{"id":29516,"date":"2024-07-25T13:25:19","date_gmt":"2024-07-25T13:25:19","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=29516"},"modified":"2024-07-25T13:26:16","modified_gmt":"2024-07-25T13:26:16","slug":"linondation-et-le-radeau-de-sauvetage-1866","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/linondation-et-le-radeau-de-sauvetage-1866\/","title":{"rendered":"L&rsquo;inondation et le radeau de sauvetage (1866)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em><em>Personne ne peut se sauver de la fureur des eaux lors des grandes inondations. Tout le monde a besoin d&rsquo;un sauveteur qui l&#8217;emm\u00e8ne dans sa barque. Ceux qui ne montent pas dans la barque risquent d&rsquo;\u00eatre emport\u00e9s par les eaux en furie. Don Bosco a compris le sens profond de son r\u00eave, celui du radeau sauveur, et il l&rsquo;a transmis \u00e0 ses jeunes.<br><\/em><\/em><br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voici comment Don Bosco s&rsquo;exprima le lundi soir, premier jour de l&rsquo;ann\u00e9e 1866, devant la multitude de ses jeunes de l\u2019Oratoire.<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me trouvais non loin d&rsquo;un village qui ressemblait \u00e0 Castelnuovo d&rsquo;Asti, mais ce n\u2019\u00e9tait pas mon pays. Tous les jeunes de l&rsquo;Oratoire se r\u00e9cr\u00e9aient gaiement dans une immense prairie, quand tout \u00e0 coup on vit appara\u00eetre les eaux sur les bords de cette plaine, et nous nous v\u00eemes menac\u00e9s de tous c\u00f4t\u00e9s par une inondation qui grossissait \u00e0 mesure qu&rsquo;elle avan\u00e7ait vers nous. Le P\u00f4 avait d\u00e9bord\u00e9 et d\u2019immenses torrents rageurs d\u00e9bordaient de ses rives.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Saisis de terreur, nous cour\u00fbmes vers un grand moulin isol\u00e9, loin des autres habitations, aux murs aussi \u00e9pais que ceux d&rsquo;une forteresse, et je m\u2019arr\u00eatai dans sa cour au milieu de mes chers jeunes constern\u00e9s. Mais comme les eaux commen\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;infiltrer l\u00e0 aussi, nous f\u00fbmes tous oblig\u00e9s de nous replier dans la maison, puis de monter dans les pi\u00e8ces sup\u00e9rieures. Des fen\u00eatres, on pouvait voir l&rsquo;\u00e9tendue du d\u00e9sastre. Des collines de Superga aux Alpes on ne voyait que la surface d&rsquo;un immense lac, au lieu de prairies, de champs cultiv\u00e9s, de potagers, de bois, de fermes, de villages et de villes. Au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;eau montait, nous montions d&rsquo;un \u00e9tage \u00e0 l&rsquo;autre. Ayant perdu tout espoir humain de nous sauver, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 encourager mes jeunes, leur disant \u00e0 tous de se remettre avec une enti\u00e8re confiance entre les mains de Dieu et dans les bras de Marie, notre m\u00e8re.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais l&rsquo;eau \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 presque au niveau de l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur. Alors la frayeur fut universelle et nous ne v\u00eemes d&rsquo;autre issue que de nous r\u00e9fugier sur un grand radeau, en forme de bateau, qui apparut \u00e0 cet instant et flottait pr\u00e8s de nous. Chacun, respirant bruyamment, voulait \u00eatre le premier \u00e0 s&rsquo;y r\u00e9fugier, mais personne n&rsquo;osait, car on ne pouvait pas approcher le radeau de la maison \u00e0 cause d&rsquo;un mur qui \u00e9mergeait un peu au-dessus du niveau de l&rsquo;eau. Un tronc d&rsquo;arbre long et \u00e9troit pouvait cependant permettre d&rsquo;y arriver, mais le passage \u00e9tait d&rsquo;autant plus difficile que le tronc reposait sur la barque par un bout et bougeait avec le tangage de la barque, agit\u00e9e par les vagues.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Prenant courage, je passai le premier, et pour faciliter l&#8217;embarquement des jeunes et pour les tranquilliser, je demandai \u00e0 mes jeunes clercs et aux pr\u00eatres d\u2019accompagner ceux qui partaient du moulin, et \u00e0 ceux de la barque de donner un coup de main \u00e0 ceux qui arrivaient. Mais voil\u00e0 ! Apr\u00e8s un certain temps de ce travail, les jeunes clercs et les pr\u00eatres \u00e9taient si fatigu\u00e9s que certains tombaient d\u2019\u00e9puisement ici et l\u00e0, et ceux qui les rempla\u00e7aient subissaient le m\u00eame sort. Stup\u00e9fait, je voulus moi aussi me mettre au travail, mais je me sentis moi aussi si \u00e9puis\u00e9 que je ne pouvais plus me tenir debout.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entre-temps, beaucoup de jeunes impatients, par peur de la mort ou pour montrer leur courage, firent un second pont avec un morceau de planche assez long et un peu plus large que le tronc d&rsquo;arbre et, sans attendre l&rsquo;aide des clercs et des pr\u00eatres, \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 s\u2019y lancer, sans tenir compte de mes cris : \u00ab&nbsp;Arr\u00eatez, arr\u00eatez, sinon vous tomberez !&nbsp;\u00bb<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De fait, beaucoup tr\u00e9buchaient ou perdaient l&rsquo;\u00e9quilibre et tomb\u00e8rent avant d&rsquo;arriver \u00e0 la barque et disparurent dans les eaux troubles et putrides. M\u00eame le petit pont fragile avait coul\u00e9 avec ceux qui se trouvaient dessus. Le nombre de ces malheureux fut si grand qu&rsquo;un quart de nos jeunes gens furent victimes de leur caprice.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Moi, qui jusque-l\u00e0 avais tenu fermement l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du tronc d&rsquo;arbre pendant que les jeunes montaient dessus, me rendant compte que l&rsquo;inondation avait franchi l&rsquo;obstacle de ce mur, je trouvai le moyen de pousser le radeau pr\u00e8s du moulin. L\u00e0 on voyait Don Cagliero, un pied sur la fen\u00eatre et l&rsquo;autre sur le bord de la barque&nbsp;; il aidait les jeunes qui \u00e9taient rest\u00e9s dans ces chambres \u00e0 sauter dans la barque, en leur donnant la main et en les mettant en s\u00e9curit\u00e9 sur le radeau.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais tous nos jeunes n&rsquo;\u00e9taient pas encore sauv\u00e9s. Un certain nombre d&rsquo;entre eux \u00e9taient mont\u00e9s dans les greniers et de l\u00e0 sur le toit, o\u00f9 ils \u00e9taient blottis sur le fa\u00eete, serr\u00e9s les uns contre les autres, tandis que les eaux montaient sans discontinuer, inondant d\u00e9j\u00e0 les goutti\u00e8res et une partie des bords du toit. Mais la barque \u00e9tait mont\u00e9e elle aussi avec l\u2019eau. En voyant ces pauvres jeunes dans une si horrible situation, je leur criai de prier de tout leur c\u0153ur, de se tenir tranquilles, de descendre ensemble, en se tenant par le bras pour ne pas glisser. Ils ob\u00e9irent, et comme le c\u00f4t\u00e9 du bateau \u00e9tait coll\u00e9 \u00e0 la goutti\u00e8re, ils mont\u00e8rent eux aussi \u00e0 bord avec l\u2019aide de leurs compagnons. L\u00e0 on voyait une grande quantit\u00e9 de pains, rang\u00e9s dans de nombreux paniers.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lorsqu&rsquo;ils furent tous dans la barque, ne sachant pas encore s\u2019ils \u00e9chapperaient \u00e0 ce danger, je pris le commandement et dis aux jeunes gens :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013 Marie est l&rsquo;\u00c9toile de la mer. Elle n&rsquo;abandonne pas ceux qui se confient \u00e0 elle. Mettons-nous tous sous son manteau, elle nous sauvera des p\u00e9rils et nous conduira \u00e0 bon port.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous abandonn\u00e2mes alors aux flots le bateau qui flottait bien et s&rsquo;\u00e9loignait de ce lieu (<em>Facta est quasi navis institoris, de longe portans panem suum<\/em>). Les vagues agit\u00e9es par le vent le poussaient avec une telle vitesse, que nous nous serrions les uns contre les autres en faisant un seul corps pour ne pas tomber.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s avoir parcouru une longue distance en tr\u00e8s peu de temps, la barque s&rsquo;arr\u00eata soudain et commen\u00e7a \u00e0 tourner sur elle-m\u00eame avec une vitesse extraordinaire, de sorte qu&rsquo;il semblait qu\u2019elle allait couler. Mais un vent tr\u00e8s violent la poussa hors du tourbillon. Elle reprit alors un cours plus r\u00e9gulier, et malgr\u00e9 quelques remous et gr\u00e2ce au vent favorable, elle s&rsquo;arr\u00eata sur un rivage sec, beau et vaste, qui semblait s&rsquo;\u00e9lever comme une colline au milieu de cette mer.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plusieurs jeunes en tomb\u00e8rent amoureux. Ils disaient que le Seigneur avait plac\u00e9 l&rsquo;homme sur la terre et non sur l&rsquo;eau, et sans demander la permission, ils descendirent de la barque en jubilant. Ils en invit\u00e8rent d&rsquo;autres \u00e0 les suivre et mont\u00e8rent sur ce rivage. Leur joie fut de courte dur\u00e9e, car les eaux se mirent \u00e0 grossir de nouveau, la temp\u00eate se d\u00e9cha\u00eena aussit\u00f4t et envahit les c\u00f4t\u00e9s de cette belle colline. Bient\u00f4t les malheureux pouss\u00e8rent des cris d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, car ils se retrouv\u00e8rent dans l&rsquo;eau jusqu&rsquo;\u00e0 la hanche, puis, chavir\u00e9s par les vagues, ils disparurent. Je m&rsquo;\u00e9criai :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013 Il est bien vrai que celui qui agit sur un coup de t\u00eate le paie avec sa bourse.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le bateau, quant \u00e0 lui, ballott\u00e9 par le tourbillon, mena\u00e7ait de sombrer \u00e0 nouveau. Je vis alors mes jeunes p\u00e2les et haletants : \u2013 Courage, leur criai-je, Marie ne nous abandonnera pas. \u2013 Et unanimement et de tout c\u0153ur, nous r\u00e9cit\u00e2mes les actes de foi, d&rsquo;esp\u00e9rance, de charit\u00e9 et de contrition, quelques <em>Pater<\/em> et <em>Ave<\/em> et le <em>Salve Regina<\/em>. Puis, \u00e0 genoux, nous tenant par la main, nous r\u00e9cit\u00e2mes chacun des pri\u00e8res particuli\u00e8res. Mais plusieurs jeunes insens\u00e9s restaient indiff\u00e9rents \u00e0 ce danger, comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait&nbsp;; ils se levaient et se tortillaient \u00e7\u00e0 et l\u00e0, ricanant entre eux et se moquant presque de l\u2019attitude suppliante de leurs camarades. Or voici que le bateau s&rsquo;immobilise soudain, tourne rapidement sur lui-m\u00eame, et un vent furieux pr\u00e9cipite les malheureux dans les flots. Ils \u00e9taient au nombre de trente. \u00c0 peine entr\u00e9s dans l&rsquo;eau profonde et boueuse, ils disparurent enti\u00e8rement. Nous avons entonn\u00e9 le <em>Salve Regina<\/em> et, plus que jamais, nous avons invoqu\u00e9 de tout c\u0153ur la protection de l&rsquo;\u00c9toile de la mer.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le calme revint. Mais le navire, tel un poisson, continuait d&rsquo;avancer sans que nous sachions o\u00f9 il nous m\u00e8nerait. \u00c0 bord, on poursuivait sans arr\u00eat et de toutes les mani\u00e8res le travail de sauvetage. On faisait tout pour emp\u00eacher les jeunes de tomber \u00e0 l&rsquo;eau et pour sauver ceux qui \u00e9taient tomb\u00e9s. Car il y en avait qui se penchaient imprudemment sur les bords du radeau et tombaient dans le lac ; et il y en avait d&rsquo;autres, effront\u00e9s et cruels, qui appelaient quelques-uns de leurs compagnons pr\u00e8s du bord et les jetaient en bas en les poussant violemment. C&rsquo;est pourquoi des pr\u00eatres pr\u00e9paraient des perches robustes, de grosses lignes et des hame\u00e7ons de diff\u00e9rentes sortes. D&rsquo;autres attachaient les hame\u00e7ons aux perches et les distribuaient aux uns et aux autres ; d&rsquo;autres encore \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 leur place, avec leurs perches lev\u00e9es, les yeux fix\u00e9s sur les flots, attentifs aux cris de secours. D\u00e8s qu&rsquo;un jeune tombait, on abaissait les perches et le naufrag\u00e9 s&rsquo;agrippait \u00e0 la ligne, ou bien l&rsquo;hame\u00e7on s\u2019accrochait \u00e0 sa ceinture ou \u00e0 ses v\u00eatements, et ainsi il \u00e9tait sauv\u00e9. Mais m\u00eame parmi les p\u00eacheurs, certains d\u00e9rangeaient et g\u00eanaient les autres et ceux qui pr\u00e9paraient et distribuaient les hame\u00e7ons. Les clercs faisaient la garde tout autour pour retenir la multitude de jeunes.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me tenais au pied d&rsquo;un grand m\u00e2t plant\u00e9 au centre, entour\u00e9 de nombreux jeunes gens, de pr\u00eatres et de clercs qui ex\u00e9cutaient mes ordres. Tant qu&rsquo;ils \u00e9taient dociles et ob\u00e9issaient \u00e0 mes paroles, tout allait bien : nous \u00e9tions tranquilles, contents, en s\u00e9curit\u00e9. Mais plusieurs commenc\u00e8rent \u00e0 trouver que le radeau \u00e9tait inconfortable, \u00e0 craindre que le voyage ne soit trop long, \u00e0 se plaindre des inconv\u00e9nients et des dangers de la travers\u00e9e, \u00e0 discuter sur l&rsquo;endroit o\u00f9 nous allions accoster, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir aux moyens de trouver un autre refuge, \u00e0 se bercer de l&rsquo;espoir que, non loin de l\u00e0, il y aurait une terre o\u00f9 ils trouveraient un abri s\u00fbr, \u00e0 craindre de manquer bient\u00f4t de provisions, \u00e0 se poser des questions entre eux et \u00e0 me refuser l&rsquo;ob\u00e9issance. C&rsquo;est en vain que j&rsquo;essayais de les convaincre par des raisonnements.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et voici que d&rsquo;autres radeaux \u00e9taient en vue et, en s&rsquo;approchant, semblaient prendre une direction diff\u00e9rente de la n\u00f4tre. Alors ces imprudents d\u00e9cid\u00e8rent de suivre leurs caprices, de s\u2019\u00e9loigner de moi et d\u2019agir par eux-m\u00eames. Ils jet\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;eau quelques planches qui se trouvaient dans notre radeau, et quand ils en virent d&rsquo;autres assez larges qui flottaient non loin de l\u00e0, ils saut\u00e8rent dessus et partirent dans la direction de ces radeaux. Ce fut pour moi une sc\u00e8ne indescriptible et douloureuse, car je voyais ces malheureux courir \u00e0 leur perte. Le vent soufflait, les eaux \u00e9taient agit\u00e9es, et voici que certains sombraient sous les flots qui montaient et descendaient furieusement. D&rsquo;autres \u00e9taient pris dans les tourbillons et entra\u00een\u00e9s dans l&rsquo;ab\u00eeme ; d&rsquo;autres rencontraient des obstacles sur l&rsquo;eau, chaviraient et disparaissaient. Quelques-uns r\u00e9ussissaient \u00e0 monter sur les radeaux, mais ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00eatre submerg\u00e9s. La nuit devint sombre et lugubre, et l&rsquo;on entendait au loin les cris effrayants de ceux qui p\u00e9rissaient. Tous firent naufrage. <em>In mare mundi submergentur omnes illi quos non suscipit navis ista<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire le navire de la Vierge Marie.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le nombre de mes chers fils avait beaucoup diminu\u00e9. Cependant, continuant \u00e0 avoir confiance en Notre-Dame, apr\u00e8s toute une nuit noire, le bateau entra finalement dans une sorte de d\u00e9troit tr\u00e8s resserr\u00e9, entre deux rives boueuses, couvertes de buissons, de gros \u00e9clats, de cailloux, de perches, de fagots, de planches bris\u00e9es, de m\u00e2ts et de rames. Tout autour de la barque, on voyait des tarentules, des crapauds, des serpents, des dragons, des crocodiles, des requins, des vip\u00e8res et mille autres animaux immondes. Dans les saules pleureurs, dont les branches pendaient au-dessus de notre bateau, on voyait des gros chats de forme particuli\u00e8re, qui d\u00e9chiraient des morceaux de membres humains. Une foule de gros singes se balan\u00e7aient aux branches en s&rsquo;effor\u00e7ant de toucher et d&rsquo;attraper les jeunes, mais ces derniers, se baissant de peur, \u00e9vitaient ces pi\u00e8ges.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;est l\u00e0, dans ce banc de sable, que nous avons revu, \u00e0 notre grande surprise et \u00e0 notre grande horreur, les pauvres compagnons qui s&rsquo;\u00e9taient perdus ou qui nous avaient abandonn\u00e9s. Apr\u00e8s le naufrage, ils avaient \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s par les vagues sur cette plage. Les membres de certains d&rsquo;entre eux avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9chiquet\u00e9s par le violent choc contre les rochers. D&rsquo;autres \u00e9taient enfouis dans le marais et on ne voyait plus que leurs cheveux et la moiti\u00e9 d&rsquo;un bras. Ici un dos d\u00e9passait de la boue, plus loin une t\u00eate, ailleurs un cadavre flottait enti\u00e8rement visible.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Soudain, on entendit la voix d&rsquo;un jeune de la barque, qui s&rsquo;\u00e9cria : &#8211; Voici un monstre qui d\u00e9vore la chair d&rsquo;un tel ou d&rsquo;un tel !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et il appelle plusieurs fois le malheureux par son nom, le montrant du doigt \u00e0 ses compagnons \u00e9pouvant\u00e9s.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais voici qu\u2019un tout autre spectacle vint s&rsquo;offrir \u00e0 nos yeux. \u00c0 peu de distance se dressait une gigantesque fournaise dans laquelle br\u00fblait un grand feu. Dans cette fournaise apparaissaient des formes humaines et on pouvait y voir des pieds, des jambes, des bras, des mains, des t\u00eates, qui montaient et descendaient dans ces flammes, confus\u00e9ment, comme les l\u00e9gumes dans la marmite lorsqu&rsquo;elle bout. En observant attentivement, nous avons vu beaucoup de nos \u00e9l\u00e8ves et nous avons eu peur. Au-dessus de ce feu, il y avait un grand couvercle, sur lequel \u00e9taient \u00e9crits en grosses lettres ces mots : \u2013 LE SIXI\u00c8ME ET LE SEPTI\u00c8ME CONDUISENT ICI.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout pr\u00e8s de l\u00e0, il y avait aussi une vaste et haute \u00e9minence de terre avec de nombreux arbres sauvages dispos\u00e9s au hasard&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 qu\u2019allaient et venaient beaucoup d\u2019autres de nos jeunes, qui \u00e9taient tomb\u00e9s dans les eaux ou s\u2019\u00e9taient \u00e9gar\u00e9s au cours du voyage. Je descendis \u00e0 terre, sans prendre garde au danger, je me suis approch\u00e9 et j&rsquo;ai vu que leurs yeux, leurs oreilles, leurs cheveux et m\u00eame leur c\u0153ur \u00e9taient pleins d&rsquo;insectes et de vers immondes qui les rongeaient et leur causaient de grandes souffrances. L&rsquo;un d&rsquo;eux souffrait plus que les autres ; il voulut s&rsquo;approcher de moi, mais il s\u2019enfuit en se cachant derri\u00e8re les arbres. J&rsquo;en vis d&rsquo;autres qui ouvraient leurs v\u00eatements avec douleur pour me montrer les serpents qui les enla\u00e7aient ; d&rsquo;autres avaient des vip\u00e8res autour de la poitrine.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je leur indiquai \u00e0 tous une source qui versait en grande quantit\u00e9 une eau fra\u00eeche et ferrugineuse ; tous ceux qui allaient s&rsquo;y laver gu\u00e9rissaient instantan\u00e9ment et pouvaient retourner \u00e0 la barque. La plupart de ces malheureux ob\u00e9irent \u00e0 mon invitation, mais quelques-uns refus\u00e8rent. Aussit\u00f4t je me tournai vers ceux qui \u00e9taient gu\u00e9ris et qui, \u00e0 ma demande, me suivirent avec confiance apr\u00e8s le retrait des monstres. D\u00e8s que nous f\u00fbmes sur le radeau, celui-ci, pouss\u00e9 par le vent, sortit du d\u00e9troit par le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 celui par lequel il \u00e9tait entr\u00e9, et s&rsquo;\u00e9lan\u00e7a de nouveau sur un oc\u00e9an sans limites.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout en d\u00e9plorant le triste sort et la triste fin de nos compagnons abandonn\u00e9s en ce lieu, nous commen\u00e7\u00e2mes \u00e0 chanter : <em>Louez Marie, \u00f4 langues fid\u00e8les<\/em>, en remerciement \u00e0 la M\u00e8re de Dieu qui nous avait prot\u00e9g\u00e9s jusqu&rsquo;alors. Instantan\u00e9ment, comme sur l&rsquo;ordre de Marie, le vent cessa de se d\u00e9cha\u00eener et le bateau commen\u00e7a \u00e0 glisser rapidement sur les ondes calmes avec une facilit\u00e9 qu\u2019on ne peut d\u00e9crire. Il semblait avancer par la simple impulsion que les jeunes gens lui donnaient ga\u00eement, en poussant l&rsquo;eau avec la paume de leurs mains.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et voici qu&rsquo;apparut dans le ciel un arc-en-ciel plus merveilleux et plus color\u00e9 qu&rsquo;une aurore bor\u00e9ale. On pouvait y lire en grandes lettres de lumi\u00e8re le mot MEDOUM, sans en comprendre le sens. Mais il me semblait que chaque lettre \u00e9tait l&rsquo;initiale de ces mots : <em>Mater et Domina Omnis Universi Maria<\/em>.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s un long voyage, voici qu\u2019appara\u00eet une terre au bout de l&rsquo;horizon. Nous nous en approchons peu \u00e0 peu et nous sentons s&rsquo;\u00e9veiller dans nos c\u0153urs une joie inexprimable. Cette terre, avec ses bosquets d&rsquo;arbres de toutes sortes, pr\u00e9sentait le panorama le plus enchanteur, car elle \u00e9tait illumin\u00e9e comme par la lumi\u00e8re du soleil levant derri\u00e8re les collines. C&rsquo;\u00e9tait une lumi\u00e8re qui brillait d&rsquo;une tranquillit\u00e9 ineffable, comme celle d&rsquo;une belle soir\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9, et qui donnait un sentiment de repos et de paix.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfin, le radeau toucha le sable du rivage et comme en rampant il s&rsquo;arr\u00eata sur le sec au bord d&rsquo;un merveilleux vignoble. On peut dire de cette barque : <em>Eam tu Deus pontem fecisti, quo a mundi fluctibus trajicientes ad tranquillum portum tuum deveniamus<\/em>.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les jeunes \u00e9taient impatients d&rsquo;entrer dans cette vigne et certains, plus curieux que d&rsquo;autres, se trouvaient d&rsquo;un bond sur le rivage. Mais apr\u00e8s avoir fait quelques pas, se souvenant du sort malheureux des premiers qui s&rsquo;\u00e9taient \u00e9pris du rivage au milieu de la mer d\u00e9cha\u00een\u00e9e, ils retourn\u00e8rent pr\u00e9cipitamment \u00e0 la barque.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les yeux de tous \u00e9taient tourn\u00e9s vers moi et sur le front de chacun on lisait cette question :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013 Don Bosco, est-ce le moment de descendre et de s&rsquo;arr\u00eater ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;ai d&rsquo;abord r\u00e9fl\u00e9chi un moment, puis je leur ai dit : \u2013 Descendons, le moment est venu, maintenant nous sommes en s\u00e9curit\u00e9 !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce fut un cri de joie g\u00e9n\u00e9ral, et chacun, se frottant les mains de contentement, entra dans la vigne dispos\u00e9e dans le plus grand ordre. On voyait pendre des grappes de raisin semblables \u00e0 celles de la terre promise, et sur les arbres on trouvait toutes sortes de fruits que l&rsquo;on peut d\u00e9sirer \u00e0 la belle saison, d&rsquo;un go\u00fbt exquis. Au milieu de ce vaste vignoble se dressait un grand ch\u00e2teau entour\u00e9 d&rsquo;un jardin royal vraiment ravissant et de solides murailles.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme nous \u00e9tions tr\u00e8s d\u00e9sireux de le visiter, on nous accorda l&rsquo;entr\u00e9e libre. Pour nous, fatigu\u00e9s et affam\u00e9s, dans une grande salle d\u00e9cor\u00e9e d&rsquo;or une grande table \u00e9tait dress\u00e9e avec tous les mets les plus exquis, o\u00f9 chacun pouvait se servir \u00e0 sa guise. Alors que nous terminions notre repas, un gar\u00e7on richement v\u00eatu et d&rsquo;une beaut\u00e9 indescriptible entra dans la salle et, avec une courtoisie affectueuse et famili\u00e8re, nous salua en nous appelant tous par notre nom. Nous voyant \u00e9tonn\u00e9s et \u00e9merveill\u00e9s par sa beaut\u00e9 et celle de toutes les choses que nous avions vues, il nous dit : \u2013 Ceci n&rsquo;est rien, venez et voyez.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous nous range\u00e2mes tous derri\u00e8re lui et, du haut des parapets des loggias, il nous fit contempler les jardins, nous disant que nous en \u00e9tions les ma\u00eetres pour notre r\u00e9cr\u00e9ation. Et il nous conduisit dans les salles, toutes plus magnifiques les unes que les autres avec leur architecture, leurs colonnades et les ornements de toutes sortes. Puis il ouvrit une porte qui donnait sur une chapelle et nous invita \u00e0 y entrer. De l&rsquo;ext\u00e9rieur, la chapelle semblait petite, mais d\u00e8s que nous avons franchi le seuil, elle \u00e9tait si grande que nous pouvions \u00e0 peine nous voir d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre. Le sol, les murs, les vo\u00fbtes \u00e9taient admirablement orn\u00e9s et riches de marbre, d&rsquo;argent, d&rsquo;or et de pierres pr\u00e9cieuses, si bien que je m&rsquo;\u00e9criai comme en extase : \u2013 Mais c&rsquo;est une beaut\u00e9 de paradis&nbsp;; je m\u2019engage \u00e0 rester ici pour toujours !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au milieu de ce grand sanctuaire, une grande et magnifique statue repr\u00e9sentant Marie Auxiliatrice se dressait sur un socle magnifique. Apr\u00e8s avoir appel\u00e9 une foule de jeunes dispers\u00e9s ici et l\u00e0 pour examiner la beaut\u00e9 de cet \u00e9difice sacr\u00e9, toute la multitude se rendit devant cette statue pour remercier la Vierge c\u00e9leste de toutes les faveurs qu\u2019elle nous avait accord\u00e9es. C&rsquo;est alors que je me suis rendu compte de l&rsquo;immensit\u00e9 de cette \u00e9glise, car ces milliers de jeunes semblaient n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un petit groupe occupant le centre de l&rsquo;\u00e9glise.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tandis que les jeunes contemplaient cette statue \u00e0 la physionomie vraiment c\u00e9leste, elle sembla tout \u00e0 coup s&rsquo;animer et sourire. Il y eut un murmure, une agitation dans la foule. \u2013 La Madone bouge les yeux ! s&rsquo;exclam\u00e8rent certains. Et en effet, avec une bont\u00e9 ineffable, la Sainte Vierge tournait ses yeux maternels vers ces jeunes. Peu apr\u00e8s, un second cri g\u00e9n\u00e9ral : \u2013 La Vierge bouge les mains. Et en effet, ouvrant lentement les bras, elle souleva son manteau comme pour nous accueillir dessous. Sous l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9motion, les larmes coulaient sur nos joues. \u2013 La Vierge remue les l\u00e8vres ! dirent certains. Il y eut un profond silence, puis la Madone ouvrit la bouche et, d&rsquo;une voix douce et m\u00e9lodieuse, nous dit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013 SI VOUS \u00caTES POUR MOI DES FILS D\u00c9VOU\u00c9S, JE SERAI POUR VOUS UNE M\u00c8RE COMPATISSANTE !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c0 ces mots, nous sommes tous tomb\u00e9s \u00e0 genoux et avons entonn\u00e9 le cantique : <em>Louez Marie, \u00f4 langues fid\u00e8les<\/em>.<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette harmonie \u00e9tait si forte et si douce que je fus totalement subjugu\u00e9 par elle. Je me suis r\u00e9veill\u00e9 et ainsi se termina la vision.&nbsp;\u00bb<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Don Bosco conclut :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous voyez, mes chers enfants ? Dans ce r\u00eave, nous pouvons reconna\u00eetre la mer agit\u00e9e de ce monde. Si vous \u00eates dociles et ob\u00e9issants \u00e0 mes paroles et que vous n&rsquo;\u00e9coutez pas les mauvais conseillers, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 \u00e0 faire le bien et \u00e0 fuir le mal, apr\u00e8s avoir vaincu toutes nos mauvaises tendances, nous arriverons finalement \u00e0 la fin de notre vie, \u00e0 un rivage s\u00fbr. Alors viendra \u00e0 notre rencontre un envoy\u00e9 de la Sainte Vierge qui, au nom de notre bon Dieu, nous introduira, pour nous rafra\u00eechir de notre labeur, dans son jardin royal, c&rsquo;est-\u00e0-dire au Paradis, en l\u2019aimable pr\u00e9sence divine. Mais si, en faisant le contraire de ce que je vous pr\u00eache, vous voulez suivre votre propre chemin et ne pas \u00e9couter mes conseils, vous ferez un mis\u00e9rable naufrage.<br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En diff\u00e9rentes circonstances Don Bosco donnait en priv\u00e9 une explication d\u00e9taill\u00e9e de ce r\u00eave, concernant non seulement l&rsquo;Oratoire, mais aussi, comme il semble, la Pieuse Soci\u00e9t\u00e9 sal\u00e9sienne.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;La prairie est le monde ; l&rsquo;eau qui mena\u00e7ait de nous noyer, les dangers du monde. La terrible inondation&nbsp;: les vices et les maximes irr\u00e9ligieuses, et les pers\u00e9cutions contre les bons. \u2013 Le moulin, lieu isol\u00e9 et tranquille, mais toujours menac\u00e9&nbsp;: la maison du pain, l&rsquo;\u00c9glise catholique. \u2013 Les corbeilles de pain&nbsp;: la Sainte Eucharistie servant de viatique aux navigateurs. \u2013 Le radeau&nbsp;: l&rsquo;Oratoire. \u2013 Le tronc d&rsquo;arbre qui sert de passage du moulin \u00e0 la barque, c&rsquo;est la Croix, le sacrifice de soi \u00e0 Dieu par la mortification chr\u00e9tienne. \u2013 La planche mise par les jeunes pour faciliter l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la barque est la r\u00e8gle transgress\u00e9e. Beaucoup y entrent avec des objectifs \u00e9tranges et bas : pour faire carri\u00e8re, pour le profit, pour les honneurs, pour le confort, pour changer de condition et de statut ; ce sont ceux qui ne prient pas et qui se moquent de la pi\u00e9t\u00e9 des autres. \u2013 Les pr\u00eatres et les clercs symbolisent l&rsquo;ob\u00e9issance et indiquent les merveilles du salut qu&rsquo;ils r\u00e9ussissent \u00e0 op\u00e9rer gr\u00e2ce \u00e0 elle. \u2013 Les tourbillons sont les terribles pers\u00e9cutions qui se sont produites et se produiront. \u2013 L&rsquo;\u00eele submerg\u00e9e repr\u00e9sente les d\u00e9sob\u00e9issants qui ne veulent pas rester dans la barque et retournent dans le monde en m\u00e9prisant leur vocation. &#8211; M\u00eame signification pour ceux qui se r\u00e9fugient sur d&rsquo;autres radeaux. \u2013 Beaucoup de ceux qui \u00e9taient tomb\u00e9s \u00e0 l&rsquo;eau tendaient la main \u00e0 ceux de la barque et sont remont\u00e9s avec l\u2019aide de leurs compagnons&nbsp;: c\u2019\u00e9taient des jeunes de bonne volont\u00e9 qui, tomb\u00e9s malencontreusement dans le p\u00e9ch\u00e9, se sont remis dans la gr\u00e2ce de Dieu par la p\u00e9nitence. \u2013 Le d\u00e9troit, les gros chats, les singes et autres monstres sont les r\u00e9volutions, les occasions et les incitations au p\u00e9ch\u00e9, etc. \u2013 Les insectes dans les yeux, sur la langue, dans le c\u0153ur&nbsp;sont les mauvais regards, les paroles obsc\u00e8nes, les affections d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es. \u2013 La fontaine d&rsquo;eau ferrugineuse, qui avait la vertu de tuer tous les insectes et de gu\u00e9rir instantan\u00e9ment, repr\u00e9sente les sacrements de la confession et de la communion. \u2013 La boue et le feu sont les lieux de p\u00e9ch\u00e9 et de damnation. Il faut cependant remarquer que cela ne signifie pas que tous ceux qui sont tomb\u00e9s dans la boue et qu&rsquo;on n&rsquo;a plus vus, et que ceux qui br\u00fblaient dans les flammes seraient tous perdus en enfer ; non, Dieu nous pr\u00e9serve de dire cela. Mais cela signifie que ceux-l\u00e0 n\u2019\u00e9taient pas alors dans la gr\u00e2ce de Dieu et que, s&rsquo;ils \u00e9taient morts \u00e0 ce moment-l\u00e0, ils auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9ternellement perdus. \u2013 L&rsquo;\u00eele heureuse, le sanctuaire, c&rsquo;est la Soci\u00e9t\u00e9 sal\u00e9sienne, \u00e9tablie et triomphante. Et le splendide gar\u00e7on qui accueille les jeunes et leur fait visiter le palais et le sanctuaire semble \u00eatre un \u00e9l\u00e8ve d\u00e9funt en diff\u00e9rentes circonstances en possession du paradis, peut-\u00eatre Dominique Savio.&nbsp;\u00bb (MB VIII, 275-283)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Personne ne peut se sauver de la fureur des eaux lors des grandes inondations. 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