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Nous rapportons le témoignage de Don Secondo Marchisio, prêtre salésien, recueilli lors du procès de béatification de Don Bosco en 1892. Marchisio relate les souvenirs de son grand-père, un jeune berger du même âge que Jean Bosco, qui le décrivait comme un garçon dévoué à l’étude et à la prière, à tel point que ses camarades proposaient de garder ses vaches pour qu’il puisse continuer à lire. Le témoignage met en lumière les vertus de Don Bosco : une pauvreté héroïque, la chasteté, la capacité de se maîtriser malgré son caractère fougueux, une empathie extraordinaire envers les jeunes et le don de lire dans les cœurs. Se dessine ainsi le portrait d’un saint qui a su transformer son tempérament impétueux en douceur.
Parce qu’il était doté d’une irrésistible empathie.
Secondo Marchisio n’est pas un compagnon d’enfance de Don Bosco. Mais il rapporte les témoignages de son grand-père, qui fut petit berger avec Don Bosco. Il naquit à Castelnuovo d’Asti en 1857. Il entra à l’Oratoire de Don Bosco à 15 ans et devint prêtre salésien. Son grand-père était berger comme Jean Bosco, et il allait avec lui tous les matins faire paître les vaches. Sa grand-mère, voisine de Maman Marguerite, fut son amie intime.
Quand Don Bosco mourut, don Secondo Marchisio (31 ans) fut envoyé par don Rua à Castelnuovo pour recueillir des souvenirs et des mémoires sur Don Bosco enfant. Pendant trois mois, il parcourut villages et hameaux, interrogea les personnes âgées qui avaient connu Don Bosco, en premier lieu ses grands-parents. Les 18 pages de son rapport se trouvent aux Archives centrales salésiennes (Rome).
Au « procès de sainteté » de Don Bosco, Secondo Marchisio témoigna, sous serment et sous le sceau du secret, du 26 janvier au 8 février 1892.
« Mon grand-père échangeait son pain noir contre le pain blanc de Jean Bosco »
Je m’appelle Marchisio Secondo, fils de feu Eugenio et de Matta Marianna, vivante, natif de Castelnuovo d’Asti, âgé de 35 ans, prêtre salésien, vice-directeur du Collège de Borgo S. Martino.
J’ai connu Don Jean Bosco dès 1873. Cependant, dès mon enfance, mon grand-père m’en parlait souvent en famille, car il était compagnon de Don Bosco depuis l’enfance et allait avec lui au pâturage… Enfant, Don Bosco échangeait son pain blanc contre le pain noir de mon grand-père, et ce pendant près de deux ans.
La mère de Don Bosco
À l’âge de quinze ans, j’entrai à l’Oratoire Saint-François de Sales, accueilli par Don Bosco, et j’y suis resté 13 années consécutives ; par la suite, je fus transféré dans diverses maisons (salésiennes) mais toujours sous la dépendance immédiate de Don Bosco.
Je n’ai pas connu les parents de Don Bosco ; je sais cependant qu’ils s’appelaient Francesco Bosco et Margherita Occhiena. J’ai appris de plusieurs compagnes de Margherita, parmi lesquelles ma grand-mère Maria Matta, sa contemporaine et presque voisine, et madame Benedetta Savio, maîtresse de l’école maternelle de Castelnuovo, encore vivante, que sa mère était, selon leur expression, « la reine des mères chrétiennes ».
« Nous nous occuperons de tes vaches »
Don Bosco a passé son enfance dans le hameau dit des Becchi à Castelnuovo d’Asti. Mon grand-père Secondo Matta, aujourd’hui décédé, contemporain de Don Bosco, m’assurait à plusieurs reprises et même sur son lit de mort « que leurs mères citaient Jean Bosco en exemple, spécialement pour la prière et l’obéissance ». Le même m’assurait que Don Bosco lisait continuellement pendant qu’il était aux pâturages, et qu’un jour où ses camarades voulaient le forcer à jouer, même en le frappant, il leur répondit : « Laissez-moi étudier, car je veux devenir prêtre ». Ces paroles leur firent une telle impression qu’ils lui dirent : « Ne t’inquiète plus pour les bêtes, nous nous en occuperons, et toi, continue à lire ».
Il sut tellement se maîtriser qu’il devint un homme pacifique
De son propre aveu, et je l’ai entendu dire, Don Bosco était d’un naturel fougueux et fier et ne supportait pas la contradiction. Et pourtant, en faisant beaucoup d’efforts, il sut tellement se maîtriser qu’il devint un homme pacifique et doux, et tellement maître de lui-même qu’il semblait n’avoir jamais rien à faire.
Avec nous et avec les jeunes, il se faisait tout à tous ; il avait toujours un mot, une exhortation, un regard, qui produisait sur nous l’effet d’un sermon.
Tout est propriété de la Providence
Don Bosco naquit pauvre et vécut en pratiquant cette vertu à un degré héroïque. Il était content que l’on sache qu’il était fils de pauvres paysans. Il portait toujours des vêtements pauvres et modestes : il voulait que la pauvreté soit comme la reine de ses maisons, et il se réjouissait beaucoup lorsque, en les visitant, il les trouvait ainsi. Il recommandait la pauvreté à ceux qui étaient chargés de l’administration, et voulait que l’on prenne soin de tout comme étant la propriété de la Providence.
Bien qu’il administrât beaucoup d’argent, il n’y attacha jamais son cœur, ni n’enrichit sa famille d’aucune manière, toujours content de vivre pauvrement. Il ne voulait pas de traitement de faveur pour les repas, prenant toujours le repas de la communauté, à l’exception des dernières années où, épuisé par les fatigues, les médecins l’obligèrent à se ménager un peu.
« Souvenez-vous que je vous envoie pêcher et que vous ne devez pas être pêchés »
Don Bosco pratiqua la vertu de chasteté de manière héroïque.
Avec ses élèves, qu’il aimait beaucoup, leur témoignant un amour paternel, il garda toujours une attitude réservée et digne, ne se permettant pas de leur faire des caresses. Pour montrer sa satisfaction de leur bonne conduite, il se limitait à leur poser la main sur l’épaule ou sur la tête.
Il nous a laissé (à nous, Salésiens) des règles très sages pour traiter avec la jeunesse et pour ne pas nous laisser prendre le cœur, nous répétant ces paroles : « Souvenez-vous que je vous envoie pêcher et que vous ne devez pas être pêchés ».
Il était très réservé avec les personnes de l’autre sexe. En parlant de la chasteté, il avait des expressions bien à lui pour nous la faire aimer, et qui nous montrent la beauté de son cœur.
Il lisait dans les cœurs
Nous étions persuadés qu’il lisait dans nos cœurs, et il m’est arrivé plusieurs fois de m’entendre découvrir et énumérer clairement mes fautes en confession.
Don Bosco mourut le 31 janvier 1888.
En 1887, début novembre, Don Bosco est venu à Foglizzo, où j’étais préfet du collège, pour donner la soutane à plus d’une centaine de ses fils. En partant, il dit à Don Rua qui l’accompagnait : « L’année prochaine, ce sera toi qui feras cette cérémonie, car Don Bosco ne sera plus là ».
Secondo Marchisio, prêtre salésien
Procès ordinaire, copie publique, folios 608-652.

