oppos\u00e9e, il \u00e9tait \u00e9crit : <em>Per ignem<\/em> (par le feu). Pendant que nous regardions cette plaine de flammes, le personnage nous dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ici, il y a le feu de la charit\u00e9 de Dieu et des saints, les flammes de l&rsquo;amour et du d\u00e9sir par lesquelles doivent passer ceux qui ne sont pas pass\u00e9s par le sang et par l&rsquo;eau. C&rsquo;est aussi le feu par lequel les corps de tant de martyrs ont \u00e9t\u00e9 tourment\u00e9s et consum\u00e9s par les tyrans. Nombreux sont ceux qui ont d\u00fb passer par ce chemin pour gravir cette montagne. Ces flammes serviront \u00e0 br\u00fbler leurs ennemis. &#8211; Pour la troisi\u00e8me fois, nous avons vu les ennemis du Seigneur \u00e9cras\u00e9s sur le terrain de leurs d\u00e9faites !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous nous h\u00e2tons de continuer et au-del\u00e0 de ce lac, il y en avait un autre en forme de grand amphith\u00e9\u00e2tre qui pr\u00e9sentait un spectacle encore plus terrible. Il \u00e9tait rempli de b\u00eates f\u00e9roces\u00a0: loups, ours, tigres, lions, panth\u00e8res, serpents, chiens, chats et bien d&rsquo;autres monstres aux m\u00e2choires grandes ouvertes pour d\u00e9vorer quiconque s&rsquo;approcherait. Nous avons vu des gens marcher sur leurs t\u00eates. Des jeunes se sont mis \u00e0 courir et marchaient eux aussi sans crainte sur les t\u00eates effrayantes de ces b\u00eates, sans \u00eatre bless\u00e9s le moins du monde. J&rsquo;ai voulu les rappeler et j&rsquo;ai cri\u00e9 de toutes mes forces :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, par piti\u00e9 ! Arr\u00eatez ! N&rsquo;avancez pas ! Ne voyez-vous pas qu&rsquo;ils sont l\u00e0, pr\u00eats \u00e0 vous d\u00e9chiqueter et \u00e0 vous d\u00e9vorer ? &#8211; Mais ma voix n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 entendue, et ils ont continu\u00e9 \u00e0 marcher sur les dents et sur les t\u00eates de ces animaux, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de l&rsquo;endroit le plus s\u00fbr du monde. C\u2019est alors que mon <em>interpr\u00e8te habituel<\/em> me dit : Ces b\u00eates, ce sont les d\u00e9mons, les dangers et les complots du monde ; ceux qui les traversent impun\u00e9ment sont les \u00e2mes justes, ce sont les innocents. Ne sais-tu pas qu&rsquo;il est \u00e9crit : <em>Super aspidem et basiliscum ambulabunt et conculcabunt leonem et draconem<\/em> (Tu pi\u00e9tineras les lions et les vip\u00e8res, tu \u00e9craseras les lions et les dragons, Ps 90,13)\u00a0? David a parl\u00e9 de telles \u00e2mes. Et dans l&rsquo;\u00c9vangile, on lit ceci : <em>Ecce dedi vobis potestatem calcandi supra serpentes et scorpiones, et super omnem virtutem inimici, et nihil vobis nocebit <\/em>(Voici que je vous ai donn\u00e9 le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions et sur toute la puissance de l&rsquo;ennemi\u00a0; rien ne vous fera de mal, Lc 10,19).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous nous demandions :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Comment allons-nous faire pour passer ? Allons-nous aussi marcher sur ces horribles t\u00eates ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Si, si, venez, allons, me dit quelqu&rsquo;un.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh ! je ne me sens pas le courage, r\u00e9pondis-je\u00a0; il est pr\u00e9somptueux de nous supposer assez justes pour marcher sains et saufs sur les t\u00eates de ces monstres f\u00e9roces. Allez-y si vous voulez, moi je n&rsquo;irai pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et les jeunes r\u00e9p\u00e9taient :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh ! si vous n\u2019avez pas ce courage, nous encore moins !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En nous \u00e9loignant du lac des b\u00eates, nous v\u00eemes un vaste terrain tout plein de gens. Mais parmi eux, certains \u00e9taient, ou avaient l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre, sans nez, d&rsquo;autres sans oreilles, d&rsquo;autres encore avaient la t\u00eate coup\u00e9e ; certains manquaient de bras, d&rsquo;autres de jambes, ceux-ci \u00e9taient sans mains, ceux-l\u00e0 sans pieds. Certains n&rsquo;avaient plus de langue, d&rsquo;autres avaient les yeux arrach\u00e9s. Les jeunes \u00e9taient stup\u00e9faits de voir tous ces gens si ab\u00eem\u00e9s, quand UN nous dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce sont les amis de Dieu, ce sont ceux qui, pour se sauver, ont mortifi\u00e9 leurs sens, leurs oreilles, leurs yeux, leur langue, et qui ont fait ainsi beaucoup de bonnes \u0153uvres. Beaucoup ont perdu des parties de leur corps en raison de leurs grandes p\u00e9nitences ou en travaillant pour l&rsquo;amour de Dieu et du prochain. Ceux qui ont la t\u00eate coup\u00e9e, ce sont ceux qui se consacrent au Seigneur d&rsquo;une mani\u00e8re particuli\u00e8re.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant toutes ces consid\u00e9rations, nous v\u00eemes que beaucoup de ceux qui avaient travers\u00e9 les lacs \u00e9taient en train de gravir la montagne, et on nous montrait au sommet ceux qui donnaient la main \u00e0 ceux qui montaient ; ils frappaient dans leurs mains et disaient :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bravo ! Tr\u00e8s bien\u00a0! \u2013 En entendant ces applaudissements et ces cris, je me suis r\u00e9veill\u00e9 et j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais dans mon lit. Telle est la premi\u00e8re partie du r\u00eave, c&rsquo;est-\u00e0-dire la premi\u00e8re nuit.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le soir du 8 avril, Don Bosco se pr\u00e9senta aux jeunes d\u00e9sireux d&rsquo;entendre la suite du r\u00eave. Avant de commencer, il renouvela l\u2019interdiction de mettre les mains les uns sur les autres\u00a0; il leur interdit \u00e9galement de quitter leur place dans la salle d&rsquo;\u00e9tude et de se promener \u00e7\u00e0 et l\u00e0 d&rsquo;une table \u00e0 l&rsquo;autre. Il ajouta :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ceux qui doivent quitter l&rsquo;\u00e9tude pour quelque raison que ce soit doivent toujours demander la permission au responsable. &#8211; Les jeunes \u00e9taient impatients et Don Bosco sourit. Il jeta un coup d&rsquo;\u0153il autour de lui et, apr\u00e8s une courte pause, il poursuivit son r\u00e9cit.<br><br><br><strong>DEUXI\u00c8ME PARTIE<br><\/strong><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il ne faut pas oublier qu&rsquo;il y avait encore un grand lac \u00e0 remplir de sang, au fond d&rsquo;un vallon proche du premier lac. Ainsi, apr\u00e8s avoir vu toutes les curiosit\u00e9s d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crites, et apr\u00e8s avoir termin\u00e9 notre tour de ce vaste plateau, nous avons trouv\u00e9 un endroit libre pour passer, et nous avons avanc\u00e9, moi et tous mes jeunes, \u00e0 travers une vall\u00e9e qui, \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9, d\u00e9bouchait sur une grande place. Nous y sommes all\u00e9s. La place \u00e9tait large et spacieuse \u00e0 son entr\u00e9e, mais elle se r\u00e9tr\u00e9cissait peu \u00e0 peu, si bien qu&rsquo;au bout, pr\u00e8s de la montagne, elle se terminait par un chemin entre deux rochers, par lequel un seul homme pouvait \u00e0 peine passer. Cette place \u00e9tait pleine de gens heureux qui se divertissaient, mais ils se dirigeaient tous vers ce passage \u00e9troit qui menait \u00e0 la montagne. Nous nous sommes interrog\u00e9s :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Serait-ce l\u00e0 le chemin du paradis ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant ce temps, ceux qui \u00e9taient rassembl\u00e9s en ce lieu passaient l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre par ce chemin, et pour passer, ils devaient serrer leurs v\u00eatements et leurs membres, se faire tout petits, et d\u00e9poser, s&rsquo;ils en avaient, leurs baluchons ou autre chose. Cela suffit \u00e0 m&rsquo;assurer que c&rsquo;\u00e9tait le chemin du ciel, et il me vint \u00e0 l&rsquo;esprit que pour aller au ciel, il fallait non seulement se d\u00e9pouiller du p\u00e9ch\u00e9, mais aussi laisser derri\u00e8re soi toute pens\u00e9e, toute affection terrestre, selon ce que dit l&rsquo;Ap\u00f4tre : <em>Nil coinquinatum intrabit in ea<\/em> (Rien d&rsquo;impur n&rsquo;y entrera, Ap 21,27). Pendant une petite heure, nous sommes rest\u00e9s l\u00e0 \u00e0 regarder. Mais comme j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 b\u00eate ! Au lieu de tenter ce passage, nous voulions retourner voir ce qu&rsquo;il y avait derri\u00e8re cette place. Nous avions vu beaucoup de monde au loin et nous \u00e9tions anim\u00e9s d&rsquo;une vive curiosit\u00e9 pour voir ce qu&rsquo;ils faisaient. Nous nous sommes donc mis en marche \u00e0 travers une campagne tr\u00e8s \u00e9tendue dont la limite extr\u00eame ne pouvait \u00eatre atteinte \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il. L\u00e0, nous nous sommes trouv\u00e9s au milieu d&rsquo;un \u00e9trange spectacle. Nous avons vu des hommes et m\u00eame beaucoup de nos jeunes attel\u00e9s avec diverses sortes d&rsquo;animaux. Il y avait des jeunes attel\u00e9s avec des b\u0153ufs. Je me suis dit : &#8211; Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? &#8211; Il m&rsquo;est alors venu \u00e0 l&rsquo;esprit que le b\u0153uf est le symbole de la paresse et j&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de jeunes paresseux. Je les connaissais, je les voyais comme tels, inertes, lents dans l&rsquo;accomplissement de leurs devoirs, et je me disais : &#8211; Eh bien, reste l\u00e0 ! C\u2019est bien fait pour toi, tu ne veux jamais rien faire et alors reste l\u00e0 avec cet animal.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ensuite, j&rsquo;en ai vu d&rsquo;autres qui \u00e9taient attel\u00e9s avec des \u00e2nes. C\u2019\u00e9taient ceux qui \u00e9taient t\u00eatus, ils portaient des poids ou paissaient avec les \u00e2nes. Ce sont ceux qui ne voulaient pas se plier aux conseils ou aux ordres de leurs sup\u00e9rieurs. J&rsquo;en vis d&rsquo;autres attel\u00e9s avec des mules ou avec des chevaux et cela m&rsquo;a rappel\u00e9 ce que dit le Seigneur. <em>Factus est sicut equus et mulus quibus non est intellectus<\/em> (Ne soyez pas comme le cheval et comme le mulet d\u00e9pourvus d&rsquo;intelligence Ps 31,9). C&rsquo;\u00e9taient ceux qui ne veulent jamais penser aux choses de l&rsquo;\u00e2me, des malheureux sans cervelle !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;en ai vu d&rsquo;autres qui paissaient avec les porcs : ils fouillaient dans la crasse et dans la terre comme ces animaux immondes, et comme eux ils se roulaient dans la boue. Ce sont ceux qui ne font que brouter les choses terrestres, qui vivent dans de vilaines passions, qui s&rsquo;\u00e9loignent de leur P\u00e8re c\u00e9leste. Quel triste spectacle ! C&rsquo;est alors que m&rsquo;est venu \u00e0 l&rsquo;esprit ce que l&rsquo;\u00c9vangile dit du fils prodigue, r\u00e9duit \u00e0 cet \u00e9tat <em>luxuriose vivendo<\/em> (vivant dans la luxure).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis j&rsquo;ai vu beaucoup de gens et de jeunes avec des chats, des chiens, des coqs, des lapins, etc., etc., c&rsquo;est-\u00e0-dire les voleurs, les scandaleux, les vantards, les timides par respect humain, et ainsi de suite. Cette vari\u00e9t\u00e9 de sc\u00e8nes nous a permis de comprendre que cette grande vall\u00e9e \u00e9tait le monde. J&rsquo;ai bien regard\u00e9 tous ces jeunes, un par un ! De l\u00e0, nous avons march\u00e9 un peu plus loin vers une autre partie tr\u00e8s spacieuse de cette immense plaine. Le terrain s&rsquo;inclinait insensiblement, de sorte que nous descendions sans nous en apercevoir.<br>Nous v\u00eemes \u00e0 une certaine distance que le terrain semblait prendre l&rsquo;aspect d&rsquo;un jardin, et nous nous sommes dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Allons voir ce qu&rsquo;il y a l\u00e0.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Allons-y !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et nous avons commenc\u00e9 \u00e0 trouver de belles roses violettes.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh les belles roses ! oh les belles roses\u00a0! s&rsquo;\u00e9cri\u00e8rent les jeunes, et ils coururent les cueillir. Mais voil\u00e0, d\u00e8s qu&rsquo;ils les eurent entre les mains, ils s\u2019aper\u00e7urent qu&rsquo;elles sentaient mauvais. Ces roses, si belles et si rouges \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, \u00e9taient dess\u00e9ch\u00e9es \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Les jeunes \u00e9taient d\u00e9\u00e7us. Nous avons aussi vu des violettes, tr\u00e8s fra\u00eeches, qui semblaient sentir bon. Mais lorsque nous sommes all\u00e9s en cueillir quelques-unes pour en faire des petits bouquets, nous nous sommes aper\u00e7us qu&rsquo;elles \u00e9taient elles aussi toutes pourries et malodorantes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous avons continu\u00e9 et nous nous sommes retrouv\u00e9s au milieu d\u2019un verger merveilleux plein d\u2019arbres tellement charg\u00e9s de fruits que c&rsquo;\u00e9tait un plaisir de les voir. Les pommiers, surtout, avaient l&rsquo;air si charmants ! Un jeune alla cueillir sur les branches une grosse poire, qui n&rsquo;aurait pu \u00eatre plus belle ni plus m\u00fbre, mais d\u00e8s qu&rsquo;il y mit les dents, il la jeta d\u00e9daigneusement au loin. Elle \u00e9tait pleine de terre et de sable et avait un go\u00fbt \u00e0 faire vomir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais qu&rsquo;est-ce que cela ? nous nous demand\u00e2mes.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un de nos jeunes, dont je connais le nom, nous dit : &#8211; Est-ce l\u00e0 tout ce que le monde pr\u00e9sente de beau et de bon ? Tout est apparence, tout est insipide !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la direction que prenait notre chemin, nous avons fini par nous rendre compte qu&rsquo;il \u00e9tait en pente, m\u00eame si cette pente \u00e9tait \u00e0 peine perceptible. Un jeune a alors fait cette observation :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Nous voil\u00e0 en train de descendre, nous descendons, nous n&rsquo;allons pas bien !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Eh ! allons voir, r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant ce temps, une multitude innombrable de gens apparut, courant le long de cette route sur laquelle nous nous trouvions. Les uns \u00e9taient en voiture, les autres \u00e0 cheval, les autres \u00e0 pied. Ils sautaient, couraient, chantaient, dansaient au son de la musique et beaucoup marchaient au son des tambours. On faisait la f\u00eate et le bruit \u00e9tait indescriptible.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Faisons une petite pause, avons-nous dit, observons un peu avant de nous mettre en route avec ces gens.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 ce moment-l\u00e0, quelques jeunes remarqu\u00e8rent qu\u2019au milieu de cette foule, il y avait des personnages qui accompagnaient et semblaient diriger chacune de ces compagnies. Ils \u00e9taient beaux, bien habill\u00e9s et courtois, mais sous leurs chapeaux on voyait qu\u2019ils avaient des cornes. Cette grande plaine \u00e9tait donc le monde pervers et mauvais. <em>Est via quae videtur homini recta, et novissima eius ducunt ad mortem<\/em> (Il y a un chemin qui semble droit pour l&rsquo;homme, mais qui \u00e0 la fin m\u00e8ne \u00e0 des sentiers de mort, Pr 16,25). Soudain, UN nous a dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C&rsquo;est ainsi que les hommes vont en enfer, presque sans s&rsquo;en rendre compte.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ayant entendu et vu cela, j&rsquo;ai imm\u00e9diatement appel\u00e9 les jeunes qui \u00e9taient devant moi et ils se mirent \u00e0 courir vers moi en criant :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Nous ne voulons pas descendre l\u00e0-bas. &#8211; Et tandis qu&rsquo;ils continuaient tous \u00e0 courir en refaisant le chemin d\u00e9j\u00e0 parcouru, ils me laiss\u00e8rent seul.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oui, vous avez raison, leur ai-je dit quand je les eu rejoints, fuyons vite d&rsquo;ici, revenons en arri\u00e8re, sinon, sans le savoir, nous descendrons nous aussi en enfer.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et nous voulions revenir \u00e0 l\u2019endroit d&rsquo;o\u00f9 nous \u00e9tions partis et nous engager enfin sur ce chemin qui menait \u00e0 la montagne du paradis. Mais quelle ne fut pas notre surprise lorsque, apr\u00e8s une longue marche, nous ne v\u00eemes plus la vall\u00e9e par laquelle nous allions au paradis, mais une prairie et rien d&rsquo;autre. Nous nous tournions d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, nous nous tournions de l&rsquo;autre, mais nous n&rsquo;avons pas pu nous orienter.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les uns disaient\u00a0:<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Nous nous sommes tromp\u00e9s de route !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D\u2019autres criaient :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, nous ne nous sommes pas tromp\u00e9s, c&rsquo;est la bonne route.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant que les diff\u00e9rents jeunes se disputaient et que chacun voulait soutenir son opinion, je me suis r\u00e9veill\u00e9.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est la deuxi\u00e8me partie du r\u00eave au cours de la deuxi\u00e8me nuit. Mais avant de vous retirer, \u00e9coutez encore ceci. Je ne veux pas que vous donniez de l&rsquo;importance \u00e0 mon r\u00eave, mais souvenez-vous que les plaisirs qui m\u00e8nent \u00e0 la perdition ne sont qu&rsquo;apparents, ils n&rsquo;ont de beau qu\u2019en surface. Souvenez-vous aussi de vous garder des vices qui nous rendent semblables aux b\u00eates, au point de m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre attel\u00e9s avec elles, et surtout de certains p\u00e9ch\u00e9s qui nous rendent semblables aux animaux impurs. Oh ! qu&rsquo;il est honteux pour une cr\u00e9ature raisonnable d&rsquo;\u00eatre attel\u00e9e avec des b\u0153ufs et des \u00e2nes ! Combien cela est mals\u00e9ant pour celui qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image et \u00e0 la ressemblance de Dieu, et qui a \u00e9t\u00e9 fait h\u00e9ritier du paradis, de se rouler dans la boue comme des porcs avec ces p\u00e9ch\u00e9s que l&rsquo;\u00c9criture Sainte appelle <em>Luxuriose vivendo<\/em> (vivre dans la luxure).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je n&rsquo;ai mentionn\u00e9 que les principales circonstances de mon r\u00eave et tr\u00e8s bri\u00e8vement, parce qu\u2019il serait trop long de le raconter tel quel. M\u00eame hier soir, je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;une petite mention de ce que j&rsquo;ai vu. Demain soir, je vous raconterai la troisi\u00e8me partie.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans la soir\u00e9e du samedi 9 avril, Don Bosco poursuivit ses descriptions.<br><br><br><strong>TROISI\u00c8ME PARTIE<br><\/strong><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jamais je ne voudrais vous raconter mes r\u00eaves, et m\u00eame, avant-hier, d\u00e8s le d\u00e9but de mon r\u00e9cit, j&rsquo;ai regrett\u00e9 ma promesse. J&rsquo;aurais aim\u00e9 ne pas commencer l&rsquo;expos\u00e9 de ce que vous vouliez savoir. Mais je dois dire ceci : si je me tais, si je garde mon secret pour moi, je souffre beaucoup\u00a0; en le racontant, je re\u00e7ois un grand soulagement\u00a0; alors je continue.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais d&rsquo;abord, je dois dire que dans les soir\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, j&rsquo;ai d\u00fb abr\u00e9ger beaucoup de choses qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas opportun de raconter, et en laisser de c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;autres, que l&rsquo;on peut voir avec les yeux mais que l&rsquo;on ne peut pas exprimer avec des mots.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s avoir contempl\u00e9 en passant toutes les sc\u00e8nes d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es, apr\u00e8s avoir vu les diff\u00e9rents lieux et les diff\u00e9rentes mani\u00e8res d&rsquo;aller en enfer, nous voulions \u00e0 tout prix aller au paradis. Mais en tournant de-ci de-l\u00e0, nous \u00e9tions toujours occup\u00e9s \u00e0 regarder d&rsquo;autres choses nouvelles. Enfin, ayant trouv\u00e9 le chemin, nous sommes arriv\u00e9s sur cette place o\u00f9 \u00e9taient rassembl\u00e9s tant de gens qui rivalisaient entre eux pour atteindre la montagne. Cette place semblait immense, mais elle d\u00e9bouchait sur un tout petit sentier entre les deux gros rochers. Celui qui s&rsquo;y engageait, \u00e0 peine sorti de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, devait traverser un pont assez long, tr\u00e8s \u00e9troit, sans garde-fou, sous lequel s\u2019ouvrait un pr\u00e9cipice effrayant.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ah ! voil\u00e0 l&rsquo;endroit qui m\u00e8ne au Paradis, disions-nous ; le voil\u00e0, allons-y !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et nous nous sommes mis en route. Quelques jeunes se mirent aussit\u00f4t \u00e0 courir, laissant derri\u00e8re eux leurs compagnons. Je voulais qu&rsquo;ils m&rsquo;attendent, mais ils s\u2019\u00e9taient mis en t\u00eate d&rsquo;arriver avant nous. Lorsqu&rsquo;ils atteignirent le passage, ils s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent, effray\u00e9s, et n&rsquo;os\u00e8rent pas continuer. Je les encourageai pour qu&rsquo;ils passent :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; En avant, en avant ! Que faites-vous ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh oui, m&rsquo;ont-ils r\u00e9pondu, venez donc et essayez ! On tremble de devoir passer par un endroit si \u00e9troit, et sur ce pont ; si on fait un faux pas, on tombe dans cette eau profonde encastr\u00e9e dans cet ab\u00eeme ; et personne ne nous voit plus.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Finalement quelqu&rsquo;un avan\u00e7a le premier, puis un deuxi\u00e8me, et ainsi nous pass\u00e2mes tous, l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, et nous nous retrouv\u00e2mes au pied de la montagne. Nous avons essay\u00e9 de l&rsquo;escalader, mais nous ne trouvions pas le chemin. Nous avons fait le tour des pentes en observant, mais mille difficult\u00e9s et obstacles se sont dress\u00e9s sur notre chemin. Ici, des rochers \u00e9pars, empil\u00e9s au hasard, l\u00e0 une falaise \u00e0 franchir, ici un pr\u00e9cipice, l\u00e0 un buisson \u00e9pineux nous barraient le passage. Partout la mont\u00e9e \u00e9tait raide. Rude \u00e9tait donc la fatigue qui nous attendait. Cependant, nous ne nous d\u00e9courageons pas et nous commen\u00e7ons \u00e0 grimper avec ardeur. Apr\u00e8s une petite heure d&rsquo;ascension p\u00e9nible, avec l&rsquo;aide de nos mains et de nos pieds, et parfois en nous aidant les uns les autres, les obstacles commenc\u00e8rent \u00e0 dispara\u00eetre et, \u00e0 un certain moment, nous trouv\u00e2mes un chemin praticable et p\u00fbmes grimper plus confortablement.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un endroit o\u00f9, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 de la montagne, nous avons vu beaucoup de gens qui souffraient, mais d&rsquo;une mani\u00e8re si horrible et si \u00e9trange que nous f\u00fbmes tous remplis d&rsquo;horreur et de compassion. Je ne peux pas vous dire ce que j&rsquo;ai vu car je vous ferais trop souffrir, et vous ne pourriez pas r\u00e9sister \u00e0 ma description. Je ne vous dirai donc rien et je continuerai.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous en v\u00eemes aussi beaucoup d&rsquo;autres qui grimpaient sur les flancs de la montagne. Arriv\u00e9s au sommet, ils \u00e9taient accueillis par ceux qui les attendaient, au milieu de grandes r\u00e9jouissances et d&rsquo;applaudissements prolong\u00e9s. En m\u00eame temps, nous avons entendu une musique vraiment c\u00e9leste, un chant des plus m\u00e9lodieux et un concert d\u2019hymnes magnifiques. Cela nous a encourag\u00e9s encore plus \u00e0 continuer \u00e0 gravir cette colline. Tout en marchant, je me disais et je disais aux jeunes :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais nous, qui voulons aller au ciel, sommes-nous d\u00e9j\u00e0 morts ? J&rsquo;ai toujours entendu et je sais que nous devons d&rsquo;abord passer en jugement ! Est-ce que nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, r\u00e9pondirent-ils, nous sommes encore vivants, nous ne sommes pas encore all\u00e9s au jugement. &#8211; Et nous nous mettions \u00e0 rire.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quoi qu&rsquo;il en soit, repris-je, vivants ou morts, avan\u00e7ons pour voir ce qu&rsquo;il y a l\u00e0-haut, on y verra bien quelque chose. &#8211; Et nous avons acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 force de marcher, nous avons fini par atteindre presque le sommet de la montagne. Ceux qui \u00e9taient l\u00e0-haut \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats \u00e0 nous f\u00eater et \u00e0 nous souhaiter la bienvenue, lorsque je me retournai pour voir si j&rsquo;avais tous les jeunes avec moi. Mais, \u00e0 ma grande tristesse, je me trouvai presque seul. De tous mes petits compagnons, il n&rsquo;en restait que trois ou quatre.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et les autres ? demandai-je en m&rsquo;arr\u00eatant et en fron\u00e7ant un peu les sourcils.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh, me dirent-ils, ils se sont arr\u00eat\u00e9s ici et l\u00e0 ; peut-\u00eatre viendront-ils.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je regardai en bas et je les vis dispers\u00e9s sur toute la montagne\u00a0; les uns s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s, les autres cherchaient des escargots parmi les pierres, d&rsquo;autres cueillaient des fleurs inodores, d&rsquo;autres des fruits sauvages, d&rsquo;autres couraient apr\u00e8s les papillons, d&rsquo;autres chassaient les grillons, d&rsquo;autres \u00e9taient assis sur un terrain herbeux \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un arbre, etc. etc. Je me suis mis \u00e0 crier de toutes mes forces, \u00e0 leur faire des signes, \u00e0 les appeler par leur nom, un par un, pour qu&rsquo;ils se d\u00e9p\u00eachent de monter en leur disant que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le moment de nous arr\u00eater. Quelques-uns vinrent, de sorte qu&rsquo;il y avait environ huit jeunes autour de moi ; tous les autres n&rsquo;\u00e9cout\u00e8rent pas mes appels et ne pens\u00e8rent pas \u00e0 monter, occup\u00e9s qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e0 leurs propres bagatelles. Mais je ne voulais absolument pas aller au ciel accompagn\u00e9 de ce petit nombre de jeunes. C&rsquo;est pourquoi je d\u00e9cidai d\u2019aller moi-m\u00eame chercher les r\u00e9fractaires en disant \u00e0 ceux qui \u00e9taient avec moi : &#8211; Je retourne en arri\u00e8re et je descends les chercher. Vous autres, restez ici.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est ce que j\u2019ai fait. Tous ceux que je rencontrais dans la descente, je les poussais vers le haut. \u00c0 l\u2019un je donnais un avertissement, \u00e0 un autre une r\u00e9primande affectueuse, \u00e0 un troisi\u00e8me une r\u00e9primande solennelle, \u00e0 l&rsquo;un une tape, \u00e0 l&rsquo;autre une bousculade.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Montez, pour l&rsquo;amour du ciel, m&#8217;empressai-je de dire, ne vous arr\u00eatez pas \u00e0 ces futilit\u00e9s. \u2013 C\u2019est ainsi qu\u2019en descendant, je les avais d\u00e9j\u00e0 presque tous pr\u00e9venus, et je me trouvais sur les flancs de la montagne que nous avions gravie avec tant de peine. C&rsquo;est l\u00e0 que j\u2019en avais arr\u00eat\u00e9 quelques-uns qui, \u00e9puis\u00e9s par la fatigue de l&rsquo;ascension et effray\u00e9s par la hauteur \u00e0 atteindre, \u00e9taient retourn\u00e9s en bas. Je me retournai alors pour reprendre l&rsquo;ascension et retourner l\u00e0 o\u00f9 se trouvaient les jeunes. Mais alors, j\u2019ai tr\u00e9buch\u00e9 sur une pierre et je me suis r\u00e9veill\u00e9.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je vous ai racont\u00e9 le r\u00eave, mais j&rsquo;attends de vous deux choses. Je vous r\u00e9p\u00e8te que vous ne devez le raconter \u00e0 personne en dehors de la maison, car si quelqu&rsquo;un dans le monde entendait ces choses, il en rirait. Je vous le raconte pour vous divertir. Racontez-le entre vous aussi longtemps que vous le voudrez, mais j&rsquo;entends que vous ne leur donniez pas d&rsquo;autre importance que celle qu&rsquo;il convient d&rsquo;accorder \u00e0 un r\u00eave. Une autre chose que je veux vous dire, c&rsquo;est que personne ne doit venir m&rsquo;interroger pour savoir s&rsquo;il \u00e9tait l\u00e0 ou non, qui \u00e9tait ou n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0, ce qu&rsquo;il a fait ou n&rsquo;a pas fait, si vous \u00e9tiez parmi le petit nombre ou parmi le grand nombre, o\u00f9 vous vous trouviez, etc. Ce serait comme renouveler la musique de cet hiver. Pour certains d\u2019entre vous cela pourrait \u00eatre plus n\u00e9faste qu&rsquo;utile, et je ne veux pas troubler les consciences.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je vous dis seulement que si le r\u00eave n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 un r\u00eave, mais une r\u00e9alit\u00e9, et que nous devions vraiment mourir, alors parmi tous les jeunes qui sont ici, si nous devions nous frayer un chemin vers le paradis, tr\u00e8s peu y arriveraient : sur sept ou huit cents ou plus, peut-\u00eatre seulement trois ou quatre y parviendraient. Mais ne vous troublez pas, je vais vous expliquer cette affirmation hasardeuse. Je dis qu&rsquo;il n&rsquo;y en aurait que trois ou quatre qui s&rsquo;envoleraient vers le paradis sans passer un temps dans les flammes du purgatoire. Un tel n&rsquo;y resterait peut-\u00eatre qu&rsquo;une minute, d&rsquo;autres peut-\u00eatre un jour, d&rsquo;autres des jours et des semaines, mais presque tous devraient y passer au moins un peu de temps. Voulez-vous savoir comment \u00e9viter le purgatoire ? Essayez d&rsquo;acqu\u00e9rir autant d&rsquo;indulgences que vous pouvez. Si vous faites les pratiques auxquelles elles sont attach\u00e9es, avec de bonnes dispositions, si vous obtenez une indulgence pl\u00e9ni\u00e8re, vous vous envolerez directement au paradis.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco ne donna aucune explication personnelle et pratique de ce r\u00eave \u00e0 chacun des \u00e9l\u00e8ves, et tr\u00e8s peu sur les diverses significations des spectacles qu&rsquo;il avait vus. Et ce n&rsquo;\u00e9tait pas chose facile. Il s&rsquo;agissait, comme nous essaierons de le montrer plus loin, d&rsquo;id\u00e9es en forme d\u2019images multiples qui se succ\u00e9daient et semblaient simultan\u00e9es. Elles repr\u00e9sentaient diverses r\u00e9alit\u00e9s\u00a0: l&rsquo;Oratoire au pr\u00e9sent et dans l\u2019avenir, avec tous les jeunes qui se trouvaient actuellement dans la maison et ceux qui viendraient par la suite, avec leur portrait moral et leur destin futur ; la Pieuse Soci\u00e9t\u00e9 Sal\u00e9sienne avec sa croissance, ses vicissitudes et son destin ; l&rsquo;Eglise Catholique avec les pers\u00e9cutions pr\u00e9par\u00e9es par ses ennemis et les triomphes qu&rsquo;elle ne manquerait pas de conna\u00eetre, ainsi que d&rsquo;autres faits g\u00e9n\u00e9raux ou particuliers.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019ampleur, l\u2019entrecroisement et la confusion des images, Don Bosco ne pouvait pas, ne savait pas comment exposer enti\u00e8rement ce qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9 si vivement dans son imagination. D\u2019autre part, il convenait de passer sous silence beaucoup de choses, c\u2019\u00e9tait m\u00eame un devoir de les taire ou de ne les r\u00e9v\u00e9ler qu&rsquo;\u00e0 des personnes prudentes pour qui un tel secret pouvait \u00eatre un r\u00e9confort ou un avertissement.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En racontant aux jeunes certains r\u00eaves dont nous aurons le temps de parler, il choisissait ce qui pouvait leur \u00eatre le plus utile, comme c\u2019\u00e9tait l&rsquo;intention de celui qui inspirait ces myst\u00e9rieuses r\u00e9v\u00e9lations. De temps en temps, cependant, \u00e0 cause de l&rsquo;impression profonde qu&rsquo;il avait ressentie, et aussi \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9tude du choix, Don Bosco mentionnait confus\u00e9ment et en passant d&rsquo;autres faits, ou choses, ou id\u00e9es parfois je dirais incoh\u00e9rentes et \u00e9trang\u00e8res \u00e0 son r\u00e9cit, mais qui r\u00e9v\u00e9laient que ce qu&rsquo;il taisait devait \u00eatre beaucoup plus que ce qu&rsquo;il disait.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il avait commenc\u00e9 \u00e0 faire ces jours-ci, en d\u00e9crivant sa magnifique promenade, et nous allons essayer de l&rsquo;expliquer bri\u00e8vement, soit en nous servant de certaines paroles de Don Bosco, soit avec nos propres r\u00e9flexions, que nous laissons \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation des lecteurs. Voici donc ce que nous pourrions dire :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1\u00b0 La colline que Don Bosco rencontre au d\u00e9but de son voyage semble \u00eatre l&rsquo;Oratoire. Sur elle s\u2019\u00e9tend la riante v\u00e9g\u00e9tation d\u2019une splendide jeunesse. On n\u2019y voit pas de grands f\u00fbts de vieux arbres. En toute saison, on y cueille des fleurs et des fruits, comme cela est ou doit \u00eatre \u00e0 l&rsquo;Oratoire. Comme toute l&rsquo;\u0153uvre de Don Bosco, celle-ci est soutenue par la charit\u00e9, dont l&rsquo;Eccl\u00e9siastique dit, au chapitre XI, qu&rsquo;elle est comme un jardin b\u00e9ni de Dieu qui donne des fruits pr\u00e9cieux, des fruits d&rsquo;immortalit\u00e9, semblable au paradis terrestre o\u00f9 se trouvait, parmi autres, l&rsquo;arbre de vie.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2\u00b0 Celui qui gravissait la montagne doit \u00eatre cet homme b\u00e9ni d\u00e9crit dans le psaume 83, dont la force est toute dans le Seigneur. C\u2019est lui qui, dans cette terre, vall\u00e9e de larmes, <em>ascensiones in corde suo disposuit<\/em> (d\u00e9cide dans son c\u0153ur le saint voyage, Ps 83,6), d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 monter continuellement pour atteindre le tabernacle du Tr\u00e8s-Haut, c&rsquo;est-\u00e0-dire le ciel. Et avec lui beaucoup d&rsquo;autres. Et le l\u00e9gislateur J\u00e9sus-Christ les b\u00e9nira, les comblera de gr\u00e2ces c\u00e9lestes, et ils iront de vertu en vertu et arriveront \u00e0 voir Dieu dans la bienheureuse Sion, et ils seront \u00e9ternellement heureux.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 3\u00b0 Les lacs semblent \u00eatre un r\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9glise. Les innombrables membres bris\u00e9s sur les rives sont ceux des infid\u00e8les pers\u00e9cuteurs, des h\u00e9r\u00e9tiques, des schismatiques et des chr\u00e9tiens rebelles. Certains mots du r\u00eave r\u00e9v\u00e8lent comment Don Bosco a vu les \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9sents et futurs. \u00ab\u00a0\u00c0 certaines personnes et en priv\u00e9, nous dit la chronique, il parla de cette vall\u00e9e vide au-del\u00e0 du lac de sang et dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Cette vall\u00e9e doit se remplir principalement du sang des pr\u00eatres et il se peut que cela arrive tr\u00e8s bient\u00f4t.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ces jours-ci, poursuit la chronique, Don Bosco est all\u00e9 rendre visite au cardinal De Angelis. Son \u00c9minence lui dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Racontez-moi quelque chose de r\u00e9jouissant.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je vais vous raconter un r\u00eave.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Bien volontiers.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco commen\u00e7a \u00e0 lui raconter ce que nous avons d\u00e9crit plus haut, mais avec plus de d\u00e9tails et de r\u00e9flexions. Mais lorsqu&rsquo;il parla du lac de sang, le Cardinal devint s\u00e9rieux et m\u00e9lancolique. Alors Don Bosco interrompit son r\u00e9cit en disant :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je m\u2019arr\u00eate.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Continuez ! lui dit le cardinal.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Cela suffit, conclut Don Bosco avant de passer \u00e0 des faits plus agr\u00e9ables.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4\u00b0 La sc\u00e8ne repr\u00e9sentant le passage \u00e9troit entre deux rochers, le petit pont de bois (qui \u00e9tait la croix de J\u00e9sus-Christ), la s\u00e9curit\u00e9 du passage chez ceux qui sont soutenus par la foi, le danger de tomber en avan\u00e7ant sans une bonne intention, les obstacles de toutes sortes pour arriver l\u00e0 o\u00f9 le chemin devient facile, tout cela, si nous ne nous trompons pas, nous oriente vers le th\u00e8me de la vocation religieuse. Ceux qui se tenaient sur la place devaient \u00eatre des jeunes appel\u00e9s par Dieu \u00e0 le servir dans la Pieuse Soci\u00e9t\u00e9. De fait, on voit que ceux qui attendaient d&rsquo;entrer dans cette voie qui m\u00e8ne au paradis \u00e9taient satisfaits, heureux et se divertissaient. Ces caract\u00e9ristiques correspondent, au moins en grande partie, \u00e0 tous ceux qui n&rsquo;\u00e9taient pas des adultes. Ajoutons qu&rsquo;en gravissant cette montagne, une partie s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e, une autre revenait en arri\u00e8re. Ne serait-ce pas l\u00e0 le signe d\u2019un refroidissement dans la poursuite de la vocation ? Don Bosco donna \u00e0 cette partie du r\u00eave un sens qui pouvait indirectement faire allusion \u00e0 la vocation, mais il ne jugea pas bon d&rsquo;en parler.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 5\u00b0 Sur le flanc de la montagne, juste apr\u00e8s les obstacles d\u2019en bas, Don Bosco avait vu des gens souffrir. \u201cCertains l&rsquo;interrog\u00e8rent en priv\u00e9, \u00e9crit Don Bonetti, et il r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce lieu, c&rsquo;est le purgatoire. Si j&rsquo;avais un sermon \u00e0 faire sur ce sujet, je ne ferais que d\u00e9crire ce que j&rsquo;ai vu. Ce sont des choses qui font peur. Je dirais seulement que, parmi les diff\u00e9rentes sortes de supplices, j&rsquo;ai vu ceux qui \u00e9taient sous un pressoir, d\u2019o\u00f9 on voyait sortir leurs mains, leurs pieds, leurs t\u00eates ; leurs yeux sortaient de leurs orbites. Ils \u00e9taient affaiss\u00e9s, \u00e9cras\u00e9s, et mettaient une horreur indescriptible dans le c\u0153ur de ceux qui les regardaient\u201d.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ajoutons une derni\u00e8re observation importante, qui vaut pour ce r\u00eave et pour les nombreux autres que nous d\u00e9crirons par la suite. Dans ces r\u00eaves ou visions, si on veut les appeler ainsi, il y a un personnage myst\u00e9rieux qui entre presque toujours en sc\u00e8ne pour servir de guide et d&rsquo;interpr\u00e8te \u00e0 Don Bosco. De qui s&rsquo;agit-il ? Voil\u00e0 la partie la plus surprenante et la plus belle de ces r\u00eaves. En les racontant, Don Bosco en conservait le secret dans son c\u0153ur.<br><em>(MB VI, 864-882)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Passons maintenant au r\u00e9cit d&rsquo;un autre beau r\u00eave que Don Bosco a fait dans les&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":34950,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":37,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1716,2563,2634,2554,1764,2631,1824,2049,1980,1962],"class_list":["post-34957","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-charite","tag-conciles","tag-dieu","tag-don-bosco","tag-eglise","tag-gras-obtenues","tag-jeunes","tag-reves","tag-salut"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34957","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34957"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34957\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/34950"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}