{"id":29189,"date":"2024-07-01T07:26:00","date_gmt":"2024-07-01T07:26:00","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=29189"},"modified":"2024-07-01T07:26:57","modified_gmt":"2024-07-01T07:26:57","slug":"la-lettre-de-rome-1884","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/la-lettre-de-rome-1884\/","title":{"rendered":"La lettre de Rome (1884)"},"content":{"rendered":"\n<p><em><em>En 1884, alors qu&rsquo;il se trouvait \u00e0 Rome, quelques jours avant de rentrer \u00e0 Turin, Don Bosco fit deux r\u00eaves qu&rsquo;il transcrivit dans une lettre qu&rsquo;il envoya \u00e0 ses chers fils du Valdocco. Cette lettre, connue sous le nom de \u00ab\u00a0Lettre de Rome\u00a0\u00bb, est l&rsquo;un des textes les plus \u00e9tudi\u00e9s et les plus comment\u00e9s. Nous vous proposons de lire le texte original dans son int\u00e9gralit\u00e9.<br><\/em><\/em><br><br><em>Mes chers fils en J\u00e9sus-Christ,<br><\/em><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De pr\u00e8s ou de loin, je pense toujours \u00e0 vous. Un seul d\u00e9sir m&rsquo;anime, celui de vous voir heureux dans le temps et dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Cette pens\u00e9e, ce d\u00e9sir m&rsquo;ont pouss\u00e9 \u00e0 vous \u00e9crire cette lettre. Je sens, mes chers amis, le poids de mon \u00e9loignement de vous et le fait de ne pas vous voir et entendre me cause une douleur que vous ne pouvez pas imaginer. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;aurais voulu \u00e9crire ces lignes il y a une semaine, mais des occupations constantes m&rsquo;en ont emp\u00each\u00e9. Cependant, bien qu&rsquo;il ne reste que quelques jours avant mon retour, je veux anticiper ma venue parmi vous au moins par lettre, puisque je ne peux pas le faire en personne. Ce sont les paroles de quelqu&rsquo;un qui vous aime tendrement en J\u00e9sus-Christ et qui a le devoir de vous parler avec la libert\u00e9 d&rsquo;un p\u00e8re. Et vous me le permettrez, n&rsquo;est-ce pas ? Et vous allez m&rsquo;\u00e9couter et mettre en pratique ce que je vais vous dire.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;ai dit que vous \u00eates l&rsquo;unique et continuelle pens\u00e9e de mon esprit. L&rsquo;un des soirs pr\u00e9c\u00e9dents, je m&rsquo;\u00e9tais retir\u00e9 dans ma chambre et, alors que je m&rsquo;appr\u00eatais \u00e0 me reposer, j&rsquo;avais commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9citer les pri\u00e8res que ma bonne m\u00e8re m&rsquo;avait enseign\u00e9es.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c0 ce moment-l\u00e0, je ne sais pas si j&rsquo;\u00e9tais endormi ou distrait, il m&rsquo;a sembl\u00e9 que deux anciens \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;Oratoire apparaissaient devant moi.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&rsquo;un d&rsquo;eux s&rsquo;approcha de moi et me salua affectueusement en disant :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; \u00d4 Don Bosco ! Vous me connaissez ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Oui, je te connais, r\u00e9pondis-je.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Et vous vous souvenez encore de moi ? ajouta l&rsquo;homme.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; De toi et de tous les autres. Tu es Valfr\u00e8 et tu \u00e9tais \u00e0 l&rsquo;Oratoire avant 1870.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Dites-moi, reprit l&rsquo;homme, voulez-vous voir les jeunes qui \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;Oratoire de mon temps ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Oui, montre-les-moi, r\u00e9pondis-je, cela me fera grand plaisir.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors Valfr\u00e8 me montra les jeunes tels qu\u2019ils \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u00e9poque, avec la taille et l\u2019\u00e2ge qu\u2019ils avaient alors. J&rsquo;avais l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre dans l\u2019ancien Oratoire \u00e0 l&rsquo;heure de la r\u00e9cr\u00e9ation. C&rsquo;\u00e9tait une sc\u00e8ne pleine de vie, de mouvement, de joie. Les uns couraient, d\u2019autres sautaient, d\u2019autres faisaient sauter. Ici on jouait \u00e0 la grenouille, l\u00e0 au jeu de barre et au ballon. Ici on voyait un groupe de jeunes pendu aux l\u00e8vres d&rsquo;un pr\u00eatre qui racontait une belle histoire, l\u00e0 un jeune abb\u00e9 avec d\u2019autres qui jouait \u00e0 l&rsquo;\u00e2ne qui vole et au jeu des m\u00e9tiers. On chantait, on riait de tous c\u00f4t\u00e9s et partout on voyait des abb\u00e9s et des pr\u00eatres, et autour d&rsquo;eux des jeunes qui criaient gaiement. La plus grande cordialit\u00e9 et la plus grande confiance r\u00e9gnaient entre les jeunes et les sup\u00e9rieurs. J\u2019\u00e9tais ravi par ce spectacle, et Valfr\u00e8 me dit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Vous voyez, la familiarit\u00e9 produit l&rsquo;affection et l&rsquo;affection am\u00e8ne la confiance. C&rsquo;est ce qui ouvre les c\u0153urs et ainsi les jeunes r\u00e9v\u00e8lent tout sans crainte aux professeurs, aux assistants et aux sup\u00e9rieurs. Ils deviennent francs en confession et hors de la confession et sont dociles \u00e0 tous les ordres de celui dont ils sont s\u00fbrs d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9s.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est alors que mon autre ancien \u00e9l\u00e8ve, qui avait une barbe toute blanche, s&rsquo;approcha de moi et m&rsquo;a dit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Don Bosco, voulez-vous maintenant rencontrer et voir les jeunes qui sont actuellement \u00e0 l&rsquo;Oratoire ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;\u00e9tait Giuseppe Buzzetti.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Oui, r\u00e9pondis-je, parce que cela fait un mois que je ne les vois plus !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et il me les montra. Je vis l&rsquo;Oratoire et je vous vis tous en r\u00e9cr\u00e9ation. Mais je n&rsquo;entendais plus ni cris de joie ni chansons, je ne voyais plus le mouvement et la vie de la sc\u00e8ne pr\u00e9c\u00e9dente.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les gestes et sur les visages de beaucoup de jeunes, on pouvait lire un ennui, une lassitude, une mauvaise humeur, une m\u00e9fiance qui me faisaient mal au c\u0153ur. Il est vrai que j&rsquo;en aper\u00e7us beaucoup qui couraient, jouaient et gesticulaient dans une bienheureuse insouciance. Mais j&rsquo;en voyais d\u2019autres, et ils \u00e9taient nombreux, demeurer seuls, adoss\u00e9s aux colonnes, en proie \u00e0 des pens\u00e9es d\u00e9courageantes ; et d&rsquo;autres dans les escaliers et les couloirs ou sur les terrasses du c\u00f4t\u00e9 du jardin pour se soustraire \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation commune. D\u2019autres d\u00e9ambulaient lentement par groupes, conversant \u00e0 mi-voix, et jetant autour d&rsquo;eux des regards suspects et malins&nbsp;: leurs sourires accompagn\u00e9s d\u2019\u0153illades laissaient soup\u00e7onner et croire que saint Louis de Gonzague aurait rougi s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 en leur compagnie. M\u00eame parmi ceux qui jouaient, il y en avait qui \u00e9taient si apathiques qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9vident qu&rsquo;ils ne trouvaient aucun plaisir dans leurs divertissements.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Avez-vous vu vos jeunes ? me dit cet ancien \u00e9l\u00e8ve.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Je les vois, r\u00e9pondis-je en soupirant.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Comme ils sont diff\u00e9rents de ce que nous \u00e9tions autrefois ! s&rsquo;exclama cet ancien.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; H\u00e9las&nbsp;! Quelle mollesse dans cette r\u00e9cr\u00e9ation !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; C\u2019est de l\u00e0 que proviennent la froideur de beaucoup quand ils s&rsquo;approchent des sacrements, leur n\u00e9gligence dans les pratiques de pi\u00e9t\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise et ailleurs, leur peu d\u2019enthousiasme \u00e0 demeurer en un lieu o\u00f9 la divine Providence les comble de tous les biens du corps, de l&rsquo;\u00e2me et de l&rsquo;intelligence. C\u2019est pour cela que beaucoup ne suivent pas leur vocation&nbsp;; d\u2019o\u00f9 l&rsquo;ingratitude envers leurs sup\u00e9rieurs, les cachotteries et les murmures, avec toutes les autres cons\u00e9quences d\u00e9plorables.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Je comprends, je saisis, r\u00e9pondis-je. Mais comment redonner vie \u00e0 mes chers jeunes pour qu&rsquo;ils retrouvent leur vivacit\u00e9 d\u2019autrefois, leur joie et leur exub\u00e9rance ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Par la charit\u00e9 !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; La charit\u00e9 ? Mais mes jeunes ne sont-ils pas assez aim\u00e9s ? Tu sais bien que je les aime. Tu sais ce que j\u2019ai endur\u00e9 et support\u00e9 pour eux pendant une bonne quarantaine d\u2019ann\u00e9es, et ce que j\u2019endure et supporte encore maintenant. Que de fatigues, que d\u2019humiliations, que d&rsquo;oppositions, que de pers\u00e9cutions pour leur donner du pain, une maison, des ma\u00eetres et surtout pour assurer le salut de leurs \u00e2mes&nbsp;! J&rsquo;ai fait tout ce que j\u2019ai su et tout ce que j\u2019ai pu pour eux, ils sont l\u2019amour de toute ma vie.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Je ne parle pas de vous !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; De qui alors ? De ceux qui me remplacent ? Des directeurs, des pr\u00e9fets, des professeurs, des assistants ? Ne vois-tu pas qu&rsquo;ils sont des martyrs de l&rsquo;\u00e9tude et du travail ? Comment ils consument leurs jeunes ann\u00e9es au service de ceux que la divine Providence leur a confi\u00e9s ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Je vois, je sais. Mais cela ne suffit pas, il manque le meilleur.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Quoi donc ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Que les jeunes ne soient pas seulement aim\u00e9s, mais qu&rsquo;ils se sachent aim\u00e9s.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Mais n&rsquo;ont-ils pas des yeux pour voir ? N&rsquo;ont-ils pas la lumi\u00e8re de l&rsquo;intelligence ? Ne voient-ils pas que tout ce que l&rsquo;on fait pour eux, c&rsquo;est par amour pour eux ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Non, je le r\u00e9p\u00e8te, cela ne suffit pas.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Que faut-il donc ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Qu\u2019ils soient aim\u00e9s dans ce qui leur pla\u00eet, que l\u2019on s\u2019adapte \u00e0 leurs go\u00fbts de jeunes, et qu\u2019ils apprennent ainsi \u00e0 voir l&rsquo;amour dans les choses qui naturellement ne leur plaisent gu\u00e8re, comme la discipline, l&rsquo;\u00e9tude, la mortification personnelle, et qu&rsquo;ils apprennent \u00e0 tout faire avec \u00e9lan et amour.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Explique-toi mieux !<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Observez les jeunes en r\u00e9cr\u00e9ation.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je regardai et r\u00e9pliquai :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a de sp\u00e9cial \u00e0 voir ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Vous \u00e9duquez les jeunes depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es, et vous ne comprenez pas ? Regardez mieux ! O\u00f9 sont nos sal\u00e9siens ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je regardai et je vis que tr\u00e8s peu de pr\u00eatres et d&rsquo;abb\u00e9s se m\u00ealaient aux jeunes et encore moins participaient \u00e0 leurs divertissements. Les sup\u00e9rieurs n&rsquo;\u00e9taient plus l&rsquo;\u00e2me de la r\u00e9cr\u00e9ation&nbsp;; la plupart d&rsquo;entre eux se promenaient ensemble en bavardant sans se soucier de ce que faisaient les \u00e9l\u00e8ves&nbsp;; d&rsquo;autres contemplaient la r\u00e9cr\u00e9ation sans penser aux jeunes ; d&rsquo;autres surveillaient de loin sans avertir ceux qui faisaient quelque chose de mal ; quelques-uns donnaient alors un avertissement, mais sur un ton mena\u00e7ant, et ils le faisaient rarement. Il y avait des sal\u00e9siens qui auraient voulu s&rsquo;introduire dans un groupe de jeunes, mais je m\u2019aper\u00e7us que ces derniers se tenaient soigneusement \u00e0 l\u2019\u00e9cart des professeurs et des sup\u00e9rieurs.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon ami reprit alors :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Aux temps anciens de l&rsquo;Oratoire, n&rsquo;\u00e9tiez-vous pas toujours au milieu des jeunes, surtout \u00e0 l&rsquo;heure de la r\u00e9cr\u00e9ation ? Vous vous souvenez de ces belles ann\u00e9es ? C&rsquo;\u00e9tait un paradis, un temps dont nous gardons toujours un souvenir \u00e9mu, parce que l&rsquo;affection nous tenait lieu de r\u00e8glement et nous n&rsquo;avions pas de secrets pour vous.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; C\u2019est vrai ! Et puis, pour moi tout n&rsquo;\u00e9tait que joie, les jeunes se pr\u00e9cipitaient pour s&rsquo;approcher de moi et me parler, et ils avaient soif d&rsquo;\u00e9couter mes conseils et de les mettre en pratique. Mais maintenant, vois comme les audiences incessantes, les affaires multiples et l\u2019\u00e9tat de ma sant\u00e9 me l\u2019interdisent.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; D&rsquo;accord, mais si cela vous est impossible pour vous, pourquoi vos sal\u00e9siens ne vous imitent-ils pas ? Pourquoi n&rsquo;insistez-vous pas, n&rsquo;exigez-vous pas qu&rsquo;ils se comportent avec les jeunes comme vous le faisiez ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Je parle, je m\u2019\u00e9poumone, mais malheureusement, nombreux sont ceux qui n&rsquo;ont plus envie de supporter les fatigues d\u2019autrefois.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Et c\u2019est ainsi que, n\u00e9gligeant le moins, ils perdent le plus, et ce <em>plus<\/em> ce sont leurs fatigues. Qu&rsquo;ils aiment ce qui pla\u00eet aux jeunes et les jeunes aimeront ce qui pla\u00eet \u00e0 leurs sup\u00e9rieurs. Alors la fatigue leur sera douce. La cause du changement actuel \u00e0 l&rsquo;Oratoire, c\u2019est qu&rsquo;un certain nombre de jeunes n&rsquo;ont pas confiance en leurs sup\u00e9rieurs. Jadis les c\u0153urs leur \u00e9taient grands ouverts&nbsp;; les jeunes les aimaient et leur ob\u00e9issaient imm\u00e9diatement. Mais aujourd&rsquo;hui, les sup\u00e9rieurs sont consid\u00e9r\u00e9s comme des sup\u00e9rieurs et non plus comme des p\u00e8res, des fr\u00e8res et des amis ; ils sont craints et peu aim\u00e9s. Si donc l\u2019on veut former un seul c\u0153ur et une seule \u00e2me pour l&rsquo;amour de J\u00e9sus, il faut d\u00e9molir cette barri\u00e8re fatale de m\u00e9fiance et lui substituer une confiance cordiale. Que l&rsquo;ob\u00e9issance guide l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve comme la m\u00e8re guide son enfant. Alors la paix et la joie d\u2019autrefois r\u00e9gneront \u00e0 l&rsquo;Oratoire.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Mais comment s\u2019y prendre pour briser cette barri\u00e8re ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; En vivant la familiarit\u00e9 avec les jeunes, surtout en r\u00e9cr\u00e9ation. Sans familiarit\u00e9, on ne voit pas l&rsquo;affection et si on ne la voit pas, il n&rsquo;y a pas de confiance. Celui qui veut \u00eatre aim\u00e9 doit montrer qu&rsquo;il aime. J\u00e9sus-Christ s&rsquo;est fait petit avec les petits et a port\u00e9 nos infirmit\u00e9s&nbsp;: voil\u00e0 le ma\u00eetre de la familiarit\u00e9 ! Le professeur que l&rsquo;on ne voit qu&rsquo;\u00e0 son bureau est un professeur et rien de plus&nbsp;; mais s&rsquo;il va \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation avec les jeunes, il devient comme un fr\u00e8re.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si l&rsquo;on ne voit quelqu&rsquo;un que lorsqu\u2019il pr\u00eache en chaire, on dira qu&rsquo;il ne fait ni plus ni moins que son devoir&nbsp;; mais s&rsquo;il dit un mot sur la cour, ce mot est celui d\u2019un ami. Combien de conversions furent provoqu\u00e9es par certaines de vos paroles r\u00e9sonnant tout \u00e0 coup \u00e0 l&rsquo;oreille d&rsquo;un gar\u00e7on au milieu de son jeu&nbsp;! Celui qui se sait aim\u00e9 aime, et celui qui est aim\u00e9 obtient tout, surtout des jeunes. Cette confiance cr\u00e9e un courant \u00e9lectrique entre les jeunes et leurs sup\u00e9rieurs. Les c\u0153urs s&rsquo;ouvrent, ils expriment leurs besoins et r\u00e9v\u00e8lent leurs d\u00e9fauts. Cet amour permet aux sup\u00e9rieurs de supporter les travaux, les ennuis, l&rsquo;ingratitude, les d\u00e9rangements, les \u00e9checs, les manquements et les n\u00e9gligences des jeunes. J\u00e9sus-Christ n&rsquo;a pas cass\u00e9 le roseau d\u00e9j\u00e0 bris\u00e9, il n\u2019a pas \u00e9teint la m\u00e8che qui fumait encore&nbsp;: voil\u00e0 votre mod\u00e8le. Alors on ne verra plus l\u2019un qui travaille pour la gloriole ; l\u2019autre qui punit uniquement pour venger son amour-propre offens\u00e9 ; un autre qui se retire de la surveillance par jalousie de l\u2019influence pr\u00e9pond\u00e9rante d\u2019un autre et tient \u00e0 \u00eatre aim\u00e9 et estim\u00e9 des jeunes \u00e0 l&rsquo;exclusion de tout autre sup\u00e9rieur, et qui en critiquant autrui n&rsquo;y gagne que m\u00e9pris et flatteries hypocrites. On n\u2019en verra plus qui se laissent ravir le c\u0153ur par une cr\u00e9ature et qui, pour lui faire la cour, n\u00e9gligent tous les autres enfants ; qui, par amour des commodit\u00e9s, m\u00e9prisent le devoir rigoureux de la surveillance ; qui, par un vain respect humain, s&rsquo;abstiennent d\u2019avertir ceux qui doivent \u00eatre avertis. Quand il y a amour v\u00e9ritable, on ne cherche que la gloire de Dieu et le salut des \u00e2mes. C\u2019est quand cet amour faiblit que rien ne va plus. Pourquoi vouloir substituer la froideur d&rsquo;un r\u00e8glement \u00e0 la charit\u00e9? Pourquoi les sup\u00e9rieurs n\u00e9gligent-ils d&rsquo;observer les r\u00e8gles d&rsquo;\u00e9ducation que Don Bosco leur a enseign\u00e9es ? Pourquoi remplacer progressivement la m\u00e9thode qui consiste \u00e0 pr\u00e9venir les d\u00e9sordres avec vigilance et amour, par celle, moins on\u00e9reuse et plus exp\u00e9ditive pour celui qui commande, qui consiste \u00e0 \u00e9dicter des lois. Ne sait-on pas que les lois, garanties par des punitions, allument des haines, provoquent des m\u00e9contentements, engendrent le m\u00e9pris de l\u2019autorit\u00e9 et entra\u00eenent des d\u00e9sordres tr\u00e8s graves si on n\u00e9glige de les faire appliquer ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voil\u00e0 ce qui arrive n\u00e9cessairement s\u2019il manque la familiarit\u00e9. Si l\u2019on veut que l&rsquo;Oratoire retrouve son bonheur d&rsquo;antan, qu&rsquo;on remette en vigueur l&rsquo;ancienne m\u00e9thode : que le sup\u00e9rieur se fasse tout \u00e0 tous, toujours pr\u00eat \u00e0 \u00e9couter les moindres doutes ou plaintes des jeunes, tout yeux pour surveiller paternellement leur conduite, tout c\u0153ur pour chercher le bien spirituel et temporel de ceux que la Providence lui a confi\u00e9s. Alors les c\u0153urs cesseront de se fermer et on ne conna\u00eetra plus certains secrets qui tuent. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en cas d&rsquo;immoralit\u00e9 que les sup\u00e9rieurs seront inexorables. Il vaut mieux courir le risque d&rsquo;expulser de la maison un innocent que de maintenir un scandaleux. Les assistants doivent consid\u00e9rer comme leur devoir le plus strict de d\u00e9noncer aux sup\u00e9rieurs tout ce qu&rsquo;ils savent \u00eatre, de quelque mani\u00e8re que ce soit, une offense de Dieu.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je lui posai alors cette question :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Quel est donc le principal moyen pour faire triompher cette familiarit\u00e9, cet amour et cette confiance ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; L&rsquo;observation exacte du r\u00e8glement de la maison.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Et rien d&rsquo;autre ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Le meilleur plat d&rsquo;un repas, c\u2019est la bonne humeur.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tandis que mon ancien \u00e9l\u00e8ve finissait de parler et que je continuais \u00e0 observer cette r\u00e9cr\u00e9ation avec un vif d\u00e9plaisir, je me sentis peu \u00e0 peu accabl\u00e9 par une grande lassitude qui devenait de plus en plus intense. Cet accablement atteignit un point tel que, ne pouvant plus r\u00e9sister, je me secouai et repris mes esprits.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me suis retrouv\u00e9 debout pr\u00e8s de mon lit. Mes jambes \u00e9taient tellement enfl\u00e9es et douloureuses que je ne pouvais plus me tenir droit. L&rsquo;heure \u00e9tant tr\u00e8s tardive, je me mis au lit, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ces lignes \u00e0 mes chers fils.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne veux plus faire de ces r\u00eaves, car ils me fatiguent trop. Le lendemain, je me sentais bris\u00e9 et j&rsquo;avais h\u00e2te de me reposer le soir suivant. Or j\u2019\u00e9tais \u00e0 peine couch\u00e9 que le r\u00eave reprit. En face de moi, j\u2019avais la cour, les jeunes actuellement \u00e0 l&rsquo;Oratoire, et le m\u00eame ancien \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;Oratoire. Je me suis mis \u00e0 l&rsquo;interroger :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Ce que tu m&rsquo;as dit, je le dirai \u00e0 mes sal\u00e9siens ; mais que dois-je dire aux jeunes de l&rsquo;Oratoire ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il me r\u00e9pondit :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Qu&rsquo;ils reconnaissent combien les sup\u00e9rieurs, les ma\u00eetres, les assistants peinent et \u00e9tudient pour eux, car si ce n&rsquo;\u00e9tait pas pour leur bien, ils ne se soumettraient pas \u00e0 tant de sacrifices ; qu&rsquo;ils se souviennent que l&rsquo;humilit\u00e9 est la source de toute tranquillit\u00e9 ; qu&rsquo;ils sachent supporter les fautes des autres, car la perfection ne se trouve pas dans ce monde, mais seulement au Paradis ; qu&rsquo;ils cessent de murmurer, car cela refroidit les c\u0153urs ; et surtout qu&rsquo;ils s&rsquo;efforcent de vivre dans la gr\u00e2ce de Dieu. Celui qui n&rsquo;est pas en paix avec Dieu, n&rsquo;est pas en paix avec lui-m\u00eame et n\u2019est pas en paix avec les autres.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Et tu me dis que certains de mes jeunes ne sont pas en paix avec Dieu ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; C&rsquo;est la premi\u00e8re cause du mauvais esprit. Il y a d\u2019autres causes que vous connaissez, auxquelles vous devez rem\u00e9dier, et que je n&rsquo;ai pas besoin de vous dire maintenant. Celui qui est m\u00e9fiant, c\u2019est celui qui a des secrets \u00e0 garder et qui craint que ces secrets ne soient connus, car il sait que la honte et l&rsquo;opprobre s&rsquo;abattraient sur lui. Si en m\u00eame temps son c\u0153ur n&rsquo;est pas en paix avec Dieu, il reste inquiet, agit\u00e9, incapable d&rsquo;ob\u00e9ir, il s&rsquo;irrite pour un rien, il a l\u2019impression que tout va mal, et parce qu&rsquo;il est lui-m\u00eame sans amour, il estime que ses sup\u00e9rieurs ne l&rsquo;aiment pas.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Mais, mon cher ami, ne vois-tu pas toutes les confessions et les communions qui se font \u00e0 l&rsquo;Oratoire ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; C\u2019est vrai, on se confesse beaucoup, mais ce qui manque radicalement \u00e0 tous ces jeunes qui se confessent, c&rsquo;est la fermet\u00e9 dans les r\u00e9solutions. Ils se confessent, mais avouent toujours les m\u00eames fautes, les m\u00eames manquements, les m\u00eames mauvaises habitudes, les m\u00eames d\u00e9sob\u00e9issances, les m\u00eames n\u00e9gligences dans leur devoir d\u2019\u00e9tat. C&rsquo;est ainsi que cela dure des mois et des mois, voire des ann\u00e9es, et certains continuent m\u00eame ainsi jusqu\u2019en classe de terminale.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces confessions ne valent rien ou peu s\u2019en faut, elles n&rsquo;apportent pas la paix. Si un jeune devait \u00eatre appel\u00e9 dans cet \u00e9tat au tribunal de Dieu, la situation serait tr\u00e8s s\u00e9rieuse.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Et il y en a beaucoup de cette cat\u00e9gorie \u00e0 l&rsquo;Oratoire ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Peu par rapport au grand nombre de jeunes de la maison. Regardez. &#8211; Et il me les montra du doigt.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je regardai et je vis ces jeunes un par un. Ils \u00e9taient peu nombreux mais je vis en eux des choses qui ont profond\u00e9ment attrist\u00e9 mon c\u0153ur. Je ne veux pas les mettre sur le papier, mais \u00e0 mon retour je les expliquerai \u00e0 chacun des int\u00e9ress\u00e9s. Ici, je dirai seulement qu&rsquo;il est temps de prier et de prendre des r\u00e9solutions fermes, de se d\u00e9cider non pas en paroles, mais en actes, et de prouver que les Comollo, les Dominique Savio, les Besucco et les Saccardi vivent encore parmi nous.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je posai une derni\u00e8re question \u00e0 mon ami :<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; As-tu encore quelque chose d&rsquo;autre \u00e0 me dire ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Pr\u00eachez \u00e0 tous, petits et grands, de ne jamais oublier qu&rsquo;ils sont les fils de Marie Auxiliatrice, qu&rsquo;elle les a rassembl\u00e9s ici pour les \u00e9loigner des dangers du monde, pour qu&rsquo;ils s&rsquo;aiment comme des fr\u00e8res et pour qu&rsquo;ils rendent gloire \u00e0 Dieu et \u00e0 Elle par leur bonne conduite. C\u2019est elle, la Madone, qui leur donne le pain et les moyens d&rsquo;\u00e9tudier avec une infinit\u00e9 de gr\u00e2ces et de miracles. Qu&rsquo;ils se souviennent qu&rsquo;ils sont \u00e0 la veille de la f\u00eate de leur M\u00e8re et qu&rsquo;avec son aide doit tomber la barri\u00e8re de m\u00e9fiance que le d\u00e9mon a su \u00e9riger entre les jeunes et leurs sup\u00e9rieurs et dont il sait se servir pour ruiner certaines \u00e2mes.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Parviendrons-nous \u00e0 faire tomber cette barri\u00e8re ?<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Oui certainement, \u00e0 condition que les jeunes et les moins jeunes soient pr\u00eats \u00e0 souffrir quelques petites mortifications pour l\u2019amour de Marie et \u00e0 mettre en pratique ce que j&rsquo;ai dit.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pendant ce temps, je continuais \u00e0 regarder mes jeunes et au spectacle de ceux qui \u00e9taient en route vers leur perte \u00e9ternelle, j\u2019ai senti un tel serrement de c\u0153ur que je me suis r\u00e9veill\u00e9. Je voudrais encore vous raconter beaucoup de choses importantes que j&rsquo;ai vues, mais ni le temps ni les convenances ne me le permettent.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je conclus. Savez-vous ce que ce pauvre vieillard, qui a pass\u00e9 toute sa vie pour ses chers jeunes, attend de vous ? Rien d&rsquo;autre que ceci&nbsp;: que refleurissent, toutes proportions gard\u00e9es, les jours heureux de l&rsquo;ancien Oratoire. Jours d&rsquo;affection et de confiance chr\u00e9tienne entre les jeunes et les sup\u00e9rieurs, jours de compr\u00e9hension et de support mutuel par amour de J\u00e9sus-Christ, jours des c\u0153urs ouverts en toute simplicit\u00e9 et candeur, jours de charit\u00e9 et de vraie joie pour tous. J&rsquo;ai besoin que vous me consoliez en me donnant l&rsquo;espoir et la promesse que vous ferez tout ce que je d\u00e9sire pour le bien de vos \u00e2mes. Vous n\u2019appr\u00e9ciez pas assez votre bonheur d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 accueillis \u00e0 l&rsquo;Oratoire. Devant Dieu, je vous l\u2019affirme : il suffit qu&rsquo;un jeune entre dans une maison sal\u00e9sienne pour que la Sainte Vierge le prenne aussit\u00f4t sous sa protection sp\u00e9ciale. Mettons-nous donc tous d&rsquo;accord&nbsp;: que la charit\u00e9 de ceux qui commandent et la charit\u00e9 de ceux qui doivent ob\u00e9ir fassent r\u00e9gner parmi nous l&rsquo;esprit de saint Fran\u00e7ois de Sales. \u00d4 mes chers fils, le moment approche o\u00f9 je devrai me d\u00e9tacher de vous et partir vers mon \u00e9ternit\u00e9. [<em>Note du secr\u00e9taire<\/em>. \u00c0 cet endroit, Don Bosco interrompit sa dict\u00e9e, ses yeux se remplirent de larmes, non pas de chagrin, mais de l&rsquo;ineffable tendresse qui \u00e9manait de son regard et du son de sa voix. Apr\u00e8s quelques instants, il poursuivit]. C\u2019est pourquoi je br\u00fble de vous laisser, vous, mes pr\u00eatres, mes abb\u00e9s, mes chers jeunes, sur le chemin du Seigneur, l\u00e0 o\u00f9 Lui-m\u00eame vous d\u00e9sire.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Saint-P\u00e8re, que j&rsquo;ai vu le vendredi 9 mai, vous envoie dans ce but et de tout c\u0153ur sa b\u00e9n\u00e9diction. Le jour de la f\u00eate de Marie Auxiliatrice, je serai avec vous devant l&rsquo;image de notre M\u00e8re bien-aim\u00e9e. Je souhaite que cette grande f\u00eate soit c\u00e9l\u00e9br\u00e9e avec toute la solennit\u00e9 voulue et que Don Lazzero et Don Marchisio pensent \u00e0 faire en sorte qu\u2019il y ait de la joie m\u00eame au r\u00e9fectoire. La f\u00eate de Marie Auxiliatrice doit \u00eatre le pr\u00e9lude de la f\u00eate \u00e9ternelle que nous devons c\u00e9l\u00e9brer tous ensemble un jour au Paradis.<br><br><em>Rome, le 10 mai 1884<br>Avec toute mon affection en J.-C.<br>JEAN BOSCO, pr\u00eatre<br><\/em><br><em>(MB XVII, 107-114)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1884, alors qu&rsquo;il se trouvait \u00e0 Rome, quelques jours avant de rentrer \u00e0 Turin,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":18,"featured_media":29182,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":167,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1716,2563,2634,1764,2194,2049,1980,1968,2028],"class_list":["post-29189","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-charite","tag-conciles","tag-don-bosco","tag-education","tag-jeunes","tag-reves","tag-saints","tag-vie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29189","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/18"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29189"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29189\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/29182"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29189"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29189"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}