7 Jan 2026, mer

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Situé dans la nuit du Vendredi Saint 1878, le récit « Marie le sauve » est l’un des rêves riches de sens que saint Jean Bosco avait l’habitude de partager avec ses garçons. À travers des images plastiques et presque féeriques – un chat traqué par deux chiens qui se transforment en monstres, un bâton brandi comme ultime défense, la Vierge invoquée avec une petite médaille – le rêve met en scène la lutte entre les forces du mal et la miséricorde divine. Au centre, la figure vulnérable d’un jeune homme qui, de victime désignée, renaît à l’espérance grâce à l’intercession mariale et à la paternité spirituelle du saint. C’est un apologue pédagogique sur le pouvoir du repentir, de la protection maternelle de Marie et du courage éducatif.

Durant la nuit du Vendredi saint, j’ai veillé Don Bosco jusqu’à environ deux heures du matin, puis je me suis retiré dans la chambre voisine pour dormir, quand Pietro Enria est venu me remplacer pour le veiller. En entendant les cris étouffés de Don Bosco, j’ai compris qu’il avait rêvé des choses peu réjouissantes. Au lever du jour je l’ai interrogé et il m’a donné la réponse suivante.
« Il m’a semblé que j’étais dans une famille dont les membres avaient décidé de mettre à mort un chat. Le jugement et la sentence avaient été déférés à Mgr Manacorda. Celui-ci refusa en disant :
– Qu’ai-je à faire de vos affaires ? Je n’ai rien à y voir. – Une grande confusion régnait dans cette maison.
Appuyé sur un bâton, j’observais, quand un chat noirâtre au poil hérissé apparut et se précipita vers moi. Derrière lui, deux gros chiens poursuivaient le pauvre tout effrayé, et il semblait qu’ils allaient bientôt le rattraper. Voyant ce chat passer non loin de moi, je l’ai appelé. Il sembla hésiter un peu, mais ayant répondu à mon invitation, soulevant un peu les pans de ma soutane, le chat courut se coucher à mes pieds.
Les deux chiens s’arrêtèrent devant moi en grognant méchamment.
– Allez-vous-en, leur dis-je, laissez ce pauvre chat tranquille.
Alors, à mon grand étonnement, les chiens ouvrirent leur gueule, dénouèrent leur langue, et se mirent à parler à la manière des humains :
– Non jamais, nous devons obéir à notre maître, et nous avons l’ordre de tuer ce chat.
– Et de quel droit ?
– Il s’est volontairement mis à son service. Le maître peut absolument disposer de la vie de son esclave. Nous avons donc l’ordre de le tuer, et nous le tuerons.
– Le maître, répondis-je, a droit sur le comportement de son serviteur et non sur sa vie, et je ne permettrai jamais que l’on tue ce chat.
– Tu ne le permettras pas, toi ? – Sur ce, les deux chiens s’élancèrent furieusement pour s’emparer du chat. Je levai mon bâton, frappant des coups désespérés sur les assaillants.
– Holà ! criai-je ; arrêtez, reculez !
Mais ils s’élançaient, reculaient, et le combat dura longtemps, si bien que j’étais épuisé. Les chiens m’ayant laissé un moment de répit, je voulus observer ce pauvre chat qui était toujours à mes pieds, mais à ma grande surprise je le vis transformé en petit agneau. Pendant que je réfléchissais à ce phénomène, je me tournai vers les deux chiens. Eux aussi avaient changé de forme ; ils apparaissaient comme deux ours féroces, puis changeant d’apparence encore et encore, ils apparaissaient d’abord comme des tigres, puis comme des lions, puis comme des singes effrayants, et prenaient d’autres formes de plus en plus hideuses. Enfin, ils prirent la forme de deux affreux démons.
– Lucifer est notre maître, s’écrièrent les démons, celui que vous protégez s’est donné à lui, il faut donc le traîner vers lui en lui ôtant la vie.
Je me tournai vers l’agneau que je ne voyais plus, mais à sa place se tenait un pauvre jeune homme qui, fou de peur, répétait en suppliant :
– Don Bosco, sauvez-moi ! Don Bosco, sauvez-moi !
– N’aie pas peur, lui dis-je. Est-ce que tu veux vraiment être bon ?
– Oui, oui, Don Bosco ; mais comment puis-je me sauver ?
– N’aie pas peur, agenouille-toi, prends la médaille de la Vierge dans tes mains ! Viens, prie avec moi.
Et le jeune homme s’agenouilla. Les démons auraient voulu s’approcher, mais j’étais sur mes gardes, le bâton levé, quand Enria m’a vu agité et m’a réveillé, m’empêchant ainsi de voir la fin de cet épisode.
Le jeune homme était l’un de ceux que je connaissais.
(MB XIII, 548-549)