{"id":29212,"date":"2024-07-03T14:38:43","date_gmt":"2024-07-03T14:38:43","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=29212"},"modified":"2026-03-26T07:55:08","modified_gmt":"2026-03-26T07:55:08","slug":"le-grand-tournant-dans-la-vie-de-saint-francois-de-sales-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/le-grand-tournant-dans-la-vie-de-saint-francois-de-sales-1-2\/","title":{"rendered":"Le grand tournant dans la vie de saint Fran\u00e7ois de Sales (1\/2)"},"content":{"rendered":"\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s dix ans d\u2019\u00e9tudes \u00e0 Paris et trois ans \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Padoue, Fran\u00e7ois est de retour en Savoie un peu avant le d\u00e9but du printemps 1592. Il confiait \u00e0 son cousin Louis qu\u2019il \u00e9tait \u00ab tr\u00e8s r\u00e9solu d\u2019embrasser l\u2019\u00e9tat eccl\u00e9siastique, quelle r\u00e9sistance que messieurs ses parents lui eussent su faire \u00bb. Cependant, il accepta d\u2019aller \u00e0 Chamb\u00e9ry pour s\u2019inscrire au barreau du S\u00e9nat de Savoie.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En fait, toute l\u2019orientation que prendrait sa vie restait en jeu. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, en effet, il y avait l\u2019autorit\u00e9 de son p\u00e8re qui lui commandait, en tant que fils a\u00een\u00e9, d\u2019envisager une carri\u00e8re dans le monde ; de l\u2019autre, ses inclinations et la conscience de plus en plus forte d\u2019une vocation particuli\u00e8re : \u00ab \u00eatre d\u2019\u00c9glise \u00bb. S\u2019il est vrai que \u00ab les p\u00e8res font tout en vue de leurs enfants \u00bb, il n\u2019en reste pas moins que les vis\u00e9es des uns et des autres ne co\u00efncident pas toujours. Son p\u00e8re, monsieur de Boisy, r\u00eavait pour lui d\u2019une grande carri\u00e8re : s\u00e9nateur du duch\u00e9, et (pourquoi pas ?) pr\u00e9sident du souverain S\u00e9nat de Savoie. Fran\u00e7ois de Sales \u00e9crira un jour que les p\u00e8res \u00ab ne se contentent jamais ni ne se peuvent assouvir de parler avec leurs enfants des moyens de les agrandir \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Or, l\u2019ob\u00e9issance \u00e9tait pour lui un imp\u00e9ratif fondamental, et ce qu\u2019il dira plus tard \u00e0 Philoth\u00e9e \u00e9tait certainement depuis son enfance la r\u00e8gle de sa vie : \u00ab Vous devez humblement ob\u00e9ir \u00e0 vos sup\u00e9rieurs eccl\u00e9siastiques, comme au pape et \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque, au cur\u00e9 et \u00e0 ceux qui sont commis de leur part ; vous devez ob\u00e9ir \u00e0 vos sup\u00e9rieurs politiques, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 votre prince et aux magistrats qu\u2019il a \u00e9tablis sur votre pays ; vous devez enfin ob\u00e9ir \u00e0 vos sup\u00e9rieurs domestiques, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 votre p\u00e8re, m\u00e8re, ma\u00eetre, ma\u00eetresse \u00bb. Le probl\u00e8me venait de l\u2019impossibilit\u00e9 de concilier les diverses ob\u00e9issances. Entre la volont\u00e9 de son p\u00e8re et la sienne, qu\u2019il percevait de plus en plus comme \u00e9tant celle de Dieu, l\u2019opposition deviendrait in\u00e9vitable. Suivons les \u00e9tapes de la maturation d\u2019un \u00ab doux rebelle \u00bb.<br><br><strong>Retour en arri\u00e8re<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut revenir en arri\u00e8re pour saisir le drame v\u00e9cu par Fran\u00e7ois durant toute sa jeunesse, jusqu\u2019\u00e0 la solution en 1593. Depuis l\u2019\u00e2ge de dix ans environ, Fran\u00e7ois portait en lui son projet de vie. En font foi plusieurs \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus ou provoqu\u00e9s par lui. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de onze ans, avant de partir pour Paris, il avait demand\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re la permission de recevoir la tonsure. Cette c\u00e9r\u00e9monie, au cours de laquelle l\u2019\u00e9v\u00eaque donnait le premier degr\u00e9 de la cl\u00e9ricature, eut effectivement lieu le 20 septembre 1578 \u00e0 Clermont-en-Genevois. Son p\u00e8re, qui s\u2019y \u00e9tait d\u2019abord oppos\u00e9, avait fini par accepter parce qu\u2019il estimait qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019un caprice d\u2019enfant. Au cours de l\u2019examen pr\u00e9liminaire, l\u2019\u00e9v\u00eaque, \u00e9tonn\u00e9 par la qualit\u00e9 de ses r\u00e9ponses et par sa modestie, lui aurait dit : \u00ab Mon enfant, prenez courage, vous serez un bon serviteur de Dieu \u00bb. Au moment de sacrifier ses cheveux blonds, Fran\u00e7ois confessa qu\u2019il \u00e9prouva toutefois un certain d\u00e9plaisir. Cependant son engagement lui restera bien pr\u00e9sent. Il confiera un jour \u00e0 la m\u00e8re Ang\u00e9lique Arnauld : \u00ab D\u00e8s ma douzi\u00e8me ann\u00e9e, je m\u2019\u00e9tais r\u00e9solu si fortement d\u2019\u00eatre d\u2019\u00c9glise que, pour un royaume, je n\u2019eusse pas chang\u00e9 d\u2019avis \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand son p\u00e8re, qui n\u2019\u00e9tait pas un insensible, d\u00e9cida de l\u2019envoyer \u00e0 Paris pour faire ses \u00e9tudes, il a d\u00fb \u00e9prouver les sentiments contradictoires de l\u2019\u00e2me qui sont d\u00e9crits dans le <em>Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu<\/em> : \u00ab Un p\u00e8re, envoyant son fils ou en la cour ou aux \u00e9tudes, ne laisse pas de pleurer en le licenciant, t\u00e9moignant qu\u2019encore qu\u2019il veuille selon la portion sup\u00e9rieure le d\u00e9part de cet enfant pour son avancement \u00e0 la vertu, n\u00e9anmoins selon l\u2019inf\u00e9rieure il a de la r\u00e9pugnance \u00e0 la s\u00e9paration \u00bb. Qu\u2019on se rappelle aussi le choix du coll\u00e8ge des j\u00e9suites \u00e0 Paris de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui de Navarre, le comportement de Fran\u00e7ois durant sa formation, l\u2019influence de la direction spirituelle du p\u00e8re Possevin \u00e0 Padoue et tous les autres facteurs qui ont pu jouer dans l\u2019affermissement de sa vocation. Mais devant lui se dressait un formidable obstacle : la volont\u00e9 de son p\u00e8re, \u00e0 laquelle il devait non seulement l\u2019humble soumission selon la coutume de l\u2019\u00e9poque, mais aussi quelque chose de plus et de mieux, car \u00ab l\u2019amour et le respect qu\u2019un enfant fid\u00e8le porte \u00e0 son bon p\u00e8re le fait r\u00e9soudre de vivre non seulement selon les commandements qu\u2019il impose, mais encore selon les d\u00e9sirs et inclinations qu\u2019il manifeste \u00bb. \u00c0 Paris, vers la fin de son s\u00e9jour, il fut fortement impressionn\u00e9 par la d\u00e9cision du duc de Joyeuse, ancien favori d\u2019Henri III, qui s\u2019\u00e9tait fait capucin apr\u00e8s la mort de sa femme. Selon son ami Jean Pasquelet, \u00ab sans la crainte de troubler l\u2019esprit de monsieur de Boisy, son p\u00e8re, \u00e9tant son premier-n\u00e9, infailliblement il se f\u00fbt fait capucin \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il \u00e9tudia par ob\u00e9issance, mais aussi pour se rendre utile \u00e0 son prochain. \u00ab Et il est encore tr\u00e8s vrai, a t\u00e9moign\u00e9 le p\u00e8re de Quoex, qu\u2019\u00e9tant \u00e0 Paris et \u00e0 Padoue il m\u2019a dit \u00e0 moi-m\u00eame qu\u2019il n\u2019avait point tant d\u2019attention \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9tudiait comme \u00e0 penser s\u2019il pourrait un jour bien servir Dieu et aider le prochain par l\u2019\u00e9tude qu\u2019il faisait \u00bb. En 1620, il confia \u00e0 Fran\u00e7ois de Ronis : \u00ab Pendant que j\u2019\u00e9tais \u00e0 Padoue, j\u2019\u00e9tudiais en droit pour plaire \u00e0 mon p\u00e8re, et pour me plaire \u00e0 moi-m\u00eame j\u2019\u00e9tudiais en th\u00e9ologie \u00bb. De m\u00eame, Fran\u00e7ois Bochut d\u00e9clara que \u00ab lorsqu\u2019il fut envoy\u00e9 \u00e0 Padoue pour \u00e9tudier les lois afin de complaire \u00e0 ses parents, son inclination le portait \u00e0 l\u2019\u00e9tat eccl\u00e9siastique \u00bb et que c\u2019est l\u00e0 qu\u2019\u00ab il fit la plus grande partie de sa th\u00e9ologie \u00e0 laquelle il employait la plupart du temps \u00bb. Cette derni\u00e8re affirmation para\u00eet nettement exag\u00e9r\u00e9e : Fran\u00e7ois de Sales a d\u00fb consacrer certainement la part la plus importante de son temps et de ses forces aux \u00e9tudes de droit qui faisaient partie de son \u00ab devoir d\u2019\u00e9tat \u00bb. \u00c0 propos de son p\u00e8re, Jean-Pierre Camus rapporte cette confidence significative : \u00ab J\u2019avais, me disait-il, le meilleur p\u00e8re du monde ; mais c\u2019\u00e9tait un bon homme qui avait pass\u00e9 une grande partie de son \u00e2ge \u00e0 la cour et \u00e0 la guerre, dont il savait mieux les maximes que celles de la th\u00e9ologie \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce fut sans doute le p\u00e8re Possevin qui fut son meilleur soutien dans l\u2019orientation de sa vie. D\u2019apr\u00e8s son neveu Charles-Auguste, celui-ci lui aurait dit : \u00ab Continuez de penser aux choses divines et d\u2019\u00e9tudier en th\u00e9ologie \u00bb, ajoutant avec finesse : \u00ab Croyez-moi, votre esprit n\u2019est pas au tracas du barreau et vos yeux ne sont pas faits \u00e0 sa poussi\u00e8re ; la voie du si\u00e8cle est trop glissante, il est dangereux de s\u2019y perdre. N\u2019est-ce pas une chose plus glorieuse d\u2019annoncer la parole de notre bon Dieu \u00e0 plusieurs milliers d\u2019hommes, dans les hautes chaires des \u00e9glises, que de s\u2019\u00e9chauffer les mains \u00e0 battre les bancs parmi les controverses des procureurs \u00bb ? Ce fut sans doute l\u2019attrait de ce grand id\u00e9al qui lui permit de r\u00e9sister \u00e0 certaines man\u0153uvres et mauvaises farces de ses compagnons qui n\u2019\u00e9taient pas tous des mod\u00e8les de vertu.<br><br><strong>Un discernement et un choix tr\u00e8s difficiles<br><\/strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En revenant de Padoue, selon Fran\u00e7ois Favre, il portait dans sa poche une lettre de son ancien professeur Panciroli pour son p\u00e8re, lui conseillant d\u2019envoyer son fils au S\u00e9nat. M. de Boisy ne voulait pas autre chose, et c\u2019est dans ce but qu\u2019il avait constitu\u00e9 pour lui une riche biblioth\u00e8que de droit. Il lui procura en outre une terre et un titre, faisant de son a\u00een\u00e9 le seigneur de Villaroget. Enfin, il lui demanda de rencontrer Fran\u00e7oise Suchet, une adolescente de quatorze ans, \u00ab fille unique et tr\u00e8s belle \u00bb, pr\u00e9cise Charles-Auguste, pour entamer un \u00ab pourparler de mariage \u00bb. Il avait vingt-cinq ans, ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9, et l\u2019\u00e2ge du mariage pour un jeune homme. Son choix personnel \u00e9tait fait depuis longtemps, mais il ne voulut rien brusquer, m\u00e9nager son p\u00e8re en attendant l\u2019heure favorable.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il rencontrera \u00e0 plusieurs reprises la jeune fille, \u00e0 laquelle il faisait comprendre qu\u2019il avait d\u2019autres vues. \u00ab Pour complaire \u00e0 son p\u00e8re, dit Fran\u00e7ois Favre au proc\u00e8s de b\u00e9atification, il rendit visite \u00e0 ladite demoiselle dont il admira les vertus \u00bb, mais \u00ab il ne put \u00eatre persuad\u00e9 de consentir \u00e0 ce mariage quelque effort que f\u00eet monsieur son p\u00e8re \u00bb. Il dit pareillement \u00e0 Am\u00e9 Bouvard, son confident : \u00ab Pour ob\u00e9ir \u00e0 mon p\u00e8re j\u2019ai vu la demoiselle qu\u2019il avait la bont\u00e9 de me destiner, j\u2019ai admir\u00e9 sa vertu \u00bb, ajoutant avec sinc\u00e9rit\u00e9 et conviction : \u00ab Croyez-moi au sujet de cette v\u00e9rit\u00e9 : je n\u2019ai jamais eu de volont\u00e9 que pour la vie eccl\u00e9siastique \u00bb. Claude de Blonay avait entendu lui aussi de sa bouche \u00ab qu\u2019il avait refus\u00e9 cette belle alliance, non par m\u00e9pris du mariage, qu\u2019il honorait parfaitement comme sacrement, mais par une certaine ardeur int\u00e9rieure et spirituelle qui le pressait de se d\u00e9dier totalement au service de l\u2019\u00c9glise et d\u2019\u00eatre tout \u00e0 Dieu sans avoir le c\u0153ur partag\u00e9 \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entre-temps, il avait \u00e9t\u00e9 re\u00e7u avocat au barreau de Chamb\u00e9ry le 24 novembre 1592, au cours d\u2019une s\u00e9ance o\u00f9 il donna de grandes preuves de ses capacit\u00e9s. Au retour de Chamb\u00e9ry, il vit un signe du ciel dans un incident que rapporte Michel Favre : \u00ab Son cheval s\u2019abattit sous lui et son \u00e9p\u00e9e sortant du fourreau se trouva la pointe tourn\u00e9e contre lui, [ce] dont il prit argument de tant mieux croire que Dieu le voulait \u00e0 son service et esp\u00e9rer qu\u2019il lui en donnerait les moyens \u00bb. Selon Charles-Auguste, l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00ab \u00e9tant sortie de sa gaine, fit avec icelle la figure de la croix \u00bb. Ce qui semble s\u00fbr, c\u2019est que la perspective d\u2019une profession d\u2019avocat ne devait pas l\u2019enthousiasmer, si l\u2019on en croit ce qu\u2019il en \u00e9crira plus tard :<br><br><em>Quand le cam\u00e9l\u00e9on s\u2019enfle, il change de couleur ; c\u2019est de crainte et d\u2019appr\u00e9hension, disent les autres. D\u00e9mocrite dit que sa langue arrach\u00e9e, lui vivant, fait gagner les proc\u00e8s \u00e0 qui la porte sur soi ; cela s\u2019entend de la langue des avocats, qui sont de vrais cam\u00e9l\u00e9ons.<\/em><br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelques semaines plus tard, on lui apportait de Turin ses lettres patentes de s\u00e9nateur. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 un honneur exceptionnel \u00e0 son \u00e2ge, car \u00ab les avocats au barreau disputent avec beaucoup de discours sur les faits et droits des parties \u00bb, mais \u00ab le Parlement ou S\u00e9nat r\u00e9sout d\u2019en haut toutes les difficult\u00e9s par un arr\u00eat \u00bb. Fran\u00e7ois ne voulut pas accepter cette haute charge, qui pouvait changer de nouveau toutes les donn\u00e9es du probl\u00e8me. Malgr\u00e9 la stupeur scandalis\u00e9e de son p\u00e8re et les pressions de ses meilleurs amis, il maintint rigoureusement son refus. M\u00eame quand on lui d\u00e9montra que le cumul des charges civiles et eccl\u00e9siastiques \u00e9tait admis, il r\u00e9pondit qu\u2019\u00ab il ne fallait pas m\u00ealer les choses sacr\u00e9es avec les profanes \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vint enfin le jour o\u00f9 un heureux concours de circonstances permit le d\u00e9nouement d\u2019une situation compliqu\u00e9e, qui aurait pu d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en une douloureuse rupture avec la famille. Depuis quelques mois, plus pr\u00e9cis\u00e9ment depuis la mort du pr\u00e9v\u00f4t de la cath\u00e9drale en octobre 1592, quelques confidents avaient pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Rome, \u00e0 son insu, une demande pour lui obtenir cette charge, qui faisait de son titulaire le premier personnage du dioc\u00e8se apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00eaque. Le 7 mai 1593 arriva la nomination romaine. Deux jours plus tard eut lieu l\u2019entrevue qui allait marquer le tournant de sa vie. Avec le soutien discret de sa m\u00e8re, Fran\u00e7ois adressa \u00e0 son vieux p\u00e8re la demande qu\u2019il n\u2019avait encore jamais os\u00e9 formuler : \u00ab Qu\u2019il vous plaise, mon p\u00e8re, [\u2026] de me permettre que je sois d\u2019\u00c9glise \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le coup fut tr\u00e8s dur pour M. de Boisy, qui voyait ainsi s\u2019effondrer tous ses plans. Il fut \u00ab \u00e9tonn\u00e9 \u00bb, car il ne s\u2019attendait pas \u00e0 cette demande. Charles-Auguste ajoute m\u00eame que \u00ab la dame sa femme ne le fut pas moins \u00bb, car elle \u00e9tait pr\u00e9sente \u00e0 la sc\u00e8ne. Pour son p\u00e8re, le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre pr\u00eatre \u00e9tait une \u00ab humeur \u00bb que quelqu\u2019un lui avait \u00ab mise en t\u00eate \u00bb, ou qui le lui avait conseill\u00e9.<br><br><em>\u00ab J\u2019esp\u00e9rais, lui dit-il, que vous seriez le b\u00e2ton de ma vieillesse, et vous vous retirez de si bonne heure d\u2019aupr\u00e8s de moi. Prenez garde \u00e0 ce que vous ferez. Peut-\u00eatre avez-vous besoin d\u2019une d\u00e9lib\u00e9ration plus m\u00fbre. Vous avez la t\u00eate pour une toque plus auguste. Vous avez employ\u00e9 tant d\u2019ann\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tude des lois : la jurisprudence vous sera inutile sous une robe de pr\u00eatre. Vous avez des fr\u00e8res auxquels vous devez servir de p\u00e8re quand je viendrai \u00e0 leur manquer \u00bb.<\/em><br><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour Fran\u00e7ois, c\u2019\u00e9tait une exigence int\u00e9rieure, une \u00ab vocation \u00bb qui engageait toute sa personne, toute son existence. Le p\u00e8re respectait la pr\u00eatrise, mais il la voyait encore comme une fonction, un m\u00e9tier. Or la r\u00e9forme catholique tendait \u00e0 donner du sacerdoce une id\u00e9e nouvelle, plus haute et plus exigeante, un appel de Dieu sanctionn\u00e9 par l\u2019\u00c9glise. Au devoir de r\u00e9pondre \u00e0 cet appel correspondait peut-\u00eatre aussi un nouveau droit de la personne humaine, que Fran\u00e7ois d\u00e9fendit face \u00e0 la d\u00e9cision unilat\u00e9rale de son p\u00e8re. Apr\u00e8s avoir object\u00e9 toutes ses bonnes raisons contre un tel projet de vie, sachant que son fils occuperait un poste tr\u00e8s honorable, il finit par c\u00e9der : \u00ab Faites donc, de par Dieu, ce que vous voudrez \u00bb.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un ouvrage paru en 1669 sur la <em>Maison naturelle<\/em> de Fran\u00e7ois de Sales, Nicolas de Hauteville commentera cet \u00e9pisode en comparant le drame de M. de Boisy \u00e0 celui d\u2019Abraham, \u00e0 qui Dieu demanda de sacrifier son fils. Mais il y avait cette diff\u00e9rence que c\u2019\u00e9tait Fran\u00e7ois qui imposait \u00e0 son p\u00e8re le sacrifice. En effet, \u00e9crivait l\u2019ancien chroniqueur, \u00ab toute son adolescence et sa jeunesse fut un temps de joie, d\u2019esp\u00e9rance et de consolation tr\u00e8s suave \u00e0 son bon p\u00e8re, mais enfin il faut confesser que cet Isaac lui fut un enfant de larmes, d\u2019amertumes et de douleur \u00bb. Il ajoutait m\u00eame que \u00ab le combat qu\u2019il en eut contre soi-m\u00eame le fit tomber gri\u00e8vement malade, lui \u00e9tant dur de consentir que ce cher fils \u00e9pous\u00e2t un br\u00e9viaire au lieu de la belle et riche h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une tr\u00e8s noble et tr\u00e8s ancienne maison de la Savoie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/le-grand-tournant-dans-la-vie-de-saint-francois-de-sales-2-2\/\">(suite)<\/a><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s dix ans d\u2019\u00e9tudes \u00e0 Paris et trois ans \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Padoue, Fran\u00e7ois&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":17,"featured_media":29204,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":37,"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[1704,2563,2554,2631,1968,1962,2616,2622],"class_list":["post-29212","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nos-saints","tag-bienfaiteurs","tag-charite","tag-dieu","tag-eglise","tag-saints","tag-salut","tag-temoins","tag-vocations"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29212","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/17"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29212"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29212\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":51653,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29212\/revisions\/51653"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/29204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29212"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29212"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29212"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}