6 Jan 2026, mar

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Dans la spiritualité de saint Jean Bosco, le Nom de Jésus n’était pas une simple invocation, mais une présence salvatrice quotidienne, enracinée dans la Bible et la tradition de l’Église. À l’Oratoire résonnait l’invocation jaculatoire « Loués soient à jamais les Noms de Jésus et de Marie », mise en musique par Don Bosco et gravée sur les murs. Il cultivait également cette dévotion par des hymnes qu’il composait personnellement et par des pratiques de réparation contre le blasphème. Un héritage spirituel qui conserve toute son actualité pour éduquer les nouvelles générations à la foi.

Une dévotion vécue et transmise
Dans la spiritualité de saint Jean Bosco, le Nom de Jésus occupe une place importante. Il ne s’agit pas d’une simple expression de dévotion parmi tant d’autres, mais d’une clé d’interprétation de son charisme éducatif et pastoral. Pour Don Bosco, invoquer le Nom de Jésus signifiait rendre présente la personne même du Sauveur dans la vie quotidienne, dans les moments de joie comme dans ceux de l’épreuve, dans l’éducation des jeunes comme dans l’apostolat auprès des plus démunis.

Les racines d’une tradition de prière
Don Bosco a hérité et vécu une dévotion qui plonge ses racines dans la tradition biblique et la pratique constante de l’Église. Le Nom de Jésus, selon la foi chrétienne, porte en lui une force salvatrice particulière. Comme le rappelle saint Paul dans sa lettre aux Philippiens, c’est le nom devant lequel tout genou fléchit au ciel, sur terre et sous la terre. Cette vérité théologique est devenue pour Don Bosco une expérience vivante, à partager avec ses jeunes et avec tous ceux qu’il rencontrait.
L’invocation jaculatoire qui résonnait quotidiennement dans l’église Marie-Auxiliatrice en est un témoignage éloquent : « Loués soient à jamais les Noms de Jésus et de Marie ». Cette courte prière, que Don Bosco a lui-même mise en musique, était chantée à la fin du sermon du matin, créant un moment d’une intensité spirituelle particulière. Ce n’était pas un simple refrain, mais un véritable acte de foi qui impliquait toute la communauté éducative de l’Oratoire.

Le Nom de Jésus dans l’architecture spirituelle de l’Oratoire
Don Bosco a voulu que cette dévotion soit également visible physiquement. Les mots « Loués soient à jamais les Saints Noms de Jésus et de Marie » étaient inscrits sur la corniche du mur, au-dessus de la porte qui donnait accès à la bibliothèque. Un épisode particulier, rapporté dans les Mémoires Biographiques, révèle à quel point Don Bosco tenait au respect dû à cette invocation. Lorsque l’avocat Tua lut ces mots sur un ton moqueur, le saint éducateur s’arrêta immédiatement et, avec une fermeté inhabituelle, ordonna à tous ceux qui étaient présents d’ôter leur chapeau. Face à l’hésitation de l’assemblée, il réaffirma avec autorité que celui qui avait commencé sur un ton railleur devait finir avec le respect qui s’imposait, ordonnant à chacun de se découvrir. Ce geste, en apparence sévère, manifeste la profonde révérence que Don Bosco nourrissait pour le Nom de Jésus et son désir d’éduquer au respect des réalités sacrées.

Une force dans les ténèbres de la prison
L’un des aspects les plus émouvants de sa spiritualité liée au Nom de Jésus émerge de son expérience dans les prisons de Turin. En accompagnant son maître Don Cafasso parmi les détenus, le jeune prêtre Jean Bosco vit de ses propres yeux comment l’invocation du Nom de Jésus pouvait transformer même les lieux les plus dégradés. Les cellules qui, à cause des jurons, des blasphèmes et des vices, ressemblaient à des bouges infernaux, se transformaient progressivement en demeures d’hommes qui se reconnaissaient à nouveau comme chrétiens, capables d’aimer et de servir Dieu et de chanter des louanges à l’adorable Nom de Jésus.
Cette expérience fut importante pour la formation pastorale de Don Bosco. Il comprit que même les cœurs les plus endurcis pouvaient être touchés par la grâce lorsque le Nom du Sauveur était invoqué. Le malheur de ces prisonniers, en effet, découlait plus d’un manque d’instruction religieuse que de leur propre malice. Le Nom de Jésus devenait ainsi un instrument de rédemption, un chemin de retour à la dignité perdue, un espoir de renaissance spirituelle.

Les indulgences : une pédagogie de la miséricorde
Don Bosco a activement promu la pratique des indulgences liées à l’invocation du Nom de Jésus, en les insérant dans ses livres de prières et dans les règlements des associations qu’il a fondées. Dans l’« Association des dévots de Marie Auxiliatrice » de 1869, il rappelait que le pape Sixte V avait accordé cent jours d’indulgence à celui qui disait : « Loué soit Jésus-Christ » et recevait comme réponse : « À jamais ». L’indulgence plénière était ensuite garantie à celui qui, à l’article de la mort, invoquait le Saint Nom au moins dans son cœur.
Cette attention aux indulgences ne doit pas être comprise comme une forme de religiosité mécanique ou superstitieuse. Pour Don Bosco, elle représentait plutôt une manière concrète d’éduquer ses jeunes à la conscience de la valeur de la prière et de la miséricorde divine. Les indulgences étaient une pédagogie de la grâce, une invitation constante à se souvenir du saint Nom de Jésus à chaque instant de la journée.

La louange en réparation des blasphèmes
La prière de louange que Don Bosco a insérée dans le « Miroir de la Doctrine Chrétienne Catholique » de 1862 est particulièrement significative. Cette litanie, qui commence par « Dieu soit béni » et se poursuit en bénissant particulièrement le Nom de Jésus et de Marie, avait un but réparateur : opposer la bénédiction au blasphème, la louange à l’offense. Le pape Pie VII avait accordé un an d’indulgence à celui qui la récitait au moins avec un cœur contrit.
Don Bosco vivait à une époque où le blasphème était malheureusement répandu, surtout dans les classes populaires. Plutôt que de se limiter à condamner, il préféra éduquer de manière positive, en enseignant la beauté de la louange et le pouvoir réparateur de la bénédiction. Le Nom de Jésus devenait ainsi un antidote spirituel contre le langage blasphématoire, un remède pour guérir la langue du venin de l’impiété.

La poésie et le chant, vecteurs de dévotion
Don Bosco a composé personnellement un hymne « Au Saint Nom de Jésus », publié dans le « Choix de Chants Sacrés » de 1879. Cette composition poétique, articulée en de nombreuses strophes, exprime dans un langage simple mais efficace la joie et l’enthousiasme qui devraient accompagner l’invocation du Nom divin. « Allons, mes fils, chantez, belles âmes innocentes, avec de doux accords : vive Jésus ». C’est ainsi que commence l’hymne, impliquant directement les jeunes dans la louange.
L’usage du chant et de la poésie n’était pas anodin. Don Bosco savait bien que les jeunes apprennent mieux à travers ce qui touche le cœur et reste gravé dans la mémoire grâce à la mélodie. Le Nom de Jésus chanté avec joie devenait une expérience vécue, et non une simple doctrine apprise. Les strophes de l’hymne célèbrent la douceur de ce Nom, sa puissance salvatrice, la joie qu’il donne à celui qui le prononce avec amour.

Une perspective missionnaire
Dans la lettre aux Filles de Marie Auxiliatrice, conservée dans les Mémoires Biographiques, Don Bosco exprime une dimension supplémentaire de la dévotion au Nom de Jésus : la dimension missionnaire. Il invite les sœurs à prier pour leurs consœurs qui se rendent dans les contrées les plus lointaines de la terre « pour y répandre le Nom de Jésus-Christ, et le faire connaître et aimer ». Il ne s’agit donc pas seulement d’une dévotion intérieure, mais d’un engagement apostolique concret : porter le Nom de Jésus partout, afin qu’il soit connu et aimé de tous.
Cette vision missionnaire s’inscrit parfaitement dans le charisme salésien, entièrement tourné vers l’annonce de l’Évangile, spécialement auprès des jeunes et des pauvres. Le Nom de Jésus devient ainsi la synthèse de toute l’œuvre d’évangélisation. Connaître ce Nom signifie connaître la personne du Christ ; l’aimer signifie embrasser son projet de salut.

L’exemple de saint Louis de Gonzague
Don Bosco proposa à ses jeunes l’exemple de saint Louis de Gonzague qui, à l’article de la mort, expira doucement en faisant des efforts pour prononcer le Saint Nom de Jésus. Ce détail, rapporté dans l’« Histoire Ecclésiastique » de 1871, n’est pas anecdotique : Don Bosco voulait montrer à ses jeunes comment le Nom de Jésus devait accompagner le chrétien jusqu’à son dernier souffle, devenant la porte d’entrée vers la vie éternelle.

Un héritage toujours actuel
La dévotion de Don Bosco au Nom de Jésus n’est pas une curiosité historique ou une pratique dépassée. Elle représente sa spiritualité et sa méthode éducative. Par l’invocation constante de ce Nom, faite avec foi, le saint éducateur a formé des générations de jeunes à la foi, a converti les pécheurs, a consolé les affligés, a transformé des milieux dégradés en lieux de grâce.
Aujourd’hui comme alors, le Nom de Jésus conserve intacte sa puissance salvatrice. L’héritage spirituel de Don Bosco nous invite à redécouvrir cette dévotion simple mais profonde, à prononcer avec foi et amour ce saint Nom qui est au-dessus de tout autre nom, à le faire résonner dans nos familles, dans nos communautés, dans les lieux d’éducation. Comme le chantaient les jeunes de l’Oratoire : « Vive Jésus ! Vive ce Nom, à nul autre pareil en splendeur, en gloire et en honneur ».

Editor BSOL

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