{"id":34908,"date":"2025-01-31T08:19:40","date_gmt":"2025-01-31T08:19:40","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=34908"},"modified":"2025-01-31T08:20:32","modified_gmt":"2025-01-31T08:20:32","slug":"la-foi-notre-bouclier-et-notre-victoire-1876","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/la-foi-notre-bouclier-et-notre-victoire-1876\/","title":{"rendered":"La foi, notre bouclier et notre victoire (1876)"},"content":{"rendered":"\n<p><em><em>\u00ab&nbsp;Quand je me suis consacr\u00e9 \u00e0 cette partie du minist\u00e8re sacr\u00e9, j&rsquo;ai eu l&rsquo;intention de consacrer tous mes efforts \u00e0 la plus grande gloire de Dieu et au b\u00e9n\u00e9fice des \u00e2mes ; j&rsquo;ai eu l&rsquo;intention de m&rsquo;efforcer de faire de bons citoyens sur cette terre, afin qu&rsquo;ils soient un jour dignes habitants du ciel. Que Dieu m&rsquo;aide \u00e0 pouvoir continuer ainsi jusqu&rsquo;au dernier souffle de ma vie.&nbsp;\u00bb Don Bosco<br><\/em><\/em><br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les jeunes, et pas seulement eux, attendaient avec impatience le r\u00e9cit du r\u00eave. Don Bosco tint sa promesse, mais avec un jour de retard, au cours du mot du soir du 30 juin, solennit\u00e9 de la F\u00eate-Dieu. Il commen\u00e7a ainsi : \u00ab&nbsp;Je suis content de vous voir. Oh ! combien de visages ang\u00e9liques j&rsquo;ai devant moi et tous tourn\u00e9s vers moi (<em>rire g\u00e9n\u00e9ral<\/em>). Je pensais qu&rsquo;en vous racontant ce r\u00eave, je vous ferais peur ! Si j&rsquo;avais un visage ang\u00e9lique, je pourrais vous dire : regardez-moi ! Et alors toutes vos craintes seraient dissip\u00e9es. Mais malheureusement, je ne suis que poussi\u00e8re, tout comme vous. Mais nous sommes l&rsquo;\u0153uvre de Dieu et je peux dire avec saint Paul que vous \u00eates <em>gaudium meum et corona mea<\/em> : vous \u00eates ma consolation et ma couronne. Mais ne vous \u00e9tonnez pas si, dans la couronne, il y a un <em>Gloria Patri<\/em> un peu rugueux. Mais venons-en au r\u00eave. Je ne voulais pas vous le raconter, de peur de vous effrayer, mais je me suis dit : un p\u00e8re ne doit rien cacher \u00e0 ses enfants, d&rsquo;autant plus s&rsquo;ils s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 ce qu&rsquo;il sait et qu&rsquo;ils doivent savoir ce que leur p\u00e8re sait et fait. Je suis donc r\u00e9solu \u00e0 vous le raconter dans tous ses d\u00e9tails, mais je vous prie de ne lui accorder que l&rsquo;importance que l&rsquo;on donne \u00e0 un r\u00eave&nbsp;; que chacun prenne la part qui lui pla\u00eet le mieux et qui lui est la plus salutaire. Sachez donc que le r\u00eave se fait pendant le sommeil (<em>rire g\u00e9n\u00e9ral<\/em>). Mais sachez aussi que je n&rsquo;ai pas fait ce r\u00eave maintenant ; je l&rsquo;ai fait il y a quinze jours, juste au moment o\u00f9 vous terminiez votre retraite. Depuis longtemps, je priais le Seigneur de me faire conna\u00eetre l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;\u00e2me de mes enfants et ce que l&rsquo;on pouvait faire pour qu&rsquo;ils progressent davantage dans la vertu et pour extirper certains vices de leur c\u0153ur. C&rsquo;est de cela que j&rsquo;\u00e9tais pr\u00e9occup\u00e9, surtout pendant ces exercices spirituels. Gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, ces exercices se sont tr\u00e8s bien d\u00e9roul\u00e9s, tant pour les \u00e9tudiants que pour les apprentis. Mais le Seigneur ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9 l\u00e0 dans ses mis\u00e9ricordes ; il a voulu me faire la gr\u00e2ce de pouvoir lire dans les consciences des jeunes comme dans un livre ; et ce qui est plus admirable, je voyais non seulement l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent de chacun, mais les choses qui arriveraient \u00e0 chacun dans l&rsquo;avenir. Et cela, d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9galement extraordinaire pour moi, car il ne m&rsquo;\u00e9tait jamais arriv\u00e9 de voir tellement bien, aussi clairement et sans voile, dans les choses futures et dans les consciences des jeunes. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois. J&rsquo;avais aussi beaucoup pri\u00e9 la Sainte Vierge pour qu&rsquo;elle m&rsquo;accorde la gr\u00e2ce qu&rsquo;aucun de vous n&rsquo;ait le d\u00e9mon dans son c\u0153ur, et j&rsquo;esp\u00e8re que cela m&rsquo;a aussi \u00e9t\u00e9 accord\u00e9, car j&rsquo;ai des raisons de croire que vous m&rsquo;avez tous enti\u00e8rement ouvert votre conscience. Avec ces pens\u00e9es, et en priant le Seigneur de me faire conna\u00eetre ce qui pourrait profiter ou nuire \u00e0 la sant\u00e9 des \u00e2mes de mes chers jeunes, je me suis couch\u00e9, et voici que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 faire le r\u00eave que je vais vous raconter ici.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le pr\u00e9ambule commence par un sentiment habituel de profonde humilit\u00e9 ; mais cette fois il se termine par une affirmation de nature \u00e0 exclure tout doute sur le caract\u00e8re surnaturel du ph\u00e9nom\u00e8ne.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le r\u00eave pourrait s&rsquo;intituler ainsi : <em>La foi, notre bouclier et notre victoire.<br><\/em><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il me semblait que j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;Oratoire avec mes jeunes, qui forment ma gloire et ma couronne. C&rsquo;\u00e9tait le soir, au cr\u00e9puscule. Je voyais encore, mais moins bien. En sortant ici du pr\u00e9au, je me dirigeais vers la loge du portier ; mais un nombre immense de jeunes m&rsquo;entouraient, comme vous avez l&rsquo;habitude de le faire, parce que nous sommes des amis. Les uns \u00e9taient venus pour me saluer, les autres pour me dire quelque chose. J&rsquo;adressais un mot \u00e0 celui-ci, un mot \u00e0 celui-l\u00e0. J&rsquo;arrivais ainsi lentement au milieu de la cour, quand j&rsquo;entendis des a\u00efe ! a\u00efe ! lugubres et prolong\u00e9s, et un grand bruit, m\u00eal\u00e9 \u00e0 des cris aigus de jeunes et \u00e0 des hurlements f\u00e9roces, qui venaient du c\u00f4t\u00e9 de la loge du portier. En entendant ce vacarme inhabituel, les \u00e9l\u00e8ves all\u00e8rent voir ; mais bient\u00f4t, avec les apprentis effray\u00e9s, je les vis s&rsquo;enfuir pr\u00e9cipitamment, en criant et en courant vers nous. Beaucoup d&rsquo;apprentis \u00e9taient pass\u00e9s par la porte au fond de la cour.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais comme les cris devenaient de plus en plus forts, avec des accents de douleur et de d\u00e9sespoir, j&rsquo;ai demand\u00e9 avec anxi\u00e9t\u00e9 \u00e0 tout le monde ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9, et j&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;avancer pour apporter de l&rsquo;aide l\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait n\u00e9cessaire. Mais les jeunes qui m&rsquo;entouraient m&rsquo;ont retenu. Alors j&rsquo;ai dit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Mais laissez-moi aller voir ce qui vous fait si peur.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Non, non, pour l&rsquo;amour du ciel, me dirent-ils tous, n&rsquo;avancez pas, revenez, revenez, il y a un monstre qui va vous d\u00e9vorer, fuyez, fuyez avec nous, n\u2019y allez pas.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cependant, je voulus voir ce qu&rsquo;il y avait l\u00e0, et me d\u00e9gageant des jeunes, j&rsquo;avan\u00e7ai un peu dans la cour des apprentis, tandis que tous les jeunes criaient :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; -Voyez, voyez !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a l\u00e0 ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Voyez l\u00e0-bas au fond !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me suis tourn\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9 et j&rsquo;ai vu un monstre qui m&rsquo;a d&rsquo;abord sembl\u00e9 \u00eatre un lion gigantesque, comme il n&rsquo;en existe certainement pas sur la terre. Je l&rsquo;ai regard\u00e9 attentivement. Il \u00e9tait hideux, il avait presque l&rsquo;apparence d&rsquo;un ours, mais plus f\u00e9roce et plus hideux. La partie arri\u00e8re, proportionnellement aux autres membres, \u00e9tait plut\u00f4t petite, mais les \u00e9paules avant \u00e9taient tr\u00e8s larges, ainsi que le ventre. Sa t\u00eate \u00e9tait \u00e9norme, et sa bouche si grande et si ouverte qu&rsquo;elle semblait faite pour d\u00e9vorer les gens d&rsquo;une seule bouch\u00e9e. De cette bouche sortaient deux grandes dents tr\u00e8s longues et ac\u00e9r\u00e9es, semblables \u00e0 des \u00e9p\u00e9es tranchantes.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me retirai rapidement au milieu des jeunes, qui me demandaient conseil avec anxi\u00e9t\u00e9 ; mais je n&rsquo;\u00e9tais pas exempt de peur et je me trouvais un peu embarrass\u00e9. Je r\u00e9pondis n\u00e9anmoins :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Je voudrais pouvoir vous dire ce que vous avez \u00e0 faire, mais je ne le sais pas moi-m\u00eame. En attendant, rassemblons-nous sous le pr\u00e9au.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En disant cela, l&rsquo;ours entra dans la seconde cour. Il s&rsquo;avan\u00e7ait vers nous \u00e0 pas graves et lents, comme quelqu&rsquo;un qui est s\u00fbr de la proie qu&rsquo;il veut prendre. Nous recul\u00e2mes, \u00e9pouvant\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que nous nous retrouvions ici, sous le pr\u00e9au. Les jeunes s&rsquo;\u00e9taient group\u00e9s autour de moi. Tous les yeux \u00e9taient fix\u00e9s sur moi :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Don Bosco, que devons-nous faire ? &#8211; me disaient-ils. Et moi aussi, je regardais les jeunes, mais en silence, sans savoir de quel c\u00f4t\u00e9 me tourner. Finalement, je me suis exclam\u00e9 :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Tournons-nous vers le fond du pr\u00e9au, vers l&rsquo;image de la Vierge, agenouillons-nous, prions-la avec ferveur, avec plus de d\u00e9votion que d&rsquo;habitude, pour qu&rsquo;elle nous dise ce que nous devons faire en ce moment, qu&rsquo;elle nous fasse savoir qui est ce monstre, qu&rsquo;elle vienne \u00e0 notre secours et qu&rsquo;elle nous lib\u00e8re. S&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un animal f\u00e9roce, nous essaierons de le tuer d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre ; s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9mon, Marie nous viendra en aide. Ne craignez rien ! Notre M\u00e8re du Ciel pourvoira \u00e0 notre salut !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pendant ce temps, l&rsquo;ours continuait \u00e0 s&rsquo;approcher lentement et rampait presque sur le sol pour prendre de l&rsquo;\u00e9lan et bondir.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous nous sommes agenouill\u00e9s et avons commenc\u00e9 \u00e0 prier. Quelques minutes de grande consternation se sont \u00e9coul\u00e9es. La b\u00eate s&rsquo;\u00e9tait approch\u00e9e si pr\u00e8s qu&rsquo;elle aurait pu s&rsquo;abattre sur nous d&rsquo;un seul \u00e9lan. Puis, je ne sais ni quand ni comment, nous nous sommes soudain vus transport\u00e9s par-dessus le mur et nous nous sommes retrouv\u00e9s dans le r\u00e9fectoire des abb\u00e9s.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au milieu du r\u00e9fectoire, nous pouvions voir la Vierge, qui ressemblait, je ne sais pas, \u00e0 la statue ici sous le pr\u00e9au, ou \u00e0 celle du r\u00e9fectoire, ou \u00e0 celle sur le d\u00f4me, ou \u00e0 celle dans l&rsquo;\u00e9glise. Mais quoi qu&rsquo;il en soit, le fait est qu&rsquo;elle \u00e9tait toute rayonnante de la plus vive lumi\u00e8re et qu&rsquo;elle \u00e9clairait tout le r\u00e9fectoire, qui s&rsquo;\u00e9tait agrandi et sur\u00e9lev\u00e9 au centuple, comme un soleil au milieu de l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Elle \u00e9tait entour\u00e9e de bienheureux et d&rsquo;anges, de sorte que la pi\u00e8ce ressemblait \u00e0 un paradis. Ses l\u00e8vres bougeaient comme si elle voulait parler, nous dire quelque chose.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous \u00e9tions extraordinairement nombreux dans ce r\u00e9fectoire. Dans nos c\u0153urs, la peur fit place \u00e0 l&rsquo;\u00e9tonnement. Les yeux de tous \u00e9taient fix\u00e9s sur la Vierge qui, d&rsquo;une voix tr\u00e8s douce, nous rassurait.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Ne craignez pas, dit-elle ; ayez la foi ; ce n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9preuve que mon divin Fils veut vous faire faire.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je regardai ensuite attentivement les personnages rayonnants de gloire qui entouraient la Sainte Vierge, et je reconnus Don Alasonatti, Don Ruffino, un certain Michel, un Fr\u00e8re des \u00c9coles chr\u00e9tiennes (Romano, directeur de la maison du noviciat des Fr\u00e8res \u00e0 Turin), que certains d&rsquo;entre vous ont peut-\u00eatre connu, et mon fr\u00e8re Joseph, ainsi que d&rsquo;autres qui \u00e9taient autrefois dans notre Oratoire, appartenant \u00e0 la Congr\u00e9gation et qui sont maintenant au paradis. Avec eux, j&rsquo;en ai vu d&rsquo;autres qui sont encore en vie.<br><br>***<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et voici que l&rsquo;un de ceux qui formaient la cour de la Vierge dit \u00e0 haute voix : \u00ab\u00a0<em>Surgamus<\/em>\u00a0\u00bb (levons-nous).<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous \u00e9tions debout et nous ne savions pas ce que cela signifiait, et nous avons dit : &#8211; Mais comment <em>surgamus<\/em> ? Si nous sommes d\u00e9j\u00e0 tous debout ! <em>Surgamus<\/em> ! r\u00e9p\u00e9ta la m\u00eame voix plus fort. Les jeunes, immobiles et \u00e9tonn\u00e9s, s&rsquo;\u00e9taient tourn\u00e9s vers moi, attendant de moi un signe, et ils ne savaient que faire. Je me suis tourn\u00e9 vers l&rsquo;endroit d&rsquo;o\u00f9 venait la voix et j&rsquo;ai dit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Comment cela&nbsp;? Que signifie <em>surgamus<\/em>, alors que nous sommes d\u00e9j\u00e0 tous debout ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et la voix m&rsquo;a r\u00e9pondu avec plus de force : <em>Surgamus<\/em> ! Je ne comprenais pas ce commandement.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors un de ceux qui \u00e9taient avec la Sainte Vierge s&rsquo;adressa \u00e0 moi, debout sur une table pour dominer toute la multitude, et il se mit \u00e0 dire d&rsquo;une voix d\u2019une force admirable, tandis que les jeunes \u00e9coutaient attentivement :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Mais toi qui es pr\u00eatre, tu devrais comprendre ce <em>surgamus<\/em> ! Quand tu c\u00e9l\u00e8bres la Sainte Messe, est-ce que tu ne dis pas chaque jour <em>sursum corda<\/em> (\u00e9levons notre c\u0153ur) ? Comprends-tu par l\u00e0 qu\u2019il faut s&rsquo;\u00e9lever mat\u00e9riellement, ou \u00e9lever les affections du c\u0153ur vers le ciel, vers Dieu ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors j\u2019ai cri\u00e9 aux jeunes :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Allons, debout, mes enfants, ravivons, fortifions notre foi, \u00e9levons nos c\u0153urs vers Dieu, faisons un acte d&rsquo;amour et de repentir, faisons un effort de volont\u00e9 pour prier avec une vive ferveur, faisons confiance \u00e0 Dieu. J&rsquo;ai fait un signe et nous nous sommes tous agenouill\u00e9s.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un peu plus tard, alors que nous priions \u00e0 voix basse avec confiance, une voix s&rsquo;est \u00e0 nouveau fait entendre : <em>Surgite<\/em> (levez-vous) ! Nous nous sommes tous lev\u00e9s et nous nous sommes sentis soulev\u00e9s du sol par une force surnaturelle, et nous sommes mont\u00e9s. Je ne saurais dire \u00e0 quelle hauteur, mais je sais que nous \u00e9tions tous tr\u00e8s haut. Je ne saurais pas dire non plus sur quoi nos pieds reposaient. Je me souviens m&rsquo;\u00eatre accroch\u00e9 au cadre ou au parapet d&rsquo;une fen\u00eatre. Tous les jeunes ont ensuite escalad\u00e9 les fen\u00eatres et les portes. Les uns s\u2019accrochaient de-ci, les autres de-l\u00e0, certains \u00e0 des barres de fer, d&rsquo;autres \u00e0 des clous solides, d&rsquo;autres encore \u00e0 la charpente de la vo\u00fbte. Nous \u00e9tions tous soulev\u00e9s dans les airs et je m&rsquo;\u00e9tonnais que nous ne tombions pas \u00e0 terre.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et voici que le monstre que nous avions vu dans la cour entra dans la salle, suivi d&rsquo;un nombre incalculable de b\u00eates de diverses esp\u00e8ces, mais toutes f\u00e9roces. Elles couraient \u00e7\u00e0 et l\u00e0 \u00e0 travers le r\u00e9fectoire en poussant des hurlements horribles, elles semblaient avides de combattre, elles paraissaient \u00e0 tout moment sur le point de se jeter sur nous. Mais elles ne faisaient pas encore mine de nous attaquer. Cependant, elles nous regardaient en levant le museau, les yeux inject\u00e9s de sang. Nous les observions d&rsquo;en haut, et je me tenais fermement \u00e0 cette fen\u00eatre. &#8211; \u00ab&nbsp;Si je tombais, me disais-je, quel horrible supplice ils feraient de ma personne !&nbsp;\u00bb<br><br>***<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pendant que nous \u00e9tions dans cette \u00e9trange position, une voix sortit de la Madone, chantant les paroles de saint Paul : <em>Sumite ergo scutum fidei inexpugnabile<\/em> (Prenez donc le bouclier invincible de la foi). C&rsquo;\u00e9tait un chant si harmonieux, si uni, d&rsquo;une m\u00e9lodie si sublime, que nous \u00e9tions comme en extase. Nous entendions toutes les notes, de la plus grave \u00e0 la plus aigu\u00eb, et nous avions l&rsquo;impression que cent voix chantaient \u00e0 l&rsquo;unisson.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous \u00e9coutions ce chant du paradis, lorsque nous avons vu partir du c\u00f4t\u00e9 de la Vierge un grand nombre de beaux jeunes gens, munis d&rsquo;ailes et venant du ciel. Ils se sont approch\u00e9s de nous avec des boucliers \u00e0 la main et en ont plac\u00e9 un sur le c\u0153ur de chacun de nos jeunes. Tous ces boucliers \u00e9taient grands, beaux, resplendissants. Ils refl\u00e9taient la lumi\u00e8re de la Sainte Vierge et ressemblaient \u00e0 quelque chose de c\u00e9leste. Chaque bouclier semblait fait de fer au milieu, puis d&rsquo;un grand cercle de diamant, et enfin, au bord, d&rsquo;un cercle d&rsquo;or tr\u00e8s pur. Ce bouclier repr\u00e9sentait la foi. Lorsque nous f\u00fbmes tous ainsi arm\u00e9s, ceux qui entouraient la Sainte Vierge chant\u00e8rent en duo et avec une si belle harmonie que je ne sais quels mots pourraient exprimer une telle douceur. C&rsquo;\u00e9tait tout ce qu&rsquo;on peut imaginer de plus beau, de plus suave, de plus m\u00e9lodieux.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pendant que je contemplais ce spectacle et que j&rsquo;\u00e9tais absorb\u00e9 par cette musique, je fus secou\u00e9 par une voix puissante qui criait : <em>Ad pugnam<\/em> (Au combat) ! Toutes ces b\u00eates se mirent \u00e0 s\u2019agiter furieusement.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u2019un coup, nous sommes tous tomb\u00e9s debout sur le sol, et chacun de nous s&rsquo;est mis \u00e0 combattre les b\u00eates, prot\u00e9g\u00e9 par le bouclier divin. Je ne saurais dire si nous avons combattu dans le r\u00e9fectoire ou dans la cour. Le ch\u0153ur c\u00e9leste continuait ses harmonies. Les monstres nous lan\u00e7aient des boules de plomb, tandis que des lances, des foudres et autres projectiles de toutes sortes sortaient de leurs m\u00e2choires avec des vapeurs. Mais ces armes ne nous atteignaient pas ou frappaient nos boucliers et rebondissaient. Les ennemis, eux, voulaient blesser et tuer et se pr\u00e9cipitaient \u00e0 l&rsquo;assaut, mais ils ne pouvaient nous infliger aucune blessure&nbsp;; tous leurs coups frappaient imp\u00e9tueusement ces boucliers, ils s&rsquo;y brisaient les dents et s&rsquo;enfuyaient. Par vagues successives, ces masses de b\u00eates redoutables se suivaient les unes les autres, mais elles connurent toutes le m\u00eame sort.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La lutte fut longue. Enfin, la voix de la Vierge se fit entendre : <em>Haec est victoria vestra, quae vincit mundum, fides vestra<\/em> (Voici la victoire qui a vaincu le monde : votre foi, 1 Jn 5,4).<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c0 cette voix, cette multitude de b\u00eates effray\u00e9es s&rsquo;enfuit pr\u00e9cipitamment et disparut. Nous sommes rest\u00e9s libres, en s\u00e9curit\u00e9, victorieux dans cette immense salle du r\u00e9fectoire, toujours illumin\u00e9e par la lumi\u00e8re \u00e9clatante de la Vierge.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors j&rsquo;ai regard\u00e9 attentivement ceux qui portaient ce bouclier. Ils \u00e9taient des milliers. J&rsquo;ai vu, entre autres, Don Alasonatti, Don Ruffino, mon fr\u00e8re Joseph et le Fr\u00e8re des \u00c9coles Chr\u00e9tiennes qui avait combattu avec nous.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais les yeux de tous les jeunes ne pouvaient se d\u00e9tacher de la Sainte Vierge. Elle entonnait un cantique d&rsquo;action de gr\u00e2ce qui suscita en nous une joie nouvelle et une extase indescriptible. Je ne sais pas si l&rsquo;on peut entendre au ciel un cantique aussi beau.<br><br>***<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais notre joie fut soudain troubl\u00e9e par des cris d\u00e9chirants et des g\u00e9missements m\u00eal\u00e9s \u00e0 des hurlements f\u00e9roces. Il semblait que nos jeunes \u00e9taient d\u00e9chir\u00e9s par ces b\u00eates qui s&rsquo;\u00e9taient \u00e9chapp\u00e9es de ce lieu quelques instants plus t\u00f4t. J&rsquo;ai imm\u00e9diatement voulu sortir pour voir ce qui se passait et porter secours \u00e0 mes enfants, mais je n&rsquo;ai pas pu sortir, car \u00e0 la porte se trouvaient les jeunes qui me retenaient et ne voulaient \u00e0 aucun prix que je sorte. J&rsquo;ai fait tous les efforts possibles pour me lib\u00e9rer et je leur ai dit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Mais laissez-moi aller aider ceux qui crient. Je veux voir mes jeunes et si on leur fait du mal ou si on les tue, je veux mourir avec eux. Je veux y aller, m\u00eame au prix de ma vie. Et m&rsquo;arrachant \u00e0 leurs mains, je suis all\u00e9 sous le portique. Oh ! quel mis\u00e9rable spectacle&nbsp;! La cour \u00e9tait jonch\u00e9e de morts, de moribonds et de bless\u00e9s.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c9pouvant\u00e9s, les jeunes cherchaient \u00e0 fuir d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre, poursuivis par tous ces monstres qui se pr\u00e9cipitaient sur eux, enfon\u00e7aient leurs dents dans les membres et les d\u00e9chiraient. \u00c0 tout moment il y avait des jeunes qui tombaient et expiraient en poussant des cris de douleur.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais celui qui faisait le plus grand carnage \u00e9tait cet ours qui \u00e9tait apparu le premier dans la cour des apprentis. Avec ses deux dents en forme d&rsquo;\u00e9p\u00e9e, il transper\u00e7ait la poitrine des jeunes de droite \u00e0 gauche et de gauche \u00e0 droite, et ceux qui avaient une double blessure au c\u0153ur tombaient morts mis\u00e9rablement.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me mis r\u00e9solument \u00e0 crier :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Courage, mes chers jeunes !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Beaucoup de jeunes gens se r\u00e9fugi\u00e8rent pr\u00e8s de moi. Mais l&rsquo;ours, en me voyant, se pr\u00e9cipita sur moi. Prenant courage, je fis quelques pas vers lui. Pendant ce temps, quelques jeunes parmi ceux qui \u00e9taient dans le r\u00e9fectoire et qui avaient d\u00e9j\u00e0 vaincu les b\u00eates, vinrent sur le seuil et se joignirent \u00e0 moi. Ce prince des d\u00e9mons s&rsquo;avan\u00e7a contre moi et contre eux, mais il ne put nous blesser, car nous \u00e9tions d\u00e9fendus par les boucliers. Il ne put m\u00eame pas nous toucher, car en les voyant, il reculait effray\u00e9 et avec une sorte de r\u00e9v\u00e9rence. Puis, regardant fixement ses longues dents en forme d&rsquo;\u00e9p\u00e9e, je lus deux mots \u00e9crits en grosses lettres. Sur l&rsquo;une \u00e9tait \u00e9crit <em>Otium<\/em>, et sur l&rsquo;autre <em>Gula<\/em>.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Stup\u00e9fait, je me suis dit : Est-il possible que dans notre maison, o\u00f9 tout le monde est si occup\u00e9, o\u00f9 il y a tant \u00e0 faire qu&rsquo;on ne sait m\u00eame pas o\u00f9 mettre la t\u00eate pour venir \u00e0 bout de nos occupations, il y ait des gens qui p\u00e8chent par oisivet\u00e9 ? Et quant aux jeunes, il me semble qu&rsquo;ils travaillent, qu&rsquo;ils \u00e9tudient \u00e0 temps et \u00e0 contretemps, et que dans les loisirs ils ne perdent pas de temps. &#8211; Et je ne pouvais m&rsquo;en donner la raison.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais on m&rsquo;a r\u00e9pondu :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Pourtant, on perd des tas de demi-heures !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Et la gourmandise alors ? continuai-je ; parmi nous, il semble que m\u00eame si nous le voulions, nous ne pourrions pas commettre beaucoup de p\u00e9ch\u00e9s de gourmandise. Nous n&rsquo;avons pas l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00eatre intemp\u00e9rants. La nourriture n&rsquo;est pas recherch\u00e9e et les boissons non plus. On donne \u00e0 peine ce qui est n\u00e9cessaire. Comment donc l&rsquo;intemp\u00e9rance peut-elle se produire et conduire \u00e0 l&rsquo;enfer ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De nouveau on me r\u00e9pondit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; \u00d4 pr\u00eatre ! Tu penses que tu as de grandes connaissances morales et que tu as d\u00e9j\u00e0 beaucoup d&rsquo;exp\u00e9rience, mais en cela tu ne sais rien, tu es nouveau. Ne sais-tu pas que l&rsquo;on peut commettre une gourmandise, une intemp\u00e9rance, m\u00eame en buvant de l&rsquo;eau ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non content de cela, je voulais une explication plus claire, et comme le r\u00e9fectoire \u00e9tait encore \u00e9clair\u00e9 par la Vierge, je suis all\u00e9 tout triste vers le Fr\u00e8re Michel pour lui demander d&rsquo;\u00e9claircir mon doute. Michael me r\u00e9pondit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Eh&nbsp;! mon cher ami, dans ce domaine tu es encore novice. Je vais t&rsquo;expliquer ce que tu demandes.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En ce qui concerne la gourmandise, sache que l&rsquo;on peut p\u00e9cher par intemp\u00e9rance, quand on mange ou boit plus qu&rsquo;il n&rsquo;est n\u00e9cessaire \u00e0 table. On commet l&rsquo;intemp\u00e9rance en dormant ou quand on fait quoi que ce soit pour le corps qui d\u00e9passe le besoin, qui n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire. En ce qui concerne l&rsquo;oisivet\u00e9, sache qu\u2019on entend par l\u00e0 non seulement le fait de ne pas travailler et d&rsquo;occuper ou non son temps libre \u00e0 se divertir, mais aussi le fait de laisser libre cours \u00e0 son imagination en pensant \u00e0 des choses dangereuses. Il y a aussi oisivet\u00e9 lorsque, en \u00e9tudiant, on s&rsquo;amuse au d\u00e9triment des autres, lorsqu\u2019on perd certaines heures en lectures frivoles, ou que l&rsquo;on reste inerte sans s&rsquo;occuper d\u2019autrui, en se laissant gagner par un moment de paresse, et surtout lorsque, \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, on ne prie pas et que l&rsquo;on s&rsquo;ennuie des choses de la pi\u00e9t\u00e9. L&rsquo;oisivet\u00e9 est le p\u00e8re, la source, la cause de beaucoup de mauvaises tentations et de tous les maux. Quant \u00e0 toi, qui es le directeur de ces jeunes, tu dois veiller \u00e0 \u00e9loigner d&rsquo;eux ces deux p\u00e9ch\u00e9s, en essayant de raviver en eux la foi. Si tu peux amener tes jeunes \u00e0 \u00eatre temp\u00e9rants dans les petites choses que j&rsquo;ai dites, ils vaincront toujours le diable et, avec la temp\u00e9rance, leur viendront l&rsquo;humilit\u00e9, la chastet\u00e9 et les autres vertus. Et s&rsquo;ils occupent bien leur temps, ils ne tomberont jamais dans les tentations de l&rsquo;ennemi infernal et vivront et mourront comme des saints chr\u00e9tiens.<br><br>***<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En entendant ces choses, je l&rsquo;ai remerci\u00e9 pour cette belle instruction, et ensuite, pour v\u00e9rifier si ce que je voyais \u00e9tait la r\u00e9alit\u00e9 ou un simple r\u00eave, j&rsquo;ai essay\u00e9 de toucher sa main, mais je n&rsquo;ai pas pu la serrer. J&rsquo;essayai de la serrer une deuxi\u00e8me fois, puis une troisi\u00e8me, mais en vain : je ne serrais que de l&rsquo;air. Pourtant, je voyais toutes ces personnes, elles parlaient, elles semblaient vivantes. Je me suis approch\u00e9 de Don Alasonatti, de Don Ruffino, de mon fr\u00e8re, mais je n&rsquo;ai pas pu leur serrer la main.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;\u00e9tais hors de moi et je m&rsquo;\u00e9criai :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Mais tout ce que je vois est vrai ou non ? N&rsquo;ont-ils pas l&rsquo;air d\u2019\u00eatre des personnes ? Ne les ai-je pas entendus parler ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Fr\u00e8re Michel me r\u00e9pondit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Tu devrais savoir, car tu l&rsquo;as \u00e9tudi\u00e9, que tant que l&rsquo;\u00e2me n&rsquo;est pas r\u00e9unie au corps, il est inutile d&rsquo;essayer de me toucher. Tu ne peux pas toucher les purs esprits. C&rsquo;est seulement pour \u00eatre vus par les mortels que nous devons reprendre notre figure. Mais lorsque nous ressusciterons tous au Jugement, nous reprendrons nos corps immortels et spiritualis\u00e9s.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;ai alors voulu m&rsquo;approcher de la Sainte Vierge, qui semblait avoir quelque chose \u00e0 me dire. J&rsquo;\u00e9tais presque pr\u00e8s d&rsquo;elle, lorsqu&rsquo;un nouveau bruit et de nouveaux cris stridents me parvinrent \u00e0 l&rsquo;oreille. Je voulus aussit\u00f4t quitter le r\u00e9fectoire pour la seconde fois, mais en sortant, je me suis r\u00e9veill\u00e9.<br><br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c0 la fin de son r\u00e9cit, Don Bosco ajouta les observations et les recommandations suivantes : \u00ab&nbsp;Quoi qu&rsquo;il en soit de ce r\u00eave tiss\u00e9 de fils si vari\u00e9s, le fait est qu\u2019on y r\u00e9p\u00e8te et explique les paroles de saint Paul. Mais l\u2019abattement et la prostration de mes forces provoqu\u00e9s par ce r\u00eave furent tels que je priai le Seigneur de ne plus permettre qu&rsquo;un tel r\u00eave se pr\u00e9sente de nouveau \u00e0 mon esprit. Mais voici que la nuit suivante, j&rsquo;ai eu de nouveau le m\u00eame r\u00eave, avec la fin que je n&rsquo;avais pas vue la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Je bougeai et criai tellement que Don Berto entendit le bruit et vint au matin me demander pourquoi j&rsquo;avais cri\u00e9 et si j&rsquo;avais pass\u00e9 la nuit sans dormir. Ces r\u00eaves m\u2019ont fatigu\u00e9 beaucoup plus que si j&rsquo;avais pass\u00e9 toute la nuit \u00e0 veiller et \u00e0 \u00e9crire. Comme vous le voyez, il s&rsquo;agit d&rsquo;un r\u00eave, et je ne souhaite pas lui donner une quelconque autorit\u00e9, mais seulement y voir un r\u00eave, sans aller plus loin. Je ne voudrais qu&rsquo;on \u00e9crive sur lui dans notre maison, ou ici, ou l\u00e0, pour que les gens du dehors, qui ne connaissent pas l&rsquo;Oratoire, ne disent pas, comme ils l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 dit, que Don Bosco fait vivre ses jeunes avec des songes. Mais de cela je ne me soucie gu\u00e8re, qu&rsquo;ils disent ce qu&rsquo;ils veulent. Mais que chacun tire du r\u00eave ce qui vaut pour lui. Pour l&rsquo;instant, je ne vous donne pas d\u2019explications, car il est facile \u00e0 comprendre pour tous. Ce que je vous recommande vivement, c&rsquo;est de raviver votre foi, en la pr\u00e9servant surtout au moyen de la temp\u00e9rance et en fuyant l&rsquo;oisivet\u00e9. Soyez les ennemis de ces deux choses, et soyez les amis de l\u2019autre. Je reviendrai sur ce sujet dans d&rsquo;autres soir\u00e9es. En attendant, je vous souhaite une bonne nuit&nbsp;\u00bb.<br><em>(MB XII, 348-356)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Quand je me suis consacr\u00e9 \u00e0 cette partie du minist\u00e8re sacr\u00e9, j&rsquo;ai eu l&rsquo;intention de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":34901,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":38,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1716,2563,2634,2554,1764,2194,1824,2186,2049,1968,1956,1962],"class_list":["post-34908","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-charite","tag-conciles","tag-dieu","tag-don-bosco","tag-education","tag-gras-obtenues","tag-jesus","tag-jeunes","tag-saints","tag-salesiens","tag-salut"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34908"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34908\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/34901"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}