{"id":26831,"date":"2024-03-14T09:41:17","date_gmt":"2024-03-14T09:41:17","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=26831"},"modified":"2024-05-02T07:12:07","modified_gmt":"2024-05-02T07:12:07","slug":"vie-de-saint-joseph-epoux-de-marie-pere-adoptif-de-jesus-christ-2-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/nos-saints\/vie-de-saint-joseph-epoux-de-marie-pere-adoptif-de-jesus-christ-2-3\/","title":{"rendered":"Vie de saint Joseph, \u00e9poux de Marie, p\u00e8re adoptif de J\u00e9sus-Christ (2\/3)"},"content":{"rendered":"\n<p><em><a href=\"..\/fr\/nos-saints\/vie-de-saint-joseph-epoux-de-marie-pere-adoptif-de-jesus-christ-1-3\">(suite de l&rsquo;article pr\u00e9c\u00e9dent)<\/a><\/em><br><br><br><strong><strong>Chap. IX. La circoncision.<br><\/strong><\/strong><em><em>Et vocavit nomen eius Iesum<\/em><\/em>. (Et il lui donna le nom de J\u00e9sus. &#8211; Mt 1,25)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le huiti\u00e8me jour apr\u00e8s la naissance, les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl devaient \u00eatre circoncis selon le commandement de Dieu donn\u00e9 \u00e0 Abraham, afin qu&rsquo;il y ait un signe pour rappeler au peuple l&rsquo;alliance que Dieu avait conclue avec lui.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Marie et Joseph comprenaient tr\u00e8s bien qu&rsquo;un tel signe n&rsquo;\u00e9tait pas du tout n\u00e9cessaire pour J\u00e9sus. Cette op\u00e9ration douloureuse \u00e9tait une peine qui convenait aux p\u00e9cheurs, et son but \u00e9tait d&rsquo;effacer le p\u00e9ch\u00e9 originel. J\u00e9sus, \u00e9tant le saint par excellence et la source de toute saintet\u00e9, ne portait avec lui aucun p\u00e9ch\u00e9 et n\u2019avait besoin d\u2019aucune r\u00e9mission. En outre, il \u00e9tait venu au monde \u00e0 la suite d\u2019une conception miraculeuse et n&rsquo;avait \u00e0 se soumettre \u00e0 aucune des lois qui s&rsquo;appliquaient aux hommes. Cependant, Marie et Joseph n&rsquo;h\u00e9sit\u00e8rent pas \u00e0 accomplir la douloureuse c\u00e9r\u00e9monie sur l&rsquo;enfant divin, sachant que J\u00e9sus n&rsquo;\u00e9tait pas venu pour enfreindre la loi, mais pour l&rsquo;accomplir, et pour donner aux hommes l&rsquo;exemple d&rsquo;une ob\u00e9issance parfaite, pr\u00eat \u00e0 souffrir tout ce que la gloire du P\u00e8re c\u00e9leste et le salut de l&rsquo;humanit\u00e9 exigeraient de lui.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joseph, le saint patriarche, fut le ministre et le pr\u00eatre de ce rite sacr\u00e9. Le voici qui, les yeux pleins de larmes, dit \u00e0 Marie : \u00ab\u00a0Marie, le moment est venu o\u00f9 nous allons accomplir sur ton fils b\u00e9ni le signe de notre p\u00e8re Abraham. Je sens que je perds c\u0153ur en y pensant. Moi, mettre le fer dans cette chair immacul\u00e9e ! Tirer le premier sang de cet agneau de Dieu\u00a0! Oh si tu ouvrais la bouche, mon enfant, pour me dire que tu ne veux pas cette blessure, oh comme je jetterais ce couteau loin de moi, et je me r\u00e9jouirais que tu ne la veuilles pas ! Mais je vois que tu me demandes ce sacrifice ; que tu veux souffrir. Oui, mon cher enfant, nous souffrirons : toi dans ta chair tr\u00e8s pure ; Marie et moi dans notre c\u0153ur.\u00a0\u00bb<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joseph accomplit l&rsquo;office douloureux en offrant \u00e0 Dieu ce premier sang en expiation des p\u00e9ch\u00e9s des hommes. Puis, avec Marie en larmes et pleine d&rsquo;angoisse devant l&rsquo;affliction de son Fils, il r\u00e9p\u00e9ta : \u00ab\u00a0J\u00e9sus est son nom, car il doit sauver son peuple de ses p\u00e9ch\u00e9s : <em>Vocabis nomen eius Iesum; ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum<\/em>\u00ab\u00a0. &#8211; Mt 1,25\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0\u00d4 nom tr\u00e8s saint, \u00f4 nom au-dessus de tout nom, comme il est juste qu&rsquo;en ce moment tu sois prononc\u00e9 pour la premi\u00e8re fois ! Dieu a voulu que l&rsquo;enfant soit appel\u00e9 J\u00e9sus \u00e0 partir du moment o\u00f9 il commen\u00e7a \u00e0 verser du sang. Car s&rsquo;il \u00e9tait et devait \u00eatre le Sauveur, c&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment en vertu et \u00e0 cause de son sang, par lequel il entra une seule fois dans le saint des saints et accomplit par le sacrifice de tout son \u00eatre la R\u00e9demption d&rsquo;Isra\u00ebl et du monde entier.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joseph fut le grand et noble ministre de la Circoncision par laquelle le Fils de Dieu re\u00e7ut son nom. Joseph l\u2019avait re\u00e7u de l&rsquo;ange, Joseph le pronon\u00e7a le premier parmi les hommes, et en le pronon\u00e7ant, il fit que tous les anges se prostern\u00e8rent, et que les d\u00e9mons saisis d&rsquo;une frayeur extraordinaire, m\u00eame sans comprendre pourquoi, tomb\u00e8rent en adoration et se cach\u00e8rent dans les profondeurs de l&rsquo;enfer. Grande dignit\u00e9 de Joseph ! Grande obligation de r\u00e9v\u00e9rence envers lui\u00a0! C\u2019est lui en effet qui fut le premier \u00e0 avoir donn\u00e9 au Fils de Dieu le nom de R\u00e9dempteur, et le premier \u00e0 avoir coop\u00e9r\u00e9 pour faire de lui notre R\u00e9dempteur gr\u00e2ce au saint minist\u00e8re de la circoncision.<br><br><br><strong>Chap. X. J\u00e9sus ador\u00e9 par les mages. La Purification.<br><\/strong><em><em>Reges Tharsis et insulae munera offerent, Reges Arabum et Saba dona adducent<\/em><\/em> (Les rois de Tharsis et des \u00eeles lui feront leurs offrandes, les rois des Arabes et de Saba lui apporteront leurs pr\u00e9sents. &#8211; Ps 71,10)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce Dieu, qui \u00e9tait descendu sur terre pour faire de la maison d&rsquo;Isra\u00ebl et des peuples dispers\u00e9s une seule famille, voulait autour de son berceau les repr\u00e9sentants des uns et des autres. Les simples et les humbles avaient la pr\u00e9f\u00e9rence pour \u00eatre autour de J\u00e9sus, mais les grands et les sages de la terre ne devaient pas \u00eatre exclus. Apr\u00e8s les bergers tout proches, au fond de sa grotte silencieuse de Bethl\u00e9em, J\u00e9sus mit en marche une \u00e9toile du Ciel pour y amener des adorateurs lointains.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une tradition, tr\u00e8s populaire dans tout l&rsquo;Orient et consign\u00e9e dans la Bible, annon\u00e7ait qu&rsquo;un enfant na\u00eetrait en Occident, qui changerait la face du monde, et qu&rsquo;une nouvelle \u00e9toile devrait au m\u00eame moment appara\u00eetre et signaler cet \u00e9v\u00e9nement. Or, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la naissance du Sauveur, il y avait en Orient des princes, commun\u00e9ment appel\u00e9s les trois Rois Mages, dot\u00e9s d&rsquo;une science extraordinaire.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tr\u00e8s vers\u00e9s dans les sciences astronomiques, ces trois mages attendaient avec impatience l&rsquo;apparition de la nouvelle \u00e9toile qui devait leur annoncer la naissance de l&rsquo;enfant merveilleux.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une nuit, alors qu&rsquo;ils observaient attentivement le ciel, une \u00e9toile d&rsquo;une grandeur inhabituelle sembla se d\u00e9tacher de la vo\u00fbte c\u00e9leste, comme si elle voulait descendre sur la terre.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Reconnaissant \u00e0 ce signal que le moment \u00e9tait venu, ils partirent en h\u00e2te et, toujours guid\u00e9s par l&rsquo;\u00e9toile, ils arriv\u00e8rent \u00e0 J\u00e9rusalem. La renomm\u00e9e de leur arriv\u00e9e et surtout le but de leur voyage troubl\u00e8rent le c\u0153ur de l&rsquo;envieux H\u00e9rode. Ce prince cruel fit venir les mages aupr\u00e8s de lui et leur dit : \u00ab\u00a0Prenez des renseignements exacts sur cet enfant, et d\u00e8s que vous l&rsquo;aurez trouv\u00e9, revenez me pr\u00e9venir pour que j&rsquo;aille aussi l&rsquo;adorer.\u00a0\u00bb Les docteurs de la loi ayant indiqu\u00e9 que le Christ devait na\u00eetre \u00e0 Bethl\u00e9em, les mages partirent de J\u00e9rusalem toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par l&rsquo;\u00e9toile myst\u00e9rieuse et ne tard\u00e8rent pas \u00e0 arriver \u00e0 Bethl\u00e9em. L&rsquo;\u00e9toile s&rsquo;arr\u00eata au-dessus de la grotte o\u00f9 \u00e9tait le Messie. Les mages entr\u00e8rent, se prostern\u00e8rent aux pieds de l&rsquo;enfant et l&rsquo;ador\u00e8rent.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Puis, ouvrant les coffrets de bois pr\u00e9cieux qu&rsquo;ils avaient apport\u00e9s avec eux, ils lui offrirent de l&rsquo;or comme pour le reconna\u00eetre en tant que roi, de l&rsquo;encens en tant que Dieu et de la myrrhe en tant qu&rsquo;homme mortel.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avertis alors par un ange des v\u00e9ritables desseins d&rsquo;H\u00e9rode, ils ne pass\u00e8rent pas par J\u00e9rusalem, mais retourn\u00e8rent directement dans leurs pays.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Voici qu\u2019approchait le quaranti\u00e8me jour de la naissance du Saint Enfant. La loi de Mo\u00efse prescrivait que tout premier-n\u00e9 soit port\u00e9 au temple pour \u00eatre offert \u00e0 Dieu et consacr\u00e9, et que la m\u00e8re soit purifi\u00e9e. Joseph se dirigea vers J\u00e9rusalem en compagnie de J\u00e9sus et de Marie pour accomplir la c\u00e9r\u00e9monie prescrite. Il offrit deux tourterelles en sacrifice et paya cinq sicles d&rsquo;argent. Puis ayant fait inscrire leur fils sur les tables de recensement et pay\u00e9 le tribut, le saint couple retourna en Galil\u00e9e, \u00e0 Nazareth, leur ville.<br><br><br><strong>Chap. XI. La triste annonce. &#8211; Le massacre des innocents. &#8211; La sainte famille part pour l&rsquo;\u00c9gypte.<br><\/strong><em><em>Surge, accipe puerum et matrem eius et fuge in Aegyptum et esto ibi usque dum dicam tibi<\/em><\/em>. (L&rsquo;ange du Seigneur dit \u00e0 Joseph : L\u00e8ve-toi, prends l&rsquo;enfant et sa m\u00e8re et fuis en \u00c9gypte et restes-y jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je te le dise. &#8211; Mt 2,13)<br><br><em>Vox in excelso audita est lamentationis, luctus, et fletus Rachel plorantis filios suos, et nolentis consolari super eis quia non sunt<\/em>. (On entend des cris de lamentation et de deuil et des g\u00e9missements : c\u2019est Rachel qui pleure ses enfants, et pour eux elle ne veut aucune consolation parce qu&rsquo;ils ne sont plus. &#8211; Jr 31,15)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La tranquillit\u00e9 de la sainte famille ne devait pas durer longtemps. \u00c0 peine Joseph \u00e9tait-il retourn\u00e9 \u00e0 la pauvre maison de Nazareth qu&rsquo;un ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : \u00ab\u00a0L\u00e8ve-toi, prends avec toi l&rsquo;enfant et sa m\u00e8re, fuis en \u00c9gypte, et restes-y jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je t&rsquo;ordonne de revenir. Car H\u00e9rode cherchera l&rsquo;enfant pour le faire mourir.\u00a0\u00bb<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n&rsquo;\u00e9tait que trop vrai. Le cruel H\u00e9rode, tromp\u00e9 par les mages et furieux d&rsquo;avoir manqu\u00e9 une si belle occasion de se d\u00e9barrasser de celui qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme un concurrent au tr\u00f4ne, avait con\u00e7u le projet infernal de faire massacrer tous les enfants m\u00e2les de moins de deux ans. Cet ordre abominable fut ex\u00e9cut\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un grand fleuve de sang coula \u00e0 travers la Galil\u00e9e. C&rsquo;est alors que se r\u00e9alisa ce que J\u00e9r\u00e9mie avait pr\u00e9dit : \u00ab\u00a0Une voix se fit entendre \u00e0 Rama, une voix m\u00eal\u00e9e de larmes et de lamentations. C&rsquo;est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas \u00eatre consol\u00e9e, car ils ne sont plus.\u00a0\u00bb Ces pauvres innocents, si cruellement tu\u00e9s, furent les premiers martyrs de la divinit\u00e9 de J\u00e9sus-Christ.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joseph avait reconnu la voix de l&rsquo;Ange ; il ne se permit aucune r\u00e9flexion sur le d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 auquel ils devaient se r\u00e9soudre ; sur les difficult\u00e9s d&rsquo;un voyage si long et si dangereux. Il devait regretter d&rsquo;avoir quitt\u00e9 son pauvre foyer pour aller \u00e0 travers les d\u00e9serts demander asile \u00e0 un pays qu&rsquo;il ne connaissait pas. Sans m\u00eame attendre le lendemain, \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 l&rsquo;ange disparut, il se leva et courut r\u00e9veiller Marie. Marie pr\u00e9para \u00e0 la h\u00e2te une petite provision de v\u00eatements et de vivres qu&rsquo;ils emport\u00e8rent avec eux. Pendant ce temps, Joseph pr\u00e9para la jument, et ils partirent sans regret de leur ville pour ob\u00e9ir \u00e0 l&rsquo;ordre de Dieu. Voici donc un pauvre vieillard qui rend vains les horribles complots du tyran de Galil\u00e9e ; c&rsquo;est \u00e0 lui que Dieu confie la garde de J\u00e9sus et de Marie.<br><br><br><strong>Chap. XII. Un voyage d\u00e9sastreux &#8211; Une tradition.<br><\/strong><em><em>Si persequentur vos in civitate ista, fugite in aliam<\/em><\/em>. (Quand on vous pers\u00e9cutera dans cette ville, fuyez dans une autre. &#8211; Mt 10,23).<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Deux routes se pr\u00e9sentaient au voyageur qui voulait se rendre en \u00c9gypte par voie terrestre. L&rsquo;une traversait des d\u00e9serts peupl\u00e9s de b\u00eates sauvages, o\u00f9 les chemins \u00e9taient rudes, longs et peu fr\u00e9quent\u00e9s. L&rsquo;autre traversait un pays peu visit\u00e9, mais les habitants du district \u00e9taient tr\u00e8s hostiles aux Juifs. Joseph, qui avait surtout \u00e0 craindre les hommes dans cette fuite pr\u00e9cipit\u00e9e, choisit le premier de ces deux chemins comme \u00e9tant le plus cach\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Partis de Nazareth \u00e0 la faveur de la nuit, les voyageurs prudents emprunt\u00e8rent pendant quelque temps les chemins les plus difficiles et les plus tortueux, quand l&rsquo;itin\u00e9raire les obligeait \u00e0 passer pr\u00e8s de J\u00e9rusalem. Lorsqu&rsquo;il fallait traverser une grande route, Joseph laissait J\u00e9sus et sa M\u00e8re \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;un rocher et partait en \u00e9claireur, pour s&rsquo;assurer que la sortie n&rsquo;\u00e9tait pas gard\u00e9e par les soldats d&rsquo;H\u00e9rode. Rassur\u00e9 par cette pr\u00e9caution, il revenait chercher son pr\u00e9cieux tr\u00e9sor, et la sainte famille poursuivait sa route, entre ravins et collines. De temps en temps, ils faisaient une br\u00e8ve halte au bord d&rsquo;un ruisseau limpide, et apr\u00e8s un repas frugal, ils se reposaient un peu des fatigues du voyage. Le soir venu, il \u00e9tait temps de se r\u00e9signer \u00e0 dormir \u00e0 la belle \u00e9toile. Joseph se d\u00e9pouillait de son manteau et en couvrait J\u00e9sus et Marie pour les pr\u00e9server de l&rsquo;humidit\u00e9 de la nuit. Le lendemain, au lever du jour, on reprenait le p\u00e9nible voyage. Apr\u00e8s la petite ville d&rsquo;Anata, les saints voyageurs se dirig\u00e8rent du c\u00f4t\u00e9 de Ramla pour descendre dans les plaines de Syrie, o\u00f9 ils allaient d\u00e9sormais \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s des pi\u00e8ges de leurs f\u00e9roces pers\u00e9cuteurs. Contre leur habitude, ils avaient continu\u00e9 \u00e0 marcher alors que la nuit \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9e, afin de se mettre plus vite \u00e0 l&rsquo;abri. Joseph t\u00e2tait le terrain devant les autres. Marie, toute tremblante en cette course nocturne, tournait son regard inquiet vers les profondeurs des vall\u00e9es et les sinuosit\u00e9s des rochers. Soudain, \u00e0 un tournant, une nu\u00e9e d&rsquo;hommes arm\u00e9s apparut pour leur couper la route. C&rsquo;\u00e9tait une bande de sc\u00e9l\u00e9rats qui ravageait la contr\u00e9e, et dont l&rsquo;effroyable renomm\u00e9e s&rsquo;\u00e9tendait au loin. Joseph arr\u00eata la monture de Marie et priait le Seigneur en silence, car toute r\u00e9sistance \u00e9tait impossible. Tout au plus pouvait-on esp\u00e9rer sauver sa vie. Le chef des brigands se d\u00e9tacha de ses compagnons et s&rsquo;avan\u00e7a vers Joseph pour voir \u00e0 qui il avait affaire. \u00c0 la vue de ce vieillard sans armes, de ce petit enfant endormi sur le sein de sa m\u00e8re, le c\u0153ur sanguinaire du bandit fut touch\u00e9. Loin de leur vouloir du mal, il tendit la main \u00e0 Joseph, lui offrant l&rsquo;hospitalit\u00e9 ainsi qu&rsquo;\u00e0 sa famille. Ce chef s&rsquo;appelait Disma. La tradition raconte que trente ans plus tard, il fut emmen\u00e9 par des soldats et condamn\u00e9 \u00e0 \u00eatre crucifi\u00e9. Mis en croix sur le Calvaire aux c\u00f4t\u00e9s de J\u00e9sus, c&rsquo;est celui-l\u00e0 m\u00eame que nous connaissons comme \u00e9tant le bon larron.<br><br><br><strong>Chap. XIII. Arriv\u00e9e en \u00c9gypte &#8211; Prodiges survenus lors de leur entr\u00e9e dans ce pays &#8211; Village de Matari\u00e9 &#8211; Habitation de la Sainte Famille.<br><\/strong><em>Ecce ascendet Dominus super nubem levem et commovebuntur simulacra Aegypti<\/em> (Voici que le Seigneur montera au-dessus d&rsquo;une nu\u00e9e l\u00e9g\u00e8re et entrera en \u00c9gypte, et en sa pr\u00e9sence les idoles de l&rsquo;\u00c9gypte seront \u00e9branl\u00e9es. &#8211; Is 19,1)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0D\u00e8s que le jour parut, les fugitifs remerci\u00e8rent les brigands qui \u00e9taient devenus leurs h\u00f4tes, et reprirent leur voyage plein de dangers. On raconte que Marie, en se mettant en route, dit ces mots au chef de ces bandits : \u00ab\u00a0Ce que tu as fait pour cet enfant, tu en seras un jour amplement r\u00e9compens\u00e9.\u00a0\u00bb Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 Bethl\u00e9em et Gaza, Joseph et Marie descendirent en Syrie. Ayant rencontr\u00e9 une caravane en partance pour l&rsquo;\u00c9gypte, ils se joignirent \u00e0 elle. \u00c0 partir de ce moment et jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de leur voyage, ils ne virent plus devant eux qu&rsquo;un immense d\u00e9sert de sable, dont l&rsquo;aridit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait interrompue qu&rsquo;\u00e0 de rares intervalles par quelques oasis, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelques \u00e9tendues de terre fertile et verdoyante. Leurs fatigues redoubl\u00e8rent pendant cette course \u00e0 travers ces plaines br\u00fbl\u00e9es par le soleil. La nourriture \u00e9tait rare, et l&rsquo;eau manquait souvent. Que de fois Joseph, qui \u00e9tait \u00e2g\u00e9 et pauvre, se trouva repouss\u00e9, lorsqu&rsquo;il essayait pendant la nuit de s&rsquo;approcher de la source, aupr\u00e8s de laquelle la caravane s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e pour se d\u00e9salt\u00e9rer !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Finalement, apr\u00e8s deux mois d&rsquo;un voyage tr\u00e8s p\u00e9nible, les voyageurs entr\u00e8rent en \u00c9gypte. Selon Sozom\u00e8ne, d\u00e8s que la Sainte Famille toucha cette terre antique, les arbres abaiss\u00e8rent leurs branches pour adorer le Fils de Dieu, les b\u00eates sauvages accoururent en oubliant leurs instincts, et les oiseaux chant\u00e8rent en ch\u0153ur les louanges du Messie. En effet, si l&rsquo;on en croit ce que nous racontent des auteurs dignes de foi, toutes les idoles de la province, reconnaissant le vainqueur du paganisme, tomb\u00e8rent en pi\u00e8ces. C&rsquo;est ainsi que s\u2019accomplirent litt\u00e9ralement les paroles du proph\u00e8te Isa\u00efe : \u00ab\u00a0Voici que le Seigneur montera sur une nu\u00e9e l\u00e9g\u00e8re et entrera en \u00c9gypte, et en sa pr\u00e9sence, les idoles de l&rsquo;\u00c9gypte seront \u00e9branl\u00e9es.\u00a0\u00bb<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joseph et Marie, d\u00e9sireux d&rsquo;arriver rapidement au terme de leur voyage, ne firent que passer par H\u00e9liopolis, consacr\u00e9e au culte du soleil, pour se rendre \u00e0 Matari\u00e9 o\u00f9 ils comptaient se reposer de leurs fatigues.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Matari\u00e9 est un beau village ombrag\u00e9 par des sycomores, \u00e0 environ deux lieues du Caire, la capitale de l&rsquo;\u00c9gypte. C&rsquo;est l\u00e0 que Joseph avait l&rsquo;intention de s&rsquo;installer. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas encore la fin de ses ennuis. Il devait chercher \u00e0 se loger. Les \u00c9gyptiens n&rsquo;\u00e9tant pas du tout hospitaliers, la sainte famille fut oblig\u00e9e de s&rsquo;abriter pendant quelques jours dans le tronc d&rsquo;un grand vieil arbre. Finalement, apr\u00e8s de longues recherches, Joseph trouva une modeste et petite pi\u00e8ce, dans laquelle il pla\u00e7a J\u00e9sus et Marie.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette maison, que l&rsquo;on peut encore voir en \u00c9gypte, \u00e9tait une sorte de grotte de vingt pieds de long sur quinze pieds de large. Elle n\u2019avait pas de fen\u00eatres ; la lumi\u00e8re devait p\u00e9n\u00e9trer par la porte. Les murs \u00e9taient faits d&rsquo;une sorte d&rsquo;argile noire et crasseuse\u00a0; sa v\u00e9tust\u00e9 portait l&#8217;empreinte de la mis\u00e8re. \u00c0 droite se trouvait une petite citerne, dans laquelle Joseph puisait de l&rsquo;eau pour la famille.<br><br><br><strong>Chap. XIV. Souffrances. &#8211; Consolation et fin de l&rsquo;exil.<br><\/strong><em>Cum ipso sum in tribulatione<\/em>. (Avec lui je suis dans la tribulation. &#8211; Ps 90,15).<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 peine entr\u00e9 dans cette nouvelle demeure, Joseph reprit son travail ordinaire. Il commen\u00e7a \u00e0 meubler sa maison\u00a0: une petite table, quelques chaises, un banc, le tout fait de ses mains. Puis il alla de porte en porte \u00e0 la recherche d&rsquo;un travail pour gagner la vie de sa petite famille. Il essuya sans doute de nombreux refus et endura bien des m\u00e9pris humiliants ! Il \u00e9tait pauvre et inconnu, et cela suffisait pour que son travail soit refus\u00e9. Quant \u00e0 Marie, qui avait mille soins pour son Fils, elle se mit courageusement au travail, y occupant une partie de la nuit pour compenser les faibles et insuffisants revenus de son \u00e9poux. Pourtant, au milieu de ses peines, que de consolations pour Joseph ! C&rsquo;\u00e9tait pour J\u00e9sus qu&rsquo;il travaillait, et le pain que le divin enfant mangeait, c&rsquo;\u00e9tait lui qui l&rsquo;avait gagn\u00e9 \u00e0 la sueur de son front. Et puis quand il rentrait le soir \u00e9puis\u00e9 et oppress\u00e9 par la chaleur, J\u00e9sus souriait \u00e0 son arriv\u00e9e, et le caressait de ses petites mains. Souvent, quand Joseph r\u00e9ussissait \u00e0 faire quelques \u00e9conomies au prix de privations qu&rsquo;il s&rsquo;imposait, quelle joie il ressentait de pouvoir les utiliser pour adoucir la condition du divin enfant ! C&rsquo;\u00e9taient tant\u00f4t quelques dattes, tant\u00f4t quelques jouets adapt\u00e9s \u00e0 son \u00e2ge que le pieux charpentier apportait au Sauveur des hommes. Oh, comme les \u00e9motions du bon vieillard \u00e9taient douces quand il contemplait le visage radieux de J\u00e9sus ! Quand arrivait le sabbat, jour de repos consacr\u00e9 au Seigneur, Joseph prenait l&rsquo;enfant par la main et guidait ses premiers pas avec une sollicitude vraiment paternelle.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Arriva le moment o\u00f9 le tyran qui r\u00e9gnait sur Isra\u00ebl mourut. Dieu, dont le bras tout-puissant punit toujours les coupables, lui avait envoy\u00e9 une cruelle maladie qui le conduisit rapidement au tombeau. Trahi par son propre fils, d\u00e9vor\u00e9 vivant par les vers, H\u00e9rode \u00e9tait mort, emportant dans sa tombe la haine des Juifs et la mal\u00e9diction de la post\u00e9rit\u00e9.<br><br><br><strong>Chap. XV. La nouvelle annonce. &#8211; Retour en Jud\u00e9e. &#8211; Une tradition rapport\u00e9e par saint Bonaventure.<br><\/strong><em>Ex Aegypto vocavi filium meum<\/em>. (D&rsquo;\u00c9gypte j&rsquo;ai appel\u00e9 mon fils. &#8211; Os 11,1)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cela faisait sept ans que Joseph \u00e9tait en \u00c9gypte, lorsque l&rsquo;Ange du Seigneur, messager ordinaire de la volont\u00e9 du Ciel, lui apparut \u00e0 nouveau pendant son sommeil et lui dit : \u00ab\u00a0L\u00e8ve-toi, prends avec toi l&rsquo;enfant et sa m\u00e8re, et retourne au pays d&rsquo;Isra\u00ebl, car ceux qui cherchaient l&rsquo;enfant pour le mettre \u00e0 mort ne sont plus.\u00a0\u00bb Toujours pr\u00eat \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la voix de Dieu, Joseph vendit sa maison et ses meubles, et ordonna tout pour le d\u00e9part. En vain les \u00c9gyptiens, gagn\u00e9s par la bont\u00e9 de Joseph et la douceur de Marie, s\u2019efforc\u00e8rent de le retenir. En vain ils lui promirent une abondance de biens n\u00e9cessaires \u00e0 la vie. Joseph resta in\u00e9branlable. Les souvenirs de son enfance, les amis qu&rsquo;il avait en Jud\u00e9e, l&rsquo;atmosph\u00e8re pure de sa patrie, parlaient beaucoup plus \u00e0 son c\u0153ur que la beaut\u00e9 de l&rsquo;\u00c9gypte. D&rsquo;ailleurs, Dieu avait parl\u00e9, et il ne fallait rien d&rsquo;autre pour d\u00e9cider Joseph \u00e0 retourner dans la terre de ses anc\u00eatres.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Certains historiens pensent que la Sainte Famille a fait une partie du voyage par la mer, parce que cela prenait moins de temps et qu&rsquo;ils avaient un grand d\u00e9sir de revoir bient\u00f4t leur patrie. \u00c0 peine d\u00e9barqu\u00e9s \u00e0 Ascalon, Joseph apprit qu&rsquo;Arch\u00e9la\u00fcs avait succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re H\u00e9rode sur le tr\u00f4ne. Pour Joseph ce fut une nouvelle source d&rsquo;inqui\u00e9tude. L&rsquo;ange ne lui avait pas dit dans quelle partie de la Jud\u00e9e il devait s&rsquo;installer. Devait-il s\u2019\u00e9tablir \u00e0 J\u00e9rusalem, en Galil\u00e9e ou en Samarie ? Plein d&rsquo;incertitude, Joseph pria le Seigneur de lui envoyer son messager c\u00e9leste pendant la nuit. L&rsquo;ange lui ordonna de fuir Arch\u00e9la\u00fcs et de se retirer en Galil\u00e9e. N\u2019ayant alors plus rien \u00e0 craindre, Joseph prit tranquillement le chemin de Nazareth, qu&rsquo;il avait abandonn\u00e9e sept ans auparavant.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Que nos bons lecteurs veuillent bien entendre sur ce point d&rsquo;histoire saint Bonaventure, le docteur s\u00e9raphique : \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient sur le point de partir. Joseph partit le premier avec les hommes, et la m\u00e8re vint avec les femmes (hommes et femmes qui \u00e9taient venus en tant qu&rsquo;amis de la sainte famille pour les accompagner un peu). Lorsqu&rsquo;ils furent sortis de la porte, Joseph retint les hommes et ne se laissa plus accompagner. Alors l&rsquo;un de ces hommes, plein de compassion devant la pauvret\u00e9 de cette famille, appela l&rsquo;Enfant et lui donna un peu d&rsquo;argent pour les d\u00e9penses. L&rsquo;Enfant eut honte de l\u2019accepter ; mais, par amour de la pauvret\u00e9, il tendit la main et re\u00e7ut l&rsquo;argent honteusement et remercia. Et d&rsquo;autres personnes firent de m\u00eame. Les dames honorables l&rsquo;appel\u00e8rent aussi et firent de m\u00eame ; la m\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas moins honteuse que l&rsquo;enfant, mais elle les remercia toutefois bien humblement.\u00a0\u00bb<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s avoir pris cong\u00e9 de cette cordiale compagnie et renouvel\u00e9 ses remerciements et ses salutations, la sainte famille se mit en route en direction de la Jud\u00e9e.<br><br><br><strong>Chap. XVI. Arriv\u00e9e de Joseph \u00e0 Nazareth. &#8211; La vie de famille avec J\u00e9sus et Marie.<br><\/strong><em>Constituit eum dominum domus suae<\/em>. (Il le constitua ma\u00eetre de sa maison. &#8211; Ps 104,20)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les jours d&rsquo;exil \u00e9taient enfin termin\u00e9s. Joseph pouvait \u00e0 nouveau voir sa terre natale tant d\u00e9sir\u00e9e, qui lui rappelait les plus beaux souvenirs. Il faudrait aimer son pays comme les Juifs l&rsquo;aimaient alors, pour comprendre les douces impressions qui remplissaient l&rsquo;\u00e2me de Joseph lorsque Nazareth lui apparut au loin. L&rsquo;humble patriarche acc\u00e9l\u00e9ra le pas de la monture de Marie, et ils arriv\u00e8rent bient\u00f4t dans les rues \u00e9troites de leur cher village.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les Nazar\u00e9ens, qui ignoraient la cause du d\u00e9part du pieux ouvrier, virent son retour avec joie. Les chefs de famille vinrent accueillir Joseph et serrer la main du vieillard, dont la t\u00eate avait blanchi loin de sa patrie. Les jeunes filles salu\u00e8rent l&rsquo;humble Vierge, dont la gr\u00e2ce \u00e9tait encore augment\u00e9e par les soins dont elle entourait son divin enfant. Le bien-aim\u00e9 J\u00e9sus vit affluer vers lui les gar\u00e7ons de son \u00e2ge et, pour la premi\u00e8re fois, il entendit la langue de ses anc\u00eatres au lieu de celle, am\u00e8re, de l&rsquo;exil.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais le temps et l\u2019abandon avaient r\u00e9duit la pauvre demeure de Joseph dans un mauvais \u00e9tat. Des herbes sauvages avaient pouss\u00e9 sur les murs, et les mites avaient pris possession des vieux meubles de la sainte famille.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On vendit une partie du terrain entourant la maison, et avec son prix on acheta les articles m\u00e9nagers les plus n\u00e9cessaires. Les maigres ressources du couple furent employ\u00e9es aux achats les plus indispensables. Joseph n&rsquo;avait plus que son atelier et ses bras. Mais l&rsquo;estime que tout le monde ressentait pour le saint homme, la confiance que l&rsquo;on avait dans sa bonne foi comme dans son habilet\u00e9, firent que peu \u00e0 peu le travail et les clients lui revinrent ; et le courageux charpentier reprit bient\u00f4t son travail habituel. Il avait vieilli dans son labeur, mais son bras \u00e9tait encore fort, et son ardeur augmentait encore avec la charge de nourrir le Sauveur de l&rsquo;humanit\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J\u00e9sus grandissait en \u00e2ge et en sagesse. De m\u00eame que Joseph avait guid\u00e9 ses premiers pas quand il n&rsquo;\u00e9tait encore qu&rsquo;un petit enfant, il donna aussi \u00e0 J\u00e9sus les premi\u00e8res notions concernant son travail. Il tenait sa petite main et la guidait en lui apprenant \u00e0 tracer des lignes et \u00e0 manier le rabot. Il enseignait \u00e0 J\u00e9sus les difficult\u00e9s et la pratique du m\u00e9tier. Et le Cr\u00e9ateur du monde se laissait guider par son fid\u00e8le serviteur, qu&rsquo;il avait choisi pour p\u00e8re !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joseph, qui \u00e9tait assidu aux offices religieux aussi bien qu\u2019aux devoirs de son travail, observait strictement la loi de Mo\u00efse et la religion de ses anc\u00eatres. On ne le voyait jamais travailler un jour f\u00e9ri\u00e9, il avait compris combien un jour par semaine n&rsquo;est pas de trop pour prier le Seigneur et le remercier de ses faveurs. Chaque ann\u00e9e, lors des trois grandes f\u00eates juives (P\u00e2que, Pentec\u00f4te et les Tabernacles), il se rendait au temple de J\u00e9rusalem en compagnie de Marie. D&rsquo;ordinaire, il laissait J\u00e9sus \u00e0 Nazareth, car le long voyage l\u2019aurait excessivement fatigu\u00e9, et il priait toujours l&rsquo;un de ses voisins de prendre en charge l&rsquo;enfant en l&rsquo;absence de ses parents.<br><br><br><strong>Chap. XVII. J\u00e9sus part avec Marie, sa m\u00e8re, et saint Joseph pour f\u00eater P\u00e2que \u00e0 J\u00e9rusalem. &#8211; Il est perdu et retrouv\u00e9 au bout de trois jours.<br><\/strong><em>Fili, quid fecisti nobis sic? Ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te. Quid est quod me quaerebatis? Nesciebatis quia in his quae Patris mei sunt oportet me esse?<\/em> (Fils, pourquoi nous as-tu fait cela ? Voici que votre p\u00e8re et moi nous sommes afflig\u00e9s et sommes all\u00e9s \u00e0 ta recherche ; [et il leur dit] : Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pasque je dois m&rsquo;occuper des affaires de mon P\u00e8re ? &#8211; (Lc 2,48-49)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lorsque J\u00e9sus eut atteint l&rsquo;\u00e2ge de douze ans et que la f\u00eate de la P\u00e2que approchait, Joseph et Marie le jug\u00e8rent assez fort pour supporter le voyage et l&#8217;emmen\u00e8rent avec eux \u00e0 J\u00e9rusalem. Ils rest\u00e8rent environ sept jours dans la ville sainte pour c\u00e9l\u00e9brer la P\u00e2que et accomplir les sacrifices prescrits par la loi.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lorsque les f\u00eates de la P\u00e2que furent termin\u00e9es, ils prirent le chemin du retour vers Nazareth au milieu de leurs parents et amis. La caravane \u00e9tait tr\u00e8s nombreuse. Dans la simplicit\u00e9 de leurs coutumes, les familles d&rsquo;une m\u00eame ville ou d&rsquo;un m\u00eame village retournaient chez elles en joyeuses compagnies, dans lesquelles les vieillards parlaient s\u00e9rieusement avec les vieillards, les femmes avec les femmes, tandis que les gar\u00e7ons couraient et jouaient ensemble en chemin. C\u2019est ainsi que Joseph, ne voyant pas J\u00e9sus pr\u00e8s de lui, le croyait, comme il \u00e9tait naturel, avec sa m\u00e8re ou avec les gar\u00e7ons de son \u00e2ge. Marie marchait \u00e9galement avec ses compagnes, tout aussi convaincue que l&rsquo;enfant \u00e9tait avec les autres. Le soir venu, la caravane s&rsquo;arr\u00eata dans la petite ville de Machmas pour y passer la nuit. Joseph vint trouver Marie. Mais quelle ne fut pas leur surprise et leur chagrin lorsqu&rsquo;ils se demand\u00e8rent l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre o\u00f9 se trouvait J\u00e9sus. Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne l&rsquo;avait vu apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le temple ; les gar\u00e7ons, eux, ne pouvaient donner aucune nouvelle de lui. Il n&rsquo;\u00e9tait pas avec eux.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Imm\u00e9diatement, Joseph et Marie reprirent le chemin de J\u00e9rusalem malgr\u00e9 leur fatigue. P\u00e2les et inquiets, ils refirent le chemin qu&rsquo;ils avaient d\u00e9j\u00e0 parcouru le jour m\u00eame. Les environs r\u00e9sonnaient de leurs cris de d\u00e9tresse ; Joseph appelait J\u00e9sus, mais celui-ci ne r\u00e9pondait pas. \u00c0 l&rsquo;aube, ils arriv\u00e8rent \u00e0 J\u00e9rusalem o\u00f9, selon l&rsquo;\u00c9vangile, ils pass\u00e8rent trois jours entiers \u00e0 chercher leur fils bien-aim\u00e9. Quelle douleur pour le c\u0153ur de Joseph ! Et combien il devait se reprocher un seul instant de distraction ! Enfin, vers la fin du troisi\u00e8me jour, ces parents d\u00e9sol\u00e9s entr\u00e8rent dans le temple, plut\u00f4t pour invoquer la lumi\u00e8re d&rsquo;En-haut que dans l&rsquo;espoir d&rsquo;y trouver J\u00e9sus. Mais quelle ne fut pas leur surprise et leur admiration en voyant le divin enfant au milieu des docteurs \u00e9merveill\u00e9s par la sagesse de ses discours, les questions et les r\u00e9ponses qu&rsquo;il leur donnait ! Marie, pleine de joie parce qu&rsquo;elle avait retrouv\u00e9 son fils, ne put cependant s&#8217;emp\u00eacher de lui exprimer l&rsquo;inqui\u00e9tude qui l&rsquo;avait afflig\u00e9e : \u00ab\u00a0Mon fils, lui dit-elle, pourquoi nous as-tu fait cela ? Il y a trois jours que nous te cherchons avec angoisse.\u00a0\u00bb J\u00e9sus r\u00e9pondit : \u00ab\u00a0Pourquoi me cherchiez-vous ainsi ? Ne saviez-vous pas que je dois m&rsquo;occuper des choses de mon p\u00e8re ?\u00a0\u00bb L&rsquo;\u00c9vangile ajoute que Joseph et Marie n&rsquo;ont pas tout de suite compris cette r\u00e9ponse. Heureux d&rsquo;avoir retrouv\u00e9 J\u00e9sus, ils retourn\u00e8rent tranquillement dans leur petite maison de Nazareth.<br><br><br><strong>Chap. XVIII. Suite de la vie de la sainte famille.<br><\/strong><em>Et erat subditus illis<\/em>. (Et J\u00e9sus leur \u00e9tait soumis. &#8211; Lc 2,51)<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le saint \u00c9vangile, apr\u00e8s avoir racont\u00e9 les principaux \u00e9v\u00e9nements de la vie de J\u00e9sus jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de douze ans, conclut ici toute la vie priv\u00e9e de J\u00e9sus jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de trente ans par ces quelques mots : \u00ab\u00a0J\u00e9sus \u00e9tait soumis \u00e0 Marie et \u00e0 Joseph, <em>et erat subditus illis<\/em>.\u00a0\u00bb Ces mots cachent \u00e0 nos yeux la gloire de J\u00e9sus, mais r\u00e9v\u00e8lent sous un aspect magnifique la grandeur de Joseph. Si l&rsquo;\u00e9ducateur d&rsquo;un prince occupe une dignit\u00e9 honorable dans l&rsquo;\u00c9tat, quelle doit \u00eatre celle de Joseph, \u00e0 qui fut confi\u00e9e l&rsquo;\u00e9ducation du Fils de Dieu ! J\u00e9sus, dont la force avait grandi avec les ann\u00e9es, devint l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de Joseph. Il le suivait dans ses journ\u00e9es de travail et apprenait sous sa direction le m\u00e9tier de charpentier. Saint Cyprien, \u00e9v\u00eaque de Carthage, \u00e9crivait vers l&rsquo;an 250 de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne qu\u2019on conservait encore avec v\u00e9n\u00e9ration e les charrues fabriqu\u00e9es par la main du Sauveur. C&rsquo;est sans aucun doute Joseph qui avait fourni le mod\u00e8le et qui, dans son atelier, avait dirig\u00e9 la main du Cr\u00e9ateur de toutes choses.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J\u00e9sus voulait donner aux hommes l&rsquo;exemple de l&rsquo;ob\u00e9issance, m\u00eame dans les plus petites circonstances de la vie. C\u2019est ainsi qu\u2019on peut encore voir un puits pr\u00e8s de Nazareth, o\u00f9 Joseph envoyait le divin enfant puiser de l&rsquo;eau pour les besoins de la famille.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous manquons de d\u00e9tails sur ces ann\u00e9es laborieuses que Joseph a pass\u00e9es \u00e0 Nazareth avec J\u00e9sus et Marie. Ce que nous pouvons dire sans craindre de nous tromper, c&rsquo;est que Joseph travaillait sans rel\u00e2che pour gagner son pain. La seule distraction qu&rsquo;il se permettait \u00e9tait de converser bien souvent avec le Sauveur, dont les paroles restaient profond\u00e9ment grav\u00e9es dans son c\u0153ur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Aux yeux des hommes, J\u00e9sus passait pour le fils de Joseph. Et celui-ci, dont l&rsquo;humilit\u00e9 \u00e9tait aussi grande que son ob\u00e9issance, gardait en lui le myst\u00e8re qu&rsquo;il \u00e9tait charg\u00e9 de prot\u00e9ger par sa pr\u00e9sence. \u00ab\u00a0Joseph, dit Bossuet, voyait J\u00e9sus et se taisait ; sa vue lui suffisait et il n&rsquo;en parlait pas ; il se contentait de Dieu seul sans partager sa gloire avec les hommes. Il remplissait sa vocation, car comme les ap\u00f4tres \u00e9taient les ministres de J\u00e9sus-Christ dans sa vie publique, Joseph \u00e9tait le ministre et le compagnon de sa vie cach\u00e9e.\u00a0\u00bb<br><br><br><strong>Chap. XIX. Derniers jours de saint Joseph. Sa pr\u00e9cieuse agonie.<br><\/strong><em>O nimis felix, nimis o beatus Cuius extremam vigiles ad horam Christus et Virgo simul astiteruntOre sereno !<\/em> (\u00d4 \u00e2me heureuse et trop heureuse, \u00e0 ta derni\u00e8re heure le Christ et Marie ensemble t\u2019ont assist\u00e9 et veill\u00e9, le visage serein. &#8211; La Sainte \u00c9glise \u00e0 l&rsquo;office de saint Joseph).<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joseph atteignait sa quatre-vingti\u00e8me ann\u00e9e, et J\u00e9sus ne devait pas tarder \u00e0 quitter sa maison pour recevoir le bapt\u00eame de Jean-Baptiste, lorsque Dieu appela \u00e0 lui son fid\u00e8le serviteur. Les travaux et les fatigues de toutes sortes avaient us\u00e9 la robuste fibre de Joseph, et il sentait lui-m\u00eame que sa fin \u00e9tait proche. Apr\u00e8s tout, sa mission sur terre \u00e9tait termin\u00e9e et il \u00e9tait juste qu&rsquo;il re\u00e7oive enfin la r\u00e9compense que m\u00e9ritaient ses vertus.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Par une faveur toute particuli\u00e8re, un ange vint l&rsquo;avertir de l&rsquo;approche de sa mort. Lui-m\u00eame \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 compara\u00eetre devant Dieu. Toute sa vie avait \u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie d&rsquo;actes d&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 la volont\u00e9 divine et il se souciait peu de la vie, car il s&rsquo;agissait d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 Dieu qui l&rsquo;appelait \u00e0 la vie bienheureuse. Selon le t\u00e9moignage unanime de la tradition, Joseph n&rsquo;est pas mort dans les souffrances aigu\u00ebs de la maladie. Il est mort doucement, comme une flamme qui n\u2019est plus aliment\u00e9e.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Allong\u00e9 sur son lit de mort, avec J\u00e9sus et Marie \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, Joseph fut ravi en extase pendant vingt-quatre heures. Ses yeux virent alors clairement les v\u00e9rit\u00e9s que sa foi avait jusqu&rsquo;alors cru sans comprendre. Il p\u00e9n\u00e9tra le myst\u00e8re du Dieu fait homme et la grandeur de la mission que Dieu lui avait confi\u00e9e, \u00e0 lui, pauvre mortel. Il assista en esprit aux douleurs de la passion du Sauveur. Quand il se r\u00e9veilla, son visage parut illumin\u00e9 et comme transfigur\u00e9 d\u2019une beaut\u00e9 toute c\u00e9leste. Un parfum d\u00e9licieux emplissait la pi\u00e8ce dans laquelle il reposait et se r\u00e9pandait \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, annon\u00e7ant aux voisins du saint homme que son \u00e2me pure et belle \u00e9tait sur le point de passer dans un monde meilleur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans une famille d&rsquo;\u00e2mes pauvres et simples qui s&rsquo;aiment de cet amour pur et cordial qu&rsquo;on ne trouve gu\u00e8re au sein de la grandeur et de l&rsquo;abondance, ces personnes vivent les ann\u00e9es de leur p\u00e8lerinage sur la terre dans une sainte union. De m\u00eame qu&rsquo;elles ont partag\u00e9 les joies familiales, de m\u00eame elles partagent leurs peines sanctifi\u00e9es par les consolations de la religion. Mais quand il arrive que cette belle paix est assombrie par la s\u00e9paration d&rsquo;un membre cher, oh combien le c\u0153ur sent l\u2019angoisse de la s\u00e9paration !<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Comme Dieu, J\u00e9sus avait dans les cieux un P\u00e8re qui lui communiquait de toute \u00e9ternit\u00e9 sa substance et sa nature divines, et donnait \u00e0 sa personne sur terre la gloire c\u00e9leste (bien que voil\u00e9e par son humanit\u00e9 mortelle). Sur terre, Marie avait J\u00e9sus qui remplissait son c\u0153ur de paradis. Cependant, qui peut nier que J\u00e9sus et Marie, se trouvant maintenant pr\u00e8s du patriarche mourant et donnant libre cours \u00e0 leurs sentiments naturels, ont souffert d&rsquo;avoir \u00e0 se s\u00e9parer temporairement de leur fid\u00e8le compagnon sur la terre ? Marie ne pouvait pas oublier les sacrifices, les douleurs, les \u00e9preuves, que Joseph avait d\u00fb subir pour elle lors des p\u00e9nibles voyages \u00e0 Bethl\u00e9em et en \u00c9gypte. Il est vrai qu\u2019en \u00e9tant continuellement en sa compagnie, Joseph \u00e9tait d\u00e9dommag\u00e9 de ce qu&rsquo;il avait souffert, mais si c&rsquo;\u00e9tait une source de r\u00e9confort pour lui, ce n&rsquo;\u00e9tait pas une raison qui dispensait le c\u0153ur tendre de Marie d&rsquo;un sentiment de gratitude. Joseph l&rsquo;avait servie non seulement avec toute l&rsquo;affection d&rsquo;un \u00e9poux, mais aussi avec toute la fid\u00e9lit\u00e9 d&rsquo;un serviteur et l&rsquo;humilit\u00e9 d&rsquo;un disciple, v\u00e9n\u00e9rant en elle la Reine du ciel, la M\u00e8re de Dieu. Or Marie n&rsquo;avait certainement pas oubli\u00e9 tant de signes de v\u00e9n\u00e9ration, d&rsquo;ob\u00e9issance et d&rsquo;estime, et elle ne pouvait manquer d&rsquo;\u00e9prouver pour Joseph une profonde et exceptionnelle reconnaissance.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quant \u00e0 J\u00e9sus, il n\u2019\u00e9tait certainement inf\u00e9rieur en mati\u00e8re d&rsquo;amour ni \u00e0 Joseph ni \u00e0 Marie, puisqu&rsquo;il avait d\u00e9cid\u00e9 dans les d\u00e9crets de sa divine Providence que Joseph serait son tuteur et son protecteur sur terre. Si cette protection avait co\u00fbt\u00e9 \u00e0 Joseph tant de souffrances et de labeurs, J\u00e9sus a d\u00fb garder lui aussi dans son c\u0153ur tr\u00e8s aimant un extr\u00eame souvenir reconnaissant. En contemplant ces bras sans force dispos\u00e9s en croix sur sa poitrine fatigu\u00e9e, il se rappelait combien de fois ils s&rsquo;\u00e9taient ouverts pour le serrer contre sa poitrine lorsqu&rsquo;il g\u00e9missait \u00e0 Bethl\u00e9em, combien ils avaient pein\u00e9 pour le porter en \u00c9gypte, combien ils s&rsquo;\u00e9taient \u00e9puis\u00e9s au travail pour lui procurer le pain de la vie. Combien de fois ces l\u00e8vres s&rsquo;\u00e9taient approch\u00e9es avec respect pour lui imprimer des baisers affectueux ou pour r\u00e9chauffer ses membres engourdis en hiver. Et ces yeux, qui \u00e9taient alors sur le point de se fermer \u00e0 la lumi\u00e8re du jour, combien de fois ils s&rsquo;\u00e9taient ouverts pour pleurer, pour partager ses souffrances et celles de Marie, lorsqu&rsquo;elle avait d\u00fb contempler sa fuite en \u00c9gypte, mais surtout lorsqu&rsquo;elle avait pleur\u00e9 sa perte pendant trois jours \u00e0 J\u00e9rusalem. Ces preuves d&rsquo;amour ind\u00e9fectible n&rsquo;ont certainement pas \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es par J\u00e9sus durant ces derniers moments de la vie de Joseph. Alors j&rsquo;imagine qu\u2019en r\u00e9pandant un air de paradis sur les derni\u00e8res heures de la vie de Joseph, Marie et J\u00e9sus auront aussi honor\u00e9 de leurs larmes les plus pures ce dernier adieu solennel, comme le fit J\u00e9sus sur la tombe de son ami Lazare. Oui vraiment, Joseph avait le paradis devant les yeux ! Il tournait son regard d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et voyait le visage de Marie\u00a0; il serrait ses mains tr\u00e8s saintes dans les siennes, recevait ses derniers soins, et entendait ses paroles de consolation. Il tournait les yeux de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 et rencontrait le regard majestueux et tout-puissant de J\u00e9sus, et sentait ses mains divines lui soutenir la t\u00eate, essuyer ses sueurs, et il recueillait de ses l\u00e8vres r\u00e9confort, remerciements, b\u00e9n\u00e9dictions et promesses. Et il me semble que Marie disait : \u00ab\u00a0Joseph, tu nous quittes ; tu as termin\u00e9 le p\u00e8lerinage de l&rsquo;exil, tu me pr\u00e9c\u00e8deras dans ta paix, descendant le premier dans le sein de notre p\u00e8re Abraham. Oh\u00a0! Joseph, combien je te suis reconnaissante de la douce compagnie que tu m&rsquo;as tenue, des bons exemples que tu m&rsquo;as donn\u00e9s, du soin que tu as pris de moi et de mes affaires, des douleurs les plus vives que tu as endur\u00e9es pour moi ! Oh\u00a0! tu me quittes, mais tu vivras toujours dans ma m\u00e9moire et dans mon c\u0153ur\u00a0! Prends courage, Joseph, <em>quoniam appropinquat redemptio nostra<\/em>.\u00a0\u00bb Et il me semble que J\u00e9sus disait : \u00ab\u00a0Mon Joseph, tu meurs, mais moi aussi je mourrai, et si je meurs, tu dois estimer la mort et l&rsquo;aimer comme une r\u00e9compense. Il est court, Joseph, le temps des t\u00e9n\u00e8bres et de l&rsquo;attente. Va aupr\u00e8s d\u2019Abraham et d\u2019Isaac, qui d\u00e9siraient ardemment me voir et n&rsquo;en furent pas dignes ; dis-leur, \u00e0 eux qui ont attendu si longtemps ma venue dans ces t\u00e9n\u00e8bres, et annonce-leur la d\u00e9livrance \u00e0 venir ; dis-le \u00e0 No\u00e9, \u00e0 Joseph, \u00e0 David, \u00e0 Judith, \u00e0 J\u00e9r\u00e9mie, \u00e0 Ez\u00e9chiel, \u00e0 tous ces P\u00e8res qui doivent attendre encore trois ans, jusqu\u2019\u00e0 ce que l&rsquo;Hostie et le Sacrifice soient consomm\u00e9s et l&rsquo;iniquit\u00e9 du monde an\u00e9antie. En attendant, apr\u00e8s ce court laps de temps, tu seras ranim\u00e9, glorieux et beau, et avec moi, tu t&rsquo;\u00e9l\u00e8veras plus glorieux et plus beau dans l&rsquo;ivresse du triomphe. R\u00e9jouis-toi, cher gardien de ma vie, tu as \u00e9t\u00e9 bon et g\u00e9n\u00e9reux avec moi, mais personne ne peut me vaincre en reconnaissance.\u00a0\u00bb La sainte \u00c9glise exprime les derniers soins affectueux de J\u00e9sus et de Marie envers saint Joseph en ces termes : \u00ab\u00a0<em>Cuius extremas vigiles ad horas Christus et Mater simul astiterunt ore sereno<\/em>.\u00a0\u00bb \u00c0 la derni\u00e8re heure de saint Joseph, le Christ et Marie l\u2019ont assist\u00e9 et veill\u00e9 avec amour, le visage serein.<\/p>\n\n\n\n<p><br><em><a href=\"..\/fr\/nos-saints\/vie-de-saint-joseph-epoux-de-marie-pere-adoptif-de-jesus-christ-3-3\">(suite)<\/a><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(suite de l&rsquo;article pr\u00e9c\u00e9dent) Chap. IX. 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