{"id":31453,"date":"2024-12-27T08:04:24","date_gmt":"2024-12-27T08:04:24","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=31453"},"modified":"2026-03-26T07:58:14","modified_gmt":"2026-03-26T07:58:14","slug":"don-beltrami-un-profil-vertueux-2-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/don-beltrami-un-profil-vertueux-2-2\/","title":{"rendered":"Don Beltrami. Un profil vertueux (2\/2)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><em><a href=\"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/don-beltrami-un-profil-vertueux-1-2\/\">(suite de l\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent)<\/a><\/em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><strong>3. Histoire d&rsquo;une \u00e2me<br><\/strong><\/strong><br><strong>3.1. Aimer et souffrir<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Don Barberis esquisse tr\u00e8s bien la parabole existentielle de Beltrami en y lisant l&rsquo;action myst\u00e9rieuse et transformatrice de la gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00ab&nbsp;\u00e0 travers les principales conditions de la vie sal\u00e9sienne, afin qu&rsquo;il soit un mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, de clerc, d\u2019enseignant, d&rsquo;\u00e9tudiant universitaire, de pr\u00eatre, d&rsquo;\u00e9crivain, de malade ; un mod\u00e8le dans chaque vertu, dans la patience comme dans la charit\u00e9, dans l&rsquo;amour de la p\u00e9nitence comme dans le z\u00e8le&#8230;&nbsp;\u00bb Il est int\u00e9ressant de noter que Barberis lui-m\u00eame, en introduisant la deuxi\u00e8me partie de sa biographie consacr\u00e9e aux vertus de Don Beltrami, d\u00e9clare : \u00ab&nbsp;On pourrait dire que la vie de notre Don Beltrami est l&rsquo;histoire d&rsquo;une \u00e2me plut\u00f4t que l&rsquo;histoire d&rsquo;une personne. Elle est tout int\u00e9rieure ; et je fais tout mon possible pour que mon cher lecteur p\u00e9n\u00e8tre dans cette \u00e2me, afin qu&rsquo;il puisse admirer ses charismes c\u00e9lestes&nbsp;\u00bb. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>L&rsquo;histoire d&rsquo;une \u00e2me<\/em> n&rsquo;est pas fortuite, non seulement parce que Don Beltrami est un contemporain de la sainte de Lisieux, mais nous pouvons dire qu&rsquo;ils sont vraiment fr\u00e8res par l&rsquo;esprit qui les animait. Le z\u00e8le apostolique pour le salut est plus authentique et plus f\u00e9cond chez ceux qui ont fait l&rsquo;exp\u00e9rience du salut&nbsp;; convaincus d\u2019\u00eatre sauv\u00e9s par gr\u00e2ce, ils vivent leur vie comme un pur don d&rsquo;amour pour leurs fr\u00e8res, afin qu&rsquo;ils soient eux aussi atteints par l&rsquo;amour r\u00e9dempteur de J\u00e9sus. \u00ab&nbsp;Toute la vie, en v\u00e9rit\u00e9, de notre Don Andrea pourrait se r\u00e9sumer en deux mots, qui forment sa carte d\u2019identit\u00e9 ou son uniforme : Aimer et souffrir \u2013 Amour et Douleur. L&rsquo;amour le plus tendre, le plus ardent, et, je dirais aussi, le plus z\u00e9l\u00e9 possible vers ce bien dans lequel se concentre tout le bien. La douleur la plus vive, la plus aig\u00fce, la plus p\u00e9n\u00e9trante pour ses p\u00e9ch\u00e9s, et la contemplation de ce bien supr\u00eame, qui pour nous s&rsquo;est abaiss\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la folie, jusqu&rsquo;aux douleurs et \u00e0 la mort de la Croix. De l\u00e0 est n\u00e9e une ardeur fi\u00e9vreuse pour la souffrance : plus elle abondait en lui, plus il en sentait le d\u00e9sir. De l\u00e0 encore est venu ce go\u00fbt, cette volupt\u00e9 ineffable dans la souffrance, qui est le secret des saints, et l&rsquo;une des plus sublimes merveilles de l&rsquo;\u00c9glise de J\u00e9sus-Christ&nbsp;\u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Dans le Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus, br\u00fblant de flammes et couronn\u00e9 d&rsquo;\u00e9pines, ces deux affections, l&rsquo;amour et la souffrance, trouvent une p\u00e2ture abondante et admirablement proportionn\u00e9e \u00e0 elles. C\u2019est pourquoi, depuis le premier instant o\u00f9 il connut cette d\u00e9votion, jusqu&rsquo;au dernier de sa vie, son c\u0153ur fut comme un vase d&rsquo;ar\u00f4mes pr\u00e9cieux qui br\u00fblait toujours devant ce c\u0153ur divin en lui transmettant le parfum de l&rsquo;encens et de la myrrhe, de l&rsquo;amour et de la douleur&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Obtenir du C\u0153ur de J\u00e9sus la gr\u00e2ce tant d\u00e9sir\u00e9e de vivre de longues ann\u00e9es pour souffrir et expier mes p\u00e9ch\u00e9s. Ne pas mourir, mais vivre pour souffrir, mais toujours selon la volont\u00e9 de Dieu. C&rsquo;est ainsi que je pourrai \u00e9tancher cette soif. C&rsquo;est si beau, si doux de souffrir quand Dieu aide et donne la patience !&nbsp;\u00bb Ces textes sont une synth\u00e8se de la spiritualit\u00e9 victimale de Don Beltrami. Dans la perspective de la d\u00e9votion au Sacr\u00e9-C\u0153ur, si ch\u00e8re \u00e0 la spiritualit\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et \u00e0 Don Bosco lui-m\u00eame, cette spiritualit\u00e9 d\u00e9passe toute lecture doloriste ou pire encore un certain masochisme spiritualiste. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs aussi gr\u00e2ce \u00e0 Don Beltrami que Don Rua consacra officiellement la congr\u00e9gation sal\u00e9sienne au Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus dans la derni\u00e8re nuit du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<br><br><strong>3.2. Dans le sillage de la sainte de Lisieux<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La bri\u00e8vet\u00e9 de sa vie chronologique est compens\u00e9e par la richesse surprenante du t\u00e9moignage d&rsquo;une vie vertueuse, qui a exprim\u00e9 en peu de temps une intense ferveur spirituelle et une aspiration singuli\u00e8re \u00e0 la perfection \u00e9vang\u00e9lique. Il n&rsquo;est pas anodin que le V\u00e9n\u00e9rable Beltrami ait clos son existence exactement trois mois apr\u00e8s la mort de sainte Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;Enfant J\u00e9sus et de la Sainte Face, proclam\u00e9e docteur de l&rsquo;\u00c9glise par Jean-Paul II pour l&rsquo;\u00e9minente science de l&rsquo;amour divin qui la distinguait. Dans <em>L&rsquo;histoire d&rsquo;une \u00e2me<\/em> on lit la biographie int\u00e9rieure d&rsquo;une vie qui, model\u00e9e par l&rsquo;Esprit dans le jardin du Carmel, a donn\u00e9 des fruits de saintet\u00e9 et de f\u00e9condit\u00e9 apostolique pour l&rsquo;\u00c9glise universelle, \u00e0 tel point qu&rsquo;en 1927, elle a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e patronne des missions par Pie XI. Comme sainte Th\u00e9r\u00e8se, Don Beltrami mourut, lui aussi, de la tuberculose. Tous les deux ont vu dans les crachements de sang qui les conduisirent rapidement \u00e0 la fin non seulement le d\u00e9p\u00e9rissement du corps et le d\u00e9clin des forces, mais surtout ils ont accueilli une vocation particuli\u00e8re \u00e0 vivre en communion avec J\u00e9sus-Christ, qui les assimilait \u00e0 son sacrifice d&rsquo;amour pour le bien de leurs fr\u00e8res. Le 9 juin 1895, en la f\u00eate de la Sainte Trinit\u00e9, sainte Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;Enfant J\u00e9sus s&rsquo;offrit en victime d&rsquo;holocauste \u00e0 l&rsquo;Amour mis\u00e9ricordieux de Dieu. Le 3 avril de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, dans la nuit entre le Jeudi saint et le Vendredi saint, elle a une premi\u00e8re manifestation de la maladie qui la conduira \u00e0 la mort. Th\u00e9r\u00e8se la re\u00e7oit comme une visite myst\u00e9rieuse de l&rsquo;\u00c9poux divin. En m\u00eame temps, elle entre dans l&rsquo;\u00e9preuve de la foi, qui durera jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Sa sant\u00e9 se d\u00e9gradant, elle est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;infirmerie \u00e0 partir du 8 juillet 1897. Ses s\u0153urs et les autres religieuses recueillent ses paroles, tandis que les douleurs et les \u00e9preuves, support\u00e9es avec patience, s&rsquo;intensifient jusqu&rsquo;\u00e0 aboutir \u00e0 sa mort dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi du 30 septembre 1897. \u00ab&nbsp;Je ne meurs pas, j&rsquo;entre dans la vie&nbsp;\u00bb, avait-elle \u00e9crit \u00e0 son fr\u00e8re spirituel, l\u2019abb\u00e9 Belli\u00e8re. Ses derniers mots \u00ab&nbsp;Mon Dieu, je vous aime&nbsp;\u00bb sont le sceau de son existence.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie, Don Beltrami sera lui aussi fid\u00e8le \u00e0 son offrande victimale. Quelques jours avant sa mort il \u00e9crivit \u00e0 son ma\u00eetre de noviciat : \u00ab&nbsp;Je prie et je m&rsquo;offre toujours en victime pour la Congr\u00e9gation, pour tous les Sup\u00e9rieurs et confr\u00e8res et surtout pour ces maisons de noviciat qui renferment les esp\u00e9rances de notre pieuse Soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb.<br><br><strong>4. Spiritualit\u00e9 victimale<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Don Beltrami se rattache lui aussi \u00e0 cette spiritualit\u00e9 victimale, degr\u00e9 sublime de charit\u00e9 : \u00ab&nbsp;Personne n&rsquo;a de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis&nbsp;\u00bb (Jn 15,13). Il ne s&rsquo;agit pas seulement du geste extr\u00eame et supr\u00eame du don physique de sa vie pour autrui, mais de la vie enti\u00e8re de l&rsquo;individu orient\u00e9e vers le bien d&rsquo;autrui. Il se sentait appel\u00e9 \u00e0 cette vocation : \u00ab&nbsp;Il y en a beaucoup, ajoutait-il, m\u00eame parmi nous, les Sal\u00e9siens, qui travaillent beaucoup et font beaucoup de bien, mais il n&rsquo;y en a pas beaucoup qui aiment vraiment souffrir et veulent souffrir beaucoup pour le Seigneur. Je veux \u00eatre l&rsquo;un d&rsquo;entre eux&nbsp;\u00bb. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la souffrance n&rsquo;est pas quelque chose de convoit\u00e9 par la plupart, qu\u2019elle n&rsquo;est pas m\u00eame comprise. Mais ce n&rsquo;est pas nouveau. M\u00eame J\u00e9sus s\u2019est heurt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension lorsqu&rsquo;il parlait \u00e0 ses disciples de sa P\u00e2que, de sa mont\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem&nbsp;; Pierre lui-m\u00eame l&rsquo;en d\u00e9tournait. \u00c0 l&rsquo;heure supr\u00eame, ses \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb l&rsquo;ont trahi, reni\u00e9 et abandonn\u00e9. Pourtant, l&rsquo;\u0153uvre de r\u00e9demption n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 et n&rsquo;est accomplie qu\u2019\u00e0 travers le myst\u00e8re de la croix et par l&rsquo;offrande que J\u00e9sus fait de lui-m\u00eame au P\u00e8re comme victime expiatoire, unissant \u00e0 son sacrifice tous ceux qui acceptent de partager ses souffrances pour le salut de leurs fr\u00e8res. La v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;offrande de Beltrami r\u00e9side dans la f\u00e9condit\u00e9 offerte par sa vie sainte. En effet, il a donn\u00e9 de l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e0 ses paroles, notamment en soutenant ses confr\u00e8res dans leur vocation, en les stimulant \u00e0 accepter en esprit de sacrifice les \u00e9preuves de la vie dans la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la vocation sal\u00e9sienne. Dans les Constitutions primitives, Don Bosco pr\u00e9sentait le sal\u00e9sien comme celui qui \u00ab&nbsp;est pr\u00eat \u00e0 supporter le chaud et le froid, la soif et la faim, les fatigues et le m\u00e9pris, chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la gloire de Dieu et du salut des \u00e2mes&nbsp;\u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La maladie a conduit le p\u00e8re Beltrami \u00e0 la fois \u00e0 la consumation progressive et \u00e0 l&rsquo;isolement forc\u00e9. Elle a laiss\u00e9 intactes ses facult\u00e9s perceptives et intellectuelles, les affinant m\u00eame avec la lame de la souffrance. Seule la gr\u00e2ce de la foi lui permit d&#8217;embrasser cette condition qui, jour apr\u00e8s jour, l&rsquo;assimilait de plus en plus au Christ crucifi\u00e9. C\u2019est ce que lui rappelait constamment une statue de l&rsquo;Ecce homo, d&rsquo;un r\u00e9alisme choquant, qu\u2019il avait voulue dans sa chambre. La foi \u00e9tait la r\u00e8gle de sa vie, la cl\u00e9 pour comprendre les gens et les diff\u00e9rentes situations. \u00ab&nbsp;\u00c0 la lumi\u00e8re de la foi, il consid\u00e9rait ses propres souffrances comme des gr\u00e2ces de Dieu, et en m\u00eame temps que l&rsquo;anniversaire de sa profession religieuse et de son ordination sacerdotale, il c\u00e9l\u00e9brait celui du d\u00e9but de sa grave maladie, qui, selon lui, avait commenc\u00e9 le 20 f\u00e9vrier 1891. \u00c0 cette occasion, il r\u00e9citait de tout c\u0153ur le <em>Te Deum<\/em> pour avoir re\u00e7u du Seigneur la gr\u00e2ce de souffrir pour lui&nbsp;\u00bb. Il m\u00e9ditait et cultivait une vive d\u00e9votion \u00e0 la Passion du Christ et \u00e0 J\u00e9sus crucifi\u00e9 : \u00ab&nbsp;Grande d\u00e9votion, dont on peut dire qu&rsquo;elle a inform\u00e9 toute la vie du Serviteur de Dieu&#8230; C&rsquo;\u00e9tait le sujet presque continuel de ses m\u00e9ditations. Il avait toujours un crucifix devant les yeux et surtout dans les mains&#8230; il le baisait de temps en temps avec une vive \u00e9motion&nbsp;\u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s sa mort, on trouva suspendu \u00e0 son cou, avec le crucifix et la m\u00e9daille de Marie Auxiliatrice, un sachet contenant quelques papiers : des pri\u00e8res en m\u00e9moire de son ordination, une carte sur laquelle \u00e9taient dessin\u00e9s les cinq continents pour rappeler toujours au Seigneur les missionnaires dispers\u00e9s dans le monde, ainsi que quelques pri\u00e8res par lesquelles il s\u2019offrait formellement comme victime au Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus, sp\u00e9cialement pour les mourants, pour les \u00e2mes du purgatoire, pour la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Congr\u00e9gation et de l&rsquo;\u00c9glise. Ces pri\u00e8res, dans lesquelles la pens\u00e9e dominante fait \u00e9cho au tourment de saint Paul <em>Opto ego ipse anathema esse a Christo pro fratribus meis<\/em>, \u00e9taient sign\u00e9es de son sang et approuv\u00e9es par son directeur, Don Luigi Piscetta, le 15 novembre 1895.<br><br><strong>5. Don Beltrami est-il actuel ?<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La question, qui n&rsquo;est pas oiseuse, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e par les jeunes confr\u00e8res du Scolasticat de th\u00e9ologie international de Turin-Crocetta lorsqu&rsquo;en 1948, \u00e0 l&rsquo;occasion du 50<sup>e<\/sup> anniversaire de la mort du V\u00e9n\u00e9rable Andrea Beltrami, ils ont organis\u00e9 une journ\u00e9e comm\u00e9morative. D\u00e8s les premi\u00e8res lignes de l\u2019opuscule qui recueille les discours prononc\u00e9s \u00e0 cette occasion, on se demande ce que le t\u00e9moignage de Beltrami a \u00e0 voir avec la vie sal\u00e9sienne, vie d&rsquo;apostolat et d&rsquo;action. Or, apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 combien il fut exemplaire dans les ann\u00e9es o\u00f9 il pouvait se jeter dans le travail apostolique, \u00ab&nbsp;il fut aussi sal\u00e9sien en acceptant la douleur quand elle semblait \u00e9craser une carri\u00e8re et un avenir si brillamment et si fructueusement entrepris&nbsp;\u00bb. Car c&rsquo;est l\u00e0 que Don Andrea a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une profondeur de sentiment sal\u00e9sien et une richesse de d\u00e9vouement qu&rsquo;auparavant, dans le travail, on pouvait prendre pour de l&rsquo;audace juv\u00e9nile, une soif d&rsquo;action, une nature riche en talents, quelque chose de normal, d&rsquo;ordinaire en somme. L&rsquo;extraordinaire commence, ou plut\u00f4t se r\u00e9v\u00e8le dans et par la maladie. Don Andrea, mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, d\u00e9sormais exclu pour toujours de l&rsquo;enseignement, de la vie commune et de collaboration avec ses confr\u00e8res et des grandes \u0153uvres de Don Bosco, se sent mis sur une voie nouvelle, solitaire, qui rebutait peut-\u00eatre ses fr\u00e8res, une vie certainement rebutante pour la nature humaine, et d&rsquo;autant plus pour la sienne, si riche et si exub\u00e9rante ! Don Beltrami a accept\u00e9 ce chemin. Il s&rsquo;y est engag\u00e9 dans un esprit sal\u00e9sien, \u00ab&nbsp;sal\u00e9siennement&nbsp;\u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On reste frapp\u00e9 par l\u2019affirmation selon laquelle Don Beltrami a en quelque sorte inaugur\u00e9 une nouvelle voie dans le sillage trac\u00e9 par Don Bosco, un appel sp\u00e9cial \u00e0 \u00e9clairer le noyau profond de la vocation sal\u00e9sienne et le v\u00e9ritable dynamisme de la charit\u00e9 pastorale : \u00ab&nbsp;Nous avons besoin d&rsquo;avoir ce qu&rsquo;il avait dans le c\u0153ur, ce qu&rsquo;il vivait profond\u00e9ment dans son \u00eatre le plus intime. Sans cette richesse int\u00e9rieure, notre action serait vaine ; le p\u00e8re Beltrami pourrait nous reprocher notre vie vaine, en disant avec Paul : <em>nos quasi morientes, et ecce : vivimus !<\/em>&nbsp;\u00bb Lui-m\u00eame \u00e9tait conscient de s&rsquo;\u00eatre engag\u00e9 sur une nouvelle voie, comme en t\u00e9moigne son fr\u00e8re Giuseppe : \u00ab&nbsp;Au milieu de la le\u00e7on, il a essay\u00e9 de me convaincre de la n\u00e9cessit\u00e9 de suivre sa voie, et moi, ne pensant pas comme lui, je m&rsquo;y suis oppos\u00e9, et il a souffert&nbsp;\u00bb. Cette souffrance v\u00e9cue dans la foi fut v\u00e9ritablement f\u00e9conde sur le plan apostolique et vocationnel : \u00ab&nbsp;Elle fut la manifestation d\u2019une conception sal\u00e9sienne nouvelle et originale, voulue et mise en \u0153uvre par lui, d&rsquo;une souffrance \u00e0 la fois physique et morale, active, f\u00e9conde, m\u00eame mat\u00e9riellement, pour le salut des \u00e2mes&nbsp;\u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut dire aussi qu\u2019avec le temps s&rsquo;est install\u00e9e une certaine interpr\u00e9tation qui a conduit progressivement \u00e0 l\u2019oubli, en raison aussi des grands changements intervenus, ou en raison d&rsquo;un certain climat spirituel quelque peu pi\u00e9tiste, ou peut-\u00eatre plus inconsciemment pour ne pas \u00eatre trop provoqu\u00e9 par son t\u00e9moignage. Comme expression de ce processus il y a, par exemple, les peintures qui le repr\u00e9sentent. \u00c0 ceux qui l&rsquo;ont connu, comme le p\u00e8re Eugenio Ceria, elles ne plaisaient pas vraiment, car ils se souvenaient de lui comme d\u2019un sal\u00e9sien jovial, \u00e0 l\u2019apparence ouverte, qui inspirait confiance \u00e0 ceux qui l&rsquo;approchaient. Le p\u00e8re Ceria rappelle \u00e9galement que d\u00e9j\u00e0 pendant ses ann\u00e9es \u00e0 Foglizzo, Beltrami vivait une vie int\u00e9rieure intense, une union profonde et imp\u00e9tueuse avec Dieu, nourrie par la m\u00e9ditation et la communion eucharistique, \u00e0 tel point que m\u00eame en plein hiver, par des temp\u00e9ratures glaciales, il ne portait pas de maneau et gardait sa fen\u00eatre ouverte, si bien qu&rsquo;on l&rsquo;appelait \u00ab\u00a0l\u2019ours blanc\u00a0\u00bb.<br><br><strong>5.1. T\u00e9moin de l&rsquo;union \u00e0 Dieu<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cet esprit de sacrifice l&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 m\u00fbrir une profonde union avec Dieu : \u00ab&nbsp;Sa pri\u00e8re consistait \u00e0 \u00eatre continuellement en pr\u00e9sence de Dieu, \u00e0 garder les yeux fix\u00e9s sur le Tabernacle et \u00e0 s&rsquo;\u00e9pancher avec le Seigneur au moyen d\u2019oraisons jaculatoires incessantes et d\u2019aspirations affectueuses. On peut dire que sa m\u00e9ditation \u00e9tait continue&#8230; elle le p\u00e9n\u00e9trait tellement qu&rsquo;il ne remarquait pas ce qui se passait autour de lui, et elle p\u00e9n\u00e9trait tellement le sujet que je l&rsquo;ai entendu me dire en confidence qu&rsquo;il arrivait g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 comprendre si bien les myst\u00e8res sur lesquels il m\u00e9ditait qu&rsquo;il semblait les voir comme s&rsquo;ils apparaissaient devant ses yeux&nbsp;\u00bb. Cette union signifi\u00e9e et r\u00e9alis\u00e9e de mani\u00e8re particuli\u00e8re lors de la c\u00e9l\u00e9bration de l&rsquo;Eucharistie, lorsque toutes les douleurs et les toux cessaient comme par enchantement, se traduisait par une parfaite conformit\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, notamment par l&rsquo;acceptation de la souffrance : \u00ab&nbsp;Il consid\u00e9rait l&rsquo;apostolat de la souffrance et des afflictions comme non moins f\u00e9cond que celui de la vie plus active ; et alors que d&rsquo;autres pensaient que ces ann\u00e9es pass\u00e9es dans la souffrance \u00e9taient suffisamment occup\u00e9es, il sanctifiait la souffrance en l&rsquo;offrant au Seigneur et en se conformant tellement \u00e0 la volont\u00e9 divine qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas seulement r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 souffrir, mais content de souffrir&nbsp;\u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La demande adress\u00e9e par le V\u00e9n\u00e9rable lui-m\u00eame au Seigneur est d&rsquo;une valeur consid\u00e9rable, comme en t\u00e9moignent plusieurs lettres et en particulier celle adress\u00e9e \u00e0 son premier directeur de Lanzo, le p\u00e8re Giuseppe Scappini, \u00e9crite un peu plus d&rsquo;un mois avant sa mort : \u00ab&nbsp;Ne vous affligez pas \u00e0 propos de ma maladie, mon tr\u00e8s cher p\u00e8re en J\u00e9sus-Christ ; au contraire, r\u00e9jouissez-vous dans le Seigneur. Je l&rsquo;ai moi-m\u00eame demand\u00e9e au Bon Dieu, pour avoir la possibilit\u00e9 d&rsquo;expier mes p\u00e9ch\u00e9s en ce monde, o\u00f9 le purgatoire se fait au m\u00e9rite. En v\u00e9rit\u00e9, je n&rsquo;ai pas demand\u00e9 cette infirmit\u00e9, car je n&rsquo;en avais aucune id\u00e9e, mais j&rsquo;ai demand\u00e9 beaucoup \u00e0 souffrir, et le Seigneur me l&rsquo;a accord\u00e9 de cette fa\u00e7on. Qu\u2019il en soit b\u00e9ni \u00e0 jamais, et qu\u2019il m\u2019aide \u00e0 toujours porter la Croix avec joie. Croyez-moi, au milieu de mes peines, je suis heureux d&rsquo;un bonheur plein et accompli, si bien que je ris quand on me pr\u00e9sente des condol\u00e9ances et des v\u0153ux pour ma gu\u00e9rison&nbsp;\u00bb.<br><br><strong>5.2. Savoir souffrir<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;\u00ab\u00a0Savoir souffrir\u00a0\u00bb : pour sa propre sanctification, pour l&rsquo;expiation et pour l&rsquo;apostolat. Il c\u00e9l\u00e9brait l&rsquo;anniversaire de sa maladie : \u00ab&nbsp;Le 20 f\u00e9vrier est l&rsquo;anniversaire de ma maladie, et je le c\u00e9l\u00e8bre comme un jour b\u00e9ni par Dieu, un jour b\u00e9ni, plein de joie, parmi les plus beaux jours de ma vie&nbsp;\u00bb. Le t\u00e9moignage du p\u00e8re Beltrami confirme peut-\u00eatre l&rsquo;affirmation de Don Bosco selon qui \u00ab&nbsp;il n\u2019y a qu\u2019un seul Beltrami&nbsp;\u00bb, comme pour indiquer l&rsquo;originalit\u00e9 de la saintet\u00e9 de ce fils qui a v\u00e9cu et rendu visible le noyau secret de la saintet\u00e9 apostolique sal\u00e9sienne. Le p\u00e8re Beltrami exprime la n\u00e9cessit\u00e9 pour la mission sal\u00e9sienne de ne pas tomber dans le pi\u00e8ge d&rsquo;un activisme et d&rsquo;une ext\u00e9riorit\u00e9 qui, \u00e0 terme, conduirait \u00e0 un destin fatal de mort, mais de pr\u00e9server et de cultiver le noyau secret qui exprime \u00e0 la fois la profondeur et la largeur de l&rsquo;horizon. Les traductions concr\u00e8tes de ce souci de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 et de la profondeur spirituelle sont : la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la vie de pri\u00e8re, la pr\u00e9paration s\u00e9rieuse et comp\u00e9tente \u00e0 la mission, en particulier au minist\u00e8re sacerdotal, la lutte contre la n\u00e9gligence et l&rsquo;ignorance coupable ; l&rsquo;usage responsable du temps.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus profond\u00e9ment, le t\u00e9moignage du p\u00e8re Beltrami nous dit qu&rsquo;on ne vit pas de gloires ou de rentes du pass\u00e9, mais que chaque confr\u00e8re et chaque g\u00e9n\u00e9ration doit faire fructifier le don re\u00e7u et savoir le transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations futures sous une forme fid\u00e8le et originale. L&rsquo;interruption de cette cha\u00eene vertueuse sera source de d\u00e9g\u00e2ts et de ruine. Savoir souffrir est un secret qui donne f\u00e9condit\u00e9 \u00e0 toute entreprise apostolique. L&rsquo;esprit d&rsquo;offrande victimale du p\u00e8re Beltrami est admirablement associ\u00e9 \u00e0 son minist\u00e8re sacerdotal, auquel il s&rsquo;est pr\u00e9par\u00e9 avec grande responsabilit\u00e9 et qu&rsquo;il a v\u00e9cu sous la forme d&rsquo;une communion singuli\u00e8re avec le Christ immol\u00e9 pour le salut de ses fr\u00e8res, dans la lutte et la mortification contre les passions de la chair, dans le renoncement \u00e0 l\u2019id\u00e9al d\u2019un apostolat actif qu&rsquo;il avait toujours d\u00e9sir\u00e9, dans la soif insatiable de la souffrance, dans l&rsquo;aspiration \u00e0 s&rsquo;offrir en victime pour le salut de ses fr\u00e8res. Par exemple, il offrait sa pri\u00e8re et son offrande pour la Congr\u00e9gation, et <em>nominatim<\/em> pour certains confr\u00e8res, en tenant dans ses mains le catalogue de la Congr\u00e9gation, des maisons et des missions. Il demandait la gr\u00e2ce de la pers\u00e9v\u00e9rance et du z\u00e8le, la pr\u00e9servation de l&rsquo;esprit de Don Bosco et de sa m\u00e9thode \u00e9ducative. L&rsquo;un des livres \u00e9crits sur lui porte de fa\u00e7on significative le titre <em>La passiflore s\u00e9raphique<\/em>. \u00ab&nbsp;Fleur de la passion&nbsp;\u00bb est le nom que lui donn\u00e8rent les missionnaires j\u00e9suites en 1610, en raison de la similitude de certaines parties de la plante avec les symboles religieux de la passion du Christ : les vrilles repr\u00e9sentent le fouet avec lequel il fut flagell\u00e9 ; les trois stigmates les clous ; les \u00e9tamines le marteau ; les rayons corollaires la couronne d&rsquo;\u00e9pines. L&rsquo;opinion de Don Nazareno Camilleri, une \u00e2me profond\u00e9ment spirituelle, fait autorit\u00e9 : \u00ab&nbsp;Don Beltrami nous para\u00eet repr\u00e9senter \u00e9minemment, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 divine de la \u00ab\u00a0sanctification de la souffrance\u00a0\u00bb pour la f\u00e9condit\u00e9 sociale, apostolique et missionnaire, \u00e0 travers l&rsquo;enthousiasme h\u00e9ro\u00efque de la Croix, de la R\u00e9demption du Christ au milieu de l&rsquo;humanit\u00e9&nbsp;\u00bb.<br><br><strong>5.3 Passer le relais<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c0 Valsalice, Don Andrea \u00e9tait un exemple pour tous. Un jeune sal\u00e9sien, Louis Variara, l&rsquo;a choisi comme mod\u00e8le de vie : devenu pr\u00eatre et missionnaire sal\u00e9sien en Colombie, il fonda sous son inspiration la Congr\u00e9gation des Filles des Sacr\u00e9s C\u0153urs de J\u00e9sus et de Marie. N\u00e9 \u00e0 Viarigi (Asti) en 1875, Louis Variara avait 11 ans quand son p\u00e8re l\u2019emmena \u00e0 Turin-Valdocco. Il entra au noviciat le 17 ao\u00fbt 1891 et l&rsquo;acheva en pronon\u00e7ant ses v\u0153ux perp\u00e9tuels. Il passa ensuite \u00e0 Turin-Valsalice pour \u00e9tudier la philosophie. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il rencontra le V\u00e9n\u00e9rable Andrea Beltrami. Don Variara s&rsquo;inspirera de lui lorsqu&rsquo;il proposera plus tard la \u00ab\u00a0cons\u00e9cration victimale\u00a0\u00bb \u00e0 ses Filles des Sacr\u00e9s-C\u0153urs \u00e0 <em>Agua de Dios<\/em> (Colombie).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Fin<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(suite de l\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent) 3. Histoire d&rsquo;une \u00e2me3.1. 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