{"id":26234,"date":"2024-01-29T19:29:17","date_gmt":"2024-01-29T19:29:17","guid":{"rendered":"https:\/\/exciting-knuth.178-32-140-152.plesk.page\/?p=26234"},"modified":"2024-01-29T19:38:51","modified_gmt":"2024-01-29T19:38:51","slug":"le-reve-des-neuf-ans-de-don-bosco-noyaux-theologico-spirituels","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/songes-de-don-bosco\/le-reve-des-neuf-ans-de-don-bosco-noyaux-theologico-spirituels\/","title":{"rendered":"Le r\u00eave des neuf ans de Don Bosco. Noyaux th\u00e9ologico-spirituels"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un commentaire sur les th\u00e8mes th\u00e9ologico-spirituels pr\u00e9sents dans le r\u00eave des neuf ans pourrait avoir des d\u00e9veloppements si vastes qu&rsquo;il inclurait un traitement complet de la \u00ab\u00a0sal\u00e9sianit\u00e9\u00a0\u00bb. En effet, en partant de l&rsquo;histoire de ses effets, le r\u00eave ouvre d&rsquo;innombrables pistes pour approfondir les traits p\u00e9dagogiques et apostoliques qui ont caract\u00e9ris\u00e9 la vie de saint Jean Bosco et l&rsquo;exp\u00e9rience charismatique qui en est issue. Nous avons choisi de nous concentrer sur cinq pistes de r\u00e9flexion spirituelle qui concernent respectivement (1) la mission oratoire, (2) l&rsquo;appel \u00e0 l&rsquo;impossible, (3) le myst\u00e8re du Nom, (4) la m\u00e9diation maternelle et, enfin, (5) la force de la douceur.<br><\/em><br><br><strong>1. La mission oratorienne<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le r\u00eave des neuf ans est peupl\u00e9 de jeunes gar\u00e7ons. Ils sont pr\u00e9sents de la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re sc\u00e8ne et sont les b\u00e9n\u00e9ficiaires de tout ce qui arrive. Leur pr\u00e9sence est caract\u00e9ris\u00e9e par la gaiet\u00e9 et le jeu, typiques de leur \u00e2ge, mais aussi par le d\u00e9sordre et les comportements n\u00e9gatifs. Les enfants ne sont donc pas, dans le r\u00eave des neuf ans, l&rsquo;image romantique d&rsquo;un \u00e2ge enchant\u00e9, \u00e9pargn\u00e9 par les maux du monde, et ils ne correspondent pas non plus au mythe post-moderne de la condition juv\u00e9nile comme la saison de l&rsquo;action spontan\u00e9e et de l&rsquo;\u00e9ternelle disponibilit\u00e9 au changement, qui devrait \u00eatre conserv\u00e9e dans une adolescence \u00e9ternelle. Les gar\u00e7ons du r\u00eave sont extraordinairement \u00ab\u00a0r\u00e9els\u00a0\u00bb, aussi bien lorsqu&rsquo;ils apparaissent avec leur physionomie que lorsqu&rsquo;ils sont repr\u00e9sent\u00e9s symboliquement sous la forme d&rsquo;animaux. Ils jouent et se chamaillent, s&rsquo;amusent en riant et s&rsquo;ab\u00eement en jurant, comme dans la r\u00e9alit\u00e9. Ils n&rsquo;apparaissent ni innocents, comme l&rsquo;imagine une p\u00e9dagogie spontan\u00e9iste, ni capables de s&rsquo;instruire eux-m\u00eames, comme le pensait Rousseau. D\u00e8s leur apparition, dans une \u00ab\u00a0cour tr\u00e8s spacieuse\u00a0\u00bb qui pr\u00e9figure les grandes cours des futurs oratoires sal\u00e9siens, ils <em>invoquent la pr\u00e9sence et l&rsquo;action de quelqu&rsquo;un<\/em>. Le geste impulsif du r\u00eaveur n&rsquo;est cependant pas la bonne intervention, la pr\u00e9sence d&rsquo;un Autre est n\u00e9cessaire.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 la vision des enfants est li\u00e9e l\u2019apparition de la figure christologique, comme nous pouvons d\u00e9sormais l&rsquo;appeler ouvertement. Celui qui a dit dans l&rsquo;\u00c9vangile : \u00ab\u00a0Laissez venir \u00e0 moi les enfants\u00a0\u00bb (<em>Mc <\/em>10,14), vient indiquer au r\u00eaveur l&rsquo;art d\u2019approcher et d\u2019accompagner les enfants. Il appara\u00eet majestueux, viril, fort, avec des traits qui mettent clairement en \u00e9vidence son caract\u00e8re divin et transcendant ; sa fa\u00e7on d&rsquo;agir est marqu\u00e9e par l\u2019assurance et la puissance et manifeste une pleine seigneurie sur les choses qui arrivent. L&rsquo;homme v\u00e9n\u00e9rable, cependant, n&rsquo;inspire pas la peur, mais apporte la paix l\u00e0 o\u00f9 r\u00e9gnaient la confusion et l&rsquo;agitation ; il manifeste une compr\u00e9hension bienveillante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Jean et l&rsquo;oriente sur le chemin de la douceur et de la charit\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 <\/em>entre ces figures &#8211; les gar\u00e7ons d&rsquo;une part et le Seigneur (rejoint plus tard par la M\u00e8re) d&rsquo;autre part &#8211; d\u00e9finit les contours du r\u00eave. Les \u00e9motions que Jean ressent dans l&rsquo;exp\u00e9rience onirique, les questions qu&rsquo;il pose, la t\u00e2che qu&rsquo;il est appel\u00e9 \u00e0 accomplir, l&rsquo;avenir qui s&rsquo;ouvre devant lui sont totalement li\u00e9s \u00e0 la dialectique entre ces deux p\u00f4les. Le message le plus important que lui transmet le r\u00eave, celui qu&rsquo;il a probablement compris en premier parce qu&rsquo;il est rest\u00e9 dans son imagination, avant m\u00eame de le comprendre de mani\u00e8re r\u00e9flexive, est sans doute que ces figures se r\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre et qu&rsquo;il ne pourra plus <em>les dissocier jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie<\/em>. La rencontre entre la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des jeunes et la puissance du Seigneur, entre leur besoin de salut et son offre de gr\u00e2ce, entre leur d\u00e9sir de joie et son don de la vie doit d\u00e9sormais devenir le centre de ses pens\u00e9es, l&rsquo;espace de son identit\u00e9. La partition de sa vie sera enti\u00e8rement \u00e9crite dans la tonalit\u00e9 que lui donne ce th\u00e8me g\u00e9n\u00e9rateur : la moduler dans toutes ses potentialit\u00e9s harmoniques sera sa mission, dans laquelle il devra verser tous ses dons de nature et de gr\u00e2ce.<br><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le dynamisme de la vie de Jean appara\u00eet donc dans le songe-vision comme un mouvement continu, une sorte de va-et-vient spirituel, entre les gar\u00e7ons et le Seigneur. \u00c0 partir du groupe de gar\u00e7ons au milieu desquels il s&rsquo;est jet\u00e9 imp\u00e9tueusement, Jean doit se laisser attirer vers le Seigneur qui l&rsquo;appelle par son nom, puis repartir de Celui qui l&rsquo;envoie pour aller se mettre, dans un tout autre style, \u00e0 la t\u00eate de ses camarades. M\u00eame s&rsquo;il re\u00e7oit en r\u00eave des coups de poing si forts qu&rsquo;il en ressent encore la douleur \u00e0 son r\u00e9veil, et qu&rsquo;il entend des paroles de l\u2019homme v\u00e9n\u00e9rable qui le laissent sans voix, son va-et-vient n&rsquo;est pas une agitation sans lendemain, mais un parcours qui le transforme peu \u00e0 peu et qui apporte aux jeunes une \u00e9nergie de vie et d&rsquo;amour.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le fait que tout cela se d\u00e9roule dans une <em>cour <\/em>est tr\u00e8s significatif et a une valeur proleptique \u00e9vidente, puisque la cour de l\u2019oratoire deviendra le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de la mission de Don Bosco, et le symbole exemplaire. Toute la sc\u00e8ne se d\u00e9roule dans cet environnement \u00e0 la fois vaste (cour tr\u00e8s spacieuse) et familier (proche de la maison). Le fait que la vision vocationnelle n&rsquo;ait pas pour toile de fond un lieu sacr\u00e9 ou un espace c\u00e9leste, mais l&rsquo;environnement dans lequel les gar\u00e7ons vivent et jouent, indique clairement que <em>l&rsquo;initiative divine assume leur monde comme lieu de rencontre<\/em>. La mission confi\u00e9e \u00e0 Jean, m\u00eame si elle est clairement orient\u00e9e dans un sens cat\u00e9ch\u00e9tique et religieux (\u00ab\u00a0les instruire sur la laideur du p\u00e9ch\u00e9 et la beaut\u00e9 de la vertu\u00a0\u00bb), a pour <em>habitat <\/em>l&rsquo;univers de l&rsquo;\u00e9ducation. L&rsquo;association de la figure christologique \u00e0 l&rsquo;espace de la cour et \u00e0 la dynamique du jeu, qu&rsquo;un gar\u00e7on de neuf ans ne peut certainement pas avoir \u00ab\u00a0construit\u00a0\u00bb, constitue une <em>transgression <\/em>de l&rsquo;imaginaire religieux habituel, dont la force d&rsquo;inspiration est \u00e9gale \u00e0 la profondeur du myst\u00e8re. En effet, elle synth\u00e9tise \u00e0 elle seule toute la dynamique du myst\u00e8re de l&rsquo;incarnation, par lequel le Fils prend notre forme pour nous offrir la sienne, et souligne qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien d&rsquo;humain qui doive \u00eatre sacrifi\u00e9 pour faire place \u00e0 Dieu.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La cour parle donc de <em>la proximit\u00e9 de la gr\u00e2ce divine par rapport au \u00ab\u00a0sentir\u00a0\u00bb des jeunes <\/em>: pour l&rsquo;accueillir, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de sortir de son \u00e2ge, de n\u00e9gliger ses besoins, de forcer ses rythmes. Lorsque Don Bosco, devenu adulte, \u00e9crit dans son <em>Giovane provveduto <\/em>qu&rsquo;une des ruses du diable est de faire croire aux jeunes que la saintet\u00e9 est incompatible avec leur envie de gaiet\u00e9 et avec la fra\u00eecheur exub\u00e9rante de leur vitalit\u00e9, il ne fait que restituer sous une forme adulte la le\u00e7on entrevue dans son r\u00eave et qui est devenue ensuite un \u00e9l\u00e9ment central de son magist\u00e8re spirituel. En m\u00eame temps, la cour parle de la n\u00e9cessit\u00e9 de <em>comprendre l&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 partir de son noyau le plus profond<\/em>, qui concerne l&rsquo;attitude du c\u0153ur envers Dieu. C&rsquo;est l\u00e0, enseigne le r\u00eave, que se trouve non seulement l&rsquo;espace d&rsquo;une ouverture originelle \u00e0 la gr\u00e2ce, mais aussi l&rsquo;ab\u00eeme de la r\u00e9sistance, dans lequel se cachent la laideur du mal et la violence du p\u00e9ch\u00e9. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;horizon \u00e9ducatif du r\u00eave est franchement religieux, et pas seulement philanthropique, et met en sc\u00e8ne la symbolique de la conversion, et pas seulement celui du d\u00e9veloppement personnel.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans la cour du r\u00eave, remplie d&rsquo;enfants et habit\u00e9e par le Seigneur, se r\u00e9v\u00e8le donc \u00e0 Jean ce que sera la future dynamique p\u00e9dagogique et spirituelle des cours oratoriennes. De cela, nous voudrions encore souligner deux traits, clairement \u00e9voqu\u00e9s dans les actions accomplies dans le r\u00eave par les enfants d&rsquo;abord, et par les doux agneaux ensuite.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le premier trait se lit dans le fait que les gar\u00e7ons, \u00ab\u00a0cessant de se battre, de crier et de jurer se rassembl\u00e8rent tous autour de celui qui parlait\u00a0\u00bb. Ce th\u00e8me du \u00ab\u00a0<em>rassemblement<\/em>\u00a0\u00bb est l&rsquo;une des matrices th\u00e9ologiques et p\u00e9dagogiques les plus importantes de la vision \u00e9ducative de Don Bosco. Dans une page c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crite en 1854, l&rsquo;<em>Introduction <\/em>au <em>Plan de R\u00e8glement pour l&rsquo;Oratoire masculin de Saint Fran\u00e7ois de Sales \u00e0 Turin dans la r\u00e9gion du Valdocco<\/em>,<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> il pr\u00e9sente la nature eccl\u00e9siale et le sens th\u00e9ologique de l&rsquo;institution oratorienne en citant les paroles de l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste Jean : \u00ab\u00a0<em>Ut filios Dei, qui erant dispersi, congregaret in unum<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Jn <\/em>11,52). L&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;Oratoire est ainsi plac\u00e9e sous le signe du rassemblement eschatologique des enfants de Dieu qui a constitu\u00e9 le centre de la mission du Fils de Dieu :<br><br><em>Les paroles du saint \u00c9vangile qui nous font conna\u00eetre que le divin Sauveur est venu du ciel sur la terre pour rassembler tous les enfants de Dieu, dispers\u00e9s dans les diverses parties du monde, me semblent s&rsquo;appliquer litt\u00e9ralement \u00e0 la jeunesse de notre temps.<br><\/em><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La jeunesse, \u00ab\u00a0cette portion de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, la plus d\u00e9licate et la plus pr\u00e9cieuse\u00a0\u00bb, se retrouve souvent dispers\u00e9e et errante \u00e0 cause du d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00e9ducatif des parents ou de l&rsquo;influence de mauvais compagnons. La premi\u00e8re chose \u00e0 faire pour assurer l&rsquo;\u00e9ducation de ces jeunes est pr\u00e9cis\u00e9ment de \u00ab\u00a0les rassembler, de pouvoir leur parler, de les moraliser\u00a0\u00bb. Dans ces mots de l&rsquo;<em>Introduction <\/em>au <em>Plan de R\u00e8glement, <\/em>l&rsquo;\u00e9cho du r\u00eave, m\u00fbri dans la conscience de l&rsquo;\u00e9ducateur devenu adulte, est pr\u00e9sent de fa\u00e7on claire et reconnaissable. L&rsquo;oratoire y est pr\u00e9sent\u00e9 comme une joyeuse \u00ab\u00a0r\u00e9union\u00a0\u00bb de jeunes attir\u00e9s par un aimant, seule force capable de les sauver et de les transformer, celle du Seigneur : \u00ab\u00a0Ces oratoires sont certaines r\u00e9unions dans lesquelles on entretient les jeunes au moyen d\u2019une r\u00e9cr\u00e9ation agr\u00e9able et honn\u00eate, apr\u00e8s qu\u2019ils ont particip\u00e9 aux fonctions sacr\u00e9es de l&rsquo;\u00e9glise\u00a0\u00bb. D\u00e8s l&rsquo;enfance, en effet, Don Bosco a compris que \u00ab\u00a0telle a \u00e9t\u00e9 la mission du fils de Dieu, et que seule sa sainte religion peut r\u00e9aliser\u00a0\u00bb.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment qui deviendra un trait d&rsquo;identification de la spiritualit\u00e9 oratorienne est celui qui, dans le r\u00eave, se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 travers l&rsquo;image des agneaux qui courent \u00ab\u00a0pour faire f\u00eate \u00e0 cet homme et \u00e0 cette dame\u00a0\u00bb. La <em>p\u00e9dagogie de la f\u00eate <\/em>sera une dimension fondamentale du syst\u00e8me pr\u00e9ventif de Don Bosco, qui verra dans les nombreuses f\u00eates religieuses de l&rsquo;ann\u00e9e l&rsquo;occasion d&rsquo;offrir aux gar\u00e7ons la possibilit\u00e9 de respirer \u00e0 pleins poumons la joie de la foi. Don Bosco saura impliquer avec enthousiasme la communaut\u00e9 des jeunes de l&rsquo;Oratoire dans la pr\u00e9paration d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales, r\u00e9ceptions permettant de fournir un divertissement dans la fatigue du devoir quotidien, de valoriser les talents des gar\u00e7ons pour la musique, le th\u00e9\u00e2tre, la gymnastique, d&rsquo;orienter leur imagination dans le sens d&rsquo;une cr\u00e9ativit\u00e9 positive. Si l&rsquo;on tient compte du fait que l&rsquo;\u00e9ducation propos\u00e9e dans les cercles religieux du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avait g\u00e9n\u00e9ralement une tenue plut\u00f4t aust\u00e8re, qui semblait pr\u00e9senter l&rsquo;id\u00e9al p\u00e9dagogique \u00e0 atteindre comme celui d\u2019un comportement d\u00e9vot, le joyeux et sain d\u00e9sordre de l&rsquo;oratoire appara\u00eet comme l&rsquo;expression d&rsquo;un humanisme ouvert \u00e0 la compr\u00e9hension des besoins psychologiques du gar\u00e7on et capable de favoriser son penchant au protagonisme. La gaiet\u00e9 festive qui suit la m\u00e9tamorphose des animaux du r\u00eave est donc ce que la p\u00e9dagogie sal\u00e9sienne doit viser.<br><br><br><strong>2. L&rsquo;appel \u00e0 l&rsquo;impossible<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors que pour les gar\u00e7ons, le r\u00eave se termine par une c\u00e9l\u00e9bration, pour Jean il se termine dans la consternation et m\u00eame dans les larmes. C&rsquo;est un r\u00e9sultat qui ne peut que surprendre. On a coutume de penser, en effet, avec une certaine simplification, que les visites de Dieu sont exclusivement porteuses de joie et de consolation. Il est donc paradoxal que pour un ap\u00f4tre de la joie, pour celui qui, en tant que s\u00e9minariste, fondera la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de la joie\u00a0\u00bb et qui, en tant que pr\u00eatre, enseignera \u00e0 ses gar\u00e7ons que la saintet\u00e9 consiste \u00e0 \u00ab\u00a0\u00eatre tr\u00e8s joyeux\u00a0\u00bb, la sc\u00e8ne de la vocation se termine par des pleurs.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cela peut certainement indiquer que la joie dont il est question n&rsquo;est pas un pur loisir et une simple insouciance, mais une r\u00e9sonance int\u00e9rieure \u00e0 la beaut\u00e9 de la gr\u00e2ce. En tant que telle, elle ne peut \u00eatre atteinte qu&rsquo;\u00e0 travers des combats spirituels exigeants, dont Jean Bosco devra largement payer le prix au profit de ses gar\u00e7ons. Il revivra ainsi sur lui-m\u00eame cet \u00e9change de r\u00f4les enracin\u00e9 dans le myst\u00e8re pascal de J\u00e9sus et prolong\u00e9 dans la condition des ap\u00f4tres : \u00a0\u00bb nous, insens\u00e9s \u00e0 cause du Christ, vous, sages dans le Christ ; nous, faibles, vous, forts ; vous, honor\u00e9s, nous, m\u00e9pris\u00e9s \u00a0\u00bb (<em>1 Co <\/em>4,10), mais pour autant \u00ab\u00a0collaborateurs de votre joie\u00a0\u00bb (<em>2 Co <\/em>1,24).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quant au trouble sur lequel le r\u00eave se termine, il rappelle surtout le vertige que ressentent les grands personnages bibliques face \u00e0 la vocation divine qui se manifeste dans leur vie, en l&rsquo;orientant dans une direction tout \u00e0 fait impr\u00e9visible et d\u00e9concertante. L&rsquo;\u00c9vangile de Luc affirme que m\u00eame la Vierge Marie, aux paroles de l&rsquo;ange, a ressenti un profond trouble int\u00e9rieur (\u00ab\u00a0\u00e0 ces mots, elle fut tr\u00e8s troubl\u00e9e\u00a0\u00bb (<em>Lc <\/em>1,29). Isa\u00efe s&rsquo;\u00e9tait senti perdu devant la manifestation de la saintet\u00e9 de Dieu dans le temple (<em>Is <\/em>6), Amos avait compar\u00e9 au rugissement d&rsquo;un lion (<em>Am <\/em>3,8) la puissance de la Parole divine par laquelle il avait \u00e9t\u00e9 saisi, tandis que Paul allait exp\u00e9rimenter sur le chemin de Damas le bouleversement existentiel que repr\u00e9sente la rencontre avec le Ressuscit\u00e9. Bien que t\u00e9moins de la fascination d&rsquo;une rencontre avec Dieu qui s\u00e9duit \u00e0 jamais, au moment de l&rsquo;appel les hommes de la Bible semblent h\u00e9siter craintivement devant quelque chose qui les d\u00e9passe, plut\u00f4t que se lancer \u00e0 corps perdu dans l&rsquo;aventure de la mission.\u00a0<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le trouble que Jean \u00e9prouve dans le r\u00eave semble relever d&rsquo;une exp\u00e9rience similaire. Il na\u00eet du caract\u00e8re paradoxal de la mission qui lui est confi\u00e9e, qu&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 qualifier d'\u00a0\u00bbimpossible\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Qui \u00eates-vous pour m&rsquo;ordonner une chose impossible ?\u00a0\u00bb). L&rsquo;adjectif pourrait para\u00eetre \u00ab\u00a0exag\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb, comme le sont parfois les r\u00e9actions des enfants, notamment lorsqu&rsquo;ils expriment un sentiment d&rsquo;inad\u00e9quation face \u00e0 une t\u00e2che difficile. Mais cet \u00e9l\u00e9ment de psychologie infantile ne suffit pas \u00e0 \u00e9clairer le contenu du dialogue onirique et la profondeur de l&rsquo;exp\u00e9rience spirituelle qu&rsquo;il communique. D&rsquo;autant plus que Jean a vraiment l\u2019\u00e9toffe d\u2019un <em>leader <\/em>et une excellente m\u00e9moire, ce qui lui permettra, dans les mois qui suivent le r\u00eave, de commencer imm\u00e9diatement \u00e0 faire un peu d&rsquo;oratoire, \u00e0 amuser ses amis avec des jeux d&rsquo;acrobates et \u00e0 leur r\u00e9p\u00e9ter int\u00e9gralement le sermon du pr\u00eatre de la paroisse. C&rsquo;est pourquoi, dans les paroles par lesquelles il d\u00e9clare sans ambages qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0incapable de parler de religion\u00a0\u00bb \u00e0 ses camarades, il est bon d&rsquo;entendre l&rsquo;\u00e9cho lointain de l&rsquo;objection de J\u00e9r\u00e9mie \u00e0 la vocation divine : \u00ab\u00a0Je ne sais pas parler, parce que je suis jeune\u00a0\u00bb (<em>Jr <\/em>1,6).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce n&rsquo;est pas au niveau des aptitudes naturelles que se joue ici la demande de l&rsquo;impossible, mais plut\u00f4t au niveau de ce qui peut entrer dans l&rsquo;horizon du r\u00e9el, de ce qu\u2019on peut attendre \u00e0 partir de sa propre image du monde, de ce qui rel\u00e8ve des limites de l&rsquo;exp\u00e9rience. <em>Au-del\u00e0 de cette fronti\u00e8re <\/em>s&rsquo;ouvre la <em>r\u00e9gion de l&rsquo;impossible, <\/em>qui est pourtant, bibliquement, <em>l&rsquo;espace de l&rsquo;action de Dieu<\/em>. Il est \u00ab\u00a0impossible\u00a0\u00bb qu&rsquo;Abraham ait un fils d&rsquo;une femme st\u00e9rile et \u00e2g\u00e9e comme Sarah ; \u00ab\u00a0impossible\u00a0\u00bb que la Vierge con\u00e7oive et donne au monde le Fils de Dieu fait homme ; \u00ab\u00a0impossible\u00a0\u00bb appara\u00eet le salut aux disciples, s&rsquo;il est plus facile \u00e0 un chameau de passer par le trou d&rsquo;une aiguille qu&rsquo;\u00e0 un riche d&rsquo;entrer dans le royaume des cieux. Et pourtant, Abraham s\u2019entend dire : \u00ab\u00a0Y a-t-il quelque chose d\u2019impossible pour le Seigneur\u00a0\u00bb (<em>Gn <\/em>18,14) ; l&rsquo;ange dit \u00e0 Marie que \u00ab\u00a0rien n&rsquo;est impossible \u00e0 Dieu\u00a0\u00bb (<em>Lc <\/em>1,37) ; et J\u00e9sus r\u00e9pond aux disciples incr\u00e9dules que \u00ab\u00a0ce qui est impossible aux hommes est possible \u00e0 Dieu\u00a0\u00bb (<em>Lc <\/em>18,27).<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le lieu supr\u00eame o\u00f9 se pose la question th\u00e9ologique de l&rsquo;impossible est le moment d\u00e9cisif de l&rsquo;histoire du salut, \u00e0 savoir le drame pascal, dans lequel la fronti\u00e8re de l&rsquo;impossible \u00e0 surmonter est en m\u00eame temps l&rsquo;ab\u00eeme t\u00e9n\u00e9breux du mal et de la mort. En effet, comment est-il possible de vaincre la mort ? N&rsquo;est-elle pas elle-m\u00eame l&#8217;embl\u00e8me p\u00e9remptoire de l&rsquo;impossibilit\u00e9, la limite infranchissable de toute possibilit\u00e9 humaine, la puissance qui domine le monde, dont elle d\u00e9signe l\u2019\u00e9chec ? Et la mort de J\u00e9sus ne scelle-t-elle pas irr\u00e9vocablement cette limite ? \u00ab\u00a0Par cette mort, plus qu&rsquo;avec toute autre, la mort triomphe comme fin de toute possibilit\u00e9, puisqu&rsquo;avec la mort du Saint, c&rsquo;est la mise \u00e0 mort de la possibilit\u00e9 de tout et de tous\u00a0\u00bb.<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Pourtant, c&rsquo;est dans le sein m\u00eame de cette impossibilit\u00e9 supr\u00eame que Dieu a fait na\u00eetre la nouveaut\u00e9 absolue. En ressuscitant le Fils fait homme dans la puissance de l&rsquo;Esprit, il a radicalement boulevers\u00e9 ce que nous appelons le monde du possible, en brisant la limite dans laquelle nous enfermons notre attente de la r\u00e9alit\u00e9. Puisque m\u00eame l&rsquo;impuissance de la croix ne peut emp\u00eacher le don du Fils, l&rsquo;impossible de la mort est surmont\u00e9 par l&rsquo;in\u00e9dit de la vie ressuscit\u00e9e, qui donne naissance \u00e0 la cr\u00e9ation d\u00e9finitive et fait toutes choses nouvelles. D\u00e9sormais et \u00ab\u00a0une fois pour toutes\u00a0\u00bb, ce n&rsquo;est plus la vie qui est soumise \u00e0 la mort, mais la mort \u00e0 la vie.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est dans cet <em>espace g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la r\u00e9surrection <\/em>que l&rsquo;impossible devient r\u00e9alit\u00e9 effective, c&rsquo;est dans cet espace que l\u2019homme v\u00e9n\u00e9rable du r\u00eave, resplendissant de la lumi\u00e8re pascale, demande \u00e0 Jean de rendre possible l&rsquo;impossible. Et il le fait avec une formule surprenante : \u00ab\u00a0Puisque ces choses te semblent impossibles, tu dois les rendre possibles par l&rsquo;ob\u00e9issance\u00a0\u00bb. Ces mots ressemblent \u00e0 ceux par lesquels les parents exhortent leurs enfants, lorsqu&rsquo;ils sont r\u00e9ticents, \u00e0 faire quelque chose qu&rsquo;ils ne se sentent pas capables de faire ou qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas envie de faire. \u00ab\u00a0Ob\u00e9is et tu verras que tu r\u00e9ussiras\u00a0\u00bb, disent alors la maman et le papa : la psychologie du monde infantile est parfaitement respect\u00e9e. Mais ce sont aussi, et bien plus encore, les mots par lesquels le Fils r\u00e9v\u00e8le <em>lesecret de l&rsquo;impossible, un secret qui est tout entier cach\u00e9 dans son ob\u00e9issance<\/em>. L&rsquo;homme v\u00e9n\u00e9rable qui commande une chose impossible sait par son exp\u00e9rience humaine que l&rsquo;impossibilit\u00e9 est le lieu o\u00f9 le P\u00e8re agit avec son Esprit, \u00e0 condition qu\u2019on lui ouvre la porte par l\u2019ob\u00e9issance.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jean reste bien s\u00fbr troubl\u00e9 et stup\u00e9fait, mais c&rsquo;est l&rsquo;attitude que l&rsquo;homme exp\u00e9rimente face \u00e0 l&rsquo;impossible pascal, face au miracle des miracles, dont tout autre \u00e9v\u00e9nement salvifique est le signe. Apr\u00e8s une analyse perspicace de la ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;impossible, J.L. Marion affirme : \u00ab\u00a0Au matin de P\u00e2ques, seul le Christ peut encore dire <em>Je <\/em>: de sorte que, devant lui, tout <em>Je <\/em>transcendantal doit se reconna\u00eetre comme [&#8230;] un <em>moi <\/em>interrog\u00e9, parce que d\u00e9concert\u00e9\u00a0\u00bb.<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> La P\u00e2que fait que ce qui est le plus <em>r\u00e9el <\/em>dans l&rsquo;histoire soit quelque chose que le <em>\u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb <\/em>incr\u00e9dule consid\u00e8re <em>a priori <\/em>comme impossible. L&rsquo;impossible de Dieu, pour \u00eatre reconnu dans sa r\u00e9alit\u00e9, exige un changement d&rsquo;horizon, qui s&rsquo;appelle la <em>foi<\/em>.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il n&rsquo;est donc pas surprenant que, dans le r\u00eave, la dialectique du possible-impossible se m\u00eale \u00e0 l&rsquo;autre dialectique, celle de la clart\u00e9 et de l&rsquo;obscurit\u00e9. Elle caract\u00e9rise tout d&rsquo;abord l&rsquo;image m\u00eame du Seigneur, dont le visage est si lumineux que Jean ne peut le regarder. Sur ce visage brille en effet une lumi\u00e8re divine qui, paradoxalement, produit de l&rsquo;obscurit\u00e9. Il y a ensuite les paroles de l&rsquo;homme et de la femme qui, tout en expliquant clairement ce que Jean doit faire, le laissent confus et effray\u00e9. Enfin, il y a une illustration symbolique, \u00e0 travers la m\u00e9tamorphose des animaux, qui conduit cependant \u00e0 une incompr\u00e9hension encore plus grande. Jean ne peut que demander des \u00e9claircissements ult\u00e9rieurs : \u00ab\u00a0Je le suppliai de bien vouloir parler pour que je comprenne, car je ne savais pas ce qu&rsquo;il voulait dire\u00a0\u00bb, mais la r\u00e9ponse qu&rsquo;il re\u00e7oit de la dame \u00e0 l&rsquo;allure majestueuse repousse encore le moment de la compr\u00e9hension : \u00ab\u00a0En temps voulu, tu comprendras tout\u00a0\u00bb.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cela signifie certainement que ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 travers l&rsquo;ex\u00e9cution de ce qui est d\u00e9j\u00e0 saisissable dans le r\u00eave, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 travers l&rsquo;ob\u00e9issance possible, que s&rsquo;ouvrira plus largement l&rsquo;espace pour clarifier son message. Il ne s&rsquo;agit pas, en effet, d&rsquo;une simple id\u00e9e \u00e0 expliquer, mais d&rsquo;une parole performative, d&rsquo;une locution efficace qui, pr\u00e9cis\u00e9ment en r\u00e9alisant son pouvoir op\u00e9ratoire, manifeste son sens le plus profond.<br><br><strong>3. Le myst\u00e8re du Nom<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Parvenus \u00e0 ce point de notre r\u00e9flexion, nous sommes mieux \u00e0 m\u00eame d&rsquo;interpr\u00e9ter un autre \u00e9l\u00e9ment important de l&rsquo;exp\u00e9rience onirique. Il s&rsquo;agit du fait qu&rsquo;au centre de la double tension entre le possible et l&rsquo;impossible, entre le connu et l&rsquo;inconnu, et aussi, mat\u00e9riellement, au centre du r\u00e9cit du r\u00eave, se trouve le th\u00e8me du myst\u00e9rieux Nom de l&rsquo;homme v\u00e9n\u00e9rable. Le dialogue dense de la section III est en effet entrelac\u00e9 de questions qui r\u00e9it\u00e8rent le m\u00eame th\u00e8me : \u00ab\u00a0Qui \u00eates-vous pour me commander l&rsquo;impossible ?\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Qui \u00eates-vous pour parler ainsi ?\u00a0\u00bb ; et enfin : \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re me dit de ne pas fr\u00e9quenter ceux que je ne connais pas, sans sa permission ; dites-moi donc votre nom\u00a0\u00bb. L\u2019homme v\u00e9n\u00e9rable dit \u00e0 Jean de demander le Nom \u00e0 sa m\u00e8re, mais en r\u00e9alit\u00e9 celle-ci ne le lui dira pas. Le myst\u00e8re reste entier jusqu&rsquo;\u00e0 la fin.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, dans la partie consacr\u00e9e \u00e0 la reconstitution du contexte biblique du r\u00eave, que le th\u00e8me du Nom est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode de la vocation de Mo\u00efse au buisson ardent (<em>Ex <\/em>3). Cette page constitue l&rsquo;un des textes centraux de la r\u00e9v\u00e9lation v\u00e9t\u00e9rotestamentaire et jette les bases de toute la pens\u00e9e religieuse d&rsquo;Isra\u00ebl. Andr\u00e9 LaCoque a propos\u00e9 de l&rsquo;appeler la \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation des r\u00e9v\u00e9lations\u00a0\u00bb, car elle constitue le principe d&rsquo;unit\u00e9 de la structure narrative et prescriptive qui qualifie la narration de l&rsquo;Exode, cellule-m\u00e8re de toute l&rsquo;\u00c9criture.<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Il est important de noter comment le texte biblique articule en \u00e9troite unit\u00e9 la condition d&rsquo;esclavage du peuple en \u00c9gypte, la vocation de Mo\u00efse et la r\u00e9v\u00e9lation th\u00e9ophanique. La r\u00e9v\u00e9lation du Nom de Dieu \u00e0 Mo\u00efse ne se produit pas comme la transmission d&rsquo;une information \u00e0 conna\u00eetre ou d&rsquo;une donn\u00e9e \u00e0 acqu\u00e9rir, mais comme la manifestation d&rsquo;une pr\u00e9sence personnelle, qui entend susciter une relation stable et g\u00e9n\u00e9rer un processus de lib\u00e9ration. En ce sens, <em>la r\u00e9v\u00e9lation du Nom divin est orient\u00e9e en direction de l&rsquo;alliance et de la mission<\/em>.<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> \u00ab\u00a0Le Nom est \u00e0 la fois th\u00e9ophanique et performatif, puisque ceux qui le re\u00e7oivent ne sont pas simplement introduits dans le secret divin, mais sont les destinataires d&rsquo;un acte de salut\u00a0\u00bb.<a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le Nom, en effet, \u00e0 la diff\u00e9rence du concept, ne d\u00e9signe pas seulement une essence \u00e0 penser, mais une alt\u00e9rit\u00e9 \u00e0 laquelle se r\u00e9f\u00e9rer, une pr\u00e9sence \u00e0 invoquer, un sujet qui se propose comme le v\u00e9ritable interlocuteur de l&rsquo;existence. Tout en impliquant la proclamation d&rsquo;une richesse ontologique incomparable, celle de l&rsquo;\u00catre, qui ne peut jamais \u00eatre d\u00e9finie de mani\u00e8re ad\u00e9quate, le fait que Dieu se r\u00e9v\u00e8le comme un \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb indique que seule une relation personnelle avec Lui permettra d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 son identit\u00e9, au Myst\u00e8re de l&rsquo;\u00catre qu&rsquo;Il est. La r\u00e9v\u00e9lation du Nom personnel est donc un acte de parole qui interpelle le destinataire, lui demandant de se situer par rapport \u00e0 Celui qui parle. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;ainsi qu&rsquo;il est possible d&rsquo;en saisir le sens. Une telle r\u00e9v\u00e9lation se pose d&rsquo;ailleurs explicitement comme fondement de la mission lib\u00e9ratrice que Mo\u00efse doit accomplir : \u00ab\u00a0Je-suis m\u2019a envoy\u00e9 vers vous\u00a0\u00bb (<em>Ex <\/em>3,14). En se pr\u00e9sentant comme un Dieu personnel, et non comme un Dieu li\u00e9 \u00e0 un territoire, et comme le Dieu de la promesse, et non seulement comme le seigneur de la r\u00e9p\u00e9tition immuable, Yahv\u00e9 pourra soutenir le chemin du peuple, sa marche vers la libert\u00e9. Il a donc un Nom qui se fait conna\u00eetre dans la mesure o\u00f9 il suscite une alliance et bouscule l&rsquo;histoire.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Dites-moi votre nom\u00a0\u00bb : cette demande de Jean ne peut recevoir une r\u00e9ponse simplement \u00e0 travers une formule, un nom compris comme une \u00e9tiquette ext\u00e9rieure de la personne. Pour conna\u00eetre le Nom de celui qui parle dans le r\u00eave, il ne suffit pas de recevoir une information, mais il faut se positionner face \u00e0 son acte de parole. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il faut entrer dans cette relation d&rsquo;intimit\u00e9 et d&rsquo;abandon, que les \u00c9vangiles d\u00e9crivent comme le fait de \u00ab\u00a0demeurer\u00a0\u00bb aupr\u00e8s de Lui. C&rsquo;est pourquoi, lorsque les premiers disciples interrogent J\u00e9sus sur son identit\u00e9 &#8211; \u00ab\u00a0Ma\u00eetre, o\u00f9 habites-tu ?\u00a0\u00bb ou litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0o\u00f9 demeures-tu ?\u00a0\u00bb -, il r\u00e9pond : \u00ab\u00a0Venez et voyez\u00a0\u00bb (<em>Jn <\/em>1,38s.). Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en \u00ab\u00a0demeurant\u00a0\u00bb avec lui, en habitant dans son myst\u00e8re, en entrant dans sa relation avec le P\u00e8re, que l&rsquo;on peut vraiment savoir Qui il est.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le fait que le personnage du r\u00eave ne r\u00e9ponde pas \u00e0 Jean par une appellation, comme nous le ferions en pr\u00e9sentant ce qui est \u00e9crit sur notre carte d&rsquo;identit\u00e9, indique que son Nom ne peut \u00eatre connu comme une d\u00e9signation purement ext\u00e9rieure, mais qu&rsquo;il ne montre sa v\u00e9rit\u00e9 que lorsqu&rsquo;il scelle une exp\u00e9rience d&rsquo;alliance et de mission. Jean conna\u00eetra donc ce m\u00eame Nom en traversant la dialectique du possible et de l&rsquo;impossible, de la clart\u00e9 et de l&rsquo;obscurit\u00e9 ; il le conna\u00eetra en accomplissant la mission oratorienne qui lui a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e. Il le conna\u00eetra donc en Le portant en lui, dans une aventure v\u00e9cue comme une histoire habit\u00e9e par lui. Cagliero t\u00e9moignera un jour au sujet de Don Bosco en disant que sa fa\u00e7on d&rsquo;aimer \u00e9tait \u00ab\u00a0tr\u00e8s tendre, grande, forte, mais toute spirituelle, pure, vraiment chaste\u00a0\u00bb, au point de \u00ab\u00a0donner une id\u00e9e parfaite de l&rsquo;amour que le Sauveur portait aux enfants\u00a0\u00bb.<a id=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Cela indique que le Nom de l\u2019homme v\u00e9n\u00e9rable, dont le visage \u00e9tait si lumineux qu&rsquo;il aveuglait le r\u00eaveur, est r\u00e9ellement entr\u00e9 comme un <em>sceau <\/em>dans la vie de Don Bosco<em>. <\/em>Il en a eu l&rsquo;<em>experientia cordis <\/em>\u00e0 travers le chemin de la foi \u00e0 la suite du Christ. C&rsquo;est la seule r\u00e9ponse qu\u2019on puisse donner \u00e0 la question du r\u00eave.<br><br><strong>4. M\u00e9diation maternelle<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans l&rsquo;incertitude sur Celui qui l&rsquo;envoie, le seul point solide auquel Jean peut se raccrocher dans le r\u00eave est la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une m\u00e8re, voire \u00e0 deux : celle de l\u2019homme v\u00e9n\u00e9rable et la sienne. Les r\u00e9ponses \u00e0 ses questions, en effet, sont les suivantes : \u00ab\u00a0Je suis le fils de celle que ta m\u00e8re t&rsquo;a appris \u00e0 saluer trois fois par jour\u00a0\u00bb et ensuite \u00ab\u00a0mon nom, demande-le \u00e0 Ma M\u00e8re\u00a0\u00bb.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le fait que <em>lelieu de l&rsquo;explication possible soit marial et maternel <\/em>m\u00e9rite sans aucun doute une r\u00e9flexion. Marie est le lieu o\u00f9 l&rsquo;humanit\u00e9 r\u00e9alise la plus grande correspondance avec la lumi\u00e8re qui vient de Dieu et l&rsquo;espace cr\u00e9aturel dans lequel Dieu a livr\u00e9 au monde son Verbe fait chair. Il est \u00e9galement r\u00e9v\u00e9lateur qu&rsquo;au r\u00e9veil \u00e0 la suite du r\u00eave, la personne qui en comprend le mieux le sens et la port\u00e9e est la m\u00e8re de Jean, Marguerite. \u00c0 des niveaux diff\u00e9rents, mais selon une r\u00e9elle analogie, la M\u00e8re du Seigneur et la m\u00e8re de Jean repr\u00e9sentent le visage f\u00e9minin de l&rsquo;\u00c9glise, qui se montre capable d&rsquo;intuition spirituelle et constitue le sein dans lequel les grandes missions sont port\u00e9es et mises au monde.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant que les deux m\u00e8res soient juxtapos\u00e9es l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre et pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 il s&rsquo;agit d&rsquo;aller au fond de la question que le r\u00eave pr\u00e9sente, \u00e0 savoir la connaissance de Celui qui confie \u00e0 Jean la mission de toute une vie. Comme pour la cour pr\u00e8s de la maison, comme pour la m\u00e8re, dans l&rsquo;intuition onirique, les espaces de l&rsquo;exp\u00e9rience la plus famili\u00e8re et la plus quotidienne s&rsquo;ouvrent et montrent dans leurs plis une profondeur insondable. Les gestes communs de la pri\u00e8re, la salutation ang\u00e9lique qui \u00e9tait habituelle trois fois par jour dans chaque famille, apparaissent soudain pour ce qu&rsquo;ils sont : un dialogue avec le Myst\u00e8re. Jean d\u00e9couvre ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de sa m\u00e8re, il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli un lien avec la Femme majestueuse qui peut tout lui expliquer. Il existe donc d\u00e9j\u00e0 une sorte de canal f\u00e9minin qui permet de surmonter la distance apparente entre \u00ab\u00a0l&rsquo;enfant pauvre et ignorant\u00a0\u00bb et l&rsquo;homme \u00ab\u00a0noblement v\u00eatu\u00a0\u00bb. Cette m\u00e9diation f\u00e9minine, mariale et maternelle accompagnera Jean tout au long de sa vie et d\u00e9veloppera en lui une disposition particuli\u00e8re \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer la Vierge sous le titre d&rsquo;Auxiliatrice des chr\u00e9tiens, en devenant son ap\u00f4tre pour ses gar\u00e7ons et pour toute l&rsquo;\u00c9glise.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La premi\u00e8re aide que lui offre la Madone est celle dont un enfant a naturellement besoin : celle d&rsquo;une ma\u00eetresse. Ce qu&rsquo;elle doit lui enseigner, c&rsquo;est une discipline qui rend vraiment sage, sans laquelle \u00ab\u00a0toute sagesse devient folie\u00a0\u00bb. C&rsquo;est la discipline de la foi, qui consiste \u00e0 faire cr\u00e9dit \u00e0 Dieu et \u00e0 ob\u00e9ir m\u00eame devant l&rsquo;impossible et l&rsquo;obscur. Marie la transmet comme l&rsquo;expression la plus haute de la libert\u00e9 et comme la source la plus riche de f\u00e9condit\u00e9 spirituelle et \u00e9ducative. Porter en soi l&rsquo;impossible de Dieu et marcher dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la foi est en effet l&rsquo;art dans lequel la Vierge excelle plus que toute cr\u00e9ature.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Elle en a fait un apprentissage ardu dans sa <em>peregrinatio fidei, <\/em>souvent marqu\u00e9e par l&rsquo;obscurit\u00e9 et l&rsquo;incompr\u00e9hension. Il suffit de penser \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode de la d\u00e9couverte de J\u00e9sus, \u00e2g\u00e9 de douze ans, dans le Temple (<em>Lc <\/em>2, 41-50). \u00c0 la question de sa m\u00e8re : \u00ab\u00a0Mon fils, pourquoi nous as-tu fait cela ? Voici que ton p\u00e8re et moi, nous te cherchions, angoiss\u00e9s\u00a0\u00bb, J\u00e9sus r\u00e9pond de mani\u00e8re surprenante : \u00ab\u00a0Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois m&rsquo;occuper des affaires de mon P\u00e8re ?\u00a0\u00bb Et l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste note : \u00ab\u00a0Mais ils ne comprirent pas ce qu&rsquo;il leur avait dit\u00a0\u00bb. Marie a probablement encore moins compris que sa maternit\u00e9, annonc\u00e9e solennellement d&rsquo;en haut, lui soit pour ainsi dire enlev\u00e9e pour devenir l&rsquo;h\u00e9ritage commun de la communaut\u00e9 des disciples : \u00ab\u00a0Celui qui fait la volont\u00e9 de mon P\u00e8re qui est aux cieux, celui-l\u00e0 est pour moi fr\u00e8re, s\u0153ur et m\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>Mt <\/em>12,50). Puis, au pied de la croix, quand l\u2019obscurit\u00e9 se fit sur toute la terre, le Fiat prononc\u00e9 au moment de l&rsquo;appel prit les contours d&rsquo;un renoncement extr\u00eame, d&rsquo;une s\u00e9paration d&rsquo;avec le Fils \u00e0 la place duquel elle devait accueillir des fils p\u00e9cheurs pour lesquels elle devait se laisser transpercer par le glaive.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ainsi, lorsque la dame majestueuse du r\u00eave commence sa t\u00e2che de ma\u00eetresse et, posant sa main sur la t\u00eate de Jean, lui dit : \u00ab\u00a0En temps voulu, tu comprendras tout\u00a0\u00bb, elle <em>puise ces paroles dans les entrailles spirituelles de la foi qui, au pied de la croix, a fait d&rsquo;elle la m\u00e8re de chaque disciple<\/em>. Jean devra rester toute sa vie sous sa discipline : jeune homme, s\u00e9minariste, pr\u00eatre. D&rsquo;une mani\u00e8re particuli\u00e8re, il devra y rester quand sa mission prendra des contours qu&rsquo;il ne pouvait pas imaginer au moment de son r\u00eave, c&rsquo;est-\u00e0-dire quand il devra devenir au c\u0153ur de l&rsquo;\u00c9glise le fondateur de familles religieuses destin\u00e9es \u00e0 la jeunesse de tous les continents. Alors Jean, devenu Don Bosco, comprendra lui aussi le sens profond du geste par lequel l\u2019homme v\u00e9n\u00e9rable lui a donn\u00e9 sa m\u00e8re comme \u00ab\u00a0ma\u00eetresse\u00a0\u00bb.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lorsqu&rsquo;un jeune homme entre dans une famille religieuse, il trouve pour l&rsquo;accueillir un ma\u00eetre de noviciat, \u00e0 qui il est confi\u00e9 pour l&rsquo;introduire dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;Ordre et l&rsquo;aider \u00e0 l&rsquo;assimiler. <em>Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un Fondateur<\/em>, qui doit recevoir de l&rsquo;Esprit Saint la lumi\u00e8re originelle du charisme, <em>le Seigneur dispose que ce soit sa propre m\u00e8re, Vierge de la Pentec\u00f4te et mod\u00e8le immacul\u00e9 de l&rsquo;Eglise, qui soit sa ma\u00eetresse<\/em>. En effet, elle seule, la \u00ab\u00a0pleine de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb, comprend tous les charismes de l&rsquo;int\u00e9rieur, comme une personne qui conna\u00eet toutes les langues et les parle comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la sienne.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En effet, la femme du r\u00eave sait lui indiquer de mani\u00e8re pr\u00e9cise et appropri\u00e9e les richesses du charisme oratorien. Elle n&rsquo;ajoute rien aux paroles du Fils, mais les illustre par la sc\u00e8ne des animaux sauvages devenus des agneaux apprivois\u00e9s et par l&rsquo;indication des qualit\u00e9s que Jean devra d\u00e9velopper pour mener \u00e0 bien sa mission : \u00ab\u00a0humble, fort, robuste\u00a0\u00bb. Dans ces trois adjectifs, qui d\u00e9signent la vigueur de l&rsquo;esprit (humilit\u00e9), du caract\u00e8re (force) et du corps (robustesse), il y a beaucoup de concret. Ce sont des conseils que l&rsquo;on donnerait \u00e0 un jeune novice qui a une longue exp\u00e9rience de l&rsquo;oratoire et qui sait ce qu&rsquo;exige le \u00ab\u00a0champ\u00a0\u00bb dans lequel on doit \u00ab\u00a0travailler\u00a0\u00bb. La tradition spirituelle sal\u00e9sienne a soigneusement gard\u00e9 les mots de ce r\u00eave qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 Marie. Les Constitutions sal\u00e9siennes y font clairement allusion lorsqu&rsquo;elles affirment : \u00ab\u00a0La Vierge Marie a indiqu\u00e9 \u00e0 Don Bosco son champ d&rsquo;action parmi les jeunes\u00a0\u00bb,<a id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> ou rappellent que \u00ab\u00a0guid\u00e9 par Marie qui fut sa Ma\u00eetresse, Don Bosco v\u00e9cut dans sa rencontre avec les jeunes du premier oratoire une exp\u00e9rience spirituelle et \u00e9ducative qu&rsquo;il appela le Syst\u00e8me Pr\u00e9ventif\u00a0\u00bb.<a id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Don Bosco a reconnu \u00e0 Marie un r\u00f4le d\u00e9cisif dans son syst\u00e8me \u00e9ducatif, voyant dans sa maternit\u00e9 la plus haute inspiration de ce que signifie \u00ab\u00a0pr\u00e9venir\u00a0\u00bb. Le fait que Marie soit intervenue d\u00e8s le premier moment de sa vocation charismatique, qu&rsquo;elle ait jou\u00e9 un r\u00f4le si central dans ce r\u00eave, fera comprendre pour toujours \u00e0 Don Bosco qu&rsquo;elle <em>appartient aux racines du charisme et que l\u00e0 o\u00f9 ce r\u00f4le d&rsquo;inspiratrice n&rsquo;est pas reconnu, le charisme n&rsquo;est pas compris dans son authenticit\u00e9. <\/em>Donn\u00e9e comme Ma\u00eetresse \u00e0 Jean dans ce r\u00eave, elle devra l&rsquo;\u00eatre aussi pour tous ceux qui partagent sa vocation et sa mission. Comme les successeurs de Don Bosco ne se sont jamais lass\u00e9s de l&rsquo;affirmer, \u00ab\u00a0la vocation sal\u00e9sienne est inexplicable, tant dans sa naissance que dans son d\u00e9veloppement, et toujours, sans l&rsquo;aide maternelle et ininterrompue de Marie\u00a0\u00bb.<a id=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><br><br><strong>5. La force de la douceur<br><\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas avec des coups mais par la douceur et la charit\u00e9 que tu devras gagner ces amis\u00a0\u00bb\u00a0: ces paroles sont sans doute l&rsquo;expression la plus connue du r\u00eave des neuf ans, celle qui en r\u00e9sume en quelque sorte le message et en transmet l&rsquo;inspiration. Ce sont aussi les premi\u00e8res paroles que l\u2019homme v\u00e9n\u00e9rable adresse \u00e0 Jean, interrompant ses efforts violents pour mettre fin aux d\u00e9sordres et aux blasph\u00e8mes de ses camarades. Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;une formule qui transmet une sentence sapientielle toujours valable, mais d&rsquo;une expression qui pr\u00e9cise le mode d&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un ordre (\u00ab\u00a0il m&rsquo;ordonna de me mettre \u00e0 la t\u00eate de ces enfants en ajoutant ces mots\u00a0\u00bb) gr\u00e2ce auquel, comme nous l&rsquo;avons dit, le mouvement intentionnel de la conscience du r\u00eaveur est r\u00e9orient\u00e9. La fougue des coups doit devenir l&rsquo;\u00e9lan de la charit\u00e9, l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9sordonn\u00e9e d&rsquo;une intervention r\u00e9pressive doit c\u00e9der la place \u00e0 la douceur.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le terme \u00ab\u00a0douceur\u00a0\u00bb prend ici tout son poids, ce qui est d&rsquo;autant plus frappant que l&rsquo;adjectif correspondant sera utilis\u00e9 \u00e0 la fin du r\u00eave pour d\u00e9crire les agneaux qui festoient autour du Seigneur et de Marie. La juxtaposition sugg\u00e8re une observation qui ne semble pas d\u00e9nu\u00e9e de pertinence : <em>pour que ceux qui \u00e9taient des animaux f\u00e9roces deviennent des agneaux \u00ab\u00a0doux\u00a0\u00bb, il faut que leur \u00e9ducateur devienne d&rsquo;abord doux lui-m\u00eame. <\/em>Tous deux, quoiqu\u2019\u00e0 partir de points diff\u00e9rents, doivent subir une <em>m\u00e9tamorphose <\/em>pour entrer dans l&rsquo;orbite christologique de la douceur et de la charit\u00e9. Pour un groupe de gar\u00e7ons turbulents et querelleurs, il est facile de comprendre ce que ce changement exige. Pour un \u00e9ducateur, c&rsquo;est peut-\u00eatre moins \u00e9vident. L\u2019\u00e9ducateur, en effet, se place d\u00e9j\u00e0 du c\u00f4t\u00e9 du bien, des valeurs positives, de l&rsquo;ordre et de la discipline : quel changement peut-on exiger de lui ?<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ici surgit un th\u00e8me qui aura un d\u00e9veloppement d\u00e9cisif dans la vie de Don Bosco, avant tout au niveau du style d&rsquo;action et, dans une certaine mesure, \u00e9galement au niveau de la r\u00e9flexion th\u00e9orique. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;orientation qui conduit Don Bosco \u00e0 <em>exclure cat\u00e9goriquement un syst\u00e8me \u00e9ducatif bas\u00e9 sur la r\u00e9pression et les ch\u00e2timents<\/em>, pour choisir avec conviction une m\u00e9thode enti\u00e8rement bas\u00e9e sur la charit\u00e9 et que Don Bosco appellera le \u00ab\u00a0syst\u00e8me pr\u00e9ventif\u00a0\u00bb. Au-del\u00e0 des diff\u00e9rentes implications p\u00e9dagogiques qui d\u00e9rivent de ce choix, pour lesquelles nous renvoyons \u00e0 la riche bibliographie sp\u00e9cifique, il est int\u00e9ressant ici de mettre en \u00e9vidence la th\u00e9ologie spirituelle qui sous-tend cette orientation, dont les paroles du r\u00eave constituent en quelque sorte l&rsquo;intuition et le d\u00e9clenchement.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En se pla\u00e7ant du c\u00f4t\u00e9 du bien et de la \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e9ducateur peut \u00eatre tent\u00e9 d&rsquo;inscrire son action aupr\u00e8s des enfants dans une logique qui vise \u00e0 faire r\u00e9gner l&rsquo;ordre et la discipline essentiellement \u00e0 travers des r\u00e8gles et des normes. Pourtant, m\u00eame la loi porte en elle une ambigu\u00eft\u00e9 qui la rend insuffisante pour guider la libert\u00e9, non seulement \u00e0 cause des limites que toute r\u00e8gle humaine porte en elle, mais \u00e0 cause d&rsquo;une limite qui est en fin de compte d&rsquo;ordre th\u00e9ologique. Toute la r\u00e9flexion paulinienne est une grande m\u00e9ditation sur ce th\u00e8me, puisque Paul avait per\u00e7u dans son exp\u00e9rience personnelle que la loi ne l&rsquo;avait pas emp\u00each\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0un blasph\u00e9mateur, un pers\u00e9cuteur et un violent\u00a0\u00bb (<em>1 Tm <\/em>1,13). La Loi elle-m\u00eame, donn\u00e9e par Dieu, enseigne l&rsquo;\u00c9criture, ne suffit pas \u00e0 sauver l&rsquo;homme s&rsquo;il n&rsquo;y a pas un autre Principe personnel qui l&rsquo;int\u00e8gre et l&rsquo;int\u00e9riorise dans le c\u0153ur humain. Paul Beauchamp r\u00e9sume avec bonheur cette dynamique lorsqu&rsquo;il d\u00e9clare : \u00ab\u00a0La Loi est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un <em>Tu esaim\u00e9 <\/em>et suivie d&rsquo;un <em>Tu aimeras<\/em>. <em>Tu esaim\u00e9 <\/em>est le<em> <\/em>fondement de la Loi, et <em>Tu aimeras <\/em>est son d\u00e9passement\u00a0\u00bb.<a id=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Sans ce fondement et ce d\u00e9passement, la loi porte en elle les signes d&rsquo;une violence qui r\u00e9v\u00e8le son incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer ce bien qu&rsquo;elle enjoint pourtant d&rsquo;accomplir. Pour revenir \u00e0 la sc\u00e8ne du r\u00eave, les coups de poing et de b\u00e2ton que Jean donne au nom du sacro-saint commandement de Dieu, qui interdit le blasph\u00e8me, r\u00e9v\u00e8lent <em>l&rsquo;insuffisance et l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de tout \u00e9lan moralisateur qui n&rsquo;est pas int\u00e9rieurement r\u00e9form\u00e9 par le haut<\/em>.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il est donc \u00e9galement n\u00e9cessaire que Jean, et ceux qui apprendront de lui la spiritualit\u00e9 pr\u00e9ventive, se convertissent \u00e0 une <em>logique \u00e9ducative sans pr\u00e9c\u00e9dent, qui va au-del\u00e0 du r\u00e9gime de la loi<\/em>. Une telle logique n&rsquo;est rendue possible que par l&rsquo;Esprit du Ressuscit\u00e9, r\u00e9pandu dans nos c\u0153urs. Seul l&rsquo;Esprit, en effet, permet de passer d&rsquo;une justice formelle et ext\u00e9rieure (que ce soit celle, classique, de la \u00ab\u00a0discipline\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0bonne conduite\u00a0\u00bb ou celle, moderne, des \u00ab\u00a0proc\u00e9dures\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0objectifs atteints\u00a0\u00bb) \u00e0 une v\u00e9ritable saintet\u00e9 int\u00e9rieure, qui accomplit le bien parce qu&rsquo;elle est attir\u00e9e et gagn\u00e9e par elle de l&rsquo;int\u00e9rieur. Don Bosco montrera qu&rsquo;il en \u00e9tait bien conscient lorsque, dans son \u00e9crit sur le <em>Syst\u00e8me pr\u00e9ventif, <\/em>il d\u00e9clarera<em> <\/em>franchement qu\u2019il est enti\u00e8rement bas\u00e9 sur les paroles de Saint Paul : \u00ab\u00a0<em>Charitas benigna est, patiens est ; omnia suffert, omnia sperat, omnia sustinet<\/em>\u00ab\u00a0.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Certes, \u00ab\u00a0gagner\u00a0\u00bb les jeunes de cette mani\u00e8re est une t\u00e2che tr\u00e8s exigeante. Elle implique de ne pas c\u00e9der \u00e0 la froideur d&rsquo;une \u00e9ducation fond\u00e9e uniquement sur des r\u00e8gles, ni \u00e0 la fausse bont\u00e9 d&rsquo;une proposition qui renonce \u00e0 d\u00e9noncer la \u00ab\u00a0laideur du p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb et \u00e0 pr\u00e9senter la \u00ab\u00a0beaut\u00e9 de la vertu\u00a0\u00bb. Conqu\u00e9rir pour le bien en montrant simplement la force de la v\u00e9rit\u00e9 et de l&rsquo;amour, t\u00e9moign\u00e9e par le d\u00e9vouement \u00ab\u00a0jusqu&rsquo;au dernier souffle\u00a0\u00bb, est la figure d&rsquo;une m\u00e9thode \u00e9ducative qui est en m\u00eame temps une v\u00e9ritable spiritualit\u00e9.<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que Jean, dans le r\u00eave, r\u00e9siste \u00e0 entrer dans ce mouvement et demande \u00e0 bien comprendre qui est Celui qui l\u2019imprime. Mais quand il aura compris, faisant de ce message d&rsquo;abord une institution oratorienne et ensuite une famille religieuse, il pensera que raconter le r\u00eave dans lequel il a appris cette le\u00e7on sera la plus belle fa\u00e7on de partager avec ses fils la signification la plus authentique de son exp\u00e9rience. <em>C&rsquo;estDieu qui a tout guid\u00e9, c&rsquo;est Lui qui a imprim\u00e9 le mouvement initial <\/em>de<em> <\/em>ce qui deviendra le charisme sal\u00e9sien.<br><br><br><em>p. Andrea Bozzolo, sdb, Recteur de l&rsquo;Universit\u00e9 Pontificale Sal\u00e9sienne<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Le texte critique est publi\u00e9 dans P. Braido (ed.), <em>Don Bosco educatore. <\/em><em>Scritti e testimonianza<\/em>, LAS<sup>3<\/sup> 1996, 108-111.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> J.L. Marion, <em>Nulla \u00e8 impossibile a Dio<\/em>, \u00ab&nbsp;Communio&nbsp;\u00bb n. 107 (1989) 57-73, 62.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a><em> Ibid.<\/em>, 72.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> A. LaCocque, <em>La r\u00e9v\u00e9lation des r\u00e9v\u00e9lations : Exode 3,14<\/em>, in P. Ricoeur &#8211; A. LaCocque, <em>Penser la Bible<\/em>, Seuil, Paris 1998, 305.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>Ex <\/em>3,15, o\u00f9 le Nom divin est joint au singulier humain \u00ab\u00a0tu diras\u00a0\u00bb, A. LaCocque affirme : \u00ab\u00a0Le plus grand des paradoxes est que celui qui a seul le droit de dire \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb, qui est l\u2019unique <em>&lsquo;ehjeh<\/em>, a un nom qui comporte une deuxi\u00e8me personne, un &lsquo;tu'\u00a0\u00bb (A. LaCocque, <em>La r\u00e9v\u00e9lation des r\u00e9v\u00e9lations : Exode 3,14<\/em>, 315).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> A. Bertuletti, <em>Dio, il mistero dell\u2019unico<\/em>, 354.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a><em> Copia Publica Transumpti Processus Ordinaria<\/em>, 1146r.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a><em> Const. <\/em>art. 8.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a><em> Const<\/em>. art. 20.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> E. Vigan\u00f2, <em>Maria rinnova la Famiglia Salesiana di don Bosco<\/em>, ACG 289 (1978) 1-35, 28. Pour une r\u00e9ception critique de la d\u00e9votion mariale dans l&rsquo;histoire des Constitutions sal\u00e9siennes, cf. A. van Luyn, <em>Maria nel carisma della \u00ab\u00a0Societ\u00e0 di San Francesco di Sales\u00a0\u00bb<\/em>, in Aa.Vv., <em>La Madonna nella \u00ab\u00a0Regola\u00a0\u00bb della Famiglia Salesiana<\/em>, Roma, LAS, 1987, 15-87.<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> P. Beauchamp, <em>La legge di Dio, <\/em>Piemme, Casale Monferrato 2000, 116.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un commentaire sur les th\u00e8mes th\u00e9ologico-spirituels pr\u00e9sents dans le r\u00eave des neuf ans pourrait avoir&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":26228,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":104,"footnotes":""},"categories":[130],"tags":[1716,2554,1764,1824,1884,1698,1980,1968],"class_list":["post-26234","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-songes-de-don-bosco","tag-charisme-salesien","tag-dieu","tag-don-bosco","tag-gras-obtenues","tag-miracles","tag-providence","tag-reves","tag-saints"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26234","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26234"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26234\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26228"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26234"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26234"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.donbosco.press\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26234"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}