{"id":31488,"date":"2024-12-29T10:43:27","date_gmt":"2024-12-29T10:43:27","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=31488"},"modified":"2024-12-29T10:55:26","modified_gmt":"2024-12-29T10:55:26","slug":"profils-de-familles-blessees-dans-lhistoire-de-la-saintete-salesienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/bonne-presse\/profils-de-familles-blessees-dans-lhistoire-de-la-saintete-salesienne\/","title":{"rendered":"Profils de familles bless\u00e9es dans l&rsquo;histoire de la saintet\u00e9 sal\u00e9sienne"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1. Histoires de familles bless\u00e9es<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous avons l&rsquo;habitude d&rsquo;imaginer la famille comme une r\u00e9alit\u00e9 harmonieuse, caract\u00e9ris\u00e9e par la cohabitation de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations et par le r\u00f4le des parents qui donnent des normes de vie \u00e0 leurs enfants, et ceux-ci se laissent guider par eux dans l&rsquo;exp\u00e9rience de la r\u00e9alit\u00e9. Or les familles traversent souvent des drames et des incompr\u00e9hensions, ou sont marqu\u00e9es par des blessures qui les d\u00e9figurent et en donnent une image d\u00e9form\u00e9e, falsifi\u00e9e et trompeuse.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;histoire de la saintet\u00e9 sal\u00e9sienne est \u00e9galement travers\u00e9e par des histoires de familles bless\u00e9es. Elle montre des familles o\u00f9 manque au moins une des figures parentales, ou des familles o\u00f9 la pr\u00e9sence de la maman et du papa devient, pour des raisons diverses (physiques, psychiques, morales et spirituelles), p\u00e9nalisante pour leur enfant, aujourd&rsquo;hui en route vers les honneurs des autels. Don Bosco lui-m\u00eame avait exp\u00e9riment\u00e9 la mort pr\u00e9matur\u00e9e de son p\u00e8re et avait \u00e9t\u00e9 \u00e9loign\u00e9 de sa famille par prudence par Maman Marguerite. Il a voulu \u2013 et ce n&rsquo;est pas un hasard \u2013 que l&rsquo;\u0153uvre sal\u00e9sienne soit particuli\u00e8rement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la \u00ab jeunesse pauvre et abandonn\u00e9e \u00bb. Il n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 pratiquer avec les jeunes qui se sont form\u00e9s dans son oratoire une intense pastorale vocationnelle, montrant par l\u00e0 qu&rsquo;aucune blessure du pass\u00e9 n&rsquo;est un obstacle \u00e0 une vie humaine et chr\u00e9tienne r\u00e9ussie. Il est donc naturel que m\u00eame la saintet\u00e9 sal\u00e9sienne, enracin\u00e9e dans la vie de nombreux jeunes qui se sont consacr\u00e9s \u00e0 la suite de don Bosco \u00e0 la cause de l&rsquo;\u00c9vangile, porte en elle comme cons\u00e9quence logique la trace de familles bless\u00e9es.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Parmi les jeunes, gar\u00e7ons et filles, qui ont grandi au contact des \u0153uvres sal\u00e9siennes, nous en pr\u00e9sentons trois, dont l&rsquo;histoire est inscrite dans le sillon biographique de Don Bosco :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; la bienheureuse Laura Vicu\u00f1a, n\u00e9e au Chili en 1891, orpheline de p\u00e8re, bless\u00e9e par l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 morale de sa m\u00e8re, pr\u00eate \u00e0 offrir sa vie pour elle qui cohabite en Argentine avec le riche propri\u00e9taire Manuel Mora ;<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; le serviteur de Dieu Carlo Braga, originaire de la Valtelline, n\u00e9 en 1889, abandonn\u00e9 tr\u00e8s jeune par son p\u00e8re et \u00e9loign\u00e9 de sa m\u00e8re parce que celle-ci \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e, soit par ignorance soit par m\u00e9disance, comme psychiquement instable ; au milieu de grandes humiliations, Carlo verra sa vocation sal\u00e9sienne mise en difficult\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises par ceux qui craignent chez lui une r\u00e9apparition compromettante du malaise psychique faussement attribu\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re ;<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; enfin la servante de Dieu Anna Maria Lozano, n\u00e9e en 1883 en Colombie, oblig\u00e9e de suivre sa famille dans le lazaret o\u00f9 son p\u00e8re a d\u00fb se rendre \u00e0 la suite de l&rsquo;apparition des signes de la terrible maladie de la l\u00e8pre\u00a0; entrav\u00e9e dans sa vocation religieuse, elle pourra finalement la r\u00e9aliser gr\u00e2ce \u00e0 sa rencontre providentielle avec le sal\u00e9sien Luigi Variara, aujourd\u2019hui Bienheureux.<br><br><strong>2. Don Bosco et la recherche du p\u00e8re<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Comme Laura, Carlo et Anna Maria, marqu\u00e9s par l&rsquo;absence ou les \u00ab blessures \u00bb d&rsquo;une ou plusieurs figures parentales, Don Bosco exp\u00e9rimente avant eux, et d&rsquo;une certaine mani\u00e8re \u00ab pour eux \u00bb, la perte d&rsquo;un noyau familial fort.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les <em>M\u00e9moires de l&rsquo;Oratoire<\/em> de Don Bosco racontent d\u00e8s le d\u00e9but la perte pr\u00e9coce de son p\u00e8re Francesco. Celui-ci meurt \u00e0 34 ans et Don Bosco recourt \u00e0 une expression, par certains aspects d\u00e9concertante, en disant que \u00ab Dieu <em>mis\u00e9ricordieux<\/em> les frappa tous d&rsquo;un grave malheur \u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019un des tout premiers souvenirs du futur saint des jeunes retrace une exp\u00e9rience d\u00e9chirante : pr\u00e8s du corps de son p\u00e8re mort, il montre sa r\u00e9sistance quand sa m\u00e8re tente de l&rsquo;\u00e9loigner : \u00ab Je voulais absolument rester l\u00e0 \u00bb, explique Don Bosco. Il avait ajout\u00e9 : \u00ab Si papa ne vient pas, je ne veux pas y aller \u00bb. Maman Marguerite lui r\u00e9pond alors : \u00ab Pauvre fils, viens avec moi, tu n&rsquo;as plus de p\u00e8re \u00bb. Elle pleure et Giovannino, qui n\u2019a pas encore une compr\u00e9hension rationnelle de la situation mais qui en devine tout le drame avec une intuition affective et empathique, s&rsquo;approprie la tristesse de sa m\u00e8re : \u00ab Je pleurais parce qu&rsquo;elle pleurait, car \u00e0 cet \u00e2ge je ne pouvais certainement pas comprendre \u00e0 quel point la perte du p\u00e8re \u00e9tait un grand malheur \u00bb.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Face au p\u00e8re mort, Giovannino montre qu&rsquo;il le consid\u00e8re encore comme le centre de sa vie. Il dit en effet : \u00ab Je ne veux pas <em>aller<\/em> [avec toi, maman] \u00bb et non, comme on pourrait s&rsquo;y attendre : \u00ab je ne veux pas <em>venir<\/em> \u00bb. Son point de r\u00e9f\u00e9rence est le p\u00e8re, point de d\u00e9part et point de retour souhaitable, par rapport auquel tout \u00e9loignement semble d\u00e9stabilisant. Dans cette situation dramatique, Giovannino n&rsquo;a pas encore compris ce que signifie la mort du p\u00e8re. Il esp\u00e8re (\u00ab si papa ne vient pas&#8230; \u00bb) que le p\u00e8re pourra encore rester pr\u00e8s de lui. Et pourtant il devine d\u00e9j\u00e0, \u00e0 travers son immobilit\u00e9 et son mutisme, son incapacit\u00e9 de le prot\u00e9ger et de le d\u00e9fendre. Il ressent l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre pris par la main pour devenir \u00e0 son tour un homme. Les \u00e9v\u00e9nements qui suivent confirment Giovanni dans la certitude que le p\u00e8re est celui qui le prot\u00e8ge, l&rsquo;oriente et le guide avec amour et que, lorsqu&rsquo;il lui manque, m\u00eame la meilleure des m\u00e8res, m\u00eame maman Marguerite, ne peut y rem\u00e9dier qu&rsquo;en partie. Cependant, sur son parcours de jeune exub\u00e9rant, le futur Don Bosco va rencontrer d&rsquo;autres \u00ab p\u00e8res \u00bb : Luigi Comollo, l\u2019ami presque du m\u00eame \u00e2ge, qui r\u00e9veille en lui l&rsquo;\u00e9mulation des vertus, et saint Joseph Cafasso, qui l&rsquo;appelle \u00ab mon cher ami \u00bb, lui fait \u00ab un gracieux signe de s&rsquo;approcher \u00bb et, ce faisant, le confirme dans la conviction que la paternit\u00e9 est proximit\u00e9, confiance et souci concret de l\u2019autre. Mais il y a surtout Don Calosso, le pr\u00eatre qui \u00ab intercepte \u00bb le jeune Giovannino lors d&rsquo;une mission populaire et devient d\u00e9terminant pour sa croissance humaine et spirituelle. Les gestes de Don Calosso op\u00e8rent chez le pr\u00e9adolescent Giovanni une v\u00e9ritable r\u00e9volution. Don Calosso d&rsquo;abord <em>lui parle<\/em>. Puis il lui donne la parole. Puis il l&rsquo;encourage. Puis il <em>s&rsquo;int\u00e9resse<\/em> \u00e0 l&rsquo;histoire de la famille Bosco, montrant qu&rsquo;il sait contextualiser l&rsquo;\u00ab heure \u00bb de ce gar\u00e7on dans le \u00ab tout \u00bb de son histoire. De plus, il lui r\u00e9v\u00e8le le monde, il le met en quelque sorte de nouveau au monde, lui faisant d\u00e9couvrir des choses nouvelles, lui offrant de nouveaux mots et lui montrant qu&rsquo;il a la capacit\u00e9 de faire beaucoup et bien. Enfin, il <em>le garde<\/em> avec le geste et le regard, et pourvoit \u00e0 ses besoins les plus urgents : \u00ab Pendant que je parlais, il ne me quittait pas des yeux\u00a0\u00bb en me disant\u00a0: \u00ab\u00a0Aie du courage, mon ami, je penserai \u00e0 toi et \u00e0 tes \u00e9tudes \u00bb.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En Don Calosso, Giovanni Bosco fait l&rsquo;exp\u00e9rience que la vraie paternit\u00e9 m\u00e9rite une confiance totale et totalisante ; elle conduit \u00e0 la prise de conscience de soi ; elle ouvre un \u00ab monde ordonn\u00e9 \u00bb o\u00f9 la r\u00e8gle donne s\u00e9curit\u00e9 et \u00e9duque \u00e0 la libert\u00e9 :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab Je me suis rapidement mis entre les mains de Don Calosso. Je compris alors ce que cela signifie d&rsquo;avoir un guide stable [&#8230;], un ami fid\u00e8le de l&rsquo;\u00e2me&#8230; Il m&rsquo;encouragea ; tout le temps que je pouvais, je le passais pr\u00e8s de lui&#8230; \u00c0 partir de cette \u00e9poque, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 go\u00fbter ce qu&rsquo;est la vie spirituelle, car auparavant j&rsquo;agissais plut\u00f4t mat\u00e9riellement et comme une machine qui fait une chose sans en conna\u00eetre la raison \u00bb.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le p\u00e8re sur la terre est aussi celui qui voudrait toujours \u00eatre pr\u00e8s de son fils, mais qui, \u00e0 un certain moment, ne peut plus le faire. Don Calosso meurt lui aussi. M\u00eame le meilleur des p\u00e8res \u00e0 un certain moment se retire pour donner \u00e0 son fils la force du d\u00e9tachement et de l&rsquo;autonomie typiques de l&rsquo;\u00e2ge adulte.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais alors, quelle est pour Don Bosco la diff\u00e9rence entre les familles r\u00e9ussies et les familles bless\u00e9es ? On serait tent\u00e9 de dire ceci : \u00ab r\u00e9ussie \u00bb est la famille caract\u00e9ris\u00e9e par des parents qui \u00e9duquent les enfants \u00e0 la libert\u00e9 et, s&rsquo;ils les laissent, c&rsquo;est seulement \u00e0 la suite d\u2019une impossibilit\u00e9 ou pour leur bien. \u00ab Bless\u00e9e \u00bb en revanche est la famille o\u00f9 le parent ne g\u00e9n\u00e8re plus \u00e0 la vie, mais porte en lui des probl\u00e8mes qui entravent la croissance de l&rsquo;enfant, un parent qui se d\u00e9sint\u00e9resse de lui et, face aux difficult\u00e9s, l&rsquo;abandonne m\u00eame, avec une attitude si diff\u00e9rente de celle du Bon Pasteur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est ce que confirment les aventures v\u00e9cues par Laura, Carlo et Anna Maria.<br><br><strong>3. Laura, une fille qui \u00ab g\u00e9n\u00e8re \u00bb sa propre m\u00e8re<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 N\u00e9e \u00e0 Santiago du Chili le 5 avril 1891, et baptis\u00e9e le 24 mai suivant, Laura est la fille a\u00een\u00e9e de Jos\u00e9 D. Vicu\u00f1a, un noble d\u00e9chu qui avait \u00e9pous\u00e9 Mercedes Pino, fille de modestes agriculteurs. Trois ans plus tard, une petite s\u0153ur, Julia Amanda, arrive, mais bient\u00f4t le papa meurt, apr\u00e8s avoir subi une d\u00e9faite politique qui a min\u00e9 sa sant\u00e9 et compromis son honneur ainsi que le soutien \u00e9conomique de sa famille. Priv\u00e9e de toute \u00ab protection et perspective d&rsquo;avenir \u00bb, la maman arrive en Argentine, o\u00f9 elle recourt \u00e0 la protection du propri\u00e9taire terrien Manuel Mora, un homme \u00ab au caract\u00e8re superbe et altier \u00bb, qui \u00ab ne dissimule pas sa haine et son m\u00e9pris pour quiconque s&rsquo;opposerait \u00e0 ses projets \u00bb. Un homme qui, seulement en apparence, garantit la protection, mais est en r\u00e9alit\u00e9 habitu\u00e9 \u00e0 prendre ce qu\u2019il veut, si n\u00e9cessaire par la force, instrumentalisant les personnes. Il paie les \u00e9tudes de Laura et de sa s\u0153ur au coll\u00e8ge des Filles de Marie Auxiliatrice, pendant que leur m\u00e8re, qui subit l&rsquo;influence psychologique de Mora, cohabite avec lui sans trouver la force de rompre le lien. Lorsque Mora commence \u00e0 montrer des signes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat malhonn\u00eate m\u00eame envers Laura, et surtout lorsque cette derni\u00e8re entreprend le parcours de pr\u00e9paration \u00e0 la Premi\u00e8re Communion, elle comprend soudain toute la gravit\u00e9 de la situation. Contrairement \u00e0 sa m\u00e8re \u2013 qui justifie un mal (la cohabitation) en vue d&rsquo;un bien (l&rsquo;\u00e9ducation des filles au coll\u00e8ge) \u2013 Laura comprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un raisonnement moralement ill\u00e9gitime, qui met en grave danger l&rsquo;\u00e2me de sa m\u00e8re. \u00c0 cette \u00e9poque, Laura souhaitait devenir elle-m\u00eame une s\u0153ur de Marie Auxiliatrice, mais sa demande est rejet\u00e9e, car elle est la fille d&rsquo;une \u00ab concubine publique \u00bb. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce moment-l\u00e0 que Laura \u2013 accueillie au coll\u00e8ge alors que dominaient encore en elle \u00ab l\u2019impulsivit\u00e9, le ressentiment, l\u2019irritabilit\u00e9, l\u2019impatience et la propension \u00e0 appara\u00eetre \u00bb \u2013 manifeste un changement que seule la Gr\u00e2ce, unie aux efforts la personne, peut op\u00e9rer. Elle demande \u00e0 Dieu la conversion de sa m\u00e8re offrant sa vie pour elle. Dans cette situation, Laura ne peut se mouvoir ni \u00ab en avant \u00bb (en entrant parmi les Filles de Marie Auxiliatrice), ni \u00ab en arri\u00e8re \u00bb (en retournant aupr\u00e8s de sa m\u00e8re et de Mora). C\u2019est alors qu\u2019avec la cr\u00e9ativit\u00e9 typique des saints, Laura prend l&rsquo;unique chemin qui lui reste accessible : celui de la hauteur et de la profondeur. Dans les r\u00e9solutions de sa Premi\u00e8re Communion, elle avait not\u00e9 :<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me propose de faire tout ce que je sais et tout ce que je peux pour [\u2026] r\u00e9parer les offenses que vous, Seigneur, recevez chaque jour des hommes, en particulier des personnes de ma famille. Mon Dieu, donnez-moi une vie d&rsquo;amour, de mortification et de sacrifice.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Elle concr\u00e9tise sa r\u00e9solution dans un \u00ab Acte d&rsquo;offrande \u00bb, qui inclut le sacrifice de sa propre vie. Son confesseur, reconnaissant que l&rsquo;inspiration vient de Dieu mais ignorant les cons\u00e9quences, donne son consentement et confirme que Laura est \u00ab consciente de l&rsquo;offrande qu&rsquo;elle vient de faire \u00bb. Elle vit les deux derni\u00e8res ann\u00e9es dans le silence, la joie et avec le sourire, avec son temp\u00e9rament riche de chaleur humaine. Et pourtant, le regard qu&rsquo;elle pose sur le monde \u2013 comme le confirme une photo, tr\u00e8s diff\u00e9rente de la stylisation hagiographique connue \u2013 dit aussi toute la souffrance consciente et la douleur qui l&rsquo;habitent. Dans une situation o\u00f9 lui manquent \u00e0 la fois la libert\u00e9 par rapport aux conditionnements, obstacles et fatigues, et la libert\u00e9 d\u2019agir, cette pr\u00e9adolescente t\u00e9moigne d\u2019une \u00ab libert\u00e9 pour \u00bb : pour faire le don total d\u2019elle-m\u00eame.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Laura ne m\u00e9prise pas la vie, elle aime la vie, la sienne et celle de sa m\u00e8re. Pour cela, elle s&rsquo;offre. Le 13 avril 1902, dimanche du Bon Pasteur, elle se demande : \u00ab Si Lui donne sa vie, qu&rsquo;est-ce qui m\u2019emp\u00eache [de donner la mienne] pour ma m\u00e8re ? \u00bb Moribonde, elle ajoute : \u00ab Maman, je meurs, je l&rsquo;ai moi-m\u00eame demand\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus&#8230; cela fait presque deux ans que je lui offre ma vie pour toi&#8230; pour obtenir la gr\u00e2ce de ton retour ! \u00bb<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ces mots sont d\u00e9pourvus de regret et de reproche, mais charg\u00e9s d&rsquo;une grande force, d&rsquo;un grand espoir et d&rsquo;une grande foi. Laura a appris \u00e0 accueillir sa m\u00e8re pour ce qu&rsquo;elle est. Elle s\u2019offre elle-m\u00eame pour lui donner ce qu&rsquo;elle ne peut obtenir seule. Lorsque Laura meurt, sa m\u00e8re se convertit. C\u2019est ainsi que Laurita de los Andes, la fille, a contribu\u00e9 \u00e0 engendrer sa m\u00e8re \u00e0 la vie de la foi et de la gr\u00e2ce.<br><br><strong>4. Carlo Braga et l&rsquo;ombre de sa m\u00e8re<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Carlo Braga, qui na\u00eet deux ans avant Laura, en 1889, est \u00e9galement marqu\u00e9 par la fragilit\u00e9 de sa m\u00e8re. En effet, lorsque son mari l&rsquo;abandonne, elle et ses enfants, Matilde \u00ab ne mangeait presque plus et d\u00e9clinait \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il \u00bb. Emmen\u00e9e \u00e0 C\u00f4me, elle meurt quatre ans plus tard de tuberculose, mais tous sont convaincus que la d\u00e9pression s&rsquo;\u00e9tait transform\u00e9e chez elle en une v\u00e9ritable folie. Carlo commence alors \u00e0 \u00eatre \u00ab compatissant comme fils d&rsquo;un inconscient [le p\u00e8re] et d&rsquo;une m\u00e8re malheureuse \u00bb. Cependant, trois \u00e9v\u00e9nements providentiels viennent \u00e0 son secours.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quant au premier, survenu lorsqu&rsquo;il \u00e9tait tout petit, il en d\u00e9couvrira le sens plus tard. Il \u00e9tait tomb\u00e9 dans le feu et sa m\u00e8re Matilde, en le sauvant, l&rsquo;avait \u00e0 cet instant consacr\u00e9 \u00e0 la Vierge. C\u2019est ainsi que la pens\u00e9e de sa m\u00e8re absente devient pour Carlo enfant \u00ab un souvenir douloureux et consolant \u00e0 la fois \u00bb : douleur \u00e0 cause de son absence, mais aussi certitude qu&rsquo;elle l&rsquo;a confi\u00e9 \u00e0 Marie, la M\u00e8re de toutes les m\u00e8res. Bien des ann\u00e9es plus tard, don Braga \u00e9crira \u00e0 un confr\u00e8re sal\u00e9sien touch\u00e9 par la perte de sa m\u00e8re :<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Maintenant, ta m\u00e8re t&rsquo;appartient bien plus que lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait vivante. Laisse-moi te parler de ma propre exp\u00e9rience. Ma m\u00e8re m&rsquo;a quitt\u00e9 quand j&rsquo;avais six ans [\u2026]. Mais je dois te confesser qu&rsquo;elle m\u2019a suivi pas \u00e0 pas et, lorsque je pleurais d\u00e9sol\u00e9 en \u00e9coutant le murmure de l&rsquo;Adda, tandis que, petit berger, je me sentais appel\u00e9 \u00e0 une vocation plus haute, il me semblait que Maman me souriait et essuyait mes larmes.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Carlo rencontre ensuite s\u0153ur Judith Torelli, une Fille de Marie Auxiliatrice qui \u00ab sauva le petit Carlo de la d\u00e9sint\u00e9gration de sa personnalit\u00e9 quand, \u00e0 neuf ans, il se rendit compte qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 peine tol\u00e9r\u00e9 et qu\u2019il entendait parfois les gens dire \u00e0 son sujet : Pauvre petit, pourquoi est-il au monde ? \u00bb Certains soutenaient que son p\u00e8re m\u00e9ritait d&rsquo;\u00eatre fusill\u00e9 pour sa trahison et l&rsquo;abandon\u00a0; quant \u00e0 sa m\u00e8re, de nombreux camarades de classe lui r\u00e9pliquaient : \u00ab Tais-toi, de toute fa\u00e7on ta m\u00e8re \u00e9tait folle \u00bb. Mais s\u0153ur Judith l&rsquo;aime en l&rsquo;aidant d&rsquo;une mani\u00e8re sp\u00e9ciale ; elle pose sur lui un regard \u00ab nouveau \u00bb ; de plus, elle croit en sa vocation et l&rsquo;encourage.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Entr\u00e9 par la suite au coll\u00e8ge sal\u00e9sien de Sondrio, Carlo vit sa troisi\u00e8me et d\u00e9cisive exp\u00e9rience : il fait la connaissance de don Rua, dont il a l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre le petit secr\u00e9taire pendant un jour. Don Rua sourit \u00e0 Carlo et, r\u00e9p\u00e9tant le geste que Don Bosco avait accompli autrefois avec lui (\u00ab Michelino, toi et moi, nous ferons toujours tout \u00e0 moiti\u00e9 \u00bb), \u00ab il met sa main dans la sienne et lui dit : nous serons toujours amis \u00bb. Si s\u0153ur Judith avait cru en la vocation de Carlo, don Rua lui permettait maintenant de la r\u00e9aliser, \u00ab en le faisant passer par-dessus tous les obstacles \u00bb. Certes, Carlo Braga ne manquera pas de difficult\u00e9s \u00e0 chaque \u00e9tape de sa vie. Comme novice, clerc, voire provincial, il conna\u00eetra des renvois par mesure de prudence et parfois certaines formes de calomnies, mais il aura d\u00e9sormais appris \u00e0 les affronter. Il devient de plus en plus un homme capable de rayonner une joie extraordinaire, un homme humble, actif et d&rsquo;une d\u00e9licate ironie\u00a0; ces caract\u00e9ristiques t\u00e9moignaient de l&rsquo;\u00e9quilibre de sa personne et de son sens de la r\u00e9alit\u00e9. Sous l&rsquo;action de l&rsquo;Esprit Saint, don Braga d\u00e9veloppe en lui une paternit\u00e9 rayonnante, \u00e0 laquelle s&rsquo;ajoute une grande tendresse pour les jeunes qui lui sont confi\u00e9s. Il red\u00e9couvre l&rsquo;amour pour son p\u00e8re, il lui pardonne et entreprend un voyage pour se r\u00e9concilier avec lui. Il se soumet \u00e0 d&rsquo;innombrables efforts pour \u00eatre toujours au milieu de ses Sal\u00e9siens et de ses jeunes. Il se d\u00e9finit comme celui qui a \u00e9t\u00e9 \u00ab mis dans la vigne pour faire le piquet \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans l&rsquo;ombre mais pour le bien des autres. Un p\u00e8re disait \u00e0 son fils qu\u2019il lui confiait comme aspirant sal\u00e9sien : \u00ab Avec un homme comme lui, je te laisse aller m\u00eame au p\u00f4le Nord ! \u00bb Don Carlo ne s&rsquo;indigne pas des besoins des enfants, au contraire il leur apprend \u00e0 les exprimer, \u00e0 accro\u00eetre le d\u00e9sir : \u00ab As-tu besoin de livres ? N&rsquo;aie pas peur, \u00e9cris une liste plus longue \u00bb. Surtout, don Carlo a appris \u00e0 poser sur les autres ce regard d&rsquo;amour qu\u2019il avait senti sur lui autrefois de la part de s\u0153ur Judith et de Don Rua. Don Giuseppe Zen, aujourd&rsquo;hui cardinal, a donn\u00e9 ce t\u00e9moignage dans un long passage qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre lu int\u00e9gralement et qui commence par les paroles de sa propre m\u00e8re \u00e0 don Braga :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab Regardez, P\u00e8re, ce gar\u00e7on n&rsquo;est plus tr\u00e8s bon. Peut-\u00eatre n&rsquo;est-il pas adapt\u00e9 pour \u00eatre accept\u00e9 dans cet institut. Je ne voudrais pas que vous soyez tromp\u00e9. Ah, si vous saviez comme il m&rsquo;a fait d\u00e9sesp\u00e9rer cette derni\u00e8re ann\u00e9e ! Je ne savais vraiment plus quoi faire. Et s&rsquo;il vous fait d\u00e9sesp\u00e9rer ici aussi, dites-le-moi, je viendrai le reprendre tout de suite \u00bb. Don Braga, au lieu de r\u00e9pondre, me regardait dans les yeux ; moi aussi je le regardais, mais la t\u00eate baiss\u00e9e. Je me sentais comme un accus\u00e9 devant le Minist\u00e8re Public, au lieu d&rsquo;\u00eatre d\u00e9fendu par mon avocat. Mais le juge \u00e9tait de mon c\u00f4t\u00e9. Avec son regard, il m&rsquo;a profond\u00e9ment compris, tout de suite et mieux que toutes les explications de ma m\u00e8re. Lui-m\u00eame, m&rsquo;\u00e9crivant de nombreuses ann\u00e9es plus tard, s&rsquo;appliquait les mots de l&rsquo;\u00c9vangile : \u00ab <em>Intuitus dilexit eum<\/em> (en le regardant, il l&rsquo;aima) \u00bb. Et depuis ce jour, je n&rsquo;ai plus eu de doutes sur ma vocation.<br><br><strong>5. Anna Maria Lozano D\u00edaz et la f\u00e9conde maladie de son p\u00e8re<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les parents de Laura et de Carlo s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 divers titres \u00ab lointains \u00bb ou \u00ab absents \u00bb. Une derni\u00e8re figure, celle d&rsquo;Anna Maria, atteste le dynamisme oppos\u00e9 : celui d&rsquo;un p\u00e8re <em>trop<\/em> pr\u00e9sent, qui par sa pr\u00e9sence ouvre \u00e0 sa fille un nouveau chemin de sanctification. Anna na\u00eet le 24 septembre 1883 \u00e0 Oicat\u00e0, en Colombie, dans une famille nombreuse, caract\u00e9ris\u00e9e par la vie chr\u00e9tienne exemplaire de ses parents. Lorsqu\u2019Anna est tr\u00e8s jeune, son p\u00e8re d\u00e9couvre un jour en se lavant qu\u2019il avait une tache suspecte sur sa jambe. C&rsquo;est la terrible l\u00e8pre, qu&rsquo;il parvient \u00e0 cacher pendant un certain temps, mais qu&rsquo;il est finalement contraint de reconna\u00eetre, acceptant d&rsquo;abord de se s\u00e9parer de sa famille, puis de la r\u00e9unir aupr\u00e8s de lui pr\u00e8s du lazaret d&rsquo;Agua de Dios. Sa femme lui avait dit h\u00e9ro\u00efquement : \u00ab Ton sort est le n\u00f4tre \u00bb. C\u2019est ainsi que des personnes saines acceptent les conditionnements qui leur viennent de l&rsquo;adoption du rythme des malades. Dans ce contexte, la maladie du p\u00e8re conditionne la libert\u00e9 de choix d&rsquo;Anna Maria, contrainte de projeter sa propre vie dans un \u00e9tablissement pour malades contagieux. Comme cela fut le cas pour Laura, elle se trouve dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de r\u00e9aliser sa vocation religieuse \u00e0 cause de la maladie paternelle\u00a0; elle exp\u00e9rimente int\u00e9rieurement la d\u00e9chirure que la l\u00e8pre op\u00e8re sur les malades. Mais Anna Maria n&rsquo;est pas seule. Comme Don Bosco avec Don Calosso, Laura avec son confesseur et Carlo avec Don Rua, elle trouve un ami de l&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est le bienheureux Don Luigi Variara, sal\u00e9sien, qui lui donne cette assurance : \u00ab Si vous avez une vocation religieuse, elle se r\u00e9alisera \u00bb, et l\u2019implique dans la fondation des Filles des Sacr\u00e9s C\u0153urs de J\u00e9sus et Marie, en 1905. C&rsquo;est le premier Institut \u00e0 accueillir en son sein des l\u00e9preux ou des filles de l\u00e9preux. Lorsque Lozano meurt, le 5 mars 1982 \u00e0 presque 99 ans, M\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale pendant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, l&rsquo;intuition du sal\u00e9sien Don Variara s&rsquo;est d\u00e9sormais concr\u00e9tis\u00e9e dans une exp\u00e9rience qui a confirm\u00e9 et renforc\u00e9 la dimension victimale et r\u00e9paratrice du charisme sal\u00e9sien.<br><br><strong>6. L\u2019enseignement des saints<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Malgr\u00e9 leurs incontestables diff\u00e9rences, les vies de Laura Vicu\u00f1a (Bienheureuse), de Carlo Braga et d\u2019Anna Maria Lozano (Serviteurs de Dieu) ont des caract\u00e9ristiques communes dignes de mention :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 a) Laura, Anna et Carlo, comme d\u00e9j\u00e0 Don Bosco, souffrent de situations de malaise et de difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 divers titres \u00e0 leurs parents. Maman Marguerite se voit contrainte d&rsquo;\u00e9loigner Giovannino de la maison lorsque l&rsquo;absence de l&rsquo;autorit\u00e9 paternelle favorise l\u2019opposition de son fr\u00e8re Antonio ; Laura a \u00e9t\u00e9 menac\u00e9e par Mora et refus\u00e9e par les Filles de Marie Auxiliatrice comme aspirante ; Carlo Braga a subi des incompr\u00e9hensions et des calomnies ; la l\u00e8pre du p\u00e8re semble \u00e0 un certain moment priver Anna Maria de tout espoir d&rsquo;avenir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une famille souffrant de blessures diverses cause un <em>dommage objectif<\/em> \u00e0 ceux qui en font partie. M\u00e9conna\u00eetre ou tenter de r\u00e9duire l&rsquo;ampleur de ce dommage serait une entreprise tout aussi illusoire qu&rsquo;injuste. \u00c0 chaque souffrance s&rsquo;associe en effet un \u00e9l\u00e9ment de perte que les \u00ab saints \u00bb, avec leur r\u00e9alisme, interceptent et apprennent \u00e0 nommer.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 b) Giovannino, Laura, Anna Maria et Carlo effectuent \u00e0 ce stade un second passage, plus ardu que le premier : au lieu de subir passivement la situation, ou de g\u00e9mir sur elle, ils font face au probl\u00e8me avec une conscience accrue. En plus d&rsquo;un vif r\u00e9alisme, ils attestent la capacit\u00e9, typique des saints, de r\u00e9agir rapidement, \u00e9vitant le repli autor\u00e9f\u00e9rentiel. Ils se dilatent dans le don, et ancrent ce don dans les conditions concr\u00e8tes de la vie. Ce faisant, ils lient le \u00ab <em>da mihi animas<\/em> \u00bb au \u00ab <em>caetera tolle<\/em> \u00bb.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 c) Les limites et les blessures ne sont jamais supprim\u00e9es, mais toujours reconnues et nomm\u00e9es ; elles sont m\u00eame \u00ab <em>habit\u00e9es <\/em>\u00bb. Plong\u00e9s dans des \u00e9v\u00e9nements historiques plus grands qu&rsquo;eux et qui semblent les submerger, la Bienheureuse Alexandrina Maria da Costa et le Serviteur de Dieu Nino Baglieri, le V\u00e9n\u00e9rable Andrea Beltrami et le Bienheureux Auguste Czartoryski, \u00ab atteints \u00bb par le Seigneur dans les conditions invalidantes de leur maladie, le Bienheureux Titus Zeman, le V\u00e9n\u00e9rable Jos\u00e9 Vandor et le Serviteur de Dieu Ignace Stuchl\u00fd nous enseignent l&rsquo;art difficile de tenir bon dans les difficult\u00e9s et de permettre au Seigneur de nous \u00e9panouir en elles. La libert\u00e9 de choix prend ici la forme tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;une libert\u00e9 d&rsquo;adh\u00e9sion, dans le \u00ab <em>fiat<\/em> \u00bb.<br><br><em>Note bibliographique<br><\/em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour garder \u00e0 ce texte son caract\u00e8re de \u00ab t\u00e9moignage \u00bb et non de \u00ab relation \u00bb, on a \u00e9vit\u00e9 d\u2019y ajouter un appareil critique de notes. On signale cependant que les citations pr\u00e9sentes dans le texte sont tir\u00e9es des <em>M\u00e9moires de l&rsquo;Oratoire<\/em> ; de Maria Dosio, <em>Laura Vicu\u00f1a. Un chemin de saintet\u00e9 juv\u00e9nile sal\u00e9sienne<\/em>, LAS, Rome 2004 ; de <em>Don Carlo Braga raconte son exp\u00e9rience missionnaire et p\u00e9dagogique <\/em>(t\u00e9moignage autobiographique du Serviteur de Dieu) et de la <em>Vie de Don Carlo Braga, \u00ab Le Don Bosco de la Chine \u00bb<\/em>, \u00e9crite par le sal\u00e9sien Don Mario Rassiga et aujourd&rsquo;hui disponible en polycopi\u00e9s. \u00c0 ces sources s&rsquo;ajoutent ensuite les mat\u00e9riaux des Proc\u00e8s de b\u00e9atification et de canonisation, accessibles pour Don Bosco et Laura, encore r\u00e9serv\u00e9s pour les Serviteurs de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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