{"id":30460,"date":"2024-10-19T12:58:57","date_gmt":"2024-10-19T12:58:57","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=30460"},"modified":"2024-10-19T12:59:48","modified_gmt":"2024-10-19T12:59:48","slug":"le-deuxieme-reve-missionnaire-un-voyage-a-travers-lamerique-1883","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/le-deuxieme-reve-missionnaire-un-voyage-a-travers-lamerique-1883\/","title":{"rendered":"Le deuxi\u00e8me r\u00eave missionnaire : un voyage \u00e0 travers l&rsquo;Am\u00e9rique (1883)"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco a racont\u00e9 ce r\u00eave le 4 septembre, lors de la s\u00e9ance du matin du Chapitre g\u00e9n\u00e9ral. Don Lemoyne le mit imm\u00e9diatement par \u00e9crit et le Serviteur de Dieu r\u00e9visa l&rsquo;\u00e9crit d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, en ajoutant et en modifiant. Nous imprimerons en italique les parties qui, dans l&rsquo;original, r\u00e9v\u00e8lent la main du Saint ; nous mettons en revanche entre parenth\u00e8ses certains passages que Don Lemoyne a introduits plus tard sous forme de notes, avec les explications compl\u00e9mentaires donn\u00e9es par Don Bosco.<br><br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;\u00e9tait la nuit pr\u00e9c\u00e9dant la f\u00eate de sainte Rose de Lima [30 ao\u00fbt] et j&rsquo;ai fait un r\u00eave. J&rsquo;ai remarqu\u00e9 que je dormais et qu&rsquo;en m\u00eame temps il me semblait que je courais beaucoup, \u00e0 tel point que je me sentais fatigu\u00e9 de courir, de parler, d&rsquo;\u00e9crire et de me fatiguer au cours de mes autres occupations habituelles. Alors que je me demandais si j&rsquo;\u00e9tais dans un r\u00eave ou dans la r\u00e9alit\u00e9, il m&rsquo;a sembl\u00e9 entrer dans une salle o\u00f9 de nombreuses personnes discutaient de choses et d&rsquo;autres.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Un long discours portait sur la multitude de sauvages qui, en Australie, aux Indes, en Chine, en Afrique et plus particuli\u00e8rement en Am\u00e9rique, gisent encore en nombre ind\u00e9termin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ombre de la mort.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; L&rsquo;Europe, dit s\u00e9rieusement l\u2019un d\u2019eux, l&rsquo;Europe chr\u00e9tienne, la grande ma\u00eetresse de la civilisation et du catholicisme, semble faire preuve d&rsquo;apathie \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des missions \u00e9trang\u00e8res. Rares sont ceux qui ont le courage de braver de longs voyages et des pays inconnus pour sauver les \u00e2mes de millions d&rsquo;hommes qui ont \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9s par le Fils de Dieu, par le Christ J\u00e9sus.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un autre dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quelle quantit\u00e9 d&rsquo;idol\u00e2tres vivent malheureusement en dehors de l&rsquo;\u00c9glise et loin de la connaissance de l&rsquo;\u00c9vangile dans la seule Am\u00e9rique ! Les hommes pensent (et en cela les g\u00e9ographes se trompent) que les Cordill\u00e8res de l&rsquo;Am\u00e9rique sont comme un mur qui divise cette grande partie du monde. Il n&rsquo;en est rien. Ces longues cha\u00eenes de hautes montagnes comportent de nombreuses br\u00e8ches de mille kilom\u00e8tres et plus. On y trouve des for\u00eats qui n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 visit\u00e9es, des plantes, des animaux, et des pierres rares dans ces r\u00e9gions. La houille, le p\u00e9trole, le plomb, le cuivre, le fer, l&rsquo;argent et l&rsquo;or sont cach\u00e9s dans ces montagnes, dans les sites o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s par la main toute-puissante du Cr\u00e9ateur au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;humanit\u00e9. \u00d4 Cordill\u00e8res, Cordill\u00e8res, que vous \u00eates riches du c\u00f4t\u00e9 est !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 ce moment-l\u00e0, je me sentis pris d&rsquo;un d\u00e9sir ardent de demander des explications sur d&rsquo;autres choses et de conna\u00eetre qui \u00e9taient ces gens qui s&rsquo;\u00e9taient rassembl\u00e9s l\u00e0 et o\u00f9 je me trouvais. Mais je me suis dit : &#8211; Avant de parler, je dois<\/em> observer qui sont ces gens ! Et j&rsquo;ai regard\u00e9 autour de moi avec curiosit\u00e9. Mais tous ces personnages m&rsquo;\u00e9taient inconnus. Cependant, <em>comme s&rsquo;ils<\/em> ne m&rsquo;avaient vu qu&rsquo;\u00e0 cet instant, ils m&rsquo;invit\u00e8rent \u00e0 m&rsquo;avancer et m\u2019accueillirent avec bont\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors je leur ai demand\u00e9 :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Dites-moi, s&rsquo;il vous pla\u00eet ! Sommes-nous \u00e0 Turin, \u00e0 Londres, \u00e0 Madrid ou \u00e0 Paris ? O\u00f9 sommes-nous ? Et qui \u00eates-vous ? \u00c0 qui ai-je le plaisir de parler ? Mais tous ces personnages r\u00e9pondaient vaguement, parlant toujours des missions.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est alors que s&rsquo;approcha de moi un jeune homme d&rsquo;environ seize ans, d\u2019une beaut\u00e9 surhumaine et tout rayonnant d&rsquo;une vive lumi\u00e8re plus brillante que celle du soleil. Son v\u00eatement \u00e9tait tiss\u00e9 avec une richesse c\u00e9leste et sa t\u00eate \u00e9tait ceinte d&rsquo;un bonnet en forme de couronne, constell\u00e9 des pierres pr\u00e9cieuses les plus brillantes. Me fixant d&rsquo;un regard bienveillant, il me t\u00e9moignait un int\u00e9r\u00eat particulier. Son sourire exprimait une affection d&rsquo;un attrait irr\u00e9sistible. Il m&rsquo;appela par mon nom, me prit par la main et commen\u00e7a \u00e0 me parler de la Congr\u00e9gation sal\u00e9sienne.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;\u00e9tais envo\u00fbt\u00e9 par le son de cette voix. \u00c0 un moment donn\u00e9, je l&rsquo;ai interrompu :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c0 qui ai-je l&rsquo;honneur de parler ? Voulez-vous me donner votre nom ? Et le jeune homme de dire :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ne doutez pas ! Parlez en toute confiance, vous \u00eates avec un ami.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais votre nom ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je vous dirais bien mon nom si cela \u00e9tait n\u00e9cessaire ; mais ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire, car vous devez me conna\u00eetre.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En disant cela, il souriait.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je regardai de plus pr\u00e8s cette physionomie entour\u00e9e de lumi\u00e8re. Qu&rsquo;elle \u00e9tait belle ! Et je reconnus en lui le fils du comte Fleury Colle de Toulon, insigne bienfaiteur de notre Maison et surtout de nos Missions d\u2019Am\u00e9rique. Ce jeune homme \u00e9tait mort peu de temps auparavant.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh ! c\u2019est vous ? dis-je en l&rsquo;appelant par son nom. Louis ! Et qui sont tous ces gens ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce sont des amis de vos sal\u00e9siens, et moi, votre ami et ami des sal\u00e9siens, <em>au nom de Dieu<\/em>, je voudrais vous donner un peu de travail.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voyons de quoi il s\u2019agit. Quel est ce travail ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mettez-vous ici \u00e0 cette table et tirez sur cette corde.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au milieu de <em>cette grande salle<\/em>, il y avait une table sur laquelle il y avait une corde enroul\u00e9e, et j\u2019ai vu que cette corde \u00e9tait marqu\u00e9e comme un m\u00e8tre, avec des lignes et des chiffres. Plus tard, j&rsquo;ai compris aussi que cette salle \u00e9tait situ\u00e9e en Am\u00e9rique du Sud, juste sur la ligne de l&rsquo;\u00c9quateur, et que les chiffres imprim\u00e9s sur la corde correspondaient aux degr\u00e9s de <em>latitude<\/em> g\u00e9ographique. J&rsquo;ai alors pris l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la corde, je l&rsquo;ai regard\u00e9e et j&rsquo;ai vu qu&rsquo;au d\u00e9but, il y avait le chiffre z\u00e9ro.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je riais. Et ce jeune homme ang\u00e9lique me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce n&rsquo;est pas le moment de rire. Regardez, qu&rsquo;y a-t-il d&rsquo;\u00e9crit sur la corde ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Le chiffre z\u00e9ro.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tirez un peu !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;ai tir\u00e9 un peu la corde, et voici le chiffre 1.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tirez encore et faites un grand rouleau de cette corde.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;ai tir\u00e9 et j&rsquo;ai obtenu les num\u00e9ros 2, 3, 4, jusqu&rsquo;\u00e0 20.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C&rsquo;est assez ? dis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Non, tirez encore, tirez encore, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que vous trouviez un n\u0153ud ! r\u00e9pondit le jeune homme.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;ai tir\u00e9 jusqu&rsquo;au num\u00e9ro 47, o\u00f9 j&rsquo;ai trouv\u00e9 un gros n\u0153ud. \u00c0 partir de l\u00e0, la corde continuait, mais elle se divisait en plusieurs petites ficelles qui s&rsquo;\u00e9parpillaient vers l&rsquo;est, l&rsquo;ouest et le sud.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Est-ce que \u00e7a suffit\u00a0? r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Quel est le num\u00e9ro ? demanda le jeune. C&rsquo;est le num\u00e9ro 47. 47 plus 3, \u00e7a fait quoi ? 50 ! Et plus 5 ? 55 ! Remarquez : cinquante-cinq.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et puis il m\u2019a dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tirez encore.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J\u2019arrive au bout ! r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Maintenant, revenez en arri\u00e8re et tirez la corde de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. J&rsquo;ai tir\u00e9 la corde de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, jusqu&rsquo;au num\u00e9ro dix.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le jeune homme r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Tirez encore !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il n&rsquo;y a plus rien !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Comment ? Il n\u2019y a plus rien ? Regardez encore ! Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il y a de l&rsquo;eau, r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En effet, \u00e0 cet instant, il se produisit en moi un ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire, impossible \u00e0 d\u00e9crire. J&rsquo;\u00e9tais dans cette pi\u00e8ce, je tirais cette corde, et en m\u00eame temps se d\u00e9roulait sous mes yeux le panorama d&rsquo;un pays immense, que je survolais comme \u00e0 vol d&rsquo;oiseau et qui s&rsquo;\u00e9tendait au fur et \u00e0 mesure que la corde s&rsquo;\u00e9tirait.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Du premier z\u00e9ro au num\u00e9ro 55 s&rsquo;\u00e9tendait une terre immense qui, apr\u00e8s un d\u00e9troit maritime \u00e9troit, se divisait <em>au fond<\/em> en une centaine d&rsquo;\u00eeles, <em>dont l&rsquo;une \u00e9tait beaucoup plus grande que les autres<\/em>. Ces \u00eeles semblaient <em>\u00e9voqu\u00e9es<\/em> par les ficelles \u00e9parses qui partaient du grand n\u0153ud. Chaque ficelle semblait <em>faire allusion<\/em> \u00e0 une \u00eele. Certaines d&rsquo;entre elles \u00e9taient habit\u00e9es par des indig\u00e8nes assez nombreux ; d&rsquo;autres \u00e9taient st\u00e9riles, nues, rocheuses, inhabit\u00e9es ; d&rsquo;autres encore \u00e9taient toutes couvertes de neige et de glace. \u00c0 l&rsquo;ouest, il y avait de nombreux groupes d&rsquo;\u00eeles, habit\u00e9s par de nombreux sauvages. [Il semble que le n\u0153ud plac\u00e9 sur le nombre ou degr\u00e9 47 marquait le lieu de d\u00e9part, le centre sal\u00e9sien, la mission principale d&rsquo;o\u00f9 partaient nos missionnaires vers les \u00eeles Malouines, la Terre de Feu et les autres \u00eeles de ces pays d&rsquo;Am\u00e9rique].<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de z\u00e9ro \u00e0 10 continuait la m\u00eame terre qui finissait dans cette eau que j&rsquo;avais vue en dernier lieu. <em>Il m&rsquo;a sembl\u00e9<\/em> que cette eau \u00e9tait la mer des Antilles, <em>que<\/em> je voyais alors d&rsquo;une mani\u00e8re si surprenante qu&rsquo;il ne m&rsquo;est pas possible d&rsquo;expliquer cette fa\u00e7on de voir par des mots.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;ai donc r\u00e9pondu :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Il y a de l&rsquo;eau ! \u2013 Le jeune r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Maintenant, mettez ensemble 55 et 10. Qu&rsquo;est-ce que cela donne ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et moi :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; La somme de 65.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Maintenant, mettez tout cela ensemble et vous en ferez une seule corde.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et ensuite ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu&rsquo;y a-t-il de ce c\u00f4t\u00e9 ? \u2013 Et il montra un point sur le panorama.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; \u00c0 l&rsquo;ouest, je vois de hautes montagnes, et \u00e0 l&rsquo;est, la mer !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [Je note ici que je voyais alors en abr\u00e9g\u00e9, comme en miniature, tout ce que j\u2019ai vu plus tard, comme je le dirai, en grandeur et en \u00e9tendue r\u00e9elles. Les degr\u00e9s indiqu\u00e9s par la corde, correspondant exactement aux degr\u00e9s g\u00e9ographiques de latitude, sont ceux qui m&rsquo;ont permis de garder en m\u00e9moire pendant plusieurs ann\u00e9es les points successifs que j&rsquo;ai visit\u00e9s en voyageant dans la deuxi\u00e8me partie de ce m\u00eame r\u00eave].<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mon jeune ami poursuivait :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Eh bien, ces montagnes sont comme une rive, une fronti\u00e8re. Jusqu&rsquo;ici, jusque-l\u00e0, c&rsquo;est la moisson offerte aux Sal\u00e9siens. Il y a des milliers et des millions de personnes qui attendent votre aide, qui <em>attendent la foi<\/em>.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ces montagnes \u00e9taient les Cordill\u00e8res de l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud et cette mer l&rsquo;Oc\u00e9an Atlantique.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais comment faire ? repris-je ; comment r\u00e9ussirons-nous \u00e0 conduire tant de peuples au bercail de J\u00e9sus-Christ ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Comment faire ? Regardez !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et voici qu\u2019arrive Don Lago [Don Angelo Lago, secr\u00e9taire particulier de Don Rua, mort en odeur de saintet\u00e9 en 1914] portant une corbeille de petites figues vertes\u00a0; il me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Don Bosco, prenez !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Qu&rsquo;est-ce que tu m&rsquo;apportes ? r\u00e9pondis-je en regardant ce que contenait la corbeille.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; On m&rsquo;a dit de vous les apporter.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais ces figues ne sont pas bonnes \u00e0 manger, elles ne sont pas m\u00fbres.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors mon jeune ami prit cette corbeille, qui \u00e9tait tr\u00e8s large, mais qui avait peu de fond, et il me la pr\u00e9senta en disant :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voici le cadeau que je vous fais !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et que vais-je faire de ces figues ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ces figues ne sont pas m\u00fbres, mais elles appartiennent au grand figuier de la vie. Et vous, cherchez le moyen de les faire m\u00fbrir.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et comment ? Si elles \u00e9taient plus grosses, on pourrait les faire m\u00fbrir avec de la paille, comme on le fait pour d&rsquo;autres fruits ; mais si petites, si vertes&#8230; C&rsquo;est impossible.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Sachez donc que pour les faire m\u00fbrir, il faut faire en sorte que toutes ces figues soient \u00e0 nouveau attach\u00e9es \u00e0 la plante.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Chose incroyable ! Et comment faire ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Regardez !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il prit une de ces figues et la trempa dans un petit vase de sang ; puis il la plongea dans un autre vase plein d&rsquo;eau, et dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; C\u2019est par la sueur et le sang que les sauvages seront de nouveau attach\u00e9s \u00e0 la plante et plairont au ma\u00eetre de la vie.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je me suis dit : Mais pour cela, il faut du temps. Puis je me suis exclam\u00e9 \u00e0 haute voix :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Je ne sais plus quoi r\u00e9pondre.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais ce cher jeune homme, lisant mes pens\u00e9es, continua :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Cet \u00e9v\u00e9nement se r\u00e9alisera avant la fin de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et quelle sera cette deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne compte pas. Il y en aura une autre et encore une autre.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je parlais avec confusion, perplexit\u00e9 et presque en balbutiant en \u00e9coutant les magnifiques destins qui se pr\u00e9parent pour notre Congr\u00e9gation, et j&rsquo;ai demand\u00e9 :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Mais chacune de ces g\u00e9n\u00e9rations comprend combien d&rsquo;ann\u00e9es ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Soixante ans !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et apr\u00e8s ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voulez-vous voir ce qui sera ? Venez !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et sans savoir comment, je me suis retrouv\u00e9 dans une gare de chemin de fer. Beaucoup de gens \u00e9taient rassembl\u00e9s l\u00e0. Nous sommes mont\u00e9s dans le train. J&rsquo;ai demand\u00e9 o\u00f9 nous \u00e9tions. Le jeune homme me r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Observez attentivement ! Regardez ! Nous voyageons le long des Cordill\u00e8res. Vous avez la route ouverte aussi \u00e0 l&rsquo;est jusqu&rsquo;\u00e0 la mer. C&rsquo;est un autre cadeau du Seigneur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et \u00e0 Boston, o\u00f9 nous sommes attendus, quand irons-nous ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Chaque chose en son temps.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce disant, il sortit une carte o\u00f9 figurait en gros caract\u00e8res le dioc\u00e8se de Carthag\u00e8ne. [C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 le point de d\u00e9part.]<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant que je regardais cette carte, la locomotive siffla et le train se mit en marche. Pendant que nous voyagions, mon ami parlait beaucoup, mais \u00e0 cause du bruit du convoi, je ne le comprenais pas tr\u00e8s bien. J\u2019ai cependant appris de belles et nouvelles choses sur l&rsquo;astronomie, la navigation, la m\u00e9t\u00e9orologie, la min\u00e9ralogie, la faune, la flore et la topographie de ces r\u00e9gions, qu&rsquo;il m&rsquo;a expliqu\u00e9es avec une merveilleuse pr\u00e9cision. En m\u00eame temps, ses paroles \u00e9taient empreintes d\u2019une aimable et tendre familiarit\u00e9, qui montrait combien il m&rsquo;aimait. D\u00e8s le d\u00e9but, il m&rsquo;avait pris par la main et me l&rsquo;a toujours tenue si affectueusement jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du r\u00eave. Parfois je posais mon autre main libre sur la sienne, mais elle semblait se d\u00e9rober sous la mienne comme si elle s\u2019\u00e9vaporait, et ma main gauche ne serait que ma main droite. Le jeune homme souriait de ma vaine tentative.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant ce temps, je regardais par les fen\u00eatres du wagon et je voyais s&rsquo;enfuir devant moi des r\u00e9gions diverses, mais stup\u00e9fiantes\u00a0: des for\u00eats, des montagnes, des plaines, des fleuves tr\u00e8s longs et majestueux que je ne croyais pas si grands dans des r\u00e9gions si \u00e9loign\u00e9es de leur embouchure. Pendant plus de mille kilom\u00e8tres, nous avons long\u00e9 la lisi\u00e8re d&rsquo;une for\u00eat vierge, encore inexplor\u00e9e aujourd&rsquo;hui. Mon regard acqu\u00e9rait une merveilleuse puissance visuelle\u00a0; il n&rsquo;avait aucun obstacle \u00e0 franchir pour s\u2019aventurer dans ces r\u00e9gions. Je ne peux pas expliquer comment ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tonnant s&rsquo;est produit pour mes yeux. J&rsquo;\u00e9tais comme quelqu&rsquo;un qui, au sommet d&rsquo;une colline, voit une grande r\u00e9gion s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 ses pieds, et s&rsquo;il place devant ses yeux \u00e0 une petite distance une latte de papier, m\u00eame tr\u00e8s mince, il ne voit rien ou tr\u00e8s peu : s&rsquo;il enl\u00e8ve cette latte ou seulement la soul\u00e8ve ou l&rsquo;abaisse un peu, sa vue peut s&rsquo;\u00e9tendre jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de l\u2019horizon. C&rsquo;est ce qui m&rsquo;est arriv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intuition extraordinaire que j&rsquo;avais acquise ; mais avec cette diff\u00e9rence que, lorsque je fixais un point et que ce point passait devant moi, c&rsquo;\u00e9tait comme une lev\u00e9e successive de rideaux individuels, et je voyais \u00e0 des distances incalculables. Non seulement je voyais les Cordill\u00e8res m\u00eame lorsque j\u2019en \u00e9tais loin, mais je pouvais aussi contempler dans leurs moindres d\u00e9tails les cha\u00eenes de montagnes isol\u00e9es dans ces immenses plaines. [Celles de la Nouvelle-Grenade, du Venezuela, des trois Guyanes ; celles du Br\u00e9sil et de la Bolivie, jusqu&rsquo;aux limites des fronti\u00e8res].<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je pouvais alors v\u00e9rifier la justesse des phrases que j&rsquo;avais entendues au d\u00e9but du r\u00eave dans la grande salle au degr\u00e9 z\u00e9ro. Je pouvais voir dans les entrailles des montagnes et dans l&rsquo;obscurit\u00e9 profonde des plaines. J\u2019avais sous les yeux les richesses incomparables de ces pays qui seront un jour d\u00e9couverts. J\u2019ai vu de nombreuses mines de m\u00e9taux pr\u00e9cieux, des carri\u00e8res in\u00e9puisables de houille, des gisements de p\u00e9trole si abondants qu&rsquo;on n\u2019en a jamais trouv\u00e9s de semblables nulle part ailleurs. Mais ce n&rsquo;est pas tout. Entre le 15<sup>e<\/sup> et le 20<sup>e<\/sup> degr\u00e9, il y avait un bassin tr\u00e8s large et tr\u00e8s long qui partait d&rsquo;un point o\u00f9 se formait un lac. Puis une voix r\u00e9p\u00e9ta :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Lorsqu\u2019on creusera les mines cach\u00e9es au milieu de ces montagnes, la terre promise o\u00f9 coulent le lait et le miel appara\u00eetra ici. Ce sera une richesse inconcevable.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais ce n&rsquo;est pas tout. Ce qui m&rsquo;a le plus surpris, c&rsquo;est de voir les Cordill\u00e8res en divers endroits se replier sur elles-m\u00eames pour former des vall\u00e9es, dont les g\u00e9ographes actuels ne soup\u00e7onnent m\u00eame pas l&rsquo;existence, imaginant que les pentes des montagnes y sont comme une sorte de mur rectiligne. Dans ces bassins et ces vall\u00e9es, qui s&rsquo;\u00e9tendent parfois jusqu&rsquo;\u00e0 mille kilom\u00e8tres, vivent des populations denses qui n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 en contact avec les Europ\u00e9ens, des nations encore totalement inconnues.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant ce temps, le convoi continuait de courir, d&rsquo;aller et de venir, de tourner ici et l\u00e0, et finit par s&rsquo;arr\u00eater. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un grand nombre de voyageurs descendirent, passant sous les Cordill\u00e8res, en direction de l&rsquo;ouest.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 [Don Bosco fit allusion \u00e0 la Bolivie. La gare \u00e9tait peut-\u00eatre La Paz o\u00f9 un tunnel s&rsquo;ouvrant sur le littoral du Pacifique peut relier le Br\u00e9sil \u00e0 Lima par une autre ligne de chemin de fer].<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le train repartit, allant toujours de l\u2019avant. Comme dans la premi\u00e8re partie du voyage, nous avons travers\u00e9 des for\u00eats, des tunnels, des viaducs gigantesques, des gorges montagneuses, des lacs et des marais sur des ponts, de larges rivi\u00e8res, des prairies et des plaines. Nous sommes pass\u00e9s sur les rives de l&rsquo;Uruguay. Je pensais qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un fleuve court, mais il est en fait tr\u00e8s long. \u00c0 un moment donn\u00e9, j&rsquo;ai vu le fleuve Parana s&rsquo;approcher de l&rsquo;Uruguay, comme s&rsquo;il allait lui apporter le tribut de ses eaux, mais au lieu de cela, apr\u00e8s avoir coul\u00e9 sur un tron\u00e7on presque parall\u00e8le, il s&rsquo;en \u00e9loignait en faisant un grand coude. Ces deux fleuves \u00e9taient tr\u00e8s larges [D&rsquo;apr\u00e8s ces quelques donn\u00e9es, il appara\u00eet que cette future ligne de chemin de fer, partant de La Paz, touchera Santa Cruz, passera par la seule ouverture dans les montagnes Cruz de la Sierra, travers\u00e9e par le fleuve Guapay ; traversera le fleuve Parapiti dans la province de Chiquitos en Bolivie. Elle passera par l&rsquo;extr\u00eame nord de la R\u00e9publique du Paraguay, entrera dans la province de S\u00e3o Paulo au Br\u00e9sil et, de l\u00e0, se dirigera vers Rio Janeiro. D&rsquo;une gare interm\u00e9diaire de la province de S\u00e3o Paulo partira peut-\u00eatre la ligne de chemin de fer qui, passant entre le Rio Parana et le Rio Uruguay, reliera la capitale du Br\u00e9sil \u00e0 la R\u00e9publique d&rsquo;Uruguay et \u00e0 la R\u00e9publique argentine].<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le train allait toujours plus bas, tournait dans un sens, tournait dans l&rsquo;autre, et au bout d&rsquo;un long moment, il s&rsquo;arr\u00eata pour la deuxi\u00e8me fois. L\u00e0, beaucoup d&rsquo;autres personnes descendirent du convoi et pass\u00e8rent sous les Cordill\u00e8res en direction de l&rsquo;ouest. [Don Bosco indiquait la province de Mendoza en R\u00e9publique argentine. La gare \u00e9tait peut-\u00eatre Mendoza et ce tunnel menait \u00e0 Santiago, capitale de la R\u00e9publique du Chili].<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le train reprit sa course \u00e0 travers la Pampa et la Patagonie. Les champs cultiv\u00e9s et les maisons diss\u00e9min\u00e9es ici et l\u00e0 indiquaient que la civilisation prenait possession de ces d\u00e9serts.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au d\u00e9but de la Patagonie, nous pass\u00e2mes un bras du Rio Colorado ou Rio Chubut [ou peut-\u00eatre Rio Negro ?]. Je ne pouvais pas voir dans quel sens allait le courant, vers les Cordill\u00e8res ou vers l&rsquo;Atlantique. J\u2019essayai de r\u00e9soudre mon probl\u00e8me, mais je n\u2019ai pas pu m&rsquo;orienter.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Enfin, nous avons atteint le d\u00e9troit de Magellan. Je regardais. Nous descendions. J\u2019avais devant moi Punt&rsquo;Arenas. Sur plusieurs kilom\u00e8tres, le sol \u00e9tait encombr\u00e9 de d\u00e9p\u00f4ts de charbon, de planches, de poutres, de bois, d&rsquo;immenses piles de m\u00e9tal, certaines brutes, d&rsquo;autres transform\u00e9es. De longues rang\u00e9es de wagons de marchandises attendaient sur les voies.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mon ami m&rsquo;a parl\u00e9 de tout cela. Je lui ai alors demand\u00e9 :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et maintenant, que veux-tu dire avec tout cela ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il me r\u00e9pondit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Ce qui est en projet aujourd&rsquo;hui sera un jour r\u00e9alit\u00e9. Ces sauvages seront \u00e0 l&rsquo;avenir si dociles qu&rsquo;ils viendront eux-m\u00eames pour recevoir l\u2019instruction, la religion, la civilisation et le commerce. Ce qui, ailleurs, provoque l&rsquo;\u00e9merveillement, sera ici d&rsquo;une telle ampleur que cela d\u00e9passera ce qui, aujourd&rsquo;hui, suscite l&rsquo;\u00e9tonnement chez tous les autres peuples.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; J&rsquo;ai vu suffisamment, dis-je pour conclure ; maintenant, emmenez-moi voir mes Sal\u00e9siens en Patagonie.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous sommes retourn\u00e9s \u00e0 la gare et avons pris le train pour le retour. Apr\u00e8s avoir parcouru une tr\u00e8s longue distance, le convoi s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 devant une agglom\u00e9ration importante. [Peut-\u00eatre au 45<sup>e<\/sup> degr\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 il avait vu ce gros n\u0153ud de corde au d\u00e9but du r\u00eave]. \u00c0 la gare, personne ne m&rsquo;attendait. Je suis descendu du train et j&rsquo;ai tout de suite trouv\u00e9 les Sal\u00e9siens. Il y avait l\u00e0 de nombreuses maisons avec des habitants en grand nombre, des \u00e9glises, des \u00e9coles, des maisons d\u2019accueil pour jeunes et adultes, des artisans et des cultivateurs, et un centre d&rsquo;\u00e9ducation pour les filles qui effectuaient divers travaux domestiques. Nos missionnaires prenaient soin des jeunes et des adultes ensemble.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je suis all\u00e9 au milieu d\u2019eux. Ils \u00e9taient nombreux, mais je ne les connaissais pas, et parmi eux, il n&rsquo;y avait aucun de mes anciens \u00e9l\u00e8ves. Ils m&rsquo;ont tous regard\u00e9 avec \u00e9tonnement, comme si j&rsquo;\u00e9tais quelqu\u2019un de nouveau, et je leur disais :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Vous ne me connaissez pas ? Vous ne connaissez pas Don Bosco ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Oh Don Bosco ! Nous le connaissons de r\u00e9putation, mais nous ne l&rsquo;avons vu qu&rsquo;en portrait ! En personne, non, bien s\u00fbr !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Et Don Fagnano, Don Costamagna, Don Lasagna, Don Milanesio, o\u00f9 sont-ils ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Nous ne les avons pas connus. Ce sont ceux qui sont venus ici autrefois, les premiers sal\u00e9siens venus d&rsquo;Europe dans ces pays. Mais tant d&rsquo;ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es depuis leur mort !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 cette r\u00e9ponse, j&rsquo;ai pens\u00e9 avec \u00e9tonnement : &#8211; Mais est-ce un r\u00eave ou une r\u00e9alit\u00e9 ? J\u2019ai frapp\u00e9 mes mains l&rsquo;une contre l&rsquo;autre, touch\u00e9 mes bras et me suis secou\u00e9, tandis que j\u2019entendais le bruit de mes mains, je m\u2019\u00e9coutais moi-m\u00eame et je me persuadais que je ne dormais pas.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette visite fut l&rsquo;affaire d&rsquo;un instant. En voyant les progr\u00e8s merveilleux de l&rsquo;\u00c9glise catholique, de notre Congr\u00e9gation et de la civilisation dans ces contr\u00e9es, je remerciai la Divine Providence d&rsquo;avoir daign\u00e9 se servir de moi comme instrument de sa gloire et du salut de tant d&rsquo;\u00e2mes.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sur ces entrefaites, le jeune Colle me fit signe qu&rsquo;il \u00e9tait temps de revenir en arri\u00e8re. C\u2019est ainsi qu\u2019apr\u00e8s avoir dit adieu \u00e0 mes Sal\u00e9siens, nous retourn\u00e2mes \u00e0 la gare, o\u00f9 le convoi \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 partir. Nous sommes remont\u00e9s, on entendit siffler le d\u00e9part et nous sommes partis vers le nord.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 par une nouveaut\u00e9 qui m&rsquo;a frapp\u00e9. Le territoire de la Patagonie, dans sa partie la plus proche du d\u00e9troit de Magellan, entre les Cordill\u00e8res et l\u2019oc\u00e9an Atlantique, \u00e9tait moins \u00e9tendu que ne le pensent g\u00e9n\u00e9ralement les g\u00e9ographes.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le train avan\u00e7ait tr\u00e8s vite et il me semblait qu&rsquo;il traversait les provinces d\u00e9j\u00e0 civilis\u00e9es de la R\u00e9publique argentine.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au cours du voyage, nous entr\u00e2mes dans une for\u00eat vierge, tr\u00e8s large, tr\u00e8s longue, interminable. \u00c0 un certain moment, le train s&rsquo;arr\u00eata et un spectacle douloureux s&rsquo;offrit \u00e0 nos yeux. Une foule immense de sauvages \u00e9tait rassembl\u00e9e dans un espace d\u00e9gag\u00e9 au milieu de la for\u00eat. Leurs visages \u00e9taient d\u00e9form\u00e9s et r\u00e9pugnants ; ils \u00e9taient v\u00eatus, semblait-il, de peaux de b\u00eates cousues ensemble. Ils entouraient un homme ligot\u00e9, assis sur une pierre. Il \u00e9tait tr\u00e8s gros, car les sauvages l&rsquo;avaient engraiss\u00e9. Le pauvre homme avait \u00e9t\u00e9 fait prisonnier et semblait appartenir \u00e0 une nation \u00e9trang\u00e8re, aux traits du visage plus r\u00e9guliers. Les sauvages l&rsquo;interrog\u00e8rent et il r\u00e9pondit en racontant les diverses aventures qui lui \u00e9taient arriv\u00e9es au cours de ses voyages. Tout \u00e0 coup un sauvage se leva et brandit un grand fer, qui n&rsquo;\u00e9tait pas une \u00e9p\u00e9e, mais qui \u00e9tait tr\u00e8s tranchant, il s&rsquo;\u00e9lan\u00e7a sur le prisonnier et d&rsquo;un seul coup lui trancha la t\u00eate. Tous les voyageurs du convoi se tenaient aux portes et aux fen\u00eatres des voitures, attentifs et muets d&rsquo;horreur. Le jeune Colle lui-m\u00eame regardait et se taisait. La victime avait pouss\u00e9 un cri d&rsquo;agonie en recevant le coup. Les cannibales saut\u00e8rent sur le cadavre qui gisait dans une mare de sang, le d\u00e9chir\u00e8rent en morceaux, plac\u00e8rent la chair encore chaude et palpitante sur des feux sp\u00e9cialement allum\u00e9s et, apr\u00e8s l&rsquo;avoir r\u00f4tie pendant un certain temps, la d\u00e9vor\u00e8rent \u00e0 moiti\u00e9 crue. Aux cris du malheureux, le train s\u2019\u00e9tait mis en marche et reprit peu \u00e0 peu sa vitesse vertigineuse.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant de tr\u00e8s longues heures, il avan\u00e7a sur les rives d&rsquo;un fleuve tr\u00e8s large. Le train roulait tant\u00f4t sur la rive droite, tant\u00f4t sur la rive gauche. De la fen\u00eatre, je n&rsquo;ai pas remarqu\u00e9 sur quels ponts nous faisions ces trajets fr\u00e9quents. De temps en temps, sur ces rives apparaissaient de nombreuses tribus de sauvages. Chaque fois que nous voyions ces foules, le jeune Colle r\u00e9p\u00e9tait :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voici la moisson des Sal\u00e9siens ! Voici la moisson des Sal\u00e9siens !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous sommes ensuite entr\u00e9s dans une r\u00e9gion peupl\u00e9e d&rsquo;animaux f\u00e9roces et de reptiles venimeux aux formes \u00e9tranges et horribles. Il y en avait partout\u00a0: sur les pentes des montagnes, au sommet des collines, dans les contreforts de ces montagnes et collines ombrag\u00e9es, sur les bords des lacs, sur les rives des fleuves, dans les plaines, les pentes, les talus. Les uns ressemblaient \u00e0 des chiens qui avaient des ailes et qui \u00e9taient extraordinairement ventrus [gourmandise, luxure, orgueil]. Les autres \u00e9taient d\u2019\u00e9normes crapauds qui mangeaient des grenouilles. On voyait des lieux cach\u00e9s remplis d&rsquo;animaux de formes diff\u00e9rentes des n\u00f4tres. Ces trois esp\u00e8ces d&rsquo;animaux \u00e9taient m\u00e9lang\u00e9es et grognaient sordidement comme s&rsquo;ils voulaient se mordre les uns les autres. On voyait aussi des tigres, des hy\u00e8nes, des lions, mais d&rsquo;une forme diff\u00e9rente des esp\u00e8ces d&rsquo;Asie et d&rsquo;Afrique. Mon compagnon m&rsquo;a adress\u00e9 la parole l\u00e0 aussi et, \u00e9voquant ces b\u00eates, s&rsquo;est exclam\u00e9 :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Les Sal\u00e9siens les apprivoiseront.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant ce temps, le train approchait du lieu de premier d\u00e9part et nous n&rsquo;en \u00e9tions pas loin. Le jeune Colle sortit alors une carte topographique d&rsquo;une beaut\u00e9 stup\u00e9fiante et me dit :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Voulez-vous voir le voyage que vous avez fait, les r\u00e9gions que nous avons parcourues ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Volontiers, r\u00e9pondis-je.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il a alors d\u00e9pli\u00e9 la carte sur laquelle toute l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud \u00e9tait dessin\u00e9e avec une merveilleuse pr\u00e9cision. De plus, elle repr\u00e9sentait tout ce qui \u00e9tait, tout ce qui est, tout ce qui sera dans ces r\u00e9gions, mais sans confusion, au contraire avec une telle clart\u00e9 que l&rsquo;on pouvait tout voir d&rsquo;un seul coup d&rsquo;\u0153il. J&rsquo;ai imm\u00e9diatement tout compris, mais \u00e0 cause de la multiplicit\u00e9 des circonstances, cette clart\u00e9 n&rsquo;a dur\u00e9 qu&rsquo;une petite heure et maintenant une confusion totale s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9e dans mon esprit.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pendant que je regardais cette carte en attendant que le jeune homme ajoute une explication, tout agit\u00e9 par la surprise de ce que j&rsquo;avais sous les yeux, il me sembla que Quirino (saint coadjuteur, math\u00e9maticien, polyglotte et sonneur de cloches) sonnait <em>l&rsquo;Ave Maria<\/em> de l&rsquo;aube ; mais en me r\u00e9veillant, je me suis rendu compte que c&rsquo;\u00e9tait le son des cloches de la paroisse de San Benigno. Le r\u00eave avait dur\u00e9 toute la nuit.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco termina son r\u00e9cit par ces mots :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8211; Avec la douceur de saint Fran\u00e7ois de Sales, les Sal\u00e9siens attireront les peuples d&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 J\u00e9sus-Christ. Il sera tr\u00e8s difficile de moraliser les sauvages, mais leurs enfants ob\u00e9iront facilement aux paroles des Missionnaires et avec eux on fondera des colonies, la civilisation prendra la place de la barbarie, et ainsi une foule de sauvages entrera dans le bercail de J\u00e9sus-Christ.<br><em>(MB XVI, 385-394)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco a racont\u00e9 ce r\u00eave le 4 septembre, lors de la s\u00e9ance du&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":30473,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":38,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1716,2554,1764,1992,1824,1980,1968,1956,1962],"class_list":["post-30460","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-dieu","tag-don-bosco","tag-espoir","tag-gras-obtenues","tag-reves","tag-saints","tag-salesiens","tag-salut"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30460"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30460\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/30473"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}